Chapitre 14 – Highlands

« L'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies, et allume le feu. »

François de La Rochefoucauld

Juillet mille neuf cent vingt trois.

Leur étreinte était à la fois douce et douloureuse. Ils savaient tous deux qu'il se passerait de long mois avant qu'ils ne se retrouvent. Malgré les années, la passion physique qui les liait n'avait pas diminuée. Ils avaient toujours autant faim l'un de l'autre et ne perdaient pas une occasion de se le montrer. Il était d'ailleurs étonnant qu'ils n'aient eu que deux enfants malgré leurs ébats réguliers. Trois si l'on compte celui qu'elle avait perdu en Afrique. Mais ils se moquaient bien du nombre d'enfants que la vie leur donnerait. Les deux qu'ils avaient les émerveillaient déjà.

Margaret avait cinq ans et c'était une magnifique petite fille blonde aux grands yeux bleu ciel. Elle était, en toutes choses, identique à son père. En plus d'une incroyable ressemblance physique, elle était douce, discrète et adorait la nature et les animaux. Son père lui avait d'ailleurs ramenée d'un de ses voyages une petite chienne Cavalier King Charles Spaniel qu'elle avait prénommée Poupette et dont elle s'occupait entièrement. Personne n'avait le droit de la sortir ou de la nourrir, c'était son grand plaisir personnel.

William quant à lui allait sur ses trois ans et autant sa sœur ressemblait à leur père, lui était le portrait de leur mère. Blond, les cheveux bouclés, de grands yeux verts sur un petit nez couvert de taches de rousseur, c'était une terreur. Il grimpait partout où son petit corps de trois ans pouvait le porter et recevait l'attention de tous les domestiques tant tout le monde avait peur qu'il finisse par se casser quelque chose en grimpant et sautant partout.

- Est-ce que ton voyage doit vraiment être si long ? demanda-t-elle en s'étendant lascivement contre lui.

- J'en ai peur mon amour.

- Plus de trois mois. Jamais tu ne m'avais quittée si longtemps. Comment vais-je survivre sans tes caresses ?

- Il n'y a donc que ça qui te manquera ? demanda-t-il faussement vexé.

- Bien sûr que non, tu le sais bien. Ce sera long pour les enfants aussi. William est encore petit.

- Je sais. Mais je n'ai pas le choix. Il y a trop longtemps que je ne suis pas allé visiter nos exploitations d'Amérique du Sud et les chiffres que je reçois ne sont pas satisfaisants. Mes visites au Mexique et au Venezuela seront rapides, mais l'Argentine est loin et c'est un grand pays.

- Tu seras prudent n'est-ce pas ?

- Bien sûr mon amour. Je tiens trop à vous pour risquer quoi que ce soit.

Ils restèrent un instant silencieux, savourant la chaleur et le silence de la nuit, complice de leur étreinte.

- Je suis heureux que vous accompagniez Archi et Annie en Écosse. Le temps vous paraîtra moins long. Lorsque vous rentrerez, il ne restera qu'un mois avant mon retour.

- Oui, dit-elle peu convaincue, peut-être as-tu raison…

Albert sentit la tension de Candy et s'en attrista. Ainsi elle pensait toujours à lui et l'idée de se retrouver dans ce lieu qui autrefois avait abrité leur amour la peinait sincèrement.

« Terry, sortiras-tu jamais de nos vies ? » pensa-t-il.

Il resserra son étreinte et saisit son sein blanc offert alors que ses lèvres s'emparaient des siennes. Combien de fois devra-t-il la posséder pour qu'elle finisse par l'oublier. La rage et la douleur s'emparèrent de lui et il la prit plus passionnément qu'auparavant. Elle ne s'en plaignit pas et l'accueillit avec autant de passion. Ca l'aidait à ne pas penser.

oooooo

Août mille neuf cent vingt trois.

L'été avait été magnifique. Ils étaient en Écosse depuis un mois et demi et leur séjour touchait à sa fin. Dans deux semaines, ils reprendraient le bateau vers l'Amérique, vers leur vie. Archibald ayant enfin terminé ses études, les Cornwell reviendraient vivre à Chicago dans quelques mois et Archi allait assister Albert à la Direction des Entreprises Andrew.

Le séjour dans la demeure des Andrew s'était passé à merveille. Les enfants occupaient leurs loisirs entre les baignades dans le lac, les randonnées à cheval ou la pèche. Leurs rires résonnaient dans toutes les pièces de la maison comme autant de promesses d'une mauvaise farce à venir. Alistair avait six ans et s'entendait à merveille avec sa jeune cousine. William, bien que plus jeune, les suivait partout et ils dérangeaient bien souvent la sieste de la petite Sophie, dernière née des Cornwell, qui allait sur ses dix-huit mois.

Tout le monde appréciait cette période de repos et de détente loin du bruit et de la puanteur de la ville. Tous sauf Candy. Rien ne mettait plus son cœur en miettes que d'être ici. Au loin se dressaient les tours du Château des Grandchester et cette image la renvoyait chaque jour à ce merveilleux été qu'ils avaient tous passé ici, cet été où Terry et elle avaient pleinement pris conscience de leur amour. Ce fut la période la plus douce de sa vie et les blessures de son cœur se rouvraient chaque matin lorsqu'elle ouvrait les rideaux de sa chambre dont les fenêtres donnaient sur la grande bâtisse. Le soir quand elle gagnait sa chambre, les rideaux avaient déjà été tirés par la femme de chambre. Ainsi, elle ne voyait pas que depuis plusieurs jours, certaines pièces du château étaient éclairées.

Midi sonnait déjà lorsqu'ils partirent tous, les bras chargés de paniers, faire un pique-nique près du lac. Les enfants riaient déjà en pensant aux baignades qu'ils feraient dans l'eau tiédie par le soleil. C'était sûrement la dernière journée de beau temps qu'ils auraient avant de rentrer, une semaine plus tard.

Les femmes étalaient les couvertures sur l'herbe verte et commençaient à libérer les paniers de leur contenu pendant qu'Archi jouait à « Chat » avec les enfants. Tout le monde riaient de bon cœur, autant les participants que les spectateurs. Le lac était leur domaine. Rares étaient les gens que l'on y croisait. C'est sûrement cette raison qui stoppa net le petit William que son cousin Alistair coursait alors que se dessinait au loin une longue silhouette brune qui s'approchait lentement d'eux, un livre à la main.

- C'est qui lui ? demanda-t-il en levant le doigt vers l'homme.

Archibald s'arrêta à son tour et posa sa main au dessus de ses yeux pour les protéger du soleil pendant que sa vision se faisait plus nette.

- Mais c'est… Non ce n'est pas possible ! Terry ?

Candy, qui était assise sur une couverture et tournait le dos à l'homme qui arrivait, se figea. Les pas se rapprochèrent et elle sentit les yeux d'Annie se poser sur elle. Elle ne bougea pas.

- Archibald ? Quelle surprise ! Je ne savais pas que vous étiez en Écosse ? demanda Terry, aussi surpris que les autres de se rencontrer si loin des États Unis. Bonjour Annie, dit-il en saluant la jeune femme de la tête, qui lui rendit son salut.

- Nous sommes ici depuis presque deux mois. Et toi, quand es-tu arrivé ? répondit Archi.

- Il y a deux semaines. J'étais en visite à Londres quand l'envie m'a pris de revoir l'Écosse de mon enfance, dit-il en regardant la silhouette blonde qui lui tournait toujours le dos.

- Viens nous visiter un de ses jours, ça nous fera plaisir. Et puis ça ne doit pas être drôle d'être seul dans ce grand château, dit Archibald, heureux d'avoir un allié masculin pour les quelques jours qui leur restaient.

- C'est très gentil à toi mais je vais devoir décliner l'invitation. Je repars demain, ajouta Terry en posant à nouveau les yeux sur Candy.

Entendant les paroles de Terry, Candy se figea à nouveau. Se retrouver pour mieux se perdre, tel était leur destin. N'y tenant plus, elle se retourna lentement et rencontra les yeux bleu profond qu'elle chérissait tant.

- Bonjour Candy, dit-il tendrement.

« Tu es encore plus belle que dans mes souvenirs. J'aimerais que tes amis ne soient pas là pour pouvoir te tenir dans mes bras et t'embrasser jusqu'à en avoir le souffle coupé. Pourquoi faut-il que nous retrouvions toujours pour nous perdre à nouveau ? »

- Bonjour Terry, répondit-elle

« Oh Terry ! Comme c'est bon de te voir. Cela fait trois ans que nous ne nous sommes vus et j'ai pourtant l'impression que c'était hier. Les souvenirs que j'en garde sont tellement vivants. Oh Terry, comme j'aimerais me jeter dans tes bras à cet instant. »

- Alors reste pique-niquer avec nous. La cuisinière en a fait pour une armée. Je suis sûr que nous avons tous beaucoup de choses à nous dire, dit Archi, qui avait bien remarqué la conversation muette que leurs yeux échangeaient.

« Ce n'est pas comme s'ils n'étaient que tous les deux. Annie et moi sommes là, et les enfants aussi. Ils ont bien le droit de se retrouver en amis après toutes ces années. » Pensa Archi, ignorant que les amoureux s'étaient déjà retrouvés quelques années auparavant.

- Je ne sais pas, je ne veux pas vous déranger, dit Terry, attendant un signe de Candy pour accepter ou non l'invitation.

- Oui Terry, dit celle-ci, reste. Partage notre repas. Ca fait si longtemps que nous ne nous sommes pas vus.

- Très bien alors, je reste, dit-il en s'installant sur une couverture, non loin de Candy.

- Maman, maman, j'ai très de faim, cria le petit William, qui arrivait en trombe vers sa mère.

- Je sais mon chéri, rit-elle en lui caressant les cheveux. Ce sera prêt dans cinq minutes, nous vous appellerons.

Terry regarda ce garçon qui appelait sa Candy « maman ». Il devait avoir dans les trois ans et était le portrait craché de sa mère. Terry plongea son regard dans celui de Candy et elle répondit à sa question par un demi-sourire. Ce petit garçon était bien l'enfant qu'elle portait quand ils s'étaient retrouvés trois ans auparavant. Le cœur du jeune homme se mit à battre plus fort en y repensant.

Le repas se déroula dans la bonne humeur. Ils évoquèrent les souvenirs d'une époque lointaine qui les avait rassemblés ici même lorsqu'ils étaient adolescents, presque dix ans auparavant.

- Et vous vous souvenez de la fois où Eliza a fait semblant de se noyer pour que Terry vienne la sauver ? Rit Archi qui se sentait un peu pompette par le vin qu'il avait bu sous le soleil cuisant de midi.

- Tiens, au fait, que devient cette peste d'Eliza ? Demanda Terry en riant encore au souvenir d'Eliza dégoulinante des eaux du lac.

- Ils sont toujours en Floride depuis qu'Albert les a chassés après qu'ils aient voulu forcer Candy à épouser Daniel.

- Ils ont voulu te forcer à épouser ce type ? demanda Terry, abasourdi par la nouvelle. Quand, comment ?

- C'est une longue et vieille histoire. Elle ne vaut pas la peine qu'on s'y attarde, répondit Candy d'un geste de la main, comme pour balayer un mauvais souvenir.

- Daniel a piégé Candy en lui faisant envoyer un mot de ta part lui demandant de te retrouver, dit Annie qui voulait que Terry connaisse au moins cette partie de l'histoire. Quand elle s'est présentée à l'adresse, il a voulu la retenir prisonnière mais c'était sans compter sur notre Candy qui a réussi à s'enfuir.

- Il s'est fait passé pour moi, grrr si je le tenais ce lâche !

Terry était hors de lui en apprenant le piège qu'ils avaient une fois de plus tendu à Candy en son propre nom. Il la regarda mais il semblait que Candy trouvait soudainement les motifs de la couverture absolument passionnants. Il s'attendrit et s'en attrista tout autant.

« Tu y es allée parce que tu pensais que c'était moi, que j'étais venu te chercher. J'ai été un idiot de ne pas l'avoir fait. Je pensais que tu me rejetterais et je me rends compte aujourd'hui que tu m'attendais. »

- Ensuite, poursuivit Archi, de plus en plus éméché, la Grand Tante Ellroy a fait croire à Candy qu'elle devait se marier avec Daniel car c'était un ordre du Grand Oncle William. Candy a supplié Georges de l'emmener le voir pour plaider sa cause et c'est comme ça qu'elle a découvert que c'était Albert et qu'il n'était pour rien dans cette mascarade. Ensuite Albert a fait sa présentation publique et a refuser les fiançailles de Candy et Daniel en les chassant de Chicago.

« Ca, je veux bien croire qu'il refusait ces fiançailles. Il devait déjà la vouloir pour lui. » Se dit Terry, amer.

- Où est Albert ? Il n'est pas avec vous ? se risqua Terry qui souhaitait poser cette question à la seconde où il les avait rencontrés.

- Il est en voyage d'affaire en Amérique du Sud, répondit Archi jovialement. Décidément, il avait l'alcool bavard.

La conversation continua plus légèrement pendant quelques minutes, avant qu'Archi ne s'effondre d'un sommeil bruyant.

- Je crois que je vais aller promener Sophie pour qu'elle s'endorme. Je doute qu'elle le puisse si je reste ici avec les ronflements de son père, prétexta Annie afin de laisser un peu d'intimité à Candy et Terry.

Ils la gratifièrent tous deux d'un sourire reconnaissant.

- Ta fille ressemble à son père, dit-il tristement devant la dure réalité de leur histoire, quelques minutes après le départ d'Annie.

- En tout point. Et William est comme moi, en tout point.

- Oui, j'ai pu constater qu'il avait un appétit féroce et savait déjà monter aux arbres, rit-il pour détendre l'atmosphère.

- Exactement ! dit-elle en riant.

Il la regarda avec étonnement. A une autre époque, elle se serait vexée de ses moqueries.

- J'ai grandi Terry, dit-elle en lui souriant, lisant dans ses yeux. Mais il est aussi susceptible que moi à son âge, alors méfie-toi.

- Je prends note.

- Tu repars demain alors ? demanda-t-elle tristement.

- Oui. Mon bateau part à midi.

- Ne peux-tu pas rester encore un peu ? Nous partons dans une semaine.

- Malheureusement non. Je devrais déjà être rentré depuis deux semaines. Les répétitions de notre nouvelle pièce ont commencé et Robert m'envoie chaque jour un télégramme pour, je cite, « ramener mes fesses au plus vite ».

Terry se retourna vers Archi qui ronflait toujours bruyamment. Annie n'était pas revenue et les enfants jouaient dans le lac.

- Candy, commença-t-il, ce soir…

- Je sais, dit-elle sans le regarder, j'étais en train d'y penser.

- Viendras-tu ? Une occasion comme celle-là ne se représentera plus.

- Je sais, dit-elle simplement.

- Penses-y. Je laisserai les portes ouvertes. Il n'y a pas de domestiques. Je t'attendrai toute la nuit s'il le faut.

oooooo

Elle regardait par la fenêtre de sa chambre. La chambre de Terry était allumée, il l'attendait. Les enfants étaient couchés, les domestiques ne dormaient pas à la maison. Annie, toujours complice, avait promis d'occuper Archibald et de se lever si un des enfants se réveillait. Elle entendait encore des bruits dans la maison. Elle attendait, dans l'obscurité de sa chambre, d'avoir le champ libre pour retrouver son amant.

Il avait éteint les lumières de sa chambre pour habituer ses yeux à l'obscurité. Il la cherchait dans la nuit. Viendra-t-elle ? Lorsqu'ils s'étaient quittés quelques heures auparavant, il avait plongé son regard dans le sien pour lui répéter sa requête. « Viens. Viens me retrouver mon amour. La dernière fois peut-être. »

Le château avait disparu dans la nuit. Terry avait-il changé d'avis ? Ne l'attendait-il plus ? Pourtant il lui avait dit qu'il l'attendrait toute la nuit s'il le fallait. Et son regard au moment de se quitter, ce regard était une prière. Elle entendit la porte de la chambre de ses amis se refermer sur des rires étouffés. Annie remplissait sa mission. Son amie avait bien changé et n'était plus la jeune fille timide qu'elle avait été. Elle avait fait boire son mari plus que de raison et lui avait fait du charme. Elle avait passé la soirée à lui murmurer des choses à l'oreille et Candy l'avait surpris plus d'une fois à rougir devant les propos que lui tenait sa femme. Comme c'était touchant et amusant de voir ce grand gaillard rougir des choses de l'amour. Albert et elle étaient un couple tellement plus ouvert. Elle balaya du revers de la main l'image de son mari qui apparaissait devant ses yeux. Non, elle ne devait surtout pas penser à lui, pas maintenant. Elle prit son châle et sortit de sa chambre sans bruit.

Il vit une silhouette blanche passer devant les jardins et sortit de sa chambre en courant.

Elle était arrivée devant la porte du château. Tout était sombre. Que devait-elle faire maintenant ? Frapper ? Entrer ? Se sauver et retrouver sa famille ? Avant qu'elle ait eu le temps de prendre une décision, la porte s'ouvrit et elle se sentit tirer vers l'intérieur. La seconde d'après, elle était dans ses bras et il prenait possession de ses lèvres.

Il la poussa contre la porte. Sa bouche était ferme, gourmande, rapide. Ses lèvres, son cou, ses lèvres à nouveau. Il se perdait dans son désir, dans sa passion. Ses mains remontèrent les pans de sa robe et ses doigts se perdirent en elle. Déjà elle gémissait. Il la sentait humide, prête pour lui. Sans plus attendre, il se déboutonna à la hâte pendant qu'elle entourait ses jambes autour de sa taille. Lorsqu'il entra en elle, ils gémirent d'une même voix, d'un même souffle.

- Oh Candy, j'attends ce moment depuis si longtemps.

- Moi aussi mon amour, dit-elle en cherchant sa bouche.

Personne ne bougeait, de peur de briser cet instant magique, s'imprégnant du moment pour toutes les autres nuits qu'ils ne passeraient pas ensemble. Il commença à bouger en elle, d'abord doucement. Puis son désir le rattrapa et il accéléra pour se perdre complètement quelques minutes plus tard. Bien que l'étreinte fût courte, ils partirent ensemble sur le chemin de la jouissance qu'ils atteignirent dans un même cri.

- Pardonne-moi, lui dit-il une fois leur souffle revenu, c'était un peu rapide mais je n'ai pas pu résister à l'urgence de t'avoir dans mes bras. Je me rattraperai, soit en sûre.

- Est-ce que je t'ai donné l'impression de me plaindre ? demanda-t-elle en riant.

Il l'emporta dans ses bras et monta rapidement les marches qui menaient à sa chambre. Il ouvrit la porte, la referma d'un coup de pied et alla la déposer sur le lit. Ils se regardèrent un moment silencieusement, profitant pleinement de l'instant.

Terry s'écarta et se dirigea vers la cheminée.

- Où vas-tu ?

- J'allume les bougies. Je veux te voir.

- Et moi je veux te sentir, dit-elle dans un souffle quand il la rejoint, alors que ses mains montaient sur son torse et s'immisçaient à l'intérieur de sa chemise entrouverte dont elle commençait déjà à enlever les boutons.

Son geste le fit sourire. « Ca devient une habitude de me déshabiller. » Il la laissa enlever sa chemise et stoppa ses mains alors qu'elles se dirigeaient vers son pantalon.

- Mais… !

- Je vais être très égoïste cette nuit Candy. Si c'est la seule occasion que nous aurons jamais, je veux profiter pleinement de toi, je veux m'assurer de caresser et d'embrasser chaque parcelle de ta peau. Je ne te laisserai pas me déconcentrer.

- C'est injuste, moi aussi je veux profiter de toi.

- Nous avons toute la nuit… mais je passe en premier, dit-il avec ce sourire espiègle qui l'aggaçait déjà à l'époque du collège.

Elle décida donc de se laisser faire. Rien n'importait plus que d'être avec lui. Il la releva pour qu'elle se tienne debout face à lui. Il descendit lentement la fermeture éclair de sa robe et la fit glisser à ses pieds.

- Je n'aime pas cette nouvelle mode. Certes, maintenant nous avons la chance de voir vos jolis mollets mais on ne distingue plus rien de vos silhouettes.

Il fit un pas en arrière pour mieux la voir. Elle portait une culotte ornée de dentelle et un soutien-gorge de soie. Malgré ses deux grossesses, sa taille était toujours fine, son ventre plat, ses jambes fuselées. Seules ses hanches s'étaient arrondies, ce qui rendait ses courbes encore plus sensuelles. Elle était belle, comme jamais il n'avait pu l'imaginer auparavant. Le souvenir qu'il avait d'elle était celui d'une femme enceinte.

Il s'approcha à nouveau, libéra ses cheveux du chignon cranté que portaient les femmes qui n'avaient pas osé sacrifier leur crinière pour le bol qui faisait fureur dans les salons de la haute bourgeoisie américaine, et dégrafa son soutien-gorge. Sa poitrine était pleine et ronde. Il remarqua la cicatrice au dessus de son sein gauche et la caressa du bout des doigts.

- Nous avons été bombardés en France en mille neuf cent seize, en partant pour l'Afrique. J'ai reçu un éclat d'obus.

Son regard s'assombrit. Il n'avait pas remarqué cette cicatrice lorsqu'ils s'étaient retrouvés trois ans auparavant.

- Comment a-t-il pu te faire courir autant de risques. S'il t'était arrivée malheur, je l'aurais tué de mes propres mains, dit-il les dents serrées.

Elle posa sa main sur la sienne.

- Il ne savait pas. Il a été blessé aussi. Il s'en est beaucoup voulu. Il m'a cru morte…

- Tais-toi, dit-il en prenant sa bouche. Je ne veux pas que tu parles de lui, ce soir tu n'appartiens qu'à moi, continua-t-il douloureusement.

- Je n'ai toujours appartenu qu'à toi Terry, lui dit-elle pour le rassurer. Fais-moi l'amour…

Il la souleva et l'allongea sur le lit.

- Déshabille-toi mon amour, je veux sentir ta peau sur la mienne.

Il se libéra de ses derniers vêtements et s'allongea sur elle. Elle encercla sa taille de ses jambes et saisit ses fesses à pleines mains. Mais déjà il se dégageait.

- Non, non, pas encore… dit-il visiblement amusé par son empressement.

Il prit ses mains et les posa sur l'oreiller, au dessus de sa tête. Puis, il commença son exploration. Sa bouche, de plus en plus gourmande, parcourait son corps en commençant par l'arrière de ses oreilles, son cou, sa poitrine. Il saisit ses seins à pleine main et dévora ses tétons dressés et douloureux de désir. Elle gémissait à chacune de ses caresses. Il ne put s'empêcher de se demander si les mains d'Albert lui donnaient autant de plaisir mais il balaya l'idée d'un clignement de paupières. Non, il n'allait pas gâcher la seule nuit qui leur était offerte par des pensées ridicules.

Il libéra ses seins pour parcourir son ventre avec sa bouche, avec sa langue, avec ses doigts. Il parcouru son corps dans sa totalité, comme il lui avait promis et parfois, elle se demandait s'il était seul pour lui donner autant de plaisir.

Il la fit jouir, plusieurs fois, avec sa bouche. Alors qu'elle croyait que le calme était revenu, il entra en elle. Il faisait tout pour la rendre folle. Il accélérait, s'arrêtait, accélérait, s'arrêtait, sans fin et elle le suppliait de la libérer de cette torture. Alors, il se retirait complètement et attendait qu'elle le supplie pour recommencer son jeu sadique. Cela lui parut durer des heures avant qu'il ne la libère, qu'il ne les libère de ce trop plein de sensations et de jouissance.

Ils restèrent allongés l'un contre l'autre en silence, couvrant l'autre de caresses tendres. Ils n'avaient pas besoin de parler, ils se comprenaient à travers leurs caresses, leurs regards, leurs soupirs.

- Tu ne t'es pas remarié ? demanda-t-elle longtemps après, en prenant sa main gauche.

- Non. Et je n'ai personne dans ma vie si c'est ce que tu veux savoir. J'ai eu quelques aventures mais rien de sérieux. Ca ne m'intéresse pas, je n'aimerai jamais que toi.

- Mais tu pourrais aimer à nouveau. Moi j'aime Albert…

- Tais-toi Candy. Je ne veux pas entendre ça, la coupa-t-il.

- Ce que je veux dire, c'est que tu peux aimer différemment. Tu peux rencontrer une femme qui t'aime sincèrement, qui t'apporte la paix, de la tendresse, des enfants…

- Non. J'y ai beaucoup réfléchi depuis que nous nous sommes revus il y a trois ans. J'ai relu ta lettre tellement de fois que je pourrais te la réciter tant je la connais par cœur. Mais je ne veux pas commettre la même erreur deux fois. Il n'y a qu'avec toi que j'aurais voulu me marier et avoir des enfants. Je me suis fait à l'idée, je resterai veuf et je n'aurai pas d'enfants.

- J'aurais tellement voulu t'en donner, dit-elle en se blottissant contre lui.

- Ne parlons pas de choses qui n'arriveront pas et qui nous font souffrir. Tout ce que je veux à cet instant, c'est t'aimer, dit-il en l'embrassant.