AVERTISSEMENT : Ce chapitre contient une scène d'une extrême violence. Je conseille vivement aux personnes sensibles de ne pas lire la dernière partie du chapitre et de passer directement au chapitre 16 où la scène sera expliquée en quelques mots. Si c'est votre cas, arrêtez votre lecture à la phrase « Dieu merci la Grand Tante n'est pas là ». Merci.

Chapitre 15 – … et pour le pire

« Une épouse adultère ne se sent jamais coupable que des tromperies que son mari connaît. »

Frédéric Dard

Elle ferma les yeux au moment où son corps fut parcouru d'un frisson. Elle revoyait leurs étreintes, leurs deux corps ne faisant qu'un à la lueur des bougies jusqu'à ce que l'aube ne la rappelle à sa vie, à son devoir. Elle repartit le cœur lourd et le corps courbaturé de la passion qu'ils avaient mis dans leurs ébats toute la nuit durant. Il ne lui avait pas laissé beaucoup le temps de se reposer. Quel amant inventif, gourmand et passionné. Elle avait cru connaître la passion avec Albert mais ce n'était rien comparé à celle de Terry. Ils avaient tour à tour crié, supplié, pleuré… pleuré, de cette délivrance que donne parfois la puissance de la jouissance.

Aujourd'hui, elle voyait les côtes écossaises s'éloigner et avec elles, les plus merveilleux moments de sa vie. Elle rentrait à Chicago et dans quelques semaines, son mari serait de retour. Elle reprenait sa vie qu'elle avait mise en suspens une nuit durant, il y a une semaine. Une semaine déjà et pourtant elle pouvait toujours sentir ses mains sur sa peau, le parfum de son corps. Pourquoi cet amour qui les avait saisis presque dix ans auparavant sur ce même océan ne parvenait pas à s'estomper ?

Les Cornwell ne revenaient vivre à Chicago qu'en novembre et Candy s'ennuyait. La Grand Tante avait passé l'été dans les Hamptons pour ensuite rejoindre les Legrand en Floride. Ils n'étaient pas près de la revoir. « Bon débarras » avait pensé Candy. Les enfants occupaient en grande partie ses journées mais elle se sentait seule, elle se sentait vide. Ses nuits étaient bien souvent secouées des pleurs de la perte d'un être cher. Son corps était à Chicago mais son cœur avec Terry. Maintenant plus que jamais. Elle pensait qu'en laissant libre cours à leur passion, cela atténuerait le manque mais elle s'était trompée. Elle percevait maintenant l'ampleur de ce qu'elle avait perdu cette nuit d'hiver mille neuf cent quatorze à New York et ça lui paraissait plus insoutenable chaque jour. Elle essayait de penser à Albert, à leur vie, à leur famille mais c'est invariablement le visage de Terry qui réapparaissait devant ses yeux.

Ce sentiment s'intensifia le jour où elle découvrit une surprise qui était de taille. Elle fut à la fois envahie d'un bonheur immense et d'une douleur insurmontable. Elle venait de découvrir qu'elle avait deux semaines de retard dans son cycle et le Docteur Bowman, de l'hôpital Sainte Joana, qui avait suivit toutes ses grossesses, lui confirma qu'elle était enceinte de quelques semaines. Elle portait en elle l'enfant de Terry. Sa première réaction fut d'envoyer un télégramme à l'homme de son cœur pour lui annoncer la merveilleuse nouvelle quand elle réalisa à quel point sa situation était tragique. Elle était mariée à un autre et mère de deux enfants. Elle ne pouvait se résoudre à abandonner sa famille pour aller vivre au grand jour avec son amour de toujours avec lequel elle pouvait maintenant fonder une nouvelle famille. Non, son devoir était auprès d'Albert et de ses enfants. Mais dans ce cas, qu'allait-elle devenir ? Albert était absent depuis presque trois mois et elle ne pouvait en aucun cas lui attribuer la paternité de ce petit être qui poussait en elle. Elle pensa un instant à lui mentir sur le début de sa grossesse et ne lui annoncer que dans quelques mois pour l'assurer de sa paternité mais elle ne pouvait s'y résoudre. Albert était un homme bon, un mari et un père formidable, elle ne pouvait le trahir plus qu'elle ne l'avait déjà fait. De plus, l'enfant risquait d'être brun comme son père biologique et sa mascarade serait découverte. Il ne lui restait qu'une solution, avouer.

Un frisson la parcouru en pensant à cette idée. Comment allait-elle pouvoir avouer à Albert qu'elle l'avait non seulement trompé avec son rival de toujours mais qu'en plus, elle portait en elle le fruit de leurs ébats. Elle se souvint soudainement de cette fois, alors qu'ils étaient en route pour Dakar à bord de l' « Afrique », où il l'avait prise avec une violence qu'elle lui découvrait en lui disant qu'elle était à lui et à personne d'autre. Elle se souvint également de la peur qu'elle avait ressentie en voyant la folie qui animait ses yeux à cet instant. Albert, lui si jaloux et possessif, qui n'hésitait pas à lui témoigner des attentions particulières en public (chose que la haute bourgeoisie conservatrice de Chicago exécrait par-dessus tout) dès qu'un homme était un peu trop empressé de l'inviter à danser ou à monopoliser sa conversation lors de repas mondains. Albert, qui lui répétait si souvent qu'il l'aimait par-dessus tout et qu'il serait capable de tuer si on voulait l'enlever à lui. Albert, dont elle voyait si souvent le regard triste posé sur elle lorsque son esprit vagabondait quelques secondes vers Terry et leur bonheur perdu. Albert, qui n'avait jamais été dupe, malgré sept années de mariage et deux merveilleux enfants.

Elle allait le détruire, elle le savait. Lui qui l'aimait tant, lui qui avait accepté silencieusement pendant toutes ces années de n'être que le second dans son cœur. Et si elle partait ? Si elle disparaissait en ne lui laissant qu'une lettre qui expliquerait ses motivations ? Non, c'était ridicule. Et il risquerait de s'en prendre à Terry. Et s'il s'en prenait à Terry ? Réellement ? S'il voulait lui faire payer leurs retrouvailles ? Non, elle ne pourrait l'accepter. C'était à elle de payer, c'est elle qui l'avait trahi. Oui, elle allait lui demander de la punir. De la répudier s'il le voulait. Mais pas Terry. Elle préférait mourir de la main d'Albert que de vivre en sachant qu'il pouvait s'en prendre à lui.

Sa décision était prise. Elle lui avouerait sa faute et en accepterait les conséquences.

oooooo

Octobre mille neuf cent vingt trois.

Lorsqu'il passa la porte du Manoir, les cris des enfants, et les aboiements de Poupette l'accueillirent.

- Papa, papa, tu es rentré !

- Oui mes amours, dit-il en se baissant pour prendre ses enfants dans ses bras et les embrasser.

- Tu nous as manqué papa, dit Margaret qui ne détachait pas ses bras du cou de son père. C'était trop long ton voyage, il ne faut plus partir aussi longtemps.

- Oui papa, c'était long ! répéta le petit William.

- Je sais les enfants, ça a été long pour moi aussi. Je suis désolé, j'essayerai de ne plus recommencer, dit-il en resserrant son étreinte. Et maman où est-elle ? demanda-t-il, surpris que Candy ne lui saute pas au cou comme à l'accoutumée.

- Elle est sortie faire des courses, répondit innocemment Margaret.

- Des courses ? répéta-t-il étonné. Mais elle savait que je rentrais aujourd'hui, n'est-ce pas ?

- Oui, elle nous l'a dit ce matin.

« Bizarre ce besoin urgent de faire des courses le jour où je rentre après plus de trois mois d'absence. » pensa-t-il en fronçant les sourcils.

- Très bien les enfants, retournez jouer maintenant, je vous verrai plus longuement tout à l'heure. Pierre, dit-il en se tournant vers le majordome, pourrez-vous dire à mon épouse quand elle rentrera que je suis dans mon bureau ?

- Très bien Monsieur.

Elle se sentait prisonnière de sa vie, prisonnière de son destin, prisonnière de la fatalité. Elle étouffait, elle avait besoin de respirer, de s'emplir les poumons pour se vider la tête. Et même ici, assise depuis plusieurs heures dans le froid automnal du Lincoln Park, sa vie ressemblait à une prison. Ca ne fonctionnait pas. Elle avait pourtant espéré. La nature avait toujours été salutaire lorsqu'elle avait des problèmes mais aujourd'hui, même ça ne fonctionnait plus.

« Albert doit être rentré maintenant », se dit-elle en voyant la lumière du jour décliner.

Il devait être tard, elle n'avait aucune notion du temps. Combien de temps encore allait-elle se cacher ici ? Il faudrait bien qu'un jour elle l'affronte.

Pierre entra dans le bureau d'Albert.

- Monsieur m'a demandé ?

- Oui, Pierre. Ma femme est-elle rentrée ?

- Toujours pas Monsieur.

- Toujours pas ? Mais il est déjà dix huit heures !

- Je sais Monsieur. Voulez-vous que j'envoie le chauffeur ?

- Pourquoi il n'est pas avec elle ? demanda Albert de plus en plus étonné et inquiet.

- Non Monsieur, Madame l'a renvoyé en lui disant qu'elle prendrait un taxi pour rentrer.

- Oui, envoyez le chauffeur, dit-il les sourcils froncés.

« Qu'est-ce que tout cela signifie ? »

- Ah Madame, vous êtes là ! Nous allions envoyer le chauffeur à votre recherche. Monsieur s'inquiétait beaucoup. Il est dans son bureau.

- Très bien, merci Pierre. Je ne vais pas le déranger, je sais qu'il a toujours beaucoup de travail lorsqu'il rentre de voyage. Je serai dans ma chambre.

- Pardonnez-moi d'insister Madame. Monsieur a demandé plusieurs fois de vos nouvelles. Vous devriez aller le rassurer.

- Je me permets d'insister aussi Pierre, répondit-elle sèchement, ce qui ne manqua pas d'étonner le Majordome. Je serai dans ma chambre.

Pierre la regarda partir, éberlué. Il réfléchit quelques instants et décida d'aller en informer Albert.

- Monsieur, pardonnez-moi de vous interrompre, mais je pensais que vous seriez rassuré de savoir que Madame est rentrée et qu'elle s'est retirée dans sa chambre.

- Dans sa chambre ? Mais ne sait-elle pas que je suis ici ?

- Elle le sait Monsieur mais elle a préféré ne pas vous déranger.

Albert le regardait comme si une deuxième tête était en train de lui pousser. L'inquiétude commença à le gagner. Que s'était-il passé pendant son absence pour qu'elle soit absente le jour de son retour et qu'elle l'évite ?

- Merci Pierre, je m'en occupe.

Il sortit aussitôt de son bureau et monta quatre à quatre les marches qui menaient à leur chambre. Il ouvrit la porte sans frapper, ce qui la fit sursauter.

- Albert ! Mon Dieu, tu m'as fait une de ces peurs.

- Bonsoir Candy ! Heureuse de me revoir ? demanda-t-il ironiquement.

- Mais bien sûr, de quoi parles-tu ? demanda-t-elle innocemment.

- De ton absence à mon retour, du fait que tu m'évites. Et pourquoi n'es-tu toujours pas dans mes bras alors que nous ne nous sommes pas vus depuis plus de trois mois ?

- Pardonnes moi, dit-elle en se dirigeant vers lui. Je suis très fatiguée en ce moment et j'ai cet horrible mal de tête, mentit-elle.

Il la serra à l'étouffer et plongea sa tête dans ses cheveux pour en respirer leur parfum.

- Oh, Dieu que tu m'as manqué. Tu sais que j'ai un très bon remède contre la migraine ? demanda-t-il taquin.

Elle ne répondit pas et se laissa emporter vers le lit. Elle ferma les yeux quand il la déshabilla. Il l'embrassa, la caressa, mais elle ne réagit pas, ne participa pas. L'étreinte ne fut pas celle des retrouvailles qu'il avait espérées. Il fit l'amour tout seul.

oooooo

Candy passa la tête par l'entrebâillement de la porte du bureau d'Albert, plus tard dans la soirée.

- Albert ? Est-ce que je te dérange ? Tu as l'air occupé, je repasserai, dit-elle en commençant à se retirer.

- Non, non, Candy ! Entre mon amour, tu ne me déranges jamais. Je suis vraiment désolé, je viens juste de rentrer et je suis déjà au travail, dit-il en se levant et en marchant vers elle.

- Ce n'est pas grave Albert, je sais que tu as des responsabilités.

- Oui mais je ne devrais jamais négliger ma petite femme. Tu m'as tellement manqué, dit-il en l'embrassant tendrement. Qu'y a-t-il mon amour ? As-tu quelque chose à me dire ou voulais-tu juste déconcentrer un peu ton pauvre mari en lui montrant ton beau visage et ce corps qui m'as tant manqué, lui dit-il en posant ses mains sur son dos et en descendant lentement le long de sa colonne vertébrale.

- Oui, j'ai à te parler, dit Candy de plus en plus mal à l'aise. Asseyons-nous si tu veux bien.

Ils allèrent s'assoir sur les fauteuils qui faisaient face à la cheminée.

- Tu as l'air soucieux, il n'y a rien de grave j'espère ? dit Albert en fronçant les sourcils. Il commençait à s'inquiéter du comportement de Candy. Depuis son retour, elle était de plus en plus étrange. Elle était distante. Jamais il ne l'avait connue comme ça.

- J'ai quelque chose de très difficile à te dire Albert, commença-t-elle, des larmes de tristesse et de culpabilité lui montant aux yeux. Elle savait qu'elle s'apprêtait à lui faire énormément de mal, son doux époux qu'elle aimait tant, et qui avait toujours été si tendre pour elle.

- Et bien, parle Candy ! Qu'y a-t-il ?

Candy baissa les yeux. Elle ne pouvait pas affronter son regard lorsqu'elle lui apprendrait qu'elle l'avait trompé et qu'elle portait en elle le fruit de son adultère.

- Je suis enceinte.

- C'est juste ça ? demanda Albert avec un soupir de soulagement. Mais c'est une excellente…

- De deux mois, le coupa-t-elle.

Albert resta interdit. Ca lui fit l'effet d'une douche froide. Il comprenait parfaitement ce que cela signifiait. Il avait été absent plus de trois mois donc le calcul était vite fait, l'enfant n'était pas de lui. Une foultitude de sentiments passa dans ses yeux à cet instant mais Candy n'en vit rien, la honte pesant toujours sur sa tête qu'elle ne parvenait pas à relever pour faire face à son mari et voir sur son visage le chagrin et la déception qu'elle lui inspirait. Tout ce qu'elle parvenait à faire, c'était pleurer de honte.

Albert fouillait sa mémoire afin de trouver dans les lettres échangées pendant ses longs mois un indice, quelque chose qu'elle lui aurait dit ou qu'il aurait pu déceler, qui pourrait l'éclairer sur l'identité de cet amant qui ne sortait de nulle part mais il n'y parvint pas. Son cerveau ne parvenait pas à fonctionner autrement qu'en lui montrant des images de sa précieuse Candy dans les bras d'un autre homme. Ca ne pouvait pas être possible. Pas SA Candy, si pure, si douce, … si belle et désirable !

Une fièvre inconnue commençait à le gagner. Il sentait la haine et le chagrin l'envahir. Il parvenait à peine à distinguer sa silhouette à travers les larmes qui baignaient ses yeux. L'envie irrépressible de connaitre l'identité de ce chien, qui avait osé poser ses mains sur elle et l'engrosser comme une vulgaire fille de rien, et de l'étrangler de ses propres mains commençait à lui faire perdre la tête.

- Qui ? Lâcha-t-il entre ses dents.

Candy leva les yeux vers Albert. La façon dont il avait prononcé ce simple mot l'avait glacée jusqu'aux os.

- Albert, je t'en prie… je t'en supplie, pardonne-moi…

- QUI ? Hurla-t-il cette fois en se levant pour la dominer de toute sa taille, les poings serrés.

Candy n'avait jamais vu son mari dans une telle rage et cette vision la terrifiait. Albert lui faisait peur.

- CANDY, QUI ? Hurla-t-il de plus belle.

Candy cacha son visage remplit de larmes dans ses mains et commença à sangloter de plus belle.

- Terry, lâcha-t-elle dans un sanglot.

Albert s'effondra dans son fauteuil en entendant ce nom. Terry, le grand amour de Candy, celui qu'elle n'avait jamais oublié malgré toutes ces années, malgré leur mariage, malgré leurs enfants. Albert était sous le choc, la bouche ouverte, les yeux écarquillés dans le vide. Ils s'étaient retrouvés, après toutes ces années, ils s'étaient retrouvés et ils avaient consommé cet amour qui les dévorait de l'intérieur tel un cancer depuis tant d'années. Et maintenant elle portait son enfant. L'enfant de l'homme qu'elle aimait le plus au monde, plus que lui.

Candy leva son visage vers Albert et y vit la souffrance qu'elle lui causait. Elle voulait mourir de le faire souffrir ainsi. Elle l'aimait vraiment, sincèrement. Pas de la folle passion dont elle aimait Terry, mais d'un amour profond et sincère. Il était son mari. Ils avaient partagé tant de choses merveilleuses ensemble. Bien plus qu'elle n'en vivra jamais avec Terry. Elle savait que sa place était auprès de lui, son homme fort et doux, le père de ses enfants. Elle avait tout gâché pour quelques moments de pur bonheur avec Terry et aujourd'hui elle en payait le prix.

- Quand ? Lâcha-t-il entre ses dents.

Elle le regarda mais ne le reconnu pas. Son beau visage avait disparu sous la laideur du masque de sa souffrance.

- En Écosse, dit-elle dans un sanglot.

En Écosse ! Cette nouvelle l'anéantit encore plus. En Écosse, le berceau de leur amour. Quelle ironie ! C'est lui qui avait insisté pour qu'elle y retourne. C'est lui qui l'avait poussée dans ses bras.

- Combien de temps ?

- Juste une fois, s'empressa-t-elle d'ajouter. Nous l'avons rencontré la veille de son départ.

- Et tu t'es empressée de te jeter dans ses bras ! La haine était perceptible dans sa voix et dans ses yeux.

Elle ne répondit pas. Que dire ? Il avait raison, elle s'était jetée dans ses bras. Elle tenta un geste vers lui.

- Albert, dit-elle d'une voix suppliante, les larmes ne cessant d'inonder son visage.

Il la regarda et son visage s'assombrit. Il retira sa main avant que celle de Candy ne l'atteigne.

- Sors, dit-il en se levant et en se dirigeant vers son bureau.

Lorsqu'il y parvint, il se retourna et vit qu'elle était toujours là, ses grands yeux implorants tournés vers lui.

- SORS ! Hurla-t-il en tapant du poing sur le plateau son bureau.

Candy se leva et sortit sans un regard en arrière vers son mari, le cœur en miettes. Lorsque la porte se referma, elle sentit un objet se briser dessus. Quelques de secondes d'hésitation de plus et c'était elle qu'il atteignait. Elle frissonna en entendant à nouveau quelque chose se briser sur la porte. Maintenant Albert hurlait, grognait comme une bête en détruisant son bureau. Elle se laissa glisser contre le chambranle et pleura ce qui lui restait de larmes, dont le bruit était couvert par le vacarme qui se déroulait dans la pièce derrière elle.

Elle sentit une présence et découvrit que Pierre la regardait, consterné.

- Madame !... Monsieur ?

Elle se releva, essuya ses larmes et essaya de se donner une constance.

- Monsieur ne sent pas très bien ce soir, il vaut mieux le laisser seul.

Puis elle tourna les talons et se dirigea vers sa chambre.

« Dieu merci la Grand Tante n'est pas là » pensa-t-elle.

oooooo

La nuit était bien avancée mais Candy pleurait toujours, allongée dans son lit. Elle ne pouvait effacer de sa mémoire le visage d'Albert, déformé par la douleur. Elle ne parvenait pas à comprendre comment cela avait pu lui arriver. Comment ces quelques instants de bonheur avec Terry avaient ainsi ruinés sa vie. Pourquoi le sort s'acharnait-il ainsi sur eux ? Ils étaient destinés l'un à l'autre mais n'avaient jamais pu être ensemble. Tout d'abord la séparation au Collège de St Paul, puis l'accident de Susanna. Elle avait fait sa vie, comme il avait fait la sienne. Elle en avait épousé un autre et maintenant sa place était avec lui. Ils avaient eu cette chance, cette dernière chance d'être ensemble, d'oublier quelques instants la vilaine farce que leur avait jouée la vie, et maintenant, ils en payaient le prix. ELLE en payait le prix. Elle avait été punie. Elle portait en elle la marque indélébile de sa trahison. Le fruit de leur unique nuit d'amour. Albert, pauvre Albert, comme il devait être déçu. Lui qui la mettait toujours sur un piédestal. Sa Candy, son ange.

Candy entendit quelqu'un entrer brutalement dans sa chambre. Elle se releva en s'appuyant sur son coude et vit que c'était Albert. Il était entré si violemment dans la chambre qu'il était tombé à terre. S'appuyant sur ses mains, il essayait de se relever. Candy se précipita pour l'aider.

- Albert !

- Laisse-moi ! Ordonna-t-il en la repoussant violemment.

Au son de sa voix et à la forte odeur d'alcool qu'il dégageait, Candy comprit qu'il était ivre. Elle le regarda, choquée de sa réaction et vit son visage par la lumière du clair de lune qui éclairait la pièce. Elle eut peine à le reconnaitre. Ses yeux étaient fous, son visage enlaidit par la colère.

- Albert… dit-elle encore, à voix basse, terrifiée par ce qu'elle lisait dans son regard.

- Tais-toi chienne ! hurla-t-il en lui administrant une gifle d'une force phénoménale.

Candy tomba en arrière par la force de la gifle et se cogna la tête à la patte du fauteuil de sa coiffeuse. Elle resta un peu étourdie. Albert se précipita sur elle et empoigna le tissu de sa chemise de nuit.

- Espèce de raclure, tu sais ce qu'on leur fait aux filles comme toi ?

- Arrête Albert, je t'en supplie, criait Candy à travers ses larmes.

Il la jeta sur le lit sans ménagement.

- Qu'est-ce que je dois faire pour que tu arrêtes de l'aimer ? Est-ce que je dois t'arracher le cœur ? demanda-t-il en agripant son sein gauche et en le broyant de sa main puissante, ce qui eu pour résultat de faire hurler Candy de douleur. Ou est-ce que je dois presser ta tête jusqu'à ce qu'il parte ? dit-il en posant ses mains de chaque côté de ses tempes en pressant de toutes ses forces.

- Albert arrête tu me fais mal, criait-elle.

- Mais toi aussi tu le fais mal ! J'ai tout fait pour que tu m'aimes, je t'ai couvert d'amour et de cadeaux, je t'ai donné des enfants, mais ce n'est pas suffisant, tu ne m'aimes toujours pas.

- Si je t'aime Albert, tu le sais, pleurait-elle.

- Tais-toi, garce ! Arrete tes mensonges ! J'ai tellement envie de vous tuer tous les deux à cet instant, dit-il en entourant sa gorge d'une de ses mains puissantes et en commençant à serrer. Tu es à moi Candy, rien qu'à moi, je te l'ai déjà dit. Je préfères te voir morte que de t'imaginer avec lui. Tu me dégoutes.

Elle commençait à étouffer. Elle essaya de toucher son visage, de le ramener à la raison, mais c'était en vain. Il était fou.

- Ne me touche pas ! dit-il en la libérant et en s'écartant un peu. Tes mains sont sales de lui. Où as-tu mis tes mains Candy ? As-tu aimé le toucher ? L'as-tu pris dans ta bouche ?

Il la gifla à nouveau violemment.

- Arrête Albert, je t'en supplie arrête ! Criait, pleurait, se débattait Candy.

- C'était bon avec lui ? Il t'a fait jouir ? Combien de fois, hein ? Je vais te montrer comment on prend les filles comme toi ! Tu n'es plus ma femme, tu n'es plus qu'une catin à mes yeux.

Il déchira sa chemise de nuit en deux et commença à lui broyer les seins. Candy criait sous la violence de ses caresses.

- Tu vois, je savais que tu aimais ça, j'ai été trop gentil avec toi toutes ses années, c'est de la violence qu'il te faut, c'est ça qui t'excite, hein ?

Il la frappa à nouveau.

- Arrêêêêttte ! Pleurait-elle.

Mais elle savait que c'était en vain. Albert était fou, il voulait qu'elle souffre. Peut-être allait-il la tuer dans sa folie. Elle sentait déjà le goût du sang dans sa bouche.

Elle le vit fouiller dans les poches du seul vêtement qu'il portait encore, son pantalon.

- Je vais te prendre comme tu le mérites ! Comme une fille de joie ! Tiens, pour ta peine, lui dit-il en lui jetant une liasse de billets à la figure.

Il se débarrassa de son pantalon et entra en elle violemment. Candy mordit son poing pour étouffer un hurlement de douleur. Il avait déchiré ses chairs, elle en était sûre. Elle cessa de se débattre pendant qu'il la besognait de coups de reins de plus en plus violents et rapides. Elle pleurait, fermait les yeux, c'est tout ce qu'elle pouvait faire. Elle l'entendit pousser un râle quand il se vida en elle et il s'effondra sur elle, ivre mort et épuisé par son labeur. Candy resta un instant immobile, écrasée sous le poids de son bourreau, attendant d'être sûre qu'il dorme pour se glisser hors du lit sans risquer qu'il se réveille.