Chapitre 16 – Conséquences
« La culpabilité n'est, après tout, qu'un sentiment de compassion à l'égard de la détresse et du malheur que l'on a causés. »
Valère Staraselski
Albert se réveilla péniblement, la douleur dans sa tête était lancinante. Il se tourna du côté où Candy se trouvait habituellement mais le lit était vide. Il ne se souvenait pas être venu se coucher. Tout ce dont il se souvenait était s'être saoulé dans le bureau qu'il avait détruit de rage, après son entretien avec Candy. Son épouse adorée l'avait trompé et portait maintenant en elle le fruit de son adultère.
Il s'assit au bord du lit en soutenant sa tête douloureuse et décida qu'une douche l'aiderait peut-être à se débarrasser un peu de sa gueule de bois quand il remarqua sur son sexe des traces de sang séchées. Il ouvra de grands yeux quand les souvenirs de la nuit précédente affluèrent dans son esprit embrumé. Il avait frappé, insulté et violé Candy ! Comment cela pouvait-il être possible ? Comment lui, William Albert Andrew, avait-il pu faire ça à une femme ? SA femme ? Il sentit le dégoût de sa personne monter subitement et il se précipita dans la salle de bain pour se libérer.
Malheureusement, la douche ne réussit pas à laver la honte et le dégoût. Il pensait à Candy. Dans quel état pouvait-elle être aujourd'hui. Elle s'était levée tôt pour éviter de le croiser, c'était évident. Le moins qu'il pouvait faire était d'aller s'excuser, si toutefois elle acceptait de jamais le revoir. Aurait-il le courage de croiser son regard ?
Les rôles s'inversaient. Hier elle lui demandait le pardon, aujourd'hui ce serait lui. Avec du recul, même si l'idée de Candy dans les bras de Terry faisaient immédiatement monter de gros sanglots dans sa gorge, les images bien réelles de ce qu'il lui avait fait subir rendait son adultère presque excusable.
Il se rendit à la salle à manger pour y prendre son petit déjeuner et espéra y voir Candy. La pièce était vide. Il prit un petit déjeuner rapide et se dirigea vers son bureau pour y traiter les dossiers urgents qu'il avait laissé en suspens la veille au soir quand il croisa Pierre, le majordome, dans le vestibule.
- Bonjour Pierre, avez-vous vu Madame aujourd'hui ?
Pierre le regarda étonné et gêné. Il ne savait pas ce qu'il s'était passé entre eux mais il l'avait entendu la veille détruire son bureau de rage et ce matin, il avait croisé Candy. Elle avait essayé de masquer ses marques derrières un foulard et de grosses lunettes noires mais la coupure à la lèvre était bien visible et rendait son articulation difficile.
- Bonjour Monsieur William. Heu oui, j'ai bien vu Madame Candy ce matin. A vrai dire, elle est partie il y a une heure avec Mademoiselle Margaret et Monsieur William pour la gare. Elle a dit qu'ils partaient pour New York. Je pensais que Monsieur était au courant.
Les yeux d'Albert s'agrandirent quand à cet instant, Georges entra dans le vestibule.
- Monsieur, le chauffeur vient d'appeler. Madame a eu un malaise à la gare, elle est à l'hôpital. Il est en route pour le manoir avec les enfants.
Albert le regarda, terrifié. Ce malaise était sûrement dû à ce qu'il lui avait fait subir la nuit précédente. Il se haïssait encore plus.
- Georges, les clés de la voiture ?
Albert prit les clés que lui tendait Georges. Il marcha à grands pas vers la porte quand il se retourna soudain.
- Quel hôpital ?
- Sainte Joana.
« Génial… » Pensa-t-il ironiquement.
Albert attendait depuis vingt minutes devant la porte de la chambre de Candy quand il vit le médecin en sortir.
- Docteur, comment va-t-elle ?
- Elle a fait une fausse couche. Elle a perdu beaucoup de sang mais maintenant elle va mieux. Elle m'a dit être tombée dans les escaliers hier soir…
Le médecin regardait durement Albert dans les yeux, ne laissant aucun doute sur ce qu'il pensait. Il avait ausculté Candy suite à sa fausse couche et avait bien vu que les blessures sur ses parties intimes ne pouvaient en aucun cas avoir été causées par une chute dans l'escalier. Sans parler d'autres marques qui ne laissaient pas de doutes sur leur provenance.
- C'est sûrement cet… « accident » qui a causé la perte de son bébé, reprit-il.
Albert se prit la tête dans les mains. Il savait ce que le médecin pensait et la signification de ses paroles. Candy avait perdu l'enfant de Terry par sa faute, par la violence de son comportement la veille au soir. L'enfant de celui qu'elle aimait par-dessus tout, l'enfant de son amant, l'enfant de l'adultère. En un sens, Albert se sentait soulagé. Si Candy avait encore voulu de lui malgré les choses impardonnables qu'il lui avait faite, il aurait accueilli et élevé cet enfant comme si c'était le sien. La seule chose qu'il craignait, c'était qu'il ressemble à son père. D'une part, parce qu'il aurait eu du mal à vivre chaque jour avec un enfant qui lui rappelait constamment l'adultère de sa femme et d'autre part, car les rumeurs sur l'identité du père aurait fait bon train. Ce qu'il craignait le plus maintenant, c'est que Candy ne lui pardonne jamais d'être responsable de sa fausse couche, de lui avoir prit l'enfant de son amour de toujours. Il savait que dix enfants de lui ne remplaceraient jamais l'enfant de Terry. Il avait peur. Et si elle le quittait ? Si elle allait le rejoindre à New York pour vivre enfin cet amour qui les dévorait l'un l'autre depuis tant d'années ? Il n'y survivrait pas, il l'aimait tant, il ne pouvait pas vivre sans elle. Il préférait l'avoir auprès de lui même s'il savait que parfois, lorsqu'elle regardait dans le vide avec des yeux tristes, elle n'était pas avec lui mais avec Terry. Il n'avait pas de doute sur l'amour qu'elle lui portait, mais savait également que ce n'était rien comparé à l'amour qu'elle vouait à Terry. Il regarda le médecin avec des yeux suppliants.
- Est-ce que je peux la voir ?
Le médecin le regarda dans les yeux, l'air sévère.
- Ne vous inquiétez pas, elle ne risque rien, ajouta Albert, en réponse à la question que le médecin n'avait pas besoin de formuler.
Celui-ci acquiesça d'un signe de la tête. Albert avança vers la porte quand il se retourna pour faire, à nouveau, face au médecin.
- Docteur, est-ce que je peux compter sur votre discrétion ?
- Nous sommes tenus au secret professionnel, Monsieur Andrew, répondit le médecin, le regard toujours froid, un air de dégoût sur le visage. Albert se retourna pour ouvrir la porte de la chambre.
« Moi aussi je me dégoûte. » pensa-t-il.
Lorsqu'Albert vit Candy étendue sur son lit, endormie, il prit pleinement conscience de ce qui s'était passé la nuit précédente. Son visage était couvert d'hématomes et le coin gauche de sa lèvre supérieure était enflée à l'endroit où l'on distinguait nettement un entaille. De plus, la marque de ses doigts était imprimée sur son cou. Son cœur se gonfla à la vue de sa femme adorée ainsi défigurée par ses propres mains. Il s'agenouilla devant son lit et se mit à pleurer.
- Oh Candy mon amour, que t'ai-je fait. Quel monstre suis-je pour t'avoir traitée ainsi. Me pardonneras-tu jamais ?
Albert fut surpris de sentir une main faible se poser sur le haut de son crâne.
- Et toi mon aimé, me pardonneras-tu jamais ce que je t'ai fait ? Ces quelques bleus ne sont rien comparés aux blessures que j'ai infligées à ton cœur. Comment continuer à te regarder dans les yeux si j'y vois pour toujours la douleur que j'y ai lue hier. J'ai tellement honte qu'une simple faiblesse de mon corps ait détruit tout ce que nous avions construit ensemble, notre belle famille. Je t'aime tellement Albert, je ne peux pas vivre sans toi. Je t'en prie, ne me chasse pas, je n'y survivrai pas.
Albert releva la tête vers Candy et vit qu'elle pleurait. Il était abasourdi de l'entendre lui demander pardon alors qu'il était la cause de tous ses maux. Bien sûr qu'il lui pardonnait, comment ne pourrait-il pas ? Oui elle l'avait trompé, mais pouvait-il réellement lui en vouloir ? Lorsqu'il l'avait épousée, il avait prié pour que Candy finisse par oublier Terry mais il s'était vite rendu compte que ça lui était impossible. Il s'était fait une raison. Elle était sa femme, la mère de ses enfants, la compagne de sa vie et elle le rendait heureux. Pas Terry, lui. Alors il avait accepté qu'une partie de son cœur ne lui appartienne jamais. La vie avec Candy valait bien la peine de ce « petit » sacrifice. Il savait au fond de lui que peut-être, un jour, ils se retrouveraient. Il préférait ne pas y penser, mais il le savait. Il avait attendu ce jour anxieusement, et ce jour était arrivé, tenant sa promesse. Maintenant, il préférait se dire que tout ceci était derrière eux. Maintenant, ils étaient ensemble et rien ne les séparerait. Plus jamais.
- Te chasser mon amour ? Mais tu n'y penses pas ! J'ai eu si peur ce matin quand Pierre m'a dit que tu étais partie pour New York. J'ai pensé que tu partais le rejoindre et que plus jamais je ne vous verrais toi et les enfants. Je t'aime tant mon amour, je m'en veux tellement de ce que je t'ai fait cette nuit. Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'étais fou, jamais je ne me suis senti ainsi. J'étais comme possédé.
- Chut, n'en parlons plus. Le principal c'est que nous nous soyons retrouvés.
- Mais Candy, …. Tu as perdu ton bébé à cause de moi. Comment peux-tu me pardonner ça ?
Les larmes dans les yeux de Candy redoublèrent. La tristesse qu'on y lisait était incommensurable.
- Nous aurons d'autres enfants, dit-elle dans un sanglot en le regardant tendrement.
Il la prit dans ses bras et l'embrassa tendrement, la blessure de sa lèvre empêchant toute passion. La phrase qu'elle venait de prononcer était sa plus belle preuve d'amour.
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La situation entre eux se dégrada peu à peu, car bien que le couple ait montré l'un comme l'autre la volonté d'oublier et de reconstruire, personne n'oubliait.
La convalescence de Candy fut longue. Elle craignait énormément une nouvelle intimité entre eux. Elle avait de peur de souffrir. Physiquement et moralement. Elle ne parvenait pas à oublier cette terrible nuit qui se rappelait à son bon souvenir dans chacun de ses rêves. Elle se réveillait toutes les nuits en hurlant et s'éloignait d'Albert lorsqu'il essayait de la réconforter.
Pour lui aussi c'était difficile. Le rejet de Candy et les images incessantes de sa liaison avec Terry le hantaient. Il accumulait les voyages d'affaire pour pouvoir s'éloigner le plus possible du nid conjugal. Maintenant qu'Archi travaillait avec lui, ça facilitait les choses. Ses voyages l'emmenaient souvent à Los Angeles où il ne cessait de croiser Isabelle Livingston, qui n'avait pas renoncé à le conquérir. L'éloignement et l'adultère de Candy, le sentiment d'abandon et le manque d'activité sexuelle rendaient les choses difficiles. Albert avait de plus en plus de mal à la repousser. Jusqu'au jour où il craqua !
L'étreinte, si tant est qu'on puisse l'appeler ainsi, fut brève et sans passion. Il se vida sur elle après seulement quelques coups de reins. Il ne voulait surtout pas jouir en elle et courir le risque qu'elle lui colle un bâtard sous le nez. Son couple était déjà dans un piteux état, ils n'avaient pas besoin de ça. Il se rajusta aussitôt et s'enfuit presque de la maison. Elle n'en fut pas offusquée, elle avait gagné.
Ainsi elle devint sa maîtresse. Bien qu'il fût pour elle un bien piètre amant, elle en faisait des gorges chaudes. Elle criait à qui voulait l'entendre qu'elle était la maîtresse d'un homme marié de la haute société de la Côte Est du pays. Cela arriva aux oreilles d'Albert qui entra dans une rage folle et décida de rompre cette comédie qui n'avait que trop durée.
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Février mille neuf cent vingt quatre.
Albert rentra tard ce soir là de son dernier voyage à Los Angeles. Il avait réfléchit, dans le train, à la meilleur façon de tout avouer à Candy mais n'en avait trouvée aucune. Il avait pensé à ce qu'elle avait dû ressentir lorsqu'elle avait dû lui apprendre sa propre faute. Il l'admirait pour son courage. Il n'en avait aucun dès qu'il s'agissait d'elle. Il avait tellement peur de la perdre. Et pourtant s'il ne réagissait pas, c'était bien ce qui allait lui arriver.
Pierre l'accueillit en lui précisant que sa femme était dans sa chambre. Il s'y précipita en espérant qu'elle n'était pas déjà couchée. La lumière sous la porte le rassura. Il la trouva devant sa coiffeuse, en chemise de nuit, en train de coiffer ses longues boucles blondes.
- Candy, mon amour, tu n'es pas couchée.
- Albert ! s'écria-t-elle en se jetant dans ses bras.
- Oh mon amour, tu m'as tellement manqué. Il y a bien longtemps que tu ne m'avais accueilli avec autant d'enthousiasme.
- Pardonne-moi Albert. Tu m'as tellement manquée toi aussi. J'ai beaucoup réfléchi pendant tous ces mois où tu t'absentais sans arrêt et j'ai réalisé que tout était de ma faute, que tu me fuyais.
- Non Candy, je ne te fuyais pas. C'est ma lâcheté que je fuyais. Chaque fois que je regardais tes yeux, j'y voyais le monstre que j'étais devenu pour toi. Et tu avais tellement raison de me voir ainsi.
- Tais-toi mon aimé. Je m'en veux tellement de ne pas avoir essayé de te parler, de t'expliquer mes angoisses.
- Veux-tu m'en parler maintenant ?
- Non pas maintenant. La seule chose que je veux à cet instant est de retrouver mon mari, mon amant. Cet homme merveilleux qui m'a rendue heureuse pendant toutes ces années.
- Oh Candy…. Dit-il, ému aux larmes en plongeant la tête dans ses cheveux.
Cette nuit-là, ils s'aimèrent longuement, lentement, passionnément. Ils se retrouvèrent comme s'ils avaient été séparés de force pendant plusieurs années. Au petit matin, ils étaient fourbus mais heureux.
Les mois passèrent dans une ambiance chaleureuse retrouvée. Albert arrêta ses déplacements et les enfants et leur mère étaient heureux de l'avoir auprès d'eux. Candy était à nouveau enceinte et cette nouvelle grossesse scellait, en quelque sorte, leur amour retrouvé.
C'est désormais Archibald qui faisait les déplacements à Los Angeles. Moins nombreux et moins longs que ceux d'Albert, ils étaient pourtant nécessaires. Annie s'en plaignait beaucoup. Pendant toutes les années où ils avaient vécu à New-York, elle avait toujours eu son mari auprès d'elle à la maison. A présent qu'il travaillait avec Albert, Il devait souvent se déplacer et c'était pour elle très pesant. Bien qu'elle ait ses enfants pour l'occuper, elle se sentait seule. Candy et Albert l'avaient invitée à séjourner au manoir pendant les absences d'Archi et elle avait accepté avec joie. Les deux amies se retrouvaient comme lorsqu'elles étaient enfants. Leurs enfants grandissaient ensemble et en harmonie.
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Mai mille neuf cent vingt quatre.
Lorsqu'Archi revint de son dernier séjour à Los Angeles, il se rendit directement dans le bureau d'Albert, sans prendre le temps d'embrasser sa famille.
- Archi, quelle bonne surprise ! Alors comment s'est passé ton séjour sur la Côte Ouest ? Les projets avancent ?
- Très bien, mais j'ai à te parler Albert, répondit-il d'une voix grave. Tiens, je pense que tu devines de qui elle provient, lui dit-il en lui tendant une enveloppe rose adressée à « William ».
Le visage d'Albert s'assombrit. Il n'avait plus de nouvelles d'Isabelle Livingston depuis qu'il avait rompu plusieurs mois plus tôt. Il saisit l'enveloppe d'une main tremblante et regarda son neveu.
- Que t'a-t-elle dit ?
- L'essentiel, je pense. Albert, je ne te juge pas mais je souhaiterais comprendre. Je sais qu'avec Candy vous avez traversé des moments difficiles et je ne souhaite pas en connaitre la raison mais…. « elle » ?
- Je sais, répondit Albert en se laissant tomber sur un fauteuil. J'aimerais aussi comprendre ce qui m'a pris. Assieds-toi, je vais te faire un rapide résumé de la situation. Il faut bien que je finisse par en parler à quelqu'un. Ca me ronge tellement.
Pendant le quart d'heure qui suivit, Albert raconta tout ce qu'il avait sur le cœur à Archi. Celui-ci devint livide en apprenant la liaison de Candy avec Terry. Il avait bien remarqué leurs regards cet après-midi là en Écosse mais était loin de s'imaginer qu'elle irait le rejoindre pour la nuit. Il se sentit coupable. C'était lui qui avait insisté pour que Terry partage leur repas et se rendait compte du rôle qu'il avait joué dans leurs retrouvailles. Il s'en excusa auprès d'Albert.
- Ne t'en veux pas Archi. Ils auraient fini par se retrouver de toute façon, j'en suis persuadé.
Il continua son récit, la grossesse de Candy, sa réaction violente qu'il avoua, les yeux baissés, rouge de honte, la perte de l'enfant et la dégradation de leur relation.
- Je me sentais tellement coupable de ce que je lui avais fait et je souffrais tellement de son rejet que j'ai préféré m'éloigner. J'ai revu Isabelle plusieurs fois…
- Revu ? demanda Archi, étonné.
- Oui… répondit-il honteux. Il y a quelques années, je l'ai rencontré par hasard à une soirée chez Mathesson. J'avais beaucoup bu, peu mangé et je me suis laissé séduire. J'ai retrouvé mes esprits avant que ne se passe l'irréparable mais elle m'a tout de même gratifié d'une « petite gâterie ».
Archi ne comprit pas tout de suite la nature de ses paroles, puis soudain, ouvrit de grands yeux.
- Oooohhhh ! Je vois…
- Je m'en suis longtemps voulu après cela de ma faiblesse mais j'ai préféré oublier. Mais tu peux imaginer, lorsque je l'ai retrouvée l'hiver dernier, qu'elle n'a pas hésité à revenir à la charge. Je l'ai d'abord repoussée en lui expliquant que c'avait été une erreur, que j'étais marié et heureux de l'être mais elle ne s'est pas laissée démoraliser. Et Dieu sait qu'elle sait devenir convaincante lorsqu'il s'agit des choses du sexe. J'étais très malheureux de la situation avec Candy, je me sentais seul, rejeté, et un soir, je me suis laissé inviter chez elle. Honnêtement, je ne sais pas comment elle a pu se contenter de ce que je lui donnais, c'est-à-dire rien. C'était une action mécanique, brève et sans passion. Rien d'autre. Mais elle semblait ne pas s'en formaliser et revenait toujours à la charge. Ca a duré quelques mois. Jusqu'à ce que j'apprenne un jour par hasard qu'elle se vantait d'avoir une liaison avec un homme marié de la Côte Est. Nous avions été vus plusieurs fois ensemble dans des restaurants de Los Angeles et il n'était pas difficile d'imaginer qui pouvait être cet amant. J'ai immédiatement rompu et n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Jusqu'à aujourd'hui.
Ils restèrent un instant silencieux. Albert retournait sans cesse la lettre entre ses doigts quand il se décida à l'ouvrir.
« Mon cher William,
Comme ça a été vilain de ta part de m'abandonner ainsi.
Que tu es naïf mon ami. Je ne suis pas une femme que l'on quitte, c'est moi qui décide quand une relation est finie.
Je doute que tu aies eu le courage de tout avouer à ta charmante épouse que l'on dit à nouveau enceinte.
Si tu veux qu'elle continue à rester dans l'ignorance, il va falloir que tu sois très gentil avec moi.
Je serai de retour à Chicago la semaine prochaine.
Rejoins-moi mardi à 16h à l'hôtel Bellevue, chambre 27.
Ne sois pas en retard, tu sais que je n'aime pas attendre, et ainsi, ta femme ne s'en sentira que mieux…
A très bientôt mon bel amant.
Avec toute mon affection.
Isabelle. »
- La peste ! Elle me tient !
- Que dit-elle ?
- Elle me fait du chantage. Si je ne redeviens pas son amant, elle révélera tout à Candy.
- Que vas-tu faire ?
- Aller au rendez-vous qu'elle m'a fixé, je n'ai pas le choix. Candy est enceinte et notre relation est encore trop fragile pour que je lui avoue tout maintenant.
- Mais tu sais qu'elle va continuer son chantage si tu cèdes.
- Je sais, mais je ne vais pas me laisser faire, je trouverai une solution.
oooooo
Le mardi suivant, Albert se rendit dans les quartiers pauvres de la ville. L'hôtel était douteux, louait ses chambres à l'heure, mais celle qu'il découvrit était propre. Il s'assit sur le rebord de la fenêtre, jambes et mains croisées, en attendant l'arrivée de son maître-chanteur.
Elle ne se fit pas attendre. Quelques minutes plus tard, elle pénétra dans la chambre, triomphante. Elle portait une robe de soie beige, un chapeau cloche et des chaussures à talon assortis. Elle se dirigea vers lui en se débarrassant de son chapeau, encercla son cou de ses bras et lui plaqua un baiser sonore sur les lèvres qu'il ne lui rendit pas.
- Et bien, et bien, quel accueil !
- Que veux-tu Isabelle ? demanda-t-il, le regard sombre.
- Tu le sais très bien. Je veux que tu me fasses l'amour, dit-elle en laissant glisser ses mains sur sa veste jusqu'au-dessous de sa ceinture.
- Tiens, c'est nouveau ! Je ne t'ai jamais fait l'amour, je me suis juste soulagé sur toi, répondit-il, imperturbable malgré ses caresses à travers son pantalon.
Il vit avec plaisir qu'il avait fait mouche car elle s'éloigna, vexée.
- Et bien il est temps que ça change !
- Ca ne risque pas d'arriver. Tu n'as aucun intérêt à mes yeux, tu n'en as jamais eu.
- Prends garde William ! Ma petite lettre pour ta femme est prête à être envoyée !
Il se redressa et lui encercla la gorge d'une de ses mains puissantes.
- Ne me menace pas ! Tu ne sais pas à qui tu as affaire. Je pourrais te détruire Isabelle. Je serais prêt aux pires choses pour protéger ma famille.
Elle se débâtit et il la lâcha.
- Tu crois que je n'y ai pas pensé ? S'il m'arrivait quelque chose, plusieurs courriers, qui sont actuellement chez mes avocats, seraient envoyés à ta femme et à la police. Pour ta femme, je me suis appliquée à lui expliquer avec moult détails nos petits ébats. Et pas uniquement ceux qui se sont passés il y a quelques mois… Quant à la police, elle apprendra à quel point tu me dominais et étais tellement amoureux de moi que tu ne supportais pas de voir un homme s'approcher. Elle saura aussi que tu peux parfois être dangereux, notamment avec les femmes. Je suis sûre que plusieurs personnes seraient susceptibles de témoigner concernant un « accident » qui est arrivé à ta femme cet automne. Peu importe que tout ceci soit vrai ou faux. Toi non plus tu ne sais pas à qui tu as affaire.
Il resta silencieux. Il ne s'attendait pas à ça, il l'avait sous-estimée. Que faire maintenant ? Il était à sa merci. Elle s'approcha à nouveau de lui, posa ses mains sur son torse et lui dit, mielleuse :
- Nous ne sommes pas obligés d'en arriver là. Si tu fais ce que je te demande aujourd'hui, je te laisserai tranquille. Je ne te ferai plus de chantage.
- Je n'ai aucune confiance en toi.
- Alors c'est un risque qu'il te faut courir…
Il réfléchit un instant.
- Que veux-tu ?
- Juste que tu me fasses l'amour une dernière fois.
« Elle veut que je la mette enceinte pour mieux me faire chanter après. Et même si elle ne tombe pas enceinte, elle continuera à me faire du chantage indéfiniment. » se dit-il, la mâchoire serrée.
Elle s'écarta à nouveau et ôta sa robe, sous laquelle elle était nue, et ses chaussures. Elle s'allongea sur le lit et lui offrit une posture « accueillante ».
Il pesta intérieurement contre son corps qui réagissait déjà à cette vision.
- Déshabille-toi, dit-elle d'une voix sensuelle.
Il pensa à Candy, à leurs retrouvailles, à ce nouvel enfant qu'ils attendaient. Il se leva et se planta devant elle.
- Non. Je ne te toucherai plus jamais Isabelle. Je n'y ai jamais tiré aucun plaisir. Pas celui qu'on ressent quand on fait l'amour à celle que l'on aime. C'est quelque chose, je pense, que tu ne découvriras jamais. Comment pourrait-on aimer une femme comme toi.
- Je dirai tout à ta femme !
- Fais ce qui te chante, ça n'a plus d'importance désormais. J'ai décidé de tout dire à Candy dès ce soir, quel qu'en soit les conséquences. Je suis maître de ma vie et je ne laisserai personne se jouer de moi. Tu peux envoyer ta lettre Isabelle, ça m'est égal, elle saura tout bien avant.
Il sortit sans un regard. Ce n'est qu'une fois assis dans le taxi qu'il recommença à respirer normalement. C'était un coup de bluffe, et il espérait que ça fonctionne.
