Chapitre 20 – Chat échaudé craint l'eau froide
« On ne se console point des pertes du cœur ;
La douleur s'use, il est vrai, mais c'est parce qu'on s'use avec elle. »
Cécile Fée
Terrence Grandchester sentait son cœur saigner à chaque fois que ses yeux se posaient sur elle. Il aimait cette femme depuis ses quatorze ans, et maintenant, à vingt neuf ans, ses sentiments n'avaient rien perdu de leur intensité. Au contraire. Il vivait auprès d'elle depuis deux ans et ces deux années avaient été teintées à la fois d'un intense bonheur et d'une immense tristesse.
L'intense bonheur était celui de pouvoir la voir chaque jour lorsqu'il venait au manoir, de sentir le parfum qu'elle répandait dans toutes les pièces de la maison à chacun de ses passages, d'entendre sa voix lorsqu'elle parlait tendrement à ses enfants, de voir tout l'amour qu'elle mettait dans les sourires qu'elle leur adressait, même si lui voyait la douleur qu'ils tentaient de masquer.
L'immense tristesse venait des regards froids qu'elle lui adressait, de la rancœur qu'il lisait dans ses yeux d'avoir été son amant, de cette idée qui ne le quittait pas qu'elle ne l'aimait plus, pire, qu'elle ne l'avait jamais vraiment aimé, de ses soupirs à peine contenus lorsqu'elle le voyait apparaitre, de ce froncement de sourcils lorsqu'elle voyait le petit Albert se jeter dans ses bras dans de grands éclats de rire, de ce besoin qu'avaient ses autres enfants d'être en sa compagnie, de voir en lui l'image paternelle qui leur manquait tant depuis la mort tragique de leur père.
S'il avait espéré, au début, pouvoir enfin revivre cet amour qui les avait saisi il y a si longtemps, maintenant, deux ans après la mort d'Albert, cette faible lueur d'espoir avait fait long feu. Aujourd'hui, il se demandait si tout cela n'avait pas été vain, si sa présence constante n'avait pas étouffé dans l'œuf cette deuxième chance que la vie lui avait donné. Car il le comprenait maintenant, il en était plus sûr chaque jour, tout était bien fini entre eux, et ce, depuis plus longtemps qu'il ne pouvait l'imaginer.
Si pendant deux ans elle l'avait regardé comme s'il était l'assassin de son mari, depuis quelques semaines, son comportement vis-à-vis de lui avait changé, en même temps que la couleur de ses vêtements. Et pour lui, c'était pire que tout. Car elle le regardait désormais comme s'il était un animal de foire. Elle ne changeait plus de pièce lorsqu'il arrivait, restait même debout, appuyée contre le chambranle de la porte lorsqu'il jouait avec les enfants dans la nurserie. Non, elle ne le fuyait plus, mais elle l'observait constamment, avec cet air dubitatif qui ne quittait plus son visage. Et ce léger froncement de sourcils, cette sensible mais persistante moue que ses lèvres dessinaient, ces yeux verts qui l'observaient sans relâche, ces yeux tant aimés qui avaient depuis longtemps perdus de cet éclat qui lui aurait fait soulever des montagnes dans une autre vie, il ne les supportait plus. Ce sentiment de rejet qu'il ressentait depuis deux ans avait achevé son cœur, déjà bien malade. Il avait lutté contre l'envie de s'enfuir en courant car la vie auprès d'elle, même si elle lui causait ce vide constant qu'il ressentait au plus profond de son âme, valait plus qu'une vie froide et sombre loin d'elle. Et puis il y avait l'espoir. Mais l'espoir aujourd'hui s'était envolé, et avec lui, ce besoin masochiste de rester auprès d'elle et des siens. Il devait partir.
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Chaque jour, il venait passer deux heures avec les enfants. Pendant ces deux heures, elle s'arrangeait toujours pour se trouver une activité loin de lui. Elle ne voulait pas le voir, croiser le regard de cet homme qui lui rappelait le mal qu'elle avait fait à son mari. Elle ne voulait pas entendre sa voix, sentir son parfum qui trainait derrière lui comme la horde de fans qui le suivait partout lorsqu'il était acteur. Elle ne voulait pas se souvenir qu'elle l'avait un jour aimé plus que sa propre vie, que d'un seul regard, il pouvait lui faire oublier sa vie et ses obligations. Inconsciemment ou consciemment, elle voulait le punir. Le punir de s'être fait aimer, d'avoir conquis son cœur lorsqu'elle était adolescente, de lui avoir fait perdre la tête plus d'une fois, d'avoir volé l'amour qu'elle aurait dû porter à son mari.
Mais ça, c'était avant. Avant qu'elle ne sache qu'Albert lui avait demandé d'en faire le père de ses enfants. Avant qu'il ne l'autorise à l'aimer à nouveau. Depuis, elle l'observait. Était-il celui qu'elle avait aimé si passionnément ? Elle en doutait. Le Terry qu'elle avait aimé cachait un grand cœur derrière son arrogance. Le Terry qu'elle avait aimé était fougueux, jaloux, emporté, parfois violent. Cette nonchalance dans ses gestes, ce charisme si magnétique qu'il aurait bien pu être laid, il n'en aurait pas été moins beau. Paradoxal n'est-ce pas ? Oh oui, Mère Nature l'avait doté d'un physique d'Apollon, mais cette énergie, cette aura qui émanaient de lui, cette étincelle dans ses yeux bleus sombres, faisaient oublier jusqu'à son visage parfait.
Aujourd'hui, elle avait devant elle un homme qui ressemblait trait pour trait à celui qui avait volé son cœur, mais ce n'était pas lui, elle ne pouvait s'en convaincre. Celui qui se faisait appeler Terrence Grandchester et qui se trouvait, à cet instant, assis par terre dans la nurserie, jouant aux petits chevaux dans de grands éclats de rires avec les plus grands, pendant que le plus jeune était assis entre ses jambes en l'observant par-dessous avec fascination, n'avait rien de l'adolescent rebelle et fugueur, qui passait ses soirées dans les bars à boire et se battre lorsqu'ils étaient au Collège. Cet homme souriant et aimable qui avait toujours un mot gentil pour les servantes ou la nounou des enfants, qui était respecté de toute la maisonnée, et qui était même devenu l'ami d'Archibald, était loin du garçon taquin, parfois hautain qui l'avait charmée.
Qu'était-il devenu ? A quel moment s'était-il perdu, oublié ? Était-ce la requête d'Albert de veiller sur eux qui l'avait transformé à ce point ? Non, Candy aurait pu aimer à nouveau passionnément l'ancien Terry, mais pas la pâle copie qu'elle croisait tous les jours dans les couloirs du manoir.
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« Je dois m'absenter quelques jours.
Embrasse les enfants pour moi.
Terrence »
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Eleanor Baker regardait son fils avec une joie non dissimulée. Durant les deux dernières années, il n'était revenu à New-York qu'une fois, brièvement, et elle n'avait pu le rejoindre à Chicago que pour les fêtes de Noël, qu'ils avaient passées avec les Andrew. Et bien qu'il ait été très évasif quant à la nature de son séjour chez elle depuis trois semaines, elle ne pouvait s'empêcher de ressentir un réel bonheur de l'avoir auprès d'elle. Elle le regardait avec une fierté maternelle. Il était devenu un homme, un très bel homme. Il allait sur ses trente ans, mais pouvait encore passer pour un jeune premier. Trente ans… ça ne la rajeunissait pas. Elle avait beau savoir qu'elle ne faisait pas ses quarante huit ans, elle voyait dans son miroir le spectre de sa jeunesse disparaitre peu à peu.
Chassant ses idées sombres d'un mouvement de tête, elle regarda à nouveau son fils pendant que le maitre d'hôtel leur servait à diner. Elle était bien résolue à savoir pourquoi il était là, et où en étaient ses relations avec Candy. Bien qu'une petite voix intérieure lui souffle que les deux sujets étaient liés.
- Terry, je sais que tu n'aimes pas qu'on interfère dans ta vie. Tu as toujours été très secret, même avec moi. Mais je voudrais savoir pourquoi tu es à New-York depuis trois semaines. C'est si inhabituel de te voir loin de Chicago.
Terry laissa échapper un soupir d'agacement pendant que ses sourcils se rapprochaient légèrement.
- Très bien. Je te dois bien ça, tu as été assez patiente pour ne pas me harceler de questions plus tôt. Si je suis ici c'est parce que je suis venu proposer ma pièce à Robert Hathaway pour la saison prochaine.
- Oh mais Terry c'est merveilleux. Je ne savais pas qu'elle était finie. A-t-il accepté ? Avez-vous déjà parlé du casting ? Il y a un nouvel acteur très prometteur dans la troupe depuis que tu es parti, Robert t'en a-t-il parlé ?
- Doucement Maman, une chose à la fois, dit-il en étirant le coin droit de ses lèvres en un sourire amusé. Oui, la pièce est finie depuis quelques mois, oui, il a accepté et en ce qui concerne le casting, je tiendrai le rôle principal. Normal puisque c'est… autobiographique, en quelque sorte. Et puis ça me permettra de faire mon retour sur scène.
Eleanor regarda son fils avec étonnement. Le rôle principal ? Son retour sur scène ? Mais,… Chicago ? Candy ?
- Mais Terry, je ne comprends pas… Tu veux revenir à New-York ? Reprendre ta carrière ? Mais… et Candy ? Est-ce qu'elle sait…. ?
Terry baissa les yeux. Il se doutait que la conversation finirait par prendre cette tournure.
- Candy se moque bien d'où je vis et de ce que je fais de ma vie.
Eleanor leva sa main devant sa bouche pour masquer son émoi devant l'ombre de douleur qui venait de traverser le visage de son fils.
- Terry ! Je ne peux pas y croire. Que s'est-il passé ? Je pensais que vous…
- Il n'y a pas de nous ! Il n'y aura plus jamais de nous. J'ai été fou d'y croire. Elle ne m'aime plus… ou elle ne m'a jamais aimé, j'avoue que je ne sais plus.
- Non Terry, je t'interdis de penser cela. J'ai vu son visage couvert de larmes ravagé par la douleur à Rockstown lorsqu'elle a vu dans quel état tu étais, j'ai vu les émotions traverser son regard lorsqu'elle a appris le décès de Susanna, d'abord de la peine d'apprendre sa mort, puis la joie de découvrir que tu étais libre, et enfin à nouveau la peine en comprenant que ça ne changeait rien à votre situation. Jamais je n'ai connu deux personnes qui s'aiment autant que vous deux et peut-être que la mort de son mari l'a obligée inconsciemment à enfouir ses sentiments au plus profond de son cœur, mais je suis certaine qu'elle t'aime toujours ou je ne m'appelle pas Eleanor Baker, finit-elle avec passion.
- Elle m'a aimé… mais elle ne m'aime plus.
Eleanor réfléchit un instant en regardant son fils avec attention.
- Tu es un très bon acteur Terry. Excellent. Mais moi, ta mère, tu ne peux pas me tromper. Je t'ai observé lors de mes séjours à Chicago. Tu n'étais pas toi, tu jouais un rôle. A la perfection, je dois l'admettre, tout le monde s'y est laissé prendre. Mais pas moi Terry. Je me suis souvent demandé pourquoi tu agissais ainsi. Pourquoi tu tenais tant à jouer le rôle de « Monsieur Parfait ». Personne ne change à ce point mon fils. Ne me regarde pas ainsi, je ne dis pas que tu n'as que des défauts, mais toi, comme moi, comme bon nombre de gens, y compris Candy, savons que tu as un sacré caractère. Mais à Chicago, tu étais un autre homme. Pourquoi Terry ? Pourquoi jouer constamment le rôle d'un autre homme ? Voulais-tu ressembler à son défunt mari ?
Terry leva les yeux vers sa mère. Elle vit avec satisfaction une lueur d'étonnement dans son regard. Ainsi, elle avait vu juste.
- Je dois avouer que je suis bluffé, et même déçu. Tu viens de ruiner le meilleur rôle de ma carrière. C'est vrai, tu as raison, je joue un rôle depuis deux ans.
- Pourquoi Terry ? je voudrais comprendre.
Terry soupira et passa la main dans ses cheveux.
- Lorsque je suis rentré à New-York après l'enterrement, j'ai beaucoup réfléchi à ce que j'allais faire ensuite. Tout quitter pour aller vivre auprès d'elle n'a jamais fait partie de mes interrogations. Je l'ai dans la peau depuis si longtemps que j'avais déjà l'intention de le faire avant même de savoir que c'est ce qu'Albert aurait voulu. Mais ce à quoi je ne m'attendais pas, c'est de découvrir à quel point elle était dévastée par sa mort, et à quel point elle l'aimait. Ce fut une telle douche froide ! Alors je me suis dit que si elle avait aimé cet homme au point d'en oublier notre amour, il me fallait la reconquérir… en devenant lui. Je me suis donc construit ce personnage de … « Monsieur Parfait », finit-il en riant de sa propre bêtise. J'ai fait un flop, je crois qu'elle m'aime encore moins que lorsque j'étais moi-même.
Le silence s'installa dans la pièce. Eleanor se leva et marcha jusqu'à la cheminée.
- Tu n'es qu'un imbécile Terrence Grandchester ! Dit-elle en se retournant vers lui. Et moi aussi ! Je ne savais pas que vos relations étaient, à ce point, désastreuses ! Si j'avais su… Mais tu es tellement difficile à approcher, tellement privé. Ouvre les yeux, que Diable ! Comment veux-tu qu'elle voit en toi le garçon qu'elle a tant aimé si tu ne lui montre pas que tu es toujours le même ? Elle a aimé Terrence Grandchester, ce garçon solitaire, rebelle, fougueux, jaloux, emporté, torturé, hautin, taquin, à l'allure nonchalante, qui cachait un grand cœur derrière la forteresse qu'il avait bâti pour se protéger ! Même ton allure, ta démarche, ta prestance, tu les as oubliées pour tenter de devenir le fantôme d'un homme qui n'est plus ! Cesse de jouer ce rôle, redeviens toi-même !
Il lui offrit un sourire triste.
- C'est trop tard Maman.
Le regard d'Eleanor s'adoucit. Elle vint se rassoir près de son fils et lui prit tendrement la main.
- Il n'est jamais trop tard quand on aime mon Chéri.
- Si Maman, il est trop tard. Il y a un autre homme.
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Mitchell Rollins était veuf. Sa femme, Virginia, était morte en couche six ans auparavant. Depuis, il vivait seul avec ses trois fils. Aucune femme à ses yeux ne pouvait remplacer la sienne. Il avait aimé, au premier regard, ses longs cheveux de soie noirs et ses doux yeux noisette. Ils avaient été heureux pendant neuf ans avant que le pire ne les sépare. Il avait été inconsolable. Jusqu'à aujourd'hui.
William Albert Andrew avait son âge et avait poursuivi le même cursus scolaire. Le même pensionnat en Angleterre, les mêmes cours de Droit à Harvard. Ils étaient très vite devenus amis. Ils partageaient aussi la même passion pour les chevaux et avaient joué ensemble dans l'équipe de polo du Collège Royal de Saint Paul. Leurs études terminées, la vie les avait séparés. Mais lorsqu'Albert était revenu de son séjour au Nigéria, ils avaient repris contact. C'est alors qu'il avait rencontré Candy. La jeune femme était douce et drôle, et s'entendait à merveille avec sa chère Virginia. Lorsque celle-ci les avait si brutalement quittés, Candy avait été très présente pour les enfants, et Albert et elle avaient beaucoup soutenu Mitchell dans cette douloureuse épreuve.
A la mort d'Albert, son ami avait décidé qu'il était temps de rendre à Candy ce qu'elle lui avait si généreusement offert. Il avait été très présent, avait réglé avec Georges et Archibald les problèmes administratifs, et ses enfants étaient devenus très protecteurs vis-à-vis des petits Andrew. Ils leurs rendaient visite très fréquemment, étaient devenus des amis proches, presque de la famille.
Mais au fil des jours, des mois, des années, les sentiments d'abord amicaux, puis protecteurs de Mitchell étaient devenus plus profonds. Pour la première fois depuis la mort de son épouse, il envisageait à nouveau une vie à deux. Ses visites au manoir devenaient plus fréquentes, mais n'étaient jamais assez longues pour lui. Il aimait Candy. Mais il y avait la présence permanente de Grandchester.
Il s'interrogeait sur les relations qu'il entretenait avec Candy. Lorsqu'il avait interrogé la jeune femme, elle lui avait répondu qu'il était un vieil ami de collège, et un ami d'Albert. Mitchell n'était pas dupe, il se doutait que ces deux jeunes gens avaient été bien plus que des amis, mais il ne savait pas à quel point ils avaient été proches. Il craignait que ce passé commun ne soit une barrière pour lui. Que l'amour que portaient les enfants de Candy à cet autre homme ne penche en sa faveur. Surtout le petit dernier. Il l'avait entendu plusieurs fois l'appeler « papa ». Devant son étonnement, Candy lui avait expliqué que Terry et elle avaient essayé de lui faire comprendre qu'il n'était pas son père, que son papa, c'était ce monsieur sur la photo, qu'il était monté au ciel, mais l'enfant continuait à le voir ainsi.
Mais depuis quelques temps, Grandchester avait disparu. C'était peut-être la chance qui lui souriait ?
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Elle ne comprenait pas ce vide qu'elle ressentait dans sa poitrine. Lorsqu'elle avait reçu le mot de Terry, elle avait été soulagée d'apprendre son absence pendant quelques jours. Ca lui donnerait le temps de réfléchir à sa situation. A leur situation. Mais ça faisait maintenant plus d'un mois et aucune nouvelle concernant son retour prochain. Elle ne savait plus que dire à ses enfants.
La détresse qu'elle lisait dans le regard de Margaret lui serrait le cœur. La petite fille vivait cette absence inexpliquée comme la disparition de son père. Et s'il était arrivé quelque chose à l'oncle Terry et qu'on refuse de leur dire parce ce qu'ils n'étaient que des enfants ? Et s'il ne revenait jamais, comme papa ? William manifestait ses angoisses différemment. Il était boudeur, s'isolait, mangeait peu. Lui aussi craignait que cet homme qu'il voyait comme un père ne disparaisse à jamais, comme cet autre homme dont il ne gardait que de vagues souvenirs. Quant au petit Albert, il l'appelait constamment, le réclamait lorsqu'on le mettait au lit. Candy lui lisait des histoires, mais c'est la voix de Terry qu'il voulait entendre. Toutes ces voix si différentes qu'il utilisait pour le faire rire.
Tout le monde s'inquiétait, tout le monde doutait. Et pour la première fois depuis longtemps, Candy se surpris à chercher son odeur dans la maison, guetter ses pas lorsque la porte s'ouvrait, entendre son rire dans nurserie. Il lui manquait. Il avait été auprès d'elle pendant deux ans et elle l'avait considéré comme un meuble. Maintenant qu'il était peut-être parti à jamais, elle se rendait compte à quel point elle avait été ingrate, aveugle… stupide.
Et s'il ne revenait pas ? S'il avait été découragé par son comportement ? Elle l'avait bien cherché. Elle ne méritait rien d'autre.
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Mitchell rayonnait. Il avait fait des progrès dans sa relation avec Candy. Depuis le départ de Grandchester, il se sentait plus libre. Il avait commencé par lui envoyer des fleurs chaque jour, puis, voyant qu'elle ne cherchait pas à le décourager, il lui avait demandé s'il pouvait lui faire la cour. Elle n'avait pas refusé. Elle n'avait pas accepté non plus d'ailleurs. Elle l'avait juste regardé, longuement, dans un silence angoissant. Puis elle avait souri. Depuis, il était le plus heureux des hommes. Il passait plus de temps au manoir. Ils se promenaient quelques instants dans le jardin de la propriété malgré le froid de novembre ou passaient de longues heures à discuter dans le salon, près de la cheminée. Il avait tellement envie de la prendre dans ses bras, de la faire sienne. Mais il devait être patient, il était un gentleman. Bientôt. Bientôt, il lui demandera de l'épouser, et il sera le plus heureux des hommes.
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Lorsque Mitchell gara sa voiture sur le parking du Green Mill, Candy sentit son cœur s'emballer sans en connaitre la raison. Cette enseigne lumineuse, ce moulin vert sur le toit lui étaient familiers mais elle ne parvenait pas à se souvenir pourquoi.
Après lui avoir ouvert la portière et aidé à sortir de la voiture, Mitchell lui présenta son bras et l'emmena vers la porte d'entrée, gardée par un molosse qui ne semblait pas avoir été embauché pour son sens de l'humour. Les hommes échangèrent quelques paroles dont elle ne prêta pas attention et la porte s'ouvrit. Ils se sentirent happés par une vague de chaleur chargée de fumée de cigarette, d'odeurs d'alcool et de transpiration. Instinctivement, Candy porta sa main à son visage pour tenter de se protéger de cette agression olfactive. En vain.
Après s'être allégés de leurs lourds manteaux d'hiver auprès d'une hôtesse, ils se dirigèrent à la suite d'un serveur vers la table réservée à leur nom. Candy s'installa sur la chaise que lui présentait son cavalier tout en observant la salle dans laquelle ils se trouvaient. C'était un club de Jazz. L'ambiance était feutrée, des tables rondes uniquement éclairées de faibles lampes faisaient face à une piste de danse où quelques couples dansaient joue contre joue. Un orchestre jouaient une douce mélodie dont le jeu du trompettiste se mariait à merveille à la voix rauque mais féminine qui captivait l'assemblée. Au fond la salle, un bar où de nombreux hommes élégamment vêtus discutaient en sirotant des verres dont le contenu ambré ne laissait pas de doute sur son origine. Quelques minutes plus tard, un seau rempli de glace contenant une bouteille de Champagne faisait son apparition devant eux.
Candy tourna vers Mitchell des yeux inquiets et interrogateurs.
- Mitchell, quel est cet endroit ? chuchota-t-elle.
- C'est un club de Jazz apparemment réputé que m'a conseillé une personne avec qui je suis en affaires.
- Réputé ? Mais on sert de l'alcool ici. C'est illégal !
- Du calme ma douce amie, Il y a plein d'endroits où l'on sert de l'alcool à Chicago si on cherche bien.
- Mais… n'avez-vous jamais entendu parler de prohibition ?
- Je vous en prie Candy, détendez-vous et profitez de l'instant présent. La musique est douce, la chanteuse a une voix envoutante, et le Champagne est bon. Tout est réuni pour que nous passions une excellente soirée.
Candy se força à sourire, mais son cœur restait inquiet. Pendant l'heure qui suivit, elle observa silencieusement la valse des serveurs, les gestes langoureux des danseurs, les musiciens et leur chanteuse, dont la parfaite harmonie semblait faire de l'ensemble une seule et même personne. Elle se força à accorder quelques danses à son cavalier dont l'empressement et la proximité la rendaient nerveuse.
Pourquoi avait-elle accepté son invitation ? Pourquoi ne l'avait-elle pas découragé lorsqu'il avait commencé à lui faire la cour ? Et cet endroit, cette ambiance qui lui rappelait tant ce petit restaurant français dans lequel Albert et elle avaient diné et dansé le soir de leurs noces. Elle se sentait mal, elle se sentait sale dans les bras de cet homme qui n'était pas son mari mais qui la serrait contre lui comme si elle lui appartenait déjà. Jamais elle ne s'était sentie ainsi. Même lorsqu'elle avait trompé Albert, à deux reprises, avec Terry, elle ne s'était pas sentie aussi coupable. Terry. Pourquoi était-il parti sans explication ? Pourquoi les quelques jours qu'il lui avait annoncée dans son billet s'étaient transformés en mois ? Deux mois, et aucune nouvelle. Où pouvait-il bien être ? Le reverrait-elle un jour ?
Ils rejoignirent leur table. Candy, assise face à Mitchell, avait une vue imprenable sur l'entrée de la salle. Elle s'apprêtait à boire une gorgée de Champagne lorsque son regard fut attiré par l'homme qui venait d'entrer et que de nombreuses personnes venaient saluer. Son sang se glaça. A présent, tout se mettait en place dans sa tête. Cette enseigne lumineuse, ce moulin vert sur le toit, cet homme… Il s'appelait Jack McGurn mais était aussi connu sous le nom de « Machine gun » Jack McGurn. Il était le gérant de ce club pour le compte d'Al Capone mais surtout, le plus craint des tueurs du parrain du crime de Chicago. Son sang se retira progressivement de son visage et d'une main tremblante, elle reposa sa coupe sur la table. Elle se pencha lentement vers son partenaire et lui chuchota qu'elle désirait renter.
- Déjà ? Mais la soirée ne fait que commencer. Vous avez à peine touché à votre Champagne.
- Je vous en prie Mitchell, je ne me sens pas très bien et je désirerais rentrer chez moi à présent.
- Il est vrai que vous êtes bien pâle tout à coup. Est-ce que ça va ?
- Non. Comme je viens de vous le dire, je souhaiterais rentrer. Sans attendre.
Déçu, mais inquiet de la pâleur soudaine de la jeune femme, Mitchell Rollins se leva et aida sa cavalière à en faire autant. Ils se dirigeaient vers la sortie lorsque Candy stoppa net. Face à elle, revenant apparemment de la piste de danse, un couple avançait dans leur direction. L'homme, un sourire malicieux aux lèvres, susurrait à l'oreille de la femme accrochée à son bras, des paroles qui faisaient briller les yeux de sa partenaire. L'instant suivant, ses yeux saphir croisaient ceux émeraude de Candy.
- Candy ?
- Terry, répondit-elle d'une voix tremblante.
- Grandchester ! s'exclama Mitchell dans un soupir d'agacement.
Terry fonça sur eux, rouge de colère, suivit de près par sa cavalière qui paraissait un peu désarçonnée par le changement brutal de comportement de l'homme qui l'accompagnait.
- Que faites-vous là ? demanda-t-il les dents serrés.
- Croyez-vous être le seul à connaitre les endroits à la mode ? Demanda Mitchell, plus agacé que jamais par le comportement de l'aristocrate.
- Les endroits à la mode ? Espèce d'imbécile, comment avez-vous pu amener Candy dans un endroit pareil ?
- Surveillez vos paroles quand vous vous adressez à moi ! Ca n'a pas l'air de vous gêner d'amener cette jeune femme ici. Pourquoi Candy ne pourrait-elle pas y venir ? D'ailleurs vous manquez vraiment de manières malgré votre sang royal, vous pourriez au moins faire les présentations.
Terry observa Rollins les yeux brillants de colère, puis décida de garder les apparences afin de ne pas attirer les regards sur eux. Il se tourna vers la jeune femme qui l'accompagnait et se força à lui sourire.
- Pardonne-moi Genna. Voici Mitchell Rollins et Candice Andrew… une amie. Rollins, Candy, permettez-moi de vous présenter Genna Blake… une amie.
Puis, saisissant le bras de Rollins, il l'attira vers lui.
- Ceci n'est pas un endroit à la mode, bougre d'imbécile. Vous ne pouvez pas être naïf à ce point ! Je vous croyais homme d'affaires ! Ce club est tenu par la pègre. Pourquoi croyez-vous qu'ils servent de l'alcool ? Cet homme, là-bas, est un des hommes de main d'Al Capone, et il est extrêmement dangereux. Alors maintenant, vous allez gentiment faire sortir Candy d'ici et la ramener chez elle si vous ne voulez pas que je le fasse moi-même. Et ne vous avisez plus de l'emmener à nouveau dans ce genre d'endroit où vous aurez affaire à moi !
Il relâcha le bras de l'homme dont le visage était devenu pâle comme un linge. Candy n'avait rien entendu des paroles de Terry. Elle se moquait bien de ce qu'ils avaient à se dire. Tout ce qu'elle voyait à présent, était cette femme, trop jeune et trop belle en face d'elle. Une longue silhouette mise parfaitement en valeur par la robe qu'elle portait, malgré sa coupe à la mode. Le tissu était assez fin pour laisser deviner ses courbes généreuses à travers la soie rendue un peu transparente par les lumières tamisées de la salle. Les traits de son visage étaient fins, son nez droit, ses lèvres charnues, mais pas trop. Sensuelles. Mais ce qui la frappait le plus, c'était ses cheveux châtains coupés au bol, à la mode, et ses immenses yeux saphir. Ils auraient pu passer pour frère et sœur tellement la ressemblance était frappante. Ils étaient parfaitement assortis, on n'aurait pu imaginer plus beau couple. Elle repensa à la façon dont il lui avait parlé à l'oreille quelques minutes plus tôt et son cœur se déchira en comprenant qu'ils devaient être amants.
Mitchell la saisit par le bras, bafouilla quelques paroles d'adieu, et l'emmena vers la sortie.
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Annie Cornwell accepta la main de son chauffeur pour sortir de la voiture. Comme chaque vendredi, elle rejoignait Candy dans le même salon de thé où les deux amies se retrouvaient avec plaisir pour partager les petits secrets de leur vie qu'elles-seules connaissaient. Depuis deux ans, ces rendez-vous n'étaient animés que par la voix d'Annie qui était la seule à avoir une « vie » depuis le décès d'Albert.
Mais aujourd'hui, il en était autrement. La veille au soir, Candy avait eu un rendez-vous galant pour la première fois depuis des années, et Annie ne voulait pas en perdre une miette.
Elle rejoignit leur table habituelle avec empressement, où son amie l'attendait déjà, la mine sombre, apparemment soucieuse. Ce n'était pas bon signe…
- Candy, ma chérie, tu es déjà là ? Je ne suis pas en retard au moins ?
- Bonjour Annie, dit-elle en se levant pour embrasser celle qu'elle avait toujours considérée comme sa sœur. Je ne suis pas là depuis longtemps. En fait, c'est moi qui suis un peu en avance.
- Est-ce que tout va bien ? Tu as l'air soucieux, dit Annie en s'asseyant auprès de son amie.
- Non, je ne peux pas dire que je vais très bien.
- C'est à cause de ton rendez-vous avec Mitchell ? Ca ne s'est pas bien passé ?
- On peut dire ça… dit Candy alors que la serveuse arrivait pour prendre leur commande.
Une fois les deux jeunes femmes servies, Candy raconta sa soirée à Annie, sans rien oublier. Annie pâlit.
- Comment a-t-il pu t'emmener dans un endroit pareil ? Même moi, j'ai entendu parler de ce club de Jazz. Je ne sais pas si c'était de l'inconscience ou de la naïveté.
- Oui, j'avoue que lorsque j'ai vu arriver le gérant, j'ai senti le sol s'ouvrir sous mes pieds. Mais pas autant que lorsque j'ai vu Terry…
Annie regarda son amie et comprit que ce qui la préoccupait n'avait rien à voir avec Al Capone.
- Il ne t'avait pas prévenu de son retour ?
- Non, répondit-elle la tête baissée sur sa tasse. Et vous ? Vous avait-il prévenu ?
- Non. En tout cas je ne pense pas qu'Archi soit au courant. Il m'en aurait parlé. Comment dis-tu que s'appelle la femme qui l'accompagnait ?
- Genna Blake.
- Mais oui ! Genna Blake ! Ca me revient ! Elle est très belle ? Châtain avec des yeux bleus, comme ceux de Terry, n'est-ce pas ?
- Ils pourraient être de la même famille…
- Je me souviens d'elle. Nous l'avions vu jouer dans une des pièces que nous avons vu à New-York. Elle était la partenaire de Terry dans la troupe. Et pas que sur scène, si tu vois ce que je veux dire… Les tabloïds en faisaient des gorges chaudes. C'est la première femme avec qui on l'a vu après la mort de Susanna. Tout le monde disait qu'ils formaient un couple parfaitement assorti.
- C'est le moins qu'on puisse dire. Il semblerait qu'ils aient renoué…
Annie se rendit compte qu'elle était peut-être allée trop loin dans ses explications. La mine sombre de Candy ne laissait aucun doute sur ce qu'elle ressentait. Ainsi, son amie était toujours amoureuse de son bel acteur… Peut-être avait-il fallu un peu de distance et une autre femme pour lui ouvrir les yeux.
- Candy, dit-elle en lui prenant la main. Tu l'aimes toujours n'est-ce pas ?
Candy resta silencieuse un instant. Cette douleur au fond d'elle, elle ne l'avait pas ressentie depuis si longtemps. Depuis qu'elle l'avait laissé à Susanna et qu'elle les imaginait ensemble, de nombreuses années plus tôt. Jalousie.
- Si tu m'avais posée cette question il y a quelques mois, je t'aurais répondu non sans la moindre hésitation. Aujourd'hui….
- Aujourd'hui tu te rends compte que tu n'as jamais cessé de l'aimer ?
- Non, ce n'est pas tout à fait ça. Hier, j'ai retrouvé le Terry que j'ai toujours connu, celui que j'ai toujours aimé. Pas le Terry que j'ai croisé pendant deux ans. Je ne sais pas si tu peux comprendre…
- Bien sûr que je comprends. Moi aussi j'ai remarqué à quel point il avait changé quand il est venu s'installé à Chicago. Il était tellement différent de celui que nous avions connu. Même Archi ne tarissait pas d'éloges sur lui, alors qu'avant…
- Oui, je sais, avant il le détestait, répondit Candy avec un faible sourire. Mais qu'il soit le même ou non ne change rien au fait qu'il soit à nouveau avec cette femme. Si belle, si jeune, alors que je me sens si vieille, si laide, dit-elle en cachant son visage derrière ses mains.
- Arrête Candy ! Tu n'es ni vieille, ni laide ! Tu as 28 ans et tu es très belle ! Toutes ces fleurs que tu reçois quotidiennement ne peuvent pas mentir. Tu as plus de soupirants qu'elle n'a de fans. Et c'est toi que Terry a toujours aimé, pas elle.
- Avant peut-être… Mais s'il avait changé d'avis ? S'il m'avait oublié ? S'il en avait eu assez d'attendre ? Je l'ai ignoré pendant deux ans. C'est suffisant pour un cœur orgueilleux comme le sien.
- Je n'en crois rien Candy. Et sa réaction d'hier le prouve ! Il n'avait que faire d'emmener son actrice dans ce lieu de perdition, mais pas toi ! Il est devenu fou lorsqu'il t'a vu là. Et avec un autre pour ne rien arranger ! C'est la réaction d'un homme amoureux, pas celle d'un ancien amant.
oooooo
Terry traversait son bureau de long en large depuis des heures. Il n'avait que peu dormi. La veille au soir, il s'attendait à passer une excellente soirée avec une ancienne amie. Une ancienne maitresse… Il était revenu à Chicago depuis plus d'une semaine mais n'avait pas eu le courage de retourner au manoir. Sa décision était prise. Il retournait vivre à New-York, il allait redevenir acteur et allait reprendre sa vie là où elle s'était arrêtée deux ans auparavant. Il ferait ses adieux à Candy au dernier moment, quand tout serait déjà arrangé, lorsque sa maison serait vendue et qu'il n'y aurait plus moyen de changer d'avis.
Il avait revu brièvement Genna lorsqu'il était allé voir son ancien mentor, Robert Hathaway. Il y a quelques années, ils avaient passé de bons moments ensemble jusqu'à ce que Terry ne rompe en s'apercevant qu'elle commençait à l'aimer. Ce n'était pas juste pour elle. Lui ne l'aimerait jamais, n'avait rien à lui offrir. Aujourd'hui, elle était toujours aussi belle, toujours aussi attachée à lui, toujours aussi différente de Candy. Alors, quand elle l'avait contacté pour lui annoncer qu'elle venait passer quelques jours chez des amis à Chicago, il s'était laissé tenter. Après tout, ils étaient adultes, et savaient tous deux ce qu'ils faisaient.
Mais la soirée avait tourné court. Lorsqu'il avait vu Candy dans cet endroit, avec Rollins, son sang s'était mis à bouillir dans ses veines et il avait tout oublié. Genna, sa décision de partir loin d'elle, de recommencer une nouvelle vie. Elle était là, plus belle que jamais, au bras d'un autre homme. Le jeune adolescent rebelle et arrogant reprenait du service. Après leur départ, il avait raccompagné Genna et était rentré chez lui plus tourmenté que jamais.
Lorsqu'il était parti, deux mois plus tôt, elle était toujours enfermée dans son veuvage. Aujourd'hui, elle sortait avec cet homme. Où en était leur relation ? Était-il son amant ? Étaient-ils fiancés ? La vision de Candy dans les bras de cet autre homme lui mettait les nerfs à rude épreuve.
Il fallait qu'il sache. Il devait lui parler.
oooooo
Pierre interpella Candy avant même qu'elle ait eu le temps de refermer la porte d'entrée.
- Madame Candy, ah vous voilà !
- Et bien Pierre, que vous arrive-t-il ? On dirait que vous avez vu un fantôme !
- C'est presque le cas Madame, si je puis me permettre. Monsieur Grandchester est passé cet après midi. Il était très mécontent de ne pas vous trouver là. Il avait l'air contrarié. J'avoue que j'ai eu du mal à le reconnaitre, il semblait si… emporté ! Jamais je ne l'ai connu ainsi.
Candy ne put réfréner un sourire.
- Moi si, Pierre, je l'ai connu ainsi, il y a bien longtemps… A-t-il dit quelque chose ? s'aventura-t-elle nerveusement.
- Il a laissé ce mot pour vous et il est parti.
Candy prit d'une main tremblante l'enveloppe que le majordome lui tendait et monta les escaliers qui menaient à sa chambre en la pressant sur son cœur.
