Bonjour à tous,

Je publie ce jour les deux derniers chapitres de ma fic.

Je vous remercie de l'avoir suivie et j'espère que vous y avez pris du plaisir.

Je voulais tout particulièrement remercier ceux qui ont pris la peine de laisser des commentaires. C'est la meilleur des récompenses.

A bientôt peut-être pour une nouvelle aventure... Qui sait?

Biianca

Chapitre 21 – Une impression de « déjà vu »

« Ce n'est pas la fin. Ce n'est même pas le commencement de la fin. Mais, c'est peut-être la fin du commencement. »

Winston Churchill

Candy attendait nerveusement dans la bibliothèque l'arrivée de Terry. Il était vingt et une heures vingt cinq, plus que cinq minutes. Elle ne savait que faire pour se donner une contenance. Elle ne pouvait rester assise patiemment sur le sofa les mains croisées sur ses genoux.

Elle se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il faisait nuit noire mais on pouvait distinguer au loin, derrière les murs de la propriété, les lumières de la ville.

Son cœur sauta dans sa poitrine lorsqu'elle entendit frapper à la porte. Elle l'invita à entrer sans quitter son refuge, sans se retourner. Comment allait-elle réagir en le voyant ? Son cœur s'emballa en repensant à la veille. Il était élégamment vêtu d'un costume trois pièces gris, ses cheveux gominés et plaqués en arrière, liés par un ruban de velours noir. Il y avait si longtemps qu'elle ne l'avait vu si beau, si élégant. Lui qui portait toujours une attention particulière à ses tenues, s'était un peu laissé aller pendant le temps où il avait vécu auprès des siens. Hier, elle avait retrouvé ce Terry qui la fascinait tant.

- Bonsoir Candy.

Sa voix avait retrouvé ce timbre velouté qui faisait parcourir son corps d'un courant électrique. Elle sentait son cœur battre si fort qu'elle avait peur qu'il s'en rende compte. Si elle l'avait perdu à jamais, elle voulait pouvoir sortir la tête haute.

- Bonsoir Terry. Tu voulais me parler ?

Elle restait face à la fenêtre, le dos tourné pour ne pas rencontrer son visage. Le haïssait-elle au point de ne supporter de croiser son regard ? Était-ce la honte de se donner à un autre qui l'empêchait de le regarder ? Elle portait une robe gris perle, un peu légère pour la saison, à hauteur de genoux, serrée aux hanches par un foulard de même fabrique, des bas noirs, des chaussures grises à talons hauts. Ses cheveux cascadaient dans son dos, juste maintenus de chaque côté de son visage par des peignes en ivoire. De dos, elle était déjà magnifique et il craignait de ne pouvoir se contenir très longtemps si elle se retournait et lui offrait la vision angélique de son visage, de ses yeux brillants, dont il n'avait pas renoncé à retrouver un jour cet éclat qu'ils avaient encore il n'y a pas si longtemps, de ses taches de rousseur dont il ne se lasserait jamais…

- Est-ce ainsi que tu reçois tes amis ? Ou devrais-je dire, tes anciens amis.

- Tu es toujours mon ami Terry, dit-elle en se retournant. Pardonne-moi, tu as raison, je manque à tous mes devoirs. Je t'en prie, assieds-toi. Veux-tu boire quelque chose ?

- Un whisky fera l'affaire.

Bien que la prohibition ait été votée en mille neuf cent vingt, les caves des particuliers, notamment celle des familles aisées, continuaient à être bien fournies et l'alcool était toujours offert aux invités lors de soirées organisées en petit comité.

Sans ajouter un mot, Candy se dirigea vers le bar et lui servit un double whisky, qu'elle déposa devant son siège. Puis, elle retourna s'installer près de la fenêtre, sans lui tourner le dos cette fois. Elle ne se sentait pas la force d'être trop près de lui. Ce pouvoir magnétique qu'il avait sur elle auparavant, était revenu en même temps que l'ancien Terry.

Elle n'avait pas croisé son regard une seule fois depuis qu'il était entré dans la pièce. Même quand elle s'était retournée, même lorsqu'elle lui avait servi à boire. Elle avait déposé le verre devant lui en baissant les yeux, puis était repartie se poster à l'autre bout de la pièce. Elle ne lui tournait plus le dos, mais faisait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas le regarder directement. Qu'est-ce que tout cela signifiait ?

- Tu voulais me parler ? Répéta-t-elle.

Il jouait avec son verre, faisait tournoyer son liquide sur les parois de cristal. Un coup d'œil rapide sur son visage lui révéla que ses mâchoires étaient serrées, ses sourcils légèrement froncés. Combien de fois avait-elle vu cette expression lorsqu'ils étaient à Saint Paul ? Il était contrarié, en colère. Mais il y avait quelque chose de plus, quelque chose de contenu, de caché derrière ses paupières baissées. « Regarde-moi Terry, montre-moi tes yeux » pensa-t-elle. Sa main arrêta son mouvement et lentement, ses paupières se relevèrent, sans bouger la tête. Sans remarquer l'étrangeté du moment, Candy lu dans ses yeux ce qu'elle cherchait tant à savoir. La douleur d'un homme blessé.

Il but son verre d'un trait et se leva brusquement. Il avança vers elle, les mains dans les poches, de cette démarche nonchalante qui lui avait tant manquée, sans la quitter du regard. Elle eut un mouvement de recul, sa respiration s'accélérant au fur et à mesure qu'il devenait plus proche. Ses jambes tremblaient tellement qu'elle dû prendre appuis sur une console pour ne pas s'effondrer. Il s'arrêta à un mètre d'elle.

- Que faisais-tu dans cet endroit hier… avec lui ?

Sa voix était dure, tranchante, pleine de reproches. Elle avait peur de répondre, qu'il remarque sa voix tremblante, l'émoi qu'il suscitait en elle.

- Je sortais avec un ami, dit-elle en essayant de paraitre indifférente à sa proximité.

- Dans ce bouge ?

- Qu'est-ce que ça peut bien te faire ? N'y étais-tu pas aussi avec ton « amie », dans ce bouge comme tu l'appelles ?

- Où je vais et avec qui je sors n'a aucune importance !

- Oh ! Et lorsqu'il s'agit de moi c'est différent ?

- Oui !

- Tu n'avais pas l'air de t'en soucier les deux derniers mois !

- Je te croyais ici, à l'abri et en deuil ! Pas dans les bras d'un homme dans un endroit malfamé !

- Et qu'est-ce qui te dérange le plus, Terrence Grandchester ? Que je ne sois plus en deuil ? Que j'aille dans un endroit comme celui-là ? Ou je sorte avec un homme ?

La tension dans l'air était palpable. Ils se regardaient maintenant avec des yeux brillants de colère. D'un pas, il réduisit la distance qui les séparait et lui saisit les épaules sans ménagement.

- Que tu sortes avec un homme assez stupide pour t'emmener dans un club tenu par la mafia !

- Ca ne t'a pas dérangé d'emmener ta maitresse dans cet endroit !

- Ca n'a rien à voir ! Genna n'est … qu'une actrice ! Toi tu es une Dame, et les Dames ne vont pas dans des lieux de perdition !

- Je n'ai jamais été une Dame ! Dit-elle en se libérant.

Elle marcha vers le sofa et prit appuis sur son dossier, le dos tourné, le visage baissé. Il n'avait pas nié, elle était donc sa maitresse. Comme elle avait été naïve. Il était un homme, comment aurait-il pu rester chaste tout ce temps ? Elle sentit la vague d'émotion monter progressivement, jusqu'à ce que ses yeux commencent à piquer, annonçant des larmes qu'elle aurait aimé contenir.

- Je n'ai jamais été une Dame, répéta-t-elle. Je suis une orpheline, qui sait se servir d'un lasso, se battre avec ses poings, monter aux arbres et faire le mur dès qu'elle en a l'occasion. Je n'ai jamais prétendu en être une. Albert, lui, n'a jamais cherché à me changer. Il m'a toujours accepté telle que j'étais.

Il sentait de la détresse dans sa voix. Parler de son mari devait lui être pénible. Elle l'aimait toujours, l'aimerait toujours. Il s'approcha d'elle doucement.

- Tu es libre Terry. Je te libère de ton fardeau. Tu peux reprendre ta vie, retourner à New-York. Tu ne nous dois rien aux enfants et à moi. C'était de la folie de t'imposer cela.

- Est-ce que c'est ce que tu veux ? Que je sorte de vos vies ? demanda-t-il d'une voix tremblante.

Même si ses paroles étaient l'écho de ses propres pensées, de ses projets, l'entendre de sa bouche le réduisait à néant. Tout était fini, tout était perdu. Puis, alors qu'il se décidait à quitter la pièce sans ajouter une parole, elle fondit en larmes.

Tout d'abord interdit devant l'image de cette femme qu'il chérissait plus que sa propre vie, secouée de sanglots, il posa lentement ses mains tremblantes sur ses épaules et la fit pivoter pour lui faire face. Elle cachait ses larmes derrière ses mains. Il les saisit pour dévoiler son visage et posa deux doigts sous son menton pour la forcer à le regarder dans les yeux. Il se sentit happer par ces immenses lacs verts où se reflétait son image. Plus rien n'existait, tout disparaissait autour d'eux. L'instant suivant, il prenait possession de ses lèvres. Enfin.

Il avait un besoin urgent d'elle, de sa bouche, de sa peau, de son corps. Il avait besoin de la posséder, de lui rappeler la passion qui les unissait il n'y a pas si longtemps. Elle ne le repoussa pas. Ce désir, qu'elle lisait dans ses yeux, avait également explosé en elle. Elle reconnaissait son parfum, l'odeur de sa peau, ses baisers sur sa bouche, ses caresses sur son sein. Cette sensation, elle la ressentait avec la même intensité que cette nuit-là en Écosse. Elle ne pouvait plus nier, elle l'aimait toujours et elle le désirait plus que jamais. Elle s'était sentie si seule ces deux dernières années, elle avait tellement envie de se faire aimer. Et Terry avait toujours su éveiller ses sens. Non, elle ne résistait pas, elle en voulait encore plus.

Il la porta sur le canapé où il était assis quelques minutes auparavant. Sa bouche parcourait ses lèvres, son cou, ses seins, pendant que sa main remontait le long de ses bas. Lorsque ses doigts trouvèrent leur chemin sous sa jupe et elle essaya vainement d'étouffer un gémissement.

- Demande-moi d'arrêter Candy. Demande-moi d'arrêter maintenant.

Elle ne répondit pas. Il leva les yeux vers son visage et vit dans son regard ce désir qu'il avait vu il y avait plusieurs années déjà. Ce fut pour lui l'unique signal dont il avait besoin. D'une main, il arracha sa culotte de soie, pendant que de l'autre, il déboutonnait son pantalon. Un gémissement commun l'accueillit lorsqu'ils ne firent plus qu'un. C'était comme si toutes ces années avaient disparu, comme s'ils étaient toujours en Écosse par cette chaude nuit d'été. Ils s'aimèrent de la même passion, de ce même besoin l'un de l'autre, de ce même amour qui les rongeait depuis des siècles. Le plaisir fut intense, la délivrance divine. Ils restèrent ainsi, soudés l'un à l'autre, bien longtemps après avoir retrouvé leur souffle. Ils ne voulaient pas risquer de briser ce rêve, ils ne voulaient pas revenir à la réalité.

oooooo

Elle se réveilla le lendemain matin avec le sourire aux lèvres. Cela faisait des années qu'elle ne s'était pas sentie aussi bien. Elle était dans son lit. Elle ne savait pas comment elle était arrivée là et elle s'en fichait. Elle était heureuse. Elle repensait à la veille, à cette passion qui les avait emportés, comme autrefois. Rien n'était mort entre eux, ils s'aimaient toujours. Elle pensait à lui, à ses longs cheveux châtains caressant son visage pendant qu'il l'embrassait, pendant qu'il lui faisait l'amour. Elle l'aimait depuis qu'elle avait treize ans et n'avait jamais cessé, maintenant elle le savait.

Un jour passa, puis deux, mais aucun signe de Terry. Pourquoi ne venait-il pas la voir, voir les enfants ? Le troisième jour, il lui envoya un bouquet de roses rouges avec une carte où il avait juste écrit deux mots. « Pardonne-moi ». Le sourire sur ses lèvres s'effaça. Que voulaient dire ces deux mots ? Regrettait-il ? Elle avait pensé que tout irait bien maintenant qu'ils s'étaient retrouvés et pourtant, tout s'effondrait à nouveau.

Elle essaya de se remémorer leur conversation afin de trouver une explication à son absence, à ces deux mots écris de sa main. Était-ce à cause de Mitchell ? Ou de Genna ? Qui était cette femme pour lui ? Une ancienne liaison. Ancienne ? Il n'avait pas nié lorsqu'elle avait évoqué sa maitresse. Elle lui avait demandé de partir, de rentrer à New-York. L'avait-il écoutée ? Était-il reparti avec cette femme pour commencer une nouvelle vie, loin d'elle ? Qu'allait-elle faire à présent ? Qu'allait-elle devenir maintenant qu'elle se savait à lui corps et âme ? Qu'elle avait le souvenir si vivant de ses caresses sur sa peau, de ses baisers sur sa bouche ? Se pouvait-il qu'elle le perde une fois encore ? Y survivrait-elle ?

oooooo

Son majordome le voyait passer et repasser inlassablement devant lui, à travers son bureau. C'était la deuxième fois depuis son retour qu'il le voyait dans cet état. Il ne se nourrissait même plus, remplissait son ventre de liqueur. Il n'était pas sorti de cette pièce depuis trois jours et son hygiène commençait à s'en ressentir. Il n'était que l'ombre de lui-même. Ses joues étaient ombrées de barbe, il avait dormi dans ses vêtements pendant trois nuits et l'odeur de l'alcool qu'il avait bu mêlée à celle de sa sueur devenaient insupportable.

Alfred se racla discrètement la gorge pour avertir de sa présence.

- Monsieur devrait manger quelque chose et prendre une douche.

- Merci Alfred mais je n'ai pas faim.

- Je me permets d'insister sur le fait que Monsieur devrait prendre une douche. Il se sentira surement mieux dans des vêtements propres.

Terry le regarda comme s'il venait de lui parler dans une langue étrangère. Depuis combien de temps était-il dans cette pièce, à boire pour oublier ? Il se sentait tellement coupable. Il avait profité de sa faiblesse. Elle s'était donnée à lui par manque, par besoin de caresses, par solitude. Lui ou un autre, ça aurait été pareil. Et il avait profité du moment, parce qu'il était faible, parce qu'il l'aimait tellement qu'il préférait ne posséder que son corps plutôt que de ne pas la posséder du tout ou que ce soit un autre qui en profite. Il avait été égoïste, il n'avait pensé qu'à lui. Maintenant elle devait le détester. Il n'avait pas le courage d'aller au manoir, il n'avait pas le courage d'affronter son regard, sa haine. Elle lui manquait, les enfants lui manquaient, mais il ne pouvait se résoudre à y aller. Quel imbécile il était, il avait tout gâché par faiblesse. Il avait perdu sa dernière chance, il en était sûr, elle allait se donner à l'autre maintenant, au gentleman. Lui n'avait jamais été un gentleman, il avait toujours été un voyou et en voyou il avait agit.

oooooo

Chaque jour, Mitchell se présentait à la porte du manoir et chaque jour, il recevait la même réponse.

- Madame est souffrante, elle ne peut recevoir personne.

Chaque jour, il remettait à Pierre le petit bouquet de pensées qu'il avait apporté, pour lui rappeler que ses pensées n'étaient que pour elle, et qu'il espérait qu'il en soit de même de son côté. Mais la boule qui lui serrait la gorge lui racontait une autre version de l'histoire. Il ne l'avait pas revue depuis cette soirée au Green Mill. L'évitait-elle ? Lui en voulait-elle de l'avoir emmenée dans cet endroit ? Il s'était confondu en excuses dans la voiture sur le chemin du retour, mais elle était restée muette. Était-ce de colère ou était-elle troublée d'avoir revu Grandchester, au bras d'une jolie femme ? Serait-il toujours entre eux ?

Les fêtes de Noël approchaient. Il savait qu'elle partirait avec ses enfants et sa famille dans ce petit orphelinat dans lequel elle avait grandi. Il attendrait son retour, puis lui demanderait d'être sa cavalière pour le bal de la Saint Sylvestre que sa famille organisait. Si elle acceptait, il lui demanderait de l'épouser pendant la soirée, sur la terrasse, au clair de lune. Quoi de plus romantique qu'un clair de lune pour livrer son cœur à la femme qu'on aime ?

oooooo

Il avait passé les fêtes de Noël seul pour la première fois depuis deux ans. Sa mère, en tournée en Floride, lui avait proposé de venir la rejoindre, mais il avait refusé. S'il ne pouvait être avec Candy et les enfants, il préférait être seul à ruminer son chagrin. Son cœur se serra en imaginant le petit Albert ouvrir ses cadeaux. Il avait dû trouver les emballages plus intéressants que les cadeaux eux même. Il sourit tendrement à cette pensée. Les enfants lui manquaient tellement. Il ne les avait pas revus depuis plus de deux mois. Pensaient-ils encore à lui ? Comment avait-il pu imaginer que ce serait facile de partir loin d'eux ? Ne savait-il pas qu'ils faisaient partie de lui désormais ?

Ses pensées allèrent à nouveau vers Candy. Que faisait-elle à cet instant ? Pensait-elle à lui ? Bien sûr que non. Le détestait-elle ? Bien sûr que oui. La mort dans l'âme, il se servit une nouvelle rasade d'alcool. Il se sentait pitoyable.

Le bal avait lieu dans quatre jours. Il ne savait toujours pas s'il irait. C'était pourtant le seul moyen de la revoir, même de loin, même dans les bras de l'autre. Oui, il irait. Elle ne fera pas de scandale devant tout le monde, elle ne lui dira pas le dégoût qu'il lui inspire. Il le verra dans ses yeux, sûrement, mais il n'entendra pas les mots.

oooooo

Les fêtes de Noël avaient été une torture pour elle. Margaret et William lui avaient demandée pourquoi l'oncle Terry n'était pas là, pendant que le petit Albert ne cessait d'appeler « Papa ». Que répondre ? Non il ne reviendra pas ? Non il est en voyage ? Non il est parti avec une autre femme ? Elle essaya d'inventer une nouvelle excuse pour justifier son absence, mais vit dans les yeux des plus grands ce qu'elle savait déjà depuis bien longtemps. Elle n'était pas une bonne menteuse.

Toujours aucune nouvelle de Terry. Mitchell lui avait demandé de l'accompagner au bal qu'ils organisaient au manoir. Elle avait accepté, à contre cœur.

Le bal avait lieu dans quatre jours. Terry ne viendra sûrement pas. Il ne donnait plus signe de vie depuis plus de deux semaines. Il l'avait prise et était parti. Il l'avait prise comme on prend une fille d'un soir, une fille d'une nuit. Elle se sentait sale, mais surtout, elle se sentait seule. Plus seule que jamais. Elle avait cru, elle s'était trompée. Elle avait cru qu'il l'aimait toujours, elle pensait l'avoir lu dans ses yeux durant ces deux dernières années. Elle ira au bal avec Mitchell. Il était gentil et drôle, elle passera sûrement une bonne soirée. Mais c'est avec Terry qu'elle voulait y aller, c'est Terry qu'elle voulait voir. Elle allait devenir folle si elle continuait à se torturer ainsi. Elle avait besoin de l'avis d'Annie, oui, son amie l'aidera à y voir clair, il fallait qu'elle lui parle.

oooooo

- Je vois. Tu penses qu'il ne donne plus signe de vie parce qu'il a eu ce qu'il désirait ?

- N'est-ce pas évident ? Tu as lu sa carte ? « Pardonne-moi » c'est assez clair !

- Non je ne lis pas cette carte de la même façon que toi. Terry t'aime, j'en suis sûre. Peut-être se sent-il coupable, peut-être pense-t-il avoir profité de toi ? C'est sûrement pour cela qu'il ne revient pas ici, même pour voir les enfants, je pense qu'il a honte de son comportement.

- Moi je pense qu'il est reparti à New-York avec son actrice. Je ne le reverrai plus, il ne reviendra pas.

- Candy, ne tombe pas dans le mélodrame. Il n'est pas à New-York, il est bien ici, à Chicago.

- Comment peux-tu le savoir ?

- Parce qu'il sera au bal.

- Il va venir ? Demanda Candy en reprenant espoir.

- Oui, il me l'a confirmé hier en me retournant son carton d'invitation. Il pourrait être ton cavalier, ainsi vous auriez tout le temps de parler.

Candy fit la moue aux paroles de son amie.

- J'ai déjà accepté l'invitation de Mitchell.

- Et tu n'aimes pas Mitchell ?

- Non j'aime Terry. J'étais en colère contre lui et je pensais qu'il ne viendrait pas.

- A la bonne heure ! Enfin les choses s'arrangent !

- Que veux-tu dire ?

- Que tu aimes Terry et que Terry t'aime ! Maintenant, à nous de donner un petit coup de pouce au destin, lui dit Annie en faisant un clin d'œil.

- Tu me fais peur Annie, je n'aime pas ce regard.

- Fais-moi confiance, dit-elle en riant et en quittant la pièce.

oooooo

- Mais je ne peux pas porter ça ! J'ai l'impression d'être toute nue !

- C'est un peu vrai ! Dit Annie en riant. Mais tu la porteras ! Ne veux-tu pas récupérer Terry ?

- Si mais si ta solution est de me promener toute nue en public, sans façon !

- Tu n'es pas toute nue, tu es sexy. Cette robe te va à ravir, il va rester sans voix !

- Mais Annie, ce n'est pas convenable. Que vont penser les gens ? Je suis veuve.

- Depuis quand te soucies-tu de ce que pensent les gens ? Et puis si quelqu'un fait une réflexion sur ton veuvage, tu n'auras qu'à lui répondre que ta robe est noire !

Elles rirent toutes deux de bon cœur. Candy, bien que toujours mal à l'aise dans sa robe, reprenait espoir.

Annie mettait une dernière touche au maquillage de Candy. Elle se retourna enfin pour s'admirer dans le miroir. Elle était renversante. Sa robe, toute de voile noir, était d'une coupe très simple mais très osée. La jupe partait de sous la poitrine pour se terminer au ras du sol. Le haut était composé de deux laies de tissus, partant de sous la poitrine pour masquer les seins et fermait la robe sur la nuque par une attache en forme de broche recouverte de diamants. Son dos était nu de la nuque jusqu'au dessus des reins. Une autre broche de diamants était accrochée sur le haut de la jupe, entre les seins. Pas de collier, juste un bracelet et des boucles d'oreilles de diamants pour finir la tenue. Ses cheveux étaient négligemment relevés sur la nuque en un chignon dont s'échappaient quelques mèches bouclées. Ses yeux étaient fardés de noir, ses joues de rose et sur ses lèvres, brillait un rouge à lèvres bordeaux.

- Je pense que tu vas briser des cœurs ce soir Candy. Ca me rappelle un autre bal, il y a bien longtemps. Cette fois là déjà, ton cavalier n'était pas celui que tu désirais. L'histoire est un éternel recommencement.

- Je ne sais pas si j'aurai le courage d'accueillir les invités dans cette tenue.

- N'en fais rien ! Archi et moi nous chargeons des invités. Il vaut mieux que tu prépares ton entrée, je sais que tu sais le faire, dit-elle avec un clin d'œil. Tu n'as qu'à rejouer la même scène qu'il y a dix ans. Ignore Terry, concentre-toi sur Mitchell. Ta robe fera le reste !

oooooo

- Bonsoir Terry, heureux de te revoir, dit Archi lorsque le jeune anglais arriva dans le vestibule, sublime dans son smoking noir.

- Bonsoir Terry, tu nous manquais. Ca fait bien longtemps que l'on ne t'avait vu au manoir, dit Annie avec un sourire malicieux qui n'échappa pas à Terry.

- Bonsoir. Oui, j'ai dû m'absenter quelques semaines pour affaires.

Puis, un peu plus bas à l'intention d'Annie.

- Où est-elle ?

- Elle n'est pas encore descendue.

- Comment va-t-elle ?

- Je pense que vous avez besoin de parler.

- Les enfants sont-ils encore debout ? Demanda-t-il après un instant de réflexion.

- Non Terry, les enfants sont couchés, répondit-elle en agrippant son bras avec une force qui le surprit. Attends ici, elle ne va pas tarder.

Ils se regardèrent un moment et Terry capitula.

- Très bien, j'attendrai.

Il se dirigea vers l'escalier et s'appuya nonchalamment contre le mur.

« En voilà déjà un. Dès que l'autre sera arrivé, je ferai prévenir Candy. Je sens que je vais bien m'amuser… »

Mitchell ne se fit pas attendre. Il arriva quelques minutes après Terry, lui aussi, comme tous les hommes de la soirée, vêtu d'un smoking noir. Il était très beau. Brun, les yeux gris, grand, sportif, il ne faisait pas ses trente cinq ans. Plusieurs femmes chuchotèrent sur son passage mais il ne remarqua rien. Il cherchait Candy. Il aperçu Terry au bas de l'escalier et comprit qu'elle n'était pas encore apparue. Il l'attendra donc lui aussi, en espérant qu'elle ne choisira pas l'Anglais.

oooooo

Candy était nerveuse. Dorothée était venue la prévenir qu'Annie voulait qu'elle descende mais elle avait du mal à trouver le courage d'affronter les gens dans cette tenue. Elle craignait sa réaction en voyant Terry. Parviendra-t-elle à jouer l'indifférence, comme elle l'avait fait avec Albert dix ans plus tôt ? Elle était jeune à l'époque, et sûre de son effet. Aujourd'hui, elle n'était plus sûre de rien. Elle répéta les gestes qu'elle avait fait cette fois-là, vérifia pour la dixième fois son reflet dans le miroir, prit son étole de voile noir et sortit de sa chambre.

Elle se tenait en haut de l'escalier. A ses pieds, Terry et Mitchell l'attendaient, leurs yeux reflétant la même émotion, la même admiration. Annie se tenait un peu en retrait avec Archi, observant la scène. Elle fixa volontairement ses yeux sur ceux de Mitchell et commença à descendre lentement, se tenant d'une main à la rampe et soulevant légèrement le bas de sa robe de l'autre. Il l'accueillit avec un large sourire et lui baisa la main.

- Vous êtes divine, lui dit-il en l'emportant vers la salle de bal.

Terry n'avait pas bougé. Il l'avait trouvée époustouflante jusqu'au moment où il avait vu le dos de sa robe. Il était resté paralysé. Mitchell avait posé sa main sur sa taille, sur sa peau nue. Il avait préféré ne pas bouger, car s'il l'avait fait, il l'aurait frappé d'oser poser ses mains sur son corps. Elle ne lui avait pas accordé un regard. Il avait été invisible. Ainsi l'autre avait gagné. Il l'aura dans ses bras toute la soirée, il caressera la peau nue de son dos, de sa taille lorsqu'ils danseront. Annie lui posa une main amicale sur le bras. Il ne s'était pas aperçu qu'il s'était appuyé contre la rampe, plié en deux, le souffle court.

- Ne perds pas espoir Terry, rien n'est encore joué, tu dois lui parler, lui dit-elle en le regardant de son doux regard bleu marine.

oooooo

Les heures passaient et Candy ne quittait pas Mitchell. Ils enchaînaient les danses, se reposaient en buvant du champagne, parlaient avec les autres invités. Ils avaient même disparu un instant et une angoisse avait submergé Terry jusqu'à ce qu'il les voit réapparaitre devant la porte fenêtre qui menait à la terrasse. Terry ne voyait pas comment l'approcher, comment lui parler. Heureusement, l'autre avait cessé de poser ses mains sur elle, elles étaient maintenant sur l'étole lorsqu'ils dansaient. Cela fit sourire Terry mais n'apaisa pas sa jalousie pour autant. Il enviait cet homme d'avoir ce privilège, de passer la soirée avec elle. Candy ne le cherchait pas, ne posait pas ses yeux sur lui. Il aurait bien pu ne pas être venu ça n'aurait rien changé pour elle. Il bouillonnait tellement intérieurement qu'il se décida à l'approcher. Ils venaient de finir une valse quand Terry se planta devant eux.

- M'accorderais-tu cette danse Candy ?

- Grandchester, Candy est ma cavalière. Désolé mais ses danses me sont réservées.

- Pourquoi ne la laissez-vous pas répondre par elle-même ? Êtes-vous maître de ses décisions ?

- Non, mais, heu…

- Je danserai cette valse avec toi, Terry, dit-elle en posant sa main sur celle que le jeune homme lui tendait.

- Mais… dit Mitchell, se retrouvant tout à coup seul sur la piste.

Ils dansèrent la moitié de la valse sans un mot, se fixant juste du regard. Sa main était sur son dos, sur sa peau nue, mais elle ne lui fit aucune réflexion. Il la caressait doucement, ses mouvements imperceptibles pour les gens qui les entouraient.

- Tu es… je ne sais pas, je ne trouve pas de mots suffisamment forts pour décrire ta beauté.

Elle sourit.

- Toi aussi, tu es… dit-elle en riant.

Il sourit aussi.

- Tu avais disparu. Encore !

- Je sais, dit-il en baissant les yeux. J'avais honte, j'avais peur de croiser ton regard.

- Pourquoi ? demanda-t-elle, étonnée.

- A cause de ce qui s'est passé, j'avais peur que tu me détestes.

La musique s'arrêta, les obligeant à interrompre leur conversation. Ils restèrent un instant au milieu de la piste, toujours l'un contre l'autre, les yeux dans les yeux.

- Cette conversation n'est pas finie Candy.

- Je sais.

Mitchell arriva.

- Candy ? Venez, voulez-vous ? Allons manger quelque chose.

Candy et Terry n'avaient pas bougé, leurs regards toujours fixés l'un sur l'autre.

- Candy ? Demanda Mitchell, de plus en plus mal à l'aise.

Terry lâcha Candy et ils partirent chacun de leur côté.

oooooo

La soirée lui semblait maintenant interminable. Elle avait refusé de danser plus longtemps avec Mitchell, prétextant un affreux mal de pieds, au grand regret de celui-ci. Elle cherchait Terry dans la salle, parmi les danseurs, mais ne le voyait nulle part. Heureusement, ils étaient attablés avec Annie et Archi et celui-ci meublait la conversation avec des blagues et des anecdotes.

Mitchell ne tenait pas en place sur sa chaise. Cette valse qu'elle avait dansée avec Grandchester lui restait en travers de la gorge. Depuis, elle refusait de danser et il se doutait que ses pieds n'y étaient pour rien. Son corps était près de lui, mais son esprit était ailleurs. Elle ne tentait même pas de participer à la conversation. Plus tôt dans la soirée, il l'avait emmenée sur la terrasse pour lui ouvrir son cœur mais il y avait trop de monde, pas assez d'intimité pour se mettre sur un genou et demander sa main. Grandchester n'avait pas réapparu. Il sentait que c'était maintenant ou jamais.

- Candy, que diriez-vous d'aller faire un tour sur la terrasse ? Il fait une chaleur étouffante ici. Un peu d'air nous fera du bien.

Elle lui sourit et le suivit sans grand enthousiasme.

oooooo

Lorsqu'ils franchirent à nouveau la porte fenêtre pour rejoindre la salle, Pierre se présenta devant Candy, un plateau à la main.

- Il y a un message pour vous Madame.

Candy lut rapidement la carte et remercia le majordome.

- Je vais devoir m'absenter quelques minutes Mitchell.

- Rien de grave au moins ?

- Je l'espère.

Sans ajouter un mot, elle sortit de la salle de bal. Lorsqu'elle fut sûre que personne ne l'avait suivie, elle se précipita vers la bibliothèque. Elle entra, referma la porte et tourna la clef dans la serrure.

Il l'attendait, appuyé contre le dossier d'un fauteuil. Il leva les yeux lorsqu'elle entra. Elle resta contre la porte.

- Tu voulais me parler ?

- Nous n'avons pas fini notre conversation.

- Ca ne pouvait pas attendre demain ?

- Non, demain tu ne porteras plus cette robe… Et j'en avais assez de te voir avec ce type, dit-il en s'avançant lentement vers elle.

Elle se décida à avancer aussi, afin de ne pas se retrouver acculée contre la porte.

- Où en étions-nous ?

- Je te disais que j'avais peur que tu me détestes.

- Pourquoi devrais-je te détester ? De m'avoir aimée ? De m'avoir redonnée le goût à la vie ? Ah non, je sais, de m'avoir abandonnée après avoir pris ce que tu voulais.

Ils étaient maintenant face à face. Il fut surpris par ses paroles.

- Je ne t'ai pas abandonnée ! Je croyais que tu ne voulais plus me revoir.

- Je me donne à toi et après je ne veux plus te voir ? Ca n'a pas de sens.

- Tu ne t'es pas donnée à moi, c'est moi qui aie profité de ta faiblesse, de ta solitude. Je n'aurais pas dû, pardonne-moi.

Ils restaient là, immobiles, à se regarder droit dans les yeux. Elle fronça les sourcils.

- Non, je ne te pardonne pas ! Je ne pardonne pas les paroles que tu es en train de dire ! Je croyais que nous nous étions retrouvés, que nous le voulions tous les deux. Tu t'es joué de moi, tu as voulu me faire croire que tu m'aimais toujours.

Il écarquilla les yeux.

- Quoi ? mais pas du tout ! Je n'ai rien voulu te faire croire ! Je t'aime toujours ! C'est toi qui t'es servie de moi pour combler ton manque, ta solitude ! Je n'ai jamais cessé de t'aimer, contrairement à toi ! dit-il en élevant la voix.

Elle jeta sur lui un regard brillant de colère.

- Comment ? Qu'est-ce que tu insinues ? Lorsque nous avons fait l'amour ici même il y a quelques semaines, j'en avais autant envie que toi ! Je n'avais pas été aussi heureuse depuis des années. Moi non plus je n'ai jamais cessé de t'aimer ! Enfin… toi ! Le vrai toi, pas celui que tu as été pendant deux ans ! Je n'ai jamais triché, moi, j'ai toujours été la même ! cria-t-elle.

Ils se jetèrent violemment l'un sur l'autre, joignant leurs bouches avec toute la fureur de leur colère, toute la puissance de leur amour, de leur désir. Puis, ils se séparèrent, tout aussi brutalement, se fixant de leurs regards brûlants. Il la saisit par les bras et l'attira contre lui sans ménagement.

- Cette robe… dit-il entre ses dents, les yeux brillants.

- Quoi, cette robe ? demanda-t-elle, provocante.

- Elle me rend fou… dit-il en la relâchant.

Il prit sa main.

- Montre-la-moi, dit-il en la faisant tourner sur elle-même, plusieurs fois.

Il l'arrêta lorsqu'elle fut de dos et observa sa chute de reins. Il posa ses mains sur son dos et les laissa glisser jusqu'aux limites de sa robe. Il la sentit se cambrer sous les caresses. Il remonta ses mains et les fit glisser sous le tissu qui masquait ses seins, l'attirant contre lui.

- Tu es diaboliquement belle Candy, murmura-t-il à son oreille. As-tu mis cette robe pour me rendre fou ?

- Oui, avoua-t-elle dans un souffle.

- Tu as réussi… Es-tu nue sous ta robe ?

- Non.

- Permets-moi de vérifier…

Il remonta sa main droite le long de son bas de soie noir. Elle frissonna lorsqu'il atteignit sa peau nue, jusqu'à sa culotte. Il commença à la caresser à travers le tissu du sous-vêtement.

- Est-ce que tu voulais me rendre fou pour que je te fasse l'amour ce soir ?

- Oui, gémit-elle en le cherchant à tâtons dans son dos pour le caresser à son tour.

- Dis-moi que tu m'aimes, dit-il en continuant à la caresser.

- Je t'aime, gémit-elle.

- Encore !

- Je t'aime !

- Dis-moi que tu veux que je te fasse l'amour.

- Tu le sais, répondit-elle en reprenant ses caresses à travers son pantalon.

- Dis-le !

- Fais-moi l'amour…

- Encore !

- Fais-moi l'amour !

- Épouse-moi !

Elle resta silencieuse un moment, savourant ses caresses, se demandant si ses oreilles ne lui mentaient pas.

- Épouse-moi !

- Oui mon amour.

Il libéra ses mains pour soulever complètement sa jupe. Elle dû prendre appui sur le dossier du fauteuil devant elle pour ne pas basculer. Il arracha la culotte de soie noire qu'elle portait.

- Terry ! protesta-t-elle.

Ils s'embrassèrent malgré leur position inconfortable. L'instant d'après, son pantalon tombait sur ses pieds.

oooooo

Lorsque les douze coups de minuit retentirent et que les gens se mirent à crier « bonne année », ils étaient allongés l'un contre l'autre sur le canapé de la bibliothèque.

- Bonne année mon amour, et joyeux anniversaire, lui dit-il en l'embrassant tendrement.

- Bonne année à toi aussi, et joyeux anniversaire. Ca fait quinze ans que nous nous sommes rencontrés.

- Oui, quinze ans…

- Terry ? Il va falloir que tu perdes cette habitude d'arracher mes sous-vêtements, dit-elle dans un sourire.

- Alors arrête d'en porter, répondit-il en l'embrassant, un sourire malicieux sur les lèvres.

- Candy, pourquoi ce changement de comportement ces derniers temps ? Pendant deux ans tu m'as ignoré, tu m'as traité comme si j'étais un étranger. Parfois, j'avais l'impression que tu me regardais comme si j'étais l'assassin de ton mari, demanda-t-il après un long silence

Elle soupira.

- Je ne t'ai pas ignoré pendant deux ans. Le fait est que lorsque je te regardais, je revoyais la souffrance d'Albert lorsqu'il avait appris pour l'Écosse.

- Albert a su pour l'Écosse ?

Elle baissa les yeux. L'heure des révélations avait sonné.

- Je suis tombée enceinte cette nuit-là.

Il se figea. Elle avait attendu un enfant de lui. Il pensa immédiatement au petit Albert et après un rapide calcul, il comprit qu'elle n'était pas allée au bout de cette grossesse.

- Que s'est-il passé ? demanda-t-il d'une voix étranglée.

Elle leva les yeux vers lui. Il était pâle et ses yeux brillaient. Il souffrait. Il souffrait comme elle avait souffert cette année-là quand elle avait perdu son enfant.

- Je l'ai perdu, dit-elle simplement.

- Comment a réagit Albert ?

- Comme tu peux l'imaginer. Albert était aussi possessif et jaloux que toi, si ce n'est plus. Il s'est effondré. Non seulement je l'avais trompé, mais en plus, j'attendais ton enfant. Je ne sais pas ce qui se serait passé si l'enfant avait vécu. Nous ne le saurons jamais.

- Pourquoi ne me l'as-tu pas dit ?

De grosses larmes roulaient sur ses joues. Il ne se cachait pas, il n'avait pas honte de pleurer devant elle. Il se rendait compte que le plus beau de ses rêves aurait pu se réaliser.

- Il n'y avait rien à dire, dit-elle en lui prenant la main. Pour en revenir à ces deux dernières années, je ne te reconnaissais pas, tu étais tellement différent du Terry que j'avais aimé. Et puis, il y avait le souvenir d'Albert. Je m'en voulais tellement de l'avoir fait souffrir pendant des années parce que je continuais à t'aimer et qu'il le savait. Alors j'ai préféré m'éloigner autant que possible de toi. C'était ma punition pour t'avoir trop aimé.

- Qu'est-ce qui a changé alors ? demanda-t-il en prenant sa main et en la posant sur sa joue humide de larmes. Du jour au lendemain, tu as cessé de m'ignorer et tu as commencé à me regarder comme si j'étais une espèce rare de batracien que tu devais étudier.

Elle sourit. C'est vrai qu'elle l'avait étudié pendant de longues heures, mais n'avait jamais pensé à ce qu'il avait pu ressentir.

- Annie m'a dit un jour, il n'y a pas longtemps, qu'Albert n'aurait pas voulu que je reste veuve, qu'Archi ne m'avait pas tout dit sur les dernières paroles de mon mari. J'ai interrogé Archi et il m'a dit ce que tu sais déjà, qu'Albert avait voulu qu'on se remette ensemble. Est-ce pour cela que tu es resté Terry ? Que tu as abandonné ta carrière et Broadway ?

- Oui et non. Oui au début, je me sentais le devoir de prendre soin de vous. Et non, dès que je t'ai revue, dès que j'ai vu tes enfants, notamment le petit Albert. Ca faisait longtemps que je voulais arrêter cette vie et m'essayer à l'écriture. Je n'ai pas hésité un instant. Je vous aime tous tellement. Et je ne l'ai pas regretté une seconde. Jusqu'à dernièrement.

- Jusqu'à dernièrement ?

- Quand ton comportement a changé, que tu as commencé à m'observer si étrangement, je ne supportais plus ton regard sur moi. Alors j'ai décidé de partir. Je suis allé à New-York voir Robert Hathaway pour qu'il joue la pièce que j'ai écrite la saison prochaine et qu'il me reprenne dans la troupe.

- Tu vas retourner vivre à New-York ? Demanda-t-elle en se redressant brusquement.

- Venez avec moi Candy, toi et les enfants. On peut repartir à zéro là-bas, sans les souvenirs qu'il y a ici. Et puis Chicago devient trop dangereux, tu le sais. Tu le sais, n'est-ce pas ? Allons vivre à New-York tous les cinq, comme une vraie famille.

Candy réfléchit un instant. Elle ne s'attendait pas à ce revirement de situation. Terry vit l'hésitation dans son regard et une pensée soudaine lui fit manquer un battement.

- Qu'y a-t-il entre Rollins et toi ?

- Rien. Il m'a demandée de l'épouser ce soir.

- Que lui as-tu répondu ? Demanda-t-il, inquiet.

Elle éclata de rire.

- J'ai fait l'amour avec toi deux fois ce mois-ci et je viens d'accepter de t'épouser. Que crois-tu que je lui ai répondu ? dit-elle en riant.

Il la serra plus fort contre lui.

- Candy ?

- Oui Terry ?

- Viendras-tu à New-York avec moi ?

- Oui.

- Et… Est-ce que tu me donneras des enfants ? Je veux dire, … après la naissance difficile d'Albert, peux-tu encore… ?

- Oui mon amour, je te donnerai des enfants. Autant que tu en voudras.