Chapitre 22 – Epilogue
Ils se marièrent un mois plus tard, en petit comité, avec juste les enfants, la famille et les amis proches. La semaine qui suivit le mariage, ils partirent tous les cinq commencer une nouvelle vie à New-York.
Le mois de septembre de cette année mille neuf cent vingt sept fut riche en évènements pour les Grandchester. Terry fit son retour sur scène dans sa propre pièce sous l'acclamation de son public, toujours fidèle et heureux de le retrouver. A la fin du mois, Candy donna naissance à une petite fille qu'ils prénommèrent Victoria. La petite fille avait de grands yeux verts et un nez court comme sa mère et les cheveux châtains de son père. Terry espérait qu'en grandissant, elle aurait des tâches de rousseurs comme Candy.
En février mille neuf cent vingt neuf, un petit garçon répondant au doux prénom de Thomas, fit son entrée dans la famille. Il était autant le portrait de Terry que Margaret ou Albert Junior l'étaient de leur père.
Les choses ne s'arrangeaient pas à Chicago et les Cornwell commençaient à penser sérieusement à partir. Parallèlement, Archi et Georges voyaient d'un œil sombre l'évolution de la bourse qui n'avait jamais été aussi haute. Tout le monde spéculait sur tout et sur rien, et les deux hommes d'affaires sentaient que ça ne pourrait pas continuer ainsi encore longtemps.
Ainsi, cet été là, les Grandchester, les Cornwell, Georges et Eleanor Baker, déménagèrent à Londres. Le père de Terry était souffrant et avait envie de revoir son fils et rencontrer sa famille avant de mourir. Ils décidèrent de profiter de l'occasion pour venir vivre dans cette ville qui avait vu les tendres (et moins tendres) moments leur adolescence. Terry étant Britannique, il voulait également que ses enfants découvrent cette partie de leur héritage.
De plus, Londres n'avait rien à envier à Broadway et Terry et Eleanor y voyaient l'endroit idéal pour maintenir un équilibre familial tout en s'adonnant à leur passion.
Ils avaient tout vendu, transféré leurs biens et leurs fortunes à Londres. Seuls restaient la propriété de Lakewood et le manoir de Chicago.
Grand bien leur pris puisqu'en octobre de cette année là, l'Amérique connut la crise financière la plus terrible de son histoire, comme l'avaient prédis Archibald et Georges.
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En mille neuf cent trente neuf, la guerre en Europe leur fit regagner les États Unis.
Terry, alors âgé de quarante deux ans, avait passé les dix dernières années à se produire dans tous les plus grands théâtres d'Europe et se sentait à nouveau las de cette vie. Son expérience d'écrivain avait eu beaucoup de succès vers la fin des années vingt et l'envie d'écrire le gagnait à nouveau.
Eleanor avait soixante ans et avait pris sa retraite quelques années auparavant. Elle ne vivait plus maintenant que pour ses petits enfants qu'elle regardait grandir avec amour, y compris les enfants de Candy avec qui elle n'avait jamais fait de différences.
Georges était mort quelques années plus tôt dans un mystérieux accident de la route alors qu'il était en Argentine pour régler une affaire « personnelle ». Bien que personne ne désira commenter les évènements, tout le monde comprit les raisons de ce voyage lorsque les gros titres des journaux annoncèrent que le Gouverneur Moreno avait été victime d'un chauffard en rentrant chez lui tard dans la nuit. Une voiture avait surgi de nulle part et avait fini sa course au fond d'un précipice, emportant la voiture de Moreno avec elle. Pas de survivants.
Les Cornwell vinrent s'installer à New-York avec les Grandchester. Archibald continua de diriger l'empire des Andrew jusqu'à ce que les enfants prennent leur envole. Ils finirent leurs jours à Lakewood.
Margaret avait maintenant vingt et un ans. Elle venait de terminer des études de zoologie et se sentait l'âme vagabonde, comme son père avant elle. Elle décida de ne pas suivre sa famille mais de partir pour l'Afrique pour rejoindre un groupe de chercheurs et travailler sur l'étude de certains animaux sauvages en milieu naturel. Elle y rencontra Denis Bosquet, un jeune Français, zoologiste lui aussi. Vers la fin de la guerre, ils rejoignirent la France ensemble et résistèrent à l'envahisseur Allemand sous les couleurs du FFI.
William, alors âgé de dix neuf ans, était étudiant en médecine. Lorsqu'en mille neuf cent quarante et un, après l'épisode sanglant de Pearl Arbor, les américains rejoignirent le conflit mondial en déclarant la guerre au Japon, il s'enrôla comme médecin des armées. Il en revint en mille neuf cent quarante cinq, accompagné de la jeune et jolie infirmière Aurélia Benson, son épouse.
Albert avait quinze ans et était encore un adolescent insouciant. En grandissant, il s'intéressa aux affaires de la famille et décida de faire des études de droit, afin de reprendre la place de Chef de famille laissée vacante par son père. Il épousa en mille neuf cent quarante six la douce et timide Stéphanie Wild, jeune fille de bonne famille, qu'il rencontra lors d'un bal de charité.
Victoria allait sur ses douze ans. Déjà passionnée de littérature et de poésie, elle développa très vite des talents de comédienne, à la grande fierté de son père et de sa grand-mère. Elle débuta d'ailleurs sur les planches aux côtés de Terry (Candy pleura tout au long de la pièce). Elle fit une brillante carrière à Hollywood où elle fut adulée pour son éblouissante beauté et son immense talent. Elle se maria six fois et eut un enfant de chacun de ses maris.
Thomas, dix ans, montrait déjà tous les signes d'une intelligence supérieure. De son père, il n'avait pas hérité qu'un physique ravageur. En grandissant, le jeune homme impulsif, bagarreur et arrogant, préférait les divertissements des bars et des filles aux bancs de l'école. Il réussit pourtant tous ses examens haut la main. Attiré par la vie dissolue des milieux artistiques, il devint tout d'abord écrivain, pour s'intéresser finalement à la peinture. Il accumula les conquêtes mais ne se maria jamais.
Candy ne travailla plus jamais comme infirmière. Sa vocation n'était pas celle qu'elle avait longtemps imaginée. Son plaisir n'était autre que de prendre soin de sa famille. Dès le début de son mariage avec Terry et loin de la vie qu'elle devait vivre à Chicago pour maintenir l'étiquette dû à son rang, elle redevint elle-même. Margaret et William furent peut-être les seuls à s'apercevoir de sa transformation et furent heureux de découvrir cette mère si présente et attentionnée. Elle consacra sa vie à rendre heureux son mari et ses enfants, cette vie et cette famille qu'elle avait toujours souhaité avoir. Elle avait toujours été au fond d'elle cette petite orpheline qui avait dû se déguiser en princesse.
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En mille neuf cent quatre vingt sept, une fête fut organisée, par leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, en l'honneur des soixante ans de mariage de Candy et Terry, respectivement âgés de quatre vingt neuf et quatre vingt dix ans. Leurs yeux, émeraude et saphir, brillaient toujours du même éclat, malgré leur peau parcheminée et leurs cheveux blanchis par les années. Cette nuit-là, Candy s'endormit pour toujours, un doux sourire sur les lèvres. Le lendemain matin, Terry pleura longuement en tenant dans ses bras son corps déjà froid et raidit par la mort. Deux semaines plus tard, il s'éteignit à son tour dans son sommeil. Lorsqu'il ferma les yeux pour la dernière fois, il retrouva la jeune fille aux boucles blondes et aux tâches de rousseurs qu'il avait aimé toute sa vie durant. Elle saisit la main de l'adolescent qu'il était redevenu, et l'emporta dans une valse qui allait durer jusqu'à la fin des temps.
