Coucou à tous! Un tout nouveau chapitre tout chaud servi sur un plateau! Il est un peu plus court que les deux derniers mais je ne pouvais que m'arrêter là où je l'ai fait...


Un ou deux petits messages à passer avant d'attaquer les choses sérieuses :

Pour ElamRogue à qui je n'ai pas pu répondre faute d'adresse : je n'ai pas de calendrier pour mes publications, j'écris mon histoire au fur et à mesure. Je ne sais jamais combien de temps je vais passer sur un chapitre et je n'en ai pas d'avance donc je poste de manière aléatoire, sans rythme particulier…

Juste pour info si d'autres que Sahada se demandent pourquoi Hermione appelle Harry 'Potter-Black' et pas 'Rogue' : elle utilise son nom de 'jeune fille' et pas son nom d'homme marié, ne sachant pas trop comment ce nom serait reçu.

Voilà! Bonne lecture à tous!


Chapitre 7

Harry sembla se recroqueviller sur lui-même au ton de son amie.

- Heu… Je cherchais une Potion de Sommeil ? hésita-t-il.

- Dans les poisons ? Tu crois vraiment que je vais te croire ? Ou que le professeur Rogue t'a cru ?

- Je …

Devant le regard parfaitement sérieux de sa meilleure amie, Harry se résigna. Maintenant qu'il avait quelqu'un pour parler autant le faire. Après tout Hermione serait peut-être capable de trouver une réponse là où lui se noyait complètement dans un brouillard dense et collant.

- Je cherchais de la Goutte du Mort Vivant ou quelque chose d'approchant…

- Qu'est-ce que tu avais l'intention de faire avec ça et surtout pourquoi ? demanda Hermione, soudainement beaucoup plus calme. S'énerver ne servirait à rien avec Harry sinon à le braquer davantage.

Elle conduisit Harry vers un couple de fauteuils profonds et moelleux devant une petite table couverte de livres anciens dans lesquels elle tremblait d'envie de se plonger. Asseyant son ami dans l'un des sièges, elle prit l'autre et se demanda s'il était poli de conjurer du thé ailleurs que chez elle. L'apparition de Tiny avec un plateau chargé de bonnes choses la dispensa de s'interroger plus avant.

- Le Maître a pensé que Maître Harry aurait besoin d'un remontant, piailla l'elfe en déposant hâtivement son fardeau.

- Merci Tiny.

L'elfe rougit d'être remercié ainsi et disparut dans un craquement sonore.

Hermione versa une bonne tasse de thé et composa une assiette de pâtisseries pour Harry et le força à s'en emparer. Il commença doucement à parler, les yeux fixés sur le liquide sombre contenu dans la tasse :

- Je ne comprends pas, tu sais… Je ressens des choses bizarres et je sais que c'est mal, que je ne devrais pas… Je…

- Calme toi. Respire profondément et dis-moi ce qui s'est passé, tenta de l'apaiser Hermione, voyant le trouble plus qu'évident chez le jeune homme en face d'elle.

- Il ne m'a pas adressé la parole de la semaine et j'ai une chambre pour moi seul et … Bordel ça devrait pas faire mal comme ça !! Qu'est ce que ça peut faire qu'il me parle pas, hein ??!! Et encore heureux qu'on fait chambre à part ! Je devrais être content, c'est ce que je voulais, qu'il ne s'approche pas de moi… En plus il y a les rêves…

La voix d'Harry, après être montée deux octaves plus haut que son timbre habituel, s'éteignit, triste. Il était au bord des larmes et Hermione commença à comprendre.

- Harry… C'est normal, les instincts du Veela se réveillent. Je… Comment dire…, soupira la jeune fille, soucieuse de ne pas risquer que le sens de ses paroles soit mal interprété. Avant le mariage, tu ne voulais pas que le professeur Rogue ne devienne ton compagnon et donc tu rejetais en bloc tout ce qui pouvait s'y rapporter, notamment l'intimité. Je ne critique pas, c'est logique. Vous ne vous entendez pas et je ne pense pas que l'un d'entre vous ait jamais eu l'idée auparavant de considérer l'autre comme un partenaire potentiel. Tu ne voulais clairement pas de lui comme compagnon et il a fait ce qu'il pensait être le mieux dans cette situation : il t'a laissé ton espace vital et ne s'est pas imposé. Je crois qu'il pensait honnêtement bien faire en agissant ainsi, mais il a sous-estimé les instincts des Veelas. Normalement avant l'union, un Veela est attiré par son compagnon, comme si une force quelconque le forçait à aller vers lui. Une fois l'union scellée et le lien établi, le Veela tombe amoureux de son compagnon, si ce n'était pas déjà le cas avant. Et il fait souvent des rêves très … coquins à son sujet, c'est naturel, rougit Hermione, terriblement gênée tout à coup.

- Tu trouves ça naturel toi ? De rêver d'un homme ?!? Pourquoi ça m'arrive à moi ?? Pourquoi est-ce que je me sens si mal, si seul ? Je… je sais qu'il serait plus heureux sans moi, murmura-t-il péniblement, sautant du coq à l'âne.

- Harry… Oui, les rêves sont naturels. Pour le reste, et bien, tu … tu te sens rejeté. En voulant te laisser ta liberté, le professeur Rogue a malencontreusement poussé le Veela à se sentir rejeté par son compagnon. Je ne crois pas qu'il ait su que ses actions allaient provoquer une réaction si violente de ta part. Il a du penser que la situation te paraîtrait tolérable de cette façon et pas que le Veela aurait un tel besoin de son compagnon.

- C'est sensé me réconforter ?

- Pas vraiment. Te faire comprendre ce qui se passe, plutôt. Tu n'y peux rien, le Veela en toi veut son compagnon et, s'il ne peut l'avoir, il meurt. C'est pour ça que tu cherchais du poison ce matin, n'est-ce pas ? Parce que tu ne peux pas vivre sans lui et que tu crois qu'il ne veut pas de toi ?

- Mais il ne veut pas de moi, Hermione ! Tu n'as pas senti ce malheur, cette impuissance, à chaque fois que tu le croises…

- Non. Je ne peux pas sentir ses émotions, c'est le lien Veela/compagnon qui te permet de le faire. Cela dit je crois que tu te trompes. Je ne pense pas qu'il ne veuille pas de toi, comme tu dis. Je suis persuadée qu'il n'est pas malheureux que tu sois son Veela, juste de la situation en tant que telle.

- Pardon ? demanda Harry, abasourdi par la remarque de son amie qu'il n'avait absolument pas compris.

- J'ai discuté un peu avec lui tout à l'heure en arrivant et j'ai eu la nette impression qu'il tenait à toi… Tu sais, les choses n'ont pas du être faciles pour lui non plus. Il se retrouve marié à quelqu'un qui lui annonce ouvertement qu'une quelconque forme d'intimité, outre la consommation du mariage, est hors de question, et ce pour le restant de son existence. Ça n'est pas très accueillant…

- Tu dis ça comme si je pouvais l'intéresser… C'est ridicule… Je ne suis que l'élève qu'il déteste plus que tout au monde…

- Allons, Harry ! Je l'ai vu au mariage. Il a fait des efforts pour la cérémonie, aussi bien vestimentaires qu'esthétiques. Et puis ce n'est pas du tout son genre de mettre sa fierté de côté pour m'appeler à l'aide. D'ailleurs pourquoi tu ne m'as pas appelée au lieu d'aller explorer l'armoire à poisons d'un ex-espion qui se trouve être le meilleur Maître des Potions d'Europe ??

- Je… C'est idiot, rougit Harry.

- Dis le quand même… Après Ron, tu sais… J'en ai vu d'autres, soupira-t-elle.

- Tu te moqueras pas de moi, tu me le jures ?

- Promis !

- Je… Il n'y a pas de poudre de cheminette dans le salon.

Hermione dut furieusement tendre l'oreille pour parvenir à saisir les paroles de son ami.

- Comment ça, pas de poudre de cheminette ? Il y en a sûrement puisque le professeur Rogue m'a appelée de cette cheminée ce matin. Et puis quand bien même, pourquoi ne pas demander à Tiny ?

- Je n'ai pas osé…

- Pourquoi ? demanda la jeune fille, complètement estomaquée.

- Ben, c'est chez Rogue…

- Mais enfin, Harry c'est chez toi aussi ! Tu… C'est pas possible, ça ?!?!?!? Le professeur Rogue était visiblement aussi surpris que moi tout à l'heure quand je lui ai demandé pourquoi tu n'avais contacté personne avant d'essayer de t'empoisonner avec ses potions. Je n'ai pas l'impression qu'il ait jamais eu l'intention de t'enfermer, tu sais. Tu devrais en discuter avec lui. Vraiment, ajouta-t-elle lorsque Harry releva la tête pour la regarder, l'air hagard.

- Non ! Je…

- Harry, s'il te plait. Je sais que tu as peur qu'il se moque de toi, qu'il te rabaisse, mais vous êtes mariés. Tu ne peux pas passer toute ta vie avec un homme avec lequel tu as peur de parler et auquel tu n'oses pas poser une simple question. Tu viens d'arriver dans un environnement que tu ne connais pas, il est naturel de ne pas tout savoir. Je suis sûre qu'il préfère que tu lui poses gentiment la question plutôt que tu ne dépérisses ainsi à petit feu. Il t'a expressément dit de ne jamais appeler personne ?

- N…non…

- Alors pourquoi te barricader ici en restant malheureux ? Tu aurais pu nous appeler. Ou Sirius.

- NON ! Il lui ferait du mal et…

Harry s'arrêta, sa voix bloquée au fond de sa gorge.

- Harry. Sirius ne fera rien à ton mari. Il sait très bien à quel point tu en souffrirais.

- Je comprends pas ce qui m'arrive…

Harry s'écroula en pleurs dans les bras d'Hermione, sanglotant hystériquement. La jeune fille le serra contre elle en se demandant comment elle allait réussir à faire admettre à cette tête de mule, championne tout catégorie de l'obstination aveugle et bornée, qu'il était bel et bien amoureux de son mari… Beau défi en perspective...

**********

Severus regarda Hermione se carapater derrière son elfe et soupira bruyamment en se pinçant l'arête du nez. Mais pourquoi tout le monde insistait-il pour qu'il appelle ce gamin par son prénom ? Quelle différence cela pouvait-il bien faire, franchement ?? Vraiment cette situation le dépassait.

Il se rassit tranquillement dans son fauteuil, repensant à tous ces événements. Rien de tout cela n'était, à sa connaissance, compatible avec Potter, Gryffondor extraordinaire et condensé des douze plaies d'Egypte incarné. Pourquoi s'était-il accroché à lui comme un noyé à sa bouée lorsqu'il l'avait réveillé alors qu'il ne considérait pas cette action comme normale ? Pourquoi placer systématiquement des sortilèges de silence sur son lit ? Pour que personne ne l'entende ? En quoi était-ce si important ? Depuis quand le faisait-il ?

Je crois que la réponse à ces questions va nécessiter du temps. Un temps considérable, dirais-je même… En attendant, sorts d'alarme sur son lit toutes les nuits jusqu'à ce que j'obtienne ne serait-ce qu'une vague indication du pourquoi du comment de ce bordel innommable…

La cheminée s'alluma soudainement, le faisant presque sursauter.

- Severus ? demanda la voix inquiète de Lupin.

- Quoi ? fut la réponse froide et sèche du Maître des Potions.

- Je viens de rentrer d'un rendez-vous chez mon éditeur et j'ai découvert une lettre paniquée de Molly disant qu'il y avait un problème avec Harry dont tu n'as pas voulu lui parler et que tu as demandé à Hermione de venir. Qu'est-ce qui se passe ? Harry va bien ? Il n'est pas blessé ? Pourquoi Hermione ? Et…

- Une question à la fois, Lupin, l'interrompit durement Severus. Il dut hausser le ton pour se faire entendre du loup-garou en mode mère-poule-qui-a-perdu-sa-couvée, caquetant question sur question avec le débit d'une mitrailleuse lourde.

- Hein ? Euh…

- Pour répondre à tes interrogations dans leur ordre respectif : il ne se passe rien ; oui il va bien ; non il n'est pas blessé et il parle avec Granger en ce moment.

- Je ne comprends pas tout là…

- Il semblerait que Potter ait des difficultés avec ses instincts. La situation était calme jusqu'à ce matin où il est venu fouiller dans ma réserve de potions.

- Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus aussitôt ????? paniqua Rémus. Il savait parfaitement qu'il n'existait pas lieu plus dangereux au monde que la réserve personnelle d'un Maître des Potions, mis à part éventuellement l'antre d'un Mage Noir, ce que Severus était également, fut-il contraint de se rappeler par son cerveau passé en mode surprotecteur.

- Pour me faire agresser par Black avant d'avoir pu articuler un son ? Je suis d'ailleurs étonné qu'il ne hurle pas dans ma cheminée à ta place.

- Il est parti à son bureau ce matin régler quelques affaires et il n'est pas encore rentré. Mais je pense que…

- Lupin. Il va bien. Il discute de tout cela avec sa Miss-je-sais-tout favorite.

- Je peux te poser une question ? demanda Lupin d'une petite voix mal assurée, l'air profondément gêné, après avoir fait une pause de quelques secondes pour raffermir sa prise sur loup.

- Vas-y, soupira Severus, désespéré. Au point où j'en suis… Lui qui aspirait au calme par-dessus tout…

- Tu sais pourquoi Harry ne nous a pas appelé depuis le mariage ? hésita le lycanthrope.

- Il ne vous a pas contacté non plus ?

Severus n'en revenait pas. Le gamin n'avait même pas parlé à ses parents de la semaine ? Mais… mais… il avait fait quoi exactement pendant tout ce temps ?? Qu'il n'ait pas fait venir son amie pour papoter de ses problèmes de couple, passe encore mais ça… À côté de quoi était-il passé à la fin ? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez Potter ?

- Lupin, y aurait-il quelque chose que je devrais savoir sur Potter ?

- Pas que je sache. Pourquoi ?

- J'ai passé le plus clair de la semaine dans mon laboratoire, je n'ai pas surveillé ses activités. Je pensais qu'il avait contacté ses amis mais Granger a été très surprise de la situation, les Weasley aussi l'ont été par mon appel ce matin et maintenant tu me dis qu'il ne vous a pas appelé non plus… Je ne suis pas sûr de comprendre ce qui se passe…, termina Severus, pensif.

- Je… j'avais pensé que vous étiez partis ou bien occupés à faire marcher cette relation alors je ne me suis pas trop inquiété…

- Ça n'est décidément pas clair. Je vais me charger de tout cela…

Rémus estima que Severus avait l'air suffisamment déterminé pour ne pas exiger de garanties. Il mit fin à la communication en précisant qu'il allait s'arranger pour que Sirius fasse le moins de foin possible à ce sujet, sachant à quel point l'un des fameux, et au combien célèbres, pétages de câble de son cher et tendre serait préjudiciable en cet instant.

Severus se renfonça dans son fauteuil, plongé dans la ténébreuse chape d'incertitude qui enveloppait son mari, ses doigts caressant distraitement le griffon qui ornait sa main gauche.

********

Maintenant qu'Harry était plus calme, Hermione l'interrogea d'une voix douce :

- Harry ?

- Mione ?

Oh non, il a l'air encore au bord des larmes…

- Dis-moi, tu n'avais jamais pensé te retrouver un jour avec un garçon ? C'est de là que viens le problème, non ?

- Grrrmmmblbl…

Avec un piètre grognement étouffé en guise de réponse, je vais aller loin, moi ! S'il te plait, fais un petit effort…

- Harry ?

- Je suis pas homo et … et … et j'arrête pas de faire ces rêves et …, cria Harry, à bout de nerfs.

- Harry, dis-moi juste une chose. En me passant les détails, bien entendu. Comment s'est passé ta nuit de noces ?

- Comment peux-tu OSER me demander CA ! hurla-t-il de plus belle.

- J'essaye de t'aider, Harry. C'est tout.

Hermione baissa la tête, déçue. Bien sûr, elle avait conscience que sa question était très indiscrète mais il fallait crever l'abcès. Il était hors de question qu'Harry recommence un coup pareil.

Voir son amie comme cela, défaite, calma quelque peu Harry et il se sentit mal de hurler après elle alors qu'elle n'était en rien responsable.

- Excuse-moi, lâcha-t-il, penaud.

- C'est pas grave.

- Je... Ça n'est pas facile pour moi.

- Je sais. Mais il faut que ça sorte. Vois ce que tu as failli faire à cause de ça…

- Je pensais vraiment que cette fichue potion allait faire apparaître le nom d'une femme, mais non… J'ai vite compris que ça voulait dire que je serais… dominé et…

- Tu as eu peur, l'aida gentiment Hermione.

- Terriblement. Je… Sirius m'a un peu parlé de… tout ça et il a voulu que je… parle à Rogue. J'y suis allé et c'était moins… catastrophique que ce que je pensais... mais ça n'a pas vraiment fait de différence au bout du compte… Je… J'étais terrorisé, je crois, cette nuit-là. Il a voulu me rassurer… il a même été gentil et… plutôt attentionné mais… il ne m'a même pas embrassé et… il est parti…

- Est-ce que tu as aimé ? demanda-t-elle tout doucement en priant tous les dieux, existants ou non, de ne pas le faire sortir de sa phase d'épanchement de par ses simples paroles.

- Voui.

La réponse fut si basse qu'elle cru l'avoir rêvée malgré sa proximité.

Il n'accepte pas.

- Il n'y a rien de mal ou de honteux là-dedans, Harry.

- Tu comprends pas, c'est… c'est un homme !

- Je m'en doute, en effet, ricana-t-elle. Le professeur Rogue n'a définitivement rien de féminin. Les hommes sont de très agréables partenaires, tu sais.

- T'es une fille, c'est normal que tu le penses.

- Harry !! Comment peux-tu être aussi étroit d'esprit ! C'est insensé ! En quoi serait-ce anormal, je te prie, d'être homosexuel ? Je te signale que tu peux porter des enfants, comme les femmes et comme tous les mâles soumis ayant des origines parmi les créatures magiques. Comme Rémus.

- Quoi ?!?!?!?!?!!

- Tu ne t'imagines tout de même pas que les Veelas sont les seules créatures magiques avec cette aptitude ? Les vampires et les loups-garous aussi, bien que cela soit délicat de mener la grossesse à terme dans le dernier cas, à cause des transformations mensuelles.

Harry ne répondit rien. Il n'avait jamais envisagé la situation sous cet angle. Il admit, à regret et sans le moindre enthousiasme, que, peut-être, éventuellement, tout cela reposait sur une certaine logique. Ce qui ne l'empêchait pas d'être entièrement persuadé que cela ne serait jamais valable pour lui.

- Harry, je pense vraiment que tu devrais parler de tout cela à ton mari. Il faut qu'il comprenne quel est le problème si tu veux que la situation s'améliore. Il ne peut pas deviner ce qui se passe dans ta tête. Je crois qu'il en souffre autant que toi…

- J'en doute, soupira Harry. Et je refuse de lui parler de ça, c'est personnel.

Le ton employé ne laissait pas place au doute : cette conversation était terminée.

Hermione décida donc de prendre congé et de permettre à son ami de ruminer gentiment. Elle le prit dans ses bras et lui demanda de ne pas hésiter à l'appeler s'il avait besoin de parler de quoique ce soit, même d'un match de Quidditch s'il y tenait !

***********

Harry raccompagna sa meilleure amie au salon mais s'éclipsa aussitôt, ne regardant même pas son mari.

Hermione soupira pour la énième fois de la journée. Décidément il allait falloir s'armer de patience…

- Et bien ? demanda Severus avec une certaine vivacité. Il voulait des réponses et savait que son mari était sûrement la dernière personne sur Terre qui les lui fournirait.

- Il a peur de lui-même, entre autres.

- Comment ça ?

Severus haussa un sourcil perplexe.

- Je pense sincèrement qu'il devrait vous en parler, professeur, mais il s'est complètement renfermé dès que j'ai abordé le sujet alors… Je crois que je vais devoir dire certaines choses pour lui... Il n'accepte pas l'homosexualité.

- Avec Black et Lupin comme modèles ? C'est pour le moins inattendu…

- Pas chez les autres. Je crois qu'il s'en fiche royalement et il est très heureux que ses pères se soient trouvés. Non, le problème, c'est lui. Il ne supporte pas les rêves qu'il fait la nuit, des rêves… assez explicites si vous suivez ma pensée.

Une Hermione rosissante et très embarrassée d'aborder un tel thème avec un professeur fit une pause pour tenter de calmer les pulsations frénétiques de son sang dans ses oreilles. Merlin, elle n'avait été aussi mal à l'aise de sa vie et il était évident que Rogue ne la laisserait pas sortir de chez lui avant de tout savoir. Elle reprit donc :

- Il arrive à peine à admettre qu'il a aimé sa nuit de noces et ça lui parait anormal de réagir comme ça. Voilà c'est tout ce que je peux vous dire.

Severus lui dit de prendre de la poudre de cheminette dans le coffre sur le manteau de la cheminée alors qu'elle allait littéralement fuir à toutes jambes de la pièce. Elle se retourna vers une dernière fois vers Severus et lui fit ses adieux avant d'ajouter timidement :

- Je crois qu'il regrette que vous ne l'ayez pas... embrassé pendant… vous savez…

Elle s'engouffra dans la cheminée sans un regard en arrière.

************

Ebaubi.

Il n'y avait pas d'autre mot pour qualifier son état d'esprit actuel.

Jamais au grand jamais il n'aurait imaginé que Potter puisse regretter qu'il ne l'ait pas embrassé ! Cette pensée à elle seule était purement hérétique !

Sûrement cette gamine avait mal compris, il n'existait point d'autre explication.

Pourtant, qu'avait dit Lucius déjà… Les Veelas sont d'incurables romantiques… Moui, peut-être fallait-il creuser dans cette direction…

En attendant, il était presque 19h et son estomac criait famine. Il envoya Tiny chercher son mari pour dîner. Une discussion s'imposait, quoiqu'il s'obligerait à éviter les sujets qui fâchent pour le moment.

Il se rendit dans la salle à manger et ne fut guère surpris de voir son mari entrer avec une évidente récalcitrance, probablement convaincu à grand renfort de chantage affectif mené d'une main de maître par Tiny. Les elfes utilisaient fréquemment l'auto-flagellation pour obtenir ce qu'ils voulaient. Et Tiny désapprouvait clairement le comportement d'autruche plongeant la tête dans le sable qu'adoptait son mari en refusant de se joindre à lui pour partager un repas.

- Bonsoir, P… Harry, se reprit Severus.

Autant commencer tout de suite à travailler sur ce point… Si jamais ça marche, Lucius, je t'achète une caisse de ce vin d'elfe que tu affectionnes par-dessus tout et tant pis pour le prix !

- Bonsoir, grommela vaguement le Survivant en venant s'asseoir devant le second couvert, disposé en face de son très cher époux, comme il se doit.

- Puis-je vous poser une question qui m'ennuie depuis ce matin ? demanda poliment Severus en nappant généreusement son poulet de sauce aux champignons et aux petits oignons.

- Allez-y, je n'y couperais pas de toute façon, répondit Harry, las.

- Pourquoi n'avez-vous appelé personne depuis le mariage ? Je pensais que vous sauteriez sur l'occasion de sortir d'ici, d'aller voir vos amis.

Harry savait que Rogue ne le lâcherait pas avant d'avoir obtenu une réponse, comme pendant les cours. Mais il savait également qu'il allait se moquer de lui… Après avoir passé près de cinq minutes à massacrer sauvagement ses pommes de terre sautées à grands coups de fourchette sous le regard attentif de son mari, témoin impassible des turpitudes potteriennes, il finit par se résigner à la douleur de voir son compagnon se foutre de sa gueule :

- Il n'y a pas de poudre de cheminette dans le salon, avoua-t-il d'une voix misérable, se sentant terriblement idiot.

- Bien sûr que si. Elle est dans un petit coffret en bois, sur la cheminée. Pourquoi n'avez-vous pas demandé ? Même si vous ne vouliez pas descendre à mon laboratoire pour me poser la question en personne, ce que je peux comprendre, vous pouviez demander à Tiny.

- Je… je voulais pas déranger…, bégaya Harry surpris de l'absence de sarcasmes. Pour un peu, il trouverait son mari presque compréhensif…

- Pot… Harry, bien que la perspective de ce mariage ne m'ait pas parue réjouissante et que j'ai pu paraître un rien vindicatif dans mon appréciation de la situation à l'époque, il n'en reste pas moins que cette maison est maintenant aussi la vôtre. Tiny n'est pas dérangé parce qu'on lui demande quelque chose qui fait partie de ses attributions. Et même si je proteste que je suis retardé dans mon travail, vous pouvez parfaitement venir me poser une question. Vous ne pouvez pas connaître la maison en si peu de temps, pas plus que toutes mes manies.

- Vous m'avez appelé par mon prénom deux fois…

- Je ne peux décemment continuer de vous appeler par votre patronyme, n'est-ce pas ? Je vous ai épousé après tout. Vous portez le même que moi à présent.

Harry se renfrogna et Severus se demanda quelle bourde il avait commise…

Ils ne s'adressèrent plus la parole du reste du dîner.

**********

Severus éteignit le feu sous son chaudron.

Il était tard.

Il se dirigea vers sa chambre et fit un détour par celle de son mari. Il le regarda dormir quelques instants avant de s'arracher à sa contemplation pour placer une alarme sur le lit.

Il entra dans sa chambre, se débarrassa de ses lourdes robes noires, de son pantalon, moulant et tout aussi noir, et de sa chemise, seule touche de blanc, avant de se coucher, glissant avec délices dans les draps de soie noire, frais et soyeux sur sa peau. Son lit ne lui avait jamais paru si vide. Il lui fallut un long moment, passé à se retourner encore et encore entre ses draps, avant que Morphée ne daigne prendre en considération sa requête et qu'il ne sombre enfin dans le repos.

Trois heures plus tard, il fut tiré d'un sommeil réparateur par un bourdonnement magique fort désagréable.

L'alarme…

Il se leva, enfila une robe de chambre en satin d'un vert émeraude soutenu pour ne pas arriver vêtu d'un simple boxer noir chez son mari, de peur que celui-ci n'en fasse une crise cardiaque malgré son jeune âge.

Il entra dans la chambre de son époux, plongée dans l'obscurité. Il distingua vaguement une forme qui remuait silencieusement dans tous les sens et en déduisit qu'Harry faisait un nouveau cauchemar, sous un sort de silence bien appliqué, il se devait de le reconnaître. Il prit la peine de s'asseoir sur le bord du lit avant de toucher le garçon, ne voulant pas répéter ses exploits acrobatiques de la matinée. Il effleura juste son épaule. Il n'eut jamais l'occasion d'en faire plus. Harry ne se réveilla pas mais se retourna vivement entre les draps et lança ses bras autour de la taille de son compagnon stupéfait. Sa simple présence semblait calmer le Veela sans qu'il soit besoin de le réveiller.

La prise du jeune homme se resserra et Severus se dit qu'il était parti pour passer la nuit là. C'était étrange. Il n'avait jamais dormi dans le même lit que son mari. Lors de la nuit de noces, il était sorti de la chambre dès que son Veela s'était endormi. Il se plaça dans une position plus confortable, laissant Harry venir se coller contre lui, et réussit après quelques contorsions à ramener une partie des couvertures sur lui. Il n'entendait pas mourir de froid en veillant son Veela. De petits spasmes nerveux continuaient d'agiter son corps et il poussait parfois un petit geignement plaintif. Severus l'enlaça doucement pour l'apaiser.

Le Veela se calma complètement, peu à peu, et sa respiration se fit plus profonde, cessant de s'entrecouper de gémissements pathétiques. Bercé par le souffle lent de son mari, Severus s'endormit à son tour, un petit corps souple et chaud pressé contre le sien.