Coucou tout le monde!! Oui je sais, je suis en retard mais boulot, boulot!! Une semaine chargée, ça ne pardonne pas!

Un grand merci pour toutes les revieweuses sans adresse à qui je n'ai pas pu répondre!!

Antocyane, ma bibiche, j'ai pensé à toi pour le thé!!


Comme ce chapitre s'est un petit peu fait attendre, je vous dis juste bonne lecture!!

Chapitre 8

Severus se réveilla doucement, bercé par la chaleur confortable dans laquelle il baignait. Il fronça un sourcil. Il avait plus chaud qu'il ne devrait. Il ouvrit précautionneusement un œil, se méfiant de la lumière traître du matin, et la raison de cet accroissement soudain de température apparut : son mari était drapé autour de lui, la tête sur sa poitrine, l'une de ses jambes nichée entre les siennes, un bras négligemment posé en travers de son ventre.

Et une très belle érection matinale pressée contre sa hanche.

Il combattit de toutes ses forces un geignement qui menaçait de s'échapper de ses lèvres à la sensation de cette chair palpitante, bien que recouverte de tissu, contre lui et, après avoir tenté de se dégager, se résigna à attendre le réveil de sa petite bouillotte personnelle.

Ce faisant, il n'avait rien d'autre à faire pour s'occuper l'esprit que de le détailler. Ses doux cheveux noirs qui cascadaient sur son torse, le chatouillant discrètement, les petites crispations des doigts reposant sur ses abdominaux, un peu comme un chat endormi.

Oui, il ressemble à un chat roulé en boule comme ça… Un chaton en manque d'affection…

Harry remua dans son sommeil, se collant davantage à Severus et émettant un petit gémissement lorsque son sexe tendu frotta contre le corps chaud du maître des potions. Celui-ci serra les dents et se restreignit mentalement pour ne pas sauter vivement sur son Veela, une partie de son anatomie fortement enthousiaste à l'idée de s'exercer un peu.

S'il fait des cauchemars tous les jours, je ne tiendrais jamais !

Qu'est ce que je fais ?? Je le réveille ? Non, enfin, un peu de bon sens ! Il n'est pas prêt pour ce genre de réveils, Severus !!

Severus soupira doucement et, sans même s'en rendre compte, glissa ses bras autour de son mari, bougeant légèrement pour se réinstaller plus confortablement.

La proximité de son mari s'avérait plus délicate à gérer qu'il ne l'aurait pensé. Pendant la semaine qui venait de s'écouler, il s'était tenu le plus éloigné possible de lui et, mis à part une recrudescence de rêves torrides, il avait été relativement simple de vivre dans la même maison que le Survivant. Mais avoir sa petite marmotte innocemment lovée contre lui comme ça… Habitée d'une volonté propre, sa main vint caresser les cheveux doux qui le narguaient, ses doigts s'enfonçant tendrement dans les lourdes mèches brunes. Un étrange petit bruit rauque commença à lui parvenir, provenant vraisemblablement de son Veela.

Un ronronnement ?! Non, je ne rêve pas, il ronronne…

Alors que Severus poursuivait son action, massant le cuir chevelu du garçon et sollicitant davantage de ses merveilleux petits sons de gorge, celui-ci bougea légèrement la tête, venant à la rencontre des doigts divins.

En cet instant, Severus se laisserait presque aller à croire Lucius sur parole… Il était si facile de s'imaginer que son chaton était heureux ainsi, avec lui…

Mon chaton ?!?!?!! Je perds l'esprit ! Depuis quand Potter est-il devenu mon chaton ?

Severus soupira. Après tout, tant que le gamin n'était pas au courant… Sa main reprit son mouvement hypnotique et il se relaxa.

Bien entendu, rien ne dure jamais et la sensation au demeurant fort relaxante de passer ses doigts dans les cheveux de son mari fut bientôt retirée à ce pauvre Severus, ses papouilles ayant réveillé le Veela assoupi.

***********

Harry émergea doucement d'un rêve très tendre dans lequel son mari le torturait d'un délicieux massage, très sensuel, à l'huile essentielle de cardamome. Il sentait encore ses mains dans ses cheveux, achevant le massage par une petite touche de douceur. Il enfouit le visage dans son oreiller, luttant contre l'émergence de ses pensées conscientes. Bien que fort douillet, son oreiller lui sembla différent, plus dur et plus chaud que de coutume. Étonné, il le palpa du bout des doigts, essayant de comprendre mais trop vaseux pour ouvrir les yeux.

Chaud, soyeux…

Ses doigts glissèrent sur la robe de chambre de Severus puis sur sa peau, sans paraître remarquer la différence, ni même l'incongruité de la texture pour une taie d'oreiller.

Il se sentait bien, en sécurité. Blotti bien au chaud, un bras puissant entourant son dos, il ne risquait rien…

Il réalisa tout à coup qu'il touchait une peau, très douce certes, mais néanmoins nue, là où un oreiller de plumes aurait dû se trouver et que le bras dans son dos était bien réel et pas le moins du monde un pli des couvertures.

Il se redressa brutalement poussant un cri de surprise étranglé, ouvrant les yeux dans le même mouvement.

Il vit son mari, allongé sur son lit, les couvertures rejetées par son geste brusque. La robe de chambre de satin vert était dans un état indescriptible et découvrait une large partie du torse ciselé de Severus sur lequel ses deux mains étaient posées à plat. Avant d'avoir pu dire 'ouf', Harry se retrouva à contempler cette peau tentante.

Un raclement de gorge quelque peu gêné vient le distraire de ses pensées et il redescendit sur terre. Il rougit instantanément comme un coquelicot, retirant vivement ses mains de la peau merveilleusement veloutée qu'il n'aurait pas même dû toucher et baissa la tête.

- Qu'est-ce que vous faites là, professeur ? bafouilla-t-il lamentablement, cruellement conscient de l'érection douloureuse qui déformait son pantalon de pyjama et que son compagnon n'avait pu manquer de sentir étant donné leur position pour le moins intime.

- Pensez-vous pouvoir m'appeler par mon prénom ? Il me paraît inconvenant que mon mari utilise mon titre universitaire pour s'adresser à moi, soupira Severus. Pour répondre à votre question, Harry, j'ai été réveillé par l'alarme que j'ai placée sur votre lit lorsque vous avez fait un cauchemar pendant la nuit. Je suis venu pour vous sortir de ce mauvais rêve quel qu'il soit et vous m'avez pris pour votre ours en peluche. J'ai donc passé la nuit ici.

- Désolé, je voulais pas… murmura Harry, déboussolé et affreusement perturbé. Non seulement, il avait pris son compagnon comme oreiller mais il l'avait réveillé en plein milieu de la nuit pour des futilités.

Comme s'il savait exactement ce qui se passait dans la jolie petite tête de son Veela, Severus poursuivit :

- Des excuses ne sont nullement nécessaires, pas plus qu'un sort de Silence pour étouffer vos cris. Ce sort est de toute manière inefficace par rapport à un sortilège d'alarme puisque celui-ci ne se base pas sur le son pour se déclencher. Quoiqu'il en soit, cela ne me dérange pas de vous réveiller quand vous faites un cauchemar. Je ne comprends pas pourquoi vous considérez cela si peu naturel.

- Personne ne l'a jamais fait.

La voix du garçon était si basse qu'il était miraculeux que Severus ait pu la distinguer du chant matinal des oiseaux. Voilà qui était nouveau. Ainsi sa famille ne s'était jamais souciée des rêves récurrents de Potter… Apparemment ses amis non plus.

- Votre famille ne s'en préoccupait pas ? demanda-t-il doucement, essayant de retirer de sa voix toute intonation sèche ou agressive. Précaution indispensable s'il souhaitait ne pas voir Harry se refermer comme une huître.

Il se rhabilla plus convenablement, sans se lever ni même s'asseoir dans le lit, de peur de faire fuir Harry, tout en surveillant le jeune homme du coin de l'œil. Certes il était plutôt positif que son mari le regarde ainsi, mais cela voulait également dire que le Veela prenait le dessus sur Harry. Étant donné ce qu'Hermione lui avait rapporté la veille, il était clair qu'il s'écoulerait un moment avant qu'Harry soit à l'aise dans cette relation. Il ne voulait pas que le Veela se laisse aller et qu'Harry le regrette le lendemain. Cela ne ferait qu'empirer les choses et la situation était déjà suffisamment complexe comme cela, merci bien ! Il ne pensait pas pouvoir toucher son mari de sitôt - s'il était un jour autorisé à le faire ! - et le fait de se voir détaillé de la sorte après avoir été caressé du bout des doigts, sans arrière-pensées par un Harry comateux au réveil, compliquait spectaculairement la situation, déjà bien difficile à l'heure actuelle.

Lucius et ses idées tordues !

- Non. Sauf si je faisais du bruit. Je ne devais pas faire de bruit, marmotta Harry.

- Vous… vous placez des sorts de Silence sur vous parce que vous n'aviez pas l'autorisation de faire du bruit ?

Il était fort rare que Severus répète bêtement les paroles d'un autre comme un vulgaire perroquet mais la surprise avait pris le pas sur son esprit aiguisé.

Harry hocha vaguement la tête.

Severus n'en revenait pas.

Il n'était certes pas quelqu'un d'agréable à vivre et il n'avait pas d'enfant mais il lui paraissait inconcevable que l'on puisse défendre à un gamin de crier ou de pleurer quand il faisait un cauchemar juste parce que cela faisait trop de bruit, Moldus complètement abrutis ou pas. Après tout ce par quoi le garçon était passé, il était évident que des cauchemars verraient le jour et le nier de cette façon n'allait certainement pas arranger les choses.

- Je…

Avant que Severus ne puisse continuer sa phrase, son mari, le regard toujours fixé sur les draps, l'interrompit d'une voix dépourvue de toute intonation :

- Je veux pas en parler.

- Bon.

Severus tendit la main pour relever le visage de son mari d'un doigt ferme glissé sous son menton. Il plongea le regard dans de grands yeux émeraude étonnés de son geste et presque apeurés. Il maîtrisa du mieux qu'il put son envie d'étriper la famille irresponsable qui avait élevé le Veela, prenant garde à ne pas laisser ses émotions se déverser par l'intermédiaire du lien, et lui parla doucement, comme à une bête sauvage blessée, cherchant à le rassurer :

- Je n'insiste pas. Je sais que tu ne me fais pas confiance. Mais j'espère qu'un jour tu me le diras. Je ne peux rien faire pour t'aider si je ne sais pas ce qui ne va pas.

Severus lâcha le jeune homme, se leva et, sans s'apercevoir qu'il avait tutoyé son mari, il sortit.

************

Harry resta assis sur le lit sans bouger pendant un moment, trop stupéfait pour se rendre compte de sa position précaire ou encore pour réfléchir.

Son compagnon avait passé la nuit dans son lit ?

Parce qu'il avait fait un cauchemar ?

Parce qu'il avait besoin de réconfort – quoiqu'il refuse de jamais l'admettre tout haut - ?

Severus Rogue, ex-Mangemort, espion, Maître des Potions et créature autochtone des cachots, venait de lui dire qu'il voulait l'aider, lui Harry Potter-Black, fils de son tortionnaire, filleul et fils adoptif de sa Némésis personnelle et, de surcroit, fléau de son existence ?

Il l'avait tutoyé ??

HERMIONE, AU SECOURS !!!!!!!!!!!!!! Je suis perdu !!

Il se laissa tomber à plat ventre sur le lit, le nez dans un oreiller. L'odeur délicieusement épicée de Severus lui monta doucement aux narines et il l'aspira à grandes bouffées apaisantes.

Bon, il était peut-être temps de méditer un peu là-dessus.

Son estomac gargouilla bruyamment.

Après le petit-déjeuner, alors.

Il se leva et prit une longue douche déstressante, en profitant pour prendre soin de son petit problème qui ne s'était point amélioré depuis le départ de Severus. Il ne raffolait pas de ce type d'exercice solitaire mais une douche glaciale d'une bonne heure ne commencerait pas même à faire diminuer la pression instaurée par la présence de son compagnon contre lui toute la nuit. Sa main glissa d'elle-même entre ses cuisses et il ressentit un éclair de culpabilité à refuser d'utiliser l'image de son compagnon pour cela lorsqu'il referma ses doigts sur sa hampe frémissante d'anticipation. Il tenta de focaliser son esprit sur des courbes féminines, douces et déliées – Ginny, par exemple, oui voilà - mais très vite les lignes dures et sensuelles d'un corps masculin à la peau diaphane vinrent recouvrir son image mentale de la rouquine. Impossible de s'en défaire. Submergé par la vision d'orbes noirs, intenses et brûlants, flashant devant ses yeux clos, il fit de brefs et vifs allers-retours sur son sexe, s'amenant rapidement à l'orgasme. Il ne pouvait supporter de prendre son temps dans ses conditions. Il se dégoûtait de penser à un homme pendant… Il trouvait ça tellement… indécent…

Mortifié et pas le moins du monde prêt à admettre qu'il se sentait beaucoup mieux maintenant que Severus avait dormi dans son lit, il acheva de se préparer à toute allure et descendit dans la salle à manger.

Vide.

Le couvert utilisé en face du sien lui indiqua que son mari s'était déjà restauré et s'était sûrement enfermé dans son laboratoire, comme à son habitude.

Le lien avait beau s'être apaisé grâce à cette nuit de proximité avec son compagnon, il ressentit un petit pincement au cœur de devoir reprendre sa routine, tout aussi esseulé qu'auparavant.

**********

Severus rageait dans son laboratoire, incapable de brasser la plus simplissime potion. Il maudissait joyeusement Lucius jusqu'à la centième génération.

Ah oui, il lui avait offert conseils et explications et maintenant il se transformait en Poufsouffle de bas étage !! Une nuit dans le même lit et il se laissait aller à croire que son mari pourrait peut-être aspirer à une relation plus épanouie à ses côtés. L'aider, non mais et puis quoi encore ? Il n'était pas psychiatre à la fin. Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir dire ou faire si Potter venait se confier ? Il ne savait pas gérer ce genre de situation… L'émotivité n'avait jamais été son fort. Si seulement Potter n'était pas le parangon du Gryffondor dans toute sa splendeur…

Quoique…

Peut-être se trompait-il à propos de son mari… Ses réactions étaient si étranges… Il ne semblait pas s'offusquer du comportement franchement immoral de sa famille, ni de l'absence de préoccupation que cela entraînait chez ses amis…

Incompatible avec un gamin choyé comme un prince… Draco, lui, aurait poussé des hauts cris d'orfraie pour bien moins…

Pourquoi ne se plaignait-il même pas ? De ce qu'il avait vu de ce garçon pendant ses cours, il était toujours le premier à hurler à l'injustice. Or là, il ne protestait pas. Il considérait clairement la situation antérieure à son adoption comme normale. Etant donné la réponse de Lupin lorsqu'il avait demandé des précisions sur son mari, il était persuadé que ses pères n'étaient au courant de rien.

Jusqu'à quel point avait-il eu tort ? Il détestait le reconnaître mais il ne pouvait faire autrement cette fois.

S'il voulait pouvoir profiter un tant soit peu d'une vie calme et de préférence pas entièrement chaste, il n'avait pas le choix…

Mission : résoudre l'énigme que représentait son mari.

Première étape : gagner sa confiance.

Mal aisé mais sûrement faisable sur le long terme à la condition expresse de cesser d'émettre pléthore de remarques acerbes et sarcastiques. Il avait progressé quelque peu ce matin… Continuer à placer une alarme et le consoler si besoin. Bon d'accord, consoler était peut-être un bien grand mot… Le tenir dans ses bras et tenter de le calmer fera l'affaire. Surtout ne rien dire avant de heurter une corde sensible et de se faire virer manu militari. Ne plus l'éviter et essayer d'en savoir plus sur lui. Après tout, il ne savait que ce qu'il était possible d'apprendre dans une école, soit pas grand-chose, mis à part ses notes et sa passion pour le Quidditch.

Ce qui voulait dire réussir à passer du temps en sa présence…

Pas facile. Il ignorait ce qu'Harry avait bien pu faire pendant une semaine mais personne ne l'avait vu… Demander à Tiny s'il savait où son mari se cachait toute la journée puis aller le débusquer sans brusquerie. Pour le thé, peut-être ?

En tout cas, côtoyer son mari pendant aussi longtemps en moins de 24 heures n'était pas bon du tout pour sa libido débridée…

Tant pis, il ferait avec. S'il voulait pouvoir exercer ladite libido de temps à autre dans un futur proche ou lointain, il fallait faire quelques concessions ou il aurait à faire face à un Veela affreusement jaloux et mortellement dangereux s'il avait l'audace ne serait-ce que de regarder dans la direction d'un autre homme. En pleine crise de jalousie, les pouvoirs d'un Veela pouvaient prendre une ampleur redoutable et, au vu de la puissance actuelle de Potter, il valait mieux ne jamais l'encourager dans cette voie. De plus, il avait suffisamment de morts sur la conscience sans en rajouter. Potter aurait parfaitement le droit de tuer quiconque attirerait le regard de Severus sans risquer la moindre poursuite de la part du Ministère. Un sentiment de rejet étant capable de causer leur mort, les Veelas possédaient une totale liberté dans la gestion de leurs rivaux, potentiels ou avérés.

Personne ne se mettait sur la route d'un Veela jaloux.

Jamais.

Qui sait, peut-être pourrait-il commencer à accoutumer son mari à sa présence… Et pourquoi pas réussir à lui faire associer un contact physique avec une sensation positive, bien que non sexuelle pour le moment ?

Obtenir qu'Harry vienne vers lui quand il se sentait mal ou en difficulté serait un bon début.

***********

Harry s'était cloîtré dans la bibliothèque, ainsi qu'il l'avait fait tout le reste de la semaine. Il aurait voulu pouvoir discuter des événements de la matinée avec Hermione, mais il sentait qu'il se devait de débrouiller quelque peu ses sentiments auparavant. Il ne voulait pas sortir de ses gonds comme la veille. Il refusait de blesser sa meilleure amie parce qu'il n'était pas fichu de savoir ce qu'il ressentait.

Cela dit, son mari ne l'aidait pas le moins du monde là-dedans… Tout d'abord, il le martyrise pendant 6 ans, faisant de lui son défouloir favori, puis, du jour au lendemain, il vient le réveiller pour l'empêcher de faire un cauchemar ? Avouez qu'il y a quand même de quoi y perdre son latin !

Bon, reprenons les choses dans l'ordre… Il devait reconnaître que depuis que le nom de Severus était apparu au-dessus du chaudron de cette maudite potion de révélation, celui-ci avait cessé de lui lancer commentaires sarcastiques et piques diverses. Il était très clair dans l'esprit d'Harry qu'il n'avait pas compris ses craintes quand il était venu lui parler dans le laboratoire du Square Grimmauld mais il avait néanmoins tenté de l'apaiser, se montant plus civil et plus compatissant qu'Harry ne l'aurait jamais cru possible. Il s'était avéré tout aussi attentionné pendant la… leur nuit de noces et il avait fait des efforts tout au long de la cérémonie, s'étant habillé correctement et tolérant ses amis sans ronchonner. Il s'était même lavé les cheveux, se remémora Harry, légèrement amusé. Et ce baiser… Doux, tendre…

Mais depuis…

Il s'était vu relégué dans un coin comme une vieille paire de godasses dont on se dit qu'elle pourra encore servir pour aller aux champignons au petit matin mais rien de plus. Et inexplicablement, cela lui faisait mal. Il n'avait jamais recherché l'approbation et surtout pas l'attention de son professeur auparavant et là, il tentait de grappiller la plus petite parcelle d'information lui indiquant qu'il existait un tant soit peu à ses yeux. Il se faisait l'effet d'être une collégienne énamourée…

Il fallait bien se faire une raison, il n'arrivait pas à sortir Severus Rogue de sa tête. Hermione n'avait pas tort…

Peut-être…

Peut-être que s'il le laissait aider un peu comme Severus lui avait proposé ce matin même…

Peut-être qu'ils pourraient au moins coexister pacifiquement sans s'ignorer pour autant ? Il ne pensait pas pouvoir survivre à une autre semaine de désintérêt total de la part de son compagnon.

Il savait que Severus n'était lié à lui que parce que personne ne lui avait laissé le choix.

Il savait que Severus ne voulait pas de lui dans sa vie, le gamin qui lui rappelait James Potter et qui n'était pas capable de réaliser une potion de première année même pour sauver sa vie.

Quinze jours auparavant, il aurait bondi de joie rien qu'à cette idée mais maintenant, cela lui donnait envie de se jeter dans le lac pour y nourrir les poissons.

Mais si Severus se levait en pleine nuit pour le consoler alors peut-être qu'il comptait un petit peu quand même ?

Perdu dans ses pensées, Harry ne vit pas la journée passer.

***********

Salon, 14h.

Pour changer, Severus fulminait.

Harry n'avait pas daigné se montrer pour le déjeuner.

S'il refusait de faire le moindre effort, ils n'allaient jamais y arriver !

Il se força à ravaler sa colère et appela Tiny, exigeant une explication illico presto.

Le petit elfe, surpris, lui répondit qu'il avait apporté des sandwichs au Maître Harry, ainsi qu'il le faisait à chaque fois que celui-ci, absorbé par les innombrables livres, grimoires, brochures et autres rouleaux de parchemins de la bibliothèque, oubliait de venir déjeuner.

- C'est dans la bibliothèque qu'il disparaît toute la journée ?

Severus en aurait presque perdu la voix. C'était bien le dernier endroit sur Terre où il s'attendait à trouver le Gryffondor.

- Oui, Maître. Tiny sait que le jeune Maître a exploré un peu la maison du Maître mais Maître Harry passe beaucoup de temps dans la bibliothèque.

- Merci Tiny. Pourrais-tu prévoir un plateau de thé pour deux dans la bibliothèque cette après-midi, s'il te plait ?

- Bien sûr, Maître ! s'exclama la minuscule créature avec un grand sourire.

L'elfe disparut dans un craquement sonore et, une fois revenu dans sa cuisine, se concentra sur la pâtisserie en dépit du dîner non encore achevé. Il ne pouvait pas décemment servir un thé digne de ce nom sans un en-cas convenable et il ne disposait que de deux heures… Cela dit, la difficulté de la tâche ne l'empêcha pas de laisser vagabonder ses pensées.

Tiny était clairement satisfait de la façon dont son maître avait décidé de prendre les choses en main. Il se complaisait dans sa solitude depuis bien trop longtemps à son goût. Tiny était persuadé qu'un jeune époux fougueux et dynamique était tout ce qu'il fallait à son maître pour remettre sa vie sur les rails maintenant qu'il n'avait plus à subir les lourdes exigences d'une existence d'espion et d'agent double. Bien sûr, le jeune Maître était un peu perdu et dépressif pour le moment, mais il était évident que le Maître allait s'en occuper et lui faire retrouver le sourire. Tiny aurait peut-être même bientôt des enfants à pouponner…

Avec un peu de chance…

*************

Bibliothèque, 16h.

Harry, oublieux de son environnement, somnolait mollement dans un des fauteuils si douillets de son mari, un livre tenant précairement en équilibre entre ses genoux et le bord d'un coussin.

Il n'enregistra pas le son légèrement grinçant et caractéristique marquant l'ouverture de la porte massive qui interdisait jusqu'à cet instant l'entrée de ce sanctuaire dédié à la connaissance.

Severus entra sans bruit, refermant l'huis avec autant de délicatesse que possible. Il ne voulait pas faire peur à son chaton endormi dans un fauteuil, roulé en boule entre les coussins de velours crème.

L'image était… attendrissante. Il secoua vivement la tête pour se débarrasser de cette idée impie. Potter était tout sauf attendrissant ! Non, mais et puis quoi encore ?!

Recentrant son cerveau à demi déconnecté par une crise de Poufsouffisme aigu, Severus se rapprocha et hésita sur la démarche à suivre. Comment réveiller le Veela en douceur ? S'il lui secouait simplement l'épaule comme il sied, il sentait que Harry n'apprécierait pas… Le but n'était pas de le braquer mais d'avoir une conversation civilisée, si tant est que cela soit possible. Hurler son nom ne lui plairait sûrement pas davantage, et bien que les délicats pétales roses de ses lèvres soient pour le moins tentants, il était sûr de provoquer une panique quand bien même il ne ferait que les effleurer avec la douceur d'une plume.

Son dilemme fut rapidement tranché par Tiny qui, toujours pile à l'heure, arrivait avec le thé. Le craquement suffit à faire se relever la petite tête brune. Le regard embrumé du garçon se posa sur la source du bruit, n'ayant pas remarqué la présence d'un Severus se tenant pourtant pratiquement en face de lui. Il fronça les sourcils en voyant la quantité de nourriture disponible sur le lourd plateau et demanda d'une voix rauque de sommeil :

- Il n'y a pas un peu trop à manger là ?

- Non, Maître Harry. Assez pour deux.

Ce faisant, Tiny posa vivement le plateau sur la petite table et s'éclipsa, laissant son maître se débrouiller avec les questions qui n'allaient pas manquer de fuser.

- Pour deux ?

Harry regarda autour de lui, intrigué. Il sursauta lorsqu'il aperçut Severus près de lui.

- En effet, j'ai demandé à Tiny de servir un thé pour deux personnes, répondit Severus à la question purement rhétorique du jeune homme.

- Qu'est-ce que vous faites là ? s'exclama Harry.

Il rougit et baissa les yeux, se rendant compte de son impolitesse. Après tout, son mari était chez lui, pourquoi ne prendrait-il pas le thé dans sa propre bibliothèque ?

- Je… je vous avais pas entendu entrer, murmura-t-il, un tantinet honteux de son comportement.

- Je ne voulais pas vous réveiller en sursaut, déclara Severus en prenant place dans le fauteuil faisant face à celui que son mari avait choisi.

Une fois confortablement installé au milieu des coussins moelleux, il reprit la parole :

- J'ai pensé qu'une petite discussion autour d'un thé serait agréable.

Severus se pencha vers la petite table et prépara deux tasses de thé fumantes. Il en tendit une au jeune homme, qui la prit comme un automate, et commença à empiler élégamment des petites tartelettes aux parfums variés dans une assiette à dessert. Il la plaça d'autorité dans la main libre d'Harry, qui n'avait pas fait le moindre geste, trop surpris. Ce n'était pas tous les jours qu'il était témoin d'une scène aussi surréaliste : Severus Rogue en homme d'intérieur, bichonnant son invité. Il ne lui manquait que le tablier. Cette pensée s'accompagna d'une image mentale, très dérangeante à cet instant, d'un Severus ne portant qu'un petit tablier en dentelle blanche. Pour se remettre de ses émotions et effacer ses images perversement inconvenantes de son esprit, il but une gorgée de thé et failli lâcher la tasse, s'entruchant violemment au passage.

- Faites attention. Tiny n'a pas pour habitude de servir le thé à une température supportable pour l'espèce humaine.

L'avertissement de Severus lui parvenait un peu trop tard ainsi qu'en attestaient sa langue et son œsophage ébouillantés, mais il apprécia néanmoins la démarche.

- J'ai remarqué, croassa-t-il piteusement. Ca va aller.

- Je ne pensais pas que vous passeriez autant de temps dans la bibliothèque. J'avais plutôt l'impression que vous évitiez celle de Poudlard plus qu'autre chose, lança Severus pour débuter la conversation, espérant que ses paroles ne seraient pas reçues comme une déclaration de guerre par le Gryffondor. Il était nécessaire pour lui de savoir à quoi s'en tenir sur le jeune homme qui partageait son toit, de préférence sans hurlements déchaînés.

- J'aime les livres, fut la calme réponse d'un Harry fixant le breuvage clair de sa tasse.

Il leva les yeux pour voir la réaction de son compagnon et, si celui-ci en était étonné, il le cachait bien, fort occupé à mordre à pleines dents dans une tartelette amandine dorée. Sa bouchée avalée, Severus poursuivit :

- Alors pourquoi fuir la bibliothèque de Poudlard ? Cela me paraît relativement dépourvu de sens.

- A Poudlard, il y a Hermione, toujours sur mon dos pour que je fasse mes devoirs et elle peut être vraiment, vraiment fatigante. Ici c'est calme, reposant et rempli de livres auxquels je n'aurais de toute façon jamais accès à l'école. Et il y a beaucoup d'information sur les Veelas, précisa Harry en haussant vaguement les épaules.

- En effet, certains ouvrages de ma collection sont considérés comme trop dangereux pour être placés dans une école, même dans la Réserve, s'amusa Severus. Curieux. Il s'intéresse à des magies noires ou, tout du moins, grises… Son cas n'est peut-être pas si désespéré pour un Gryffondor… Une partie est également consacrée aux créatures magiques de tout ordre. Les documents que vous étudiez sur les Veelas m'ont été gracieusement offerts par un ami.

- Vous… vous connaissez un Veela ?? Heu…enfin… je veux dire à part moi…

- Oui, en effet. Je l'ai appelé hier matin pour savoir ce qui n'allait pas. D'après lui, mon comportement vous a… perturbé, acheva prudemment le maître des potions. Il avançait en terrain miné et était parfaitement conscient que le moindre faux-pas le ferait retourner à la case départ avec son mari.

Il termina sa pâtisserie puis reprit sous la méfiance vigilante d'Harry qui se demandait où il voulait en venir.

- Je veux que vous sachiez qu'il n'est nullement dans mes intentions de vous faire vous sentir mal à l'aise en quoi que ce soit. J'ai présumé, au vu de vos réactions avant le mariage, que je n'étais clairement pas ce que vous attendiez d'une union et j'ai jugé préférable de vous laisser totalement libre de ma présence, qu'apparemment vous ne souhaitiez guère. Il s'avère que cela n'est pas compatible avec la nature intrinsèque d'un Veela, ce que j'ignorais à l'époque. Je ne vous demande pas de m'apprécier, encore que cette perspective ne me soit nullement désagréable, je voudrais simplement que nous réussissions à vivre dans la même maison en relative bonne harmonie, tout du moins pour le moment, le temps d'apprendre à nous connaître respectivement.

- Heuu…, fut tout ce qu'Harry parvint à péniblement articuler après la tirade de son compagnon. Est-ce que celui-ci venait bien de lui dire ce qu'il croyait avoir entendu ??

Severus se réfugia dans sa tasse de thé. Il était horriblement gêné de devoir exprimer ainsi à haute voix ses sentiments. Le concept même lui était étranger. D'autant plus lorsqu'il devait attendre de savoir ce que son interlocuteur en pensait… Il se sentait horriblement exposé et démuni vis-à-vis des réactions que son petit discours pourrait susciter. Il prit une longue gorgée de thé avant de s'emparer d'une appétissante tartelette à la pêche dont il s'empressa de goûter le parfum, refusant d'admettre qu'il redoutait anxieusement la réponse d'Harry.

Harry avait des difficultés à se concentrer sur le moment présent. Ses pensées tourbillonnaient follement dans sa tête, échafaudant maintes hypothèses, plus échevelées les unes que les autres. Il ingurgita sa tasse de thé d'une seule traite, s'étouffant presque dans sa hâte, avant de reprendre contenance.

- Vraiment ? implora-t-il d'une voix chevrotante.

- Evidemment, répondit Severus, levant le regard de sa tasse en porcelaine pour rencontrer deux immenses yeux verts, humides et porteurs d'un tel espoir qu'il en eut provisoirement le souffle coupé. Nous sommes mariés quoiqu'il advienne. Je pense qu'il serait judicieux d'en tirer le meilleur parti. Je… conçois que… la composante sexuelle de ce mariage puisse occasionner quelques… réticences étant donné votre orientation. Je peux vous promettre de ne pas abuser de la situation et de ne pas réclamer un quelconque dû conjugal. Cela dit je ne vous cache pas espérer que les choses pourront évoluer un jour vers une relation plus… complète.

- Je…

- Aucune pression, Harry. Tout ce que je souhaite c'est de pouvoir reprendre ce mariage du bon pied. Il est clair que j'ai fait des erreurs et l'absence de communication n'aide certes pas. Je… je ne suis pas très ouvert sur mes… sentiments. Ce sont des choses dont on ne parle pas dans ma famille. J'ai été élevé dans cette optique et il sera sûrement difficile pour moi de changer ma façon d'agir.

- Je… je ne suis pas très doué pour ça non plus, murmura Harry, tourneboulé par le changement de comportement de son compagnon.

Il piocha distraitement dans l'assiette de pâtisseries qu'il avait posé devant lui sur la table et grignota une tartelette aux abricots délicieusement sucrée et croustillante. Il se servit une deuxième tasse de thé, retardant le moment de lever les yeux sur son mari et de continuer cette discussion. Il avait besoin d'organiser un peu ses pensées plutôt incohérentes. Le goût du thé, qu'il eut cette fois l'occasion de savourer, le surprit et il ne put résister à la tentation de poser une question des plus futiles en cet instant :

- Qu'est-ce que c'est comme thé ?

- Du Cerisier de Chine. Un thé vert aromatisé à la cerise et aux pétales de fleurs de rose rouge, répondit Severus, intrigué par le tour curieux que prenait la conversation.

- C'est bon. Je ne connaissais pas…, poursuivit Harry sur un ton lointain.

- En effet.

- Je…, soupira profondément Harry. Après avoir prit une grande respiration, il continua. Tout ce que je sais de vous, professeur, c'est ce que j'ai vu en cours de potions, ce qui n'est pas très positif, et j'avoue que je ne comprends pas la plupart de vos réactions. Je… je ne peux rien promettre…

Sa voix s'éteignit. Il ne comprenait pas bien pourquoi mais le fait était qu'il voulait croire ce que Severus lui disait. Il n'arrivait pas pour autant à lui faire entièrement confiance pour quelque chose d'aussi personnel. S'il s'agissait de combattre un mage noir, alors là, Harry lui confierait sa vie sans hésiter mais ça, c'était différent…

Severus sembla comprendre les réticences de son Veela.

- Harry, je pense que nous devrions commencer doucement… Peut-être une promenade dans le parc demain après-midi pour discuter tranquillement ? Je doute que passer la matinée dans mon laboratoire, penché sur un chaudron, trouve grâce à vos yeux…

- Ben les potions et moi…, grimaça le jeune homme. Par contre je ne suis pas encore sorti dans le jardin…

- J'aurais pourtant cru que ce serait l'un des premiers endroits où vous iriez, s'étonna Severus.

- Je… j'étais pas sûr de pouvoir…, admit Harry d'une petite voix.

- Je pense sérieusement que cette manie de croire que vous n'avez le droit de rien dans votre propre maison nécessitera quelques éclaircissements dans un futur proche. J'aimerais comprendre ce qui vous pousse à réagir de cette manière. Pour mettre les choses au clair une bonne fois pour toute : mis à part entrer dans mon laboratoire quand je n'y suis pas, ce qui inclus ma réserve personnelle également, faites ce que vous voulez dans cette maison, jardin et dépendances compris.

Severus vida sa tasse et prit l'assiette sur laquelle il avait disposé les pâtisseries qu'il envisageait de déguster en terminant son travail.

- Je dois retourner m'occuper d'une de mes potions. Je présume que vous ne souhaitez pas m'accompagner ? demanda-t-il en se levant.

- Je ne veux pas déranger… Je… Les potions et moi, on ne va pas bien ensemble… J'apprécie la proposition mais j'ai encore des recherches à faire sur les Veelas… Je comprends toujours pas tout…

- Je vois. Au dîner, dans ce cas ?

- Bien sûr ! répondit Harry avec un petit sourire timide.

Alors que Severus allait refermer la porte derrière lui, son mari le rappela.

- Professeur ?

- Oui, Harry ?

- Je voulais vous demander… Je pourrais… rencontrer ce Veela ? Celui qui vous a donné les livres ? Peut-être qu'il pourrait m'expliquer…

Harry était visiblement très mal à l'aise d'oser demander quelque chose à son compagnon. Il avait l'impression de requérir une faveur des plus onéreuses auprès de Severus.

- Je ne suis pas sûr que tu apprécies cette personne, Harry, hésita Severus, passant au tutoiement sans même le réaliser.

- Désolé, s'excusa immédiatement le jeune homme, comme pris en faute.

- Il n'y a pas lieu de s'excuser. Il s'agit d'une requête tout à fait légitime mais… Harry, ces documents sur les Veelas me viennent de Lucius Malfoy. Je... je n'ai pas eu la sensation que tu lui fasse confiance… Pas plus qu'au reste de sa famille d'ailleurs. Je… Si tu veux le voir, je lui demanderai de venir mais réfléchis-y d'abord, s'il te plait.

- Je… je savais pas que les Malfoy étaient… Enfin… D'accord.

Severus fut rappelé une seconde fois. Décidément, son cher époux semblait incapable de parler pendant une discussion…

- Euh… Professeur ?

- Severus, Harry, Severus.

- Vous… vous m'avez tutoyé ce matin avant de sortir de la chambre et… encore maintenant…

- Je n'avais pas fait attention… Cela soulèverait-il un problème ?

- Je… Vous pourriez continuer ? demanda Harry d'une minuscule voix toute timide.

Dire que Severus était stupéfait serait l'euphémisme du millénaire. Il ne s'attendait certes pas à cela. Mais si cela pouvait faire avancer les choses…

- Bien sûr. Si tu en fais autant, Harry, acquiesça Severus sincèrement.

- Je vais essayer, murmura le garçon, plus rouge que la chevelure d'un Weasley.

Severus commençait à trouver la timidité de son mari adorable…

Pensée dangereuse, ça ! Sors de là avant de t'embarrasser davantage !!

Severus quitta finalement la pièce tout en recommandant à Harry de terminer son assiette de tartelettes pour ne pas inquiéter Tiny qui se mettait toujours dans des états incroyables de panique quand il avait l'impression que ses maîtres ne mangeaient pas suffisamment. Harry laissa échapper un petit rire amusé en imaginant l'elfe piquer une crise devant le professeur le plus craint de toute l'histoire de Poudlard parce qu'un plat revenait à la cuisine trop plein à son goût… Il promit de vider l'assiette. Après tout ce n'était pas une sinécure, la pâtisserie de la petite créature étant absolument délectable.

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Laboratoire de potions, sous-sol, 18h.

Severus mordillait sa dernière tartelette, surveillant son mélange bouillonnant du coin de l'œil. Il avait le sentiment que cette discussion s'était avérée fructueuse. Cela dit, les restrictions que s'imposait le Gryffondor pour chaque petit geste de la vie quotidienne, aussi banals soient-ils, commençaient à l'inquiéter. Il prit la ferme résolution d'appeler le Square Grimmauld lorsque Harry se serait retiré pour la nuit. Il ne pensait pas que les deux hommes soient au courant du problème mais, au pire, ils pourraient toujours aider à démêler ce sac de nœuds. Après tout, ils possédaient incontestablement une meilleure connaissance du garçon et de ses manies que lui.

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Bibliothèque, 18h.

Le crâne d'Harry abritait une tempête tropicale au meilleur de sa forme et ne semblant pas avoir la moindre intention de se calmer d'ici peu.

Son compagnon voulait bien le tutoyer et il l'appelait par son prénom !! Le Veela se sentait tout léger et devait réprimer une furieuse envie de sautiller partout dans la pièce comme un enfant impatient d'ouvrir ses cadeaux le jour de Noël.

La petite partie plus ou moins encore rationnelle de son esprit, coincée dans l'œil du cyclone tourbillonnant de ses pensées, ne cessait de lui dire de ne pas s'emballer, qu'il s'agissait après tout de Severus Rogue, l'homme qu'il n'avait épousé que contraint et forcé par la menace d'une mort imminente, l'homme dont il était attendu qu'il partage le lit et auquel il se devait de donner au moins un héritier selon la tradition veela dans laquelle la famille semblait tenir une place prépondérante.

Aussi déconcertant que cela lui paraisse, ces objections n'avaient plus le même poids qu'auparavant… Savoir que son compagnon ne le forcerait à rien et avait envie de le connaître mieux que leurs années de guerres intestines ne le leur avaient jusqu'ici permis le soulageait d'un grand poids, bien qu'il ne soit pas franchement enthousiaste à l'idée que son mari envisage un jour une relation maritale complète… Quelque part, une partie de lui n'attendait que cela : appartenir à son compagnon définitivement, porter la marque de cette revendication exclusive, mais Harry n'était pas encore prêt à le reconnaître.