Coucou tout le monde!!

Un petit chapitre tout chaud, un!


Pour les lectrices (et lecteurs) de "Vous avez dit improbable?" : Je vais voir si je pourrais poster avant de partir en vacances la semaine prochaine mais je ne suis pas sûre d'avoir le temps. Je vais avoir une semaine très chargée au bureau... Quoiqu'il en soit, je posterai au plus tard à mon retour de vacances le 27 mars.


Bonne lecture!!

Chapitre 9

Le Terrier, le même jour, 16h30.

- GINEVRA WEASLEY !!! RETIRE ÇA IMMÉDIATEMENT, PETITE IDIOTE !!! hurla Molly Weasley, outrée. La dernière chose qu'elle souhaitait était que cette tête folle ne suive ses idées douteuses et n'aille menacer Severus Rogue. Elle pouvait d'ors et déjà parier que sa fille ne reviendrait pas vivante d'une telle entreprise. Quand bien même le sombre professeur ne la tuerait pas lui-même, un Harry en pleine crise de protection, ou encore le Ministère, s'en chargerait sans la moindre émotion.

- Elle a raison. C'est contre-nature! intervint Ron, abondant dans le sens de sa sœur. Harry ne devrait pas avoir épousé le bâtard graisseux ! Il devrait être avec Ginny ! La preuve : il ne veux pas que cette vieille chauve-souris le touche !

- RON ! cria Hermione, stupéfaite de l'étroitesse d'esprit de son petit ami. Comment peux-tu oser dire une chose pareille ? Une union Veela ne se discute pas ! La Magie décide de ce qui est le mieux et tu le sais parfaitement. Il n'y a rien de contre-nature là-dedans.

- Deux hommes ensemble tu trouves ça normal toi ? lui demanda Ron, la regardant d'un air dégoûté.

- RONALD BILIUS WEASLEY !! Tais-toi et j'oublierais que tu médis un mariage sacré ! Que Ginny ait du mal à accepter la situation peut se comprendre puisqu'elle était plus ou moins avec Harry avant son mariage mais toi…, le gronda sa mère.

- C'est écœurant ! Quand je pense que j'ai été forcé d'assister à ça ! tressaillit Ron.

Hermione le frappa derrière la tête avec une certaine force, sidérée par sa réaction. Comment pouvait-il être aussi… arriéré ?

- Ne le frappe pas ! Il ne fait que me défendre ! protesta Ginny. Harry devrait être à moi. Il faut le débarrasser de ce vieux pervers !

- Tu ne peux pas rompre une telle union. C'est impossible. Cela les tuerait tous les deux, expliqua patiemment Hermione, de plus en plus mal à l'aise devant l'obstination bornée des deux rouquins.

- Ginny, chérie, reprit Molly, espérant calmer sa fille. Cette union particulière est sacrée, aussi malsain que cela soit, et rien ne peut être fait contre cela. Toute action à l'encontre d'un Veela ou de son compagnon est punie par la loi. Il est interdit de se mettre en travers de leur relation.

Hermione en resta interdite. Molly Weasley cautionnait la position rétrograde de ses enfants ?! Décidément ces discussions sans fin sur le couple d'Harry devenaient dangereuses… Peut-être aurait-elle mieux fait de ne rien leur dire après son retour… Elle leur avait raconté, sans entrer dans le détail, ce qui se passait, sous l'insistance de Molly qui refusait d'être laissée dans l'ombre, sans savoir si Harry allait bien, Severus restant obstinément muet sur ce sujet. Elle pensait honnêtement qu'ils allaient l'aider à faire entendre raison à cette tête de mule, mais il semblerait qu'elle se soit lourdement trompée sur le compte de la famille Weasley. Elle avait la très nette impression qu'ils étaient tous homophobes et ne tolérait ce mariage que parce qu'Harry était un Veela et que les traditions et lois qui protégeaient les couples de cette race étaient puissantes. Elle hésitait à prévenir Harry de ce développement inattendu. Il avait déjà beaucoup de difficultés avec ses propres sentiments, elle refusait que les pensées moyenâgeuses des Weasley ne le perturbent davantage.

Peut-être devrait-elle en parler au professeur Rogue ?

Elle l'appellerait par cheminée le lendemain, sous couvert de prendre des nouvelles d'Harry. Mieux valait être prêt, juste au cas où…

***************

Résidence de Severus Rogue, le même jour, 22h.

Harry s'était retiré.

Le dîner s'était plutôt bien passé. Non pas que la conversation ait été fluide et détendue, ils n'en étaient pas arrivés à un tel point de confiance l'un envers l'autre, mais l'ambiance s'était avérée plus détendue que de coutume.

Severus resta installé dans son fauteuil dans le salon pendant un long moment, réfléchissant à la meilleure façon d'aborder les parents adoptifs de son mari. Il pria très fort pour tomber sur le loup-garou alors qu'il se dirigeait vers la chambre de son Veela. Il s'était endormi sur le livre qu'il lisait. Il réinstalla le jeune homme plus confortablement, sans le réveiller. Severus lui retira le vieux grimoire poussiéreux des mains et remonta les couvertures, recouvrant délicatement le corps du garçon et plaçant rapidement un sortilège de surveillance.

Il redescendit dans le salon et appela le Square Grimmauld.

La chance ayant décidé de l'abandonner pour s'exiler sous des cieux plus cléments, ce fut Sirius qui répondit à son appel.

- Rogue ? Il y a un problème avec Harry ?? Qu'est-ce qu'il lui arrive ?? Il va bien ?

Submergé par le flot de paroles paniquées de l'animagus, Severus craignit que le volume incontrôlé ne réveille son Veela et il préféra demander à Sirius s'il pouvait passer et discuter directement chez eux pour ne point risquer le sommeil du jeune homme. Devant la réponse affirmative de Sirius, il entra dans l'âtre et atterrit gracieusement dans la bibliothèque de la résidence londonienne de la famille Black.

- Alors ????? le pressa immédiatement Sirius.

- Pas la peine de me hurler inconsidérément dans les oreilles, je ne suis pas sourd. Il va bien.

- Comment ça, il va bien ? Avec ce que Rémus m'a dit ?!?!? Comment est-ce que tu as pu laisser un Veela fraîchement marié déprimer à ce point là, hein ? Un Veela nage dans le bonheur quand il se lie à son compagnon !

- J'ai fait une erreur, les choses n'ont pas tourné comme elles l'auraient dû et il n'y a rien de plus à en dire, répondit sèchement Severus.

- Calmez-vous tous les deux, intervint Rémus d'une voix dans laquelle perçait l'épuisement. Il n'y avait décidément rien de pire à supporter que ces deux-là dans la même pièce…

- Mais Moony…

- Va faire du thé au lieu de foncer dans le tas comme un hypogriffe en rut.

Ronchonnant, Sirius quitta la pièce en lançant un regard lourd de promesses à Severus.

- J'ai réussi à lui expliquer sans qu'il débarque chez toi pour tout casser mais je ne sais pas faire de miracles, soupira Rémus.

- Je m'en contenterai, fut la réponse laconique du maître des potions.

- Pourquoi es-tu venu ? s'enquit poliment le loup-garou.

- Je me pose des questions sur Harry, et j'ai pensé que je trouverais peut-être un début de réponse ici.

- Quelles questions ? demanda assez abruptement Sirius qui revenait en portant un plateau.

Il déposa celui-ci sur la table basse et remplit trois tasses d'un breuvage sombre et fort. Il en tendit une à Severus avant de se saisir des deux restantes et de rejoindre son mari sur le petit canapé très confortable dans lequel ils passaient souvent la soirée, voire la nuit quand ils n'avaient pas le courage d'atteindre leur lit.

- Après son incursion dans ma réserve personnelle, j'ai fait avaler à Harry une potion de sommeil et j'ai placé un sortilège de surveillance sur lui, pour le cas où il se réveillerait et recommencerait. L'alarme m'a alerté beaucoup plus tôt que prévu à cause d'un cauchemar. Cela ne revêt en soi aucune forme de surprise étant donné son rôle dans la guerre. Ce que je ne m'explique pas, c'est le fait qu'il considère clairement comme anormal le fait que je le réveille pour arrêter le rêve. Je ne m'explique pas davantage sa tendance à ne rien faire qui n'ait pas été explicitement autorisé. Ou celle qu'il a encore de ne rien demander, comme si la moindre petite chose était une faveur des plus onéreuses.

- Comment ça, ne rien demander ? s'étonna Rémus, les sourcils froncés.

- Il n'a contacté personne de la semaine parce qu'il ne trouvait pas la poudre de cheminette dans le salon et qu'il n'a pas osé demander sous prétexte – et je le cite – qu'il ne voulait pas déranger. Les elfes de maison sont pourtant là pour ça, entre autres…

- Je n'ai jamais remarqué qu'il faisait des cauchemars, réfléchit Sirius.

- Il place systématiquement un sort de silence sur lui avant de se coucher. Quand je l'ai confronté ce matin, il m'a avoué qu'il faisait cela pour ne pas réveiller sa famille parce qu'il n'avait pas le droit de faire du bruit. Après ça, il s'est refermé comme une huître et je n'ai pas pu obtenir davantage d'informations. Je ne suis certes pas expert dans l'éducation des enfants, mais ceci me paraît quelque peu incongru et inhabituel, acheva Severus.

Il sucra son thé et le touilla calmement, attendant que la réalité des événements pénètre le cerveau des deux hommes en face de lui. Il prit une gorgée du liquide brûlant.

Russe.

Une petite pointe discrète d'orange, une saveur d'Oolong…

Baïkal, sûrement.

Plus adapté à l'hiver, mais la journée avait été pluvieuse une fois le soleil matinal enfui.

Black avait du goût en matière de thé, mine de rien…

- Je vais tuer ces abrutis dégénérés de moldus !!!!! Cette sale engeance !!! gueula Sirius, se levant d'un bond de son nid douillet, d'une humeur massacrante.

- Siri, reste là ! le retint Rémus avec difficulté.

La pleine lune était proche et le loup bien réveillé. La colère grondait dans ses veines et il mourrait d'envie de lâcher la bride à la bête sauvage enfouie en lui mais il conservait suffisamment de bon sens pour savoir qu'une condamnation à Azkaban, qu'elle soit pour lui ou pour son mari, n'aiderait en rien Harry, bien au contraire. Sa force accrue était à peine suffisante pour maîtriser l'animagus furieux.

Sirius était hors de lui. Il avait conscience du fait que son filleul, et fils adoptif, n'avait visiblement pas eu une enfance heureuse mais là… Il savait par Harry, après moult négociations et coercitions diverses, qu'il avait été plutôt négligé par la famille de Lily. Seulement il n'avait pas idée à quel point. Au point de ne pas oser faire quelque chose s'il n'en avait pas reçu l'autorisation, noir sur blanc ?? Qu'avait-il eut le droit de faire chez ces gens ? A croire qu'il ne pouvait pas jouer comme tout enfant quand il était petit… Et sortir, n'en parlons pas… Apparemment même pleurer après un cauchemar était interdit si le volume sonore dépassait par mégarde dix misérables décibels… Les bras puissants de son mari autour de sa taille l'empêchèrent de commettre l'irréparable et il passa de la colère noire à la dépression en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

- Qu'est-ce qu'ils lui ont fait pendant toutes ses années pour qu'il soit craintif à ce point ? Je veux dire, même si c'est Rogue…

- Ravi de me voir dépourvu de mon statut de tortionnaire impitoyable, cingla le maître des potions, appréciant fort moyennement d'être considéré avec si peu d'humanité. Il reconnaissait qu'il encourageait ce trait lorsqu'il enseignait mais les Maraudeurs l'avaient connu à une époque où il ne possédait pas un caractère aussi affûté et avaient vu en lui bien plus faiblesses qu'il ne l'aurait souhaité. Autant avaient-ils abusé de cela dans leur jeunesse, autant ce sale cabot semblait avoir maintenant complètement oublié. Non pas que Severus ait la moindre envie de paraître humain et vulnérable à ses yeux mais un minimum de considération ne serait pas de refus. Black n'était-il pas techniquement son beau-père après tout ?

- Sssshhhh… Calme toi… Étriper les moldus n'y changera rien, tu sais. Je le ferais bien moi-même ce week-end pour la pleine lune, mais Harry a besoin de nous entiers, vivants et de préférence hors de prison, tu ne crois pas ? le berça gentiment Rémus.

- Mais…

- Non, pas de mais, Siri. Severus, je suis désolé… Est-ce que nous pourrions venir un jour, à ta convenance, pour parler avec lui de tout cela ? Peut-être pourrons-nous obtenir un peu plus de renseignements, ne serait-ce que pour savoir jusqu'à quelles extrémités ces viles créatures ont pu aller…, reprit Rémus en se tournant vers l'homme assis en face de lui.

Severus accepta l'excuse sans trop rechigner. Il pouvait comprendre en partie la réaction de son vieil ennemi. Il n'était pas l'homme le plus gentil et agréable qui soit et il était très clair que l'animagus s'inquiétait outrageusement pour Harry. Il ne pouvait décemment le lui reprocher, lui-même n'avait pas vraiment bien pris la nouvelle. Être marié à l'un de ses élèves était déjà problématique mais si celui-ci avait un passé de négligences, voire de maltraitances, la situation s'en retrouvait considérablement compliquée.

Et Lucius qui me reproche de ne pas être aux petits soins… Quoique, s'il n'a pas l'habitude de l'affection, je ne devrais pas avoir besoin d'en faire des tonnes… Cela me simplifiera peut-être partiellement la tâche une fois passées ses défenses, en fin de compte…

- C'est pour cela que je suis venu même si je ne pensais que passer un appel à l'origine… Sans les braiements d'un certain individu, suffisamment forts pour réveiller le Seigneur des Ténèbres en personne, je n'aurais pas quitté ma maison. Cependant, pour en revenir au sujet principal, vous pouvez bien évidemment venir. Pas demain, je dois commencer à préparer la potion Tue-Loup le matin et mon après-midi est réservée. Tout autre jour est pour le moment disponible.

- Je ne braie pas !!!!! protesta véhémentement Sirius. Je m'inquiète, nuance ! Et puis, c'est pas toi qu'on vient voir alors c'est pas grave si t'es occupé…

- Il est rare qu'Harry soit debout très tôt le matin si j'en crois ce que me rapporte Tiny et son après-midi est déjà programmée puisque nous avons prévu quelque chose, soupira Severus. Mieux vaut choisir un autre jour.

Il détestait partager sa vie privée avec Lucius bien qu'il soit un ami. Alors en parler à Black entre tous… La dernière chose qu'il souhaitait en cet instant était de voir débarquer les deux hommes, le visage enfariné et la bouche en cœur, en plein pendant la promenade prévue pour le lendemain. Son mari lui donnait une chance, il n'allait pas la gâcher.

S'étant entendus sur la date du surlendemain, les trois hommes se séparèrent et Severus rentra chez lui. Il alla vérifier que son mari dormait toujours et que son alarme fonctionnait encore puis alla se coucher, épuisé. Il voulait profiter d'une bonne nuit de sommeil, complète et reposante, mais quelque chose en lui espérait presque que le jeune Veela endormi à quelques portes de là cauchemarde, lui procurant une excuse pour se glisser en tout bien tout honneur entre ses draps.

**************

Chambre d'Harry, 10h30.

Harry s'éveilla péniblement.

Lorsqu'il parvint difficilement à décoller une paupière, il constata qu'il avait atterri Merlin sait comment au beau milieu du lit, le visage enfoui dans l'oreiller sur lequel la tête de Severus avait reposé la nuit précédente.

Il était seul.

Il n'avait pas cauchemardé cette nuit… et son compagnon n'était pas venu.

Il le regrettait étrangement… Il dormait tellement mieux lorsque Severus le tenait dans ses bras. La sensation de sécurité qu'il éprouvait alors était indéniable.

Tout cela était vraiment perturbant…

Il remua pour faire disparaître le pli que les draps avaient formé sous son ventre. Se faisant, il réalisa que son bas de pyjama était poisseux et inconfortable. Le rêve l'avait mené plus loin cette fois… à sa plus grande honte. Il fallait vraiment qu'il fasse quelque chose. Il ne pouvait pas rester ainsi toute sa vie…

Aussi rageant que cela soit, il pensait vraiment avoir besoin de voir Lucius. Le côté mangemoresque mis à part, le blond était un Veela depuis un bon moment… Il avait de l'expérience, sans oublier une parfaite connaissance des lois et coutumes sorcières grâce à sa condition de Sang Pur… Peut-être qu'il pourrait l'éclairer un peu sur ces sentiments pour le moins troublants qui l'agitaient depuis son anniversaire.

Il avait pris sa décision.

Il allait demander à son compagnon de faire venir Malfoy le plus tôt possible et insister pour que l'entretien se déroule en tête à tête… Il ne voulait pas dévoiler des dilemmes aussi intimes devant son mari. Non pas que le faire face à Lucius Malfoy le réjouisse mais il n'aurait pas à passer les prochaines dizaines d'années en contact rapproché avec lui, ce qui rendait cette perspective plus supportable pour le jeune Veela.

Respirant inconsciemment une dernière fois l'odeur apaisante de son compagnon, Harry se leva et son regard tomba sur le livre qu'il lisait la veille, sagement posé sur la table de nuit.

La mauvaise table de nuit.

Il se servait de celle placée de l'autre côté du lit, là où il dormait. Cela ne pouvait avoir qu'une seule signification : quelqu'un l'avait déposé à cet endroit.

Son compagnon était entré dans sa chambre après qu'il se soit endormi sur ces vieux rouleaux ? Une petite voix désagréable lui soufflait qu'il devrait en être horrifié mais il ne l'entendait pas. Il se sentait réconforté par l'attention de son compagnon. Il commençait tout doucement à s'habituer à ce qu'on s'occupe de lui.

Brusquement, Harry se secoua et fonça dans la salle de bain. Il se faisait tard et le Veela ne pouvait concevoir d'aller à un rendez-vous avec son compagnon sans s'être au préalable pomponné…

*************

Résidence de Severus Rogue, salon, 14h.

Harry se tortillait nerveusement dans son fauteuil. Son compagnon n'était pas venu déjeuner et il craignait qu'il annule cette balade dans le parc sous un prétexte fallacieux. Il savait pertinemment qu'il était paranoïaque et qu'il n'avait par ailleurs aucune raison rationnelle de se sentir aussi excité à l'idée de marcher dans l'herbe avec son professeur de potions, bien qu'il soit son compagnon, mais il en restait néanmoins tout chamboulé et l'espoir que peut-être quelqu'un l'apprécie, lui, Harry, et non l'image préfabriquée du Golden Boy insouciant qu'il projetait en permanence, le rendait presque hystérique d'enthousiasme. Il avait ses pères et ses amis, bien sûr, mais c'était différent et il n'était pas sûr que Ron voie au-delà de la façade protectrice qu'il s'était forgé avec les années, ce malgré leur amitié.

Severus ouvrit doucement la porte, remontant tout juste de son laboratoire dans lequel il s'était enterré depuis l'aube pour préparer la base de la potion Tue-Loup de Lupin.

Il n'avait pris le temps de faire une pause que lorsque Tiny lui avait apporté un vieux hibou, dépenaillé et à demi mort, avec son petit-déjeuner. Le dédain avec lequel l'elfe lui avait remis la pauvre créature, qui avait eu l'audace de venir s'écraser dans sa cuisine alors qu'il préparait le plateau de son maître, l'aurait presque fait éclater de rire, tant il était rare que le très philosophique Tiny se montre courroucé par autre chose que les manies et lubies du maître des potions. Il avait eu la surprise de découvrir, attachée à la patte de l'antique volatile, une missive d'Hermione Granger. Elle lui relatait par ce biais les événements survenus ces derniers jours au Terrier, n'ayant pas réussi à le joindre par cheminée lorsqu'elle s'était retrouvée seule dans la maison et ne souhaitant pas que les Weasley ne la surprenne en flagrant délit de ce qu'ils qualifieraient sans hésiter de haute trahison. Il en avait été un instant confondu. Il pouvait admettre que les Weasley ne soient pas follement désireux de voir celui qu'ils considéraient comme leur huitième enfant dans les bras d'un homme plus âgé, et ancien Mangemort de surcroît, mais jamais il n'aurait imaginé qu'ils puissent être si étroits d'esprit. Il en était vaguement déçu. Oh, il n'avait jamais eu une très haute opinion de ces Gryffondors purs et durs, mais il les croyait plus loyaux envers les leurs. Si Harry ne s'était pas avéré être un Veela et si ses tendances sexuelles l'avaient porté vers les hommes, il aurait perdu une famille… Tout du moins une partie… Il lui semblait se souvenir que les jumeaux avaient expérimenté plus que leurs farces et blagues douteuses dans les murs Poudlard pendant leur scolarité. Il était probable que Molly et ses plus jeunes enfants ne tolèrent la présence de Black et Lupin dans leur foyer que parce que ce dernier était un lycanthrope, possédant les mêmes particularités qu'Harry dans ce domaine. Comment diantre allait-il bien pouvoir annoncer une telle chose à son mari ? Il avait clairement le sentiment qu'Hermione voulait se décharger du problème sur lui pour le moment. Il lui appartiendrait désormais de limiter les contacts entre Harry et ceux qu'il voyait comme une seconde famille. Il avait déposé la lettre en lieu sûr avant de reprendre sa potion, buvant distraitement son thé. Il n'allait pas laisser cette nouvelle, au demeurant désastreuse, lui gâcher sa journée, non, non… Il comptait bien profiter de l'opportunité qu'Harry lui avait offerte.

Severus regarda pendant quelques instants son Veela remuer entre les coussins. Ce dernier ne l'avait pas entendu approcher. Il était tellement mignon ainsi, incertain et peu sûr de lui. Il était à mille lieues du Sauveur, arrogant et exaspérant dont Severus avait difficilement dû supporter la présence dans sa salle de classe durant six longues années. Il constata que le garçon avait fait des efforts vestimentaires… Il portait un pantalon noir relativement ajusté, ce qui était inhabituel étant donné sa préférence pour les vêtements larges et décontractés, et une chemise légèrement cintrée, d'un vert émeraude étincelant qui faisait délicieusement ressortir ses grands yeux en amande. Cette sortie allait être complexe à gérer… Les courbes délicates de son Veela le faisaient déjà réagir et il savait qu'il aurait très rapidement les nerfs à fleur de peau à le côtoyer d'aussi près tout un après-midi.

Il s'avança dans la pièce jusqu'à ce que le jeune homme le remarque. Il vit ses yeux s'allumer instantanément puis une rougeur diffuse se répandit sur les joues de son mari alors qu'il baissait la tête.

- Je m'excuse de ne pas avoir été présent au déjeuner, mais la base de la potion Tue-Loup est très instable à certains stades de sa conception et je ne pouvais vraiment pas m'éloigner, se lança Severus d'une voix douce.

- Pour Rémus ? demanda immédiatement Harry, relevant le visage, curieux. La bouffée de gêne accompagnant la joie de voir que son compagnon était venu disparut aussi vite qu'elle était apparue.

- En effet. Dumbledore insiste pour que je continue à la lui fournir, d'autant plus maintenant.

Harry ne manqua pas le sarcasme piquant contenu dans cette toute petite phrase. Son compagnon avait fait des efforts pour ne pas hurler à pleins poumons sur ses pères depuis que son nom était sorti du chaudron, mais il était évident qu'il ne les appréciait pas plus que cela pour autant. Il en souffrait, incapable de se détacher de son compagnon, mais très proche de son parrain et père adoptif. Il se sentait coincé, étouffé par les rancœurs acides de leur jeunesse.

- Ah bon.

Severus nota le ton quelque peu contraint de son Veela et se douta que sa remarque ne lui avait guère plu.

Tant pis.

Il voulait bien ne pas chercher volontairement l'affrontement lorsqu'il serait dans la même pièce que les énergumènes qui l'avaient adopté, mais il n'allait certainement pas devenir un gentil petit chien à la botte des désirs de son Veela et obéir à tous ses caprices.

- Oui. Je dois d'ailleurs récolter quelques spécimens pour terminer la potion. J'espère que cela ne t'ennuie pas si nous faisons un petit détour par mon potager pendant que je te fais visiter le parc ?

- Non, ça ne me dérange pas, répondit honnêtement Harry. Après tout, un potager reste un jardin alors pourquoi ne pas en profiter pour observer son compagnon dans son élément ?

- Je dois récupérer mes gants en peau de dragon dans mon laboratoire, dans ce cas. Tu m'accompagnes ?

- Bien sûr ! s'exclama Harry. Le Veela était ravi de pouvoir contempler ce qui maintenait son compagnon éloigné de lui si souvent. Harry, quant à lui, redoutait de poser ne serait-ce qu'un orteil dans un lieu maudit comme celui-là.

Bien qu'un peu surpris par l'enthousiasme recélé par la voix de son mari, Severus le précéda au sous-sol et lui tint ouverte la porte de son laboratoire. Il recommanda gentiment au garçon de ne pas s'approcher du chaudron bouillonnant contenant la potion Tue-Loup de Lupin pour ne pas risquer de la contaminer accidentellement.

Harry se perdit dans l'étude de la pièce pendant que son mari fourrageait dans un placard. Spacieuse, la cave était bien éclairée par de nombreux flambeaux astucieusement glissés dans les espaces disponibles entre les multiples rayonnages recouverts d'ingrédients, de bocaux divers et de nombreux livres, journaux et parchemins couverts de notes. Il se rendit bien vite compte qu'il était incapable de nommer la plupart des plantes, insectes et racines qui encombraient les étagères. Il s'arrêta devant une fiole remplie d'un liquide visqueux d'un noir verdâtre repoussant, tentant de deviner ce dont il s'agissait.

Severus retrouva ses gants, tout au fond du placard, bien entendu, dissimulés derrière une pile de vieux parchemins jaunis. Pourquoi les choses n'étaient-elles jamais à leur place quand on en avait besoin rapidement ? Il avait beau être parfaitement ordonné, certains accessoires disparaissaient régulièrement comme par enchantement pour se retrouver dans les endroits les plus improbables… Peut-être devrait-il surveiller Tiny avec davantage d'attention ? Poussant un soupir inaudible et priant mentalement pour qu'Harry ne se soit pas enfui, il se redressa et aperçut son Veela devant l'une de ses armoires. Il regardait, l'air fasciné une fiole de bile de dragon albinos nain d'Alaska.

- Harry ? demanda-t-il doucement, se glissant derrière son mari. La bile de dragon te passionnerait-elle ?

- De la bile de dragon ? répéta Harry en se retournant.

Le Veela retroussa le nez de dégoût à l'idée qu'une potion puisse contenir un ingrédient d'apparence si répugnante. Il n'osa pas même en imaginer le goût... ou l'odeur…

Adorable… QUOI ??? Oh la la, tu perds la tête mon pauvre Severus… Reprends toi!

- C'est un ingrédient très cher et très utile. Mais allons plutôt profiter du grand air !

Severus sortit de son laboratoire, son Veela sur ses talons. Il guida le jeune homme vers une petite porte plus loin dans le couloir.

- Ce n'est pas le seul accès au jardin, je te rassure, précisa Severus en déverrouillant le lourd panneau de bois massif.

Le temps était heureusement clément cette après-midi là. Le soleil rendait la pelouse impeccablement tondue presque luisante et les parterres de fleurs resplendissaient. Les allées étaient recouvertes d'un fin gravier blanc ratissé à la perfection. Les arbres, au loin, restaient sombres et sauvages. Harry ne put s'empêcher de demander à son mari, d'une petite voix timide, si la forêt lui appartenait également. Il reçut une réponse affirmative et apprit par la même occasion que Severus se servait de la forêt pour obtenir certains ingrédients (ce qui ne le surprit pas le moins du monde) mais aussi parce qu'il aimait tout simplement s'y promener lorsqu'il décidait de s'octroyer un jour de congé et que le temps s'y prêtait.

Ils parcoururent ainsi plusieurs kilomètres dans le jardin parfaitement entretenu et dans les bois, devisant calmement de tout et de rien. Un Severus un peu gêné ayant complimenté Harry sur sa tenue et l'éclat de sa peau, magnifié par la teinte particulière de vert qu'il portait, se vit répondre par un petit Veela tout étonné et rougissant que le vert était juste sa couleur favorite et qu'il la portait simplement pour cette raison. Harry en profita pour retourner la question et osa demander à son compagnon s'il portait toujours ces robes épaisses ou s'il les retirait parfois. Severus eut sûrement l'air un peu ahuri lorsqu'il entendit ces paroles sortir de la bouche de son mari. Il avait tellement l'habitude de ses robes… Il expliqua qu'elles l'avaient beaucoup aidé à s'imposer lorsqu'il avait commencé à enseigner, puisqu'il n'était à l'époque guère plus âgé que les septièmes années. Elles étaient bien vite devenues partie intégrante de sa tenue et il n'y pensait plus. Harry sut ainsi que son compagnon préférait porter du noir ou du bleu sombre, à la rigueur un vert forêt très foncé, les teintes plus claires ne lui allant soi-disant pas au teint.

Ils en étaient à discuter de leurs goûts culinaires respectifs lorsqu'ils s'approchèrent du potager de Severus. Harry regardait curieusement autour de lui, intrigué par toutes ces plantes inconnues qui auraient fait la joie de Neville. Encore un peu surpris par la confession de Severus sur sa passion pour les pâtisseries – ce dont personne ne se serait jamais douté à voir le maître des potions grignoter un toast sec le matin pour son petit-déjeuner à la table professorale de Poudlard et dédaigner systématiquement tout dessert à la fin des repas – Harry vint détailler de plus près une plante bulleuse d'un étrange rose pâle qui semblait comporter des sortes de lianes d'un vert fade, pendant que son mari ramassait des racines quelques mètres plus loin. Il avait vu avec quelle dextérité il recueillait les jeunes pousses ou les feuilles sensibles qui deviendraient ses futurs ingrédients et il ne pouvait se retenir d'extrapoler : ses mains aux longs doigts fins manipulaient-elles les potions avec la même douceur ? Il ne se rappelait pas avoir déjà observé le maître des potions exercer son art à Poudlard. Il se demanda s'il ne pourrait pas s'introduire en cachette dans le laboratoire pour regarder son mari travailler, juste par curiosité…

Severus déposa avec précautions le dernier bulbe dans sa sacoche et retira ses gants. Il chercha son Veela du regard et le trouva tout près d'une plante dont il ne fallait sous aucun prétexte s'approcher sans prendre un minimum de précautions élémentaires, telles que des vêtements adaptés. Il ne manqua heureusement pas de remarquer le tentacule qui glissait sur le sol en direction de la jambe droite du jeune homme.

- HARRY !!! cria-t-il, ceinturant efficacement le Veela et le tirant en arrière.

Stupéfait et beaucoup plus inquiété par le cri de son compagnon que par le mouvement de la plante, qu'il n'avait au demeurant pas noté, il se retourna vivement lorsqu'un bras puissant vint enserrer sa taille pour l'attirer contre un corps souple et ferme. Il enfouit instinctivement son visage dans les robes de son compagnon pour que ce dernier le protège et le rassure. Ses muscles tendus par la surprise et, il fallait bien l'avouer, le mouvement initial de panique qui l'avait saisi quand son mari avait hurlé son nom, se relâchèrent progressivement sous l'action des petits cercles calmants que Severus faisait dans son dos. Son compagnon avait resserré son étreinte autour de lui et posé son menton sur le sommet de sa tête. Il émettait de petits murmures rassurants et lui expliquait que la plante était très toxique et qu'il ne fallait pas la toucher sans être couvert des pieds à la tête par des vêtements spéciaux.

Severus babillait un joyeux non-sens dans l'oreille de son Veela et le sentait se décontracter entre ses bras. Merlin, il ne fallait pas quitter ce gamin des yeux une seule seconde ! Il lui avait fait une peur bleue… Il ne réussit pas, cela dit, à se mettre en colère contre son Veela. La façon dont il s'était blotti tout contre lui et dont il agrippait encore ses robes comme un chaton terrorisé était bien trop délicieuse pour qu'il puisse songer à lui reprocher son idiotie. Lorsqu'il sentit son mari entièrement relaxé contre son corps, son visage niché au creux de son cou, il se tut et profita juste de sa présence en tentant de contrôler ses hormones, bien décidées à ne pas rester sagement silencieuses. La caresse du souffle léger du Veela dans son cou lui donnait la chair de poule. L'odeur délicatement fruitée qui émanait du corps et des cheveux du jeune homme ne facilitait absolument pas la relaxation et Severus sentait malgré lui son excitation monter. Il craignait d'effaroucher son mari, qui ne pourrait pas ne pas s'en apercevoir, mais refusait tout net de le repousser. Qui sait ce qu'il irait encore lui faire comme bêtise après cela ?

Harry ne s'en formalisa pas.

Tout du moins, au départ.

Le Veela profitait de ces instants de paix, respirant l'odeur incomparable de son compagnon, et se laissant aller, sans la moindre honte, à savourer le sentiment puissant de protection qu'il éprouvait. Sentiment grandement renforcé par le fait que, pour une fois, il ne sentait pas d'amertume émaner de son compagnon.

Juste une sensation de calme…

Presque du plaisir…

Cela suffisait à apaiser cette atroce impression que son compagnon le détestait. Il se sentait tout à coup plus léger et se pressa davantage contre son mari. Il constata avec joie qu'il produisait un effet indéniable sur Severus. Ce fut cette preuve d'intérêt envers sa petite personne qui fit sortir Harry de son mode Veela-en-manque-d'affection.

Il se dégagea souplement de l'étreinte de son mari.

- Désolé, je voulais pas…, balbutia-t-il, plus rouge qu'une écrevisse ébouillantée.

- Il est impossible de contrôler son instinct. Tu n'as pas besoin de t'excuser systématiquement, surtout pour cela, soupira Severus.

Il aurait bien gardé son jeune mari dans ses bras plus longtemps, mais il n'en fit pas la remarque et reprit la parole :

- J'ai gravement sous-estimé le besoin de contact d'un Veela avec son compagnon au départ ce qui m'a conduit à approfondir certaines de mes connaissances jusqu'ici relativement… académiques, dirons-nous, sur les Veelas et le lien qu'ils partagent avec leur compagnon. Je me suis rendu compte que, non seulement la présence quasi permanente du compagnon était nécessaire, mais qu'un contact… physique était tout aussi indispensable.

Devant le regard paniqué du Veela qui se méprenait visiblement sur le sens de ses paroles, Severus entreprit de clarifier sa pensée.

- Je ne sous-entends pas ce genre de contact. Je sais que tu n'es pas prêt à faire cela et je ne te demande pas de l'être. Je veux juste que tu me le dises si tu as besoin de ma présence. Nous pourrons sûrement trouver une occupation qui permette de pallier la situation… Comme s'installer à deux dans le canapé du salon pour lire, par exemple?

- Pourquoi ? demanda Harry d'une toute petite voix. Il ne comprenait plus rien là.

- Pourquoi quoi ? s'enquit Severus, ne voyant pas le moins du monde où son Veela voulait en venir. Il en avait besoin, point à la ligne.

- Pourquoi vous feriez ça pour moi ? Je… Vous… vous me détestez et…

- Je te demande pardon ? l'interrompit Severus, estomaqué. Je ne te déteste pas.

- Comme si je ne sentais pas sans arrêt cette amertume, cette impuissance à se débarrasser de moi ! Ce… ce malheur en permanence…

La voix du Veela s'éteignit et il baissa la tête. Il était à deux doigts de pleurer comme une madeleine en face de son professeur de potions. Il fallait qu'il se reprenne, il ne pouvait se permettre une telle humiliation, pas maintenant. Cela le tuerait, il en était persuadé.

Severus en perdit temporairement la voix. Son chaton pensait qu'il le détestait ? Qu'il voulait se débarrasser de lui ?? Merlin ! Il n'était vraiment pas rendu avec lui !

- Harry, je… Cela n'a rien de personnel… Je sais que j'ai réagi de façon un peu cavalière au départ mais ce n'est pas contre toi en particulier… C'est la situation qui me pose problème. Je…

Severus soupira lourdement et reprit avec difficulté :

- Pendant dix-sept ans, j'ai servi deux maîtres, le Seigneur des Ténèbres et Dumbledore. J'avais des ordres et il était hors de question d'en dévier ne serait-ce d'un millimètre. Pendant dix-sept longues et obscures années, je n'ai eu aucun contrôle sur ma vie. Cela m'a rendu amer, il est vrai. Et maintenant que le Seigneur des Ténèbres n'est plus, je pensais regagner le droit de faire ce que bon me semble. Puis mon nom est sorti de ce chaudron et encore une fois le choix m'était ôté. Alors oui, l'amertume est revenue et je me suis senti impuissant à contrôler mon existence. J'ai l'impression que je ne possèderai jamais cette liberté et il est dur pour moi de m'y résoudre. Je ne cherche pas à me débarrasser de toi, ni à te rendre malheureux. Je n'ai peut-être pas voulu ce mariage à l'origine, et je sais que personne ne serait capable d'aimer un être aussi froid et méprisable que moi, mais je compte bien tout faire pour que ça marche.

- Vraiment ?

Harry aurait souhaité dire quelque chose qui aurait sonné moins plaintif et désespéré à ses propres oreilles mais il ne parvint pas à contrôler sa voix et ne lui fit pas suffisamment confiance pour tenter de se rattraper. Il aurait voulu dire à son compagnon qu'il n'était pas méprisable, loin de là, mais les mots refusaient de sortir et restaient obstinément bloqués dans sa gorge.

Voyant dans quel état se trouvait le Veela, bien que celui-ci ait pris la précaution de baisser la tête pour ne pas lui montrer sa détresse, Severus sentit monter en lui une vague de culpabilité. Il voulait le rassurer pas le déprimer !

Il s'avança un peu pour combler l'espace qu'Harry avait mis entre eux en se dégageant et le prit tout doucement dans ses bras pour me pas l'effrayer.

- Bien sûr. Je… je suis loin d'être parfait et il est certain que je ne penserais pas à tout… Dis-moi si quelque chose pose problème, je ne suis pas… doué pour les relations personnelles.

Il raffermit sa prise sur le petit corps tremblant de son mari lorsqu'il le sentit pleurer. Il craquait. La tension émotionnelle accumulée depuis son anniversaire avait finalement raison de lui. Severus se contenta de le serrer fort contre lui en passant distraitement la main dans les douces mèches rebelles.

Harry ne voulait pas pleurer ainsi devant Severus, mais il ne put résister. Il cacha soigneusement son visage contre la poitrine de son mari et la gêne qu'il éprouvait ne fit que renforcer ses larmes. La présence silencieuse de Severus était étrangement réconfortante, plus qu'il ne l'aurait crue, et son malaise disparut peu à peu sous les caresses. Dès lors, les sanglots désespérés se calmèrent rapidement, laissant place à de petits reniflements entrecoupés de hoquets périodiques. Severus finit par se séparer de son mari, un peu à contrecœur, lorsqu'il cessa de pleurer et commença à se raidir dans son étreinte.

Avant qu'Harry n'ait eu le loisir d'ouvrir la bouche, Severus lui interdit de s'excuser encore une fois.

- Ce n'est pas ce que j'allais dire ! répliqua Harry, indigné.

- Autant pour moi, tu as la manie de t'excuser pour tout.

- Je… je crois qu'il faut que je parle avec Malfoy. Je…

- Tu es sûr de toi ?

- Je crois… Je peux pas en parler avec Hermione, ce… c'est une fille, elle ne comprend pas. Elle ne sait que ce qu'il y a dans les livres et… enfin, je lui suis reconnaissant d'être venue pour me parler et tout, mais elle ne sais pas ce que c'est, finit la jeune homme, le regard suppliant.

- Soit, je vais lui demander de venir quand il le pourra.

- Demain ? demanda Harry, à la fois plein d'espoir et terriblement mal à l'aise.

- Pas demain après-midi en tout cas. Black et Lupin doivent venir pour le thé, expliqua-t-il devant l'air interloqué de son Veela.

- C'est vrai ?

Les grands yeux verts, étonnés et ravis, de son Veela, fixés dans les siens, Severus hocha la tête, hypnotisé.

Ses yeux devraient être déclarés hors la loi par le Magenmagot, c'est inhumain !!

Harry sourit.

Un beau sourire heureux.