Coucou tout le monde!
Me revoilà pile à l'heure, comme convenu, regonflée à bloc par une bonne semaine de vacances et pas du tout enthousiaste à l'idée de reprendre le boulot!
En attendant, un nouveau chapitre pour mes gentils lecteurs!! Un gros bisou à ceux qui me laissent des reviews!!
Bonne lecture!
Chapitre 10
Manoir Malfoy, 23h.
Lucius Malfoy achevait de lire un dossier en prévision de sa rencontre avec plusieurs investisseurs le lendemain matin lorsqu'un bruit attira son attention.
Intrigué, il se dirigea vers la source du vacarme pour trouver un innocent hibou grand-duc noir empêtré dans les rideaux de la bibliothèque contiguë. Il reconnut sans peine le hibou favori de Severus et se demanda ce qui avait bien pu encore lui arriver pour qu'il lui expédie un message à une heure pareille.
Dépêtrant la pauvre bête de sa prison de tissu récalcitrante, Lucius reçut pour tout remerciement un coup de bec sur le dos de la main et le volatile, décidément d'une humeur massacrante, lui tendit impatiemment la patte pour qu'il s'empare du rouleau de parchemin quelque peu froissé par toute cette agitation.
Un tantinet ébouriffé par le sans-gêne caractéristique de l'animal, Lucius défit le lien qui retenait la missive de son ami et le hibou s'envola pour se percher sur une étagère, hors d'atteinte de l'homme.
Lucius soupira.
Si cette sale bête ne s'était pas enfuie sans demander son reste, elle attendait une réponse… Ce qui signifiait que Severus avait besoin de quelque chose… Il voyait venir un problème avec le jeune Veela de ce dernier et ne se sentait pas suffisamment d'énergie pour argumenter avec son vieil ami.
Il déroula néanmoins la lettre du maître des potions.
Lucius,
Je suis parfaitement conscient du fait que tu as d'ors et déjà refusé de t'entretenir avec mon mari au sujet de ses instincts de Veela, cela dit, je me dois de te présenter à nouveau cette requête, sur demande d'Harry cette fois.
Suivant ton conseil, j'ai arrangé pour lui une discussion avec son amie, Miss Granger, qui ne m'a pas personnellement semblé être des plus fructueuses mais qu'il a tout de même apprécié. Peu après, il a été étrangement surpris et excité d'apprendre que je connaissais un Veela et m'a immédiatement demandé à le rencontrer. Ayant appris ton nom, il a promis d'y réfléchir.
Il m'a indiqué cette après-midi qu'il ne pouvait parler de tout avec Miss Granger, prétextant qu'étant une fille, elle ne savait pas ce dont il s'agissait.
Je pense honnêtement qu'il ressent le besoin d'extérioriser certains aspects de sa condition mais personne à part toi ou Draco ne serait susceptible de le comprendre. Etant donné les années de haine respective qui séparent Harry de mon filleul, j'estime que tu es le mieux placé pour répondre à ses attentes dans ce domaine particulier, d'autant plus qu'il a requis ta présence.
Je serais absolument ravi de te recevoir à ta convenance, de préférence d'ici peu, mon mari s'avérant plutôt impatient.
Cordialement,
Severus
Lucius prit le temps de relire une seconde fois cette surprenante missive. Severus appelait le garçon par son prénom dorénavant et lui octroyait le titre de mari sans rechigner… Il semblerait que les choses évoluent dans le bon sens.
Il ne pouvait nier que la situation l'avait dérangé lorsqu'il s'était rendu en toute hâte chez Severus à une heure matinale des plus indues. Il appréciait énormément cet homme austère et casanier et ne souhaitait pas le voir dépérir dans un mariage malheureux simplement parce qu'il refusait de communiquer alors qu'il avait un bonheur absolu à portée de main. N'étant pas aveugle, il avait bien vu que son ami tenait au jeune Veela. La magie de l'Union faisait son effet, comme toujours. Les deux membres d'un couple veela étaient sans conteste faits l'un pour l'autre, quoi qu'ils puissent en penser.
Il savait qu'il irait chez Severus mais le ton de la lettre l'intriguait. Ce mélange de formalisme et de connivence n'était certes pas coutumier chez son ami. Un manque de concentration était rare de la part du maître des potions… Il s'était sûrement passé quelque chose lors de l'après-midi en question puisqu'il semblait avoir au moins discuté avec son mari. Peut-être plus qu'une simple conversation ? Mais quoi ?
Inutile de se torturer, il n'aurait pas les réponses rien qu'en regardant un morceau de parchemin si intensément qu'il risquait d'y percer un trou.
Jetant un coup d'œil vers le hibou perché sur l'un de ses ouvrages favoris, Lucius frissonna. Cet infernal bestiau avait trouvé le moyen de s'installer sur une édition originale qui n'avait, aux yeux de Lucius, pas de prix. Il ne voyait décidément pas ce que Severus trouvait à cette sale bestiole, mauvaise et sans le moindre respect pour la propriété d'autrui. Il appela l'un de ses elfes de maison et lui demanda de se débrouiller pour contraindre cette vile créature ailée à dormir dans la volière en attendant qu'il rédige une réponse et de le faire sans risquer davantage son fort rare et particulièrement précieux volume traitant des miniatures chinoises en jade du XIIIème siècle, dont il possédait par ailleurs une collection de belle taille, renommée dans le monde des amateurs d'art.
Ses précautions prises, Lucius déposa la lettre sur son bureau et se retira dans sa chambre.
- Des ennuis, mon cher ? demanda Narcissa d'une voix ensommeillée. Il est tard.
- Rien de grave. Une lettre de Severus est arrivée à l'instant où j'allais monter, répondit-il tandis qu'il se déshabillait.
- Oh…
- Quelques difficultés avec son Veela. Ma présence a été requise pour parler avec le garçon. Il semblerait qu'il estime que je sois le seul à pouvoir l'aider avec son instinct.
Lucius se glissa entre les draps de soie, aux côtés de sa compagne.
- Je présume que tu vas prendre le temps d'aller l'assister ?
- Oui… Je ne sais pas trop à quoi m'attendre de la part de Potter mais si cela peut aider Severus…
- Ne t'inquiètes pas pour cela. Tout se passera bien. C'est un jeune Veela qui n'a pas eu l'éducation que nous avons donné à Draco. Il ne peut pas comprendre tout ce qu'il ressent tout seul, répliqua simplement Narcissa.
- Je sais. Mais il ne me fait pas confiance, ce qui se comprend au demeurant parfaitement, alors la tâche risque d'être complexe.
- Tu auras tout le temps d'y penser demain, Lucius.
Lucius répondit en embrassant doucement sa femme puis il s'installa confortablement pour dormir, la tête blonde de Narcissa posée sur son épaule.
****************
Résidence Rogue, 8h.
Severus ne pouvait pas se concentrer.
Lucius ne lui avait toujours pas répondu, il lui restait encore à annoncer le comportement des Weasley à Harry et la potion Tue-Loup de Lupin n'allait se terminer toute seule…
Heureusement qu'Harry n'était pas du matin !
Il se contentait de massacrer allègrement ses toasts à grands coups de cuiller à confiture lorsque son hibou fit irruption dans la pièce, les plumes toutes hirsutes et le regard torve.
Lucius me l'a énervé… Encore…
Il tendit la main pour que l'oiseau se perche, ce qu'il fit sans grande précaution avant de tendre brutalement la patte droite, lui signifiant clairement qu'il avait tout intérêt à considérer l'utilisation d'un autre volatile s'il souhaitait encore délivrer un message dans la maison de fous qu'était le manoir Malfoy.
Severus lui caressa un peu la tête dans l'espoir de le calmer ce qui fut peine perdue. Le hibou se vengea en chipant un toast et se sauva vers son logis.
Le maître des potions se pinça brièvement l'arête du nez et déroula la réponse de Lucius.
Mon cher Severus,
Je suis surpris d'une telle requête de la part de ton jeune époux. Je me ferais cela dit un plaisir de le rencontrer et de lui apporter des réponses autant que faire se peut.
Si ton offre fort généreuse de me présenter à ma convenance est toujours d'actualité, je me libérerais pour demain après déjeuner.
Amicalement,
Lucius
P.S : J'entends bien obtenir le récit des événements de ces derniers jours avant d'engager toute conversation avec ton Veela. Je m'en voudrais de passer à côté d'un élément important.
Severus soupira de soulagement. Il allait devoir subir un interrogatoire serré made in Malfoy mais avec un peu de chance cela en vaudrait la peine.
Si seulement son mari ne possédait pas un sourire ravageur, il ne tournerait pas bêtement Poufsouffle…
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Flashback
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Harry lui souriait.
Severus resta interdit devant la sincérité du sourire de son Veela. Il n'avait pas l'habitude d'une expression aussi libre de sentiments. Un bon Serpentard cachait toujours soigneusement ce qu'il ressentait et lorsqu'il exprimait ouvertement une émotion, elle se révélait factice et dissimulait la vérité.
Il regarda, tétanisé, son mari avancer tout doucement vers lui. Harry plaça timidement les bras autour de la taille de Severus, hésitant, et se nicha dans son cou comme un chat apeuré en quête de réassurance. Surpris, le maître des potions resta un instant raide et contracté dans l'étreinte de son Veela.
Lorsqu'il réalisa que son mari venait pour la première fois de faire un mouvement dans sa direction au lieu de le fuir, ses muscles se relâchèrent et il se détendit. Il serra à son tour le corps souple du jeune homme contre lui et enfouit son visage dans la douce chevelure rebelle. Il embrassa tendrement les mèches odorantes.
Harry recula, un peu embarrassé. Il n'avait nullement prévu de se laisser aller ainsi, il voulait juste remercier son mari de s'occuper de lui.
Ils furent un peu mal à l'aise toute la soirée, l'un de ces moments où l'on sent qu'il existe une possibilité d'aller plus loin mais où l'on ose pas saisir cette opportunité de peur qu'elle ne soit qu'illusion.
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Fin du Flashback
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Severus se secoua et descendit sans grand enthousiasme dans son laboratoire.
Sa nuit avait été courte.
Après avoir dîné, Harry s'était retiré tôt, probablement fatigué par les émotions de la journée. Severus était resté un long moment pensif, assis dans son fauteuil, une tasse de thé aux fruits rouges bien chaude posée près de lui. Lorsqu'il avait décidé de monter se coucher, il avait jeté un coup d'œil dans la chambre de son mari, comme il en avait pris l'habitude. Celui-ci était visiblement en proie à un cauchemar virulent. Severus était alors entré et sa présence avait instantanément calmé le jeune homme. Il en avait pris son parti et avait dormi dans le lit de son Veela, secrètement satisfait de profiter de la douce chaleur de son mari contre lui. Il s'était levé très tôt pour ne pas à avoir d'explications à fournir si jamais Harry se réveillait de bonne heure et le trouvait là, arborant de plus une fière érection des plus tenaces due à l'impitoyable combinaison des rêves et de la proximité de son Veela.
Repoussant les pensées peu constructives impliquant un joli petit corps nu, des draps de soie et du chocolat, Severus se concentra sur sa potion. Il était à peu près sûr qu'Harry ne goûterait que fort moyennement le fait qu'il empoisonne son père adoptif par inadvertance.
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Harry avait dormi toute la matinée.
Il se sentait frais et dispos comme lorsque son compagnon venait la nuit.
D'ailleurs n'avait-il pas eut un cauchemar ? Il s'en souvenait vaguement… Peut-être Severus était-il venu ? Mais pourquoi n'était-il pas resté en ce cas ?
Il ne lui resterait qu'à poser la question, si tant est qu'il ne se dégonfle pas le moment venu et que son mari accepte d'y répondre…
Tiny apparut, lui intimant de descendre déjeuner. Harry ne se fit pas prier, son estomac gargouillant joyeusement à la pensée des petits plats délicieux de l'elfe.
Attablé devant une assiette fumante de rosbif, saignant juste comme il aimait, Harry demanda d'une petite voix :
- Vous avez dormi avec moi ?
- N'avions-nous pas dit que nous emploierions le tutoiement ? insista gentiment Severus.
Devant l'air contrit du jeune Veela, Severus reprit :
- Désolé, je me doute que cela n'est pas simple pour toi. Je n'aurais jamais toléré un tel écart de langage de la part d'un de mes élèves. Cependant, j'ai bien passé la nuit dans ton lit. Quand je suis passé pour placer une alarme sur toi puisque tu persistes à user des sortilèges de silence, tu faisais un cauchemar. Ma présence semble te calmer donc je suis finalement resté.
Severus lut la question muette dans le regard de son mari : pourquoi es-tu parti ?
- J'ai pensé que cela te gênerait si j'étais présent à ton réveil, comme la dernière fois, expliqua-t-il.
- Oh…
Severus se consacra à son assiette pendant quelques instants avant d'annoncer la nouvelle de la venue de Lucius à Harry.
- J'ai écrit à Lucius hier soir. Il accepte de venir demain pour te parler.
Harry leva son regard émeraude vers Severus, les yeux brillants de gratitude. Severus espérait presque que son mari cesse de le regarder ainsi où il aurait bien du mal à conserver son attitude froide et rébarbative pendant ses cours avec les Gryffondor/Serpentard de septième année d'ici quelques jours.
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Résidence Rogue, salon, 15h.
Severus observait Harry qui se tortillait inlassablement dans son fauteuil. Il était amusé par la nervosité du jeune homme. Avait-on idée d'être si excité par la visite de Lupin et du sac à puces !
La cheminée ronfla et Rémus en émergea, vite suivi de son mari. Harry courut se jeter dans leurs bras.
Se sentant déplacé au milieu de ses effusions filiales, Severus préféra battre en retraite et regagner son laboratoire.
- Je vais aller achever la potion Tue-Loup, dit-il de son ton froid habituel.
Il disparut par la porte dans un tourbillon de robes.
Harry eut l'air interloqué pendant plusieurs secondes par la sortie de son compagnon puis se reprit et, en bon hôte, installa promptement ses parents dans des fauteuils bien moelleux et appela Tiny pour qu'il apporte le thé avec quelques pâtisseries dont il avait le secret. Le petit elfe, ravi de gâter quelques invités, revint porteur d'un plateau surchargé de gâteaux, accompagné d'une très belle théière en argent. Harry le remercia et entreprit de servir ses pères.
Chacun se retrouva bientôt pourvu d'une tasse de thé et d'une assiette de friandises diverses. Harry, tout excité et ayant déjà copieusement déjeuné, ne fit que grignoter quelques miettes par-ci par-là alors que Sirius faisait honneur aux délicieuses tuiles aux amandes, Rémus ayant, quant à lui, jeté son dévolu sur les madeleines toutes chaudes. Ils discutaient, de tout et de rien, évitant soigneusement tout sujet sensible.
Finalement, ce fut Harry qui ouvrit les hostilités :
- Je dois voir Lucius Malfoy demain.
- Quoi ? Ce Mangemort ?!! bondit Sirius, prêt à étriper Rogue sans tenir compte des états d'âme de son fils.
- Du calme Siri ! intervint immédiatement Rémus.
- Mais Moony…
- C'est un Veela, expliqua Harry d'une petite voix à peine audible sous le volume épouvantablement élevé de celle de Sirius.
- Harry, bien que je ne porte pas Malfoy dans mon cœur, je suis sûr qu'il pourra t'aider, le consola Rémus qui, contrairement à son insensible de mari, voyait très bien qu'elle était la démarche sous-jacente de son fils adoptif. Je sais que personne ici ne peut comprendre ce que tu ressens.
- Oh, murmura Sirius, étonné. Je n'avais pas pensé à ça…
- Tu ne penses jamais à rien Siri, le taquina gentiment Rémus.
- Eh ! bouda l'animagus, faisant rire Harry.
Rémus redevint sérieux. Il savait que Sirius hésiterait à poser la question importante et qu'il s'y prendrait avec toute la délicatesse d'un troll des montagnes chargeant l'ennemi sur le champ de bataille.
- Harry ?
Ayant obtenu l'attention du jeune homme, le loup-garou poursuivit :
- Severus nous a invités aujourd'hui parce qu'il ne comprend pas certaines de tes réactions. Il espère que tu voudras bien nous parler de ce qui te gêne. Nous savons que ton enfance avec ta tante et sa famille n'a pas été facile mais nous ne saisissons pas très bien pourquoi tu n'oses rien faire sans avoir une autorisation express.
- Il… il…, paniqua Harry, se sentant tout à coup abandonné.
- Il ne cherche pas à te trahir… Il s'inquiète pour toi, le rassura Rémus, un peu surpris par ce moment de panique du Veela.
- Bien ce cela me tue de le dire, je crois qu'il tient à toi, mon ange. Il ne serait pas venu nous voir en plein milieu de la nuit sinon, renchérit Sirius.
L'animagus se rapprocha du jeune homme et passa un bras autour de ses épaules pour le soutenir. Harry tremblait, ne sachant plus à quel saint se vouer. Une partie de lui était toute fofolle rien qu'à l'idée que son compagnon s'inquiète pour lui, bien que cela contrarie son instinct de protection envers son mari, mais cela ne l'empêchait pas de refuser de parler de cette expérience.
- Je veux pas en parler, Siri…
- Je sais. Mais parfois il faut.
- Je…
- Ecoute, Harry, si tu veux que cette conversation reste strictement entre nous, nous garderons pour nous tout ce que tu diras. Ton mari a simplement pensé que tu serais plus à l'aise pour discuter de ça avec nous, plus qu'avec lui. Tu lui diras quand tu seras prêt à le faire, expliqua Rémus.
- Et si je suis jamais prêt ?
- Je pense qu'il se fera une raison. Je ne sais même pas s'il veut vraiment savoir. Il veut juste que tu te sentes chez toi.
- Tu crois ? demanda Harry, au bord des larmes. Il avait beaucoup de mal à croire que son compagnon voulait de lui et cela le rendait nerveux en permanence.
- J'en suis sûr, répondit Sirius.
- Je… D'accord, je vous le dis mais vous ne lui répétez pas, hein ?
- Promis, jurèrent en cœur les derniers Maraudeurs.
- Chez les Durley, je… j'ai vécu dans le placard sous l'escalier pendant 11 ans et je ne pouvais sortir pratiquement que pour les corvées. Je n'avais pas le droit de toucher à leurs affaires et je… je crois que… quand je ne me sens pas chez moi…
- Sshhhhh… le calma doucement Sirius.
Sa voix resta posée alors que son regard lançait des éclairs de fureur. Les yeux de Rémus devinrent d'une très jolie teinte d'un doré soutenu qui ne risquait pas diminuer d'ici peu étant donné la proximité de la pleine lune. Il ne ferait pas bon se trouver sur le chemin des deux hommes pour certains moldus…
Lorsque Harry eut reprit quelque peu ses esprits, il demanda s'il était possible de parler d'autre chose et vit sa requête acceptée sans protestation. Les trois hommes passèrent ainsi encore une bonne demi-heure en famille avant que Sirius et Rémus ne commencent à prendre congé.
Alors qu'ils allaient se munir de poudre de cheminette pour rentrer au Square Grimmauld, Harry les retint.
- Rémy, ta potion ! Je vais voir si elle est prête, attendez…
Harry se sauva de la pièce et courut pratiquement jusqu'au sous-sol sous le regard amusé des deux hommes. La façon dont le garçon passait d'un état quasi-dépressif à l'euphorie d'un jeune marié en voyage de noces était impressionnante. En parlant de voyage de noces, ils allaient devoir en toucher un mot à Severus… Quand toute cette histoire se serait tassée, il faudrait qu'il songe à offrir à leur fils une lune de miel digne de ce nom.
Harry se trouva bien vite devant la lourde porte du laboratoire dans lequel il avait l'interdiction formelle d'entrer. Prenant son courage à deux mains, Harry toqua doucement puis poussa difficilement le bâtant. Il glissa la tête dans l'embrasure et appela :
- Prof… S… Severus ?
- Harry ? Il y a un problème ? demanda Severus, penché sur un chaudron fumant.
- Ben… en fait, hésita un peu le jeune homme alors qu'il se faufilait dans l'interstice, Rémy et Siri s'en vont alors je venais voir si la potion Tue-Loup était prête… C'est pas la peine de faire plusieurs voyages pour si peu…
- En effet. Les trois fioles sur le pupitre devant toi… Non, pas ça. C'est un flacon, pas une fiole. Je suis sûr que Lupin apprécierait peu d'avaler une rasade de venin d'Acromentula… sans compter la facture astronomique que je lui ferais parvenir.
- Beurk ! s'exclama Harry en reposant vivement le flacon incriminé. Pourquoi une facture ?
- C'est un ingrédient extrêmement rare donc, par-là même, extraordinairement cher.
- Oh… Bon, ben, je vais leur apporter…
Harry sortit du laboratoire et Severus soupira. Il allait devoir prendre sérieusement en main l'éducation de son mari. Il était hors de question que celui-ci se plante lamentablement à son ASPIC de potions, il en allait de sa fierté, et vu qu'il était capable de confondre une fiole et un flacon, il avait du pain sur la planche…
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Résidence Rogue, bibliothèque, 22h37.
Severus semblait plongé dans un obscur grimoire poussiéreux. En réalité son esprit vagabondait. Il avait cru percevoir une certaine déception dans le regard d'Harry lorsqu'il lui avait expliqué les raisons de son départ matinal et il n'était pas sûr d'en saisir le sens. Il se demandait par ailleurs comment le jeune homme avait su qu'il s'était introduit dans son lit. Toutes ces questions tournaient dans son pauvre cerveau torturé, sans espoir de réponse.
Peut-être que Lucius saurait… Il verrait bien demain.
Alors que Severus réfléchissait, une chouette d'un beau brun lustré fit son entrée au bras de Tiny qui considéra son Maître d'un air légèrement désapprobateur. L'elfe avait une sainte horreur des bestioles qui voltigeaient sans but dans sa cuisine, arrosant toute préparation culinaire existante de plumes indigestes. Il tendit sans un mot l'animal à Severus et disparut.
Intrigué par ce volatile inconnu, Severus le délesta de son fardeau et déroula le parchemin après avoir fait sortir la petite bête par la fenêtre. Aucune réponse n'était visiblement attendue.
Severus,
J'ai pensé qu'un petit compte-rendu de la visite s'imposait.
Tout d'abord, laisse moi de te dire qu'Harry a été fort surpris de ton départ un peu froid. Ton odeur, que je perçois parfaitement sur lui, doit sûrement y être pour quelque chose… J'ai l'impression qu'il a pris l'habitude de voir de son mari une facette plus tendre que celle qu'il expose aux yeux du monde…
Trêve de bavardages, nous sommes venus pour une raison précise, outre celle de voir notre fils, bien entendu, et Harry a fini par nous parler. Il n'a accepté de le faire que contre la promesse que nous ne dirions rien.
Son comportement est bien lié à ces moldus. Je ne peux en dire davantage mais il retombe dans ses anciens schémas de protection lorsqu'il ne se sent pas chez lui. Au vu de sa réaction, je suis persuadé qu'il a beaucoup de difficultés à admettre que tu puisses tolérer sa présence, ne parlons même pas de la souhaiter.
Harry a toujours eu des insécurités plus ou moins marquées et la situation actuelle, combinée avec ses angoisses de Veela, doit le rendre encore plus avide de réconfort que de coutume. J'ose croire que l'entretien qu'il va avoir avec Lucius Malfoy l'éclairera sur ses réactions viscérales.
J'espère qu'un jour il te fera suffisamment confiance pour t'en parler, après tout personne n'est plus à même de le consoler que son compagnon. Il est aussi également possible qu'il ne puisse jamais se confier sur ce point, la confiance n'est peut-être pas ce qu'il recherche… J'avoue que je suis perplexe.
Cordialement,
Rémus
P.S : Cela n'a absolument rien à voir avec la précédente discussion mais Sirius et moi voudrions néanmoins savoir si tu envisages d'emmener notre fils en lune de miel lorsque la situation sera plus calme entre vous…
Maudit.
Il était maudit, tout simplement.
Pourquoi personne ne pouvait-il jamais le laisser en paix ? Était-ce trop demander ?? Il était condamné à souffrir entouré de manipulateurs plus exaspérants les uns que les autres !
Tout d'abord, le Lord qui voulait toujours tout savoir sur tout le monde, ensuite Dumbledore qui savait toujours tout sur le monde et ne souhaitait qu'une chose : vous faire faire pile ce que vous ne vouliez pas faire ! Puis Lucius qui, curieux comme une belette, fourrait toujours son nez aristocratique dans ses affaires. Et maintenant Lupin qui prenait un malin plaisir à renifler sa vie privée !!
Marre à la fin !!!
Severus, bien qu'il apprécia la peine qu'avait pris le loup-garou de lui relater les événements de la veille, était furieux contre cette énième intrusion dans sa vie et il alla se coucher affreusement tôt, claquant la porte derrière lui.
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Laboratoire de potions, 14h.
Severus éminçait tranquillement une racine d'asphodèle, repensant à la discussion qu'il avait soutenue avec son mari au déjeuner.
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Flashback
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Installé confortablement à la massive table de la salle à manger, Severus se demandait comment aborder le sujet. Il savait que son mari détestait les potions et il subodorait qu'il ne serait pas fou de joie qu'il lui propose de le remettre à niveau pour son ASPIC, mais cette collaboration présentait l'avantage d'éviter au jeune Veela un plantage spectaculaire à son examen tout en leur permettant de passer du temps ensemble, ici comme à Poudlard lorsque les cours auraient repris.
Il ne remarqua pas le regard concerné d'Harry alors qu'il annihilait ses courgettes sous de violents coups de fourchette.
- Tout va bien ? demanda une petite voix inquiète, le tirant de l'élaboration de ses stratagèmes.
- Oui. Je réfléchissais, ajouta-t-il lorsqu'il rencontra les yeux suspicieux du garçon.
Balançant par la fenêtre l'approche subtile qu'il préparait, il se lança, sachant pertinemment qu'Harry continuerait à le regarder bizarrement tant qu'il n'aurait pas obtenu une réponse satisfaisante.
- Je pensais que je pourrais te donner des cours particuliers en potions en prévision de ton ASPIC.
- Pourquoi ? Pourquoi feriez-vous ça ? s'étonna Harry.
- Cela nous serait mutuellement profitable, je crois. Tu pourrais progresser et nous aurions du temps à passer ensemble. Je suis sûr qu'Albus n'y verra aucun inconvénient.
- D'accord, acquiesça Harry. Le Veela sautillait intérieurement, ravi de pouvoir passer plus de temps avec son compagnon et très curieux d'enfin le voir travailler.
Soulagé de la réponse positive du jeune homme, Severus se tourna enfin vers son assiette et la purée de courgettes qui s'y trouvait dorénavant.
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Fin du Flashback
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Alors qu'il s'apprêtait à ajouter les lamelles d'asphodèle dans la préparation bouillonnante juste à côté de lui, une alarme retentit.
La grille. Comptez sur Lucius pour toujours respecter les coutumes à la lettre…
Il était en effet des plus impoli d'arriver par la cheminée quand une heure n'était pas explicitement convenue entre l'hôte et son invité. Quant à transplaner directement chez les gens, et bien, il s'agissait du summum de la goujaterie.
Severus éteignit le feu sous son chaudron et lança un puissant Recurvite pour le nettoyer avant de sortir par la petite porte proche de son laboratoire et gagner l'entrée de son domaine.
Lucius attendait patiemment derrière la grille en fer forgé que son hôte vienne lui autoriser l'accès à sa demeure. Il remarqua bien vite la haute silhouette toute de noir vêtue du maître des potions qui se hâtait, traversant le parc.
Severus ouvrit la grille, invitant le blond à entrer. Ils se saluèrent et remontèrent l'allée vers la porte principale avec la nonchalance que seuls les amis de longue date peuvent atteindre, devisant calmement.
Chemin faisant Severus prit les devants, sachant ce qui l'attendait :
- Vas-y, interroge. Je n'y couperai pas quoi que je fasse…
- Direct à ce que je vois… Je n'ai pu m'empêcher de noter dans ta lettre que tu ne rechignais plus à appeler ton mari par son prénom…
- Cela m'a paru une bonne idée, bien que j'ai hésité une ou deux fois au départ.
- Se serait-il passé quelque chose récemment ? J'ai trouvé que ta missive manquait de ton mordant habituel, s'enquit Lucius, amusé.
- Je… Il… il m'a serré dans ses bras et il a un sourire qui devrait être interdit, soupira Severus. Voilà, je deviens Poufsouffle, c'est atroce !
- Il a donc fait un pas dans ta direction, c'est positif… Ne t'inquiète pas outre mesure pour les crises de Poufsouffisme carabinées, je connais ça… Tu ne pourras jamais t'en défaire mais elles seront limitées à ton époux. C'est une conséquence de l'Union : tu tombes amoureux. Ton caractère ne changera pas pour autant.
- C'est loin de me rassurer, grommela Severus.
Devant eux, en bas des marches qui descendaient de la porte d'entrée, se trouvait Harry. Alors que Severus allait introduire formellement son mari auprès de Lucius, interrompant fort opportunément les questions du blond, le jeune homme gronda.
Lucius se figea instantanément et interpella Severus :
- Eloigne toi de moi. Rapproche toi de lui mais ne passe pas trop près, contourne le et place toi derrière lui.
- Je te demande pardon ?
- Ne discute pas et fais ce que je te dis. Il est en pleine crise de jalousie et je n'ai pas envie qu'il passe ses nerfs sur moi.
- Jalousie ? demanda Severus, estomaqué que quiconque puisse être jaloux de sa proximité parfaitement amicale et platonique avec Lucius, un Veela lié à sa compagne depuis de nombreuses années.
- Il me perçoit visiblement comme un rival potentiel alors si tu voulais bien désamorcer gentiment la situation avant qu'il ne juge plus prudent de m'étriper pour faire bonne mesure, je t'en serai gré, grinça Lucius entre ses dents serrées, ses yeux refusant de quitter le Veela qui n'avait pas cessé de gronder.
Severus se décida à obéir aux injonctions de son ami et vint se placer derrière Harry dont le regard trop brillant ne dévia pas un instant du grand blond en face de lui. Le jeune homme arrêta de grogner mais ne fit pas un mouvement.
Severus savait qu'il devait calmer le Veela. Il s'approcha doucement de lui :
- Harry ? Harry ?
Devant l'absence de réaction du garçon qui fixait toujours Lucius avec une intensité effrayante, Severus posa presque timidement la main sur l'épaule de son mari. Les muscles durs et tendus d'Harry se détendirent progressivement sous ses doigts.
- Harry ? demanda-t-il à nouveau.
- S… Severus ?
- Shhhhh… Tout va bien. Lucius est un vieil ami, le rassura Severus, enlaçant la taille de son mari et l'attirant contre lui.
- Qu'est ce qui s'est passé ? demanda Harry, tournant ses grands yeux perdus vers son mari, cherchant malgré lui le réconfort du corps puissant sur lequel il s'appuyait. Seule la présence éminemment pesante de Lucius l'empêcha de se retourner pour enfouir le visage dans la robe de Severus, laissant à l'odeur délicieuse de son compagnon le soin d'apaiser les battements désordonnés de son cœur.
- Ceci, mon cher, était une crise de jalousie veela, répondit Lucius, soulagé. Vous avez du estimer qu'un homme bien fait de sa personne n'avait pas sa place aussi près de votre compagnon.
- Euh… Désolé…, s'excusa piteusement Harry.
- Ce n'est rien, personne n'a été blessé. Mais si vous pouviez vous souvenir la prochaine fois que je suis un Veela heureux en ménage et qu'il n'y a donc aucune raison d'éprouver une quelconque jalousie à mon encontre, j'en serai ravi.
Un Harry affreusement gêné rougit jusqu'à la pointe des oreilles et marmotta vaguement des paroles inintelligibles.
- Bien, si nous entrions ? proposa Severus.
- Volontiers !
Harry ne répondit rien mais suivit les deux hommes à l'intérieur, le bras gauche de Severus lui enserrant toujours la taille.
Severus conduisit tout son petit monde dans le salon et se préparait à installer son mari et son invité lorsque celui-ci l'interrompit :
- Puis-je te parler en privé, Severus ?
- Bien sûr.
Harry ouvrit la bouche pour protester mais la referma avec un claquement sec lorsqu'il se rendit compte de ce qu'il allait faire. Lucius le remarqua et ajouta avec un petit sourire amusé :
- Rassurez-vous, je n'ai nullement l'intention de traîner votre mari hors de la pièce. Nous resterons en contact visuel si cela peut vous tranquilliser, je requiers seulement l'utilisation d'un sort de silence pour discuter à l'aise.
- Oh, rougit Harry, pris en flagrant délit de jalousie une nouvelle fois.
Severus s'éloigna de quelques pas en compagnie de Lucius et ce dernier éleva une bulle de silence autour d'eux.
- Maintenant qu'il ne peut plus nous entendre, dis moi ce que vous faites tous les deux.
- Je te demande pardon ? s'insurgea Severus.
- Je t'en prie, je ne te demande aucun détail personnel, simplement ce que vous faites quand vous êtes ensemble. Je ne peux pas m'aventurer dans cet entretien à l'aveuglette, je risquerais de mettre les pieds dans le plat sans le vouloir.
- Et bien, pas grand-chose… Une promenade avant-hier, une discussion dans la bibliothèque il y a quelques jours… Il dort toute la matinée et compulse de vieux bouquins l'après-midi. Je lui ai proposé des cours de rattrapage de potions pour qu'on puisse prendre un peu de temps.
- Pourquoi ne le réveilles-tu pas le matin à une heure convenable ? s'étonna Lucius, connaissant parfaitement les habitudes strictes du maître des potions.
- Il ne dort pas de la nuit. Tu veux que je le prive de sommeil ? Il va sûrement apprécier, railla Severus.
- J'ai noté un fort besoin de contact de sa part tout à l'heure, après sa crise. Donc j'en déduis que vous n'êtes pas intimes. Qu'est-ce qui le maintient éveillé ?
- Cauchemars. Ma présence le calme, apparemment.
Lucius hocha la tête et mit fin au sort. Il alla s'asseoir en face du jeune Veela qui ne les avait pas quitté des yeux pendant leur courte entrevue.
- Tu nous laisses, Severus ? A moins qu'Harry ne souhaite ta présence ? Je peux vous appeler par votre prénom, n'est-ce pas ? commença Lucius. A en juger par l'air un peu effrayé du garçon blotti dans le fauteuil d'en face, il ferait mieux de prendre les commandes, tout du moins au début.
- Euh… Oui, vous pouvez m'appeler Harry. Je… je préférerais qu'on reste seul, dit-il en baissant la tête.
Severus comprit que son jeune mari n'avait pas vraiment envie de parler devant lui et, bien qu'il soit un peu contrarié qu'Harry soit plus enclin à parler avec Lucius qu'avec lui, il ne protesta pas et appela Tiny avant de quitter la pièce, lui ordonnant de s'occuper d'eux.
- Harry, je sais que nous n'étions pas vraiment en bons termes jusqu'ici mais je ne suis ici qu'en tant que Veela. Pour être honnête, ma situation et la vôtre ne sont pas tout à fait identiques puisque je suis un Veela dominant, mais nous avons les mêmes réactions face à de nombreux événements. Normalement votre famille aurait du s'occuper de votre éducation en tant que Veela ou en tant que compagnon potentiel. Par la faute du Seigneur des Ténèbres, d'une part, et de Dumbledore d'autre part, cela n'a pas été fait.
- Qu'est-ce que Dumbledore vient faire là-dedans ? s'emporta Harry. Malgré le fait qu'il en veuille au vieux sorcier d'avoir précipité son mariage de la sorte, il lui restait fidèle et prit extrêmement mal la remarque de Lucius.
- Il n'est pas directement en cause, mais sa politique d'ouverture aux moldus l'est. Voyez-vous, la société sorcière a depuis toujours des racines profondes dans le monde magique. La majorité des anciennes familles ont des créatures magiques pour ancêtres, et, mis à part pour les loups-garous qui perdent tout contrôle d'eux-mêmes à chaque pleine lune, il s'agit d'un héritage recherché car il décuple les pouvoirs magiques et assure à la prochaine génération une descendance puissante. Puisque les mâles soumis des diverses espèces magiques peuvent porter des enfants, l'homosexualité est un phénomène courant et accepté par toutes les vieilles familles. Il va de soit qu'étant requis de chaque homme d'engendrer un héritier et de sauvegarder son nom, un homosexuel non lié à une créature magique devra se marier avec une femme mais il restera libre d'exprimer sa sexualité en prenant un amant. Ce n'est qu'un arrangement comme un autre.
- C'est… ça ne peut pas être toléré… s'obstina Harry en secouant la tête. Les Dursley avaient souvent insisté auprès de son cousin sur l'anormalité de ces gens.
- C'est un problème pour les moldus seulement. C'est la raison pour laquelle j'estime qu'il est délétère pour un enfant sorcier né de moldus d'être élevé dans ce monde. Il s'agit de politique mais si Dumbledore n'avait pas jugé opportun de vous placer chez la famille moldue de votre mère, vous auriez été élevé par une famille de sorciers, sûrement une grande famille étant donné le prestige qui vous auréolait déjà, et cela aurait fait partie de votre éducation, au même titre que les coutumes et lois ancestrales qui régissent notre monde. Rien de tout cela n'est enseigné à l'école, la charge en reste à la famille. C'est la position que défendait le Lord avant de perdre toute retenue et de massacrer à tours de bras et je pense qu'il avait raison sur ce point.
- Evidemment, vous êtes un Mangemort !
- Je suis un Veela avant tout et un Veela protège sa famille quoi qu'il advienne, rétorqua Lucius un rien froidement. Je n'ai personnellement rien contre les moldus et je trouve certaines de leurs inventions plutôt utiles, mais je suis contre le fait que parce que certains sorciers ont été élevés dans ce monde, ils rejettent en bloc notre culture pour tenter d'imposer la leur. Ils créent plus de problèmes qu'autre chose.
- C'est faux. Hermione est née-moldue et elle me soutient !
- Parce qu'elle n'a pas les préjugés que vous avez vous-même.
Devant l'air à la fois interloqué et presque vexé du jeune Veela, Lucius jugea primordial de clarifier sa pensée.
- D'après ce que m'a dit mon fils, Miss Granger est une sorcière douée bien qu'un peu énervante. Elle possède visiblement un esprit ouvert et s'est, somme toute, bien intégrée dans notre monde, à l'exception de la S.A.L.E… Mais tout à chacun défend à un moment ou à un autre de sa vie une cause perdue d'avance. Voyons cela comme une erreur commise dans la fougue de la jeunesse. Mais je digresse… Globalement, cette jeune fille a adopté la plupart de nos coutumes, tout du moins celles qu'elle connaît, et si tous les autres nés-moldus en faisaient autant, nous n'aurions pas de difficultés, sauf celles que posent quelques familles réactionnaires comme les Weasley.
- Ils ne sont pas réactionnaires ! s'exclama Harry, stupéfait. Il ne se serait jamais attendu à cette déclaration de Lucius Malfoy.
- J'ai bien peur qu'ils ne le soient et cela n'a rien à voir avec le fait que nous soyons ennemis depuis des générations. Ils sont fréquemment appelés 'traîtres à leur sang' mais pas pour les raisons que vous pouvez imaginer. La société un peu recluse que forment les grandes familles de Sang Purs ne les méprise pas pour leur amour des moldus mais pour leur reniement de certaines de nos traditions les plus anciennes. Par exemple, ils ne respectent l'homosexualité que si l'un des partenaires est une créature magique. Je sais de source sûre qu'Arthur n'est pas si étroit d'esprit à ce sujet mais sa femme est plus stricte. Des préjugés, encore une fois, bien que ceux-ci soient un peu différents des vôtres.
- Mais…
- Je sais, vous n'avez pas de préjugés et je fais erreur sur toute la ligne ? sourit Lucius, lui coupant l'herbe sous le pied.
- Ben, je…
- Je ne critique pas votre réaction à ce mariage, Harry. La faute incombe aux moldus bas de plafond qui vous ont élevé. Vous savez, les Veelas viennent au monde sans préférence sexuelle. Une ardoise vierge. Cela est nécessaire puisque la magie ne se base nullement sur le sexe pour déterminer les couples. Une fois en possession de son héritage, un Veela ne s'intéresse, de toute manière, plus qu'à une seule personne. Le fait que vous soyez persuadé d'être hétérosexuel vient sûrement d'avoir voulu vous conformer à ce que votre famille attendait de vous pour ne pas être différent une fois de plus mais vous ne pouvez pas l'être. Il n'y a rien de mal, de malsain, de dégradant ou de pervers dans le fait de vivre avec un homme dont vous ne pouvez pas vous empêcher de tomber amoureux.
Harry avait baissé la tête et seules les pointes de ses oreilles, d'un bel écarlate, indiquait ses sentiments.
- Dites moi, honnêtement, était-ce si terrible avec Severus ? demanda Lucius gentiment. Il ne voulait pas le braquer et cela impliquait de lui faire sortir la tête du sable dans lequel il l'avait enfouie.
- Non, répondit une toute petite voix très gênée.
- Et sa présence ne vous aide-t-elle pas à vous sentir mieux quand vos sentiments deviennent hors de contrôle ?
- Il me calme… Je sais pas pourquoi.
- Je présume que vous êtes conscient du fait que tout Veela a besoin d'un contact au moins physique, au mieux sexuel, avec son compagnon et ce très régulièrement ?
Ayant reçu un petit hochement de tête, Lucius reprit :
- Je ne pense pas me tromper en déclarant que vous n'avez pas eu de relations sexuelles depuis la nuit de noces…
Harry releva brutalement le visage et regarda Lucius comme une chouette dans la ligne de mire d'un balai de compétition en plein match de Quidditch.
Enfin, il me regarde…
- Vous avez besoin, viscéralement besoin, de votre compagnon. Puisque vous n'avez pas une relation suffisamment aisée pour être intimes, il faut que vous passiez un temps considérable près de lui, de préférence dans ses bras ou dans le même lit la nuit.
- C'est pour ça que je dors mieux quand il vient pendant un de mes cauchemars ?
- Oui. D'une part, il stoppe le rêve et d'autre part, il apaise le lien par sa simple présence. Plus vous restez éloignés l'un de l'autre et plus le lien se fera désagréablement sentir.
- Et pour…
- Oui ?
- Pour les autres rêves ? demanda Harry, d'une jolie teinte pourpre.
- Vous voulez dire, ceux qui sont embarrassants au réveil ?
Devant une improbable intensification de la rougeur du jeune homme, Lucius pensa qu'il avait vu juste.
- Ils sont normaux. Ils resteront jusqu'à ce que votre vie sexuelle soit heureuse et épanouie. A chaque fois que vous serez frustré ou trop éloigné de votre mari, ils reviendront. Pour ma part, mon séjour à Azkaban, bien que d'une durée modérée, a été un véritable enfer sur ce plan…
- Mais je ne suis pas… frustré, murmura Harry, un peu dépassé. Cela faisait beaucoup d'informations à intégrer d'un seul coup et il n'était pas sûr d'avoir tout saisi, notamment sur la conception qu'avait Lucius Malfoy de la société sorcière.
- Peut-être pas consciemment. Après tout, vous étiez vierge au mariage, non ?
- Il vous l'a dit, blanchit le jeune Veela, horrifié.
- Merlin, non. Severus n'aurait jamais l'indélicatesse de mentionner cet élément devant un tiers. Je suis un Veela, voilà tout. Les Veelas soumis sont très souvent vierges avant leur mariage. On ne sait pas très bien pourquoi. Une certaine répugnance à être touché par quelqu'un d'autre que leur compagnon, apparemment. Il existe probablement une raison plus sensée mais personne n'en a connaissance. Les Veelas dominants ont au contraire tendance à explorer leur sexualité avant leur héritage.
- Vous… vous…
Harry ne put terminer sa phrase, trop gêné, et un peu choqué, de ce que cela sous-entendait.
- Vous voulez savoir si j'ai pratiqué cette exploration ? s'amusa Lucius. Bien sûr ! J'étais jeune et curieux. Je n'avais pas de préférence pour les garçons ou pour les filles et je savais que je passerai toute mon existence avec la même personne. Pourquoi ne pas tester auparavant ce à quoi j'allai renoncer à dix-sept ans ?
Lucius lança un petit sourire très serpentard au jeune homme qui se tortillait, affreusement mal à l'aise, sur son fauteuil.
- Il est normal que cela vous mettre mal à l'aise. Les Veelas soumis sont généralement extrêmement pudiques quand ils ne sont pas avec leur compagnon.
- Qu'est-ce que vous vouliez dire au début quand vous avez parlé de compagnon potentiel ? demanda Harry, tout d'abord parce que ce point l'intriguait, mais également pour changer de sujet au plus vite.
- Tout simplement que tous les jeunes sorciers sont potentiellement le compagnon ou la compagne d'un Veela et qu'il y a certaines lois à prendre en compte. Un sorcier ne peut pas refuser un Veela. Il s'agit ni plus ni moins d'un meurtre et le rejet d'un Veela est puni comme tel. Cela peut paraître surprenant pour un né-moldu et des accidents peuvent survenir juste parce qu'ils ignorent qu'un simple 'non' peut tuer la personne qui leur parle.
- Je ne l'avais pas envisagé sous cet angle… murmura pensivement Harry.
Il se rencogna dans son fauteuil moelleux pour réfléchir, ayant l'impression qu'il commençait à comprendre ce que Lucius voulait dire.
Suite et fin de l'entretien au prochain numéro... (Pas taper l'auteur!!)
