Coucou tout le monde!!
Voilà enfin la suite de la discussion entre Lucius et Harry! La preuve qu'il n'était nullement utile de frapper l'auteur!! lol!
Info de dernière minute : j'ai obtenu récemment l'autorisation de traduire une nouvelle fic. Elle est actuellement en cours d'écriture donc j'espère de tout cœur que son auteur la terminera mais elle n'a pas encore laissé tombé une seule de ses fics donc j'ai bon espoir de pouvoir mener ce projet jusqu'au bout. Je commencerais la traduction dès que j'aurais un peu de temps devant moi !
Petite dédicace pour Vampyse : merci pour tes idées sur la déco d'intérieure un samedi soir sur msn… Le coussin ne ressemble pas du tout à notre discussion mais il t'appartient !!
Petit cadeau pour ma bibiche Antocyane : Bon Anniversaire, ma belle !!!!!! J'espère que ce chapitre te plaira !
Bonne lecture!!
Chapitre 11
Lucius appela doucement Tiny. Il ne voulait pas perturber le jeune Veela pensif, il avait beaucoup à intégrer avant qu'ils ne puissent reprendre la conversation là où elle s'était arrêtée.
Il commanda du thé à la petite créature, qui l'obligea avec célérité. Il se servit une tasse de thé puis en posa une à portée de main du jeune homme, au cas où.
Lucius hésita un long moment avant de se laisser tenter par un macaron à la pistache qu'il dégusta, observant les mimiques expressives du garçon en pleine réflexion. Il ressemblait un peu à ce personnage de conte moldu… Alice… quand elle tombe dans le terrier du lapin blanc, bien que la comparaison d'un Malfoy avec un lapin soit offensante.
Inconscient de l'amusement de Lucius, Harry pensait.
Il savait qu'il avait d'énormes lacunes vis-à-vis de la culture sorcière. Après onze années passées dans un placard sans même savoir ce qu'était un sorcier et sans le moindre petit cours de rattrapage ou d'initiation, il ne pouvait guère prétendre à mieux. Le peu qu'il avait appris à ce sujet venait des interminables sermons d'Hermione sur l'histoire de la magie ou autres billevesées qu'il préférait écouter seulement d'une oreille, soucieux de ménager la patience de la jeune femme qui pouvait partir dans des crises épouvantables si elle se sentait snobée, comme intensifier son discours si elle percevait un intérêt trop marqué.
L'un dans l'autre, il devait admettre qu'il ne connaissait pas grand-chose du monde dans lequel il vivait si l'on omettait l'art de tuer des mages noirs.
Lucius l'avait surpris… Il s'attendait à une attitude arrogante et déplacée, comme celle de son fils, mais non. Oh, tout ce qu'il lui avait dit ne lui avait pas plu, bien au contraire, mais il ne l'avait pas pris de haut, pointant son ignorance. Il réalisait tout doucement que le monde qu'il voyait jusqu'ici en noir et blanc, les deux teintes pures limitées par une belle coupure bien nette, était en fait un magma grisâtre, plus ou moins sombre.
Il savait, quelque part, que Lucius avait raison et que la décision de Dumbledore de l'envoyer servir d'elfe de maison chez les Dursley était mauvaise mais jamais il n'avait envisagé que Dumbledore puisse ne pas être entièrement blanc.
Tout comme il n'avait jamais songé au fait que Lucius puisse se montrer humain. Le blond avait visiblement très mal pris l'accusation qu'il lui avait jetée à la figure, insinuant que le génocide des moldus entrepris par Voldemort était le point sur lequel il adhérait aux idées de ce psychopathe. Jamais l'idée que l'homme puisse avoir également eu à protéger sa famille pendant la guerre, et que cela impliquait des sacrifices, ne lui avait effleuré l'esprit.
Harry piocha distraitement dans l'assiette de macarons, qui était apparue Merlin sait comment sur la petite table, et grignota le gâteau sans y penser.
Le monde dans lequel évoluait Lucius était… compliqué, un peu effrayant, mais étrangement plus libre que celui d'Harry. Il n'en revenait pas que, dans la bonne société, on puisse se marier et aller voir ailleurs en toute simplicité. Il sentait ceci dit que cela ne s'appliquait pas à lui. La jalousie dévorante qui l'avait animé lorsqu'il avait vu son compagnon papotant nonchalamment avec Lucius comme il l'avait fait avec lui deux jours auparavant ne laissait pas place au doute, aussi surprenant que cela soit. Il ne voyait aucune raison logique d'être jaloux. Non seulement les deux hommes n'étaient pas si proches que ça mais, de plus, il n'était pas amoureux de Severus, n'est-ce pas ?
Harry dégagea un coussin mal placé dans son dos et l'amena sur son ventre, le papouillant vaguement d'une main tout en se demandant si Lucius pouvait avoir raison pour les Weasley… N'importe quoi pour éviter de s'attarder davantage sur cette troublante question de sentiments.
Se remémorant son mariage, Harry dut convenir que Ginny avait piqué une crise de nerfs, mais bon, elle était presque sa petite amie avant cette déplorable affaire. Une certaine violence et quelques crises de larmes étaient de mise. Molly et Arthur n'avaient pas eu l'air très enjoué, mais il épousait un homme plus âgé et notoirement détestable, qu'attendre d'autre leur part dans ces circonstances ? Les jumeaux avaient été joyeux et très enthousiastes, comme à leur habitude. Peut-être ne voyaient-ils rien de mal là-dedans ? Ron l'avait intrigué. Non pas qu'il y ait réellement prêté attention sur le moment, après tout il venait de se marier et était pétrifié rien qu'à l'idée de la nuit de noces, mais son ami n'avait même pas dit un mot. Certes il ne s'attendait pas vraiment à du réconfort venant de Ron mais au moins à un petit mot maladroit et emprunté, suivi d'interminables excuses gauches. Là, rien. Ce point demanderait des éclaircissements… La rentrée était proche, il pourrait peut-être s'arranger avec Severus pour aller sur le Chemin de Traverse avec les Weasley et tirer tout cela au clair une bonne fois pour toute.
Inscrivant une note mentale pour se rappeler de demander la permission à son mari, Harry se demanda si Rémus et Sirius étaient vraiment les bienvenus au Terrier finalement. Pas que qui que ce soit ait fait la moindre remarque mais maintenant il avait comme un doute… Après tout les loups-garous n'étaient pas très respectés… Il allait devoir demander des précisions… Et pas qu'à ce sujet…
Cette histoire de proximité à maintenir avec son compagnon le mettait mal à l'aise… Il voulait bien admettre avoir des préjugés sur la sexualité en général mais il n'était plus avancé pour autant. Qu'est-ce que Lucius sous-entendait par proche de son compagnon ? Jusqu'où devait-il aller ? Il n'était certainement pas prêt à… enfin bref, il ne voulait pas y penser.
Lucius se délectait d'un pénultième biscuit, aux amandes celui-là, lorsque qu'Harry émergea de sa rêverie et se saisit du thé qui, grâce à un charme qu'un Lucius d'une humeur généreuse avait placé sur la tasse, était encore bien chaud. Il constata bien vite la tragique diminution du nombre de macarons dans le plateau et regarda Lucius, amusé.
- Vous êtes aussi gourmand que lui.
- Je vous demande pardon ? s'enquit innocemment Lucius. Il savait pertinemment à qui Harry faisait allusion mais il avait noté l'hésitation du jeune Veela lorsqu'il avait prononcé le nom de son compagnon. Quant à savoir si cela avait un lien avec la crise de jalousie dont il venait de les gratifier ou si le garçon n'osait pas énoncer le prénom de son, mari, il allait le découvrir.
- Vous êtes aussi gourmand que S… Severus, Mr Malfoy.
- Appelez moi, Lucius, je vous en prie, Harry. Vous semblez avoir quelques difficultés avec le prénom de votre mari, si je ne m'abuse…
- Je… Il est mon professeur depuis des années et très strict sur la politesse… C'est difficile de ne pas l'appeler professeur ou monsieur…
- Je vois… Avez-vous peur qu'il ne réagisse mal si vous l'appelez familièrement ?
- Ben… oui, un peu, admit Harry.
- N'est-ce pas lui qui vous a demandé de le faire ? s'étonna faussement Lucius. Il savait que jamais le jeune Veela timide qu'il avait sous les yeux n'aurait pris la liberté d'appeler son ami par tout autre terme que son titre académique, tout du moins lorsqu'il était en sa présence.
- Si, murmura Harry, tout à coup un peu honteux. Il avait soudainement l'impression d'être lâche, à ne pas oser prononcer un nom, et un Gryffondor n'est jamais lâche !
Lucius vit le sursaut de fierté passer dans les yeux verts de son vis-à-vis et fut satisfait de constater qu'il n'avait pas perdu la main en manipulation de Gryffondor.
Toujours utiliser leurs émotions.
- Dans ce cas, je doute qu'il critique le fait que vous fassiez ce qu'il vous a demandé, conclut Lucius en prenant un dernier macaron à la framboise. Il fallait vraiment qu'il arrête là où il allait finir par grossir…
- Peut-être… Je… Ça m'angoisse, c'est tout.
- Je sais que Severus cultive son apparence impressionnante et qu'il a parfois un tempérament un peu vif mais il ne va sûrement pas passer à côté d'une chance d'être aimé pour lui-même.
Harry fixa Lucius, sidéré.
- C'est là le sens profond de l'Union avec un Veela. Un amour pur et simple. Autant que quelque chose puisse être simple lorsque vous et Severus êtes concernés… Nous tombons toujours amoureux de notre compagnon ou compagne. Severus a été beaucoup déçu par le passé et il est devenu amer. Avoir la chance d'épouser quelqu'un qui l'aimera sans se soucier de l'image publique qu'il donne est inespéré.
- Mais… mais…
- Vous avez fait une belle crise de jalousie pour quelqu'un qui s'apprête à nier qu'il est amoureux de son mari, le titilla Lucius.
Harry ouvrit de grands yeux et rougit violemment.
- Mais… je… je ne l'aime pas, n'est-ce pas ? implora Harry.
- En réalité, si, répondit Lucius, un peu surpris par le plaidoyer du jeune Veela. Il vous a calmé extrêmement vite tout à l'heure. J'ai bien noté que vous aviez très envie d'un contact plus prolongé avec lui et que ma présence vous a gêné. C'est un signe qui ne trompe pas. Un Veela n'est pas aussi avide de contact juste après une crise de jalousie sans raison.
Lucius passa judicieusement sous silence le fait que le manque d'intimité de leur couple renforçait considérablement le besoin en question. Il devait comprendre qu'il aimait son mari, non ? Quelques ruses me seraient point de trop…
- Qu'est-ce que vous voulez dire par contact ? marmonna Harry si bas que Lucius eut quelques difficultés à comprendre ses paroles.
- Je veux dire que vous devez passer du temps près de lui… Puis-je vous poser une question personnelle ? s'enquit diplomatiquement Lucius.
- Dites toujours…
- Comment vous sentez-vous quand il vous prend dans ses bras ou quand il vous embrasse ? Je sais que ma requête peut vous paraître d'une effroyable indiscrétion, mais je pense sincèrement que vous avez besoin d'extérioriser ce que vous ressentez. Je vous assure que je n'ai aucune tendance voyeuriste.
- C'est très gênant… je…
Harry s'arrêta, la respiration hachée, et prit une grande inspiration.
- Il ne… m'embrasse pas et quand il… Au chaud… et je crois… que je me sens… en sécurité… C'est bizarre…
- Il est naturel que vous vous sentiez en sécurité avec lui. Vous protéger fait partie de ses attributions en tant que compagnon. Cela dit, ce point est à double sens. Vous éprouvez également le besoin viscéral de le protéger. S'il se trouve près de vous et en danger, vous allez réagir instinctivement pour l'en écarter, un peu comme la crise de jalousie de tout à l'heure, expliqua Lucius, cachant sa stupéfaction devant le fait que Severus n'ait pas même embrassé son Veela depuis le mariage.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire, rougit incontrôlablement Harry.
- Mais encore ? demanda Lucius, faisant de son mieux pour ne pas laisser s'épanouir un sourire devant la pudibonderie du garçon, le choc passé. Encore un point sur lequel Severus devrait donner quelques explications…
- J'ai l'impression de faire… une… fixation sur son cou…, chuchota Harry d'une voix tremblante, le visage d'un carmin à faire pâlir d'envie une rose rouge.
Lucius faillit éclater de rire et ne se reprit qu'au dernier moment. S'il commençait à rire, tout serait fichu et Harry se refermerait comme une huître. Il s'attendait à une révélation tellement plus scabreuse !
- J'avoue n'y avoir jamais songé, admit Lucius sans se compromettre.
- Sa peau est tellement douce…
Harry semblait parti dans un monde intérieur, lointain et la rougeur de sa chair diminua.
- Ses yeux… Merlin… Si intenses, profonds…
Lucius était à la fois satisfait de voir que le jeune homme éprouvait visiblement une certaine attirance pour son compagnon et un peu gêné d'entendre parler d'un homme qu'il connaissait depuis plus de vingt ans en ces termes. Il n'avait qu'à s'en prendre qu'à lui-même, après tout. Il avait insisté pour savoir ce qu'Harry pensait… Au moins était-il sûr que le blocage n'était physique mais ancré par son éducation, ou plutôt par l'absence d'une éducation décente.
Le regard brumeux du jeune Veela était rempli d'un désir contenu et désabusé.
Lucius était sûr à présent que tout s'arrangerait pour Severus même s'il n'avait jamais considéré l'homme comme étant le moins du monde séduisant.
Un sifflement irrité lui fit lever les yeux sur un Veela d'une mauvaise humeur palpable. Il réalisa qu'il avait parlé tout haut. Sa réflexion avait sorti Harry de sa transe et il était évident que le jeune homme n'avait point goûté la critique. Ses yeux verts brillaient bien trop dangereusement pour le confort de Lucius, lui rappelant fort inopportunément la couleur d'un Avada Kedavra.
- Ne le prenez surtout pas mal, Harry. Je n'ai nullement l'intention d'insulter Severus. C'est un très bon ami, auquel je tiens beaucoup, mais je ne trouve d'intérêt qu'en ma compagne, tenta de l'apaiser Lucius.
Harry se calma et rougit, un peu perturbé d'avoir réagi de la sorte, avec une telle vivacité pour un commentaire qu'il aurait lui-même fait quelques semaines auparavant sans le moindre remords.
- Désolé…
- Vous êtes tout excusé. Je vous ai prévenu que vous auriez tendance à vouloir le protéger, le taquina Lucius.
Harry grommela quelque chose d'indistinct avant de demander d'une petite voix s'il pouvait poser une question.
- Mais, bien entendu. Faites...
- Vous m'avez dit que le sang de créatures magiques était considéré comme un atout pour une famille mais pas pour les loups-garous. Je… je… en fait, je…, bafouilla lamentablement Harry, incapable de formuler correctement sa pensée.
- Vous voulez des précisions sur le statut de votre père adoptif ? l'aida Lucius.
- Euh, oui, acquiesça Harry, soulagé que le blond ait compris quelque chose à son babillage.
- En réalité le cas des loups-garous est plus complexe qu'il n'y paraît. Tout d'abord, il est vrai que qu'un lycanthrope subissant ses transformations mensuelles n'est pas considéré comme un point positif. Cela dit, tout enfant né avec les gènes de la lycanthropie mais n'exprimant pas les transformations sera au contraire un partenaire potentiel très recherché par certaines familles. Il apportera des sens plus aiguisés, une force physique supérieure et une certaine résistance à des sorts offensifs.
- Vous voulez dire que si Rémus a un enfant…
- N'allez pas trop vite en besogne, jeune homme, l'avertit Lucius. Vous mettez le carrosse devant les Sombrals. Il faut bien comprendre que, dans plus de 80% des cas, les enfants naissent porteurs de la maladie. Dans de rares cas, ils en sont totalement exempts. La combinaison des gènes lycanthropes avec l'absence de transformation est donc assez rare, mais possible. Tout dépend du hasard et, dans une moindre mesure, de la puissance du géniteur.
- C'est pour cela que l'on tolère le mariage des loups-garous ?
- Il y a longtemps, les lois étaient encore plus dures pour eux. Ils devaient être obligatoirement stérilisés, quand ils n'étaient pas tués sans distinction, et n'avaient pas le droit d'être avec leur compagne ou compagnon. Un reniement de la magie elle-même si vous voulez mon avis. Bref, après de nombreuses années de batailles acharnées, les lois ont été assouplies en ce qui concerne leurs droits au mariage et à la reproduction. Je dirais que c'était un bon début, quoique timide. Il est dommage qu'il n'ait pas été poursuivi. Ces améliorations ont eu lieu il y a 3 siècles, précisa-t-il pour Harry qui ne suivait visiblement pas très bien la chronologie des événements. C'est cela qui a permis à Lord Black d'épouser Mr Lupin. Bien que cette union soit légale, reconnue et protégée, elle reste assez mal vue par une certaine branche conservatrice de la société dont nous avons déjà discuté.
- Autrement dit, les Weasley ne supportent leur présence qu'à cause de moi ? C'est ça ? s'échauffa Harry.
- Je ne peux pas vous dire… En partie, probablement. Ils n'ont pas de préjugés notables à l'égard des loups-garous, pour autant que j'ai pu en juger. Mais je pense qu'ils peuvent éventuellement avoir un souci avec le fait que Mr Lupin ait épousé un homme, un Sang Pur d'une grande lignée de surcroît. Vous savez, bien qu'ils se soient éloignés de la société formée par les vieilles familles suite à de nombreuses prises de positions malheureuses, les Weasley ont toujours voulu en faire plus ou moins partie. Je connais suffisamment Arthur pour savoir qu'il n'en a strictement rien à faire, tant qu'il est heureux. Mais son père était beaucoup plus ambitieux et je pense que si Molly Prewett a épousé le fils héritier de la famille, c'est en partie dans l'espoir de retrouver une place sociale digne de celle que sa famille occupait avant sa ruine financière. Je ne doute pas de leur affection sincère à votre égard et ils respectent les anciennes traditions établies pour les créatures magiques, mais je suis persuadé que les événements de ces derniers mois ne les ont guère enthousiasmés.
L'air pitoyablement déconfit d'Harry lui fit mesurer ses propos :
- Cela dit, il ne s'agit que de spéculations de ma part, basées sur des opinions publiques… Rien ne prouve qu'ils ne perçoivent pas les choses différemment dans l'intimité de leur famille. Il vaudrait mieux les confronter avant de tirer des conclusions hâtives.
Harry hocha la tête, pensif. Il avait bien l'intention de savoir avec exactitude où il se situait sur l'échelle de valeurs de la famille Weasley… Ils avaient semblé si accueillants avant cet héritage… Ils n'avaient apparemment pas de problèmes avec la présence de Rémus et Sirius… Peut-être parce qu'ils les connaissaient depuis longtemps ? Et ils n'avaient pas hurlé à la trahison lorsqu'il était devenu évident qu'il était un Veela…
A moins que…
A moins qu'ils n'aient estimé qu'il serait lié à leur fille ?
Il ne pouvait nier éprouver une certaine tendresse pour elle mais il les considérait un tantinet présomptueux dans cette affaire… Après tout, le monde était vaste et les communautés sorcières, bien que dissimulées, restaient nombreuses.
- Vous croyez qu'ils auraient voulu que je me marie dans la famille ? demanda-t-il d'une petite voix indécise.
- Vous auriez sans conteste représenté un atout non négligeable mais est-ce suffisant ? Je ne saurais vous dire… Quoi qu'il en soit, vous avez épousé Severus, il leur faudra bien se faire une raison.
- Je ne suis pas normal, hein ?
Le ton désespéré d'Harry n'échappa nullement à Lucius qui peinait à saisir comment ce garçon pouvait sauter ainsi du coq à l'âne sans arrêt.
- A quel titre ? hésita légèrement Lucius.
- Je devrais… je ne sais pas… ne pas avoir peur d'être avec mon… mon… mari… Je… je n'arrive même pas à le dire !
- Harry, vous avez élevé dans un milieu hautement homophobe, Severus ne s'attend pas à ce que vous sautiez dans son lit. Il m'a semblé un peu vexé, le jour où vous êtes allé visiter sa réserve, que vous lui ayez clairement indiqué avant le mariage qu'il n'y aurait aucun contact entre vous mis à part la consommation requise. Je pense cela dit qu'il ne se doutait pas le moins du monde de tout ce dont nous avons parlé. Severus, bien qu'il soit Sang Mêlé, connaît parfaitement les traditions, mieux que bien des sorciers de sang pur, et, étant lui-même homosexuel dans une société des plus tolérante, il ne voyait bien évidemment pas le problème. Je présume qu'il n'avait pas envisagé qu'il puisse y avoir un problème plus profond que les insécurités traditionnelles liées à la perte de votre virginité.
- Vexé ? Je l'ai vexé ? paniqua le jeune Veela.
- Calmez-vous… Il ne pouvait pas comprendre la situation sans que l'on lui explique. Je vous assure qu'il ne vous en veut pas. Son orgueil a été légèrement froissé, rien de plus.
- Mais… mais…
- Shhhhh… Rien du tout. Severus est un homme bien, ce qui signifie qu'il refusera de vous mettre ne serait-ce que mal à l'aise sur ce point, et tant pis pour son orgueil.
- C'est pour ça qu'il ne m'embrasse jamais ? demanda un Harry tout timide et rosissant.
- Vous voudriez qu'il le fasse ? insista doucement Lucius. Il tenait là quelque chose d'important et n'allait pas le laisser filer, aussi personnel et intime que cela soit.
- Je sais pas trop, admit Harry avec une certaine répugnance. Devant l'autel, c'était…
- Oui ? le poussa gentiment Lucius.
Il ne fallait pas qu'Harry se défile, ni qu'il insiste trop lourdement… Un cauchemar à réaliser même pour un Serpentard aussi rusé et expérimenté que lui. Ce simple petit mot pouvait être juste ce qu'il fallait au garçon pour parler ou bien tout le contraire. Impossible de le savoir à l'avance.
Quand Harry ne répondit pas, Lucius pensa qu'il avait été trop inquisiteur et renonça à insister sur ce point.
Finalement, le jeune homme reprit sur un ton un peu lointain :
- J'ai eu l'impression que ça avait de l'importance pour lui. C'était… doux… tendre même… mais il ne l'a jamais refait alors je… j'ai peur que ça n'ait pas eu de sens finalement, admit le Veela, une grosse boule en travers de la gorge.
- Savez-vous quelle forme a pris sa bague ? demanda Lucius à brûle pourpoint.
- N…non. Je n'ai jamais fait attention…, répondit Harry, étonné.
- Les bagues d'un couple veela sont très révélatrices. Plus elles sont complexes et détaillées, et plus l'union sera forte. Chacune d'entre elles représente le membre du couple qui ne la porte pas. Plus elles comporteront de détails, plus le couple sera en communion. En regardant sa bague, vous aurez une idée de la profondeur du lien entre vous. Pas tel qu'il est aujourd'hui mais tel qu'il sera quand les difficultés actuelles seront abolies.
- Oh… murmura Harry, son regard se déportant instinctivement vers la bague qui ornait sa main gauche.
Le joli serpent brillait calmement à son doigt, superbement ciselé. Il réalisa qu'il n'avait pas eu la curiosité de chercher à voir la bague de son compagnon.
- Et vous pourriez aussi tout simplement lui poser la question, je suis persuadé qu'il serait ravi de pouvoir discuter un peu avec son mari. Vous ne devez pas avoir peur qu'il vous repousse sans cesse. Croyez moi, il veut faire en sorte que votre couple fonctionne, assura Lucius.
Le regard plein d'espoir que lui lança Harry lui remémora les paroles de Severus. Il n'y avait pas que le sourire qui devrait être interdit…
Il comprenait maintenant sans difficulté la raison pour laquelle son ami était si rapidement tombé sous le charme du jeune Veela aux grands yeux verts. Il était d'une adorable innocence, blotti dans son fauteuil, serrant sur son ventre un coussin gris perle aux délicats motifs chinois, brodés de rouge.
- Avez-vous encore quelque chose à me demander, mon cher ? interrogea gentiment Lucius. Vous semblez avoir épuisé vos questions pour le moment.
- Euh… Il n'y a rien qui me vient, là…
- Je pense que vous avez suffisamment de nouveaux éléments à intégrer pour aujourd'hui. Cela dit, si d'aventure une question devait vous turlupiner à un moment ou à un autre, et si tant est que vous n'utilisiez pas cette ignoble chouette noire appartenant à Severus, vous serez le bienvenu quelle que soit la requête que vous souhaiteriez exposer.
- Chouette noire ? demanda Harry, intrigué par la subite étincelle de haine qui avait transpercé dans la voix de l'homme.
- Cet infernal volatile n'entraîne que catastrophe sur catastrophe et je souhaiterais voir mon manoir survivre à la présence de cette furie ambulante.
- Promis, je ne l'utiliserai pas, répondit Harry, franchement amusé. Il se demanda ce que cette pauvre bête avait bien pu faire pour se mettre ainsi l'aristocrate à dos.
- Vous m'en voyez ravi.
Lucius se leva et prit congé du jeune Veela, lui assurant qu'il trouverait son chemin.
Une fois sorti du salon, il se dirigea vers le sous-sol et le laboratoire de son ami. Il frappa poliment à la porte et attendit la réponse du maître des lieux. Le battant s'ouvrit sur un Severus un peu énervé.
- Votre entretien est terminé ? s'enquit-il, un sourcil délicatement levé.
- Je pense que ton mari est à court de questions pour l'instant. Il a besoin de réfléchir, répondit Lucius. M'escorterais-tu jusqu'à la grille ? Il faut que je te parle.
- Mais, bien entendu.
Severus sortit de son laboratoire, refermant la porte derrière lui, et guida Lucius jusqu'à la petite porte donnant dans le jardin. Les deux hommes émergèrent dans une allée, sous le soleil de l'après-midi, et prirent très lentement la direction de l'entrée du domaine.
- Je pense que tu n'as pas à t'en faire pour ton mariage. Ton mari est perturbé par sa soi-disant éducation mais rien de plus, entama Lucius.
- Que veux-tu dire ?
- Il lui faudra un certain temps pour se débarrasser du bourrage de crâne homophobe que ces moldus, cracha-t-il dédaigneusement, lui ont fait subir mais il a exprimé un tel espoir lorsque je lui ai dit que tu voulais que ton couple marche que je suis persuadé qu'il te faudra simplement l'apprivoiser. Son esprit n'est pas prêt encore mais son corps hurle littéralement le besoin d'être réclamé par son compagnon.
Severus le regarda totalement incrédule, ce qui, chez le maître des potions, se traduisit par un haussement d'un demi millimètre du sourcil droit et une légère dilatation des pupilles.
- N'étant pas un Veela, tu n'as pas su interpréter les signes mais ils sont là. Ses rêves, les tiens…
- Comment ça, les miens ? s'offusqua Severus. Il n'avait parlé de ses rêves à personne !!
- Oh, je t'en prie, ne joue pas les innocents avec moi, Severus. Le sommeil empêche tes barrières d'Occlumens d'être au summum de leur efficacité et des rêves aussi puissants peuvent s'infiltrer.
- Explique-toi, répliqua vertement Severus.
- Soit, soupira Lucius, indiquant à son ami un banc près d'un massif de fleurs.
Ils s'installèrent et Lucius, après avoir pris quelques secondes pour organiser ses pensées, entama son exposé :
- Tu sais qu'il existe un lien entre le Veela et son compagnon, lien qui permet à chacun de ressentir les émotions de l'autre, débuta Lucius, s'attirant un bref signe de tête de la part de Severus. Chez la plupart des sorciers, ce genre de discours est inutile et c'est la raison pour laquelle on ne trouve aucune référence bibliographique à ce sujet. Il existe, après tout, peu d'Occlumens dans notre monde. Le lien est normalement à double sens, permettant au Veela de savoir si son compagnon est heureux ou non, et au compagnon de sentir lorsque le Veela glisse dans une phase de dépression. Tu as toi-même récemment expérimenté la rapidité avec laquelle une dépression pouvait atteindre des profondeurs abyssales chez un membre de mon espèce. Dans ce cas, le lien sert à protéger le Veela, faisant en sorte que son compagnon vienne le consoler quand quelque chose menace son équilibre.
- Mais je ne sens absolument rien émaner d'Harry, objecta Severus.
- Occlumencie. Tes boucliers sont systématiquement levés. Réaction au demeurant parfaitement compréhensible après vingt ans d'espionnage pour deux mages puissants et complètement cinglés si tu veux mon avis. Ce qui fait que tu bloques inconsciemment toute sensation émanant du lien. Sauf dans ton sommeil. D'où les rêves.
- Mais ils ont commencé…
- Dès l'instant où tu as revu Harry après son héritage, je me trompe ?
- Non, mais le lien n'existait pas à ce moment-là…
- En effet. Il s'agissait alors du Veela appelant son compagnon. Vois-tu, les phéromones affectent plus ou moins tout le monde, sauf ceux qui sont véritablement amoureux ou qui sont destiné à quelqu'un d'autre. Elles ont cependant la particularité d'être plus active chez le futur compagnon, et s'accompagnent pour lui de rêves intenses.
- Mais le lien est créé maintenant, alors pourquoi les rêves continuent-ils ?
- Je te l'ai dit, son corps hurle. Littéralement. Tu l'entends toutes les nuits. Et j'avoue que je n'aurais jamais cru entendre quelqu'un parler de toi comme il l'a fait…
Lucius dissimula un sourire lorsqu'il vit une légère rougeur grimper le long des joues pâles de son vieil ami. Severus n'avait jamais été prude, ni prompt à rougir, ce qui en disait long sur le contenu de ses nuits oniriques.
- Tu ferais bien de t'y habituer. À chaque fois que ton Veela se sentira sexuellement frustré ou qu'il éprouvera le besoin de réaffirmer le lien, les rêves reviendront. En ce moment, il y a probablement un peu des deux.
- Qu'a-t-il dit de si étrange ? demanda Severus, tentant de reprendre le contrôle son corps, et accessoirement de la conversation pour l'éloigner du sujet épineux de ses rêves et de ses réactions lorsque son Veela était impliqué.
- Ce qu'il a dit n'était pas étrange en tant que tel mais j'ai été quelque peu surpris de la description pleine de passion qu'il a fait de tes yeux… Ma stupeur s'étant bien malgré moi exprimée à haute voix, il s'est hérissé comme un chat en colère, plaisanta Lucius.
Severus grommela vaguement ce qui aurait pu, avec beaucoup d'imagination, passer pour une phrase.
- Essaye juste de laisser glisser un peu tes barrières mentales de temps à autre, pour voir comment il se sent, reprit Lucius, revenant au sujet initial. Les sensations sont généralement moins précises pour le compagnon que pour le Veela, encore que tout dépende de la force du lien.
Severus le regarda bizarrement et Lucius se sentit obligé d'éclaircir ses paroles :
- Plus le lien sera fort et plus vous pourrez ressentir les sentiments de l'autre. C'est très variable, il n'y a pas de règle dans ce domaine.
Les deux hommes se levèrent d'un commun accord et reprirent leur périple vers les grilles. Chemin faisant, Severus s'enquit de la santé de son filleul.
- Draco va bien. Il refuse la potion de révélation. Je sens que le début d'année va être compliqué…, soupira Lucius.
- Il existe un moyen pour couvrir les phéromones ?
- Aucun qui soit réellement efficace. Nous disposons d'anciennes recettes de famille mais il va tout de même attirer tout ce qui bouge dans Poudlard dès qu'il y mettra un pied. Ce qui n'empêche pas monsieur de refuser de se simplifier l'existence ! Il estime qu'il est plus sûr de découvrir la personne qui lui est destinée à l'ancienne mode, soi-disant.
- Je vais devoir prévoir des mesures de précautions supplémentaires dans les dortoirs des Serpentards… Merci de me prévenir.
- Je t'en prie, déclara Lucius, une main sur la grille d'entrée de la résidence de Severus. Oh, avant que j'oublie ce petit détail, pense à embrasser ton mari de temps à autre.
- Je te demande pardon ?
- Il m'a dit que tu ne l'avais embrassé qu'une seule fois, devant l'autel. Je trouve cela fort inconsidéré de ta part, mais peu importe, il est mal à l'aise vis-à-vis de ce baiser.
- Pourquoi ? s'étonna honnêtement Severus. Dans son souvenir, ce baiser était très doux, très réussi même.
- Il a eu la sensation que cela avait un sens pour toi, qu'il ne s'agissait pas d'une simple obligation que l'on t'aurait imposée, mais comme tu ne l'as plus jamais embrassé depuis, il en doute maintenant.
- Mais… mais… Évidemment que cela avait un sens ! Que veut-il que je fasse, moi ? J'arrive, je l'embrasse et je repars ? C'est insensé !!
- Cela me semble en effet peu opportun, s'amusa Lucius. Habitue le doucement à toi, à ta présence. Ça finira par venir tout seul. Rassure le sur tes sentiments dans l'intervalle.
- Mouais… Il ne pourrait pas faire simple pour une fois dans sa vie, non ? ronchonna Severus.
- J'en serais confondu, mon cher, se moqua Lucius avant de transplaner, laissant derrière lui un Severus hésitant vainement entre éclater de rire et étrangler le blond pour sa répartie.
**************
Salon, pendant ce temps.
Harry se resservit une tasse de thé et entreprit de la siroter tranquillement, perdu dans ses pensées, ses doigts papouillant le coin gauche du coussin bien installé contre lui.
Lucius connaissait-il suffisamment Severus pour lui affirmer sans se tromper que celui-ci voulait bien d'Harry ? Qu'il n'était pas juste une obligation supplémentaire que l'on avait posée sur les épaules du professeur ? Severus lui avait dit lui-même qu'il souhaitait faire fonctionner ce mariage mais Harry ne pouvait s'empêcher de craindre qu'il ne le pense pas vraiment ou qu'il change d'avis sans prévenir.
Il ne remarqua pas l'entrée discrète de son compagnon.
**************
Severus se glissa doucement dans la pièce, regardant pendant quelques instants son Veela maltraiter un innocent coussin.
Il s'avança derrière le fauteuil de celui-ci.
- L'entrevue s'est bien passée ? demanda-t-il gentiment.
- Euh… oui, répondit Harry, sursautant légèrement à l'interruption impromptue de ses pensées.
Severus vint prendre place sur le sofa qui séparait les fauteuils dans lesquels son mari et son meilleur ami étaient précédemment installés. Il repoussa quelques coussins aventureux et invoqua une tasse de thé. Il se servit et trempa les lèvres dans le breuvage chaud, laissant son dos revenir au contact du dossier et ses muscles se détendre.
Severus ne s'y attendait guère mais ce fut Harry qui débuta la conversation.
- Je n'ai pas reçu de hibou avec la liste des livres pour la prochaine rentrée, commença-t-il, un peu hésitant. Il n'était pas des plus à l'aise avec les approches subtiles mais il ne pouvait pas décemment aborder Severus bille en tête.
- Cela me parait logique… Il n'y a nul besoin de fatiguer une quelconque volaille pour te faire parvenir une liste dont, en tant que membre du corps professoral, je possède un exemplaire.
- Oh, marmotta Harry.
- Je pense qu'une après-midi sur le Chemin de Traverse s'impose dans des délais raisonnables, hasarda Severus. Il savait pertinemment où son jeune époux voulait en venir.
- Je… je pourrais y aller avec Hermione ? Et Ron ?
- Bien sûr.
La légère hésitation dans la voix de son mari fit naître un soupçon dans l'esprit d'Harry.
- Mais encore ? demanda-t-il d'une voix plus dure qu'il ne l'aurait cru.
- Je crois que je devrais te montrer quelque chose auparavant, répondit Severus, un peu déconcerté par le ton de son Veela. Je ne savais pas trop comment t'annoncer cela alors j'ai repoussé ce moment, en espérant que ce serait plus facile…
Severus se leva et déposa sa tasse sur la table.
- Je reviens.
Harry regarda son compagnon sortir de la pièce. Il se sentait un peu honteux du ton qu'il avait employé. Il n'avait pas voulu insinuer quoi que ce soit mais il avait eu la désagréable impression que Severus allait refuser de le laisser sortir. Ou bien qu'il ne voulait pas qu'il continue à fréquenter ses amis…
Apparemment, son mari était réticent à lui parler d'un certain sujet mais pas à le laisser se balader en ville…
Severus revint, porteur d'une missive sagement pliée entre ses longs doigts. Il se rassit avant de la tendre à son Veela.
- Je pense que le mieux est que tu lises cela.
Harry prit la lettre et la déplia soigneusement. Il reconnut instantanément l'écriture nette et serrée d'Hermione et commença à lire. Le fait que la lettre soit adressée à son mari le surprit mais pas autant que la suite.
Le parchemin lui échappa des mains et ses pensées se mirent à tourbillonner dans son cerveau.
Lucius avait raison… Ils… ils… ils ne m'aiment pas… Il faut que je les voie ! Qu'ils osent me dire ça en face !!
Severus vit son Veela passer d'une émotion à l'autre avec une vitesse hallucinante. L'incrédulité, la colère, le chagrin, la détermination se mêlèrent et vinrent durcir son regard. Quoi que le jeune homme ait en tête à cet instant, il ne voulait pas en être le destinataire… Mais le témoin en revanche… Les Weasley l'avaient toujours considéré comme un intrus au sein de l'Ordre et l'avait traité comme tel. Il ne serait pas contre être l'innocent spectateur d'un retour de manivelle bien mérité.
Sans prévenir, Harry se jeta à son cou, s'excusant d'avoir été si froid.
- Je suis désolé !! Je… J'ai cru… j'ai cru que tu voulais pas me laisser sortir et… et…, hyperventila Harry, se sentant affreusement coupable d'avoir mal jugé son compagnon.
- Sssshhhhhhhh…. Tout va bien… Tu ne pouvais pas deviner… Miss Granger m'a envoyé cette missive peu de temps après ton exploration de ma réserve et je n'ai pas voulu te perturber davantage. Tu avais bien assez à penser sans cela. Mais je pense que tu dois savoir ce qui se dit avant d'affronter tes amis.
Severus avait reçu son Veela tant bien que mal, manquant de partir à la renverse avec le canapé. Il installa bien vite le jeune homme sur ses genoux, une main nichée au creux de ses reins, l'autre jouant doucement avec les épaisses mèches folles qui lui chatouillaient la mâchoire. Il murmurait tranquillement à son oreille, lui expliquant la situation, et tentant de ne pas faire cas de la respiration chaude et haletante d'Harry qui titillait sans relâche la peau tendre de son cou.
Le Veela finit par se calmer mais resta là où se trouvait, les mains croisées derrière la nuque de Severus, et ne montrant aucunement l'intention de bouger un jour. Severus glissa les bras autour de lui et se rencogna dans le sofa, profitant sans fausse honte de l'étreinte qu'Harry lui accordait.
******************
Severus dégagea souplement sa baguette du holster qui la maintenait en permanence le long de son avant-bras – les vieilles habitudes, prises dès son jeune âge, durant deux guerres différentes, avaient vraiment la vie dure – et fit venir à lui le dernier numéro du Journal Officiel des Potions et Plantes Rares, publication mensuelle de renommée internationale et à laquelle il contribuait aussi souvent que ses longues et épuisantes heures d'enseignement le lui permettait.
Non pas qu'il s'ennuyât.
Non, non.
Mais il existait une limite par-delà laquelle son cerveau déclarait forfait.
Rester plus d'une demi-heure assis dans un canapé, cloué sur place par le petit corps chaud de son Veela complètement relaxé et tout somnolent, était le maximum qu'il puisse endurer sans stimulation intellectuelle externe, sans lui sauter dessus ou s'enfuir.
Et il n'avait pas envie de bouger.
****************
Harry dormait à moitié, il en était plus ou moins conscient.
Mais il s'en fichait royalement.
Peut-être que Lucius avait raison après tout…
Il se sentait tellement bien, lové autour de son compagnon dont il sentait les mains chaudes reposer sagement au creux de ses reins. Il avait depuis longtemps posé la tête sur l'épaule accueillante de Severus et niché son nez tout contre son cou pour profiter de son parfum. Ses doigts s'emmêlaient épisodiquement dans les longs cheveux merveilleusement soyeux de son mari et, à chaque fois, il se demandait comment il avait jamais pu croire que Severus était pourvu d'une chevelure grasse et filasse…
Il bailla.
**************
Résidence Rogue, 19h.
Tiny apparut dans un grand craquement au beau milieu du salon. Il avait cherché son Maître dans son laboratoire pour lui annoncer le dîner et n'y avait trouvé personne, pas même un chaudron bouillonnant tranquillement. Un peu affolé, il avait retourné presque toute la maison avant de venir dans le salon.
Le petit elfe arbora immédiatement un grand sourire ravi. Il était tout à fait satisfait de la tournure des événements. Il se sentait presque coupable de déranger le couple enlacé sur le canapé.
Son maître avait levé les yeux à son arrivée mais le jeune Maître, lui, n'avait pas bougé un cil.
- Le dîner, Maître, couina Tiny.
- Bien.
Tiny repartit en cuisine, très heureux pour son Maître.
Severus était, quant à lui, perplexe.
Comment quelqu'un pouvait-il s'endormir comme ça sur lui ?
Remettant à plus lointaine échéance les questions métaphysiques, il entreprit de réveiller doucement sa marmotte.
Harry s'étira, un peu cotonneux.
Il réalisa, lorsque son esprit se fut suffisamment éclairci, qu'il était douillettement installé à califourchon sur son mari qui venait tout juste de le tirer du sommeil. Il se leva précipitamment et rougit violemment, s'excusant copieusement.
- Tu n'as pas à t'excuser. La journée a été fatigante. Allons plutôt dîner.
Severus savait bien qu'Harry ne s'excusait pas de s'être endormi, mais qu'il s'excusait d'avoir dormi sur lui. Si la situation ne lui avait pas convenu, Harry se serrait retrouvé sur les fesses, les quatre fers en l'air, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tout Survivant qu'il soit.
Non, vraiment, pas de quoi s'excuser… Bien au contraire…
Alors qu'ils s'installaient à table, Severus aborda le sujet qui les avait conduits à ce délicat intermède.
- Quand veux-tu aller sur le Chemin de Traverse ?
- Euh… je sais pas trop…, hésita le jeune homme, regardant obstinément son assiette de salade composée.
- Après-demain ? Cela te laisse le temps de t'organiser un peu et de contacter tes amis, proposa Severus.
- Je peux, c'est vrai ?
- Bien sûr. Sois simplement prudent avec les Weasley.
- J'ai bien l'intention de connaître le fond de cette histoire, lâcha brusquement un Harry mortellement sérieux.
- C'est à mon sens la bonne option, acquiesça Severus. Je viendrais également si cela ne t'ennuie pas. J'ai des ingrédients à aller chercher et les stocks de Poudlard à remplir avant la rentrée.
Harry hocha la tête avec étrangement plus d'enthousiasme qu'il ne s'y attendait. Cette sortie en public le stressait un peu pour tout dire…
Il allait se retrouver devant un grand nombre de sorciers dont il ignorait totalement la réaction lorsqu'ils le verraient déambuler avec Severus Rogue, ex-Mangemort. Il ne savait pas même si la presse avait révélé son mariage.
Hhhhmmmm, mais faire les boutiques avec son compagnon…
