Coucou tout le monde! Voilà la rencontre très attendue avec la famille Weasley...
Petits messages personnels...
Adénoïde : Excuse moi de ne pas toujours répondre alors que tu m'envoies souvent très gentiment une review mais quand je n'ai pas d'adresse pour répondre, j'ai tendance à oublier sauf si je reçois une review anonyme alors que je commence mon chapitre. Je suis une incorrigible tête en l'air, c'est épouvantable ! Cela dit tu as tout à fait raison, Harry est très naïf par certains aspects et son éducation sociale laisse à désirer. Mais il va sortir les griffes et prendre certaines choses en main, rassure-toi !
Little_darkangel972 : La suite arrive maintenant ! Je poste à peu près tous les quinze jours.
Lady Sanginae Obscurae : Merci !! Ravie que tu aimes !
Makie : Harry n'a pas fini de piquer des crises… lol ! Pour les Weasley, il faut continuer à lire… Et attendre un peu pour Draco, la rentrée est proche !
Annea : Ravie que tu exploses tes quotas pour moi ! Je ne sais pas quelle longueur cette histoire aura… On verra bien ! Je présume que c'est l'inconvénient de l'écrire au fur et à mesure… Moi, méchante ? Meuh non… Pour Draco… Surprise !
J'espère que je n'ai oublié personne… Sinon je vous présente mes plus plates excuses !
Bonne lecture!!
Chapitre 12
Harry se tortillait inconsciemment dans son fauteuil depuis vingt bonnes minutes. Il était ravi de sortir un peu de la maison par ce temps magnifique, d'aller flâner tranquillement entre deux boutiques sur le Chemin de Traverse.
Enfin, aussi tranquillement qu'il pourrait jamais arpenter une rue surpeuplée de sorciers cherchant tous à l'étouffer sous les acclamations, ou bien sous la torture pour quelques Mangemorts récalcitrants.
La présence de Severus à ses côtés n'allait certainement pas apaiser les esprits, bien au contraire. Il sentait déjà les kyrielles de reproches en tout genre s'abattre sur son compagnon. Ou bien sur lui, au choix. Apparemment la plupart des sorciers connaissaient plus ou moins les anciennes coutumes ce qui ne devrait lui mettre qu'une partie de la population à dos : les ignares, dont il reconnaissait faire encore partie il y a peu, et les réactionnaires féroces. Le commun des mortels risquait juste de protester que l'union était mal assortie.
Rien de tout cela ne le rassurait.
Mais il devait sortir. Commander ses livres et autres fournitures par hibou postal ne l'avancerait en rien. Il ne pouvait décemment resté enfermé pour l'éternité, il ne ferait que reculer pour mieux sauter. De toute façon, il n'avait pas honte de son compagnon, qu'on se le dise ! Certes il n'était pas à l'aise le moins du monde avec ses réactions corporelles, ainsi qu'avec la manie qu'avait prise son cerveau de se déconnecter à tout bout de champ dès que Severus l'effleurait ou se tenait tout simplement trop près de lui – soit la plupart du temps où il se trouvait effectivement en sa présence – mais il apprenait tout doucement qu'il y avait plus en Severus Rogue que cet air sarcastiquement glacial et tourmenteur qu'il arborait systématiquement en public. Et ce qu'il découvrait lui plaisait, n'en déplaise à certains, même les potions, aussi ahurissant que cela soit.
Il refusait tout autant d'attendre d'être à Poudlard pour confronter Ron et Ginny. Mieux valait crever l'abcès immédiatement. Il n'était point enclin à supporter l'hypocrisie, tout spécialement si elle provenait d'un garçon qu'il considérait comme son frère ou de la jeune fille qu'il embrassait timidement il n'y a pas si longtemps. Cette simple pensée lui retourna l'estomac sans qu'il soit bien sûr de la raison…
Il soupira. Une petite part de lui, très profondément enfouie aux tréfonds de sa conscience, espérait envers et contre tout qu'Hermione ait mal compris. Bien entendu, ce concept en lui-même était hautement risible. Depuis quand Hermione Granger, grande diplômée ès Je-Sais-Tout et major de promotion, comprendrait-elle quoi que ce soit de travers ? Lorsque ce jour à marquer d'une pierre blanche arrivera, Draco Malfoy offrira joyeusement une salsa endiablée à un Dumbledore extatique en tutu rose !
Il ne parvenait pas à se concentrer sur autre chose que cette sortie. La veille, il avait hanté le laboratoire de son mari toute l'après-midi ce qui l'avait obligé à utiliser chaque parcelle d'attention disponible pour ne pas quitter des yeux les longues mains fines et délicates de son compagnon dans un premier temps, puis le chaudron bouillonnant gaiement devant lui dans un deuxième temps, soucieux de ne pas retrouver le Severus antipathique de Poudlard à la moindre bévue.
Au final, la journée s'était avérée un peu gênante mais pas dérangeante, globalement… surprenante. Il ne savait pas trop ce qu'il devait en penser…
*********
Flashback
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Harry se tenait très nerveusement devant LA porte interdite.
Il n'osait pas frapper.
Son compagnon lui avait proposé de prendre des cours supplémentaires de potions et lui, comme un veracrasse au cerveau atrophié, il avait bêtement accepté.
Oui, il avait quelque part envie de passer plus de temps avec Severus.
Oui, il était extrêmement curieux de le voir travailler, immergé corps et âme dans son art.
Non, il ne voulait pas faire de potions avec son acariâtre professeur soufflant sans ménagement dans son cou, râlant à la moindre opportunité et le traînant plus bas que terre.
En bon Gryffondor qui se respecte, il prit tant bien que mal son courage à deux mains et racla très légèrement le panneau de bois du bout des doigts. Une petite voix intérieure lui chuchota que son compagnon ne risquait pas d'entendre les ultrasons mais il la fit taire sans remord.
Il pensait, en toute bonne foi, s'en sortir de cette manière. Il pourrait dire à son mari qu'il avait frappé sans jamais obtenir de réponse et se dispenser de ce qu'il sentait venir comme une humiliation supplémentaire dont il n'avait nul besoin, surtout venant de son compagnon.
Ce fut un Harry consterné autant que déconcerté que vit Severus en ouvrant la porte. Il n'était pas dupe et savait parfaitement que son mari et les potions ne faisaient pas bon ménage. La caresse dont ce dernier avait gratifié la porte en était le témoin impartial. Malheureusement pour les espoirs d'évasion de son jeune époux, des années d'espionnage développent les sens jusqu'à des extrémités inattendues. Il le fit entrer sans un mot, ne sachant tout simplement pas quoi dire pour apaiser l'esprit visiblement tourmenté d'Harry, et retourna à sa mixture frémissante.
- Je dois terminer cette potion en premier lieu. Ensuite, nous allons préparer chacun un grand chaudron de potion revitalisante, que tu as étudié en troisième année. Même sans consulter les stocks actuels de l'infirmerie, je suis certain que Madame Pomfresh sera à court et prendre un peu d'avance sur la demande inépuisable des étudiants pour ce produit ne sera pas du luxe.
- D'accord, murmura faiblement Harry.
Il s'installa sur un tabouret devant la table contiguë à celle sur laquelle son mari travaillait et commença à le regarder. Les mains blanches et souples de Severus maniaient ingrédients et ustensiles avec une dextérité qu'Harry ne pourrait rêver d'obtenir, quand bien même il subirait un siècle d'entraînement intensif dans ce but. Le ballet fluide et expressif de ses doigts était purement hypnotique. Pourquoi ne faisait-il aucune démonstration en classe ? Il changerait à coup sûr l'impression d'aridité stérile qui se dégageait de sa matière. Cela semblait si simple ainsi… Si élégant… Rien à voir avec la technique pataude et maladroite que tous, Hermione et Malfoy y compris, utilisaient en cours.
Petit à petit, ses pensées dérivèrent et les doigts agiles du maître des potions vinrent promptement occuper une place bien moins innocente dans les images oniriques qui flashaient devant ses yeux. Pendant quelques instants, Harry laissa son esprit vagabonder sur les sensuelles caresses que ces doigts merveilleusement doués pourraient lui infliger. Il se souvint brièvement de leur douceur, de la sensation unique qu'ils lui avaient procuré, enfouis en lui, maltraitant sans relâche sa prostate.
Le claquement étouffé que produisit la cuiller de bois de Severus sur la table lorsqu'il l'y déposa le fit sortir de sa rêverie, terriblement embarrassé et d'un très joli rouge coquelicot.
Severus éteignit la flamme qui brûlait sous son chaudron et se tourna vers son mari rougissant. La couleur n'était en rien inhabituelle sur les joues du jeune homme mais cela n'empêcha pas le Serpentard de s'interroger, totalement inconscient du charme qui émanait de sa personne lorsqu'il s'adonnait à l'éminçage des racines de valériane ou au broyage des carapaces de scarabées en poudre fine. Haussant un sourcil, il décida de ne pas poser de question lorsqu'il vit l'accroissement soudain de l'afflux sanguin que ce simple mouvement avait provoqué sur le visage d'Harry.
Il laissa sa potion refroidir quelques minutes avant de la verser dans de petites fioles qu'il rendit au préalable incassables.
- Harry ? demanda-t-il doucement, de peur d'effrayer le garçon qui semblait prêt à bondir contre le mur au moindre mouvement.
- Oui ? répondit timidement celui-ci, relevant vivement la tête qu'il avait préféré garder baissée pour ne pas repartir dans un délire dangereux, suivi d'une crise de rougissements fort peu discrète.
- Te souviens-tu des ingrédients nécessaires pour la potion revitalisante ?
- N… non, admit Harry, persuadé qu'il allait se retrouver découpé en petits dés dans la prochaine potion de son mari pour un tel affront.
- Alors regarde dans le livre sur la table et apporte suffisamment de chacun d'entre eux pour deux chaudrons pleins, poursuivit Severus sur un ton égal bien que puissante ait été la tentation de hurler un bon coup sous la frustration, le regard toujours braqué sur le chaudron qu'il vidait consciencieusement.
Il aperçut du coin de l'œil le visage incrédule d'Harry qui s'était très évidemment attendu à une brimade quelle qu'elle soit. Il aurait bien mérité une sérieuse engueulade pour ne pas se souvenir d'une chose aussi simple mais la dernière intention de Severus était de terroriser le jeune homme dont il peinait à obtenir la confiance. Il se promit de retirer bon nombre de points aux Gryffondors dès le premier jour de cours pour se rattraper.
Cela va exiger de moi plus de sang-froid que je ne l'aurais cru…
Harry, dubitatif, s'empara d'un livre de potions, un lourd recueil qui avait visiblement servi maintes fois, et chercha la bonne potion. Il considéra d'un œil morne et dépassé les étagères surchargées d'ingrédients dont il ne connaissait pas la moitié et soupira. Il perdit énormément de temps à fouiner de droite et de gauche pour trouver ce qui leur serait nécessaire. Il ne comprenait pas le système de classement de Severus.
Celui-ci regardait son Veela se débattre avec ses armoires. Le jeune homme n'étant pas parfaitement au fait des propriétés de chaque ingrédient, il passait un temps considérable à chercher, n'ayant pas l'idée de demander de l'aide à Severus qui n'aurait pourtant pas hésité à soulager Harry de sa croix s'il l'avait sollicité. Il se résigna à attendre patiemment que son mari ait terminé.
Une fois les ingrédients répartis en deux tas, un sur chaque table, Severus expliqua le plus calmement qu'il put à Harry qu'ils allaient préparer leur potion en même temps et qu'il pouvait conserver le livre puisqu'il ne se rappelait pas de la recette. Il lui précisa qu'il restait bien évidemment à sa disposition s'il avait une question.
Alors qu'Harry commençait à travailler nerveusement, Severus prépara rapidement ses ingrédients, surveillant le jeune homme du coin de l'œil. Il remarqua instantanément plusieurs mauvaises postures qui expliquaient en partie la médiocrité de ses potions et entreprit d'y remédier. Il laissa en suspend sa propre préparation à un stade sans risque et se plaça silencieusement derrière son mari. Il le fit sursauter mais le rassura promptement puis lui expliqua certaines techniques de manière adéquate.
Il permit ainsi, bien inconsciemment, à Harry d'apercevoir sa bague par moments. Le Veela l'étudia brièvement, curieux, et fut stupéfait de la beauté de la créature enroulée autour de l'annulaire du maître des potions. Les paroles de Lucius lui revinrent en mémoire et il se promit de demander à Severus l'autorisation d'examiner l'anneau de plus près lorsque la situation s'y prêterait davantage.
Harry était surpris de la patience dont faisait preuve son professeur lorsqu'il n'enseignait pas dans une classe bondée. Il constata qu'il était effectivement plus facile de couper, hacher, émincer, râper et autres, lorsqu'il tenait le couteau correctement.
L'un dans l'autre, l'après-midi se déroula plus calmement qu'il ne l'avait espéré. Il était proche de son compagnon et les potions n'étaient pas si désagréables lorsque les remarques sarcastiques et vexantes n'étaient point de mise. Il en avait profité pour poser quelques questions qui l'avaient toujours turlupiné et Severus y avait répondu de bonne grâce, étouffant parfois un soupir devant un problème simple qu'Harry n'aurait pas dû rencontrer au-delà de sa première année.
L'incident qui remit en cause la relation professeur/élève et promit de pimenter les prochains cours de potions des Gryffondors de septième année eu lieu à la fin du brassage de la concoction.
Ayant déjà achevé sa potion, Severus surveillait discrètement Harry et se pinça violemment l'arête de nez, prêt à élever la voix. Il se contint difficilement. Il savait dorénavant pourquoi cet empoté ne réussissait jamais la moindre goutte de potion, même la plus simple. En retirant tous les facteurs extérieurs tels que les jets d'ingrédients malfoyens, les critiques roguiennes et les distractions weasleyennes, il restait toujours l'indécrottable maladresse potterienne.
Ce gamin touillait sa potion comme une pâte à crêpes !
A croire que personne ne lui avait appris à tenir un ustensile de cuisine ! Il utilisait uniquement la pointe du couteau et maniait la cuiller comme un fouet, sans parler de sa piètre prestation avec un mortier et un pilon ! Severus reconnaissait que l'une des fonctions d'un professeur était de corriger les erreurs pratiques de ses étudiants mais dans des classes de trente élèves touillant férocement des chaudrons susceptibles d'exploser à chaque instant, comment voulez-vous faire ? Ses classes d'ASPIC étaient bien évidemment considérablement allégées étant donné le niveau qu'il requérait pour que les élèves puissent les intégrer mais, à ce stade, il n'avait généralement pas à reprendre des techniques de bases.
Prenant une profonde respiration, Severus revint se poster doucement derrière Harry.
- Tu n'utilises pas tes outils de la bonne manière. Il faut remuer la potion avec fermeté et souplesse mais sans brusquerie, chuchota-t-il à son oreille, glissant sa main gauche sur celle de son Veela, l'aidant à adopter une technique plus souple, guidant son poignet trop raide.
Harry n'émit qu'un petit couinement étouffé, enveloppé dans la chaleur de son compagnon. Son cerveau se mit instantanément en pause et son corps recula de son propre chef, se collant de toute sa longueur contre celui de Severus. Les longs doigts agiles qui enserraient doucement les siens autour du manche de bois de la cuiller le faisaient frissonner et le souffle court de son compagnon dans son oreille fit naître une traînée de chair de poule le long de ses bras et de sa colonne vertébrale.
Severus perdit subitement la faculté de respirer lorsque le corps de son Veela se plaqua contre lui. Sa peau était très douce sous ses doigts et la réaction ne se fit pas attendre. La frustration engendrée par des semaines de rêves érotiques sans activité autre que manuelle pour faire diminuer la pression eut raison de lui. Il baissa le visage, se blottissant dans le cou tendre d'Harry, et goûta sa peau, la parsemant de petits baisers aériens. Harry ronronna sous l'assaut, lâchant la cuiller qui alla se perdre au fond du chaudron bouillant.
Les bras de Severus enlacèrent possessivement la taille étroite de son jeune époux et ses mains tracèrent de délicates arabesques sur le ventre offert qui firent délicieusement miauler le Veela. La langue mutine du maître des potions émergea d'entre ses lèvres et vint se repaître de la saveur fruitée et légèrement musquée du cou de son amant. En bonne voie pour laisser un superbe suçon violacé sur la peau pâle du garçon, il revint brutalement à la réalité dans un gémissement rauque lorsque les petites fesses musclées d'Harry rencontrèrent son érection douloureuse.
Par Merlin, Salazar et tous les autres !!! Mais qu'est-ce que je fais ?!?
Comment vais-je pouvoir le regarder dans la salle de classe après ça ??
Pourquoi diantre mon niveau intellectuel régresse-t-il systématiquement au niveau du troll dyslexique et balbutiant à chaque fois que je le touche ??
Mais lâche-le donc, abruti !
Severus relâcha son étreinte et le geignement plaintif et déçu qui s'échappa de la gorge de son Veela alla directement titiller les régions méridionales de son anatomie. Une fois éloigné du corps puissant de son compagnon, Harry reconnecta son pauvre cerveau défaillant et rougit jusqu'à la racine de ses cheveux.
- Désolé, piaula-t-il d'une petite voix toute embarrassée.
Mais qu'est-ce qui m'est passé par la tête ???? Pourquoi me suis-je collé à lui comme ça ??
- Je crois que j'ai tout autant d'excuses à présenter. Je pense que le lien nous joue des tours, soupira Severus.
Il tentait difficilement de maintenir ses hormones sous contrôle, évitant par là même de regarder son mari. Harry chercha également à distraire son esprit de la situation et déplora la disparition de la cuiller et la ruine subséquente de sa potion.
Soulagé par cet opportun, bien que malhabile, détournement de la conversation, Severus s'approcha du chaudron et estima que la potion n'était pas si catastrophique, et même utilisable. Il lança un Accio informulé sur l'ustensile fugueur qu'il récupéra et demanda à Harry de mettre sa préparation en fioles.
Il se hâta de retourner à sa table et fit de son mieux pour ne pas prêter attention à la présence distrayante de son jeune époux.
La fin de la journée se passa calmement malgré des silences prolongés et tendus entre les deux hommes.
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Fin du Flashback
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L'étrange tension entre eux s'était dissipée au matin lorsqu'ils prirent leur petit-déjeuner, Harry ayant pour une fois eu l'obligeance de se lever à une heure convenable après avoir dormi correctement malgré l'absence de son mari dans son lit. Mais le jeune homme n'avait rien à faire d'autre que de penser, de retourner les événements de la veille ou, au choix, d'imaginer les pires scénarios pour l'après-midi.
Il avait contacté Molly le matin précédent et elle avait semblé sincèrement heureuse de lui parler et elle s'était empressée d'accéder à sa requête, ne prenant pas même la peine de s'enquérir de l'avis de ses enfants ou d'Hermione. Cela dit, cette brève discussion n'avait pas apaisé ses craintes. Bien au contraire, ses soupçons étaient plus renforcés qu'auparavant, l'ombre de la fourberie planant dorénavant sur son esprit. Molly ne lui avait pas demandé si son couple fonctionnait, s'il était à l'aise dans sa nouvelle vie, non, elle ne s'était préoccupée que de sa santé physique qu'elle avait d'autorité décrétée excellente.
Quoi qu'il en soit, il serait bientôt fixé sur sa seconde famille. Peut-être pas sur Molly ou Arthur mais au moins sur leurs plus jeunes enfants.
Il soupira et dégagea le coussin qui faisait une bosse inconfortable dans son dos maintenant qu'il l'avait écrasé par ses mille et un tortillages.
- Aurais-tu une affection particulière pour les coussins en soie ? demanda Severus, faisant sursauter son mari inattentif à son environnement immédiat et entraînant la chute du malheureux coussin.
- Euh, il me gênait, répondit Harry, un peu surpris.
- Es-tu prêt à partir ?
- Oui.
Severus ne se formalisa nullement du durcissement survenu dans la voix de son jeune époux. Il savait que cela n'était point dirigé contre lui mais contre l'affrontement qu'il pressentait avec ses amis.
Il lui offrit sa main pour l'aider, inutilement mais fort galamment, à se lever.
Severus prit la poudre de cheminette et passa en premier au Chaudron Baveur, Harry le suivant de près.
A peine le jeune homme s'était-il rattrapé au bras de son mari pour ne pas embrasser fougueusement le sol de pierre qu'il fut pratiquement expulsé de nouveau dans le foyer de la cheminée par une tornade bouclée à la voix curieusement haut perchée.
- Harry !!! Il faut absolument que tu lises ça avant se sortir ! Je ne sais vraiment pas comment tout cela a pu arriver mais le fait est là et…
Severus interrompit froidement la Gryffondor survoltée, lui intimant sèchement de restreindre son débit de paroles à une vitesse intelligible pour l'espèce humaine.
- Oh, bien sûr, excusez moi, Professeur ! La presse ! Vous n'avez pas lu la Gazette ?
- Jamais ce torchon débilitant ne franchira le seuil de ma demeure, s'offusqua Severus.
- Quoi, la presse ?? s'exclama immédiatement Harry, arrachant un journal des mains de son amie.
Les Weasley, Ron, Ginny et leur mère, se trouvaient un peu plus loin, s'approchant calmement, attendant l'explosion inéluctable. L'article les avait surpris, pas vraiment par son contenu, mais plutôt dans le sens où ils ne s'attendaient pas à ce qu'une quelconque information soit diffusée dans la presse à ce sujet.
Harry déplia le papier froissé par l'énervement d'Hermione et sa photo lui sauta au visage. Tout à la fois craintif et rageur, il lut, Severus se penchant par dessus son épaule pour mieux voir :
LE GARÇON QUI A SURVÉCU POUR ÉPOUSER UN MANGEMORT !
PANTIN OU TRAITRE ??
Par Rita Skeeter
Mes très chers lecteurs,
Je suis, comme toujours vous le savez, à votre service et à l'affût de l'histoire telle qu'elle ne vous sera jamais contée. Des rumeurs diffuses sur notre Sauveur étant parvenues à mes oreilles sensibles, je me suis mise en quête de la vérité et après moult péripéties qui ont bien failli me coûter la vie, j'ai enfin découvert ce que tous voulaient cacher.
Le Garçon-qui-a-survécu-deux-fois aurait reçu un héritage magique lors de son dix-septième anniversaire et serait désormais un Veela à part entière. Selon les registres du Ministère de la Magie que j'ai épluché consciencieusement dans le seul et unique souci de vous informer, chers lecteurs, Harry James Potter-Black, fils adoptif et filleul du célèbre et fort séduisant Sirius Orion Black – ayant, malheureusement pour ses admiratrices, récemment épousé Rémus Lupin – serait devenu Harry James Rogue à peine quinze jours après sa majorité, mettant par là même un terme à la relation amoureuse qu'il entretenait depuis environ un an avec la jeune et douce Ginny Weasley qu'il a rencontré sur les bancs de l'école (voir l'article récapitulatif des jeunes années de notre héros en pages 2 à 4).
Outre la déception bien compréhensible de la jeune fille vis-à-vis de cette trahison, des sources bien informées ont révélé à votre reporter dévouée que notre cher Sauveur ne semblait pas des plus heureux dans cette union précipitée avec un Mangemort notoire.
La question que vous, lecteurs, êtes légitimement en droit de vous poser est : est-ce la vérité ?
Harry Potter a-t-il été contraint d'abandonner sa tendre amie pour un homme plus âgé et réputé cruel ? Ou bien tout ceci n'est-il que la partie émergée de l'iceberg, d'un complot visant à faire revenir un Mage Noir sur la scène politique en s'appuyant sur le poids certain que possède le jeune homme dans notre monde ?
Je vois déjà vos sourcils se froncer, chers lecteurs, à l'idée que le Survivant puisse être manipulé de la sorte mais vous ne devez pas oublier qu'un Veela soumis est prêt à tout pour plaire à son compagnon… Qui sait quelle influence désastreuse la perversité reconnue du professeur de potions de Poudlard pourrait avoir sur un jeune garçon innocent et ingénu ? (voir l'excellent article du professeur J. Iscariius, spécialiste des créatures magiques dangereuses en page 6)
Ayant bon espoir d'obtenir d'ici peu une déclaration de Mr Potter en personne, je vous promets, à vous mes lecteurs fidèles, de poursuivre mes investigations et de vous en faire part dans une prochaine édition spéciale consacrée à notre héros national.
R. S.
Harry releva le visage, furieux. Ses yeux verts lançaient des éclairs et ses lèvres étaient si serrées qu'elles ne formaient qu'une mince ligne blanche.
Il explosa.
- Du Doxicide ! Une potion anti-nuisible ! Une tapette à mouches, n'importe quoi !!!! Que je me débarrasse une bonne fois pour toute de cette vieille baude emplumée !! hurla Harry au beau milieu de la salle du Chaudron Baveur.
Tous les clients se retournèrent, curieux de connaître la raison de toute cette agitation. Lorsqu'ils constatèrent qu'il s'agissait du Survivant, les murmures éclatèrent entre eux et leurs regards pesèrent sur le petit groupe agglutiné devant la cheminée jusqu'à ce qu'un regard glacial du maître des potions les en dissuade spectaculairement vite. Severus s'empressa de placer un charme de silence pour conserver un minimum d'intimité.
- Non mais de quoi elle se mêle encore celle-là !! continuait de tempêter Harry, déchiquetant presque le malheureux journal dans sa rage, royalement exaspéré par cette énième intrusion mensongère dans sa vie privée.
- Calme toi, vieux. C'est pas si grave. Elle n'a pas entièrement tort en plus, intervint Ron, persuadé de tranquilliser rapidement son ami.
- Pas tort ???? PAS TORT ?!?!?!?!?! Mais ferme-la, toi !! C'est qui ces soi-disant 'sources bien informées' qui sont sensées connaître les sentiments de Ginny sur mon mariage, hein ?? Et qui se permettent de déblatérer sur mon état d'esprit ?? l'agressa instantanément Harry.
- Oh, Harry ! geignit Ginny. On a discuté dans le jardin, sans faire attention. On n'a pas pensé qu'elle viendrait espionner. Je te jure qu'on ne voulait pas ça.
- Hypocrite, siffla Harry. De quel droit juges-tu ma relation avec mon mari ?
- On n'a pas jugé quoique ce soit, Harry, reprit Ron pour aider sa sœur, au bord de la crise de larmes devant la réaction de son ancien petit ami. Hermione nous a expliqué ce qui s'est passé l'autre jour et on a eu l'impression que tu étais malheureux, c'est tout. On n'a jamais parlé de complot ou de tout ça…
- Vous avez eu l'impression qu'il était malheureux mais pas un d'entre vous n'a eu la bonne idée de l'appeler, de lui écrire ou de lui rendre visite pour voir si effectivement il se portait bien. Votre conception gryffondoresque de l'amitié est absolument bouleversante, railla Severus.
- Oh, vous le Mangemort…
Ron s'interrompit brusquement, s'étranglant avec sa salive devant le regard polaire que lui dédia Severus, regard habituellement réservé à Neville après sa septième explosion de chaudron en moins d'une heure.
- RONALD ! le châtia Molly d'une tape derrière la tête. Montre un minimum de politesse envers ton professeur même si les cours n'ont pas encore repris, veux-tu ?
- Mais maman…
- Rien du tout ! Ginny, arrête de pleurer comme une madeleine, tu te donnes en spectacle. Harry, mon chéri, je suis désolée que tu aies cru que nous t'abandonnions. Je pensais que tu nous donnerais des nouvelles quand tu serais prêt à le faire. J'ai cru que tu avais besoin d'un peu de temps pour t'habituer à cette nouvelle situation et prendre tes marques. Je n'ai pas voulu te déranger. Je sais que la transition entre ton ancienne vie et celle-ci n'a pas due être facile. Je suis consciente qu'être marié du jour au lendemain avec un homme, de surcroît plus âgé et avec lequel tu ne t'entends pas, est difficile.
- Est-ce le fait que je sois un homme qui vous dérange, Molly ? Je vous rappelle que la magie Veela se moque du sexe respectif des partenaires qu'elle réunit. A moins que vos griefs ne soient plus personnels… évoqua Severus d'une voix merveilleusement veloutée qui fit frissonner son mari bien malgré lui.
- Je respecte les traditions, Severus, déclara Molly. Mais je ne suis pas obligée de les accepter en toutes circonstances. Vous formez un couple mal assorti et je ne veux pas voir Harry souffrir à cause vous.
- Harry est là et apprécierait grandement que vous cessiez de parler de lui comme s'il n'était pas présent ! coupa sèchement le petit Veela. Le fait est que vous avez bel et bien un problème avec le fait que j'ai épousé Severus et quelque chose me dit que ce n'est pas lui qui cause votre réticence mais bien le fait qu'il soit un homme. Pour être honnête, je ne m'étais pas même posé la question auparavant, mais j'ai bien du y faire face lorsque son nom est sorti de ce foutu chaudron. Oui, je tiens à vous et je me sentais bien avec Ginny mais c'est un passé révolu. Je ne pourrais jamais rien y faire. Severus ne me rend pas malheureux et, pour autant que je sache, vous n'avez nul besoin d'en savoir d'avantage sur ma vie privée.
- Comment peux-tu dire ça, vieux ? C'est un homme ! s'écria Ron, un peu vert.
- RON ! Je ne saisis décidément pas comment tu peux être aussi réactionnaire ! s'exclama Hermione. Je crois que nous avons moins de choses en commun que je l'imaginais…
- Mais qu'est-ce que ça peut te faire ?!?!?!?!? rétorqua Harry au rouquin un peu déstabilisé par la remarque de sa petite amie. Rien de tout cela ne te concerne ! En tant qu'ami tu ne devrais t'intéresser qu'au fait que je sois heureux, peu importe avec qui. Je ne dis pas que tout est rose mais on essaye au moins. Et si tu voulais bien arrêter de te préoccuper de ce qu'il a entre les jambes, je t'en serais gré.
Harry ne rougit même pas à l'allusion qu'il fit sans y penser, trop occupé à essayer d'anticiper la prochaine critique qui lui serait jetée au visage. L'ombre d'un petit sourire malicieux gracia fugitivement les lèvres fines de Severus. Son chaton sortait ses griffes et il aimait ça.
- Tu… tu… eurrk !
Devant l'intelligence transcendantale de cette réplique hautement philosophique, Severus se permit de hausser légèrement un sourcil, encourageant le seul mâle Weasley présent à verdir derechef.
- C'est Rogue ! Enfin Harry, tu le détestes autant que nous !!
- Les choses ont changées, Ron. Si tu n'es pas suffisamment adulte pour t'en rendre compte et en prendre ton parti, je ne peux rien y faire. Nous sommes amis depuis des années et j'ai soutenu chacune de tes décisions. Je te demande simplement d'accepter le fait que je sois marié avec un homme, point à la ligne. Je ne te demande pas de l'apprécier ou de venir prendre le thé pour papoter gentiment. Juste de regarder la réalité en face.
- C'est écoeurant ! Je croyais que tu refusais qu'il pose la main sur toi il y a peu ?! Et maintenant c'est "il faut accepter, Ron, fais toi une raison" ?? Non mais je rêve, là ! Il t'a jeté un sort c'est pas possible autrement !
- Non, il ne m'a pas jeté de sort ou torturé ou fait boire un philtre d'amour ou Merlin sait encore quelle idée saugrenue ayant germée dans ton cerveau ! soupira Harry.
Tout cela le fatiguait. Son ami, si l'on peut dire, avait visiblement quelque chose à redire à son mariage. Il n'avait pas l'impression qu'il soit franchement homophobe… La pointe d'inquiétude geignarde qui ponctuait chaque phrase était intrigante, pour dire le moins… Il avait presque le sentiment que Ron avait peur de cette situation.
Ridicule, sûrement…
Il devait se faire des idées… Rien de tout cela n'était effrayant vu de l'extérieur… Après tout, ce n'était pas Ron qui faisait rêve érotique sur rêve érotique, toutes les nuits, avec Severus Rogue dans le rôle de la guest star…
- Attend !! C'est un suçon sur ton cou ? demanda Ron, paniqué.
Il regardait de près son ami, à la recherche de la trace révélatrice d'un sort ou de tout autre concoction roguienne, lorsqu'il remarqua la légère marque rose presque entièrement dissimulée sous le col de la robe d'Harry. Le rougissement immédiat que provoqua cette innocente réflexion lui fit comprendre qu'il avait mis les pieds dans le plat.
- Tu… Vous…
- Magnifiquement articulé, Mr Weasley, comme toujours ! le provoqua Severus.
- Tu ne peux pas… enfin…
- Ron, rien de se qui est susceptible de se passer entre Severus et moi ne te concerne, lança Harry d'une voix tendue.
Il commençait sérieusement à s'énerver. Il avait déjà suffisamment de mal à faire le tri dans les émotions que l'incident de la veille avait fait naître sans que Ron vienne y mettre son grain de sel.
- Tu étais avec Ginny ! Vous étiez bien ensemble, tu l'as dit ! Je comprends pas comment tu peux lui tourner le dos comme ça, sans raison, et pour Rogue en plus !! explosa Ron, au summum de l'incompréhension.
- Je n'ai pas choisi, c'est ainsi. J'ai suffisamment de difficultés à m'y faire sans que tu en rajoutes ! hurla Harry, exaspéré pour de bon. Je me fous de ce que tu en penses !!! Tu ne le tolères pas ? OK !! Sors de ma vie alors ! Si tu as besoin de temps pour accepter, je peux comprendre mais ARRÊTE DE ME PRENDRE LA TÊTE !!!
- Oh Harry !!! s'écria Ginny.
La rousse se jeta sur lui, les bras grands ouverts, dans l'intention très nette de le consoler. Harry, mal à l'aise à l'idée d'un contact quel qu'il soit avec la jeune fille, se recula imperceptiblement. Severus nota scrupuleusement le mouvement discret de son Veela et, sans se départir du masque sans faille du professeur froid et impassible, il prévint la jeune Weasley.
- Vous feriez mieux de ne pas l'approcher ainsi, Miss Weasley. Les Veelas ne sont pas particulièrement friands d'interactions tactiles. Il ne faudrait pas qu'il vous arrive quelque chose, n'est-ce pas ? déclara-t-il d'un ton doucereux et légèrement hautain.
Le soutien de son compagnon n'avait pas de prix pour le Veela et il se détendit brièvement.
Ginny lança un regard meurtrier à Severus lorsqu'elle pensait que personne ne la voyait mais il est peu aisé de circonvenir la surveillance attentive d'un Veela envers son compagnon dans un lieu public rempli de concurrents potentiels. Harry commença à grogner, prêt à étriper sauvagement cette fille qui menaçait SON mari.
Hermione regarda curieusement son ami, ravie d'être le témoin du comportement protecteur d'un Veela. Très occupée à prendre mentalement des notes sur les instincts veela, elle prit tout juste le temps d'adresse une courte supplique à Merlin pour qu'Harry ne tue pas Ginny pour si peu.
Ron semblait sur le point de vomir son déjeuner. Les réactions d'Harry étaient incompréhensibles pour lui. Il ne pouvait concevoir une relation homosexuelle. Ce n'était pas naturel, non ? Après tout, rien n'était sensé entrer dans un endroit pareil… C'était sûrement très douloureux et fort peu hygiénique par-dessus le marché. Et puis, les filles sont plus attirantes que les hommes, non ? Le grondement félin de son ami le retourna encore d'avantage. Il protégeait Rogue ?? De Ginny ??? Merlin, c'était le monde à l'envers !
Molly, entendant Harry cracher comme un chat en colère, aperçut le regard de sa fille vis-à-vis de Severus et se tendit. Elle sentait venir les ennuis si cette petite idiote continuait sur sa lancée. Le Veela était passé en mode protecteur et cela n'était pas pour la rassurer. Elle savait qu'Harry ne se contrôlerait pas dans cet état et qu'il réagirait avec violence s'il l'estimait nécessaire. Elle tira sa fille en arrière pour l'éloigner d'Harry.
Ginny fut confondue par la sauvagerie contenue dans ce feulement. Elle quitta son professeur des yeux pour les diriger sur celui qu'elle considérait toujours comme son petit ami. Les orbes émeraude la fixaient sans douceur et ne cillaient pas, comme si Harry se préparait à l'attaquer. Elle trembla. Sa mère la prit par le bras et mit nerveusement de la distance entre elle et le jeune Veela en colère. Elle n'arrivait pas à croire ce à quoi elle venait d'assister. Harry, son Harry, avait prit le parti de Rogue contre elle ? Elle n'allait pas le tolérer.
Severus rendit regard pour regard à cette gamine impudente, pas impressionné pour deux Mornilles. Le grognement de son Veela à ses côtés lui apprit qu'Harry n'avait pas les yeux dans sa poche et qu'il considérait la rouquine comme un danger éventuel. Il se devait cependant de l'empêcher de lui sauter à la gorge, bien que la perspective de laisser Harry massacrer cette greluche soit des plus jouissive. Il posa doucement une main sur l'épaule gauche de son chaton pour l'apaiser. Il prit bien soin de rester très discret, ne souhaitant pas s'afficher plus que nécessaire et conscient des réticences d'Harry quant aux rumeurs. Leur simple présence sur le Chemin de Traverse ne passerait déjà pas inaperçue…
Harry se calma immédiatement lorsque la main de Severus vint peser sur son épaule. Molly et Ron en eurent visiblement l'air surpris. Hermione ressembla tout à coup étrangement à Tiny, arborant un grand sourire satisfait plein de dents. Ginny ne montra pas d'émotion, déchaînant sa rage dans son cerveau embrumé par le ressentiment.
Le calme en apparence revenu, il fut décidé d'aller faire les emplettes prévues pour cette après-midi alors que Molly rentrait chez elle, recommandant une dernière fois à ses enfants de ne pas faire de bêtises et d'obéir au professeur Rogue.
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Se moquant comme d'une guigne de la boutique dans laquelle elle se trouvait seule, après s'être dépêtrée des autres, une rousse préparait un plan.
Elle devait récupérer Harry.
Il était à elle.
Rien qu'à elle.
Il lui suffirait ensuite de divorcer, comme tout le monde. Il n'était pas un Sang Pur, il n'avait sûrement pas de contrat de mariage complexe…
Au pire, il lui faudrait se débarrasser du maître des potions. Compliqué, dangereux mais pas insurmontable.
Elle irait jusqu'au bout s'il le fallait mais Harry reviendrait vers elle. Il n'aurait jamais du épouser cette vieille chauve-souris graisseuse et mal dégrossie.
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Severus avait accompagné Harry et ses amis chez Fleury et Bott pour acheter leurs livres, lui même recherchait un ouvrage précis qu'il avait commandé trois longs mois auparavant et qu'il espérait bien pouvoir emporter cette fois, lassé des excuses pitoyables que le vendeur lui serinait à chaque passage. Leur présence dans la rue avait soulevé nombre de regards, surtout après les écrits diffamatoires parus dans la Gazette, mais le sourire d'Harry et les yeux assassins de Severus empêchèrent quiconque d'émettre ne serait-ce qu'un couinement irrévérencieux dans leur direction. Cependant, les murmures allaient bon train alors qu'ils entraient dans la librairie.
Ayant enfin obtenu satisfaction, Severus avait laissé les jeunes gens achever leurs courses seuls, la boutique dans laquelle il se rendait n'étant pas d'une grande utilité pour tout autre d'un féru de potions. Elle ne proposait pratiquement que des ingrédients dont un étudiant de Poudlard n'aurait jamais su quoi faire.
Harry et Hermione papotaient joyeusement dans la rue entre deux magasins, un Ron pensif et bougon en remorque. Le plus jeune mâle Weasley déplorait l'éloignement incompréhensible entre sa petite amie et lui. Il ruminait. Les deux autres ne lui prêtaient pas attention, engoncés dans leur conversation. Ils se dirigeaient vers la boutique récemment ouverte par les jumeaux dans cette rue lorsqu'ils tombèrent sur la seule personne qu'Harry, en cet instant, dépiauterait en tous petits morceaux sanguinolents avec le plus grand plaisir.
Rita Skeeter.
Il faillit lui rentrer dedans, retenu de justesse par Hermione qui avait levé les yeux au bon moment.
- Harry Potter !!!! minauda immédiatement la sorcière. Oh, excusez moi, Harry Rogue, bien sûr…
- Je n'ai rien à vous dire, cracha Harry, sa baguette en main. Vous allez rester en dehors de ma vie privée si vous ne voulez pas que je me débarrasse de vous définitivement.
- Vous me menacez ? s'écria la femme d'âge mûr, boudinée dans sa robe d'un vert acide, sa plume à papote s'agitant déjà sur un rouleau de parchemin.
Severus sortait fort insatisfait de chez l'apothicaire lorsque l'éclat de Rita Skeeter agressa ses tympans sensibles depuis le trottoir d'en face. D'une humeur massacrante, il s'élança à grandes enjambées tourbillonnantes vers la sorcière à la voix perçante de crécelle.
- Cette fouineuse invétérée t'ennuie, mon chaton ? murmura-t-il au creux d'une petite oreille délicatement ourlée, d'une voix satinée aussi délicieuse que létale, dès qu'il fut parvenu aux côtés de son époux.
- Oui, scanda Harry sans même relever le petit nom dont son compagnon l'avait affublé pour l'occasion.
- Il est des plus inconvenant que vous discutiez ainsi avec mon époux en pleine rue, Madame. On pourrait jaser. Je m'en voudrais si d'aventure une rumeur mal intentionnée nuisait à votre brillante carrière, reprit méchamment Severus, le ton bas et velouté. Il n'était décidément pas à prendre avec des pincettes.
- Quelle galanterie ! minauda la journaliste oublieuse, papillonnant des cils, au plus grand dégoût des deux hommes. Accepteriez-vous de m'accorder une interview, mon cher ? demanda-t-elle avec enthousiasme, charmée par la voix de Severus dont elle ignorait les dangers.
- Certainement pas. Je ne cultive nullement la célébrité, ni ne me complais dans un déplorable auto-apitoiement, contra Severus, écœuré par les œillades qui se voulaient sensuelles.
Rita se renfrogna, surprise du manque évident d'intérêt de l'homme ténébreux qui lui faisait face.
- Je vous interdit de montrer une quelconque familiarité avec mon compagnon ! Abordez encore une fois l'un de nous dans la rue, envoyez une seule lettre ou écrivez encore une ligne à notre sujet que nous n'ayons pas pu contrôler avant sa publication et je vais vous noyer dans un seau d'insecticide avant de vous écraser à grands coups de talon ! éclata le Survivant, menaçant.
Non mais ! Personne n'était autorisé à regarder ainsi son compagnon ! Il savait que Severus ne trouverait rien d'attirant en elle mais mieux valait être prudent.
Rita Skeeter pâlit dramatiquement avant de leur tourner le dos avec un son inintelligible et de s'enfuir aussi dignement que possible dans la rue.
- De l'insecticide ? Il va falloir que tu m'expliques ces incessantes allusions à la vermine… demanda Severus.
- Cette bonne femme est un parasite de la pire espèce, fut la réponse courte et expéditive de son mari qui reprit immédiatement son chemin sans se retourner.
- Rita Skeeter est un animagus non déclaré, le renseigna Hermione. Un scarabée pour être précise. C'est ainsi qu'elle obtient ses scoops. Je crois qu'elle craint plus qu'Harry révèle cette information que toute autre menace dirigée contre sa personne.
- Je vois.
Hermione se hâta de suivre Harry, Ron traînant derrière elle. Severus suivit tranquillement le mouvement, pensif. Il n'était nullement pressé d'entrer dans cette boutique bruyante et surpeuplée. Il était indéniable que les jumeaux Weasley étaient doués et que leur commerce mérita que l'on s'y attarde mais Severus n'était que fort peu réceptif à la foule et aux hurlements qui l'accompagnent immanquablement.
Il était globalement satisfait de la sortie jusqu'à présent. Harry s'était montré presque possessif avec lui, devant ses amis qui plus est. Bien sûr, la qualité de produit qu'il recherchait chez l'apothicaire n'était pas disponible et ce fait le contrariait profondément et retarderait ses expérimentations mais il ne pouvait s'estimer mal loti.
Il prit une grande respiration en passant la porte du magasin et repéra sans difficulté son mari près de deux têtes rousses dans le moutonnement de la foule. Il surprit un éclair de malice dangereuse dans l'œil de George Weasley – ou bien était-ce Fred ? Il n'était pas très sûr… – et se demanda ce que le jeune homme avait derrière la tête. Il se rapprocha aussi discrètement que possible avec autant de monde autour de lui.
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Quelques minutes auparavant…
Harry dégonda pratiquement la porte de verre gardant l'entrée de la nouvelle antenne des Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux. Il mourrait d'envie de faire piétiner cette sale bestiole par un hippogriffe enragé et de nourrir les Scroutts-à-Pétard avec les restes.
Il se dirigea aussi vite que possible vers le comptoir et George le prit immédiatement à part pour s'enquérir de sa mine contrariée. Harry lui raconta brièvement la journée qu'il estimait catastrophique jusqu'ici.
- Mon petit frère mérite une leçon, je crois… Tiens le voilà qui court derrière Hermione. Ils ont l'air un peu en froid…
Ils se turent et George accueilli gentiment la jeune femme, montrant un brin de retenue avec son frère. Il aimait beaucoup les hommes, Lee Jordan en particulier, et les remarques pudibondes que lui avait rapporté Harry ne lui plaisaient pas le moins du monde. Il élaborait déjà un plan machiavélique pour ouvrir les yeux à son cadet, pas dans la douceur, bien évidemment, ou il ne s'appelait plus George Weasley !
Il aperçut Severus avancer vers eux et décida d'attirer son frère dans l'arrière-boutique pour une petite discussion entre quatre yeux. Il salua poliment son ancien professeur, satisfait de la manière dont il surveillait le jeune Veela devant le comptoir. Il les laissa fouiner calmement parmi leurs produits et entraîna Ron avec lui.
- Alors Ronnikins, on a un problème avec l'homosexualité à ce que j'ai entendu… titilla-t-il.
- Ah non, hein ! Tu vas pas t'y mettre aussi ! Qu'est-ce que vous avez tous avec ça ??? Foutez-moi la paix à la fin ! Je veux pas en entendre parler et si je pouvais éviter de le voir aussi ce serait parfait !
- Tu devrais essayer un homme au moins une fois, petit frère, tu comprendrais, se moqua George. Tu es avec Hermione, je sais, précisa-t-il, voyant poindre une véhémente protestation. Je sais aussi que Maman est plutôt réprobatrice vis-à-vis de tout cela mais tu devrais vraiment y réfléchir au lieu de la suivre aveuglément. En tout cas, cesse de t'en prendre à Harry. Il n'y est pour rien dans tes états d'âme.
- Ce n'est pas si simple, grommela Ron en retournant dans la salle bondée. Personne ne voulait comprendre ! Sa mère lui avait toujours dit que les hommes étaient faits pour aller avec des femmes et vice-versa. Il n'y avait pas à tergiverser ! Il avait bien vu le regard à la fois désapprobateur et légèrement dégoûté qu'elle posait sur les couples de même sexe lorsqu'ils allaient faire les magasins quand il était petit. Elle ne disait généralement rien mais n'en pensait pas moins.
Il retrouva les autres en se guidant sur la haute silhouette rigide de son professeur de potions détonnant au milieu des rayonnages. L'homme n'avait vraiment pas l'air de se sentir à sa place dans le magasin rempli principalement d'adolescents hormonaux et très énervés. Il les rejoignit et, après quelques achats, ils reprirent la direction du Chaudron Baveur.
Il se faisait tard et tous avaient très envie de s'installer autour d'un bon thé. Severus sentait une migraine pointer le bout du nez et ne souhaitait plus que le calme serein de son jardin. Ron et Hermione repartirent au Terrier, laissant Harry et Severus en tête à tête.
- Nous rentrons ? demanda simplement Severus.
- Volontiers. Cette journée a été affreuse, soupira le jeune homme.
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Résidence Rogue, fin d'après-midi.
Harry atterrit dans les bras accueillants de son mari au sortir de la cheminée. Il y resta tranquillement quelques instants, profitant pour une fois du réconfort de sa chaleur sans se poser de question. Severus garda son Veela contre lui alors qu'il appelait Tiny pour qu'il les débarrasse et prépare le thé, à servir dans le jardin.
Severus ne lâcha pas le jeune homme, même une fois qu'ils furent installés confortablement à une petite table de bois clair, dressée par Tiny pour l'occasion sur une butte près de la maison leur offrant une superbe vue sur la forêt. Ils étaient abrités des rayons chauds du soleil par un grand parasol de couleur vive et savouraient, dans un calme absolu, un délicieux thé aux épices accompagné de petites meringues.
