Coucou tout le monde!!!

Je sais que je poste ce chapitre avec un retard épouvantable alors je m'en explique pour ceux qui, ne lisant pas mes autres fics, ne peuvent avoir pris connaissance des raisons m'ayant poussée à retarder cette parution. Ma chère Dalou m'a demandé pour mon défi MDR de mai de lui fournir deux chapitres inédits d'Héritage pour le 27, ce qui me laissait trois semaines pour les écrire. Le délai était convenable pour peu que je n'écrive rien d'autre. (Je ne compte pas ma traduction, je traduis beaucoup plus vite que je n'écris!!) Je pense que toutes mes petites camarades de MDR ont eu le temps de lire ces deux chapitres donc je poste à nouveau!!


Petit message pour Snapy : Ne t'inquiète pas pour la suite de "Vous avez dit improbable?", elle est en cours d'écriture maintenant que je suis venue à bout de mon défi! Je n'avais vraiment pas le temps de l'écrire en même temps, désolée!!


Le prochain chapitre dans la semaine, promis!!


Bonne lecture!!!


Chapitre 13

Poudlard, quartiers personnels de Severus Rogue, fin d'après-midi.

Harry considérait pensivement les flammes, roulé en boule dans le canapé de cuir noir qui faisait face à l'âtre dans le salon du maître des potions.

Vivre dans les cachots lui semblait bien moins terrible maintenant qu'il avait vu l'intérieur confortable qui serait dorénavant le sien. Il avait toujours pensé que l'ambiance froide et humide des couloirs et de la salle de cours se retrouvait partout ailleurs. Sa visite express dans la salle commune des Serpentards en deuxième année n'avait que renforcé cette croyance.

Il était arrivé plus tôt dans la journée, avec son compagnon qui se devait d'assister à une réunion du corps professoral avant la cérémonie de la Répartition et le festin associé. En émergeant difficilement de la cheminée avec sa grâce coutumière, il avait regardé autour de lui avec un petit air sidéré qui avait beaucoup amusé Severus, en dépit du fait que cela sous-entendait l'existence de rumeurs au contenu des plus douteux sur son mode de vie. Harry ne savait pas que les professeurs étaient libres de choisir la décoration de leurs appartements mais il fut bien obligé d'en convenir : ce qu'il avait devant les yeux correspondait parfaitement au Severus qu'il côtoyait depuis quelques semaines.

Il avait auparavant pensé que le directeur des Serpentards vivait dans un endroit aussi accueillant que celui qui abritait ses serpents mais il n'aurait pu davantage se fourvoyer. Les lieux étaient sombres mais chaleureux, dépourvus de vert à l'exception du dais tendu au dessus du lit de Severus, d'une profonde teinte émeraude qui n'était pas sans rappeler la couleur de ses yeux, bien qu'Harry n'y ait point songé. Un salon en cuir noir orné de coussins de velours blanc jouxtant une bibliothèque qui ferait se pâmer Hermione malgré sa taille modeste. Elle ne comportait que des ouvrages choisis, d'une grande rareté et d'une sagesse certaine quoiqu'à ne pas déposer entre toutes les mains, et conduisait dans le laboratoire personnel de Severus. La chambre était séparée du salon par une double porte d'ébène ouvragée sur laquelle s'enroulaient lascivement de majestueux dragons chinois en argent. Harry ne s'était guère attardé sur cette pièce, notant simplement qu'il n'y avait qu'une seule chambre, avec une grande salle de bain blanche et bleue attachée.

Une seule chambre avec un seul lit.

Un lit suffisamment grand pour trois personnes.

Il était conscient que la reprise des cours allait le séparer de son compagnon pour une grande partie de la journée et que dormir dans le même lit serait utile pour soulager le lien. Bien sûr, il voulait partager le lit de son mari, comme tout Veela, mais cela lui faisait aussi très peur. Il craignait que la situation n'aille trop loin, trop vite. Idiotie, certes, compte tenu de leur statut marital et de la consommation qui l'avait scellé, mais il ne pouvait se débarrasser du nœud qui lui tordait l'estomac. Il existait après tout une différence notable entre savoir que son compagnon passait parfois la nuit dans son lit pour l'apaiser et se glisser sciemment dans les mêmes draps que lui tous les soirs.

Il était également mal à l'aise vis-à-vis des annonces qui seraient faites le soir même lors du banquet. Il était intimement persuadé que Dumbledore ne pourrait s'empêcher de clamer sur les toits qu'il était un Veela marié, soit disant pour le protéger. Il y avait fort à parier qu'il révélerait aussi le prédicament de Draco en pleine Grande Salle. Quoiqu'il ne soit pas grand fan du blond, il savait ce qu'il traversait en ce moment, tout son être appelant son compagnon ou sa compagne, les rêves qui le laisseraient épuisé et vidé de toute énergie. Cela représentait suffisamment de difficultés à surmonter sans l'intervention d'un vieillard fouineur et manipulateur. Harry se demandait bien pourquoi le directeur semblait toujours trouver un intérêt particulier dans la vie personnelle de ses étudiants, surtout lorsque ses ingérences risquaient de faire plus de mal que de bien. Il était plus que probable qu'une partie des élèves ignorait tout de la conduite à tenir devant un Veela en pleine recherche de sa moitié et qu'une hostilité certaine soit perceptible, non pas que Draco Malfoy soit très apprécié en temps normal. Bien entendu, Dumbledore n'expliquerait rien et laisserait chacun imaginer le pire, comme à son habitude.

Pour la première fois, Harry était arrivé à Poudlard avant ses amis, sans prendre le train. Il était soulagé de ne pas avoir eu à les affronter dans un étroit compartiment, les Serpentards à portée de voix, mais restait un peu anxieux de les revoir après l'explication qu'ils avaient eue en plein Chemin de Traverse. Il était à peu près certain que Ron bouderait pendant un temps indéterminé jusqu'à ce que les remontrances incessantes d'Hermione lui tapent trop sur les nerfs et qu'il se décide à réfléchir à la question.

Ginny l'inquiétait davantage en revanche. Elle pouvait être extrêmement têtue, tout comme son frère, mais Harry n'était pas convaincu qu'elle se contenterait de le regarder de haut et de tourner les talons. Cette fille pouvait s'avérer vicieuse lorsque les choses ne tournaient pas d'une manière qui lui convienne. Déjà pendant la courte réception qui avait suivi son mariage, le ton avait monté et seule la présence de ses parents et de Severus l'avait empêchée de le frapper. Il savait que son compagnon le protègerait, loin de lui l'idée d'en douter, mais il devait assurer ses cours et ne pouvait toujours le suivre partout dans les couloirs. Harry était bien évidemment capable de se défendre seul mais il ne possédait pas d'yeux dans le dos et, quel que soit le bien fondé de la maxime favorite d'Alastor Maugrey, elle ne pouvait s'appliquer vingt-quatre heures sur vingt-quatre, faute d'endurance.

Harry soupira et attrapa un coussin qu'il installa possessivement sur son ventre, passant et repassant ses doigts sur le tissu doux.

Il était étrangement surpris par sa furieuse envie de rentrer chez lui… enfin chez Severus… euh… chez eux ?? Il ne savait plus trop comment qualifier cette maison dans laquelle il commençait à se sentir en sécurité mais une chose était sûre, il attendait avec impatience le moment où il pourrait y retourner, loin de l'agitation perpétuelle du reste du monde.

Les deux derniers jours qu'il avait passé à se prélasser en compagnie de Severus lui manquaient déjà. Depuis l'incident du Chemin de Traverse, et surtout le thé délicieusement romantique qu'il avait partagé avec son mari, il était moins craintif en sa présence, acceptant plus aisément que Severus s'occupe gentiment de lui.

Évidemment, cette soirée aurait sans conteste été plus agréable sans l'interruption inopinée de ses pères, mais rien n'est jamais parfait dans ce monde après tout. Rémus et Sirius avaient brusquement émergé de la cheminée, sans invitation, alors qu'ils rentraient après leur thé et Harry n'avait pas eu le temps de dire 'ouf' qu'il s'était retrouvé étouffé dans l'étreinte tentaculaire d'un animagus paniqué. Les deux hommes avaient tenté de les joindre sans succès tout l'après-midi alors qu'ils étaient partis à Londres. Ils n'avaient apparemment lu le journal que tardivement et avaient voulu le prévenir. Pensée fort charitable, bien que totalement inutile au vu des circonstances.

Sirius s'était invité d'autorité pour l'apéritif malgré l'évidente réticence de Rémus et le regard polaire de Severus. Harry lui-même, bien que ravi de voir son père adoptif et parrain, aurait préféré qu'il passe son chemin dès son inquiétude se fut calmée pour laisser place à une bouffée de colère noire envers les Weasley. Il n'aurait pas été contre le fait de poursuivre sa soirée romantique pour se remettre des émotions de la journée. L'un dans l'autre, le départ des deux sorciers avait été assez rapide grâce à l'obstination de Rémus – et à des avances peu discrètes qui avaient convaincu Sirius qu'une retraite précipitée était indispensable – mais l'humeur particulière qui régnait avant leur venue s'était définitivement envolée.

Il avait un peu honte de repenser à tout cela avec une pointe de nostalgie. Il ne risquait pas d'avoir ce genre d'intimité avec son compagnon ici, à Poudlard. Il n'était pas même sûr que les séances de rattrapage de potions continueraient comme avant. Il appréciait passer du temps ainsi, tout simplement proche de Severus, même si la concentration que son compagnon exigeait était difficile à maintenir et le travail intense. Au moins, n'avait-il pas eu à rougir lors de la dernière session, Severus se tenant à une distance prudemment respectueuse du début à la fin. Il en avait curieusement conçu un léger regret qu'il ne s'expliquait point.

Il craignait maintenant de retrouver la détestable chauve-souris des cachots en permanence. Severus l'avait déjà prévenu la veille qu'il ne se comporterait pas différemment avec lui en cours, soi-disant pour ne pas donner l'impression d'un favoritisme, comme si la réputation d'impartialité du maître des potions était une vérité universelle. Harry comprenait bien que son mari serait probablement soupçonné de gonfler ses notes s'il changeait, ne serait-ce que d'une manière infime, son comportement mais il ne se sentait pas mieux pour autant. Si son compagnon l'agressait pendant les cours comme il en avait pris l'habitude depuis six ans, Harry savait qu'il risquait de craquer nerveusement ou de le vivre comme un rejet et cette seule pensée le terrorisait.

Harry serra un peu plus fort son coussin à cette idée avant de se demander depuis quand il avait pris cette manie de torturer ces pauvres petites choses. Il haussa nonchalamment les épaules et reprit dans un soupir sa contemplation monotone des flammes.

***********

Severus descendait vivement vers les cachots. Il ne restait plus très longtemps avant l'arrivée des élèves et la réunion l'avait épuisé. Pourquoi ses collègues étaient-ils tous dotés du génie consternant de faire un bon millier de fois les mêmes sempiternelles remarques à chaque rentrée ? Si au moins elles s'avéraient constructives…

Le plus difficile avait été de faire comprendre à certains, comme cette vieille chouette de Trelawney ou l'insupportable abruti congénital qui enseignait l'étude des moldus, qu'un Veela, même à la recherche de son âme-sœur, n'est nullement dangereux mais plutôt à protéger. Harry étant marié, il n'était pas considéré comme une menace – absurde vu ses crises de jalousies irraisonnées mais flatteuses – alors que Draco avait soudainement été perçu comme un animal sauvage par plusieurs de ses professeurs. Ridicule au plus haut point de l'avis de Severus. Le pauvre garçon risquait fort de se faire coincer dans les couloirs à tous bouts de champs par de jeunes crétins des deux sexes, incapables de résister à l'attraction qu'il allait déployer. Le directeur des Serpentards s'était bien gardé d'indiquer à toute l'assistance qu'il placerait des protections sur la porte de la chambre du jeune Malfoy pour s'assurer que son sommeil ne soit point dérangé par quelque admirateur aventureux, sinon il serait encore dans la salle des professeurs à les écouter bavasser inlassablement de l'à-propos d'une telle mesure.

Parvenu devant le tableau qui gardait ses appartements, il prononça son mot de passe et entra pour découvrir un petit Veela endormi, enroulé autour d'un coussin.

Il n'avait pas envie de le réveiller mais il fallait qu'il se prépare pour le repas dans la Grande Salle. Il hésita à nouveau sur la conduite à tenir. Merlin, pourquoi était-il si complexe de réveiller quelqu'un ?

Severus vint s'asseoir à côté de son Veela et posa doucement la main sur son épaule. Il l'aurait bien éveillé d'un chaste baiser mais une petite voix lui soufflait que son mari ne serait probablement pas à l'aise avec une telle proximité.

De grands yeux émeraude embrumés papillotèrent et une petite bouche rose s'étira en un bâillement étouffé. La tête ébouriffée du jeune homme daigna enfin se relever de l'accoudoir sur lequel elle reposait et demander un peu pâteusement s'il était tard.

- Suffisamment pour que tu songes à mettre ton uniforme. Les calèches devraient arriver d'ici environ une demi-heure. Il ne faudra pas traîner si tu veux aller accueillir tes amis.

Harry émit un vague borborygme indistinct en guise de réponse. Severus ne sut s'il devait attribuer cette réplique sibylline à l'état quasi-comateux d'un Harry au réveil ou à la mention de ses amis, si tant est qu'Harry les considère toujours comme tels.

Le petit brun se leva et s'étira avant partir vers le laboratoire privé de Severus.

- Harry ?

- Quoi ? demanda Harry en s'arrêtant, se retournant vers son mari avec un air interrogatif.

- Où vas-tu ?

- Ben, dans la salle de bain.

Devant l'absence de réaction perceptible chez le maître des potions, Harry décida d'être plus précis :

- Pour me rafraîchir un peu et me changer… élabora-t-il, intrigué par le comportement de Severus. Ne l'avait-il pas réveillé pour cela ?

- Alors peut-être serait-il plus judicieux de te diriger effectivement vers la salle de bains. A moins, bien entendu, que tu ne préfères procéder à tes ablutions dans un chaudron.

Ce fut cette fois Severus qui dut préciser sa pensée sous l'injonction un rien ahurie des yeux verts qui le fixaient.

- La porte vers laquelle tu progressais avant que je ne t'interpelle est l'entrée de mon laboratoire privé. Lieu dans lequel j'apprécierais immensément que tu ne te balades pas seul, et présentement inadapté à l'usage auquel tu le destinais.

- Oh.

Harry rosit légèrement et s'enfuit vers la chambre sous l'œil amusé de Severus. Il avait pourtant brièvement visité l'appartement en arrivant ! Les lieux étaient bien plus petits que la maison mais il n'était pas capable de retrouver une pièce… Allait-il un jour cesser de s'humilier comme ça ? Il s'enferma vivement dans la salle de bain et plongea le visage dans l'eau froide qu'il fit couler dans le lavabo avant de réaliser qu'il n'avait pas pris son uniforme. Il vérifia soigneusement qu'aucun maître des potions n'avait envahi la chambre avant de farfouiller dans son coffre, au pied du lit, pour dénicher les vêtements manquants.

************

A bord du Poudlard Express, un peu plus tôt.

Draco Malfoy ruminait, enfermé seul dans un compartiment. Il commençait tout doucement à se demander pourquoi il avait refusé la potion de révélation… Il était arrivé sur le quai très en avance, encadré, une fois n'est pas coutume, par ses deux parents qui le surveillait comme deux faucons assistant à l'éclosion de leurs œufs, pour pouvoir monter dans le train avant la cohue qui ne manquerait pas de se produire.

Même la présence intimidante de son père, que tous connaissaient comme un Mangemort sadique qui n'avait échappé à Azkaban lors de la défaite du Lord que grâce à son argent et ses contacts politiques au Ministère, n'avait point dissuadé quelques écervelés de tenter une approche virulente et dénuée de finesse.

Et dire qu'il devait se tartiner tous les matins d'une pâte visqueuse qui couvrait soi-disant ses phéromones !! Lui n'avait pas l'impression qu'elle couvre quoi que ce soit à part sa peau d'un film gras inconfortable. Merlin, il ne survivrait pas au festin !! Au vu des réactions qu'il causait enduit de cette horreur, il n'osait pas même imaginer la catastrophe que cela provoquerait s'il oubliait un matin son baume par mégarde. Tout ça parce qu'il avait refusé cette saleté de potion !

Et s'il n'avait pas envie qu'un chaudron lui dicte son avenir, hein ? Certes son parrain était parfaitement compétent mais ce n'était pas une raison ! Une erreur est si vite arrivée ! Il ne voulait pas se retrouver coincé avec n'importe qui, merci bien !

Draco ne l'aurait jamais avoué à personne, et pas davantage à lui-même, mais il était mort de peur. Bien sûr, ses parents l'avaient instruit des coutumes veelas et des implications de son héritage depuis sa plus tendre enfance. Il savait que le jour arriverait où il rencontrerait son compagnon ou sa compagne et cela n'était pas vraiment une difficulté. Non, le problème venait du fait qu'il n'avait aucun contrôle sur ce que sa magie choisirait pour lui. Il n'avait qu'à regarder ses parents pour voir à quel point une union pouvait être belle et harmonieuse mais il ne pouvait s'empêcher de douter qu'il en soit de même pour lui. Il voulait simplement être heureux et craignait de ne pas y parvenir.

Ce qu'il souhaitait par-dessus tout était de ne surtout pas tomber sur l'un de ses professeurs. Son père lui avait parlé de Potter et, bien qu'il n'aime pas ce Gryffondor arrogant et pleurnichard, il admettait qu'il aurait certainement pris les événements avec moins de bonne volonté s'il avait été à sa place. Se retrouver Veela du jour au lendemain, et marié à l'un de ses professeurs en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, en aurait déstabilisé plus d'un. Draco voulait juste éviter de devoir épouser McGonagall ou Dumbledore, ou Rusard… Si le professeur Lupin enseignait toujours et n'était pas marié, à la rigueur, il n'aurait pas dit non… mais le lycanthrope était bien le seul membre du corps enseignant qui ait jamais été regardable. Pas qu'il ait quelque chose contre Severus mais il était de la famille et même un Malfoy respecte certaines limites.

Draco soupira en constatant que le château approchait et qu'il devait maintenant se changer.

************

Ron boudait dans son compartiment. Hermione était partie à sa réunion de préfets et le caractère ronchon du rouquin avait joyeusement fait fuir Neville, Dean et Seamus. Ginny avait disparu dès le départ du train et il ne le regrettait pas. Ses plaintes incessantes l'empêchaient de réfléchir.

Tout ça à cause d'Harry !

Il ne pouvait rien faire comme tout le monde, non ? Non, bien sûr. Il ne pouvait pas trouver une gentille sorcière et s'installer, avoir des enfants, un chien et une clôture blanche devant son jardin ?? Non, il fallait qu'il soit un Veela, un Veela soumis par-dessus le marché ! Et soumis à qui ? Je vous le donne en plein dans le mille ! A Rogue !! Oui, Monsieur !

Ce n'était pas lui qui devait consoler Ginny et subir les regards en coin de sa mère qui se demandait clairement si leur amitié n'avait pas été autre chose pendant qu'elle avait le dos tourné. Ron devait avouer, bien malgré lui, qu'il était surpris de la violence avec laquelle sa mère semblait prendre tout cela. Elle n'avait pas réagi avec tant de ferveur lorsque Sirius avait épousé Rémus. Elle n'avait pas apprécié outre mesure, certes, mais rien de comparable à son expression lorsque Dumbledore était venu les prévenir de la situation d'Harry, peu avant la cérémonie. Il était vrai, cela dit, que les deux Maraudeurs se connaissaient depuis fort longtemps et avaient entretenu une relation qui remontait à leurs jeunes années à Poudlard. Ils étaient nettement faits l'un pour l'autre et très heureux. Le couple d'Harry était une autre paire de manches. Peut-être était-ce pour cette raison qu'elle semblait à ce point opposée à ce mariage… Parce qu'elle s'inquiétait pour Harry ? Parce qu'elle considérait qu'une union homosexuelle était instable et malsaine, et qu'il s'agissait là de la dernière chose dont Harry avait besoin ?

Ron ne se rendait absolument pas compte qu'il était probablement le seul de toute sa fratrie qui se préoccupait à ce point des idées de sa mère sur la question. Ginny était en rogne parce qu'elle voulait Harry pour elle, plus que par homophobie véritable. L'utiliser comme prétexte était tout simplement facile tout en lui assurant un récalcitrant soutien maternel. Les jumeaux vivaient leurs vies sans se soucier des opinions extérieures comme ils l'avaient toujours fait. Percy n'avait jamais rien connu en dehors du travail, scolaire ou non. Charlie, indépendant en diable, ne s'était jamais arrêté à un avis formaté et ne se sentait sûrement guère concerné par les récriminations éventuelles de sa mère depuis la Roumanie. Bill avait toujours été un homme de caractère, peu soucieux de plaire à son entourage lorsque leurs opinions divergeaient.

Mais Ron était le dernier fils. Il n'avait pas la rébellion fantasque des jumeaux ou le caractère bien trempé de ses frères aînés. Il avait toujours été très proche de sa mère, plus que de son père, et tenait énormément à son affection. Quelque part, tout au fond de son esprit, rampait la pensée atroce qu'il se devait d'être aussi parfait que possible pour elle s'il ne voulait pas que le lien se rompe. Il n'était ni le plus brillant, ni le plus charismatique et en était bien conscient. Il voulait que sa mère soit fière de lui malgré tout.

Il tenait à Harry également. Il était son meilleur ami après tout. Mais… Non il ne voulait pas y penser.

Cela le conduirait à un endroit où il refusait d'aller. Il avait trop à perdre…

Perdu dans ses pensées, ce fut le retour en trombe d'Hermione, ainsi que son vigoureux rappel à l'ordre, qui lui fit réaliser qu'il devait se changer en catastrophe.

*************

Hermione n'écoutait rien de la réunion.

Ron était devenu étrange, renfermé, depuis qu'ils avaient vu Harry. Auparavant, sa relation avec Severus n'avait été qu'un fait abstrait, bien que Ron fût présent à la courte fête qui avait suivi la cérémonie. Mais les voir interagir semblait avoir eu un impact sur le rouquin.

Fort peu satisfaite du comportement de son petit ami, Hermione ne lui avait que peu adressé la parole, moins encore que durant les longues et fastidieuses heures pendant lesquelles elle avait du subir les remarques acerbes des deux plus jeunes Weasley sur leur ami. Elle admettait sa surprise et son inquiétude devant l'absence de réponse que cela avait provoqué. En temps normal, Ron l'aurait harcelée jusqu'à ce qu'elle lâche une parole résignée, mais là, rien. Il restait dans son coin, pensif, refusant le contact, même lorsqu'elle avait tenté de le prendre par les sentiments pour obtenir une réaction, quelle qu'elle soit, la veille au soir. Et Ron ne se détournait JAMAIS d'une Hermione câline, lui qui se plaignait sans cesse qu'elle ne l'était pas assez.

A n'y rien comprendre !!!

Sans compter que Ginny s'était sauvée Merlin sait où pour comploter. Hermione n'arrivait pas à voir comment elle pouvait refuser de voir le lien clair comme le cristal qui reliait Harry à Severus, même s'ils avaient encore des difficultés à résoudre.

Encore une chose incompréhensible : Draco Malfoy n'était pas présent à la réunion des préfets, lui qui ne manquait jamais une occasion de se pavaner comme un paon. Elle ne l'avait pas davantage vu dans les couloirs du train. Non pas qu'elle s'inquiète de la santé de ce Sang Pur infernal, non, mais cela restait un mystère.

Hermione détestait ne pas comprendre et, là, elle avait sa dose.

**************

Ginny se mira pour la énième fois dan la glace surplombant l'étroit lavabo de l'un des cabinets de toilettes du Poudlard Express. Il fallait qu'elle soit parfaite pour le festin.

Hors de question qu'Harry pose les yeux sur qui que soit d'autre qu'elle ce soir.

Surtout pas sur Rogue.

Elle n'arrivait pas à croire que ce bâtard envisage de se mettre entre elle et son Harry. Il ne voyait donc pas qu'ils étaient amoureux ?

Le tohu-bohu caractéristique de l'arrivée en gare de Pré-au-lard l'avertit qu'il était temps qu'elle émerge de sa retraite.

*************

Poudlard, hall d'entrée.

Harry attendait patiemment au milieu du flot d'élèves excités par leurs retrouvailles avec leurs amis qu'Hermione arrive. Personne ne faisait attention à lui et les discussions futiles d'adolescents apaisèrent quelque peu ses nerfs en pelote.

Un tsunami châtain se jeta soudainement sur lui, manquant de le projeter au sol dans son enthousiasme et lui coupant le souffle. Mine de rien Hermione n'était pas manchote et sa petite taille cachait une force certaine.

- Harry !!!!

- Salut, Hermione ! l'accueillit-il, la serrant dans ses bras. Si tu pouvais me laisser respirer un peu…

- Oh pardon ! s'exclama la jeune femme, desserrant son étreinte.

- Viens. On aura tout le temps de discuter à table !

Harry entraîna son amie dans la Grande Salle, l'interrogeant sur le voyage, un Ron muet suivant mollement dans leur sillage.

************

Grande Salle, quelques minutes plus tard.

Albus Dumbledore se leva, près à faire son petit discours d'introduction maintenant que tous ses étudiants étaient rassemblés et que les élèves de première année étaient répartis dans les différentes maisons.

Ils avaient un peu de retard sur l'horaire habituel à cause de Draco Malfoy. Il avait fallu patienter jusqu'à ce que tous les étudiants soient entrés avant de l'installer à une table individuelle suffisamment éloignée de toutes les autres pour qu'il ne périsse pas écrasé sous une cohorte d'admirateurs forcenés. Une surveillance constante était de mise s'il voulait tenir tout ce petit monde à distance respectable du jeune Veela. Et il n'avait pas intérêt à se relâcher s'il en jugeait par les regards ouvertement gourmands que le blondinet récoltait.

Dumbledore s'éclaircit la gorge.

- Bienvenue à vous, chers nouveaux élèves ! Bon retour parmi nous à tous les autres ! Je vous souhaite une excellente année à tous maintenant que la guerre est terminée et que la vie nous sourit à nouveau ! Quelques recommandations avant de vous laisser profiter du festin que les elfes de maison ont eu la courtoisie de nous préparer. Je tiens à vous rappeler que la Forêt Interdite est toujours interdite quelles que soient les circonstances et que Monsieur Rusard a affiché une liste des objets interdits sur les panneaux d'affichage de vos salles communes. Les farces et attrapes en provenance du catalogue des frères Weasley sont proscrites à l'intérieur du château et toute détention de l'un de ses produits entraînera une sanction appropriée.

Un concert de soupirs s'éleva à cette annonce. Ils allaient devoir ruser. Les jumeaux savaient heureusement être discrets dans l'envoi de leur marchandise…

- Je vous présente votre nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal, l'auror à la retraite Alastor Maugrey, le seul et unique cette fois, soyez en sûr. J'ai pris toutes les précautions qui s'imposaient.

Une salve d'applaudissements hésitants retentit mollement dans la salle sous le regard courroucé habituel de l'homme, son œil magique tournoyant follement, inquiétant les plus jeunes.

- Vous n'avez pu manquer de constater que certaines mesures ont été prises afin de maintenir Mr Malfoy un peu à l'écart, poursuivit le directeur sans sembler remarquer l'interruption. Mr Malfoy est entré en possession de son héritage veela peu après la défaite de Qui-Vous-Savez et n'a pas encore découvert la personne qui partagera son existence. Tant qu'il ne l'aura pas fait, toute personne non amoureuse ou non destinée à une créature magique sera irrésistiblement attirée vers lui, ce qui explique les quelques dispositions prises à son égard par le professeur Rogue. La recherche de son compagnon ou de sa compagne nécessitera beaucoup d'attention de sa part et la reconnaissance est en grande partie olfactive. Vous êtes donc priés de ne pas vous formaliser si son comportement vous parait parfois… étrange.

Même ceux qui ne quittaient pas Draco des yeux se mirent à murmurer. Tous jeunes sorciers et sorcières au courant de l'existence des Veelas, et de ce qu'être un compagnon impliquait, étaient terriblement excités à la perspective d'une union, ici, à l'école, sachant qu'ils étaient tous potentiellement l'heureux élu. Les Veelas n'étaient pas si courants après tout…

Seuls les Gryffondors ne semblaient point se réjouir.

- Je tiens également à présenter mes respects à Mr Potter-Black, récemment devenu Mr Rogue, ainsi qu'à son mari, le professeur Rogue, reprit Albus, l'œil pétillant, avec un grand sourire, pas perturbé pour deux Mornilles par la rougeur écarlate de son élève ou par le regard glacial que lui dédia son professeur de potions. Leur vie privée ne doit sous aucun prétexte être dérangée. Comme vous l'avez très certainement lu dans les journaux – que je vous prierais de ne pas croire sur parole dans leur description de la dangerosité des Veelas, qui sont par nature des créatures pacifiques –, Mr Potter est un ressortissant de cette race éminente. Ses réactions vis-à-vis de toute intrusion pourraient s'avérer imprévisibles et relativement drastiques, prévint Dumbledore. Sur ce, bon appétit !!

Le vénérable sorcier s'installa posément alors que les plats apparaissaient sur les tables. Personne ne se jeta dessus comme un affamé contrairement aux autres années. Les conversations allaient bon train, Harry et Draco étant au centre de la plupart d'entre elles, et les bavards ne prenaient certes pas la peine d'être discrets.

Harry gardait le nez obstinément baissé sur son assiette, rouge jusqu'à la pointe des oreilles. Ce vieux fou l'avait fait ! Il l'avait félicité devant tout le corps étudiant !! Comme si le repas ne promettait pas d'être compliqué avec Ginny qui s'était invitée à ses côtés ! Elle se trouvait bien trop proche de lui à son goût et semblait vouloir se rapprocher davantage.

La main apaisante d'Hermione vint se poser sur la sienne et il leva les yeux. Elle lui offrit un petit sourire d'excuse autant que d'encouragement. Le festin était long mais pas excessivement. Harry pourrait bientôt retrouver le calme des cachots, loin des regards.

Alors qu'il commençait tout juste à discuter avec Hermione, Ron fixant Merlin seul sait quel insecte microscopique derrière la table des Serpentards sans toucher à son assiette, Harry sentit Ginny venir le coller. Sa cuisse glissa le long de la sienne et son épaule vint s'appuyer doucement contre son bras. Il se raidit instantanément, blanc comme un linge.

Trop proche !! Trop proche !! Ne me touche pas !

Il tenta un petit regard en coin et vit que la rouquine, faussement concentrée sur une innocente pomme de terre en salade, arborait un sourire triomphant. Elle s'était visiblement maquillée, plus que de coutume, et son parfum floral sucré remplissait agressivement les narines du Survivant, couvrant sans peine l'odeur des plats.

Son mal-être augmenta.

Pourquoi n'était-il pas resté bien au chaud dans le canapé de son mari, là où cette fille ne pouvait pas l'atteindre ?? Harry se décala, rompant le contact entre eux, soulagé lorsqu'il ne sentit plus la chaleur qui émanait de la jeune fille. Il était presque collé à Neville désormais et il lui dressa un petit signe de tête contrit, désignant Ginny dans le même mouvement. Le calme Gryffondor sembla comprendre à demi mot et indiqua à son ami qu'il ne le prenait pas mal.

Neville était un Sang Pur, élevé traditionnellement par sa redoutable grand-mère et très respectueux des coutumes, surtout lorsqu'elles protégeaient la vie de l'un de ses meilleurs amis. Il regarda la plus jeune Weasley un peu de travers. Il pouvait comprendre qu'elle n'accepte pas facilement de perdre son petit ami au profit du professeur Rogue mais Harry était un Veela et il n'y avait rien qu'elle puisse tenter contre cela.

Elle ferait bien de faire une croix sur Harry… Ou elle s'en mordra les doigts… On ne badine pas avec un Veela en colère.

- Tu vas bien, mon chéri ? Tu es tout pâle… Je peux t'accompagner à l'infirmerie si tu veux, demanda Ginny d'une voix douce. Ou alors à ton dortoir…

Harry n'était pas sensé se reculer mais accueillir avec joie son contact… Cela ne plaisait pas du tout à Ginny…

- Je vais bien, répondit sèchement le Veela, furieux de manière dont elle osait le qualifier.

Le regard brun de Ginny se voila brièvement avant se retrouver sa clarté et elle entreprit de lui parler de tout et de rien pendant tout le dîner, s'inclinant toujours plus vers lui, oublieuse des tentatives plus ou moins polies du jeune homme pour se débarrasser d'elle et détournant systématiquement les ébauches d'interruptions proposées par Hermione.

Mais rien à faire.

Lorsque les dernières bouchées du dessert furent englouties, Minerva McGonagall signala aux préfets de rassembler les premières années pour les escorter dans leurs dortoirs respectifs, à l'exception de Draco pour des raisons évidentes. Dans la cohue qui s'ensuivit, Harry se détendit légèrement, persuadé que son tourment avait prit fin. C'est alors que Ginny, interprétant le relâchement d'Harry comme une invitation à se rapprocher de lui en profitant du charivari ambiant, plaça cavalièrement une main sur la cuisse du Veela, la remontant lentement vers ses parties intimes. Harry sursauta violemment et, poussant un cri aigu fort peu masculin, frappa vivement l'appendice importun, se levant avec célérité. Il s'enfuit de la Grande Salle, fendant sans effort la masse compacte des jeunes élèves sagement alignés dans l'attente d'un mot de leurs préfets, sous le regard ébahi de ses camarades et de ses professeurs.

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Severus fusilla le directeur des yeux pendant la majeure partie de l'entrée, peu intéressé par son plat d'asperges et contrarié de l'intervention d'Albus, ne s'interrompant que pour vérifier que tout allait bien pour son Veela et son filleul.

Pour ce dernier, rien à signaler. Il lui semblait bien un peu pâlichon et plus pensif qu'à son habitude mais les circonstances n'étaient certes pas ordinaires. Pour l'instant personne ne paraissait prêt à bondir sur Draco comme un chat vorace sur un faible souriceau.

Harry en revanche…

Severus vit la violente rougeur de son mari et la comprit parfaitement. Il avait fini par constater que le garçon était loin de rechercher l'attention qu'il obtenait et que sa notoriété lui pesait plus qu'autre chose. Il semblait honnêtement apprécier le calme serein d'une maison campagnarde, loin de toute l'agitation trépidante qu'il aurait recherché dans le cas contraire. Cette déclaration publique d'Albus était un coup bas sous son déguisement bonhomme. Le directeur savait pertinemment que Severus également chérissait son intimité mais cela ne l'avait bien sûr pas empêché d'étaler leur vie au grand jour sous couvert de la protéger. Oh, l'homme ne pensait pas à mal, il le savait, mais le résultat était identique.

Puis Harry pâlit dramatiquement et Severus fut sur le point de lancer un Impardonnable en plein repas sur la fille Weasley qui collait outrageusement SON mari.

Elle n'avait plus qu'à s'asseoir sur ses genoux à ce rythme !!

Quel sans-gêne !!

A croire que ses parents ne lui avaient jamais appris les bonnes manières ! Certes les Weasley n'étaient pas considérés comme étant vraiment de bonne famille, faute d'argent et d'influence, mais ils restaient des Sang Purs ! Merlin merci, Lucius n'avait pas vu cela ! Il aurait insisté auprès des autres Gouverneurs pour que des cours de maintien soient rétablis dans le cursus, comme au siècle précédent.

Harry s'éloigna rapidement de cette gourgandine, se retrouvant pratiquement sur les genoux de Londubat. Severus ne pouvait pas lui en vouloir et il n'avait rien à craindre du gamin. Celui-ci avait si peur de lui qu'il risquait de mouiller son pantalon si Severus faisait seulement mine de respirer dans sa direction. En outre, la très redoutable Augusta lui avait sûrement inculqué les coutumes sorcières dès son plus jeune âge.

Cela dit la rouquine ne se découragea nullement, au grand dam de Severus qui employait toute son énergie à ne pas bouger et à ne surtout pas toucher à sa baguette. Ginny passa très près de la mort plus d'une fois durant la soirée sans même s'en rendre compte. Seules la détermination hors du commun du maître des potions et les rebuffades très nettes qu'il voyait émaner du Survivant sauvèrent sa vie.

A la fin du repas, malgré l'estrade sur laquelle trônait la table professorale, il perdit son époux de vue dans la marée humaine. Une fois que les élèves de première année furent plus ou moins organisés, il entendit une exclamation qui ne lui était pas inconnue. A peine eut-il le temps de reconnaître la voix de son mari que celui-ci fut sur ses pieds, sprintant aveuglément vers la porte, avant de disparaître.

Les yeux noirs se rétrécirent et se portèrent froidement sur une rousse debout devant sa table, un air furieux plaqué sur son visage. Elle avait donc fait quelque chose à son Veela pour l'inciter à fuir de la sorte, comportement qui plus est fort peu Gryffondoresque. Severus toisa la jeune fille jusqu'à ce qu'elle sente le poids de sa colère et lève les yeux pour les planter dans les siens.

L'affrontement fut bref.

Cette gamine n'avait pas le courage, ni la rage ou la force nécessaire pour soutenir son regard ardemment polaire. Elle détourna rageusement les yeux et se fraya un chemin parmi les étudiants surpris, regagnant sa tour.

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Draco ne s'était jamais senti aussi humilié de toute son existence, pas même lorsque Potter avait refusé son amitié en première année ou lorsque son père s'était retrouvé enfermé à Azkaban, accusé d'être un fidèle du Lord – ce qu'il était, entendons-nous bien.

Ce vieillard cinglé, complètement lunatique et drogué au citron, ne pouvait juste dire qu'il était un Veela, non ?

Quel culot !

Comme si un Malfoy allait se permettre d'arpenter les couloirs en reniflant ouvertement tous les élèves !!

Il avait besoin de préciser qu'il reconnaîtrait la personne qui lui était destiné à son odeur, entre autre ? Et pourquoi ne pas révéler également que cela serait réciproque ? Enfin… à la condition sine qua none qu'il puisse cesser de s'enduire de cet onguent surgras et malodorant… Il préférait un millier de fois son beurre corporel habituel, à la fleur de cerisier du Japon, frais et délicat.

Et ces demeurés qui ne le quittaient pas des yeux… Il avait la désagréable impression d'être un morceau de viande en vitrine d'une boucherie, exposé au regard des chiens errants. Il frissonna de dégoût lorsqu'il surprit l'œillade de Goyle sur son corps et avala convulsivement sa salive.

Il nota l'air particulièrement mal à l'aise de Potter et l'humeur fort moyenne de son parrain à la fin du petit discours du directeur et en aurait ri s'il n'avait pas été concerné.

Le seul point positif qu'il retira du dîner fut que son compagnon ou sa compagne n'était apparemment ni un professeur, ni un Serpentard, leurs tables se trouvant les plus proches de la sienne. Il lui faudrait affiner le diagnostic, bien évidemment mais il ne sentait rien de spécial émaner de ces directions. Pour être honnête, il y avait bien trop de monde pour qu'il puisse dénicher le sorcier ou la sorcière qu'il cherchait parmi ce magma d'odeurs, mais il serait soulagé de ne point devoir épouser un professeur ou un Serpentard.

Il n'avait rien contre sa maison, loin s'en faut, mais la beauté n'était vraiment pas au rendez-vous. Pansy s'avérait être la moins laide des filles mais ne risquait pas de concourir pour l'élection de la sorcière la plus sexy de Playwitch avec son visage aplati de bouledogue mécontent. Chez les garçons, Blaise était sans conteste le plus attirant mais il était son meilleur ami. Draco le connaissait trop bien, jusqu'à ses petits secrets inavouables, comme le fait qu'il craque désespérément sur Londubat. Il l'avait taquiné sans répit pendant les premiers mois, ne voyant vraiment pas ce que Blaise pouvait trouver à ce pataud de Neville Londubat, puis avait arrêté quand il avait compris que son ami était bel et bien amoureux du timide gryffon.

Il lui restait donc trois maisons à explorer… Le lendemain, Draco commencerait son enquête avec méticulosité.

Merlin, faites que ce ne soit pas un ou une Gryffondor !!!!

Il remarqua la tension qui habitait son parrain chaque fois qu'il regardait vers lui pour s'assurer qu'un élève vagabond ne le molestait pas. Curieux, il chercha à savoir d'où cela pouvait provenir. Sûrement Severus était-il encore vexé par les actions du directeur mais cela n'aurait pas du être perceptible chez un espion professionnel.

Puis il la vit.

Ginny Weasley.

Collée contre Potter, sans la moindre honte.

Il était très clair pour le jeune Veela que son congénère prenait sur lui pour ne pas, au choix, détaler ou l'étriper sur place mais elle ne voyait rien. Il prit mentalement note de ne pas même prendre le temps de savoir si cette fille sans éducation était une compagne potentielle. Il préférait mourir ou perdre toute chance de bonheur que de la fréquenter. Salazar ! Son père en ferait une crise cardiaque s'il voyait cela…

Draco ne bougea pas lorsque leurs devoirs furent gentiment rappelés aux préfets. Tant pis pour sa fierté de préfet-en-chef ! Granger étant la préfète-en-chef, elle se chargerait bien de tout, non ? Il refusait de faire un pas dans cette salle tant qu'il s'y trouvait encore autant de monde. Il resta assis, pensif, se demandant comment il allait survivre à la journée du lendemain. Pour l'instant, il avait juste du faire acte de présence au banquet mais dès que les cours commenceraient, il devrait sillonner les couloirs au risque d'y perdre sa vertu.

Un cri soudain le sortit de sa torpeur cognitive et il assista, médusé, au départ précipité du Survivant et à la lutte de volonté entre son parrain et la dernière des Weasley. Il ne comprit pas bien ce qui s'était produit mais il attendit patiemment que Severus se dirige vers lui.

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Ginny rageait positivement, remontant les couloirs jusqu'à la Tour Gryffondor avec la délicate et souple élégance d'un hippogriffe insulté.

Il s'était défilé, l'avait ignorée et repoussée avant de battre en retraite comme un vil serpent !!

Il l'avait humiliée en milieu de la Grande Salle !

Devant tout le monde !

Et Ron qui n'avait pas daigné lever le petit doigt !

Oh mais elle n'allait pas se laisser faire ainsi ! Hors de question qu'elle abandonne ! Peu importe la façon dont Rogue l'avait toisée, comme si elle n'était pas même digne de collecter du pus de Bubobulb. Elle allait lui montrer de quoi une Weasley était capable !

Elle avait perdu la première bataille, pas la guerre. Il allait falloir prendre des mesures plus draconiennes et ne pas relâcher la pression dans l'intervalle…

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Severus mourrait d'envie de courir derrière Harry, de lui demander ce que cette peste lui avait dit ou fait, de le consoler.

Mais il devait encore ramener Draco à sa chambre, s'assurant qu'il ne se fasse pas attaquer au détour d'un couloir par un élève intoxiqué aux phéromones, puis s'occuper de ses Serpentards. Après, seulement, pourrait-il regagner ses appartements et bichonner son Veela. Depuis quand ces pensées lui venaient-elles si naturellement ? Mouais… Tant qu'elles se limitaient à son chaton…

Alors que la pièce se vidait dans un calme inexistant, Severus se leva et fit signe à Draco de le suivre. Il restait encore des étudiants dans la salle mais le maître des potions entraîna son filleul vers la zone réservée aux professeurs et l'emmena vers les cachots à travers un labyrinthe de passages secrets dont il se servait couramment pour raccourcir ses déplacements et surprendre les élèves fautifs. Il éclaira le jeune homme sur les protections supplémentaires qu'il avait personnellement ajouté à sa chambre et lui rappela de se lever très tôt pour éviter au maximum le flot matinal d'enfants affamés, et de surtout ne pas oublier la quelconque mixture qui diminuait légèrement l'influence des phéromones.

Ils émergèrent bientôt près du dortoir des Serpentards et Severus eut la surprise de trouver Gregory Goyle patientant devant la porte de Draco. Il fit arrêter Draco à une distance respectable du gros garçon se tortillant maladroitement.

- Puis-je savoir ce que vous faites là, Mr Goyle ? susurra-t-il d'une voix basse.

- Euh… Je voulais juste discuter avec Draco, Professeur… balbutia le septième année, s'approchant lentement de Draco qu'il ne quittait pas des yeux.

Il ne s'était certes pas attendu à voir son directeur de maison débarquer ici avec Draco. Une erreur colossale me direz-vous, mais nul n'a sous-entendu que l'intelligence de ce garçon brillait au firmament, même lorsque son frêle cerveau n'est pas soumis à la sollicitation de puissantes phéromones veelas.

- Veuillez regagner votre dortoir, Mr Goyle. Mr Malfoy n'est pas disponible pour le moment, ordonna froidement Severus.

Gregory lança un regard de regret au mignon blondinet qu'il n'avait pas eu la chance de toucher puis s'éloigna, suffisamment perspicace pour ne pas se mettre en travers du chemin de Severus Rogue, quelle que soit l'envie qui le taraudait. Severus montra à Draco les sorts, soigneusement sélectionnés, à appliquer sur sa porte tous les soirs et tous les matins pour éviter les intrusions indésirables et retourna dans la salle commune.

Il accueillit les élèves de première année, leur expliquant le fonctionnement de sa Maison et les règles auxquelles il exigeait une obéissance absolue sous peine de retenues désagréables. Il répondit brièvement à quelques questions timides et se retira, pressé de rejoindre ses appartements.

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Severus referma posément le tableau derrière lui et vit Harry debout au milieu du salon, en pyjama, ses cheveux mouillés rebiquant dans toutes les directions malgré leur longueur.

Il haussa un sourcil interrogatif alors que le jeune homme se dandinait d'un pied sur l'autre, hésitant.

Harry avait du prendre une décision car Severus se retrouva soudainement les bras pleins d'un Veela un peu humide qui se colla contre lui comme si vie en dépendait. Bien que surpris de cette action, Severus enlaça le petit corps tremblant et le serra doucement contre lui, traçant de petits cercles apaisants entre ses omoplates. Il était rare que son mari recherche un contact physique entre eux malgré le fait qu'il accepte plus facilement les initiatives de son compagnon ces derniers temps.

Après avoir passé quelques minutes à sangloter dans les robes de Severus, Harry murmura d'une petite voix étouffée par l'épaisseur du tissu :

- Je suis désolé… Elle… elle…

- Sssshhhh, ne t'inquiète pas. Je présume que tu parles de Miss Weasley ? demanda Severus, gardant sa voix égale, tentant de ne pas laisser sa contrariété émerger.

- Oui…

- Elle t'a mis mal à l'aise ? J'ai vu qu'elle se tenait très près de toi durant le repas.

- Elle n'arrêtait pas de me coller… et elle n'écoutait pas quand je lui disais de partir… de me laisser tranquille… j'ai essayé… tout essayé…

- Calme-toi. Respire à fond et dis moi ce qu'elle t'a fait, demanda Severus d'une voix ferme mais douce.

- Elle était tout contre moi, tout le temps… je me poussais mais elle revenait toujours… J'avais son odeur partout sur moi… Sale…

Severus ne comprit pas sur le moment et s'apprêtait à exiger de plus amples informations lorsque la lumière se fit. Les Veelas soumis étaient très réservés, peu tolérants vis-à-vis des contacts lorsqu'ils ne venaient pas de leur compagnon. Seuls la famille et les amis proches, avec lesquels aucune connotation sexuelle ne pouvait être ne serait-ce qu'envisagée sans une crise de fou-rire délirant, pouvaient toucher un Veela au-delà d'une poignée de mains sans le mettre mal à l'aise. Severus se souvenait avoir lu, dans l'un des inestimables rouleaux dont Lucius lui avait fait don, que certains Veelas vivaient ce genre d'épisodes comme une trahison envers leur compagnon et qu'ils pouvaient parfois être amenés à réagir avec violence en repoussant une attention dont ils ne voulaient pas.

L'état désespéré d'Harry et la douche qu'il avait visiblement prise dès qu'il avait posé un orteil dans ses quartiers l'incitaient à croire que son jeune époux serait de ceux-là si leur relation parvenait à s'épanouir.

- Shhhh, là… Tout va bien… Elle ne t'a pas fait de mal ? murmura Severus, cherchant à simultanément apaiser le garçon et connaître le fin mot de l'histoire.

- Elle… elle a posé la main sur ma cuisse… chuchota Harry, si bas que Severus ne fut pas bien sûr de l'avoir entendu.

- C'est à ce moment là que tu as crié, affirma Severus, son sang bouillonnant dans ses veines. Cette garce osait toucher SON mari !!

- Oui. Je… je suis parti… j'avais besoin d'enlever son odeur…

- Je comprends, Harry. Ne t'en fais pas…

- Elle n'a pas le droit ! cria soudainement le jeune homme, serrant violemment le lourd tissu noir entre ses doigts.

- Sssshhhhhh… Non, elle n'a pas le droit. Essaye simplement de rester le plus possible éloigné d'elle, veux-tu ? Si elle recommence, dis le moi immédiatement, je m'en occuperais.

Harry leva son visage vers Severus, ses grands yeux verts humides de larmes.

- C'est vrai ? souffla-t-il, étonné. Son compagnon n'était pas dégoûté qu'elle l'ait touché alors ?

- Bien sûr. Je ne vais pas laisser ce fléau ambulant se mêler de notre vie. Il est interdit de tenter de séparer un couple veela et ce n'est pas pour rien. Elle risque ta vie à ce petit jeu et je ne la laisserais certes pas faire ce que le Lord en personne n'a pu achever, déclara-t-il extrêmement sérieusement, déposant un baiser sur le front blanc tendu vers lui.

Bien sûr, Severus savait qu'Harry pourrait se défendre seul contre la fille Weasley mais il ne voulait pas qu'il la blesse sérieusement ou la tue sur un coup de colère et se le reproche ensuite durant de nombreuses et pénibles années. Autant régler les choses à la manière serpentarde si l'opportunité se présentait.

Severus s'était depuis bien longtemps obligé à ne plus être aussi impulsif que dans sa jeunesse, à réfléchir ses actions posément, sans précipitation. Choix de vie qui avait à maintes reprises sauvé son existence précaire pendant ses années d'espionnage. Mais devant les émeraudes embuées qui le fixaient intensément, un peu confuses, une connexion synaptique indélicate s'interrompit.

Il se pencha davantage, s'emparant tendrement des lèvres tentantes de son Veela. Harry émit un petit couinement de surprise avant de gémir doucement sous la caresse aérienne.

Emporté par la sensation de ces pétales soyeux contre les siens, Severus lécha délicatement la lèvre inférieure chaude et pleine de son mari, l'agaçant jusqu'à ce que celui-ci geigne tout bas, entrouvrant la bouche. Bien décidé à tirer d'Harry encore moult petits bruits sensuels, Severus glissa lentement sa langue derrière la barrière des dents de son Veela et se porta à la rencontre de sa timide homologue. Il l'effleura imperceptiblement, faisant tressaillir le corps souple qui se colla davantage contre le sien, et entreprit de séduire sa jumelle, frôlement après frôlement. Il ne fallu guère de temps avant que la langue timorée ne vienne rencontrer la sienne dans un léger mouvement hésitant. Dès lors, elles entrèrent dans un doux ballet alangui et lascif.

Sentant le jeune homme prendre peu à peu confiance, Severus approfondit le baiser, explorant sans vergogne la bouche offerte et incitant la pusillanime créature blottie dans ses bras à faire de même.