Coucou tout le monde!!
Chose promise, chose due, voilà la suite!!
Bonne lecture!!
Chapitre 14
Histoire de la Magie.
A huit heures du matin.
Le lundi.
Quelqu'un en haut lieu avait sûrement décrété son arrêt de mort imminente pour assouvir une ténébreuse et obscure vengeance.
Harry bailla à se décrocher la mâchoire dès le premier mot prononcé par son professeur. Il ne comprendrait jamais comment le fantôme pouvait être si soporifique… Un don très certainement. Il avait la voix la plus plate et la plus dénuée d'inflexion qui puisse exister. Pas comme son compagnon…
Le petit Veela rougit brusquement en repensant à la veille au soir, oubliant totalement la guerre des Géants.
*********
Flashback
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Ginny l'avait exaspéré au-delà de toute mesure.
Elle osait le toucher !
De cette manière !!
Ce n'était pas convenable ! Seul son compagnon avait ce droit !
Maintenant il était envahi par ce parfum floral nauséabond et affreusement sucré qui lui collait à la peau. Il devait s'en débarrasser très vite et prier que son compagnon ne le rejette pas comme un malpropre à cause de cette... Mieux valait ne pas aller au bout de cette pensée.
Harry courut presque jusqu'aux appartements de Severus et s'engouffra dans l'embrasure avant même que le portrait n'ait eu le temps de s'ouvrir complètement. Il s'enferma promptement dans la salle de bains et se glissa sous le jet d'eau brûlante. Il s'empara de son gel douche et de son shampooing, se nettoyant scrupuleusement trois fois d'affilée avant d'être à peu près satisfait par son état de propreté. Il ne sentait plus l'odeur de la jeune Weasley sur lui.
Alors qu'il se séchait à la va-vite, emmitouflé dans un immense drap de bain moelleux, il appela Dobby pour lui ordonner de faire ce qu'il voulait de son uniforme, cravate comprise, tant qu'il en extrayait jusqu'à la dernière femtomole de parfum. Le petit elfe promit dévotement de faire de son mieux.
Harry achevait tout juste d'enfiler son pyjama lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir. Il s'était immédiatement dirigé dans le salon. Son compagnon avait l'air si énervé et si épuisé tout à la fois que le Veela était partagé entre sa propre détresse et le besoin de consoler et apaiser son compagnon. Il avait hésité, incertain de la réaction qu'il allait provoquer, avant de courir se réfugier dans ses bras comme il mourrait d'envie de le faire depuis que Ginny s'était imposée à ses côtés dans la Grande Salle.
Et Severus l'avait consolé. Pas vraiment patiemment certes, mais peu lui importait. Il l'avait prit dans ses bras, murmurant gentiment à son oreille, lui caressant doucement le dos et écoutant calmement ses explications hachées et maladroites. Rien d'autre ne comptait.
Personne ne voudrait jamais le croire s'il le révélait. Cela dit, il voulait garder son Severus tendre et protecteur rien que pour lui alors il ne risquait pas d'aller crier du haut de la Tour d'Astronomie à quel point son compagnon pouvait être attentionné. Nul n'était besoin d'attirer la concurrence…
Puis Severus l'avait embrassé.
Avec une telle délicatesse…
Son pauvre cerveau malmené avait définitivement déclaré forfait, se mettant temporairement en pause, et il s'était abandonné sous les lèvres fines de son mari. La douceur de sa langue experte l'avait entrainé dans un monde de sensations entièrement nouvelles et ils ne s'étaient séparés que lorsque l'oxygène fut devenu une denrée plus rare dans leurs poumons que dans le vide intersidéral.
Harry n'avait pas vraiment eu le temps de reprendre sa respiration lorsque Severus réclama à nouveau sa bouche, le poussant avec un peu plus de vigueur passionnée à venir explorer la tiède caverne qui l'invitait. Perdu dans la chaleur protectrice de son compagnon, le jeune Veela s'était exécuté sans y réfléchir par deux fois, cartographiant lentement le palais de Severus du bout de la langue. Il aimait les petits grondements sourds que son mari émettait lorsqu'il taquinait un point sensible, l'excitation de Severus bien perceptible contre son ventre, et lui-même ne se rendait pas compte qu'il ronronnait en permanence, les genoux tremblants, alors que les mains agiles du maître des potions se glissaient sous son haut de pyjama pour caresser sa peau nue et frissonnante.
Les doigts joueurs s'insérèrent souplement sous l'élastique du pantalon d'Harry et celui-ci sursauta à ce contact inattendu sur son sensible épiderme, reculant et séparant ses lèvres de celles de son mari.
- Je… Non, je… bafouilla péniblement le Veela rougissant.
- Désolé.
Ce fut la seule réponse que son compagnon daigna lui offrir alors qu'il tentait de se remettre de la déferlante de sensations à demi oubliées que cette trop brève étreinte avait réveillé en lui. Il y avait une éternité qu'un corps chaud ne s'était pas pressé volontairement contre lui, accueillant de bonne grâce ses baisers et ses caresses ainsi qu'en avait témoigné une certaine partie de l'anatomie du jeune homme, rigide contre la cuisse de Severus. Il reprit ses esprits et se flagella mentalement d'aller trop vite, encore une fois.
Ben tiens, saute lui carrément dessus la prochaine fois !! Juste pour t'assurer qu'il ne mettra jamais un orteil dans ton lit !
Mais c'est pas vrai, il déteint sur moi avec ses élans gryffondoresques ! Où est passé ton imperturbable sang-froid de professeur universellement craint, hein ??
Harry s'installa dans le canapé, un coussin sur les genoux, et ne put s'empêcher de s'excuser. Il sentait la déception de son compagnon, ainsi qu'une certaine colère et cela lui déplaisait. Il ne devait sous aucun prétexte rendre son compagnon malheureux !
- Je suis désolé… Je voulais pas… Je suis un mauvais Veela, murmura-t-il, comme pour lui-même.
- Harry ? demanda Severus, surpris par le tour de la conversation.
Décidément son chaton avait le chic pour le perdre en rase campagne à chaque fois qu'il ouvrait la bouche !
- Harry ? De quoi parles-tu ?
- De rien…
- Harry…
Le ton de son mari était clairement menaçant et le Veela savait qu'il ferait lieux de fournir des informations s'il ne voulait pas que Severus s'énerve une bonne fois pour toute.
- Je ne suis pas un bon Veela, admit-il piteusement. D'abord Ginny et puis maintenant… Je ne dois pas… décevoir mon compagnon… chuchota-t-il, espérant vainement que la diminution du volume lui permettrait de ne pas être entendu.
- Harry, je ne suis pas désappointé. Ou en colère contre toi. Je suis allé trop vite, c'est de ma faute, grimaça légèrement le directeur des Serpentards, mal à l'aise à l'admission d'une erreur de sa part. Je sais que tu n'es pas prêt pour ce genre d'intimité et je n'aurais jamais dû me laisser aller. Tu n'as pas non plus à te rendre malade pour cette impertinente gamine mal élevée. Tu n'as nullement désiré ce qui s'est passé et c'est tout ce qui a de l'importance.
Harry papouillait pensivement le coin d'un coussin et Severus ne savait quoi faire pour lui remonter le moral. Ils étaient pourtant si bien partis …
L'idée se présenta finalement d'elle-même quelques minutes plus tard alors qu'il versait sagement du thé aux fruits rouges dans deux tasses. Il en tendit une à son jeune époux roulé en boule à l'autre extrémité du canapé, ne tentant pas de se rapprocher, sachant que le garçon avait besoin d'une certaine distance, aussi difficile qu'il soit de la lui accorder.
- Je suis persuadé que tu t'inquiètes trop pour de petites choses. Tu as le droit de ne pas être parfaitement à l'aise avec ta situation. Tu n'as, après tout, découvert ta nature que très récemment. Même Draco, qui a été élevé dans les traditions et en pleine connaissance de cause, est terrorisé à l'heure actuelle.
Harry releva la tête et regarda Severus, intrigué. Il n'avait guère prêté attention au blondinet lors de la Répartition, et ensuite durant le repas. Il faut avouer que la soirée s'était avérée malheureusement plus 'distrayante' qu'il ne l'aurait souhaité.
Constatant qu'il avait obtenu une marque d'intérêt de la part de son Veela, Severus reprit :
- Oh, il ne l'a bien entendu pas affiché dans la Grande Salle au milieu de la foule, mais je connais suffisamment mon filleul pour savoir qu'il craint au plus au point cette période de sa vie.
- Pourquoi ? Il sait à quoi s'attendre… Et un Veela est toujours heureux, il parait, non ? demanda sarcastiquement Harry.
- En effet, mais cela n'est que partiellement rassurant, expliqua Severus, faisant semblant de ne pas noter la pointe d'humeur dans la voix de son chaton. Il ne sait pas avec qui il va passer le reste de son existence et il existe en outre une très nette différence entre savoir théoriquement que l'on sera, en principe, heureux, et le croire.
- Ah bon ? Je pensais qu'il allait jouer les coqs de basse-cour comme toujours…, railla Harry.
Un léger sourire fantomatique gracia les lèvres de Severus à la comparaison.
- Il est hautain et la modestie ne l'étouffe pas, comme tout Malfoy qui se respecte, mais je pense qu'il serait dans un état pitoyable si jamais sa magie avait l'idée incroyablement saugrenue de décider de le lier à Hagrid ou à Poppy.
Harry éclata franchement de rire, les larmes lui venant aux yeux. Jamais au grand jamais Lucius ne se remettrait de la vision de son fils, aristocratique jusqu'au bout des ongles, épousant Hagrid, hirsute et sans conteste aussi déplacé dans les élégants salons du manoir Malfoy qu'un Magyar à pointes dans un magasin de porcelaine.
Severus acheva calmement sa tasse de thé, soulagé d'avoir réussi à dérider son Veela inquiet. Il s'aperçut que l'heure était tardive et se heurta à un mur lorsqu'il voulut qu'Harry aille se coucher pour pouvoir se lever convenablement le lendemain matin. Son jeune époux refusa tout net de quitter le canapé, rosissant doucement.
Bien sûr, le lit… Salazar, pourquoi faut-il que je mette systématiquement les pieds dans le plat ce soir ?? J'ai besoin de repos…
- Je n'ai pas l'intention de te toucher, Harry, mais de dormir, expliqua doucement un Severus qui commençait à s'impatienter devant l'obstination du garçon.
Harry grommela vaguement quelques paroles indistinctes que Severus n'eut pas besoin de comprendre pour savoir que le Gryffondor ne se laisserait pas fléchir.
- Prends le lit si tu ne me fais pas confiance.
- Ça n'a rien à voir, protesta Harry, une lueur blessée brillant dans ses grands yeux verts.
Oser insinuer qu'il ne faisait pas confiance à son compagnon ??
Quel toupet !!
Ce n'était peut-être pas entièrement faux, mais tout de même !! Son orgueil veela en prenait un coup !
- Je ne remets pas en cause le Veela, je t'assure, plaida Severus, qui avait compris son erreur. Tout ce que je veux dire est que, quoi que mes actions de ce soir aient pu te conduire à croire, je te promets qu'il n'est nullement dans mes intentions de te sauter dessus. Alors prends le lit, je dormirai ici.
- Non, c'est ton lit, refusa nettement le jeune homme.
Severus eut beau désapprouver, il ne parvint point à modifier l'opinion bien arrêtée du Veela. Il finit par se lever et se dirigea vers chambre en marmonnant ce qu'Harry perçut comme une véhémente protestation contre l'opiniâtreté butée d'un Gryffondor cabochard.
Il revint porteur d'un oreiller moelleux et d'une couette gonflante et douillette dans laquelle le Veela se blottit instantanément avec un petit sourire de gratitude pour son compagnon si compréhensif.
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Fin du Flashback
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La cloche retentit, sortant brusquement Harry de ses réminiscences.
Il n'avait rien écouté. Peut-être qu'Hermione voudrait bien lui prêter ses notes ? Il l'espérait, doutant fortement qu'il soit du goût de son mari qu'il rêvasse en cours, si inintéressants soient-ils. Severus plaçait la réussite scolaire et professionnelle très haut dans son échelle de valeurs et Harry ne voulait pas le décevoir.
Il sentait qu'il devait faire des efforts pour ne pas réagir comme un lapereau terrorisé par un serpent à sonnette prêt à mordre dès que son compagnon l'approchait. Il se sentait plus à son aise dernièrement et il avait définitivement énormément apprécié les baisers échangés la veille, mais les mains tièdes qui s'étaient glissées sous son pantalon de pyjama l'avaient incontestablement effrayé, le rendant totalement incapable de seulement imaginer partager chastement le lit de Severus. Elles avaient simplement effleuré sa peau, sans pression ni demande, et il se souvenait parfaitement de la tendresse attentionnée dont Severus avait fait preuve durant l'obligatoire consommation de leur union, mais il n'était pas prêt à se laisser ainsi aller, quelles que soient les vicieuses protestations de son corps qui accueillait avec joie les attouchements légers de son mari, en réclamant toujours davantage.
Il ne comprenait pas bien pourquoi il mourrait pratiquement d'envie de permettre à Severus d'user de lui à sa guise alors qu'il regimbait affreusement si Ginny se tenait à moins deux mètres de lui. Non pas qu'il recherche son contact, bien au contraire, mais il prenait Hermione dans ses bras ou lui faisait la bise sans complexe alors d'où venait cette aversion incontrôlable pour la rousse ? Il était bien conscient que les Veelas n'étaient guère férus de contacts physiques et Lucius lui avait expliqué que, dans son cas, cette tendance s'accentuait mais il ne s'attendait pas à une discrimination d'une telle ampleur. A chaque fois qu'il y pensait, la raison lui paraissait toujours aussi obscure mais le même sentiment l'habitait : ce n'était pas bien. Fréquenter Ginny Weasley était néfaste, il en avait la conviction viscérale.
Il soupira et entra sans grand entrain dans la classe de sa directrice de maison, peu enclin à travailler.
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Chambre de Draco Malfoy, aux environs de 6h du matin…
Une boule informe sous une épaisse couette verte grogna hargneusement et une petite tête blonde émergea difficilement de son cocon de chaleur.
Draco détestait se lever si tôt. Son teint délicat en pâtissait et rien ne devait porter atteinte à la perfection d'un Malfoy.
Il se leva avec une réticence indéniable et entreprit, bien à contrecœur, de se laver avec une préparation spéciale destinée à limiter son émission de phéromones. S'il n'avait pas vu l'effet qu'il avait produit la veille, il se serait demandé comment il pourrait bien attirer qui que ce soit couvert de ces mixtures puantes. Vraiment cela le dépassait !
Une fois oint de ce baume infect jusqu'à l'extrémité des orteils, habillé et coiffé, le digne héritier de la fortune Malfoy sortit précautionneusement la tête par l'embrasure de la porte et, rassuré sur sa sécurité immédiate, se faufila à toute allure – comprenez en marchant très vite, courir ne serait pas même envisageable, sauf en cas de décès imminent, et encore… – hors des dortoirs.
Il se rendit dans la Grande Salle, tentant d'éviter tous les couloirs potentiellement fréquentés à cette heure matinale. Il n'y avait bien évidemment personne pour le poursuivre à tout juste sept heures du matin, mais prudence est mère de sûreté. Entrant dans la pièce, il en fit prudemment le tour, soi-disant pour éviter les rares élèves déjà attablés, en réalité pour prendre le temps de sentir discrètement les Serdaigles présents.
Un parfum merveilleux vint lui chatouiller doucement les narines mais il était si léger qu'il en ignorait la provenance. Pas des aigles plongés dans leurs lourds volumes en tous cas. Dans l'impossibilité de traquer l'odeur malicieuse, il rejoignit maussadement sa place à la petite table, dressée rien que pour lui jusqu'à ce qu'il s'unisse.
Il réfléchissait en beurrant adroitement ses tartines. Il ne voyait que deux explications possibles à cette senteur élusive… Soit la personne qu'il recherchait était présente dans la pièce mais éloignée de la table des Serdaigles, soit l'odeur avait été déposée par contact direct sur les vêtements de l'un des Serdaigles en question. Cette seule idée lui déplut et il se retint in extremis de gronder en public.
Il soupira et se résigna à se sustenter avant de s'enfuir à la bibliothèque pour s'occuper avant son cours de Métamorphose qui ne débuterait pas avant neuf heures du matin. Il tomba sur une Madame Pince qui passa de son humeur rogue et rébarbative habituelle à un comportement charmeur et papillonna des cils dès qu'elle le vit. Le jeune Veela partit bien vite tout au fond de la salle, se dissimulant derrière les rayonnages, priant pour qu'elle reprenne ses esprits s'il s'éloignait suffisamment et surtout pour qu'elle ne le suive pas. Quoi qu'il en soit, hors de question d'emprunter un livre ce matin !
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Hermione ne lisait pas en prenant son petit-déjeuner.
Une première.
Elle avait bien d'autres choses en tête. En tout premier lieu, elle s'inquiétait pour Harry, l'ayant vu se sauver brusquement à la fin du repas à cause de Ginny, elle n'en doutait point. Trop occupée à maintenir les premières années dans un semblant d'ordre, elle n'avait rien pu faire et, une fois le calme revenu après l'installation de ces horribles petits diablotins, elle n'était pas plus avancée. Harry partageait évidemment les appartements de son mari dont Hermione ignorait totalement la localisation. Elle n'aurait en outre nullement pris le risque d'interrompre le couple. Et maintenant, son ami n'était pas là pour le petit-déjeuner, pas plus que son mari d'ailleurs.
Ils le prennent certainement dans leur salon. Il y a un salon dans les appartements du personnel au moins ??
Un remous discret parmi les élèves à demi assoupis dans leurs assiettes la tira de sa rêverie et elle étudia la salle, son regard glissant sur Ron, qu'elle avait tiré du lit manu militari très tôt ce matin et qui se trouvait désormais assis en face d'elle, sans s'arrêter.
Merlin !!
Jamais elle n'avait accordé plus d'un bref regard à Draco Malfoy, snob hautain et insultant, mais là, elle allait reconsidérer la question. Les événements de la veille l'avaient par trop accaparée pour qu'elle ait eu le temps nécessaire à l'examen minutieux du Veela qui avait si gentiment été convié à rester à l'écart. Elle comptait bien se rattraper dès cet instant !
Son héritage avait laissé moins de marques visibles sur le blondinet que sur Harry mais il ne l'en avait pas moins magnifié. Son corps, que l'on devinait souple et mince sous sa robe d'uniforme dissimulant efficacement ses formes, ne semblait pas avoir profité de l'occasion pour grandir et restait de stature plutôt petite. Son teint, d'une pâleur jadis presque maladive, était devenu celui d'une délicate porcelaine de Chine et ses yeux d'un gris acier froid avaient pris l'insondable couleur, changeante et riche, du mercure. Ses cheveux fins semblaient avoir gagné en épaisseur et leur rigueur bien ordonnée, autrefois maintenue en place par un gel d'une redoutable efficacité, n'était plus d'actualité, leur longueur rendant impossible une discipline aussi stricte. Ils reposaient dorénavant souplement juste sous l'angle de sa mâchoire, chatouillant la peau diaphane de son cou, libres.
Oui, très beau.
Pourquoi diantre les Veelas étaient-ils toujours aussi beaux, hein ?? Ils ne pouvaient pas laisser un petit quelque chose au commun des mortels ? Ses yeux se reportèrent mollement sur Ron et elle soupira intérieurement. Pas que son plus ou moins petit ami soit laid, non, mais il n'avait pas la beauté éthérée d'un Veela et manquait cruellement de sophistication, pour ne pas parler de bon sens ! Elle en avait terriblement marre de subir ses humeurs et ses coups de tête. Il y avait plusieurs jours qu'il ne lui parlait plus et il était très net qu'il ne l'écoutait pas non plus lorsqu'elle lui adressait la parole, aussi rarement que cela soit. Elle avait pensé que le retour à Poudlard l'aiderait à s'ouvrir à nouveau, à lui dire ce qui le rongeait visiblement.
Mais non.
Elle savait, bien sûr, que cela avait un lien avec Harry et sa situation maritale mais il n'avait pas semblé remarquer la présence de son ami, lui qui ne pouvait cesser de le dénigrer à la moindre opportunité il y a peu. Elle sentait que le problème était plus ancien et plus profond mais elle n'était pas certaine que sa manière silencieuse de gérer les circonstances présentes soit la meilleure.
Elle vit du coin de l'œil Draco s'éclipser discrètement avant que la salle ne soit pleine de monde et se demanda distraitement où le Veela irait se cacher avant le début de ses cours. Elle revint à préoccupations antérieures et regarda, bouche bée, Ron se servir une plâtrée de porridge, lui qui détestait cette infâme bouillie. Secouant la tête, elle hésita à lui en faire la remarque puis décida qu'il pouvait bien ingurgiter ce qui lui plaisait, ce n'était pas son problème !
Hermione passa ensuite tout le cours d'histoire de la magie à ronchonner dans son coin, à demi concentrée seulement sur la guerre des Géants. Harry était arrivé juste à l'instant où la cloche sonnait, annonçant le début des cours, et s'était placé tout au fond de la salle, trop loin d'elle pour qu'elle puisse mener son enquête. Il ne lui échapperait pas en Métamorphose, cela dit, foi d'Hermione !
***************
Cours de Métamorphose, commencé depuis cinq minutes…
Harry était assis à l'avant-dernier rang, jugeant préférable de ne pas exaspérer McGonagall de si bon matin en se plaçant juste sous son nez où elle ne pourrait manquer de voir son évidente mauvaise volonté, mais sans être tout à fait au fond pour éviter une crise intempestive d'Hermione auprès de laquelle il devait encore se procurer le cours précédent. Hermione s'était installée à côté de lui et, à en croire le regard prédateur qu'elle lui avait lancé, il allait devoir lui fournir un certain nombre d'explications sur sa conduite de la veille avant d'avoir la paix. Ron avait suivi aveuglément la manœuvre et se trouvait assis à droite de la jeune femme, apparemment concentré sur le cours, à moins que son esprit ne batte joyeusement la campagne.
- Que s'est-il passé ?? Et ne me dis pas 'rien', j'ai vu la façon dont tu t'es enfui hier soir et aussi le regard meurtrier que le professeur Rogue a lancé à Ginny, attaqua Hermione dès que le professeur McGonagall commença à parler.
- Mais Mione, c'est personnel !! protesta le petit Veela, peu enclin à partager l'expérience de son premier vrai baiser avec son amie en plein milieu d'une révision pratique sur la transformation des escargots en encriers, vides de préférence.
- Dis-moi au moins jusqu'où Ginny est allée, plaida la jeune fille en transformant son escargot d'un petit coup de baguette.
- Elle a dépassé les bornes, c'est tout. Le reste ne concerne que Severus et moi, répondit un peu sèchement Harry, changeant la pauvre créature en soucoupe baveuse. Zut !
- Tu n'as pas le bon mouvement. Garde le poignet plus souple, lui conseilla Hermione d'un ton un peu froid.
- Je veux pas te blesser, Mione, mais c'est privé et je refuse d'en parler ici, chuchota le brun à son oreille tandis que McGonagall passait dans les rangs pour voir l'état de leurs connaissances.
Un coup bref et énergique à la porte les interrompit. Celle-ci s'ouvrir sur un Draco Malfoy très en retard.
- Vous seriez-vous perdu, Mr Malfoy ? A moins qu'une panne d'oreiller ne soit à blâmer ? demanda Minerva.
La stricte sorcière ne tolérait pas l'inexactitude et ses élèves la savaient des plus à cheval sur la ponctualité. Draco Malfoy mettait d'habitude un point d'honneur à ne jamais se placer en position désavantageuse devant un professeur.
- Non, professeur. J'essaie seulement d'éviter les heures où le passage est important dans les couloirs, s'excusa le blond sans le ton hautain qu'il employait en règle générale.
- Ah oui… admit Minerva avec une certaine répugnance.
Elle détestait ce genre de situation où le moindre mot de sa part serait considéré comme une injustice flagrante envers le Veela. Elle devait reconnaître que son humeur ne risquait nullement de s'améliorer au contact du garçon qui faisait, bien malgré lui, elle en était persuadée, remonter à la surface des sensations de désir oubliées depuis fort longtemps. Pour plus de précautions, elle retourna vers son bureau, conviant le jeune homme à s'asseoir.
- Il reste une place près de Mr Goyle, Mr Malfoy. Sauf si vous préférez la charmante compagnie de Mr Londubat.
Draco ne répliqua rien et le regard concupiscent qu'envoya Goyle sur son corps suffit à lui faire choisir la seconde option. Il s'assit calmement auprès du Gryffondor trop terrorisé pour être une quelconque menace pour sa vertu, derrière le Trio Infernal, et se borna à prendre un escargot pour rattraper son retard.
L'odeur le frappa de plein fouet.
Il pâlit atrocement et renifla discrètement son voisin.
Pas lui.
Le soulagement fut de courte durée lorsqu'il entreprit de sentir les autres personnes suffisamment proche de lui pour qu'il puisse le faire en passant inaperçu.
Il l'avait trouvé.
C'était affreux !
Mais qu'avait-il bien pu faire pour mériter cela ?????
Le sang se retira entièrement de son visage, à tel point que même le garçon oublieux et apeuré qu'était Neville le remarqua. Le Gryffondor s'enquit timidement de son état de santé.
- Ça va, répondit un Draco atterré.
- On dirait pas…, insista Neville, suspicieux. Je devrais prévenir McGonagall…
- Non !!
Devant le regard pétrifié que lui retourna le pauvre Neville, surpris par son éclat, Draco dut faire amende honorable.
- Ce n'est pas la peine, vraiment. Ça va passer… Je ne m'y attendais pas, c'est tout…
Merlin, suis-je tombé si bas ? Voilà que je remonte le moral de Londubat… Si mon père me voyait… Mon père !?! Salazar, je devoir lui expliquer tout ça ! Il faut que je lui écrive…
Il est très étrange… C'est Malfoy mais quand même… Je devrais vraiment appeler McGonagall…
Avant que Neville ne puisse mettre son projet à exécution, Draco posa la main sur son bras, l'empêchant de le lever.
- Non, s'il te plait.
- OK, murmura Neville, décidément très intrigué par le comportement du Serpentard.
Harry, Hermione et Ron, juste devant, n'avaient pas remarqué la subite agitation, pas plus que le professeur.
*************
Fin du cours de métamorphose.
Draco se rua hors de la salle dès que la cloche retentit, l'esprit en ébullition, ne prenant pas garde au flot d'élèves se hâtant vers leur déjeuner. Il n'avait pas remonté deux couloirs qu'il fut happé par un bras puissant et poussé dans un recoin sombre et venteux du château.
Un corps lourd et chaud le plaqua contre le mur et sa tête heurta durement la pierre. Des lèvres chaudes glissèrent dans son cou sans son consentement, lui faisant pousser un petit couinement fort peu malfoyen. Il avait beau essayer de repousser la masse volumineuse qui l'encastrait pratiquement dans le mur, il n'avait pas assez de force et ne pouvait atteindre sa baguette, sagement rangée dans sa poche.
Son cri indigné – et un peu paniqué – ne put jamais franchir ses lèvres, ravi à la source par une bouche insistante qui profita de sa tentative pour envahir son antre tiède. Il tenta de repousser la langue qui s'insinuait entre ses dents, à demi étouffé par l'odeur prononcée de sueur musquée qui émanait de son agresseur. Sans succès.
Une lumière rouge illumina soudainement l'endroit et le corps qui le recouvrait s'écroula, rigide, au sol, l'entraînant avec lui. Il se dégagea vivement pour tomber dans les bras de Blaise.
- Calme-toi. Il va rester inconscient encore quelques minutes, murmura-t-il gentiment au petit blond passablement secoué, le serrant contre lui.
- Qu'est-ce que tu f-fais là ? bafouilla Draco, rassemblant lentement ses esprits.
- Un Malfoy qui bégaye ? Heureusement que je me suis levé ce matin ! Je plaisante !! s'excusa-t-il sous le regard noir que lui décerna son ami. J'ai vu Greg te suivre comme ton ombre quand tu es parti. Il a l'air particulièrement sensible à ton charme…
- Pas à mon charme, à mes phéromones, le reprit Draco, se libérant de l'étreinte de son ami. Je crois que je n'ai jamais été aussi heureux que tu sois amoureux de Londubat… Au moins, je n'ai pas d'effets notoires sur toi, soupira Draco. Il faut que je prenne une douche… et que je me lave les dents.
- Je t'accompagne avant que tu te fasses attaquer au coin du prochain couloir, gente demoiselle en détresse !
- Crétin ! s'écria Draco, frappant Blaise derrière la tête.
Les deux garçons descendirent dans les cachots, Draco entrant immédiatement dans sa chambre tandis que Blaise faisait un détour par les cuisines pour leur chercher de quoi manger. Il était, mine de rien, soulagé de s'éloigner quelques minutes de Draco. Il adorait son ami mais, même si les phéromones n'étaient pas pleinement actives sur son organisme, la proximité du Veela affolait ses hormones. Et il était loin de pouvoir laisser la pression retomber autrement que manuellement. Les chances que son petit lionceau daigne ne serait-ce que poser les yeux sur lui étaient nulles pour autant qu'il sache.
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Harry s'était installé tranquillement à sa table dans la Grande Salle, papotant gentiment avec Hermione lorsque Ginny fit son entrée, soigneusement pomponnée et prête à l'attaque. Elle se dirigea instantanément vers le Survivant, n'accordant pas un regard à qui que soit d'autre. Elle eut tout juste le temps de se glisser à côté de lui, empiétant largement sur son espace vital, qu'il se leva, éclatant :
- Arrête de me coller comme ça !! Il est incorrect que tu te tiennes si proche de moi. Je suis un homme marié ! Vis avec !!
- Mais Harry…
Le Veela n'attendit pas que la rouquine lui réponde et ne se préoccupa pas des paroles qu'elle prononça, il sortit de la pièce dans un silence religieux. Tous les sorciers de sang pur présents, ainsi qu'une partie des sang-mêlés, fusillèrent la jeune fille des yeux, courroucés de ce manque de respect flagrant envers une de leurs plus anciennes coutumes. Les nés-moldus ne comprirent en majorité pas le problème, au-delà du fait que Ginny draguait ouvertement Harry alors qu'il était déjà pris, et commencèrent à murmurer entre eux.
Severus Rogue, se leva posément de son siège et vint se placer près de Ginny, la démarche souple et prédatrice, déclarant d'une voix polaire à faire geler sur pied tous les manchots de l'Antarctique :
- Miss Weasley, votre conduite est inqualifiable et indigne d'une sorcière de Sang Pur élevée en pleine connaissance des traditions, mais par respect pour mon mari et pour protéger son intimité à laquelle il tient énormément, je ne vous traduirais pas en justice comme j'en aurais parfaitement le droit pour une interférence d'une telle ampleur dans la vie privée d'un couple veela. Je me contenterais pour l'instant de vous infliger un mois de retenue avec Mr Rusard à compter de ce soir. Ne vous inquiétez pas, je vais en choisir très soigneusement le programme et soyez assurée que vos parents seront dès à présent mis au courant du mépris que vous professez pour nos institutions les plus anciennes. Je vous préviens d'ors et déjà que je serais loin d'être aussi indulgent si vous recommencez ce petit jeu et vous ferez face à la prison.
- Vous n'avez pas le droit !! protesta Ginny, furieuse.
- J'ai, tout comme mon mari, le droit d'en faire bien davantage. La loi nous protège et vous le savez pertinemment. Je vous déconseille fortement d'approcher à nouveau mon époux, acheva-t-il mielleusement.
Severus se tourna dans un tourbillon de robes noires et quitta la pièce par la porte réservée aux professeurs, laissant derrière lui une jeune rousse, rouge de rage et de honte.
La salle toute entière explosa en conversations passionnées, chacun y allant de son opinion, au plus grand dam du professeur McGonagall qui ne demandait rien d'autre qu'un déjeuner calme et serein pour se remettre de ses inconvenantes émotions matinales.
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Appartement de Severus Rogue, cachots.
Harry marchait de long en large dans le salon, tentant misérablement de calmer ses nerfs à fleur de peau. Il refusait de subir le harcèlement intempestif que Ginny s'était visiblement mis en tête de lui imposer. Il n'était pas pour elle, point à la ligne !
Sa seule présence dans un rayon de quelques mètres lui devenait absolument insupportable. La sentir se coller contre lui sans raison, essayant de le toucher comme s'il était son petit ami… Merlin, comment avait-il pu supporter cette fille aussi longtemps ? Il n'avait pas vu cette facette de la jeune rousse auparavant et ne regrettait plus de n'avoir pas pu l'épouser. Il en était même rétrospectivement soulagé.
Il avait bien conscience que se sauver de cette manière, devant toute l'école, parce qu'elle venait s'asseoir à côté de lui – allons, soyons honnêtes, sur ses genoux serait plus proche de la vérité – n'était pas exactement approprié mais il était sur le point de la frapper pour la forcer à s'éloigner de lui quel qu'en soit le prix. Cette réaction ne lui était pas coutumière et il craignait d'aller trop loin s'il laissait libre cours à son instinct qui lui ordonnait d'étriper cette empêcheuse de roucouler en rond. Il n'avait jamais été porté sur la violence et ne comptait pas le devenir un jour, mais certains de ses réflexes viscéraux le perturbaient. Ginny avait été son amie avant leur brève aventure et, si Harry pouvait comprendre qu'elle prenne mal le fait qu'il ait épousé Severus, il ne saisissait point en quoi il était impossible de revenir à l'état antérieur de leur relation.
A ce point de ses réflexions, son compagnon entra dans la pièce, le distrayant efficacement. Harry lui lança un regard inquiet, persuadé que Severus n'avait que fort peu goûté son tapage, mais celui-ci le rassura immédiatement. Il fit asseoir le jeune Veela sur le canapé, prenant place à ses côtés, maintenant entre eux une distance convenable mais pas exagérée.
- Pourrais-tu m'expliquer les raisons de ton départ précipité ?
- Tu l'as vu, murmura Harry, refusant d'épiloguer.
- Ce n'est pas ce que je veux savoir. Le motif de ton haussement de ton est évident mais celui de ton départ l'est beaucoup moins.
- Je…
Harry laissa échapper un long soupir tremblotant.
- J'avais envie de la frapper, admit Harry d'une petite voix un peu dégoûtée.
- C'est naturel chez certains Veelas, voulut le consoler Severus.
- Je sais… mais je ne suis pas comme ça… gémit le jeune homme, cherchant plus à se convaincre qu'autre chose.
- En effet. Tout le monde sait que tu souhaites seulement protéger ta famille, pas faire volontairement du mal à Miss Weasley. Si elle gardait ses distances, rien de tout cela ne se produirait.
Severus glissa un bras dans le dos du garçon et l'attira doucement contre lui pour le réconforter. Harry blottit son visage au creux de l'épaule de son mari, inspirant profondément son odeur épicée étrangement apaisante, se laissant bercer. Tout était si simple à écouter Severus…
- Je lui ai offert un mois de retenue avec Rusard pour ses écarts, ajouta le maître des potions.
- Un mois ?
- Albus aurait sûrement protesté si je lui avais infligé une punition administrative plus conséquente. Le règlement intérieur ne couvre malheureusement pas les Veelas. Si elle ose poursuivre son action, c'est auprès du Ministère qu'elle devra en répondre.
- On peut faire ça ? demanda Harry stupéfait, levant le visage vers son compagnon.
- Certes. Les lois existent et sont là pour que nous nous en servions. Si je ne l'ai pas immédiatement envoyée là-bas, pieds et poings liés, c'est uniquement à cause de la publicité que cela occasionnerait, mais je ne tolèrerais pas davantage son vile persiflage.
Harry se serra inconsciemment davantage contre Severus, heureux de constater que sa hantise de la presse était prise en compte dans les actions de son mari. Il resta niché ainsi un bon quart d'heure, laissant ses soucis disparaître au contact de son compagnon, avant que son estomac, qu'il n'avait eu le temps de commencer à remplir, ne se manifeste bruyamment. Severus n'émit pas un son mais Harry sentit nettement son amusement. Il se dégagea souplement et appela Dobby, lui commandant un repas pour deux, se doutant que le directeur des Serpentards n'avait pas plus que lui eu la possibilité de profiter de celui qui leur avait été servi dans la Grande Salle.
Dobby revint très vite leur apporter de quoi nourrir largement une famille de cinq personnes et ils se restaurèrent sans bouger du canapé.
L'heure de leur prochain cours approchant rapidement, Harry se leva et s'apprêtait à sortir, une main posée sur le tableau, lorsqu'il se ravisa et décida d'exprimer, à sa manière, le magma enchevêtré de ses sentiments à Severus. Il ne voulait pas que son compagnon pense que tout contact un tant soit peu intime était prohibé simplement parce qu'il avait peur que celui-ci s'oublie au beau milieu de la nuit et préférait donc dormir sur le canapé pour le moment. Il sentait bien que cela ne durerait pas éternellement mais il était plus effrayé que curieux en cet instant, quoi qu'il ne fût décidément pas adversaire à l'idée de se voir offrir quelques baisers supplémentaires. De plus, il lui devait des remerciements. Plus Ginny passait de temps en retenue, moins il risquait de la voir déambuler dans les couloirs. Il savait par expérience personnelle que les retenues infligées par Severus étaient loin d'être des parties de plaisir, même s'il ne les surveillait pas en personne.
Fort de sa résolution, Harry rebroussa chemin et se planta devant un Severus occupé à trier ses notes pour les cours qu'il assurerait cette après-midi. Lorsque son compagnon releva la tête du bureau au-dessus duquel il était penché, un sourcil inquisiteur innocemment arqué, Harry se hissa sur le pointe des pieds et déposa rapidement ses lèvres sur celles de Severus avant de tourner les talons.
Le tableau claqua derrière lui, laissant Severus seul dans la pièce, complètement déboussolé, une pile de parchemins cornés à la main.
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Pendant ce temps, dans la Grande Salle.
Ron n'en pouvait plus.
Il avait le plus grand mal à reprendre le contrôle de ses hormones, foncièrement affolées à cause de la présence bien trop proche d'un Veela pendant deux longues heures le matin même et sa sœur, aussi adorée soit-elle, lui tapait sérieusement sur le système avec ses geignements hystériques de hyène en chaleur. Bien sûr, elle n'acceptait pas de se faire jeter de la sorte en public, qui le tolèrerait ? Mais ce n'était en rien une raison suffisante pour lui transpercer sauvagement les tympans.
Oh, il considérait toujours le couple Rogue comme extrêmement indésirable mais il ne pouvait plus nier le lien qui les unissait désormais. Il l'avait vu au Chemin de Traverse aussi clairement que les T d'un rouge écarlate qui sanctionnaient ses devoirs de potions. Il serait inutile et dangereux de s'obstiner et, même si l'acharnement était solidement ancré dans les gènes Weasley, Ron était trop fin stratège pour se laisser enferrer dans cette situation inextricable.
Ginny, en revanche…
Elle ne cessait de lui rebattre les oreilles avec ses jérémiades sur l'horrible professeur qui venait se glisser entre elle et son Harry, sur l'évidence du fait qu'ils étaient les amoureux les plus fervents et qu'ils se débarrasseraient de cette menace, le tout sous l'œil attentivement désapprobateur et peu amène de Neville. Hermione ne daignait pas même lui accorder un regard malgré leur vis-à-vis.
- Ginny, ça suffit ! Tu dois sûrement être la seule personne dans toute l'école qui ne voit pas que le lien veela est bel et bien établi entre eux ! Ton entêtement ne pourra t'apporter que des ennuis ! cria-t-il, finalement à bout de nerfs.
- Comment oses-tu prendre son parti contre moi ?!? répliqua-t-elle, furieuse. Tu as toujours été d'accord avec moi pour dire que cette union est anormale !
- Et je n'ai pas changé d'avis ! Mais il y a une différence entre s'obstiner bêtement à refuser de voir la situation telle qu'elle est et ne pas apprécier le compagnon que la magie d'Harry a choisi. S'il était ouvertement malheureux, si le lien était clairement non fonctionnel ou perturbé, je serais le premier à tout faire pour l'en sortir mais là, ce n'est pas le cas !
- Évidemment que c'est le cas !! hurla Ginny, se levant brusquement et quittant la salle comme une furie.
- On a pas du voir la même chose au Chaudron Baveur, elle et moi, soupira Ron.
- Probablement pas, lui répondit une Hermione un peu défaitiste mais ravie de constater que la longue période de silence du rouquin s'était, quelque part, avérée positive.
Il n'était pas supporter du couple, loin de là mais il n'avait déjà plus l'intention de se mêler de leur vie. Un bon point en soi, trop de gens s'en occupait. Une chose de moins dont Hermione devait se soucier. La chaleur intense et perturbante qui occupait son bas-ventre depuis l'entrée de Malfoy en cours de métamorphose était sa prochaine priorité maintenant. Hors de question de se balader dans le château dans cet état toute le journée !
Les deux jeunes Gryffondors soupirèrent de concert.
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Chambre de Draco Malfoy, cachots.
Draco triturait une plume entre ses doigts, incertain de la manière dont il convenait de débuter cette missive. Il avait demandé à Blaise de le laisser pour qu'il puisse écrire en toute quiétude avant la reprise et le Serpentard avait calmement acquiescé, sachant que la distraction du jeune Veela à la fin du cours de métamorphose devait être due à un problème important.
Enfin, un problème, c'était beaucoup dire…
Disons simplement que la situation ne prêtait point à rire et qu'il ignorait totalement comment son père allait prendre une telle nouvelle.
Tout de même, quoi de pire que de sentir sa magie vibrer pour la maison Gryffondor !
Il soupira longuement et plongea lentement sa plume dans l'encrier avant de la poser à contrecœur sur le parchemin devant lui.
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Manoir Malfoy, le soir même.
Un grattement attira l'attention de Lucius, installé à son bureau. Priant de toutes ses forces pour que cela ne soit pas cette créature infernale que Severus appelait une chouette, il alla ouvrir précautionneusement la fenêtre de son étude.
Un hibou brun au pelage lustré entra, inconnu de l'homme. Intrigué, il attrapa doucement le volatile peu farouche et retira le parchemin qui alourdissait sa patte gauche. Le ruban de satin vert utilisé pour sceller le message le renseigna sur l'identité de son correspondant. Seul son fils employait cette signature particulière.
Décidément surpris, il défit la rosette et déroula le parchemin, n'osant pas espérer que son fils ait déjà découvert sa moitié.
Père,
Je vous avoue que je me trouve pour une fois dans l'incapacité de former une missive cohérente. La découverte que j'ai faite ce jour m'a grandement perturbé et je crains fort de ne pas être aussi clair qu'à mon habitude.
J'ose croire que vous ne prendrez pas la nouvelle avec mécontentement car je ne souhaite nullement vous décevoir.
Lors de l'un de mes cours ce matin, j'ai senti l'odeur parfaite de la personne qui m'est destinée et j'ai pu en localiser la source. L'identité de ladite personne m'a rendu des plus perplexes, n'étant pas vraiment de notre monde, et je désirerais votre présence auprès de moi avant de faire le moindre mouvement.
Je ne pense pas être le mieux placé pour négocier des fiançailles avec ma future belle-famille et organiser le mariage qui s'en suivra inévitablement. Cette obligation doit être traitée avec la plus grande prudence et votre expertise dans ce domaine ainsi que votre place de chef de famille me sont indispensables.
Je sais votre planning chargé et je comprendrais fort bien que vous ne puissiez accéder à ma requête dans un bref délai. J'espère cela dit que nous pourrons convenir d'une date.
Affectueusement,
Draco
Ainsi son petit dragon avait trouvé la personne qu'il lui fallait !
Il devait convenir que la lettre était fort peu explicite à ce sujet… Comme si Draco avait peur que son compagnon ou sa compagne – Lucius constata en relisant le texte pour la seconde fois, s'assurant de ne pas négliger un détail, que le sexe n'était pas même mentionné – ne lui convienne pas.
Idée saugrenue s'il en était ! Quelle que soit son opinion sur ce sujet, Lucius ne pourrait faire autrement que composer avec le destin. Il espérait seulement que son unique enfant soit heureux. Rien d'autre n'avait d'importance à ses yeux pour le moment. Certes si le candidat s'avérait être à la hauteur de ses attentes, ce serait un bonus inattendu, mais il n'irait point en faire une maladie si cela n'était pas le cas. Il préfèrerait également que Draco ne soit pas soumis, comme Harry – question de standing, il était un Malfoy après tout, et il n'y avait pas eu de Veela soumis dans la famille depuis une centaine de générations – mais il ne cesserait pas d'aimer son fils pour autant s'il se trouvait avoir un compagnon mâle.
Il quitta la pièce, le parchemin sagement blotti entre ses doigts. Il trouva Narcissa au salon et lui soumit la missive. Le regard habituellement froid de la grande blonde pétilla de joie et elle exigea de Lucius qu'il annule sur-le-champ tous ses rendez-vous pour le lendemain.
N'ayant jamais été capable de refuser quoique ce soit à sa compagne, Lucius acquiesça et rédigea un bref billet pour avertir Dumbledore de sa venue dans l'école, sollicitant la préparation des quartiers dans lesquels résidaient les Gouverneurs lors de leurs visites d'inspection, pour la durée encore indéterminée de son séjour.
