Coucou tout le monde!!

Désolée pour le retard, j'ai du improviser un voyage à Toulouse en toute urgence et mon planning en a quelque peu pâti... Tout est rentré dans l'ordre, cela dit, et voilà enfin mon nouveau chapitre!


Une petit info avant de commencer : je vais déménager la semaine prochaine, ce qui implique un transfert de ma ligne ADSL. Je ne suis donc pas très sûre de la date à laquelle je récupérerai internet... J'essaierai de vous poster un petit quelque chose avant de partir cela dit, et j'espère que ma ligne sera rétablie rapidement!

Juste un petit mot pour Mangli : je suis complètement surbookée mais je ne t'ai pas oubliée!! Je corrige ton chapitre ce week-end, promis!!


Bonne lecture!!


Chapitre 15

Salon de Severus Rogue, 2h du matin.

Harry était assis en tailleur dans le canapé, blotti dans la couette douillette qui le protégeait du froid mordant des cachots. Il venait de s'éveiller pour la deuxième fois d'affilée cette nuit-là, poisseux et émoustillé par un énième rêve intensément licencieux, et il n'en pouvait plus.

Deux jours !!

Deux longues et affreuses journées durant lesquelles Severus ne s'était pas approché de lui. Il ne l'avait pas pris dans ses bras, ni dorloté depuis ce jour où Harry l'avait embrassé avant de partir en cours. Il aurait pensé que cette action aurait conforté Severus dans ses initiatives mais elle semblait avoir au contraire eu l'effet inverse.

Il avait tenu une semaine au début de leur mariage mais il était atrocement mal à l'aise et Severus le fuyait avec insistance, ne s'étant pas encore montré sous un jour humain à ce moment-là. Maintenant qu'Harry avait eu un avant-goût des cajoleries auxquelles il pouvait s'attendre, il se trouvait atrocement frustré de se voir ainsi sevré de cette attention.

Lorsque Severus regagnait leurs appartements le soir après ses cours, il s'immergeait dans les monceaux de parchemins dont il devait assurer la correction et Harry désespérait d'en voir la fin alors qu'il achevait ses devoirs. Le premier soir, il avait cru que Severus viendrait le câliner après avoir fait considérablement diminuer la pile de paperasses effroyablement haute qui ornait son bureau, mais le sévère maître des potions lui avait tout simplement souhaité une bonne nuit avant de se rendre dans sa chambre, sans y inviter Harry. Pas qu'il ait eu l'intention d'accepter l'invitation mais, tout de même ! Il s'agissait d'une question de principe ! Le jeune Veela avait regardé fixement la porte, courroucé, avant de se nicher piteusement dans un coin du canapé.

Assurément, le lendemain s'était avéré une journée mouvementée mais derechef, Severus l'avait ignoré.

*********

Flashback

*********

Harry ouvrit la porte de la Grande Salle, d'une humeur fort moyenne. Severus avait déserté l'appartement très tôt ce matin, le laissant seul. Savoir qu'il allait devoir passer toute l'après-midi dans sa classe ne l'aidait certes pas à conserver son sang-froid. Il craignait que la verve coutumière de son compagnon ne se dirige contre lui malgré leur situation personnelle et il appréhendait de s'effondrer en plein cours, devant les Serpentards qui plus est.

Il s'installa à la table des Gryffondors sans prêter grande attention aux alentours. S'il l'avait fait, sans doute aurait-il remarqué l'air désespérément résigné de Draco Malfoy, esseulé à sa table particulière.

A peine s'était-il assis que le courrier arriva, apportant avec lui, au milieu des nombreux abonnements à la Gazette, une lettre d'un carmin flamboyant qui atterrit dans l'assiette d'une Ginny Weasley, pour une fois très en retrait. Sentant là la marque de son compagnon, Harry ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil en direction de Severus qui arborait discrètement un petit air satisfait des moins innocent.

Intrigué, le Veela reporta son regard sur la rouquine qui n'ouvrait pas la lettre, semblant espérer contre tout attente qu'elle disparaîtrait si elle n'y touchait point. Espérance vouée à l'échec en présence d'une Beuglante, bien entendu, mais l'espoir fait vivre…

La missive explosa presque et une voix furieuse s'éleva, couvrant toutes les conversations matinales :

Comment marche ce truc, déjà ??? Ah oui, voilà…

Non Molly, je ne te demande pas ton avis !! Severus a pris la bonne décision en m'écrivant au bureau ou quelque chose me dit que ce courrier ne me serait jamais parvenu…

GINEVRA WEASLEY, il est HORS DE QUESTION que je te laisse traîner notre nom dans la boue avec un tel COMPORTEMENT ! Les Veelas sont les créatures les plus protégées pour une bonne raison et, de plus, il s'agit d'HARRY !

Comment peux-tu chercher à le faire délibérément SOUFFRIR ?? Je te préviens que si j'entends encore UNE FOIS un mot au sujet de tes inqualifiables agissements, tu finiras ta scolarité à la maison – cesse de rouspéter, Molly ! Si tu veux qu'elle reste à Poudlard, arrête donc de la soutenir dans ses idées tordues – et tu te débrouilleras pour travailler pendant les vacances pour compenser ce fait. Je laisserais à Severus et à Harry le soin de gérer l'aspect légal de tes actions et s'ils décident de porter l'affaire devant le Ministère, je ne les en empêcherais nullement.

Autre point : je refuse catégoriquement d'entendre les mêmes plaintes émaner de Lucius Malfoy ! Je sais pertinemment que son fils est récemment entré en possession de son héritage et que vous n'êtes pas en bons termes mais tu te mettras en travers de son chemin à tes risques et périls. Je ne serais pas tenu pour responsable de tes actions et tu assumeras seule toute complication éventuelle, et ce qu'elle soit d'ordre légal ou financier.

SUIS-JE BIEN CLAIR, JEUNE FILLE ????

Non, Molly, je me fiche de ce que tu peux penser des Malfoy, là n'est pas la question !! Peu importe leur amabilité, ce sont des Veelas, point à la ligne !!

Ron, j'ose espérer que tu ne suis pas ta sœur dans ses délires dangereusement paranoïaques…Sache que si tel était le cas, tu souffrirais des mêmes conséquences !

Harry, mon petit, je te souhaite une bonne journée et souviens-toi que tu resteras toujours le bienvenu sous mon toit, quelles que soient les circonstances.

Le parchemin s'enflamma sauvagement et les cendres se répandirent dans l'assiette de Ginny, couvrant ses tartines. La rousse, qui, surprise par la fureur contenue dans la voix de son père, lui qui ne haussait jamais le ton, s'était recroquevillée sur son siège pendant sa diatribe, se leva et allait sortir de la pièce sous les regards appréciateurs de la plupart des élèves lorsqu'elle faillit télescoper abruptement le très aristocratique Lucius Malfoy qui se tenait sur seuil.

- Miss Weasley… Intéressante discussion… Jusqu'à quelles extrémités votre conduite scandaleusement indigne vous a-t-elle mené pour que même votre père décide de reprendre votre éducation fâcheusement laxiste en main ? susurra le noble Sang Pur.

La réponse cinglante que Ginny s'apprêtait à cracher mourut sur ses lèvres lorsqu'elle leva les yeux sur l'homme qui l'insultait, croisant son regard gris acier, glacial et ne souffrant nulle réponse. Elle pensa brièvement que Lucius Malfoy, aussi mauvais et snob qu'il soit, portait vraiment avec une grande classe la robe de sorcier et était de surcroît un très bel homme avec son maintien royal, son visage fin aux lignes pures et puissamment masculines, et sa longue chevelure blonde disciplinée mais retombant librement dans son dos. Elle rougit bêtement sous l'injure, et un peu de honte à ses propres pensées, et se sauva, frissonnante de l'intensité glacée avec laquelle Lucius l'avait fixée, faisant fi de sa dignité déjà bien entamée par les récents événements.

Fichus Veelas !! ronchonna-t-elle mentalement alors qu'elle se dirigeait vers son dortoir pour se cacher sous ses couvertures. Tant pis pour ses cours ! Elle avait bien assez de difficultés à s'en tenir à son plan et à attendre patiemment qu'une occasion de reprendre Harry se présente sans les élucubrations de son père et les invectives élégantes de Malfoy Senior. Il n'était pas simple de patienter alors que son Harry s'affichait plus ou moins ouvertement avec le directeur de la Maison Serpentard, qu'elle espérait bien circonvenir tôt ou tard.

Lucius s'accorda un petit sourire intérieur avant de remonter la Grande Salle en direction de la table professorale, conscient d'être le point de mire de tous les regards. Chemin faisant, il passa auprès d'Harry qu'il salua courtoisement sous les yeux ébahis d'Hermione Granger, qui ne semblait jamais avoir vu personne s'exprimer avec politesse auparavant, et ceux, calculateurs et méfiants de Ron, guettant le moindre de ses gestes. Lucius ne s'attarda point davantage et poursuivit son trajet. Il s'arrêta devant Dumbledore.

- Monsieur le Directeur, salua-t-il. J'ose espérer que vous avez bien reçu mon billet ?

- En effet, Monsieur Malfoy. Je ne vous attendais pas si tôt cela dit…

- J'ai annulé mes rendez-vous. Il s'agit d'une étape importante dans la vie de mon fils et je me dois d'être présent. Serait-il possible de dispenser Draco de ses cours de la matinée afin que nous puissions avoir une conversation sérieuse au sujet de ses prochaines fiançailles ? requit Lucius.

- Évidemment, mon cher, acquiesça Dumbledore, les yeux pétillant furieusement à la perspective d'un proche mariage. Severus se fera une joie de vous accompagner aux appartements que je vous ai fait préparer pour l'occasion. Prendrez-vous une tasse de thé en notre compagnie ? A moins que Severus ne préfère vous escorter dès à présent ?

Sur un petit signe négatif de son maître des potions qui considérait son assiette aux trois-quarts pleine, Dumbledore invita Lucius à prendre place. Le grand blond se dirigea vers la petite table qui avait été dressée rien que pour son fils et conjura un fauteuil en face du jeune Veela.

Voyant le tristement célèbre Lord Malfoy s'asseoir calmement, avec une élégance raffinée toute naturelle, à la table de son enfant, les élèves de Poudlard reprirent leurs précédentes occupations et cessèrent de le fixer bovinement. Le bruit des conversations reprenant, Lucius daigna parler.

- Bonjour Draco. Il n'est nul besoin de prendre cet air désespéré. Je t'assure que qui que soit ton compagnon ou ta compagne, je l'accepterai. Enfin, peut-être pas de bonne grâce s'il s'agit de la fille Weasley…, déclara Lucius en se servant une tasse de thé et en piquant au passage l'une des tartines de son fils.

- Bonjour, Père. Je… Non, il ne s'agit – Merlin merci ! – pas d'elle, mais…

- Bien, soupira Lucius, incontestablement soulagé, recouvrant son pain grillé d'une épaisse couche de confiture de mirabelles. Nous discuterons de cela tout à l'heure, en privé, si cela ne te dérange pas.

- Non, non. Je ne suis pas vraiment pressé que cela se sache… admit doucement Draco, buvant une gorgée de son thé.

Lucius haussa légèrement un sourcil mais son petit dragon baissa la tête vers son assiette et il fut dans l'impossibilité de déterminer à quel niveau se situait le problème. Était-il tout simplement mal à l'aise que son père ait débarqué ainsi sans tambour ni trompette dans son école pendant le petit-déjeuner, comme tout adolescent normalement constitué le serait, ou bien était-ce lié à son âme sœur ? Et si oui, était-ce à cause de son sexe ou de son identité ? A moins qu'il ne s'agisse de sa réputation…

Tant de questions sans réponse…

Lucius eut à peine le temps de grignoter sa friandise et de siroter sa tasse de thé que Severus se levait déjà. Un regard à Draco qui acquiesça d'un signe de tête discret, et les deux Malfoy l'imitèrent. Ils sortirent par la porte réservée au personnel.

Harry ne quitta pas le dos de son compagnon des yeux, aussi longtemps qu'il lui fut possible, une crampe dérangeante s'installant dans son ventre. Il tenta vainement de se convaincre qu'il n'était pas jaloux, que le petit-déjeuner n'était pas très digeste, un point c'est tout. Mais il ne pouvait éloigner ce sentiment de mal-être de son cœur. Il n'était que trop conscient de la beauté des deux hommes avec lesquels son mari venait de sortir. Bien sûr, Severus avait un cours d'ici peu mais rien ne l'empêchait de se perdre quelques minutes au détour d'un couloir… Il ne voyait pas Draco et Lucius faire ce genre de chose ensemble cela dit… Encore que… Personne ne lui avait prouvé le contraire… Si Lucius était là, c'était très clairement dans le but de préparer le mariage de son fils mais le jeune homme n'était pas encore lié, ce qui laissait la porte ouverte à de bien trop nombreuses possibilités au goût du petit Veela.

Hermione le tira sauvagement par le bras, l'accusant de traîner alors que leur cours de botanique les obligeait à courir jusqu'aux serres s'ils voulaient arriver à temps, interrompant ses inconvenantes pensées. Il la suivit sans enthousiasme, son esprit ne cessant d'échafauder moult conjectures plus invraisemblables les unes que les autres, tandis qu'elle entraînait Ron derrière elle, la cravate du Gryffondor entortillée autour de sa main pour s'assurer que le rouquin ne restait pas en arrière à manger une cinquième assiette de bacon frit.

**************

Appartements temporaires de Lucius Malfoy.

Severus laissa Lucius et Draco sur le pas de la porte, s'en retournant à ses chers cachots pour assurer ses cours de la matinée.

L'aîné des Malfoy dut pratiquement pousser son rejeton dans la pièce pour que celui-ci accepte d'avancer. Sa réticence commençait tout doucement à agacer le patriarche qui ne voyait là nul motif d'inquiétude.

- Assied-toi. Et cesse de faire cette tête de condamné au baiser du Détraqueur ! Ton mariage est sensé être un événement joyeux et non morbide, râla froidement Lucius.

- Désolé, Père. Je… C'est difficile…

- Je l'ai bien saisi, je t'assure. Je ne vois cela dit pas ce qui peux te mettre dans un tel état. Tu as à peine touché à ton petit-déjeuner. Dois-je te rappeler qu'un jeune homme en pleine croissance se doit de se sustenter correctement ? Tu ne voudrais pas te lever demain avec le teint affreusement terne et des cernes violets sous les yeux ?

- Ben, je…

- Tu n'y avais pas pensé, je sais… soupira Lucius. Un Malfoy reste parfait en toutes circonstances, même les plus extrêmes, sermonna-t-il. Veux-tu que je demande à ta mère de t'expédier un flacon de ce délicieux baume au miel d'abricot pour ressourcer ta peau ? A moins que tu ne préfères une crème à l'extrait de fleur de cerisier pour l'hydrater ? Non, ce qu'il te faut c'est le fluide précieux de concombre et de mimosa pour décongestionner ces vilains cernes…

- Euh, non… Cela ne sera point nécessaire, Père, déclara un Draco un peu paniqué, tentant de reprendre contenance et de stopper ce flot incessant de recommandations.

Son père ne le lâcherait que lorsqu'il aurait retrouvé une certaine discipline, il le savait. Lucius, quant à lui, riait intérieurement de constater à quel point son fils n'avait pas changé depuis son enfance. Rien ne l'exaspérait davantage que ses parents se préoccupant si activement de son bien-être, prodiguant sans réserve conseils et astuces.

Presque aussi aisé à manipuler qu'un Gryffondor…

- Si tel est le cas, alors explique-moi ta missive plus que brumeuse et ta nervosité de ce matin. Tu savais pertinemment que ce jour viendrait et cela ne t'avait jamais posé problème jusqu'à présent, reprit Lucius, revenant au cœur du débat.

- Et bien… hésita Draco. Comment dire… J'ai très vite compris que la personne qui m'était destinée n'appartenait ni au corps professoral, ni à la Maison Serpentard, ce qui m'a immensément soulagé, comme vous pouvez vous en douter. J'espérais donc innocemment que je trouverais cette personne chez les Serdaigles et priais Merlin qu'il ne s'agisse point d'un membre de Poufsouffle ou de Gryffondor.

- Je peux comprendre cette ambition, approuva doucement Lucius.

- Mon désarroi n'en a été que plus grand lorsque j'ai constaté que cette personne était indéniablement rouge et or, soupira le jeune Serpentard en dardant sur son père un regard angoissé.

- Ce n'est pas sur cette Maison que se serait arrêtée ma préférence si un choix était envisageable mais nous n'avons pas notre mot à dire dans cette affaire. J'estime que Severus n'est pas si mal loti avec son Gryffondor… Il n'est pas sorti de l'auberge, je te le concède, mais je crois honnêtement que son couple peut s'épanouir. Pourquoi n'en serait-il point de même pour toi ?

- Je… Je sais que je vais paraître idiot mais j'aurais presque été soulagé s'il s'était agi de Londubat. Il est de Sang Pur et comprend et respecte parfaitement les traditions. Il n'y a qu'à voir comme il regarde la Weaselette depuis qu'elle colle au Survivant comme une tique sur un Niffleur, renifla Draco.

- Draco, langage, s'il te plait, protesta Lucius. Pourquoi presque soulagé ? Y aurait-il un événement dont je ne serais pas au courant ? s'enquit malicieusement Lucius.

- Oh, ne vous ai-je pas dit que Blaise était amoureux de cet empoté ??!?! s'étonna Draco. Je suis persuadé qu'il m'aurait éviscéré si jamais j'avais fait mine de m'approcher de son Gryffondor d'un peu trop près.

- Si je te comprends bien la personne à laquelle tu fais allusion n'est pas familière avec nos coutumes ? demanda l'aristocrate, recentrant la conversation sur leur sujet initial que son petit dragon se faisait décidemment une joie d'éviter. Ou bien ne les approuve pas…

- Euh, je pense que si en fait mais… je ne saurais présumer de l'étendue de ses connaissances en la matière, ni de sa réaction une fois confrontée à la réalité de la situation.

- Si tu allais droit au but, Draco ? Tourner éternellement autour du pot ne t'aidera nullement, s'impatienta son père.

Lucius voulait bien laisser à son fils le temps d'exposer les faits à sa manière mais il y avait des limites à sa résistance nerveuse qu'il valait mieux ne pas dépasser. Il n'était pas particulièrement d'humeur à déchiffrer les rébus alambiqués issus de l'imagination du jeune homme et celui-ci ne paraissait guère décidé à lui révéler l'identité qu'il attendait depuis la veille. Il avait bien compris que le garçon avait des réserves sur la facilité avec laquelle cette personne encore inconnue se glisserait dans son nouveau rôle mais il commençait à lui courir tout doucement sur le haricot avec ses circonvolutions !

- Hhhmmmggmmg, grommela le blondinet, la tête baissée.

- Je te demande pardon ?

Lucius dut tendre l'oreille pour percevoir le chuchotis étouffé dont le gratifia son fils.

************

Cours de potions, cachots, 14 heures.

Severus ouvrit la porte de sa salle de classe avec son énergie coutumière, l'envoyant claquer violemment contre le mur de pierre, faisant sursauter ses élèves malgré leurs années de pratique. Il les fit entrer d'un regard noir, sans un mot.

L'huis refermé, il commença sa leçon, d'un ton plus sec et contraint qu'à son habitude, ce qui angoissa instantanément Harry, assis à côté de Neville. Personne d'autre ne sembla noter la différence mais Harry en était persuadé : un événement quelconque lui avait énervé son mari ! Le jeune Veela n'avait pas revu les Malfoy depuis le matin et commençait sérieusement à se demander s'ils n'étaient pas pour quelque chose dans la tension qui habitait son compagnon. Il l'étudia suspicieusement, augmentant sans le savoir le malaise de Severus qui tentait de rester le plus professionnel possible sous le regard émeraude qui le fixait intensément. Il devait ignorer son Veela jusqu'au bout, ne pouvant se laisser aller à la clémence et risquer de compromettre sa position. Il serait incontestablement mal vu pour un professeur de frayer avec l'un de ses élèves au beau milieu de sa salle de classe, quelle que soit leur situation maritale. Il n'appréciait que fort moyennement les contraintes de l'enseignement et supportait au mieux avec difficulté les étudiants, mais il n'entrait certes point dans ses intentions de se faire licencier.

Il fut, à son plus grand soulagement, interrompu par un coup bref à la porte qui fit rompre à Harry le contact visuel. Il se tourna vivement, faisant tournoyer ses robes noires pour accueillir sarcastiquement le retardataire d'une bonne retenue bien sentie lorsque Draco se glissa dans la pièce.

- Excusez mon retard, professeur. Mon père m'a invité à partager son déjeuner et nous avons perdu la trace du temps au cours de notre conversation, déclara Draco, lui tendant un parchemin plié en quatre.

Severus s'en empara et le lut, haussant légèrement un sourcil sous la surprise. Il pouvait comprendre que Lucius, auteur de l'épître, ait en effet pris le temps de conférer longuement avec son fils, lequel était probablement quelque peu perturbé. Il ne s'attendait guère à une telle nouvelle…

- Bien. Asseyez-vous, Mr Malfoy, répondit-il un peu distraitement.

Un ronchonnement peu discret de Ron devant cette très nette marque de favoritisme lui attira simultanément une tape derrière la tête de la part d'Hermione, sous le regard courroucé du petit blond, et une attention dont il se serait bien passé en provenance de son professeur fétiche. Severus sauta sur l'occasion magnifique qui s'offrait à lui de rendre à ce crétin prétentieux la monnaie de sa pièce pour la façon dont il avait traité Harry, bien qu'il ait semblé se calmer depuis la rentrée.

- Des commentaires, Mr Weasley ? susurra-t-il, dominant la table du Gryffondor de toute sa hauteur, le regard froidement méprisant.

Grommellement indistinct, tête baissée.

- Auriez-vous donné votre langue au fléreur pour que votre articulation en pâtisse si drastiquement ? Il me semble me souvenir d'une récente occasion en laquelle vous exprimâtes fort vocalement votre mécontentement…

Rougissement incontrôlé jusqu'à la pointe des oreilles, marque déposée Weasley.

- Je présume que vous apprécierez grandement la joie de partager vos muettes récriminations avec Mr Rusard ce soir, 20h, Mr Weasley. Vingt points en moins pour Gryffondor afin de vous apprendre le self-contrôle. Commencez ! ordonna-t-il lorsqu'il rejoignit son bureau, tapotant le tableau de sa baguette.

La moitié des élèves courut rassembler les ingrédients nécessaires alors que l'autre préparait les chaudrons. Severus s'installa à son bureau, soulagé qu'Harry ait entreprit de fixer le jeune Malfoy au lieu de sa personne. Il tenta de se concentrer sur les essais qu'il avait ramassés lors de ses cours précédents mais se surprit rapidement à observer le jeu de regards qui se déroulait sous ses yeux.

Harry ne quittait pas Draco de son regard soupçonneux, sauf pour poser, brièvement et de manière intermittente, ses émeraudes sur son compagnon comme pour le surveiller.

Draco restait focalisé sur la table voisine de la sienne à laquelle travaillaient Ron et Hermione mais le maître des potions aurait été bien en peine de déterminer le centre exact de son intérêt. Il ne pouvait établir avec précision si les yeux du jeune Veela s'attardaient sur le dernier mâle Weasley, l'irritante Miss-je-sais-tout-Granger ou leur chaudron. Un motif tout à fait plausible – attirance, jalousie ou, tout simplement, l'attente d'un moment propice à un innocent jet d'ingrédient imprévu – existant pour chacun des cas, Severus en resta perplexe.

Ronald Weasley regardait alternativement sa camarade et le chaudron qui semblait bouillonner assez vivement, plus qu'il n'était normal.

Hermione ne cessait de râler contre le rouquin, tentant sans grand succès de corriger ses bévues, lui décochant occasionnellement une tape sur le bras ou à l'arrière de la tête lorsqu'il exagérait ou se confondait en excuses inutiles.

A la fois légèrement amusé et intrigué, Severus se leva et commença sa tournée d'inspection des potions. Il renifla dédaigneusement devant la boue innommable qui emplissait le chaudron d'un Draco distrait et d'un Blaise à la masse. Il se retint de justesse de mordre Pansy Parkinson lorsqu'il la vit se saisir de la poudre de corne de dragon et lui aboya dessus, l'empêchant d'ajouter les fines particules à la verte solution frémissante et, à fortiori, entravant la splendide explosion qui n'aurait pas manqué de secouer tout le château. Il ignora totalement Harry, et l'échec complet qui se solidifiait sans recours possible dans son chaudron sous le regard misérable et profondément désolé de Neville, pour tomber sur Ron à bras raccourcis. Le rouquin rougit affreusement mais tint sa langue malgré l'envie qui le démangeait de présenter diplomatiquement à son très estimé professeur ses quatre vérités. Devant le manque de réaction qu'il obtint, Severus se contenta de faire disparaître la mixture violette et fumante d'un petit coup de baguette, retirant quelques points supplémentaires à Gryffondor au passage.

Se pourrait-il qu'il retienne déjà la leçon ? se demanda intérieurement Severus.

Hermione contint difficilement les larmes qui menaçaient de déborder de ses yeux. Elle aurait automatiquement la plus mauvaise note existante puisqu'elle se trouvait dans l'impossibilité de fournir un échantillon de potion à la fin du cours, d'ici quelques minutes. Ron n'essaya plus de se répandre en justifications diverses pour ce piteux résultat et glissa silencieusement un bras autour de sa taille pour la réconforter. Quelles qu'aient pu être les dissensions qui les avaient séparés ces derniers temps, Hermione restait sa petite amie et il était de son devoir de se faire pardonner la note désastreuse qu'elle se verrait infliger par sa faute. S'il n'avait pas été aussi distrait par le visage pensif de Malfoy, en permanence tourné vers leur table, il n'aurait peut-être pas atteint un résultat aussi cataclysmique…

Et puis pourquoi la fouine passait-elle son temps à les regarder d'abord ? Il n'avait rien jeté dans leur chaudron, pour une fois, et n'avait rien dit, pas la plus petite insulte… Ron réfléchissait sur le comportement étrange du Serpentard, serrant Hermione un peu plus fort contre lui.

Harry, quant à lui, considérait son compagnon avec l'air penaud et un peu blessé. Severus ne l'avait pas harangué comme il aurait pu s'y attendre mais se faire ignorer de la sorte n'était guère meilleur pour son ego. Le petit Veela se sentit tout à coup bien seul malgré la foule d'élèves qui l'entourait et il dut combattre vaillamment l'envie de foncer dans les bras de son professeur, qui n'aurait certes point apprécié un tel étalage public.

Alors que Severus exigeait le dépôt immédiat des fioles de potions sur son bureau et imposait un devoir long de cinq parchemins sur la poudre de corne de dragon, ses applications et ses dangers, à rendre pour le prochain cours, Draco gronda doucement, passant presque inaperçu dans le brouhaha ambiant. Harry, en revanche, l'entendit et comprit instantanément lorsqu'il suivit le regard mercuriel vers le couple enlacé.

Le petit blondinet était jaloux.

Harry reconnut instinctivement les signes de la jalousie veela et ouvrit bêtement la bouche, se rendant compte que le fameux héritier de la si fière famille Malfoy allait se trouver d'ici peu marié soit à un Sang Pur pauvre et considéré comme traitre, réfractaire aux anciennes traditions, soit à une née-moldue. Il se sentait bien mieux désormais… Il retint avec une difficulté grandissante l'hilarité qui menaçait d'exploser dans sa poitrine et referma vivement la bouche dans un claquement de mâchoire pour ne pas éclater d'un fou rire hystérique qui lui vaudrait très certainement une retenue. L'ironie de la situation n'était en rien perdue et la réaction qu'elle ne manquerait point de provoquer chez Ron le faisait saliver d'avance.

Il devait admettre que le roux ne lui avait pas adressé la plus insignifiante remarque depuis la rentrée. En fait, il ne lui avait tout bonnement pas parlé. Hermione l'avait attiré brièvement à l'écart la veille pour lui faire part des mots qu'avaient échangés les deux enfants Weasley après sa fuite lors du déjeuner. Les paroles de Ron envers l'obstination bornée de sa sœur l'avaient surpris mais il était soulagé que son meilleur ami en vienne à accepter le lien tel qu'il était, quitte à ne pas venir prendre le thé avec Severus et lui dans leur maison pendant les vacances, il n'en demandait pas tant !

Peut-être allait-il pouvoir renouer une certaine amitié avec Ron… Son ami lui manquait et, pourvu qu'il ne dénigre pas sa relation avec son compagnon, Harry était prêt à recoller les morceaux.

- Mais enfin, Harry, qu'est-ce que tu attends ?? Je veux aller à la bibliothèque avant de dîner et tu bailles aux corneilles sans même avoir rangé tes affaires ? l'invectiva une Hermione en grande forme, le sortant avec perte et fracas de ses pensées.

Vexée par le bannissement de sa potion, désastreuse, certes, mais là n'était pas la question, la jeune femme avait la ferme intention de se plonger à corps perdu dans le premier livre ardu, moisi et poussiéreux qui croiserait son chemin et elle n'allait pas laisser les deux mollusques allergiques au travail qui lui servaient d'amis la retenir ! Elle aimait avoir une compagnie discrète pour étudier et n'allait pas s'en priver !

Hermione fourra sans ménagement les affaires d'Harry dans son sac, qu'elle lui balança en pleine poitrine, avant de le prendre par la manche de la main gauche, poussant dans le même temps Ron de la droite. Elle les conduisit au pas de course jusqu'à la bibliothèque, ne prêtant nulle attention à leurs soupirs exaspérés.

Alors que la préfète se concentrait sur un obscur volume duquel s'était échappé une pauvre araignée affolée, Ron se perdait en conjectures sur le comportement suspect de Malfoy et la soudaine accalmie du tempérament de sa sœur. Harry, de son côté, était très curieux de connaître le contenu du mot que Lucius avait fait remettre à son compagnon.

************

Bureau de Severus Rogue, peu après 17 heures.

Le maître des potions se laissa élégamment choir dans son fauteuil, nerveusement épuisé. Il était décidément plus simple de servir deux camps opposés en guerre pendant vingt ans que de survivre à la présence obsédante de son mari dans sa salle de cours durant trois heures.

Il commanda une tasse de thé à l'un des elfes de maison du château et étira ses muscles crispés par le stress. Trempant ses lèvres dans le fort breuvage aux fruits noirs, Severus respirait profondément, tentant de relaxer son corps tout autant que son esprit.

Il avait du se faire violence pour ne pas venir se placer derrière Harry, guider sa main lorsqu'il faisait une erreur, lui murmurer doucement à l'oreille qu'il devait tourner sa cuiller plus fermement ou moins vite. L'intimité confortable de leurs leçons privées dans son laboratoire lui manquait. Évidemment la distraction dont son chaton avait fait preuve avait laissé à Londubat un accès illimité au chaudron, impair à ne surtout pas commettre. Il avait eu du mal à ne pas hurler qu'il savait qu'il était capable de mieux et qu'il était inadmissible qu'il se contente d'un résultat aussi piètre.

S'il n'avait pas passé son temps à surveiller Draco… Pourquoi le faire d'ailleurs ? Le comportement de son mari était vraiment étrange lorsqu'il était confronté aux Malfoy… A croire qu'il était… quoi, jaloux ?

Ri-di-cu-le !

Lucius était un Veela parfaitement heureux en ménage et Draco, son filleul. Imaginer qu'il puisse avoir une relation quelconque, autre que purement platonique, avec l'un des deux était des plus saugrenu. Maintenant, au vu de la façon dont la plus anodine des conversations pouvait prendre une tournure surréaliste lorsque le jeune homme était concerné, Severus refusait de se prononcer.

A propos des Malfoy, il était impatient d'être témoin de la manière dont ce cher Lucius allait régler cette union… Il n'était pas convaincu que cela soit une mince affaire…

Pas plus que sa décision de laisser Harry venir de lui-même vers lui ne l'était… Il avait été si surpris lorsque son jeune époux l'avait tout doucement embrassé. Ce n'était pas vraiment un baiser au sens propre du terme, plus un tendre effleurement, mais il s'agissait du premier pas sérieux que le garçon faisait vers lui, initiant un contact raisonnablement intime. Il mourrait d'envie de pousser son avantage mais une petite voix mutine tout au fond de sa tête lui chuchotait de s'éloigner un peu et qu'il était important qu'Harry se rapproche volontairement. Il n'avait rien contre, bien sûr, mais il avait rapidement pris l'habitude de chouchouter son Veela et avait eu des difficultés à rester à distance respectable la veille au soir alors qu'il aurait pu s'installer dans son sofa, devant un bon feu de cheminée, son mari blotti tout contre lui, à lire un livre passionnant en sirotant un thé à la violette – il n'avait pu s'empêcher de s'enquérir auprès de Lupin de la boutique dans laquelle il se procurait ce nectar. Au lieu de cela, il s'était attaqué à une pile de corrections arides et sans intérêt pour se distraire du petit brun boudeur qui faisait ses devoirs sans conviction. Il espérait de tout cœur qu'Harry ne mettrait pas trop de temps à se décider à agir et ne se découvrirait pas soudainement un côté serpentard, s'amusant à le laisser mariner jusqu'à ce qu'il craque. Il en doutait cela dit, si la manière dont il l'avait scruté durant tout le cours était une indication.

Severus soupira, achevant sa tasse.

************

Grande Salle, 19 heures.

Les plats apparurent sur les tables et tous commencèrent à se sustenter. Bon nombre de conversations tournaient autour de la présence de Lord Malfoy en personne dans l'enceinte de l'école. Une partie considérable des jeunes filles attablées s'inquiétaient de ne point voir le Sang Pur installé auprès de son fils. Il faut avouer que ces demoiselles étaient toutes plus ou moins sous le charme de l'aristocrate, seul homme adulte engageant dans leur entourage, et n'auraient rien demandé de mieux que de pouvoir le contempler tout leur saoul. Sa réputation de Mage Noir corrupteur et partisan sans faille de Voldemort ne faisait qu'ajouter à son aura un petit côté sombre, si attirant pour de jeunes adolescentes qui ne voient pas encore l'intérêt d'une relation stable et calmement passionnée.

Les portes s'ouvrirent sur l'objet de leur attention et Lucius Malfoy remonta l'allée entre la table des Gryffondors et celle des Serpentards. A la plus grande surprise de l'assistance, Lucius s'arrêta aux côtés du Trio Infernal et prit la parole après une courte inclinaison du buste :

- Miss Granger, me feriez-vous l'indicible honneur d'accepter de partager votre petit-déjeuner avec mon fils et moi-même demain matin dans les appartements qui ont si gracieusement été mis à ma disposition ? demanda-t-il formellement.

- QUOI !!!!!!! vociféra immédiatement Ron. Vous… Vous OSEZ !! C'est à MA petite amie que vous parlez, là ! Il est HORS DE QUES…

- Ronald Bilius Weasley, cesse de hurler ! l'interrompit sèchement Hermione, complètement perdue. Respire, avant de saigner du nez, et explique-toi ! Je ne vois vraiment pas pourquoi tu réagis avec une telle violence pour une innocente demande parfaitement courtoise…

- INNOCENTE ??!?!?!! Mais… mais… Oh Merlin ! gémit Ron, enfouissant son visage d'un rouge profond entre ses mains.

- Excusez-moi d'insister, Miss Granger, mais votre réponse ? s'enquit Lucius qui regardait Ron du coin de l'œil, l'un de ses sourcils délicatement arqué. Il n'avait nul désir de faire de cette affaire un amusement public. La tradition exigeait de lui qu'il présente sa requête dans un lieu commun, respect des convenances oblige, mais il aurait souhaité un peu plus de discrétion.

- Euh… Bien sûr, Monsieur Malfoy, je serais présente, acquiesça la jeune femme qui ne savait toujours pas ce qu'elle approuvait.

- J'en suis ravi, Miss. Je vous enverrais, dans la soirée, un hibou avec le mot de passe et la localisation des appartements.

Sur ces mots, Lucius salua brièvement le petit groupe d'un signe de tête, son regard gris acier s'attardant une seconde sur Harry qui le considérait d'un air amusé. Il reprit ensuite sa route et vint s'asseoir en face d'un Draco qui semblait ne rien désirer d'avantage que de disparaître. Le blondinet refusait de regarder quoi que ce soit d'autre que son assiette.

- Quelqu'un pourrait-il m'expliquer ? demanda Hermione, perplexe.

- Tu n'as vraiment pas la moindre idée de ce que tu viens d'accepter, hein ? geignit Ron.

- Je ne poserais pas la question sinon, bêta !

- Ce Mangemort vient de te présenter sa requête officielle pour obtenir l'autorisation d'ouvrir une discussion portant sur TES FUTURES FIANÇAILLES AVEC SON FILS ! VOILA CE QUI VIENT DE SE PASSER !! s'égosilla le rouquin, couvrant sans difficulté les conversations.

Autant pour la discrétion… soupira mentalement Lucius, voyant deux plaques roses colorer les pommettes pâles et ciselées de son fils.

Divers cris, soupirs, hurlements, brusques inspirations et autres manifestations de surprise retentirent dans la pièce en provenance de ceux qui n'avaient pas connaissance des coutumes, mais Ron n'y prêta aucune attention.

Draco Malfoy venait de lui souffler sa petite amie et il ne pouvait pas même s'y opposer !!!

Bien sûr, les négociations n'avaient pas encore débuté mais il savait déjà qu'Hermione, Gryffondor jusqu'au bout des ongles, ne refuserait pas l'offre qui lui serait faite. Elle n'entraînerait pas la mort du jeune Malfoy d'un refus, pour s'attirer le baiser du Détraqueur. Avec tout autre né-moldu, il eut été envisageable de décliner l'invitation, de repousser les avances que le blond ne manquerait pas de faire, en plaidant après coup l'ignorance. Mais personne ne pourrait croire qu'Hermione Granger, la Miss-je-sais-tout de service, puisse ne pas savoir ce qu'étaient un Veela et les contraintes qui accompagnaient leur héritage, d'autant plus lorsque l'un de ses meilleurs amis s'était récemment lié selon l'Union veela.

Non, son couple était fichu, à moins qu'il ne trucide Malfoy de ses propres mains…

Soit.

Mauvaise idée.

Il ne ferait pas le poids face à son Mangemort de père. Lucius Malfoy était bien trop puissant pour être inquiété par Ronald Weasley.

La voix décontenancée d'Hermione le tira de son état second.

- Comment diantre étais-je sensée savoir ce qu'il me voulait ?? Je veux dire, je sais que Malfoy est un Veela et qu'il cherchait sa moitié mais il ne m'a pas approchée depuis la rentrée, comment j'aurais pu savoir…

- Mione, l'interrompit-il, c'est une tradition. La coutume est ainsi faite. Le jeune Veela trouve son ou sa partenaire et prévient sa famille pour que les pourparlers puissent être engagés en prévision du mariage. Malfoy ne doit pas t'approcher avant, ni rester seul avec toi avant la cérémonie. Son instinct le pousserait à vouloir former le lien immédiatement, ce qui est hautement inconvenant.

- Mais pour Harry…

- Harry n'est pas un Veela dominant et n'a pas été élevé en tant que tel, d'une part, et Sirius n'est pas l'archétype du parfait Sang Pur, respectant le décorum à la lettre, d'autre part.

- Tu m'expliques la différence ? demanda Harry plutôt froidement.

- Les Veelas soumis sont, comme vous le savez tous les deux, assez timides, ils ne prennent pas l'initiative de l'union alors que les dominants n'hésitent pas à le faire. Il est contraire à la bienséance de la bonne société sorcière de sauter sur quelqu'un sans prévenir ou, horreur absolue, de concevoir un enfant hors mariage, d'où la demande formelle et la cérémonie qui suit rapidement. Je ne pense pas que Sirius ait pris la peine de présenter une requête à Rogue mais il ne t'a sûrement pas laissé seul avec lui sans aucun moyen de te surveiller, juste au cas où, et le mariage a été plutôt précipité, soupira Ron.

- Donc, si je comprends bien, reprit Hermione, je dois aller discuter de mes fiançailles demain matin avec les Malfoy parce qu'il eut été incorrect de la part du fils de me dire clairement ce qui se passait ?

- En gros, oui.

- Je n'ai pas vu ça dans les livres… ronchonna la jeune femme.

- Ça fait partie des traditions non-écrites des Sang Purs, comme les anciennes lois et obligations familiales par exemple. Tous les enfants ayant au moins un parent sorcier au fait des vieilles lois apprennent cela pendant leur enfance dans l'éventualité où ils seraient un jour le futur compagnon ou la future compagne d'un Veela. Mon père me l'a appris quand j'étais tout jeune, ainsi qu'à mes frères et à Ginny. Dans un premier temps, les parents du Veela prennent contact avec le ou la futur(e) partenaire pour conférer sur l'annonce des fiançailles et les préparatifs du mariage, ainsi que sur tout sujet considéré comme utile par la famille de rang le plus élevé, dot et trousseau y compris. Tes parents doivent normalement assister aux négociations donc je pense qu'il ne s'agira demain que d'une pré-réunion. Tu peux demander un conseil sorcier pour te guider dans les démarches et les divers contrats qui seront discutés puisque tu es née-moldue, les Malfoy ne pourront pas s'en formaliser. Ensuite les bans sont publiés et le mariage à lieu, en général dans les quinze jours après la découverte de l'identité du partenaire.

- Quinze jours ??? s'écria Hermione, ahurie. Mais… mais… enfin c'est Malfoy ! Je ne l'aime pas et…

- Sssshhhhhh !!! siffla Harry sur un ton cinglant. Peu importe que tu le penses, fais attention à ce qu'il ne l'entende pas ! Il a beau en être conscient, il pourrait mal réagir si tu le lui lançais à la figure et ça risquerait le tuer, même avant que le lien soit créé.

- Tu défends la fouine, maintenant ? demanda Ron, un rien vindicatif.

- Je sais ce qu'on ressent lorsqu'on se croit rejeté par son compagnon. Qu'as-tu ressenti quand Hermione s'est éloignée de toi après mon mariage, hein ? Tu flottais joyeusement dans le joli pays rose bonbon des Bisounours, peut-être ?

Le ton du Survivant n'appelait nulle réplique et Ron eut la décence d'avoir l'air gêné devant le visage de marbre de son ami. Il était vrai qu'il avait souffert de cette distance qu'Hermione lui avait imposée, avant qu'il ne la maintienne de lui-même. Il ne comprenait pas très bien pourquoi il avait poursuivi dans cette ligne de conduite… Il avait eu besoin de temps pour réfléchir, certes, et c'était toujours le cas mais il réalisait seulement à cet instant que, dans le processus, il s'était complètement coupé d'Hermione…

Quoi qu'il en soit, il n'allait pas laisser de bonne grâce Malfoy se pointer la bouche en cœur et lui piquer sa petite amie. Il ne pouvait pas se rebeller mais il n'avait pas à approuver pour autant. Mais tout de même, qu'était cette créature étrange dont Harry venait de parler ?

- Euh, c'est quoi un Bou… Bounousse ? demanda-t-il en rougissant un peu. Il détestait cette impression de ne pas comprendre la moitié de ce qu'Harry et Hermione disaient parfois…

- Un Bisounours, Ron, répondit Harry dans un soupir. C'est un ours en peluche moldu. Il y en a de toutes les couleurs et les moldus en ont fait des films et des dessins animés mais c'est sans importance. Je pense que tu as saisi ce que je voulais dire.

- Mouais… C'est pas pour ça que je vais accueillir ce freluquet gominé les bras grands ouverts, râla Ron en se resservant une large portion de lasagnes.

- Ron, vraiment ! Tu crois que ça me fait plaisir de me retrouver coincée avec Malfoy sans que quiconque ait eu la simple courtoisie de me consulter au préalable ? s'indigna Hermione.

- C'est toi qui a commencé à me rejeter, je te signale, s'enflamma Ron. Si c'était ta manière de me plaquer, t'aurais pu y aller franco, ça aurait été honnête au moins !

- Ça n'a rien à voir ! contra la jeune femme, une lueur blessée dans le regard. Ta réaction inqualifiable au mariage d'Harry ne m'a pas du tout encouragée à me montrer affectueuse lorsque j'ai constaté à quel point tu pouvais être étroit d'esprit ! Faut-il être bas de plafond pour ne pas comprendre qu'il n'y a rien de mal dans le fait d'apprécier les membres de son propre sexe !!

- N'insulte pas ma mère, je te prie !!! explosa le grand roux, furieux, d'une voix mortellement sérieuse.

Il était rare de voir Ron se mettre dans un tel état mais toucher à sa mère adorée était la limite à ne pas franchir. Il essayait de toutes ses forces de se montrer à la hauteur de ses attentes et n'allait pas laisser ses amis dénigrer ses efforts de la sorte.

- Ron, personne ne s'en prend à ta mère, tenta de l'apaiser Harry qui comprenait très aisément la sensibilité à fleur de peau qu'engendrent la famille et tout ce qui s'y rapporte. Elle a été adorable avec moi pendant de difficiles années, et je lui serais toujours reconnaissant de m'avoir accueilli comme si j'étais un membre à part entière de sa famille, mais il serait bon pour toi d'avoir une opinion personnelle, tu ne trouves pas ? Tu ne peux pas adopter sans réfléchir les idées de tes parents. Tu sais, j'ai eu beaucoup de mal à passer outre la morale que les Dursley m'ont, bien malgré moi, inculquée. Rien ne me paraissait aussi peu naturel que la relation dans laquelle j'étais embarqué mais au final, Severus s'est montré gentil et patient, et Lucius m'a beaucoup aidé à placer les choses en perspective, même si j'ai du mal à concevoir certaines spécificités sorcières, comme l'indulgence avec laquelle l'infidélité est perçue. Je ne suis définitivement pas encore à l'aise avec les… contacts physiques, mais je ne les considère plus comme une monstruosité alors qu'ils peuvent être très agréables, acheva le petit Veela, les joues d'un beau rose.

Ron le regarda comme s'il lui avait poussé une seconde tête, des cornes et quelques furoncles, dont un très certainement sur le bout du nez. Il savait que ce que son ami essayait de lui dire était vrai et il se débattait lui-même avec les notions que sa mère lui avait seriné depuis sa plus tendre enfance, reniflant méprisamment à chaque fois qu'elle croisait un couple exclusivement masculin. Il avait vu, de ses propres yeux, le lien entre Harry et Rogue, et, aussi détestable que cela lui paraisse, il devait admettre que son ami semblait raisonnablement heureux. Il avait également été témoin de la joie qui irradiait littéralement de Sirius et Rémus depuis qu'ils avaient pu reprendre leur relation si longtemps mise entre parenthèses à cause d'Azkaban et de la guerre. Mais il n'est pas simple de réfuter tout ce en quoi l'on croit.

- Tu ne sais pas ce que c'est… murmura-t-il en secouant la tête. Je veux qu'elle soit fière de moi. Je ne suis pas brillant et peu importe la raison pour laquelle ma mère sera fière, je tiens à la conserver… Elle ne me regarderait plus pareil si…

Ron s'arrêta, terrifié de ce qu'il avait failli déclarer, de ce qu'il s'était autorisé à penser, l'espace d'un instant. Harry et Hermione s'entreregardèrent curieusement, incertains quant à ce qu'ils devaient comprendre.

- Écoute, Ron, je… commença Harry.

- Non, intervint Ron en levant la main. Je… je suis désolé d'avoir mal réagi et…

- Ça va, Ron. Tu n'es pas obligé d'en dire plus. Je sais bien que tu ne cherchais pas à me faire souffrir et je crois que je n'étais pas dans un état d'esprit très différent du tien à ce moment-là. Je… Si tu pouvais juste ne pas dire du mal de Severus en ma présence et ne plus critiquer notre relation…

- Je ne peux pas promettre de ne pas râler contre ton… mari, termina-t-il avec difficulté, il est insupportable, mais je peux essayer. Et je te préviens qu'à la seconde où je verrais Malfoy s'approcher à moins de cinq mètres de toi, je lui éclaterai la tête ! menaça-t-il soudainement.

Hermione sursauta lorsqu'un doigt maculé de sauce tomate s'agita sous son nez tandis que le dessert apparaissait. Ron maugréa qu'il avait encore faim à la disparition de son assiette, doléance vite étouffée par le quart de moelleux au chocolat qu'il entreprit de dévorer sans plus de cérémonie.

**************

Dortoir des Gryffondors, chambre d'Hermione Granger, dans la soirée.

Pour une fois, Hermione n'étudiait pas.

Elle n'occupait pas l'un des fauteuils de la salle commune, presque enterrée sous les rouleaux de parchemin.

Non, elle marchait de long en large dans sa chambre, manquant régulièrement de s'écraser la tête la première sur les dalles parce que Pattenrond avait décidé qu'il était opportun de lui montrer son affection d'un gentil coup de museau sur les mollets, se jetant dans se jambes.

Elle n'arrivait pas à atterrir.

Elle ??? Avec Malfoy ???

Merlin !!

Elle avait besoin de conseils. Harry lui avait proposé de lui prêter Severus pour le petit-déjeuner mais elle avait refusé. Non seulement elle ne se sentirait pas à l'aise avec son professeur à ses côtés, mais il était un ami de Lucius Malfoy et le parrain de son fils.

Son futur mari.

Merlin !!

Elle ne voyait qu'une seule solution…

Hermione Granger faillit marcher sur la queue de son chat mais atteignit son bureau sans encombre et sortit une feuille de parchemin.

Monsieur Weasley,

Une circonstance inattendue s'est présentée à moi aujourd'hui et je me trouve dans le besoin d'un conseil.

Je sais de votre lettre matinale que vous avez connaissance de l'héritage veela de Draco Malfoy et de son actuelle recherche. Il semblerait que je sois sa future compagne, si j'ai bien saisi ce que Ron m'a expliqué à contrecœur après que Lucius Malfoy m'ait formellement invité à prendre le petit-déjeuner, demain matin, en compagnie de son fils et de lui-même.

Si quelconques négociations que ce soit doivent avoir lieu demain, je souhaiterais pouvoir profiter de votre expertise. Je crains fort que mes connaissances légales ne soient pas à la hauteur de celles de Lord Malfoy et mes parents ne pourront m'être d'aucune aide en ce domaine, pas plus qu'ils ne pourraient être présents.

Harry m'a proposé le soutien de son mari mais il est le parrain de mon futur fiancé et je préfèrerais une personne non impliquée pour juger impartialement les propositions qui me seront faites.

Je sais que je m'y prends fort tard et que vous êtes très occupé, mais j'apprécierais énormément de pouvoir compter sur votre présence à Poudlard, demain matin à 7h.

Affectueusement,

Hermione Jane Granger

La jeune femme soupira et se leva pour se rendre à la volière.

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Fin du Flashback

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Harry devait avouer être très curieux de savoir comment l'entretien d'Hermione avec les deux Malfoy se passerait. Il s'inquiétait cela dit de la réaction de Ron lorsqu'il aurait dormi sur les informations dont il avait été gratifié dans la soirée.

Il soupira de frustration, se rencognant contre le dossier du canapé. Il ne contrôlait décidément rien. Severus semblait presque l'éviter et ne l'avait pas prévenu pour Draco alors qu'Harry était persuadé qu'il n'était pas tombé des nues pendant le dîner, un certain parchemin provenant de Lucius lui revenant en mémoire. Hermione et Ron allaient devoir se séparer et les circonstances n'étaient guère propices à une transition en douceur. Il espérait seulement que Draco ait le bon sens de laisser tomber son rôle de petit héritier prétentieux et arrogant lorsqu'il serait en face d'Hermione, ou ils se dirigeaient droit vers un clash de première importance. La jeune femme ne mâchait pas ses mots et, une fois irritée, pourrait bien lâcher celui qu'il ne fallait pas.

Il regarda la pendule qui trônait sur le manteau de la cheminée et soupira derechef.

Presque trois heures du matin.

Il ne dormirait plus.

Las, il décida que, quitte à veiller, autant le faire le plus confortablement possible. Il repoussa la couette et siffla doucement lorsque ses pieds nus entrèrent en contact avec le sol de pierre froid des cachots. Il retrouva ses chaussons vicieusement dissimulés sous le canapé, endroit dans lequel ils avaient certainement choisi d'émigrer de leur propre chef, et y glissa ses petons gelés. Il se leva, se faufila sans bruit dans la chambre de Severus – la nôtre ! pensa-t-il férocement – et resta un moment à côté du lit, contemplant son compagnon nonchalamment endormi sous les couvertures.

Il se mordilla pensivement la lèvre inférieure, hésitant à se lancer puis, s'étant longuement flagellé mentalement pour acte de couardise caractérisée, il agit brusquement. Il releva le coin de l'édredon et se glissa souplement entre les draps frais, venant se lover autour de son compagnon.

Sa chaleur, son odeur épicée, sa présence réconfortante lui avaient terriblement manqué ces deux derniers jours. Il chercha inconsciemment à obtenir le plus de contact possible avec Severus et nicha son visage au creux du cou du maître des potions, caressant sa peau douce du bout du nez, s'imprégnant de son parfum unique.

Harry ne tarda pas à s'endormir, apaisé et se sentant protégé.

Severus, réveillé par le mouvement du matelas, enlaça la taille fine qui s'était collée à lui et se permit un petit sourire ensommeillé, avant de s'abandonner à nouveau dans les bras de Morphée, serrant son chaton contre lui.