Coucou tout le monde!!

Voici enfin le nouveau chapitre!


Petit mot pour Fumikoheika : J'ai commencé ton défi (oui, oui, je sais, il était temps...) mais j'ai une p'tite question... Je peux mettre un lemon dedans???? stp!!!!! "puppy eyes"
Allez, bonne lecture à tous!!

Chapitre 17

Grande Salle, vendredi, 7h du matin.

Hermione avait besoin de faire le point.

Elle émiettait plus qu'elle ne mangeait son croissant alors qu'elle était plongée dans ses pensées, analysant les événements de ces trois derniers jours. La nappe autour de son assiette était couverte de petits morceaux de pâte qui maculaient le tissu d'auréoles de graisse mais nul ne lui en fit la remarque, la pièce ne comptant en tout et pour tout que 13 personnes, dont un seul professeur, Minerva McGonagall, qui fixait sa tasse de thé sans ciller, d'un air un peu absent. Bien sûr, Ron n'aurait pas manqué de protester vocalement envers ce gâchis de nourriture mais le rouquin n'était plus guère en état d'émettre le moindre son constructif…

Bénis soient les petits miracles de la vie quotidienne ! Pour une fois, je peux réfléchir en paix !

De l'ordre et de la méthode ! Je vais finir par comprendre, il n'y a pas de raison…

Les Malfoy provoquaient chez la jeune femme des migraines carabinées dès qu'elle pensait au mariage ou à la dualité de leur comportement… mais elle se devait d'éclaircir ses sentiments.

Elle avait terriblement craint l'entrée de ses parents dans le monde magique et leur rencontre avec l'une des familles les plus aristocratiques qui soit. On ne pouvait imaginer deux conceptions de la vie si dissemblables et pourtant son avenir dépendait de leur bonne entente. Elle leur avait expliqué en quelques mots qu'une dot était attendue mais ses parents s'étaient contentés de confirmer leur présence pour le lendemain matin sans préciser outre mesure leur opinion sur cette requête plutôt inhabituelle dans l'Angleterre moldue telle qu'ils la connaissait.

Mr et Mrs Granger étaient arrivés à Poudlard par la cheminée du bureau du directeur qui avait été brièvement reliée à celle de leur salon sous la pression de Lucius Malfoy qui, malgré l'issue de la guerre, faisait encore décidément tout ce qu'il voulait du Ministère. Ce mode de transport n'était théoriquement pas inconnu de ses parents puisqu'elle le leur avait déjà mentionné, mais rien de les avaient préparé à atterrir les quatre fers en l'air dans un bureau rond et surchargé de bibelots dont la signification restait impénétrable au sorcier le plus érudit. Une fois dûment époussetés et chouchoutés par un Dumbledore à l'œil pétillant, ils avaient suivi leur fille, accompagnés d'un Arthur Weasley renfrogné, présentant de lourds cernes et un visage fripé qui laissaient entendre qu'une discussion ardue avait eu lieu avec sa très chère épouse. Les escaliers mouvants du directeur les avaient fasciné et ils faillirent bien avoir une crise cardiaque lorsqu'un tableau leur présenta poliment ses respects.

Merlin merci, ils ne croisèrent pas le plus petit fantôme durant leur voyage jusqu'aux appartements provisoires de la famille Malfoy !

Hermione n'avait pas trop su à quoi s'attendre mais Lucius et Narcissa avaient accueilli ses parents presque chaleureusement, ce qui n'était pas peu dire pour ces froids Sang Purs. Elle avait cependant cru mourir de honte à l'instant où sa mère, s'approchant de Draco, qui n'avait rien dit à part les salutations d'usage, ainsi qu'il convenait, s'était mis à roucouler gentiment devant le jeune homme, prenant sa fille à témoin de la beauté du garçon et des magnifiques enfants qu'ils engendreraient certainement. Narcissa avait sauvé la situation, en bonne hôte, limitant le sentiment de mal-être des deux adolescents rouges comme des tomates trop mûres et ils furent tous promptement installés à une table ployant sous les pâtisseries, un large choix de thés à disposition. La conversation avait débuté cahin-caha par des questions intriguées de ses parents auxquelles les Malfoy répondirent gracieusement, parfois légèrement amusés devant l'honnête stupeur que le plus simple élément magique provoquait chez les deux moldus.

Godric soit loué, sa mère avait choisi de ne pas ramener Draco sur le tapis. Dans le cas contraire, Hermione était à peu près sûre qu'elle se serait transformée en souricette, ou tout autre créature appropriée, et aurait pris ses petites pattes à son cou, que la législation sur les animagi soit damnée !

Mrs Granger n'avait pas semblé prendre mal l'idée que sa fille unique épouse un garçon qu'elle n'avait jamais réussi à supporter, avec la meilleure bonne volonté, plus de trois minutes sans piquer une crise. Apparemment, le fait que la magie décide du destin de sa fille sans que son avis soit pris en considération n'était pas un problème qui la turlupinait.

Et Draco lui plaisait clairement.

Sans parler de Lucius qu'elle n'avait pu s'empêcher de couver du regard à la dérobée. Son père et Narcissa n'avaient pas semblé, au choix, le remarquer, ou tout du moins, s'en formaliser. Cependant cela n'avait pas aidé Hermione à se détendre, craignant qu'à chaque seconde la voix glacée de la belle blonde ne s'élève pour couper court à leur conversation à bâtons rompus et prier les Granger de partir sans se retourner. Bien sûr, elle savait que sa présence était indispensable aux Malfoy, et non l'inverse, mais la puissance de la famille, bien qu'écornée par leur relation avec un mage noir déjanté, était toujours bien réelle, ainsi qu'elle en avait eu un vivant exemple le matin même. Si seulement sa mère avait la bonne idée de cesser de baver sur Lucius, rien que pour s'assurer une absence de représailles…

Le vif du sujet ne fut abordé que lorsque chacun eut terminé son repas et, alors qu'Hermione triturait nerveusement sa serviette de table, Arthur avait interrompu poliment Lucius, qui avait commencé à présenter le déroulement des préparatifs d'un mariage sorcier et les raisons pour lesquelles ils se devaient de se hâter, pour préciser à la jeune femme qu'elle avait été excusée pour ses cours de la matinée, tout comme Draco, et qu'il n'était nullement utile qu'elle s'inquiète d'un éventuel retard. Cela n'avait, bien évidemment, que partiellement apaisé la Gryffondor qui imaginait déjà l'état pitoyable des notes que lui fourniraient Harry et Ron.

Je ne m'étais pas trompée, d'ailleurs… Illisibles, bien trop succinctes… Difficiles à reprendre, une catastrophe ! Heureusement que Draco était là !

Grignotant un coin de pain au chocolat, elle reprit hâtivement le fil de ses pensées, avant de risquer de se mettre à rougir comme une collégienne.

Ses parents avaient la capacité innée d'accepter sans se poser de question tout ce qui se rapportait à la magie, aussi n'avaient-ils point poussé de hauts cris à l'énoncé de coutumes dont ils ignoraient tout. Ils avaient visiblement semblé ravis que leur fille ait trouvé à se marier, bien qu'ils la considèrent un peu jeune pour convoler en justes noces et gérer un ménage. Ce à quoi Narcissa avait répondu qu'elle avait le même âge lorsqu'elle avait épousé Lucius et qu'il était fréquent dans leur monde de ne pas attendre, même lorsqu'un héritage magique ne venait pas chambouler la donne.

Mrs Granger avait bien semblé quelque peu dubitative mais n'avait pas relevé ce fait, préférant se concentrer sur les aspects pratiques. Elle avait gracieusement remercié Narcissa de prendre de son temps si précieux pour enseigner à sa fille les coutumes qu'elle ignorait et n'aurait point tari sitôt d'éloges si la conversation n'avait été détournée d'une main de maître par Lucius. En mère attentive et soucieuse du manque total d'intérêt de sa fille pour les activités habituelles des jeunes femmes de son âge, elle fut absolument aux anges lorsqu'il lui fut assuré qu'Hermione verrait, dès le week-end suivant, le tailleur de la famille Malfoy pour se faire confectionner une garde-robe complète, sur mesure et à la pointe de la mode sorcière. Elle s'était en revanche terriblement inquiétée du fait de devoir trouver un professeur de danse sorcière pour sa fille, n'ayant pas la plus petite idée de l'endroit où dénicher un si rare spécimen, avant que Narcissa ne lui promette de lui envoyer par hibou le nom de celui qui avait enseigné à Draco durant son enfance, afin qu'elle puisse prendre les mesures qui s'imposaient.

Mesures dont je me passerais magnifiquement, merci bien !!

Non mais, samedi soir, dimanche matin et après-midi, et une heure tous les soirs de la semaine prochaine, cours de danse !!

Mais comment voulez-vous concilier ça avec mes études ?? Je n'aurai pas le temps de faire mes devoirs à ce rythme !

Bon, revenons à nos moutons…

Mr Granger s'était montré assez incertain quant au fait que Lucius prenne en charge la totalité des frais d'organisation du mariage, qu'il accueillerait également dans son manoir. Il lui eut paru plus adéquat de partager équitablement cette tâche entre les deux familles, ainsi qu'il en fit part à son vis-à-vis. Cette remarque avait lancé l'aristocrate sur le sujet qu'Hermione redoutait par-dessus tout : la dot. Lucius avait patiemment expliqué que la famille du fiancé, la plupart du temps, ou bien la famille la plus haut placée et la plus considérée dans le cas des mariages homosexuels, organisait traditionnellement la cérémonie tandis que la famille de la jeune fille offrait une dot qui devait aider le couple à démarrer dans la vie.

Une tension très nette avait émané d'Hermione et de ses parents dès que le terme 'dot' fut articulé. Lucius s'était empressé de clarifier la situation et de replacer les choses dans un contexte sorcier qui échappait bien trop souvent à ses interlocuteurs. Il avait pris en exemple son propre mariage avec Narcissa et la dot que les Black avaient fourni qui n'était point constituée d'espèces sonnantes et trébuchantes mais de rares ouvrages de nécromancie et de magie noire qui appartenaient à la famille depuis des générations.

Devant la pâleur des visages qui lui faisaient face, Lucius avait visiblement senti une certaine incompréhension de ses propos, aussi avait-il reformulé et précisé que de l'argent n'était pas forcément attendu. Lui-même fort riche, il ne demandait aucune obole ou cadeau de prix et assumerait sans discuter les besoins de son fils et de sa future belle-fille tant que ceux-ci ne seraient pas autonomes, ainsi que son père l'avait fait pour lui en son temps, mais il souhaitait, en guise de dot, pouvoir être introduit dans un domaine auquel il ne comprenait pour le moment pas grand-chose, la recherche médicale moldue. Il avait tenté plusieurs fois au cours des dernières années de rentrer dans ce club très fermé de l'industrie moldue, qui brassait des capitaux énormes sans sourciller, pour diversifier encore davantage son empire financier, mais chaque tentative s'était soldée par un échec. Non seulement ne comprenait-il pas le fonctionnement étrange de cette industrie mais il n'avait pas d'appui, pas de contact dans cette branche et avait découvert, à son plus grand désarroi, qu'il était impossible de progresser sans eux, les laboratoires et autres structures de recherche s'étant avérés assez demandeurs en références au contraire d'autres domaines plus libéraux. Les Granger étaient dentistes, ce qui signifiait, s'il avait bien compris, qu'ils avaient un pied dans le système et probablement de nombreuses connaissances qui y gravitaient quotidiennement. Ils seraient certainement en mesure de l'introduire comme investisseur potentiel auprès des bonnes personnes.

Hermione avait eu la courtoisie de ne pas béer stupidement devant cette annonce qu'elle n'attendait pas – s'attirant un imperceptible signe de tête satisfait de Narcissa –, ce que ses parents n'avaient, pour leur part, pas pu s'empêcher de faire, stupéfaits. Ils avaient hâtivement acquiescé, de peur que Lucius ne change d'avis et ne leur demande, en lieu et place de quelques paroles mielleuses dans l'oreille adéquate, un ou deux millions de livres qu'ils ne possédaient point.

Cette difficile question résolue, les deux familles avaient discuté un long moment des arrangements floraux, du nombre convenable d'invités qu'il était envisageable de convier, de l'endroit où deux simples moldus pourraient se procurer une tenue suffisamment digne pour assister au mariage de leur enfant, de la date du mariage, qui fut fixée au week-end de la semaine suivante pour laisser à tous le temps de se préparer, et des mille et un petits détails nécessaires à l'exercice périlleux que représente la structuration d'un mariage parfait tels que la musique, le buffet, les tenues de demoiselles d'honneur et autres flonflons. Les Granger avaient immédiatement refusé d'être présents aux différents bals, cérémonies protocolaires et autres événements organisés par les Malfoy tout au long de l'année, estimant ne pas appartenir à un monde aussi huppé. Ils avaient argués qu'ils ne feraient qu'y être mal à l'aise et déplacés mais qu'ils ne seraient pas contre une ou deux invitations informelles de temps à autre, au bon vouloir des Malfoy, bien entendu, et se montrèrent prêts à recevoir les aristocrates dans leur humble demeure quand cela leur chanterait et à les initier à la cuisine typiquement moldue.

Les éventuels petits-enfants avaient été mentionnés en fin de matinée et ne furent point sujet à grande discussion, chaque famille admettant qu'il serait positif pour les futurs bambins de ne se voir privés d'aucun de leurs grands-parents, autant que faire ce peut, personne n'étant à l'abri d'un décès inopiné. L'avantage de posséder un pied dans chaque monde et une éducation biculturelle avait été passée sous silence mais noté par tous.

Le document préparé la veille par Arthur avait été dûment complété avec les décisions prises au cours de la matinée et, après une relecture approfondie par chaque couple, à l'exception toutefois d'Hermione et de Draco qui ne devaient pas être impliqués, ainsi que quelques questions des Granger, il avait été signé par les parents des jeunes gens, désormais officiellement fiancés. Le contrat magique s'était multiplié spontanément de façon à ce que les Malfoy et les Granger puissent en avoir un exemplaire, et l'original avait disparu dans un 'plop' sonore qui avait fait sursauter Mr et Mrs Granger.

Narcissa avait fort gentiment proposé à ses invités de rester pour le déjeuner mais ils avaient décliné la proposition, n'ayant pu libérer entièrement leur journée de leur clientèle souffrante. Elle avait réitéré son invitation à Hermione, ajoutant qu'il serait opportun de débuter dès cet instant leurs séances, le temps leur étant compté avant la cérémonie. Elle n'avait pas osé refuser.

Avant que se parents ne quittent Poudlard, Hermione avait passé quelques minutes avec eux dans le salon des appartements des Malfoy pendant que leurs hôtes, accompagnés de Mr Weasley, se retiraient momentanément dans le bureau adjacent. Sa mère l'avait serrée très fort dans ses bras, lui demandant d'une voix inquiète si elle était heureuse de se marier, si son fiancé lui plaisait, s'ils devaient rompre immédiatement toutes négociations, tout contrat, et partir très loin… Tout d'abord un peu étouffée par l'étreinte autant que par les paroles de sa mère, Hermione était simplement restée blottie dans les bras maternels, appréciant à sa juste valeur le doux sentiment de réconfort qu'ils provoquaient. Elle avait fini par se dégager et par pratiquement sermonner sa génitrice sur le fait qu'elle n'avait de toute manière pas voix au chapitre puisqu'elle ne pouvait repousser un Veela sans entraîner sa mort, avant d'admettre timidement qu'elle ne trouvait pas Draco inintéressant, bien qu'insupportable, taisant toute mention de ses sentiments personnels envers le futur marié. Elle s'était attirée de ce fait un sourire radieux de sa mère qui reconnaissait bien là un signe que sa fille était intriguée – à son avis, le meilleur moyen d'obtenir son attention – et une petite tape sur l'épaule de la part de son père, moins à l'aise avec la situation. Mrs Granger avait fait discrètement la remarque qu'elle préférait Draco à ce garçon qu'Hermione fréquentait avant. L'air pincé de la jeune femme lui avait fait rapidement nuancer sa pensée, marmonnant que Ronald Wealsey était un gentil garçon et qu'elle ne critiquait pas le choix de sa fille, non, mais qu'elle trouvait le joli blondinet mieux élevé et plus apte à gérer une carrière, à offrir à Hermione un défi intellectuel constant. Conception très bourgeoise, incontestablement, mais probablement exacte en la circonstance.

Arthur était sorti du bureau au bout d'un moment, avertissant les Granger qu'il devait aller travailler et qu'il se ferait un plaisir de les escorter jusque chez Dumbledore. Mr et Mrs Granger s'étaient alors préparés à partir, serrant une dernière fois leur enfant sur leur cœur avant de suivre le sorcier roux et Lucius qui tenait à reconduire ses invités.

Restée seule avec Draco et Narcissa, Hermione avait commencé à ne plus rien comprendre. Jusqu'ici, elle saisissait à peu près les tenants et aboutissants de la conversation mais, tout à coup, Lucius avait disparu et Narcissa s'était promptement volatilisé, murmurant de vagues propos concernant les elfes de maison et le repas à venir, laissant la jeune femme en compagnie exclusive du Veela. Les Malfoy lui avaient toujours semblé terriblement traditionalistes, très à cheval sur le fait de maintenir une conduite parfaite et appropriée à toute heure du jour et de la nuit, et voilà qu'ils la laissaient sans surveillance dans la même pièce qu'un Veela dominant alors qu'il lui paraissait très clair que toute cette affaire de mariage précipité et de chaperon avait pour but d'empêcher cette situation de se produire. Elle ne pouvait deviner que Narcissa se tenait en réalité très proche de la porte tandis qu'elle conférait avec les elfes, prête à intervenir au moindre signe d'incorrection de son fils.

Draco s'était approché tout doucement, sans pour autant empiéter sur son espace vital, et avait engagé la conversation par une remarque anodine sur ses parents, déclarant qu'ils avaient l'air gentils et tolérants vis-à-vis d'un monde qu'ils ne connaissaient pas. Ils s'étaient installés sur un canapé, chacun à une extrémité, Draco respirant parfois profondément pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, et avaient discuté calmement des cours, du futur mariage, d'Harry, aussi surprenant que cela paraisse, le Veela semblant se dire que si les choses tournaient bien pour son ennemi de toujours, il en serait peut-être de même pour lui.

Après un petit quart d'heure, Narcissa avait émergé de la pièce contiguë, annonçant que le déjeuner serait bientôt prêt et avait entreprit de briefer Hermione sur la manière de bien se tenir à table et les divers ustensiles qu'elle devait s'attendre à rencontrer au cours d'un dîner protocolaire, ce qu'ils allaient reproduire pour elle durant le repas.

Hermione ne savait pas quoi penser de toutes ces règles, mis à part le fait qu'elle ne parviendrait jamais à tout suivre sans se mélanger les pinceaux à au moins une reprise. Passer le sel dans un sens, passer le poivre dans l'autre, plier sa serviette comme-ci ou comme ça en fonction du rang social et du sexe de ses voisins, se tenir avec le dos si droit qu'il lui semblait porter un corset coulé dans du béton armé, ne surtout jamais lire à table, et cætera, et cætera… Si encore il existait au moins une raison logique qui guidait ce protocole ahurissant, mais non ! Une simple question d'habitude qui s'était perpétuée jusqu'à ce jour et qui ne reposait sur aucun dogme scientifique ou même sur le bon sens le plus commun. Elle déjeunait depuis trois jours chez les Malfoy, semblant systématiquement faire une erreur différente à chaque fois et elle commençait à s'en lasser.

Le code de conduite des Malfoy ne la réjouissait guère davantage mais la plupart des règles, si elles pouvaient sembler grotesques prises séparément, n'en étaient pas moins utiles pour dissimuler entièrement sa personnalité et ne laisser voir aux autres que ce que vous vouliez qu'ils voient. Elle avait fini par s'avouer, au bout de sa deuxième lecture du manuscrit, qu'elle gagnerait peut-être quelque peu en subtilité si elle en appliquait certaines. Elle qui se targuait de toujours réfléchir avant d'agir, fonçait le plus souvent tête baissée à la suite d'Harry, lâchant la bride à son côté gryffondor, oubliant la sagace érudite dans son sillage. Il était peut-être temps d'évoluer un peu…

Le comportement très familier de Lucius et Narcissa lorsqu'ils n'étaient pas présence d'étrangers à leur cercle de famille, ni en représentation protocolaire pour sa gouverne, la désarçonnait. En outre, ils semblaient avoir décidé qu'il était opportun de laisser régulièrement leur fils en tête à tête avec elle, avant et après le repas, alors qu'ils s'éclipsaient discrètement dans la pièce voisine. Elle ne pouvait nier qu'elle appréciait de pouvoir découvrir un peu son futur mari avant leur mariage, considérant qu'il était absurde de les en empêcher et de prier pour que tout se passe bien par la suite. Elle devait avouer que Draco l'intriguait tout autant que ses parents. Il se montrait sous un jour tellement moins arrogant en privé qu'elle en perdait son latin.

Oh, il n'en était pas moins sûr de lui et dominateur, le visage le plus souvent fermé et froid, mais il n'était pas dépourvu de gentillesse et de prévenance, à sa manière. Entendons-nous bien, il n'avait pas vraiment changé de comportement, sauf quant aux insultes qu'il débitait jadis avec aisance, non, il s'agissait plutôt de petits gestes attentionnés deci delà… Le lendemain de la signature du contrat prénuptial, le jeune Veela lui avait tendu une belle pile bien nette de parchemins noircis d'une écriture fine et élégante. Il lui avait prêté ses notes, soigneusement recopiées d'après celles de Blaise, pour qu'elle puisse reprendre les cours qu'ils avaient manqués, estimant qu'aucun de ses amis n'était à même de lui fournir un travail convenable sur lequel se baser. Complètement stupéfaite, il avait fallu à la jeune femme trente bonnes secondes avant d'articuler un son sensiblement plus compréhensible que le 'Gnah ?' préhistorique dont elle avait tout d'abord gratifié le petit blond. Elle ne s'était pas le moins du monde attendue à ce que Draco fasse envers elle un geste aussi obligeant, sans arrière-pensée apparente.

Vraiment les Malfoy étaient une énigme. Elle avait presque l'impression qu'ils l'accueillaient à bras ouverts mais sans se dévoiler… La sensation était étrange et elle ne pouvait pas même demander conseil à ses amis. Harry, très préoccupé par Severus à ce moment-là, lui avait lâché platement qu'il ne connaissait rien aux relations de ce genre au vu de sa propre situation et avait refusé de discuter le sujet plus avant.

Ron…

Ron n'était pas d'un grand secours dans les circonstances présentes…

Hermione soupira et but sa tasse de thé froide qui l'attendait sur la table depuis plus d'une demi-heure. Elle s'étouffa à moitié avec le liquide qu'elle n'avait pas même sucré et reposa la tasse en équilibre sur le bord de la soucoupe. Elle la fixa d'un air désespéré, doutant soudainement que les efforts sincères de Narcissa servent à quelque chose. La blonde était patiente, ne se lassait apparemment pas de répéter les mêmes règles encore et encore, et n'était pas avare d'appréciations positives lorsqu'elles étaient méritées. Cependant, Hermione avait la désagréable impression de lui faire perdre son temps. Elle se sentait parfois comme échouée dans un cours de divination, les effluves des plats les plus raffinés remplaçant les vapeurs lourdes d'encens.

Et dire que l'épreuve du tailleur l'attendait le lendemain…

Sans oublier que Narcissa voulait le nom – et la taille – de sa demoiselle d'honneur pour pouvoir faire confectionner sa tenue… Merlin tout puissant mais à qui allait-elle bien pouvoir demander un tel service ? Elle n'avait pas vraiment d'amies…

Peut-être que Harry…? A la condition de ne pas prononcer le mot 'demoiselle' alors… Il était suffisamment soucieux de son statut de mâle dominé comme cela !

L'envie subite de se frapper la tête sur la table de bois massif traversa son cerveau épuisé et elle y résista difficilement, choisissant de soupirer derechef.

**********

Trois jours auparavant, appartements de Severus Rogue, 7h38 du matin.

Harry remuait sa cuiller dans son reste de thé tiède, pensif.

Il ne pouvait pas nier avoir grandement apprécié la manière dont son compagnon l'avait éveillé une heure auparavant et il se surprit à vouloir qu'il recommence, frissonnant à cette seule pensée. Cela présentait néanmoins un inconvénient de taille : il ne savait pas au juste ce qu'il était requis de faire dans ces circonstances. Il avait la sensation qu'il se devait d'être plus présent, plus actif mais il ignorait totalement ce que cela impliquait concrètement.

Merlin, il n'avait pas même pu se résoudre à…

Il ne pouvait pas honnêtement en parler à Severus, il ne ferait que passer pour un… un quoi au juste ?

Coincé ?

Vierge à peine déniaisé ?

Mouais…

Rien de très réjouissant…

Severus savait qu'il n'avait jamais rien fait, avant leur nuit de noces. Mais cela ne rendait pas les choses plus simples. Il refusait de passer pour un incompétent maladroit, ce qu'il était très certainement.

Dans un domaine de plus…

Il n'avait guère de choix. Soit il en discutait avec quelqu'un à même de lui prodiguer conseils et réconfort, soit il expérimentait. Il ne se voyait pas demander ce genre de renseignements à Sirius ou Rémus sans mourir de honte ou d'une crise d'apoplexie due à un rougissement violent incontrôlé. Ron en ferait une crise de foie. Hermione lui réciterait sûrement le Kama Sutra Gay dans l'ordre exact du sommaire si elle parvenait à oublier son futur mariage pendant vingt secondes. Les jumeaux auraient probablement à cœur de lui proposer une démonstration en chair et en os, ce qu'il préférait éviter à tout prix. Lucius l'avait déjà beaucoup aidé à ce sujet mais il n'avait vraiment pas envie d'entendre le blond parler de ses égarements de jeunesse.

La phase d'expérimentation, donc.

Cela sous-entendait d'impliquer Severus – il ne lui vint pas même à l'idée qu'il existait d'autres personnes vivantes sur la planète – et il craignait de s'humilier.

Peut-être en commençant tout doucement ?

Après tout, son compagnon n'avait pas émis la moindre récrimination ce matin… Il avait senti sa frustration et avait pensé qu'agir était la seule solution (bien qu'il ne soit pas sûr d'avoir fait quoi que ce soit correctement), mais son mari avait soutenu mordicus que cela n'était pas nécessaire…

Le Veela se révolta. Hors de question de laisser son mari faire systématiquement tout le travail !! Quel piètre Veela faisait-il ! Il se devait prendre soin de son compagnon, que diable !

Sa résolution était prise.

La difficulté était maintenant de la mettre en pratique…

Le raclement d'un pied de chaise sur le sol de pierre lui fit lever les yeux et il constata que Severus avait repoussé le siège de son bureau en rassemblant ses notes et les devoirs à rendre pour ses cours de la matinée. Il le vit placer les parchemins sous son bras droit et se diriger vers la porte.

Maussade, il fixa intensément le dos de son compagnon qui s'apprêtait à quitter les lieux sans même lui offrir un petit baiser de départ.

Fi ! Après ce qu'il lui avait fait une heure plus tôt !

Severus sentait le regard perçant de son chaton s'appesantir sur lui. Lorsqu'il avait remarqué l'air profondément pensif qui ornait son visage, il avait eu l'intention de laisser explorer ses pensées et de signifier au jeune homme, depuis la porte, qu'il était presque l'heure pour lui d'aller en classe, mais il estima qu'il pouvait bien s'arrêter pour voir ce qui retenait ainsi l'attention de son Veela.

Il se retourna et contempla la petite moue boudeuse qui rendait la lèvre inférieure de son chaton si appétissante. Il lut sans peine dans la posture déconfite et la mine grognonne d'Harry qu'il voulait un bisou avant de commencer la journée. L'idée le fit sourire. Il n'y avait pas si longtemps, le garçon se serait enfui à toute jambes à la simple mention de son professeur et lui-même n'aurait point accueilli avec plus de chaleur un quidam ayant la prétention de lui indiquer l'existence d'une telle relation avec son élève détesté. Il ne comprenait décidément pas comment les choses avaient pu changer si vite, si complètement.

Se gardant bien de montrer le moindre indice de ses turpitudes intérieures, il s'approcha vivement de la table et, parvenu aux côtés de son mari dont les yeux émeraudes s'étaient agrandis avec un mélange de surprise et de trépidation impatiente, il se pencha souplement et attira le fin visage vers lui, s'emparant tendrement des lèvres veloutées.

Un baiser chaste.

Il ne voulait pas réveiller ses hormones juste avant un cours mais l'odeur délicate du petit Veela, l'élasticité de ses lèvres, le miaulement étouffé qui s'échappa de sa gorge, concoururent à répandre une douce flamme dans son corps. Il rompit le contact plus rapidement qu'il ne l'aurait souhaité, le souffle un peu court et tourna les talons en lançant à Harry qu'il ferait bien de se dépêcher s'il ne voulait pas être en retard.

Il aperçut le regard brillant et les joues rosées du garçon qui retomba contre le dossier de sa chaise, les lèvres entrouvertes et un peu gonflées. Il ne fit que s'enfuir plus vite.

Merlin que la journée va être longue !!

Le très prestigieux oracle Severus Rogue ne croyait pas si bien dire…

**********

A peine la porte s'était-elle refermée sur les traces du maître des potions qu'une chouette brune portant un paquet tomba dans le conduit d'accès aux cachots, l'absence de fenêtre ne permettant pas à ces charmants volatiles d'exercer leur sacerdoce comme ils en avaient coutume. L'animal était chargé d'une petite bourse aux couleurs des Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux et voleta jusqu'à Harry, se posant à côté de son assiette.

Intrigué, le jeune Veela, tendit la main et détacha le colis, donnant à la chouette un coin de toast. Le pain engloutit en deux coups de bec, l'oiseau repartit par où il était venu et Harry ouvrit le sac.

Il y trouva une fiole contenant un liquide non identifié et un rouleau de parchemin. Très curieux de connaître la dernière invention des jumeaux Weasley, Harry jeta un coup d'œil à l'horloge de Severus qui ornait le mur d'en face et décida qu'il pouvait bien arriver en retard en divination. Le professeur Trelawney semblait tout à la fois si ahurie et si extatique qu'il ait épousé le directeur des Serpentards qu'elle lui fichait une paix royale. Elle avait cessé de se prédire sans relâche sa mort dans d'atroces souffrances pour prendre des airs de conspiratrice en lui annonçant régulièrement amour et passion effrénée. Elle penserait sûrement que, s'il se présentait en retard, la cause en serait évidemment un câlin matinal, ce en quoi elle n'aurait pas tout à fait tort d'ailleurs.

Déroulant le parchemin, il lut :

Cher Harry,

Ainsi que je me l'étais promis, j'ai réfléchi à la manière de faire comprendre à mon très cher petit frère qu'il existe en ce monde plus d'un son de cloche, et j'ai mis au point, avec l'appui de Fred, cette potion.

Elle est à manipuler avec la plus extrême précaution. N'en renverse pas sur toi, les conséquences sur le lien que tu partages avec ton mari pourraient s'avérer désastreuses.

Verse le contenu de la fiole dans le plat de Ron, au dîner de préférence, la nourriture doit être consistante pour éviter que l'effet ne soit instantané et probablement trop violent pour sa santé.

Reste en dehors de son champ de vision lorsqu'il aura ingéré la potion et assure-toi qu'il ne regarde pas le professeur Rogue.

L'effet est garanti. Fred s'est chargé de la phase de test sur une plus faible quantité, avec une parfaite réussite.

La potion est dosée pour durer deux semaines, de quoi donner à Ronnikins matière à réflexion…

George

Reposant la missive, Harry considéra quelques instants la fiole d'un air soupçonneux avant de sursauter au son de l'horloge qui sonnait 8h. Il fourra vivement le récipient dans son sac, inquiet de le laisser ici, à la portée d'un maître des potions qui l'empêcherait sûrement de l'utiliser, ne serait-ce qu'au nom du principe de précaution. Le parchemin vint rejoindre la fiole dans le méli-mélo de plumes mal taillées, encriers plus ou moins remplis, livres écornées et papiers divers, et Harry se sauva à tout vitesse en direction de la tour de divination.

**********

Grande Salle, le soir.

Tandis qu'il grignotait son entrée, Harry écoutait de toutes ses oreilles la dispute qui faisait rage entre Hermione et Ron. N'ayant pas pu obtenir d'informations de la jeune femme pendant les cours de l'après-midi – Harry, la métamorphose est un sujet très sérieux et vraiment, je pense que tu devrais te concentrer davantage… – Harry avait tout naturellement orienté la conversation vers la rencontre qui avait eu lieu le matin même entre les parents d'Hermione et ceux de Malfoy. La brunette avait répondu de bon cœur, bien qu'avec une certaine réserve qui couvrait plus ou moins efficacement son trouble, jusqu'à ce que Ron l'accuse de le tromper sans vergogne avec une fouine décolorée. Les choses s'étaient rapidement envenimées et Harry se demandait si son ami se rendait compte qu'il ne faisait que faciliter la séparation pour Hermione, tout en la rendant incroyablement difficile pour lui.

L'art et la manière de se compliquer la vie…

Harry savait, tout comme Hermione d'ailleurs, que Ron était simplement blessé de la situation. Il gérait mal sa colère et son ressentiment, ainsi qu'il l'avait toujours fait, attaquant ses amis au lieu d'accepter les choses telles qu'elles étaient et donc d'y gagner le soutien qu'ils n'auraient pas manqué de lui prodiguer s'il s'était comporté en adulte depuis le départ.

Un tantinet exaspéré par les humeurs du rouquin et ne lui ayant pas encore pardonné ses paroles contre Severus lors de leur sortie sur le Chemin de Traverse, Harry balança ses hésitations par la fenêtre et décida d'utiliser la potion que George lui avait envoyée. Il se pencha sous la table pour fourrager dans son sac, passant parfaitement inaperçu dans l'agitation ambiante. Il dénicha la fiole tout au fond et remonta juste à temps, Ron le prenant à parti. Ne sachant pas ce qui lui avait été demandé, il n'émit qu'un grognement peu compromettant qui fit râler son ami plus que jamais.

Lorsque les plats apparurent sur la table, Ron fut bien évidemment le premier à se servir et, chance typiquement poterrienne, une remarque acide d'Hermione en réponse à l'une de ses piques acerbes détourna son attention, permettant à Harry de verser discrètement le liquide sur ses pommes de terre. Il surprit les yeux vifs et inquisiteurs de la jeune femme sur lui et lui fit un signe imperceptible pour qu'elle se taise. Sa propre humeur n'étant pas portée à la clémence vis-à-vis du rouquin, Hermione acquiesça du regard et retourna à son repas dans un mutisme complet. Harry se fit tout petit et ne pipa mot pour ne pas attirer l'attention de son ami sur sa personne.

Ron, ne se doutant de rien, entreprit de snober son ancienne petite amie, qui ne lui accordait plus même un coup d'œil, et décima sauvagement son assiette.

Il savait qu'il n'aidait en rien la situation à hurler de cette manière après tout le monde mais il ne pouvait s'en empêcher. Il avait déjà perdu Harry au profit de Rogue, en tout bien tout honneur, Harry n'était vraiment pas son type, et il refusait de laisser Hermione partir également, d'autant plus qu'il l'aimait.

N'est-ce pas ?

Merlin mais pourquoi hésitait-il ?

Hermione était adorable, gentille, intelligente, physiquement attirante alors pourquoi était-il soudainement si perplexe ?

Il l'aimait, non ?

Il se rappelait parfaitement la jalousie qu'il avait ressentie lors du Tournoi des trois sorciers, quand Hermione avait dansé et flirté avec Krum pendant toute l'année scolaire. Mais, dans ce cas, pourquoi la laissait-il en plan depuis le mariage d'Harry ?

Et pourquoi diantre son cerveau était-il si brumeux ? Il était loin d'avoir assez mangé pour souffrir d'indigestion…

Il massacrait plus qu'il ne mangeait son pudding, incapable de se concentrer alors que la potion commençait à agir.

Ce fut à cet instant que la voix piaillante de Draco Malfoy traversa l'épaisse couche de lourds cumulonimbus qui enveloppaient son esprit vadrouilleur. Il réagit au quart de tour devant la menace malfoyenne qui s'abattait sur Hermione et leva la tête, regardant droit devant lui en direction de son ex-petite amie.

Ses yeux se portèrent, non pas sur Draco ainsi qu'il le souhaitait, mais sur Blaise qui avait accompagné son ami à la table des Gryffondors et qui lui dissimulait le blondinet. Son cerveau se connecta brutalement.

Il savait !!

Mais bien entendu !! Comment avait-il pu être aveugle à ce point ! C'était l'évidence même !

Il lâcha à grand bruit sa cuiller et bondit de son siège, franchissant vivement la table pour se coller au beau métis, l'embrassant furieusement.

**********

Draco surveillait attentivement sa compagne depuis sa table personnelle. Il dînait avec ses parents, qui avaient tenu à se restaurer avec lui plutôt qu'à la table professorale, et Blaise qui lui donnait maintes précisions sur les cours qu'il avait raté ce matin-là, en plus de ses notes déjà sécurisées à l'intérieur du sac impeccablement rangé du jeune Veela. Il avait bien tenté de tirer de Draco des informations plus tôt dans la journée, en échange des fameuses notes, mais en vain.

A sa décharge, le jeune Malfoy avait eu besoin d'un peu de temps pour réfléchir. Il n'était jamais resté en contact aussi prolongé avec des moldus. Oh, il avait vraiment trouvé les parents d'Hermione très sympathiques, bien qu'un peu étranges, à l'exception de ce moment où sa mère avait fait un éclat. Il se savait beau et très apprécié, des femmes comme des hommes, mais jamais au grand jamais quelqu'un n'avait eu l'audace de glapir son opinion sous son nez ! Il s'était senti presque aussi humilié que lorsque que Dumbledore avait annoncé devant toute l'école réunie qu'il reconnaîtrait sa compagne à l'odeur.

Frissonnant légèrement, Draco se servit un friand, oubliant la mère d'Hermione et son manque de retenue. Il ignora placidement les regards meurtriers que lui lançait Pansy qui, bien qu'une amie très chère, était verte de ne pas bientôt devenir la prochaine Lady Malfoy, et se concentra sur la tablée de Gryffondors bruyants. La belette attaqua bientôt verbalement Hermione et Draco gronda doucement, prêt à intervenir.

Son instinct de protection n'était pas à son maximum puisque le lien n'était pas encore créé, encore moins achevé. Néanmoins, il goûtait fort peu les manières mal aimables du rouquin. Lucius lui intima discrètement de ne pas bouger et de se contrôler, sa compagne n'étant certes pas en danger. Il ajouta calmement qu'au vu de la dispute virulente, elle ne risquait pas non plus de tomber dans les bras de Weasley.

Sous les injonctions fermes de son père, quoique tout à fait imperceptibles pour les élèves qui peuplaient la salle, Draco cessa d'émettre le moindre son mais ne quitta plus le trio infernal de ses grands yeux de vif-argent.

Il haussa un sourcil intrigué lorsqu'il vit Potter glisser une potion dans la nourriture du morfal déchaîné, mais, devant l'absence de toute réaction de ce dernier, estima qu'il ne devait pas s'agir là d'une décoction bien dangereuse. L'échauffourée semblant terminée, il retourna à son repas, lançant un simple coup d'œil expert de temps à autre en direction de sa compagne. Il irait se rendre compte en personne dès la fin du dîner de ce qui se passait entre ces deux-là.

Dans l'intervalle, il prêta une oreille complaisante aux potins de sa mère et de Blaise. Pour une raison obscure, ils avaient toujours besoin de tout savoir sur tout le monde, y compris sur la vie de gens que, de par leur statut social nettement supérieur, ils ne seraient jamais amenés à fréquenter.

Son pudding rapidement mais élégamment expédié, Draco se leva. Devinant sa pensée, Lucius fit signe à Blaise, qui comprit immédiatement que Lord Malfoy souhaitait qu'il accompagne son fils afin que celui-ci ne se présente pas seul devant Hermione, ainsi que la coutume l'exigeait. Lucius avait beau permettre une certaine latitude à Draco en privé tant que celui-ci restait d'une parfaite correction, il ne serait pas dit qu'il prenait à la légère les traditions en public.

Les deux garçons traversèrent la pièce et s'arrêtèrent à hauteur d'Hermione Granger, à la table des Gryffondors. La jeune femme leur tournait le dos, Ron leur faisant face, le nez dans son assiette.

- Hermione ? s'enquit poliment Draco.

La Gryffondor fit volte-face si vite sous l'effet de la surprise qu'elle faillit atterrir sur le sol dallé devant le Veela. Harry releva la tête et considéra les deux Serpentards sans aménité, se demandant visiblement ce qu'ils voulaient. La belette, par contre, se redressa si violemment que son cou émit un craquement sonore. Il fixa Blaise et son regard s'éclaira subitement, comme sujet d'une épiphanie.

Le métis lui jeta un coup d'œil soupçonneux et dubitatif avant de reculer d'un pas lorsqu'il vit le rouquin se lever soudainement et sauter sur la table pour foncer vers lui. Il n'eut pas le temps de s'échapper, la présence de Draco juste derrière lui l'empêchant de poursuivre sur sa lancée. Avant d'avoir pu faire un mouvement supplémentaire, il fut emprisonné dans l'étreinte inattendue de Ronald Weasley qui s'empara de ses lèvres sans requérir son consentement. Une langue joueuse se faufila entre les lèvres douces qui l'embrassaient, venant lécher les siennes avant de forcer la barrière de ses dents.

Lorsque Ron dénicha enfin la langue de Blaise dans la caverne tiède qu'il explorait, il émit un gémissement sourd et se colla de tout son long contre le corps tétanisé du Serpentard, glissant fermement ses bras autour de son cou. Blaise tentait par tous les moyens de se dépêtrer de sa sangsue personnelle mais la belette était de haute taille et fort convenablement musclé, ce qui ne l'arrangeait nullement. Il avait posé les mains à plat sur la poitrine du Gryffondor et poussait dans l'espoir de parvenir à le décrocher de son auguste personne.

Rien à faire.

Il commençait à manquer d'air et percevait très nettement un début d'érection très prometteur se frotter légèrement contre sa hanche. S'il n'avait pas été dans la Grande Salle et s'il s'était agi d'un autre Gryffondor, celui qui se trouvait présentement assis trois places plus loin, il n'aurait pas dit non, bien au contraire. Mais Ronald Weasley, quoiqu'il embrassât plutôt bien, n'était pas du tout son genre et il le savait homophobe, par-dessus le marché !

**********

Il fallut l'intervention conjointe de Draco et d'Harry, qui avait promptement franchit la table pour venir en aide au pauvre Blaise avant que les choses ne dégénèrent, pour séparer enfin les deux garçons.

- Lâchez-moi ! protesta immédiatement le grand roux, tentant par tous les moyens d'échapper à ces empêcheurs d'embrasser en rond. Blaise, mon chéri, dis-leur de me lâcher !!

- Pardon ? piaula le Serpentard en question d'une voix plus aigue que de coutume, à bout de souffle.

- Mais qu'est-ce que t'as versé dans son assiette, Potter ? râla Draco juste à l'instant où le directeur arrivait à leur hauteur, accompagné de Severus et de Minerva.

- Harry ? exigea instantanément Severus.

- Heuuu…

Profitant du moment d'indécision de son ami, Ron parvint à se libérer de l'étreinte combinée des deux Veelas et sauta derechef sur un Blaise pâlichon et fort peu rassuré. Il avait soudainement l'impression qu'il n'aurait pas dû faire de l'humour lorsque Draco avait été coincé derrière un angle de couloir par Goyle…

Les lèvres douces au goût prononcé de pudding à la myrtille descendirent à nouveau sur les siennes alors qu'il se débattait pour leur échapper. Un sortilège de stupéfixion solidement asséné par Dumbledore calma temporairement le dernier mâle de la lignée des Weasley et Draco vint aider son ami à se dégager.

- Tout le monde dans mon bureau, ordonna Albus. Severus, vous voulez bien ?

- Bien sûr, Monsieur le directeur, assura-t-il d'un ton froid.

Poussant Harry d'une main ferme entre les omoplates, il fit léviter le corps inanimé de Ron et suivit le vieux sorcier, escorté de Minerva et de Lucius, qui voyant son fils mêlé à quelque esclandre avait rejoint le petit groupe, encadrant pour l'occasion Blaise Zabini, Hermione Granger et Draco Malfoy.

**********

Au milieu de la Grande Salle, scrutés de toutes parts, aucun des protagonistes, stupéfixés ou non, ne fut sensible aux trois regards ardents qui se posèrent sur eux.

Les yeux bruns de Ginny Wealsey se portèrent avec un dégoût non dissimulé sur son frère. Contrairement à sa mère, elle n'avait rien contre l'homosexualité en théorie mais refusait simplement de la voir appliquée à des membres de sa famille, ou à son Harry, bien sûr. Elle n'ignorait pas que les jumeaux s'amusaient sans faire la distinction entre les sexes concernés, mais ils étaient fantasques et elle était persuadée qu'ils se rangeraient un jour prochain avec une gentille petite sorcière. Mais que Ron, son grand frère Ronald Bilius Weasley, lui qui professait une telle confiance dans les choix de leur mère, aille embrasser un homme, devant témoins, et en y prenant un plaisir bien visible ???!?!?!?!?!?!?! Quelle déchéance !!!

Deux yeux bleu pâle se portèrent sur Ron, brûlants d'une jalousie intense et teintés d'un soupçon de trahison. Certes, il n'avait jamais approché Blaise – il n'aurait jamais osé ! – mais tout de même ! Il ne se gênait guère pour un homophobe déclaré, poser la main sur celui qu'il voulait depuis toujours…

De grands yeux noisette fixèrent froidement Blaise, mécontents de se voir ravir leur proie. Depuis longtemps, ils surveillaient et étudiaient Ron Weasley, refusant de se laisser aller au désespoir de ne le voir attiré qu'exclusivement par la gente féminine. Entendre les rumeurs d'homophobie sur son compte lorsque les cours avaient repris avait été difficile et il avait bien cru devoir faire une croix définitive sur ses rêves… Mais s'il embrassait ainsi des garçons à en perdre haleine dans la Grande Salle, tout n'était peut-être pas perdu…

**********

Bureau directorial, quelques minutes plus tard.

- Un petit thé ? proposa Dumbledore en hôte courtois.

- Albus, vraiment, croyez-vous que le moment soit bien choisi ? protesta Minerva qui n'appréciait guère de voir l'un de ses gryffons raide comme un passe-lacet sur le sol tandis qu'un autre arborait un air indéniablement coupable sous le regard scrutateur de Severus.

- Volontiers, accepta Lucius au même moment.

Estimant qu'une réponse positive équivalait à des applaudissements généraux, le directeur s'empressa de pouvoir chaque occupant de son bureau d'une bonne tasse de thé Katmandou fumante, à l'exception toutefois de Ronald Weasley, au vu de son état actuel d'incapacité. Un arôme délicat de vanille, relevé du parfum frais et léger des agrumes, embauma bientôt la pièce et Albus ouvrit les hostilités dès que tous furent assis, sauf Minerva qui, comme bien souvent, refusa le siège qui lui fut offert.

- Mr Malfoy, je vous ai entendu demander à Mr Potter ce qu'il avait mis dans l'assiette de Mr Weasley. Que vouliez-vous dire par là ? s'enquit-il en dégustant une gorgée de son thé brûlant et généreusement sucré.

- Je l'ai vu verser une potion dans son repas tout à l'heure. Comme il n'y avait pas de réaction, j'ai pensé que ce n'était rien… répondit le blondinet sous l'impulsion de Lucius, dont le regard lui promettait des comptes à rendre s'il n'obéissait point. La famille Zabini faisait partie des amis de la famille après tout !

- Harry ?

- Ce n'est rien, vraiment, balbutia le Veela sous l'œil inquisiteur du directeur qui venait de se tourner vers lui.

- Mais encore ? l'encouragea Dumbledore. De quelle potion s'agit-il ?

- Je ne sais pas.

La voix du petit brun était si basse qu'ils l'entendirent à peine. Severus se pinça fortement l'arête du nez.

- Combien de fois ai-je explicité en long, en large, et en travers les raisons pour lesquelles on ne doit jamais ingurgiter, ou en l'occurrence servir à un tiers, une potion dont on ignore la nature et la composition ? demanda-t-il d'une voix glaciale qui fit se ratatiner le pauvre Veela. C'est dangereux, Harry !!

- Mais… mais… mais… ce sont les jumeaux qui me l'ont envoyé !! Ils ne feraient pas de mal à leur frère !! s'écria-t-il, paniqué, plus par la réaction de son compagnon que par l'état de son ami, sautant de son fauteuil dans son agitation.

- Les jumeaux Weasley, hein ? Des dangers publics que ces deux énergumènes, grommela Severus, se levant et couvrant rapidement les quelques pas qui le séparaient de son chaton.

Il n'aimait pas les démonstrations affectives en public mais il s'agissait d'une urgence. S'il ne calmait pas le Veela au bord de la crise d'hystérie, ils n'arriveraient jamais à rien. Il glissa les bras autour de la taille de son Veela et retourna s'asseoir, le jeune homme installé sur ses genoux. Un regard noir dardé sur tous les individus présents dans le bureau suffit pour s'assurer un silence religieux sur sa position peu digne d'un membre du corps professoral. Harry enfouit son visage au creux de son cou, respirant à pleins poumons le parfum unique de son compagnon, terriblement soulagé qu'il ne soit pas trop fâché. La main gauche de Severus sembla se porter d'elle-même dans la masse indisciplinée de boucles brunes, ses longs doigts glissant entre les mèches épaisses, apaisant son chaton. Il pencha la tête, commençant à murmurer de gentils non-sens dans l'oreille délicate qui se trouvait près de sa mâchoire, refusant de lever les yeux pour voir sur lui les regards indubitablement amusés ou choqués qu'il ne manquait pas de recevoir, il en était persuadé.

En réalité, seul Lucius contenait difficilement son hilarité. Il ne pouvait s'empêcher de trouver cocasse cette situation, Severus étant tellement soucieux de sa vie privée.

Draco ne regardait pas dans cette direction, Hermione se trouvant de l'autre côté du siège dans lequel son parrain câlinait son mari. Malgré le fait qu'une partie de lui soit mystifiée de ce sentiment, il mourrait d'envie de faire la même chose avec Hermione mais il ne pouvait se le permettre, aussi préférait-il s'abîmer dans la contemplation du tapis richement orné du directeur.

Le vieux sorcier en question considérait le couple d'un œil pétillant follement, ravi de la tournure des événements, alors que Minerva, debout à ses côtés, rougit violemment et tenta d'oublier qu'il s'agissait du froid et cynique professeur de potion qu'elle voyait papouiller gentiment l'un de ses élèves.

Blaise était encore tout retourné des attentions inopinées et quelques peu demandeuses de Ronald Weasley, à tel point qu'une invasion de trolls en tutus roses et ballerines assorties dansant Casse-Noisette serait passée totalement inaperçue en ce qui le concernait.

Hermione baissait pudiquement les yeux, rosissante. Elle était ravie pour Harry que cela se passe mieux avec son compagnon mais cet étalage, quoique fort décent, lui rappelait vivement son prochain mariage à une heure où elle ne souhaitait guère y penser.

Étant parvenu à suffisamment calmer son chaton pour en obtenir des réponses, Severus commença à l'interroger sans brusquerie, sachant que le contraire ne ferait que convaincre son Veela qu'il était en colère contre lui, avec les réactions prévisibles et délétères que cela génèrerait.

- Pourquoi les jumeaux Weasley t'ont-ils envoyé cette potion ?

- Parce que… parce que Ron a critiqué notre mariage sur le Chemin de Traverse, répondit le garçon dans un murmure étouffé contre la chair tendre du cou du maître des potions. George avait promis de lui montrer qu'il était étroit d'esprit…

- Et ils ne t'ont pas dit quel philtre d'amour, ou autre potion de luxure, ils avaient l'intention d'employer ?

- Non. Je savais pas du tout ce que ça ferait. J'ai appliqué les instructions, c'est tout, soupira-t-il.

- Quelles instructions ?

- Je les ai reçues ce matin avec la potion. Elles sont dans mon sac. Il est resté en bas. Ron était tellement énervant à crier après Hermione, surtout qu'elle n'a pas choisi. Je sais ce que c'est que d'être à sa place, ou à celle de Malfoy… Je me suis dis que ça lui ferait peut-être du bien de considérer les choses différemment…

- Je ne peux pas critiquer la logique du raisonnement mais il n'en reste pas moins que ton geste était inconsidéré.

- Severus, mon cher, nous ne pouvons pas garder Mr Weasley immobilisé pendant encore très longtemps. Cela va finir par endommager son organisme. Combien de temps pensez-vous que l'effet de la potion puisse encore durer ? l'interrompit Dumbledore.

- Quelques heures, une journée tout au plus.

- George a écrit que ça devrait durer deux semaines, intervint Harry, s'écartant un peu de son compagnon, sans pour autant descendre de son confortable coussin.

- Deux semaines ?? cria Severus, stupéfait.

- Ben, c'est ce qu'il m'a dit.

- Minerva, pourriez-vous quérir les sacs de ces jeunes personnes, que nous puissions connaître le fin mot de l'histoire ? s'enquit Albus.

- Bien sûr.

La très sérieuse sorcière sortit mener à bien sa mission et fut de retour en un temps record, une série de sacs d'adolescent la suivant docilement.

- Voici vos affaires, Mr Potter, déclara-t-elle en lui tendant le sien.

- Merci, murmura timidement le garçon, soudainement très conscient d'être assis sur les genoux de son compagnon en public.

Le maître des potions avait cela dit glissé un bras autour de la taille de son chaton et n'avait pas l'intention de le lâcher de sitôt, ne sachant pas dans quel état émotionnel Harry sortirait de toute cette histoire.

Mieux vaut prévenir que guérir… Il est si sensible et tellement imprévisible parfois…

- Tiens.

Severus se saisit du parchemin que lui tendit son mari après avoir farfouillé dans le capharnaüm qu'il osait qualifier de sac. Il le lut rapidement et se pinça violemment l'arête du nez.

Même sortis de Poudlard, les jumeaux continuaient de lui compliquer l'existence ! Merlin seul savait quelle potion hybride ils avaient bien pu créer… Ils n'avaient pas eu matériellement le temps d'inventer complètement un nouveau produit, ils s'étaient sûrement basés sur l'une des potions existantes, plusieurs pouvant se prêter à expérimentation. A moins qu'ils n'aient combinés différentes potions…

Vivement la retraite…

- Dis-moi que tu as encore la fiole, demanda-t-il, s'empêchant difficilement de gémir devant l'injustice de la vie.

- Oui, la voilà.

Severus s'empara du récipient avec vivacité et fut soulagé de constater qu'il restait quelques gouttes de potion au fond.

- Je vais devoir créer un antidote, annonça-t-il. Je vais requérir de ces calamités rouquines ambulantes la recette, ce qui combinée à une analyse sommaire du résidu pourrait me faire gagner du temps… S'ils refusent, je crains d'avoir besoin de plus de temps que celui dont nous disposons pour créer une potion en partant de zéro et qu'il ne faille se résigner à voir Mr Weasley se coller à Mr Zabini à toute heure du jour.

- Ah non, hein !! protesta bruyamment le Serpentard. Soit il se calme, soit je reste dans mon dortoir jusqu'à ce que l'effet passe ! Il est bien capable de définitivement ruiner le peu de chances que j'ai d'obtenir l'attention de la personne qui m'intéresse…

- Calmez-vous, jeune homme, exigea sévèrement Minerva.

- Envoyez un hibou aux frères Weasley, Severus, reprit le directeur. Il faudra surveiller ce jeune homme en attendant l'antidote. Il ne va penser qu'à Mr Zabini. Mr Malfoy, veillez sur votre ami. Mr Potter, empêchez-le autant que possible de s'approcher de Mr Zabini durant la journée, voulez-vous ? Je suppose que Miss Granger pourra s'assurer qu'il regagne bien son dortoir chaque nuit ?

Devant les réponses affirmatives de tout ce petit monde, mitigées par un grondement mécontent de Draco, peu satisfait d'apprendre que sa future compagne allait devoir veiller la belette, le directeur se tourna vers son adjointe :

- Minerva, ranimez le jeune Ronald, je vous prie. Mr Zabini, placez-vous derrière Lord Malfoy, ne restez pas si proche de ce garçon.

Lorsque le jeune métis eut obéi, Minerva McGonagall lança un Ennervate bien senti sur l'objet de la discussion. Les yeux bleus papillonnèrent et le grand roux se leva, étirant ses muscles.

- Mais qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Blaise ?? s'enquit-il immédiatement, cherchant le jeune homme du regard.

- Mr Weasley ? demanda Dumbledore.

- Oui ?

- Vous êtes sous l'influence d'une potion. Vous devez me promettre de vous tenir éloigné de Mr Zabini.

- Blaisichou !! s'exclama soudainement le Gryffondor comme s'il n'avait rien entendu, se ruant vers le métis qui tentait vainement de se cacher aussi dignement que possible derrière Lucius.

Ron s'arrêta, hésitant devant la dérobade.

- Pourquoi te caches-tu, mon amour ? Tu ne m'aimes plus ?? geignit-il.

- Salazar nous protège, soupira Severus, le nez enfoui dans la chevelure d'ébène de son mari.

Le maître des potions releva lentement la tête et fixa Ronald Weasley d'un regard habituellement réservé à Neville après son douzième chaudron explosé de l'heure.

- Monsieur Weasley, veuillez-vous maîtriser, tonna-t-il d'une voix polaire qui figea le rouquin sur place. Mr Zabini et vous n'avez pas la moindre relation l'un avec l'autre et ce depuis aussi longtemps que vous vous connaissez. Cela vous parait extrêmement réel pour le moment mais dès que j'aurais obtenu la composition complète de la potion que vos frères ont jugé opportun de vous faire ingérer, vous éviterez de nouveau votre fol amour du jour, pour le plus grand bien de tous.

- Certainement pas ! protesta Ron, apparemment prêt à se lancer à l'assaut de Lucius s'il le fallait pour atteindre son cher Blaise.

- Minerva, ramenez-le dans le dortoir des septièmes années de Gryffondor et assurez-vous qu'il ne puisse pas sortir la nuit, je vous prie. Prenez les dispositions adéquates pour que Mr Weasley prenne ses repas seul, dans les cuisines si cela s'avère nécessaire. Mr Zabini, vous serez assez aimable pour limiter au maximum vos déplacements dans le château en attendant que ce léger souci soit réglé. Je ne tiens pas à ce que vous soyez agressé au détour d'un couloir.

Hermione quitta le bureau derrière le professeur de métamorphose qui entraînait son ami, lui promettant que s'il allait se coucher sagement, il pourrait voir Blaise autant qu'il le voudrait le lendemain. Draco et Blaise partirent également, escortés par Lucius qui proposa son aide au maître des potions pour avancer les préparations ne requérant pas les plus hautes compétences durant les heures de cours pendant lesquelles Severus serait occupé.

Assistance qui fut gracieusement acceptée d'un petit signe de tête.

- Faites aussi vite que possible avec l'antidote, Severus, s'il vous plait, pria Albus. Je crains que la situation n'empire rapidement si nous ne sommes pas en mesure de restreindre le jeune Mr Weasley. Il est hors de question de pénaliser le jeune Zabini et nous ne pouvons pas décemment placer Ronald Weasley en sommeil à l'infirmerie, le bourrer de potion calmante, ou le renvoyer chez ses parents. Il en souffrirait et sa scolarité moins qu'exemplaire également…

- Je ferai le nécessaire, Albus. Je commence l'analyse du reste de la potion dès ce soir.

*********

Appartements de Severus Rogue, laboratoire, deux heures plus tard.

Severus enrageait.

Il passait sa soirée à dépiauter une potion, qu'en tout autre temps il eut trouvé passionnante à étudier, alors qu'il pourrait être en bien meilleure compagnie !

Maintenant qu'il était parvenu à faire intégrer le lit conjugal à la pusillanime créature qui partageait sa vie, il n'avait pas l'occasion d'en profiter !!!

Il allait littéralement massacrer Fred et George Weasley dès qu'il aurait cinq minutes de répit ! Ces deux catastrophes sur pattes avaient sérieusement intérêt à lui fournir toutes les indications nécessaires à la conception d'un antidote pour avant-hier, ou il ne répondait plus de rien.

**********

Magasin Farces et Attrapes pour Sorciers Facétieux, premier étage, au même moment.

Fred sortit de la cheminée, rentrant d'un rendez-vous galant, et considéra son frère avec un certain scepticisme lorsqu'il le vit noircir des mètres entiers de parchemins d'une écriture serrée sous le regard prédateur d'un hibou sombre à la mine patibulaire qui semblait prêt à hâter son furieux scribouillage à coups de bec si nécessaire.

- Je peux savoir ce qui se passe ? demanda-t-il.

- Lis, répondit nerveusement George, lui tendant une courte note.

Décidément intrigué, son jumeau s'exécuta.

Messieurs Weasley,

J'exige par retour de hibou la composition exacte, avec la plus grande précision, de la mixture que vous avez envoyée à mon mari.

Dans le cas contraire, je déclinerais toute responsabilité quant aux éventuels accidents parfaitement infortunés qui pourraient survenir si Mr Zabini, cible des attentions de votre benjamin, décidait de prendre les choses en main.

S.R

- Merde ! C'est bien Ron, ça ! Fais lui confiance pour flasher sur un Serpentard ! Il ne pouvait pas choisir un Poufsouffle, non ?! jura Fred.

- Ah, parce que ça aurait changé quelque chose à ton avis ? douta George.

- On ne peut pas prendre le risque que Zabini trucide notre petit frère. Avec un Poufsouffle, on aurait simplement ignoré cette lettre sans crainte des représailles de nos parents, non ?

- Dis ça au hibou !!!

**********

Appartements de Severus Rogue, chambre, une heure plus tard.

Il se faisait tard et Severus n'était toujours pas sorti de son laboratoire.

Harry voulait l'attendre mais la fatigue des événements de la journée le rattrapa et il bailla à s'en décrocher la mâchoire. Quelque peu boudeur de devoir aller se coucher sans un petit câlin, il mit rapidement son pyjama et se glissa sous les draps frais.

Il lui fallut un long moment avant de parvenir à s'endormir.

**********

Severus entra péniblement dans sa chambre, moulu. Il se débarrassa en toute hâte de ses vêtements et ne prit pas le temps de procéder à ses ablutions vespérales comme il avait coutume de le faire.

Ecartant les draps pour prendre un court sommeil bien mérité, il trouva dans le lit un petit Veela roulé en boule, le visage niché dans son oreiller. Il se glissa précautionneusement à ses côtés, soulevant la tête folle de sur l'oreiller, non seulement pour pouvoir s'installer, mais également pour pouvoir la placer sur son épaule, ainsi qu'il convenait.

Harry ne se réveilla pas mais inspira longuement et se blottit dans la chaleur de son compagnon.

**********

Le lendemain, 16h, fin du cours de sortilèges des Gryffondors de septième année.

Harry ruminait.

La journée avait été affreuse. Il n'avait pas idée qu'un pékin amoureux puisse déclamer autant d'âneries à la minute ! Pour faire taire le rouquin qui l'assommait avec ses intarissables remarques sur la beauté de Blaise, l'intelligence de Blaise, la gentillesse de Blaise, ou tout autre thème tout aussi ennuyeux, il avait eu l'idée de lui faire écrire toutes ses gloseries sur parchemin. Il n'aurait pas pu ravir Ron davantage ! Le jeune homme s'était lancé dans la rédaction, aussi improbable que mauvaise, d'un poème d'une longueur proprement ahurissante.

Ne pouvant pas lui-même approcher le Serpentard avec Ron en remorque, Harry avait confié cette information à Hermione avant le déjeuner pour qu'elle prévienne le métis qu'il risquait fort de périr noyé sous une nuée de parchemins au lyrisme dégoulinant. Sa conscience apaisée, il avait déposé Ron dans les cuisines, lui promettant que Blaise viendrait le rejoindre pour qu'il reste en place, et s'était éclipsé dans la Grande Salle, soulagé de ne plus subir le babillage incessant de son ami.

Dumbledore n'aurait vraiment pas pu le punir davantage pour avoir versé cette potion dans la nourriture du rouquin. Non seulement il devait supporter le comportement de ce dernier mais il ne voyait plus Severus qui passait chaque minute disponible enfermé dans son laboratoire !

Au final, Harry était à la fois très pressé que sonne la fin du cours pour courir dans les cachots et peut-être réussir à voir un peu son compagnon, et pas enthousiaste pour deux Mornilles à l'idée de rester seul dans l'appartement vidé de son compagnon, comme cela risquait fort de se produire.

Rien que le matin même, il s'était réveillé dans un lit froid que Severus avait visiblement déserté au moins une heure auparavant…

La sonnerie le tira de ses pensées moroses et il confia Ron à Hermione alors qu'ils sortaient. Il aperçut au milieu de la foule des étudiants la haute stature de son compagnon dans le couloir devant lui, en compagnie de Lucius qu'il raccompagnait visiblement à ses quartiers, et se pressa pour les rejoindre.

**********

Fin du cours d'histoire de la magie, Gryffondor de sixième année, même moment.

Ginny sortait de la salle de classe, d'une humeur atroce. Rien ne se passait comme elle le voulait. Son frère devenait tout d'abord de plus en plus étrange, avant de sauter sur un vile serpent pour l'embrasser à pleine bouche, et elle n'avait toujours pas eu l'occasion de…

Elle s'arrêta subitement.

Voilà l'opportunité qu'elle attendait !!

Devant elle, à quelques pas à peine, marchait Severus Rogue, la plaie de son existence, devisant calmement avec Lucius Malfoy, autre nuisance.

Elle jeta un bref coup d'œil circulaire. La foule des élèves était dense, personne ne pourrait déterminer d'où le coup provenait.

Exactement ce qu'il lui fallait.

Elle leva sa baguette, un sortilège sur le bout de la langue...