Coucou tout le monde!!!
Je sais, je suis en retard (encore, oui, oui...) mais il m'a fallu emmener mon chaton chez le vétérinaire pour sa castration la semaine dernière et ça m'a retournée pendant trois jours, durant lesquels il m'a été impossible d'écrire quoi que ce soit. Cela dit, tout c'est très bien passé et il est de nouveau dans sa forme olympique de toujours, à courir et à bondir dans tous les sens!
Bonne lecture!!
Chapitre 18
Ginny visait avec soin, s'assurant de ne pas manquer sa cible par maladresse, exercice délicat lorsque l'on choisit d'agir au milieu d'une foule mouvante et oublieuse de vos desseins. Bien campée sur ses pieds, le maléfice qu'elle avait répété bien en tête, la baguette pointée pile entre les omoplates du maître des potions, elle prononça l'incantation le plus bas possible, ne voulant pas être entendue et prendre le risque qu'un abruti au grand cœur ne déniche le contre-sort dans quelque obscur opuscule de magie noire.
**********
Harry remontait héroïquement le flot d'élèves, cherchant pour la plupart à se diriger dans le sens contraire, lorsqu'il entrevit un éclair roux passer devant lui, slalomant à toute allure en direction de Severus. Un sentiment urgent de profonde angoisse le poussa à accélérer encore le pas, persuadé qu'un terrible événement se produirait s'il ne pouvait intervenir à temps.
Il vit Ginny s'arrêter à l'angle du couloir, au sein de la foule, se caler au sol comme il convenait en pleine bataille, et paniqua.
Severus était juste devant, derrière l'angle, il le savait pertinemment. Et cette sangsue levait sa baguette dans son dos !
Il ne voulait même pas savoir ce que cette plaie allait encore tenter, il ne ferait pas de quartier cette fois. Son compagnon était un territoire interdit et il allait l'expliciter pour tous sans qu'aucune ambiguïté ne soit possible !
**********
Ginny, concentrée uniquement sur son professeur de potions, ne voyait plus ce qui se passait autour d'elle. Aussi fut-elle affreusement surprise par un son sauvage, rauque et bas, qui la fit sursauter à l'instant où elle lançait le sortilège. Le mouvement involontaire de son bras, bien que minime, fut suffisant pour faire manquer son but à son maléfice qui passa entre Malfoy et Rogue, heurtant un mur qui explosa sous l'impact, ne causant heureusement aucune victime grave.
Ginny n'eut pas le temps de se retourner avant que le feulement ne se transforme en dangereux grognement, bien trop proche d'elle pour sa tranquillité. Une douleur lancinante lui transperça le dos alors qu'elle tentait d'apercevoir son assaillant, se tournant à demi dans sa chute.
**********
Lucius faisait à son ami un rapport détaillé des bases qu'il avait préparées dans la journée selon les instructions précises que Severus lui avait laissées. Il regardait droit devant lui, essayant de ne pas trébucher sur un minuscule élève de première année qui s'était jeté dans ses jambes pour se sauver la seconde suivante en glapissant comme un animal effrayé.
Il surveillait du coin de l'œil les réactions du maître des potions à son énoncé lorsqu'un sortilège d'un très joli parme fusa à quelques centimètres de la tête brune, les faisant tous deux se retourner, baguette au poing, un bouclier solidement en place.
Lucius ne dut qu'à sa proverbiale maîtrise de ses nerfs de ne pas laisser pendre sa mâchoire sous la stupéfaction. Severus, à ses côtés, n'en menait pas plus large.
**********
Harry entendit Ginny murmurer un sort qu'il ne connaissait pas et son instinct prit immédiatement le dessus.
La rouquine essayait de blesser son compagnon !!
Il n'avait pas conscience de feuler comme une panthère en colère alors qu'il franchisait à toute vitesse les derniers mètres qui le séparait encore de la menace. Il la vit sursauter mais ne s'arrêta pas pour constater les dégâts que le sort vagabond avait pu causer.
Lorsqu'il fut suffisamment près, il bondit.
**********
Severus avait réagi instantanément lorsque la lumière mauve avait frôlé sa tête. Il avait mis en place son bouclier en l'espace d'une fraction de seconde et s'était retourné en même temps que Lucius, ne prenant pas garde à l'explosion d'un pan de mur sous l'action du maléfice. Ce dont il fut ensuite le témoin le figea sur place.
Son chaton, si timoré et au tempérament si calme, venait de bondir, toutes griffes dehors sur Ginny Weasley.
Il remarqua très rapidement les changements survenus dans la physionomie du jeune Veela. Ses ongles s'étaient allongés pour mesurer environ une dizaine de centimètres et semblaient aussi durs que le marbre et effilés comme des lames de rasoirs. Les émeraudes pétillantes et un peu craintives avaient pris un éclat métallique et presque cruel, qui n'était pas sans rappeler la teinte inhospitalière d'un Avada Kedavra.
La fille Weasley s'écroula sur le sol, renversée par le Veela furieux et la foule des élèves qui regagnaient leurs salles communes ou la bibliothèque après le dernier cours de l'après-midi se fendit autour du couple bataillant. Même les enfants de moldus avaient eu amplement le temps, depuis la rentrée, de se renseigner sur les créatures magiques si fascinantes qui hantaient les corridors du château et tous restèrent à distance respectueuse d'un Harry furibond et déchaîné, sa magie pulsant méchamment autour de lui.
Il grondait et crachait comme un félin en colère, les doigts repliés en serres dangereuses, griffant sauvagement, cherchant à atteindre le visage de Ginny qui se protégeait de son mieux, les bras croisés devant sa tête. La jeune fille se débattait tant qu'elle pouvait mais les ongles acérés ne semblaient pas vouloir cesser de lacérer sa chair. La rouquine protestait, déclarant avec force entre deux cris de douleur qu'elle faisait ça pour Harry, pour eux, pour qu'ils soient heureux ensemble, loin de Rogue qui ne faisait que les séparer injustement et œuvrer à leur malheur.
Ses mots, bien loin de calmer l'impétueuse créature ainsi qu'elle l'avait espéré, eurent l'effet non planifié de rendre Harry, si la chose est possible, encore plus irascible. Une sorte de son grave et éraillé sortit de sa gorge alors qu'il dégageait ses griffes des bras de sa victime. Il parvint à tromper sa garde, la giflant violemment, laissant sur son passage de longues traînées sanguinolentes. Son regard ardent, vissé sur Ginny, signifiait clairement à la rouquine de ravaler ses paroles avant qu'il ne s'énerve davantage alors qu'il s'acharnait sur elle, incapable de s'arrêter et n'en ayant par ailleurs nullement le désir. Elle ne menacerait plus jamais son compagnon…
Cette marque de profond mépris choqua Ginny plus encore que les coups qu'elle recevait et elle se tut, ahurie, incapable de se battre, la même rengaine tournant sans répit dans sa tête.
Il me hait… Il me hait… Il me hait…
Lucius, revenu de sa surprise, se glissa près de Severus et lui murmura doucement à l'oreille pour ne pas que les étudiants l'entendent. Il avait une réputation à maintenir après tout.
- Severus, tu devrais aller calmer ton mari. Vu son état, il n'écoutera que toi. Il n'entendra personne d'autre et nul n'est suffisamment fou pour se mettre sur son chemin. Mais reste prudent… Un Veela qui reprend ses caractéristiques primales est très dangereux, même pour sa famille.
La remarque de son ami tira Severus de sa transe.
Il serait en effet de bon ton d'empêcher le jeune homme de littéralement massacrer Miss Weasley. Il ne voulait pas que son chaton se sente coupable d'un meurtre une fois revenu à lui – un seul était bien suffisant à porter sur ses frêles épaules – mais il devait avouer que la transformation que le comportement du garçon avait subie était frappante et très intrigante…
**********
Hermione traînait comme elle pouvait Ron derrière elle pour regagner la Tour Gryffondor. Elle n'avait que peu de temps devant elle avant sa leçon de danse de la soirée, dans l'appartement des Malfoy, et ne voulait pas arriver en retard. Bien qu'étant au courant de la situation, Narcissa la morigénerait certainement, arguant qu'une jeune fille bien élevée était toujours à l'heure quelles que soient les circonstances. A l'exception des rendez-vous galants, bien sûr, auxquels il était opportun d'arriver avec un retard modéré mais convenable…
Elle peinait à tirer le grand roux dans la direction adéquate lorsqu'une violente commotion se fit entendre à l'autre extrémité du corridor qu'ils venaient de quitter. Prenant son rôle de préfète très au sérieux, la Gryffondor lâcha son ami et se rua en direction du bruit auquel un silence étrangement pesant avait succédé, entrecoupé par des cris qu'elle ne parvenait à comprendre.
Elle déboula comme une furie au milieu de l'attroupement qui entourait les combattants, inquiète de voir le méli-mélo au sol et un pan de mur écroulé. Une trouée se forma spontanément entre elle et les silhouettes luttant sur la pierre lorsque son statut fut remarqué par les élèves les plus proches. Elle s'avança et stoppa, pétrifiée, à la vue d'un Harry giflant à la volée une Ginny Weasley couverte de sang, laissant de profondes entailles sur son visage.
Elle aperçut à la périphérie de son champ de vision une masse noire mouvante et releva lentement la tête, tétanisée, se faisant mentalement la réflexion que Ron n'avait décidément aucun sens de l'à-propos.
- Hermione ? Puisqu'elle a l'air de bien s'amuser avec Harry, tu crois que je peux demander à Ginny où est Blaise ??
**********
Ron avait hâte de revoir son petit Serpentard adoré. Harry lui avait promis qu'Hermione allait le conduire auprès de lui et qu'il pourrait lui délivrer son poème. Il espérait bien pouvoir le lui déclamer mais étrangement, Harry semblait croire que cela serait une mauvaise idée. Comme si son Blaisichou pouvait ne pas aimer ! Fi !
Il ne comprit pas pourquoi Hermione partit tout à coup en courant dans la direction de laquelle ils venaient. Peut-être que Blaise arrivait derrière eux ? Oui, c'était sûrement ça !
Il s'élança à la suite de la préfète, un peu surpris de voir un rassemblement autour d'Harry et de Ginny. Sa sœur le regardait bizarrement depuis la veille et ne lui parlait plus du tout. Ron avait la désagréable sensation qu'elle était jalouse et qu'elle voulait lui voler son cher Blaise. Mais si elle jouait avec Harry, alors tout allait bien !!
Peut-être accepterait-elle de l'aider avec Blaise dans ce cas ?
**********
Severus s'avançait assez nerveusement vers la forme ramassée et sauvage de son chaton. Il n'était pas très sûr d'avoir envie de s'approcher davantage mais il ne pouvait pas décemment laisser une élève être dépecée dans le couloir. Quelles que soient la légalité de cet acte et l'envie qu'il avait de le voir se réaliser, cela ferait désordre et demanderait le remplissage exhaustif et ennuyeux de piles entières de rapports administratifs divers.
La difficulté était qu'il ne savait guère comment prendre la créature fulminante et agressive qui se trouvait devant lui. Ajoutez à cela la présence absolument non requise d'une bonne partie de la population estudiantine de Poudlard, et vous aurez un maître des potions au visage figé pour dissimuler son incertitude. Il ne pouvait tout de même pas câliner son mari d'une voix veloutée et envoûtante devant autant de témoins !!
Il avait sa fierté !
Lucius, qui, Salazar soit loué, le connaissait parfaitement, avait entrepris de disperser les élèves, secouant Hermione de sa torpeur dans la foulée afin qu'elle lui prête main forte, sans quitter pour autant Ron du regard. Il ne fallait pas que le rouquin décide d'aller importuner sa sœur dans la circonstance présente. Non pas que quiconque en eut quelque chose à faire en cet instant, mais Harry pourrait percevoir cela comme une tentative weasleyenne de l'empêcher de perpétrer sa vengeance et les conséquences pourraient en être désastreuses.
La masse des élèves quittait au compte-goutte le corridor, frustrée de ne pouvoir profiter davantage du spectacle, mais absolument pas prête à remettre en cause une décision de Lucius Malfoy, Mangemort reconnu, tandis que Severus poursuivait prudemment son approche. Il s'arrêta à quelques pas de son chaton.
- Harry ?
**********
- Harry ?
La voix douce mais un peu incertaine de son compagnon déchira partiellement le voile brumeux qui s'était abattu sur l'esprit rationnel d'Harry et il se figea lentement, tournant la tête vers Severus, tentant vaillamment de comprendre ce qu'il voulait.
- Harry, s'il te plait, lâche-la, demanda-t-il.
Un grondement sourd lui fit immédiatement changer son fusil d'épaule. Soumis à son compagnon ou non, le jeune Veela n'avait clairement pas le moins du monde l'intention de s'en laisser compter. La seule chance que le maître des potions avait de lui faire lâcher prise était de réveiller sa conscience.
- Elle mérite largement tout cela et plus encore, chaton, reprit-il d'une voix caressante. Tu as parfaitement le droit de vouloir te débarrasser définitivement d'elle et je ne t'en empêcherai pas, pas plus que quiconque… Mais si tu la tues, je sais que tu t'en voudras.
Cela sembla réveiller une étincelle de reconnaissance quelque part en Harry, son regard perdant quelque peu cette dureté métallique de mauvais augure.
- Je ne veux pas que tu passes des années rongé par le remord. Personne ne te fera de reproche évidemment puisque tu ne faisais que protéger ta famille, mais tu te sentiras coupable, cela ne fait pas le moindre doute. Tu n'es pas un assassin…
Ce furent certainement bien plus la voix de Severus, dans laquelle transperçait volontairement une légère inquiétude, alliée au regard pénétrant qu'il posait sur Harry qui firent revenir une lueur de bon sens dans son cerveau, plutôt que les mots eux-mêmes. Ayant noté que, lorsque le jeune homme recherchait du réconfort ou avait besoin de se calmer, ce dernier venait respirer dans son cou, Severus s'approcha encore un peu, espérant que son odeur serait perceptible pour le Veela et aiderait à l'apaiser suffisamment pour qu'il quitte la silhouette prostrée et immobile de Ginny Weasley. Son parfum particulier calma en effet son Veela mais pas de la façon escomptée.
Dès qu'Harry perçut l'arôme de son compagnon, sa colère disparut, remplacée par le besoin urgent et primitif de renforcer le lien mis à mal. Une fois de plus, il ne réfléchit pas et agit uniquement à l'instinct, se levant brusquement, Ginny totalement oubliée pour le moment. Il combla rapidement la faible distance le séparant de Severus et referma des doigts dangereusement griffus sur la robe noire de son mari, la déchirant par endroits. Harry tira fermement mais gentiment sur le tissu rêche, forçant Severus à se pencher légèrement et embrassa le maître des potions stupéfait.
Il aspira vivement la lèvre inférieure du professeur entre les siennes et, profitant du cri inarticulé de surprise de celui-ci, glissa sa langue dans la caverne accueillante qui abritait sa jumelle. Le baiser d'Harry fut aussi bref qu'étonnamment dominateur et laissa Severus sans souffle lorsque son chaton le rompit en grondant :
- Mien !
Sans desserrer les doigts, Harry se retourna dans la direction des cachots, tirant un Severus passablement tourneboulé derrière lui.
**********
Lucius haussa un sourcil amusé devant le regard hagard de son ami qui suivait machinalement son Veela. Il était rare qu'un mâle docile prenne ainsi le contrôle des événements et cela ne se produisait généralement que lorsque celui-ci sentait un fossé se creuser entre lui et son compagnon. Bien que les deux hommes aient commencé à se rapprocher, Lucius savait que tout n'était pas réglé et le problème Weasley n'avait fait que venir compliquer les choses en dérobant au maître des potions son si précieux temps auprès de son jeune époux.
On ne risque pas de les revoir avant demain matin, au plus tôt…
Quand le couple eut tourné l'angle du corridor, Lucius se recentra sur les difficultés présentes, empêchant le jeune Weasley de toucher sa sœur en premier lieu.
- Miss Granger ? Auriez-vous l'extrême amabilité d'emmener Mr Weasley avec vous et de prévenir le directeur de tout ceci ? Je vais, pour ma part, accompagner Miss Weasley à l'infirmerie puisque je ne puis la laisser se vider de son sang dans un couloir... Après tout, l'ignominie de son comportement et l'ineptie de ses actions ne doivent nullement l'empêcher d'assister au meilleur de sa forme à l'interrogatoire des Aurors et au déshonneur d'un procès, n'est-ce pas ?
Hermione considéra son futur beau-père avec l'air un peu effaré de l'étudiante subitement victime d'un blanc en pleine soutenance. Elle prit mécaniquement Ron par la main et se retira, laissant Ginny avec Lucius qui plaça promptement un sortilège de lévitation sur le corps tremblotant et partit à son tour, vers le fief de Madame Pomfrey, interpellant une jeune Poufsouffle de première année un peu sonnée, qui avait été la seule à recevoir un éclat de pierre en provenance du mur pulvérisé, afin qu'elle le suive.
**********
Bureau du directeur, quelques minutes plus tard.
Albus Dumbledore suçotait pensivement un bonbon au citron, hésitant sur la marche à suivre. L'irruption subite d'une Hermione échevelée et balbutiante, cramponnée à Ronald Weasley comme si sa vie en dépendait, l'avait quelque peu surpris. Il lui avait fallu un certain temps pour mettre dans un ordre cohérent les paroles décousues de la jeune Gryffondor, constamment interrompue par les questions redondantes d'un rouquin insistant qui ignorait totalement tout ce qui n'était pas Blaise Zabini.
Maintenant la grande question qui se posait était de savoir s'il prévenait directement le ministre ou bien s'il suivait la procédure et contactait le bureau des Aurors. L'idée même de cajoler Scrimgeour fit tanguer fort désagréablement son estomac et il opta pour les Aurors, ne serait-ce que pour préserver son appétit. Il espérait seulement ne pas tomber sur Sirius. Le comportement de l'ancien Maraudeur était tellement imprévisible parfois… Peut-être devrait-il attendre un peu avant d'appeler Arthur… Oui, oui, les Aurors en premier lieu.
Le vénérable directeur de Poudlard se leva avec quelques difficultés, son dos commençant à sérieusement envisager de déposer un piquet de grève contre le travail au-delà de 120 ans, et jeta une bonne poignée de poudre de cheminette dans l'âtre crépitant.
- Bureau des Aurors, Ministère de la Magie ! annonça-t-il clairement.
- Albus ? Que se passe-t-il ?? Harry a eu un problème ?? Il est blessé ?? Mais dites quelque chose, enfin !! s'énerva Sirius, voyant qu'il n'obtenait de réponse à aucune de ses questions.
- Harry va très bien, Sirius. Mais il s'est produit un incident qui nécessite la présence des Aurors dans l'enceinte de l'école. Pourriez-vous venir, je vous prie ?
- Je vais chercher Tonks et j'arrive !
L'animagus disparut brièvement de la cheminée avant de reparaître en tirant la jeune métamorphomage derrière lui. Il la poussa presque dans un fauteuil et attaqua immédiatement le vieux sorcier.
- Alors ?!? Allez-vous me dire ce qui s'est passé à la fin ??
- Siri, tu… tenta Tonks, sans aucun succès.
- Asseyez-vous, Sirius, je vous en prie. Laissez à un vieil homme le temps d'en venir au fait de la manière qui lui convient… Un petit thé, peut-être ? Non ? Miss Tonks ? Non plus ? Ne laissez pas Sirius vous faire peur, si vous en voulez une tasse… Non, vraiment ? Bien, bien....
- Albus, venez en au fait, pour l'amour des Fondateurs !! s'exclama Sirius au bord de l'explosion.
- Si vous insistez à ce point, je serais bref… ronchonna le directeur en haussant les épaules. Il semblerait que Miss Weasley ait eu l'idée malvenue d'intervenir à nouveau dans la vie privée du jeune Harry, avec des conséquences… plus ennuyeuses que précédemment.
- QUOI ??????? Je m'en vais te la massacrer celle-là… ragea l'homme qui s'était déjà pratiquement éclipsé du bureau.
- Hééééé !!!! Pars pas sans moi !!
Tonks courut derrière son cousin alors qu'il descendait vivement les escaliers tournants. Dumbledore suivit plus posément et rattrapa sans peine les deux Aurors, qui attendaient de savoir où se diriger au bas des marches, et leur indiqua gentiment que la demoiselle se trouvait à l'infirmerie, où Lucius l'avait emmenée.
**********
Infirmerie de Poudlard.
Lucius ouvrit les doubles portes avec une grâce que peu auraient réussi à produire dans un mouvement si banal, et entra. Madame Pomfrey refaisait un lit, probablement après le départ d'un élève malade, lorsqu'elle vit l'aristocrate fouler le sol de son domaine, suivi par une forme indéterminée qui saignait sur son carrelage immaculé et une petite Poufsouffle terrorisée de se trouver en présence d'un Serpentard de si grande réputation.
- Lord Malfoy ? Que faites-vous donc là à salir mon infirmerie ? demanda-t-elle un brin fraîchement.
- Je vous amène une patiente, répondit simplement Lucius sans s'offusquer. Et une jeune fille qui a reçu un éclat de pierre.
La sévère infirmière avait toujours été un peu brusque et cela l'amusait plus qu'autre chose. A sa manière un peu frustre, elle prenait grand soin de tout être placé sous sa garde, indifférente à leurs allégeances, et était digne de confiance. Une denrée fort rare dans le monde de Lucius. Poppy considéra brièvement la jeune première année et lui donna une fiole de potion à prendre pour se débarrasser de la contusion, avant de la pousser dehors manu militari. Pendant ce temps, Lucius fit léviter Ginny Weasley vers le lit le plus proche et l'y déposa alors que la sorcière commençait déjà à s'activer, rassemblant potions et linge.
- Que lui est-il arrivé ? s'enquit l'infirmière en s'emparant de sa baguette pour lancer un sort de diagnostic.
- Miss Weasley a contrarié un Veela une fois de trop.
- Je vous demande pardon ? s'exclama Madame Pomfrey, estomaquée, la baguette levée mais oubliée.
- Miss Weasley, ici présente, a lancé un sort, qui m'est inconnu, en direction de Severus. Malheureusement pour elle, le jeune Harry se trouvait dans les parages et n'a pas pris avec humour cette tentative.
- Oh…
Bien que courroucée du culot inconscient de cette gosse et intérieurement ravie qu'elle ait été punie ainsi qu'il convenait par celui qu'elle avait offensé, Poppy fit sérieusement son travail, enduisant la jeune fille de potions diverses et agitant sa baguette en tout sens au dessus du corps prostré aux yeux bruns grands ouverts et fixes. Elle fronça les sourcils devant ce regard vide mais estima que la jeune fille était simplement choquée et qu'une potion ferait passer cet état en un tour de main.
- Miss Weasley, vous ne souffrez que de lacérations plus ou moins profondes, ce n'est pas très grave. Etant donné qu'elles n'ont pas été infligées magiquement, il vous faudra cependant vous armer de patience avant qu'elles ne se referment. Un sort de guérison serait inefficace contre des griffures de Veela. Il est possible que vous en gardiez des traces cela dit… les baumes régénératifs standards contre les coupures ne préviennent malheureusement pas la formation de cicatrices.
Stupéfaite par l'absence complète de réaction de la jeune fille qui ne semblait pas se préoccuper de conserver des marques sur le visage, Madame Pomfrey lui fit immédiatement avaler une potion calmante qui, bien qu'utilisée plus fréquemment pour apaiser les nerfs, servait également à sortir quelqu'un d'état de choc lorsqu'elle était fortement dosée. Elle laissa à la potion quelques secondes pour agir.
- Miss Weasley ? Miss Weasley ?? appela Poppy en lui tapotant le genou, dans l'espoir d'arracher une manifestation quelconque de la part de la rousse.
Mais rien à faire.
Madame Pomfrey se retournait vers Lucius pour obtenir des informations complémentaires sur les événements lorsque les portes de l'infirmerie s'ouvrirent à la volée, claquant violemment contre les murs sous la poigne virulente de Sirius Black.
- Où est cette peste incarnée que je la trucide ?! rugit-il, furieux.
- Albus ? s'enquit calmement l'infirmière qui n'avait pas reculé d'un pas et maintenait sa position entre sa patiente et l'animagus enragé.
- Au vu des circonstances, j'ai bien évidemment convoqué les Aurors, Poppy. Il me semble que ce cher Sirius était de garde aujourd'hui.
- Alors qu'il observe la bienséance que ces lieux requièrent ! râla la formidable sorcière qui défendait son infirmerie comme une femelle dragon protège son nid.
- Elle a voulu séparer mon fils de son compagnon !!!! Ça aurait pu le tuer !!
- Je sais, Lord Black, je sais. Il n'en reste pas moins qu'un volume non agressif pour les tympans est souhaitable dans un lieu de repos et de soins tel que celui-ci. Nous devrions passer dans mon bureau. La demoiselle n'ira nulle part, il est fort probable qu'elle soit catatonique, ajouta-t-elle en sentant une forte envie de protester menacer de s'exprimer chez Sirius.
Lucius allait prendre congé lorsqu'il fut rappelé péremptoirement par le cousin de sa femme qui insista pour prendre sa déposition le plus tôt possible. Il n'eut donc d'autre choix que de gracier l'humble bureau de Poppy de son auguste personne, malgré tout l'ennui qu'il en éprouvait.
- Rapport médical pour le procès je suppose ? demanda Pomfrey lorsque tous furent assis, un peu tassés dans la pièce de taille réduite.
- En effet. Harry l'a apparemment épargnée, mais cela n'empêchera pas le Magenmagot de l'envoyer à Azkaban pour le restant de ses jours, répondit Tonks.
- Il sera impossible de l'y envoyer au vu de son état actuel, déclara l'infirmière en hochant la tête. Physiquement, elle n'a pas grand-chose. Elle a perdu une quantité raisonnable de sang et c'est impressionnant, mais il ne s'agit que de coupures, profondes certes pour certaines, mais pas du tout incurables. Elles sont localisées sur le visage, les épaules, les bras, les avant-bras, le torse et le dos. Une application répétée de baume anti-coupures et il n'y paraîtra presque plus. Elle gardera sûrement les cicatrices cela dit. Il faudrait une potion différente, beaucoup plus rare, difficile à préparer et donc extrêmement chère, pour éventuellement réduire la scarification mais je ne suis pas persuadée que Severus la fournirait…
- Aucune chance, intervint Lucius d'un ton blasé.
- La famille Weasley n'est pas riche, je doute qu'elle puisse la commander à un Maître des Potions suffisamment qualifié pour la brasser et cette concoction ne fait pas partie du stock habituel des hôpitaux… musa Poppy. Quoi qu'il en soit, outre ses blessures, Miss Weasley me parait anormalement peu réactive. Elle devra consulter un spécialiste à Ste Mangouste avant toute incarcération. Je ne suis pas psychomage mais j'ai l'impression que le fait que le jeune Mr Potter l'ait attaquée l'a grandement perturbée psychologiquement. Elle ne semble pas avoir conscience de la réalité en ce moment. Il ne s'agit peut-être que d'un état de choc particulièrement intense mais, puisqu'elle ne répond pas au traitement, j'avoue avoir des doutes.
- Vous voulez dire qu'à l'heure actuelle, je ne peux même pas l'emmener en détention au Ministère en attente de son jugement ? s'exclama Sirius.
- Non, c'est impossible. Il est impératif qu'elle soit examinée par un médicomage qualifié avant cela. J'ignore si son état est soignable, temporaire, définitif ou encore artistiquement simulé…
- J'ai beau voir le mal partout, débuta Lucius, je peux vous assurez que si elle simule, elle est une actrice de grande classe. Elle a cessé de se débattre contre Harry lorsqu'il l'a giflée. Elle s'est ensuite contentée d'encaisser sans plus protester.
- Un récit plus complet des événements serait bienvenu cher cousin… demanda Tonks en prenant sa plume, charmée pour ne pourvoir écrire que les mots qui seraient prononcés, à l'exclusion de tout autre, ce qui permettait d'empêcher toute falsification. Elle la plaça au dessus d'un parchemin et attendit que l'aristocrate se décide.
- Ma foi, s'il le faut dès à présent… J'ai passé l'après-midi dans le laboratoire de Severus pour préparer les bases qu'il m'avait indiqué…
- Pourquoi ? s'enquit Sirius, le rôle d'interrogateur lui revenant puisque Tonks se chargeait de consigner l'entretien.
- Parce qu'Harry a fait boire hier à son ami Ronald Weasley un philtre d'amour dont il ne connaissait rien. La potion a été fabriquée par les jumeaux Weasley et devrait théoriquement durer quinze jours, ce qui pose les soucis d'organisation que vous imaginez certainement. J'ai proposé mon aide à un ami afin de l'avancer dans les tâches ingrates, ce qui m'a amené dans son laboratoire. J'ai donc attendu Severus à la fin de son dernier cours et l'ai invité à prendre le thé dans mes appartements pour le mettre au courant de mes préparatifs. Nous en discutions justement dans le couloir du troisième étage, au milieu des élèves qui quittaient leurs salles de cours, lorsqu'un sortilège mauve qui m'est totalement inconnu est passé entre nous. Le temps de nous retourner et Harry avait assailli Miss Weasley qui clamait haut et fort faire tout cela pour Harry et elle. Je crois que la goutte d'eau pour Harry a été lorsqu'elle a mentionné le fait que Severus œuvrait soi-disant à son malheur. Il l'a giflé à la volée et je crois que cela l'a marquée plus que tout le reste puisqu'elle n'a plus bougé.
- Et Harry s'est simplement arrêté ? s'étonna Sirius qui connaissait bien son fils et l'impétuosité légendaire des Veelas quand un individu s'approchait de trop près de leur famille, même avec les meilleures intentions du monde.
- Non, bien sûr. Severus a du le convaincre de ne pas tuer cette gourgandine. Il a fini par la lâcher pour se jeter sur Severus et il l'a entraîné dans les cachots. Enfin, je présume. J'avoue ne pas avoir pris le temps de vérifier la véracité de cette affirmation. J'ai ensuite dépêché Miss Granger, qui était arrivée au cours de l'affrontement, dans le bureau du directeur afin que celui-ci puisse prendre les mesures appropriées, et j'ai lévité Miss Weasley jusqu'ici pour qu'elle puisse assister à son procès dans les meilleures conditions. Je n'ai rien de plus à ajouter.
- Bien. Il faut que nous ayons une copie du dossier médical de Miss Weasley, que nous allons emmener à Ste Mangouste, après avoir parlé à Harry et à Rogue. La déposition d'Hermione peut attendre puisqu'elle n'a pas pu en voir davantage que Malfoy – laissons-la se reposer un peu – mais elle sera prise demain au plus tard, déclara Sirius.
- Bien sûr, bien sûr, s'afféra Poppy, dupliquant les parchemins comportant les résultats des diagnostics effectués sur Ginny un peu auparavant.
- Je crains fort que vous ne puissiez voir Harry ou Severus aujourd'hui, se désola Lucius en dissimulant un sourire.
- Et pour quelle raison ? s'insurgea Tonks.
- Et bien, le lien a du être relativement stressé par la tentative avortée de Miss Weasley pour se débarrasser de Severus, reprit Lucius d'un ton docte. Je ne sais si vous en avez conscience, mais leur lien ne peut se permettre une telle tension, il est trop fragile. Leurs problèmes personnels ne sont probablement pas tous résolus et cela n'aide pas à la stabilité, surtout avec le temps que Severus a passé dans son laboratoire hier, à cause d'Harry et de son insouciance certes, mais tout de même. Croyez-moi, il est exceptionnel qu'un Veela soumis prenne ainsi les devants et saute pratiquement sur son compagnon, en public qui plus est. Ils seront très certainement fort occupés jusqu'à demain. Je pense que, d'ici là, le lien devrait être suffisamment apaisé pour qu'Harry laisse Severus sortir de son champ de vision. Je vous conseille de patienter si vous ne voulez pas vous retrouver à la place de Miss Weasley.
Sirius baissa la tête, embarrassé et cramoisi. S'il y avait bien une chose dont il ne voulait pas entendre parler, il s'agissait bien de la vie sexuelle de son fils. Évidemment, il serait ravi que tout aille pour le mieux sur ce plan entre lui et son compagnon, mais il ne tenait pas aux détails, Merlin merci !
Tonks mit un certain temps à comprendre ce dont Lucius parlait et rougit terriblement lorsqu'elle eut saisi, mal à l'aise sur ce sujet. Il faut dire qu'elle n'avait jamais été particulièrement portée sur le flirt ou toute autre activité du même domaine… Le seul homme qui lui avait plu, vraiment plu, était Rémus et il n'avait jamais prêté attention à ses tentatives maladroites pour attirer son regard. Il avait même épousé Sirius dès la fin de la guerre ! De quoi déprimer et vous dégoûter des romances pour quelque temps !
- Je présume que vous reviendrez demain pour parler avec tout ce petit monde, mon cher ? demanda Albus.
- Bien entendu, marmonna l'animagus sans relever la tête. Poppy, la prisonnière est-elle transportable ?
- Oh oui, bien sûr.
- Très bien ! s'exclama le directeur, absolument pas perturbé par tout cela.
Harry était en bonne santé, en train d'améliorer Merlin seul sait comment sa relation avec Severus, tout allait bien !
Enfin presque…
Albus prit un bonbon dans sa poche et le glissa discrètement dans sa bouche, sans que Poppy ne le remarque puisqu'elle avait quitté le bureau pour préparer sa patiente.
Heureusement !
Elle le rendait fou avec ses sermons sur l'obésité et le diabète. Comme s'il était concerné !
- Je vais aller prévenir Arthur de la situation, déclara-t-il avant de s'éclipser de l'infirmerie.
- Ben ça s'arrange pas… souffla Sirius d'un ton résigné.
- En effet, confirma Lucius. Je préviendrai Miss Granger qu'elle doit s'attendre à votre visite demain.
- Et en quel honneur ? s'enquit froidement Sirius. Il savait parfaitement qu'Hermione était l'une des meilleurs amis d'Harry et qu'elle professait envers la famille Malfoy une méfiance bien naturelle. La raison pour laquelle Lucius s'estimait suffisamment proche pour prévenir la jeune fille restait obscure à ses yeux.
- Mais parce qu'elle doit être en ce moment même dans les appartements que ma famille occupe, en pleine leçon de danse.
Considérant brièvement l'air de strangulot noyé qu'arborait le cousin de sa compagne, il décida d'expliciter.
- Dois-je en déduire que vous ignorez le fait qu'elle va épouser mon fils ? Il est vrai que je n'ai pas encore annoncé les fiançailles…
Avec un petit geste négligent de la main, Lucius découragea toute question et quitta les lieux. Sirius se promit de sérieusement cuisiner Harry le lendemain. Pourquoi ne le tenait-il donc pas au courant ? La manie qu'avaient les gens de toujours tout garder pour eux, vraiment… Soupirant, Sirius alla prendre livraison de sa prisonnière dans la pièce contiguë et envoya Tonks faire le rapport au Ministère tandis qu'il se rendait à Ste Mangouste.
**********
Appartements provisoires de Lucius et Narcissa Malfoy.
Narcissa était assise dans un fauteuil, le dos raide, les yeux étrécis. Elle n'appréciait nullement que la jeune Gryffondor ait autant de retard. Par égard pour les circonstances, elle eut été prête à laisser passer cinq à dix minutes de délai. Elle reconnaissait qu'il n'était pas toujours simple de gérer un individu envoûté par un philtre d'amour et pouvait comprendre qu'Hermione éprouve des difficultés à se faire convenablement obéir.
Mais là ! Elle dépassait les bornes !
Il y avait pratiquement vingt minutes que Narcissa l'attendait, le professeur de danse papotant gentiment à ses côtés, bien qu'elle ne l'écouta point. Draco, installé à la table du salon, buvait une tasse de thé en faisant ses devoirs et tentait de son mieux de ne pas se tortiller sous l'énervement, puisqu'il n'était pas seul avec sa mère, mais une vague inquiétude montait doucement dans son esprit. Hermione Granger n'était jamais en retard à aucun cours, aussi barbant soit-il. Il avait forcément dû se passer quelque chose pour la retarder à ce point et, connaissant l'Infernal Trio des Gryffondors, cela ne devait pas être inoffensif.
Lorsque Hermione poussa la porte, ce fut immédiatement après avoir frappé, sans laisser le temps à Narcissa de l'autoriser à entrer. La tornade bouclée à la chevelure hirsute et hors d'haleine qui soufflait comme un phoque après un marathon s'introduisant ainsi sans cérémonie dans son salon fit exploser Narcissa.
- Un peu de tenue, Miss Granger, s'écria-t-elle d'un ton royal. On n'entre pas chez les gens en coup de vent, sans même avoir la courtoisie d'y être préalablement invité. D'autant plus lorsque l'on est porteur d'un retard inqualifiable !
- Ec… Ii… Ahh…
- Articulez donc au lieu de brasser de l'air comme un soufflet de forge ! Veuillez excuser, Mr Khatak, le manque de savoir-vivre de cette demoiselle.
Fidèle à la tradition malfoyenne, Narcissa se confondait poliment en excuses parfaitement convenues et absolument fallacieuses pour le compte d'Hermione devant le petit sorcier chauve et rondouillard, choqué de l'apparition soudaine de son élève dans un état pitoyable. Un Malfoy ne s'excusait jamais pour lui-même et seulement avec dédain lorsqu'il se devait de le faire pour un tiers. Étrangement personne ne semblait jamais s'en apercevoir.
Elle a tout intérêt à avoir un motif des plus incontestables… Je déteste m'excuser !
La Gryffondor parvint à reprendre sa respiration et, encore toute rouge d'avoir couru, s'expliqua d'une voix entrecoupée :
- Je suis profondément désolée de vous avoir fait patienter mais il n'était vraiment pas de mon ressort de me présenter plus tôt. Ginny a attaqué le professeur Rogue dans le couloir. Harry était là et il a assailli Ginny. J'ai dû aller prévenir le directeur et ramener Ron dans la Tour Gryffondor, pendant que Lord Malfoy emmenait Ginny à l'infirmerie, avant de pouvoir venir.
Elle était parvenue à se rappeler de n'appeler Lucius que par son titre en présence d'un étranger à la famille et n'en était pas peu fière. Cette règle comportait une liste d'exceptions longue comme le bras et elle s'emmêlait toujours avec les subtiles distinctions que les Malfoy voyaient en chaque individu. Elle trouvait particulièrement complexe de ne pas faire l'amalgame entre un parfait étranger, un étranger respectable et une vague connaissance… Pour elle, il n'y avait pas lieu de changer sa façon de s'exprimer pour si peu.
Réussir à observer une infime variation du code de conduite en ces circonstances lui prouvait qu'elle n'était pas si inepte qu'elle ne le craignait à l'application de tout ce décorum, et qu'elle ne perdait pas son temps. Entre la violente réaction d'Harry aux bêtises criminelles de Ginny et l'absence totale d'intérêt que Ron avait porté à tout cela, il était miraculeux qu'elle ait encore pu connecter deux neurones dans un but autre que répéter en boucle dans sa tête 'Oh mon dieu !!'. Elle s'inquiétait beaucoup de la façon dont le rouquin prendrait les choses lorsque l'action du philtre qui obnubilait son cerveau se serait dissipée. Il s'était toujours montré très protecteur envers sa petite sœur et n'appréciait guère la relation qu'entretenait Harry avec leur professeur de potions.
L'exclamation parfaitement maîtrisée de sa future belle-mère la sortit de ses réflexions.
- Salazar tout puissant ! blanchit Narcissa. Voilà ce qui s'appelle effectivement un cas de force majeure. Et moi qui m'emportais sottement ! Elle pourrait être blessée… Et Severus ? Merlin !! Prenez donc une tasse de thé, ma chère, ordonna-t-elle en poussant la jeune femme vers la table de laquelle Draco la regardait les yeux inquiets. Mr Kathar, je crains qu'il ne faille reporter. Miss Granger n'est visiblement pas en état de profiter de sa leçon et le professeur Rogue est un ami de la famille, aussi comprendrez-vous que…
- Mais bien entendu, chère Madame, répondit obséquieusement le professeur de danse en présentant ses respects d'une courbette profonde et alambiquée qu'il avait sans doute moins de mal à exécuter quelques années auparavant, lorsque sa taille ne s'était pas encore étoffée. Je reviendrais demain. Nous pourrons faire une séance un peu plus longue afin que la jeune demoiselle ne perde pas le bénéfice de son apprentissage.
- A votre guise, acquiesça la blonde en poussant élégamment son visiteur vers la sortie.
Elle revient dans le salon aussi vite que le code de conduite des Malfoy le lui permettait – soit en marchant à longues enjambées pressées – et vint se placer juste à côté d'Hermione. Elle fit rapidement courir ses mains sur le visage, le cou et les bras de la jeune femme qui la considérait, stupéfiée, bouche bée.
- Vous n'êtes pas blessée ? Une crise de rage d'un Veela est très dangereuse, même pour les simples spectateurs, murmura Narcissa en continuant son investigation. Ils ont tendance à n'attaquer que physiquement mais parfois ils émettent une vague de magie incontrôlée qui peut être vraiment désastreuse…
- N… non. Je vais bien, bafouilla Hermione. Elle n'aurait jamais pris Narcissa Malfoy pour une femme maternelle, malgré le fait qu'elle avait été témoin de sa vie familiale ces derniers jours, et cet élan spontané la surprit énormément.
- Je me dois de vous présenter mes regrets sincères quant à la manière dont je vous ai accueillie, poursuivit Narcissa, un peu gênée. Loin de moi était l'idée qu'un tel événement ait pu se produire… Je sais que vous ne goûtez guère la danse et m'étais imaginée…
- Non, vraiment ! s'exclama Hermione, avant de reprendre d'un ton plus calme. Certes, je n'apprécie pas tellement la danse mais ce n'est pas pour cela que j'arriverais en retard. Même la divination n'a pas réussi à me faire oublier la ponctualité.
- Ce n'est pas que je veuille interrompre ces torrents de touchantes excuses mais, comment va mon parrain ? coupa Draco, toujours inquiet, bien que plus calme. Il avait remarqué au premier coup d'œil qu'Hermione n'avait rien mais il ne pouvait en dire autant de Severus.
- Oh ! Très bien, je crois, lui rétorqua Hermione. Il n'avait rien lorsque Harry l'a entraîné…
- Prenez donc une brioche, Miss Granger, déclara Narcissa, détournant efficacement la conversation. Reprendras-tu du thé, Draco ? Tippy !! Encore une théière, merci.
Il ne manquerait plus que l'action brusque d'un Veela docile ne donne des idées à Draco, qui n'avait déjà pas les mêmes scrupules… Il ne serait pas des plus opportun qu'elle ait à stupéfixier son enfant pour l'empêcher d'aller plus vite que la musique… Heureusement, son fils et la préfète s'étaient rapidement plongés dans un âpre débat sur l'intérêt respectif que pouvaient avoir les cuillers de bois ou d'argent dans la confection des potions instables et volatiles. Sûrement Draco faisait-il son devoir de potions.
Narcissa les laissa à leur joute verbale et se réinstalla dans son fauteuil, reprenant la tasse de thé qu'elle avait oubliée un bon quart d'heure auparavant dans son agitation de ne pas voir Hermione arriver. Elle lança un sort de réchauffement sur le breuvage froid et se cala confortablement, bien qu'élégamment, contre le dossier, regardant les deux jeunes gens interagir.
**********
Bureau d'Albus Dumbledore.
Bien que la situation ne le désespère nullement, le directeur devait admettre qu'il n'était jamais agréable d'avoir à expulser un élève et encore moins de devoir prévenir la famille… L'ignominie du crime commis lui simplifiait cependant énormément la tâche. Il ne s'agissait, ni plus ni moins, que d'une tentative de meurtre sur la personne du Survivant, ce que le monde sorcier prendrait certainement avec fort peu de sympathie malgré l'article diffamatoire de Rita Skeeter. La plupart des sorciers savaient ce qu'était un Veela, après tout, et ne prenaient pas à légère les lois qui se rapportaient à cette espèce. Prenant une grande inspiration, il lança de nouveau une poignée de poudre de cheminette dans les flammes, demandant le Terrier cette fois, espérant qu'Arthur était rentré. Il n'avait pas le courage d'affronter Molly.
Les dieux étant contre lui, ce fut cette dernière qui lui répondit.
- Albus ? Que se passe-t-il ? demanda l'accorte femme en s'essuyant les mains sur son tablier. Il n'était nul besoin de la voir en personne dans son bureau pour noter sa petite mine et son air malheureux.
- Bonsoir, Molly. Arthur est-il là ?
- Non, dit-elle avec un regard douloureux. Il reste travailler tard ces temps-ci…
- Et bien, je présume que je vais appeler le Ministère dans ce cas.
- Mais que se passe-t-il enfin ? s'inquiéta Molly. Allez-vous me le dire ? L'un de mes enfants a eu un accident ??
- Pas exactement… Le mieux serait peut-être que vous appeliez Arthur à son bureau et que vous veniez ensuite tous deux à Poudlard. De cette façon, je pourrais vous expliquer.
Quelques minutes plus tard, le couple Weasley apparaissait dans un déluge de flammes vertes. Ils semblaient être aussi fatigués et affligés l'un que l'autre alors qu'ils prenaient place dans les fauteuils que Dumbledore leur indiqua et acceptaient une tasse de thé.
- Bien, je crains d'avoir de mauvaises nouvelles à vous annoncer. En premier lieu, – et ce n'est pas une catastrophe, je tiens à le préciser – je me dois de vous dire que votre fils Ronald est sous le joug d'un philtre d'amour qui l'a infatué de Blaise Zabini. Toutes les précautions ont été prises pour qu'il ne se produise aucun incident, toutefois je préfère vous le signaler puisque votre présence est requise pour une toute autre affaire, bien plus grave.
- Plus grave que mon fils amoureux d'un Serpentard ??? s'exclama Molly d'une voix affreusement aiguë. Mais qu'est-il encore arrivé dans cette école ?? Aucune sécurité… grommela-t-elle sourdement sous le regard froid d'Arthur.
Il était très net que son mari ne lui avait pas pardonné ses paroles légères, prononcées quelques jours auparavant, et qu'il ne considérait plus sa femme de la même manière. Il était tout aussi visible qu'elle le vivait très mal et se donnait bien de la peine pour les lui faire oublier, ce qui lui conférait un air épuisé.
- Oui, bien plus grave, Molly, j'en ai peur, déclara Dumbledore en fronçant les sourcils.
S'il y avait bien une chose qu'il n'aimait pas chez cette femme au demeurant fort sympathique, c'était son étroitesse d'esprit sur certains points. Non pas qu'il se préoccupe encore de folles aventures et de romances passionnées à son âge vénérable, mais il avait entretenu bien des relations, très variées, lors de sa jeunesse, et ne répugnait pas alors à passer quelques nuits, par ailleurs mémorables, avec des membres de son propre sexe. Il avait toujours eu une préférence pour les sorcières mais avait eu, parfois, envie d'expérimenter un peu, et ne s'en était jamais plaint.
- Votre fille Ginny a, ce soir, attaqué l'un de ses enseignants, le professeur Rogue pour me montrer exact, commença très sérieusement Albus. Elle l'a attaqué, par derrière, à l'aide d'un sort que personne ne semble connaître. Harry était suffisamment proche pour intervenir et ne s'en est pas privé. Severus aurait apparemment réussi à l'empêcher de la tuer. Les Aurors ont été prévenus et Ginny emmenée à Ste Mangouste en état de catatonie. Elle fera, bien sûr, face à un procès pour avoir tenté de séparer un couple Veela, bien que l'on ignore encore ce que ce sort devait provoquer. Peut-être Harry pourra-t-il nous en dire davantage lorsqu'il sera disponible. Quel que soit le verdict du Magenmagot, elle sera expulsée de Poudlard. Qu'elle puisse ou non conserver sa baguette dépendra du tribunal.
- Merlin, souffla Arthur. Comment vont Harry et Severus ?
- Et c'est la première chose qui te vienne à l'esprit, avant même ton enfant ? s'écria Molly, aussi abasourdie que furieuse.
- Molly, elle a tenté de lancer un maléfice sur le compagnon d'un Veela juste sous son nez !! Elle mérite ce qui lui arrive ! Bien évidemment, je me préoccupe d'elle mais là, elle a largement dépassé les bornes. Elle aurait pu tuer Harry avec ses simagrées !
- Elle risque de passer le reste de sa vie à Azkaban !!
- Oui, et c'est ce qu'elle mérite. Je lui procurerai un avocat mais qu'elle ne compte pas sur moi pour lui permettre de se défiler ni pour lui payer les frais de justice. Je l'avais prévenue de ne pas poursuivre son manège. Il est temps qu'elle affronte les conséquences de ses actes.
- C'est encore une enfant ! protesta Molly, tentant le tout pour le tout en voyant son mari buté sur sa position. Si jamais elle sort, elle aura des dettes, et même pas de diplôme !
- C'est un crime d'adulte que de délibérément risquer la vie de quelqu'un. Elle savait qu'elle pouvait tuer Harry, ou Severus, et cela ne l'a pas arrêtée. Quant aux dettes, et bien, elle fera comme tout le monde ! Elle travaillera, même si elle n'est pas grassement rémunérée et s'en chargera seule. Je ne la laisserai pas mourir de faim, évidemment, mais je ne payerai pas pour qu'elle ressorte de prison sans rien avoir appris, si ce jour arrive. Albus, pourrez-vous transmettre toutes mes excuses à Harry lorsque vous le verrez ? Assurez-le de mes meilleurs sentiments, je vous prie. Il faut que je prépare la défense de ma fille bien que je sois persuadé de son incarcération. Sauriez-vous par hasard quand nous pourrions aller la voir ?
- Bien sûr, mon cher, je parlerai à Harry. Son audition par les Aurors doit avoir lieu demain. Vous êtes le bienvenu si vous souhaitez y assister, je pense qu'Harry apprécierait votre présence, Arthur. Cette affaire vous concerne après tout. Je vous avoue que j'ignore s'il sera possible de rendre visite à votre fille ou si elle manifestera une quelconque reconnaissance… Elle ne parlait ni ne réagissait cette après-midi lorsque je l'ai vu à l'infirmerie. Peut-être cela n'est-il que temporaire mais Poppy ne semblait guère optimiste…
Molly parut sur le point de dire quelque chose mais un regard intense du calme sorcier roux la fit apparemment changer d'avis. Elle ravala ses paroles et baissa les yeux. Il ne faisait pas bon contrarier son mari depuis quelques jours et elle préféra faire profil bas.
- Bien. Je verrais si je peux venir demain. Je ne pense pas qu'on me fasse des difficultés au Ministère au vu de la situation… Si Harry semble ne pas vouloir que je vienne, prévenez-moi, je comprendrai… Ou si les Aurors s'y opposent…
- Aucun risque de ce côté, mon cher, sourit Dumbledore. Sirius était de garde ce soir et est donc chargé du dossier. C'est lui qui a emmené Ginny à Ste Mangouste. Il ne sera pas contre votre venue.
- Merci, Albus… Je vous tiens au courant.
Les Weasley prirent brièvement congé et s'en retournèrent chez eux, alors que Dumbledore restait dans son bureau à caresser son phénix d'une main pensive. Les réactions de Molly le laissait parfois tout simplement pantois.
**********
Appartements de Severus Rogue.
Severus n'avait pas le temps de respirer, ni même de penser.
Le trajet jusqu'aux cachots n'avait jamais été si rapide, de mémoire de château. A peine le tableau s'était-il refermé derrière eux qu'Harry avait assailli sa bouche de nouveau, le privant d'oxygène et provoquant un tel déferlement d'émotions à travers le lien qu'il fit s'effondrer les barrières occlumentiques de Severus, déjà secouées par l'attaque qu'il venait de subir. Il avait résisté à des situations bien plus pénibles et dangereuses mais, pour une fois, il avait été pris par surprise et sa concentration s'en était ressentie.
Le maître des potions se retrouva noyé sous un torrent de passion ardente qu'il ne soupçonnait pas et qui lui fit tourner la tête. Il ressentait pour la première fois l'intensité du lien, la vivacité des émotions de son jeune époux, et comprit pleinement le sens des paroles de Lucius. Il ne pourrait en effet jamais rien refuser à ce petit diablotin, quoi qu'il puisse en dire. Cette facette assurée et presque dominatrice qu'il découvrait lui plaisait énormément et il espérait pouvoir parvenir à la faire apparaître plus souvent à l'avenir. Il se doutait bien qu'elle n'avait fait surface qu'au vu des circonstances très particulières de la journée mais peut-être le Veela serait-il à même de trouver un équilibre entre l'adorable créature pusillanime qu'il était au quotidien et ce félin sauvage et exigeant.
Il n'avait pas souvenance d'avoir atterri sur le lit, pieds nus, Harry allongé sur lui, ondulant souplement comme un chat, mais il sentait bel et bien les courants d'air sur ses orteils, la soie sous lui et les muscles fins et toniques de son mari sur lui. Il ne faisait plus la distinction entre son désir et celui qui émanait par vague du jeune Veela lascif qui le chevauchait. Il avait cessé, depuis longtemps, de considérer l'oxygène comme une denrée indispensable à sa survie. La langue mutine et joueuse qui titillait la sienne avait perdu cette hésitation timide qui la caractérisait encore la veille et explorait tout saoul, glissant langoureusement le long de son palais.
Harry ne réfléchissait pas à ce qu'il était en train de faire où il se serait enfui et caché dans la salle de bain pendant un mois. Avec tout son sang-froid présent, il n'aurait pas même pu envisager de se tortiller d'une manière aussi dévergondée, sur son compagnon qui plus est ! Seul au lit, à prendre en main un léger problème matinal, pourquoi pas, à la rigueur… Mais là ! Devant quelqu'un !!
Son cerveau était, Merlin soit loué, au chômage technique tandis que son corps prenait les commandes et faisait ce qu'il réclamait à cors et à cris depuis son mariage et l'établissement du lien. La sensation des muscles durs et puissants de son compagnon sous lui l'excitait terriblement tout en lui donnait vaguement l'impression que quelque chose n'était pas tout à fait normal, mais il n'y prêta guère attention alors qu'il pouvait savourer le goût de son amant.
Des petits doigts, dont les griffes acérées avaient disparu, vinrent attaquer la tâche monumentale qui consistait à déboutonner les myriades de petits boutons qui maintenaient fermés les pans de la lourde robe que Severus portait pour enseigner – pour la dernière fois, au vu des lacérations que son chaton y avait pratiqué. Les mains de Severus, jusqu'ici sagement posées au creux des reins d'Harry, entreprirent de se mouvoir à leur tour et se frayèrent rapidement un chemin par delà la barrière de la robe d'uniforme, qui fut promptement ouverte, bientôt rejointe par la chemise, laissant uniquement la cravate nouée autour du cou du Veela. Il caressa doucement la colonne vertébrale de son chaton, détaillant minutieusement chaque vertèbre du bout de ses doigts experts, le faisant trembler et rendant son entreprise de déshabillage d'autant plus complexe.
Lorsque suffisamment de boutons minuscules furent retirés de leurs boutonnières et que la chemise blanche se vit desserrée au col, Harry délaissa presque à regret les lèvres de Severus pour attaquer sauvagement sa gorge, laissant de jolies marques rosées dans son sillage. La vision brève du visage du jeune homme fit frissonner le maître des potions. Ses yeux avaient perdu leur fixité métallique pour retrouver leur douceur coutumière. Leurs pupilles étaient dilatées par le plaisir et le désir, les rendant plus sombres. Ses lèvres avaient enflées sous l'intensité des leurs baisers et lui semblaient atrocement délectables alors qu'elles venaient déguster la peau tendre de l'angle de sa mâchoire avant de poursuivre leur chemin plus bas.
Tandis que les mains du Veela tentaient de continuer à le dévêtir avec de plus en plus de difficulté, Severus eut pitié de son chaton et murmura un sort qui défit l'intégralité des boutons de la pièce, chemises et pantalons inclus. Il en profita pour glisser ses longs doigts agiles sous l'élastique du boxer d'Harry, cajolant les petites fossettes qui surplombaient ses fesses, faisant miauler le garçon concentré sur la création d'un magnifique suçon juste à la jonction du cou et de l'épaule. Severus était persuadé qu'il n'aurait aucun moyen de le dissimuler le lendemain mais, étonnamment, s'en moquait royalement.
Harry se recula une demi-seconde pour observer son chef d'œuvre et, avec un léger rictus, saisit cette occasion pour ouvrir les vêtements de Severus, qui formaient une barrière bien trop encombrante entre lui et le corps de son compagnon. Il sembla considérer brièvement un petit mamelon rose pâle d'un air presque méditatif avant se pencher sur lui et de l'aspirer soudainement entre ses lèvres, le mordillant délicatement. Severus ne put retenir un grognement rauque et plaqua le bas-ventre d'Harry contre lui de ses mains qui virent entourer fermement les globes ronds des fesses du Veela. Harry geignit doucement et ondula des hanches, accentuant la friction. Ses doigts trouvèrent à tâtons un autre mamelon et il le malmena gentiment alors que Severus, pour se venger, repoussait les couches de tissu superflues qui entravaient son exploration.
Son action sembla intéresser Harry qui cessa son délicieux traitement pour se lever et se débarrasser promptement de ses atours défaits, aidant de même Severus avec son pantalon et son boxer, le maître des potions étant parvenu à s'extraire seul de sa chemise et de son encombrante robe noire. Le Veela ne reprit pas exactement sa position d'origine mais parut scruter intensément son compagnon avant de venir s'installer sur ses cuisses. Il donna un petit coup de langue expérimental sur l'extrémité de la verge fièrement dressée de Severus et fut récompensé par un cri parfaitement involontaire et par la présence soudaine de deux mains qui s'emberlificotèrent immédiatement dans ses mèches brunes, le maintenant dans cette position. Estimant avoir fait quelque chose de bien, il décida qu'il pouvait continuer et referma doucement les lèvres autour du gland sensible, le caressant timidement du bout de la langue.
Les mains de Severus se crispèrent dans ses cheveux et le Veela en fut ravi, son instinct apaisé par le contentement de son compagnon. Il enroula ses doigts autour de la base du pénis de son amant et commença de petits va-et-vient. Il se souvenait vaguement que Severus avait fait à peu près la même chose sur lui la veille, et tenta de copier au mieux ses souvenirs, insistant sur les zones qui faisaient réagir le sévère professeur. Il n'arrivait pas à synchroniser sa main avec sa bouche et n'utilisait pas assez sa langue au goût de Severus mais celui-ci n'en appréciait pas moins la faveur, sachant que son chaton ne pourrait que s'améliorer avec la pratique.
Severus se rendait compte qu'il aimait beaucoup cette situation. Bien plus qu'il n'aurait goûté un mariage avec une quelconque putain de l'Allée des Embrumes dont les compétences au lit ne faisait aucun doute. Il y avait quelque chose de délicieusement exaltant dans le fait d'initier Harry aux plaisirs de la chair.
Surtout s'il continuait à passer la langue là…
Mmmrrouuuuuhhhhhhh…
Toute pensée ne serait-ce que vaguement cohérente quitta bientôt l'esprit du professeur de potions alors qu'il se faisait violence pour empêcher Harry de poursuivre. Il ne voulait pas jouir de cette manière. Pas maintenant, pas tant qu'il ne se serait enfoncé jusqu'à la garde dans le petit corps délicat de son Veela. Il démêla ses doigts de la chevelure brune et attira le jeune homme surpris jusqu'à sa bouche, l'embrassant profondément, possessivement. Ses mains quittèrent bientôt la nuque de son chaton pour glisser langoureusement le long de ses flancs jusqu'à son postérieur. Il empoigna tendrement les fesses rebondies et les massa lentement, les écartant et passant l'un ou l'autre de ses index le long de l'intimité du garçon qui tremblait, couinant, entre ses bras.
Severus renversa leur position pour pouvoir préparer Harry convenablement et sans lui faire mal. Il ouvrit le tiroir de sa table de nuit et en sortit le lubrifiant spécial qu'il avait brassé pour leur nuit de noces. Ce n'était que la deuxième fois du jeune homme et il avait cours le lendemain. Il serait malvenu qu'il se tortille sans discontinuer sur son siège au vu et au su de tous. Il s'enduisit minutieusement les doigts de la substance visqueuse et glissa bien vite l'un d'eux dans la moiteur intime et exposée de son mari, s'attirant un feulement sensuel de plaisir. Il remua doucement jusqu'à trouver la légère protubérance qui enverrait Harry dans les étoiles et sut qu'il l'avait localisée lorsque ce dernier poussa un cri étranglé. Le pénétrant d'un deuxième doigt, il amorça de petits mouvements de ciseaux qui lui permirent rapidement d'achever sa préparation par l'ajout de son annulaire.
Contrairement à leur première fois, Harry s'était immédiatement perdu dans la caresse, écartant davantage les jambes, venant s'empaler rythmiquement sur les longs doigts, gémissant sans fausse honte. Severus avait de plus en plus de mal à se contrôler et passa rapidement sa main lubrifiée sur son sexe avant de pénétrer lentement son chaton. Le visage d'Harry se crispa un moment, puis se relâcha, et ses jambes aux longs muscles déliés vinrent se refermer autour des hanches de Severus qui émit un long sifflement alors qu'il glissait dans l'étroit fourreau, heurtant la prostate du Veela dans l'opération.
Le maître des potions établit bientôt un rythme puissant et moyennement rapide, espérant prolonger l'instant, maltraitant de manière répétée la glande ronde et sensible de son mari, grondant de délice dans la chaleur veloutée de l'intimité d'Harry et flattant de la main son érection en grande demande d'attention. Il tenta de maintenir sa cadence le plus longtemps possible mais les cris du garçon, alliés à ses erratiques mouvements de bassin, les hanches fines se portant à sa rencontre à chaque coup de reins, lui faisaient perdre contenance. Ses va-et-vient se firent frénétiques et désordonnés, de plus en plus rapides, alors qu'Harry avait définitivement renoncé à ne pas hurler son plaisir. Le Gryffondor sentit bientôt un orgasme monter et brûler ses veines, se concentrer dans son ventre, avant d'atteindre le point de non-retour, ses muscles se contractant spasmodiquement autour de la hampe de Severus qui ne put y résister. Il éjacula violemment quelques secondes après Harry et retomba sur lui, épuisé.
Il aurait faim bientôt, mais il n'avait pas l'énergie de s'en préoccuper en cet instant. Tout ce qu'il voulait était profiter de son chaton alangui, blotti contre lui dans un lit douillet, malgré l'heure inappropriée. Il leur ferait porter un plateau plus tard, quand Harry aurait suffisamment récupéré. Le pauvre chéri était complètement exténué…
Harry sentit Severus s'affaler sur son torse, mais ne protesta pas contre le poids, ravi d'être bien au chaud et protégé par le corps puissant de son mari. Il perçut quelques secondes plus tard le chatouillis d'un sortilège de nettoyage lancé sur son ventre et Severus dégagea les couvertures avant de le glisser entre les draps, s'installant à ses côtés, rabattant les couettes moelleuses sur leurs deux corps.
Le lien apaisé chantonnait dans son esprit et Harry se laissa aller au repos, se nichant tout contre son compagnon, le nez dans son cou.
