Coucou tout le monde!
Je sais, ce chapitre arrive très en retard mais la faute va à Kimmy Lyn et ses défis tordus!! Il m'a fallu plus de deux semaines pour le boucler donc forcément, il a complètement perturbé mon planning!
Bon d'accord, ma vie personnelle est aussi entrée en ligne de compte, je l'avoue! Je ressemble toujours à une serpillère plus ou moins bien essorée quand je dois passer un entretien... ce qui comprend la semaine précédent le jour J et les deux ou trois jours qui suivent, le temps que je récupère... alors pour écrire...
Petit mot pour Mangli : j'ai commencé à corriger, tu auras les deux chapitres demain soir au plus tard. Je sais, j'avais dit ce week-end mais je me suis ramassée une migraine atroce hier soir, impossible de rien faire à part me bourrer de cachets et prier pour que ça passe depuis le fond de mon lit!
Avant que je n'oublie… Un gros bisou à soop' pour la 600ème review !
Bonne lecture!!
Chapitre 19
Appartements de Severus Rogue, dans la soirée.
Harry ouvrit lentement un œil, tentant de comprendre comment il avait pu passer d'un corridor bondé à une pièce obscure. Tandis que son cerveau se remettait lentement en marche, il analysa calmement son entourage.
La douceur fraîche et glissante de la soie sur sa peau.
Un souffle léger sur sa nuque.
Un corps chaud et confortable dans son dos.
Un bras possessif glissé autour de sa taille.
Severus.
Avec l'identification de son compagnon, les événements récents lui revinrent en mémoire et, bien qu'il ne passa pas une seconde à se morfondre sur Ginny qu'il tenait nettement pour quantité négligeable dans cette affaire, il se sentit affreusement coupable d'avoir sauté ainsi, sans aucune cérémonie, sur Severus. Il était mortifié de ne pas lui avoir seulement demandé son avis avant d'user de lui comme il lui plaisait.
Stupéfait, paniqué et contrit, il s'assit brusquement dans le lit et se serait sûrement enfui si un bras ferme ne s'était pas enroulé d'autorité autour de sa taille.
**********
Severus fut soudainement éveillé par un mouvement imprévu de son chaton, allié à une déferlante de culpabilité ahurie et affolée qui noya son pauvre esprit brumeux et dépourvu de ses coutumières barrières occlumentiques sous ses flots impétueux. Il n'eut que le temps de raffermir sa prise sur le petit Veela élusif, l'empêchant ainsi de disparaître Merlin sait où.
Bloquant la fuite du garçon, Severus se redressa et nicha son visage au creux de sa nuque.
- Où cours-tu, chaton ? susurra-t-il à même sa peau, sentant Harry frissonner au contact doux de son souffle dans son cou.
Sans attendre la réponse, il s'empara gentiment d'un appétissant lobe d'oreille à portée de ses lèvres et l'aspira, le mordillant légèrement puis apaisant l'irritation d'un discret coup de langue. Le jappement surpris qu'il sollicita lui plut et il décida de poursuivre quelques instants avant de s'arrêter pour s'enquérir plus sérieusement des sentiments contradictoires qui agitaient son Veela.
- Pourrait-on savoir ce qui provoque cet accès d'angoisse ? murmura-t-il à son oreille, ses lèvres en caressant les circonvolutions.
- Je… je… j'ai… couina pathétiquement le Veela qui ne tentait plus vraiment de lui échapper, son corps fondant lentement contre Severus.
Le sentiment d'affolement ne faisait cependant que s'amplifier et le maître des potions sut qu'il devait couper court immédiatement à la cavalcade d'idées folles qui galopait dans la charmante petite tête de son mari.
- Si tu as l'intention de te confondre en plates excuses, oublie.
- Mais…
- Pas de mais qui tienne, chaton. Avais-je l'air de ne pas apprécier ? Ai-je une seule fois indiqué d'une manière ou d'une autre un quelconque désaccord ?
- N…noon… ? sembla presque demander le petit brun en tournant légèrement le visage pour apercevoir son compagnon.
- Alors pourquoi en déduire que tu as fait quelque chose de mal ?
- Je… je ne suis pas sensé faire ça… marmotta Harry, le regard vaguement suppliant.
- Je ne dédaigne pas à l'occasion l'apparition épisodique de certains traits dominateurs chez un amant, répondit Severus avec un parfait sérieux qui fit à la fois rougir et s'étouffer le jeune homme qu'il tenait entre ses bras, ses yeux verts agrandis de surprise. Bien que n'étant pas le moins du monde inspiré par un rôle passif, je ne suis pas réfractaire au fait de ne pas toujours tout diriger, Harry.
- Ah ? croassa un peu bêtement un jeune Veela plus très sûr de tout comprendre.
Severus Rogue, parangon de l'ordre et de la discipline, espion paranoïaque et fervent adepte du contrôle de soi, comme des autres, ne voulait pas entièrement diriger leur vie ? Il le faisait pourtant magnifiquement, non pas qu'Harry s'en plaigne, entendons-nous bien. Il était ravi de ne pas être celui qui portait tout le poids de cette relation sur ses épaules ainsi qu'il avait eu à le faire avec la guerre. Il n'avait pas livré bataille seul, bien sûr, et n'avait pas la prétention de l'insinuer, non, mais la chute de Voldemort était un point qui lui avait toujours échu et qui lui avait causé maintes difficultés. Avec le recul, il se rendait compte qu'il aimait à ne pas régenter quoi que ce soit, à se laisser porter par les décisions d'autrui, et l'attitude de commandement que Severus prenait souvent sans même le réaliser lui convenait parfaitement.
Et maintenant, il serait question de l'inverse ?
- Ne réfléchis donc pas tant… chuchota Severus à son oreille, déposant un petit bisou juste à l'angle de sa mâchoire. As-tu idée à quel point il peut être flatteur de se voir sensuellement assailli par un adorable Veela ondoyant et très déterminé ??
Le sang d'Harry lui monta encore davantage au visage sous l'embarras et la bouche décidément entreprenante d'un maître des potions mutin glissa le long de sa gorge, la parsemant de baisers tendres, l'empêchant de penser. Il s'abandonna bientôt, incapable de résister à l'assaut en règle qu'il subissait et qui éveilla promptement son anatomie.
Disparue la nervosité qui le minait à chaque fois que Severus s'approchait. Le lien chantait et les émotions qu'il sentait émaner de son compagnon n'avaient rien de négatif ou d'amer, une fois n'est pas coutume. Enivré, le Veela baignait moelleusement dans un cocon de désir et de plaisir mêlés, accompagnés par une sensation indéfinissable de chaleur duveteuse et aérienne qu'Harry eut été bien en peine d'identifier quand bien même son pauvre cerveau eut-il été capable de concentration.
Il se trouva allongé sur les oreillers et recouvert du corps de son compagnon sans avoir eu le temps de protester, quoi qu'il n'en ait pas eu l'intention. Les arabesques compliquées que Severus traçait des doigts et de la langue sur son cou, son visage et son torse occupaient entièrement son esprit et il ne s'aperçut pas même qu'il avait écarté les jambes, permettant à son mari de s'installer douillettement entre ses cuisses, leurs érections s'alignant.
Harry geignit gentiment alors que Severus attaquait ses mamelons qu'il maltraita minutieusement, l'un après l'autre, sentant le Veela se détendre complètement, la panique n'étant plus qu'un lointain souvenir. Il savait bien, pour l'avoir déjà entendu de cette si jolie bouche, qu'Harry culpabilisait de ne pas s'occuper correctement de son compagnon, mais il refusait que le jeune homme ait l'impression de l'avoir forcé à quoi que ce soit. Pas même Albus n'était capable de le faire vraiment agir contre sa volonté, par Salazar !
Comme tout homme, il aimait parfois être surpris et un petit Harry lui sautant au cou sans raison déterminée, ou tout bonnement pour réaffirmer le lien, était des plus agréable. Il ferait en sorte que son chaton ne l'oublie pas…
Renonçant à torturer davantage son mari gémissant, il laissa sa bouche remonter doucement le long d'une ligne imaginaire reliant le mamelon droit au menton volontaire d'Harry qui se tortillait diaboliquement sous lui. Il s'empara vivement de la bouche tentante, léchant brièvement les lèvres roses et pleines avant que le Gryffondor ne lui autorise l'accès et ne vienne rejoindre une langue joueuse dans un ballet délicat et belliqueux.
Les doigts du Veela s'emmêlèrent dans la chevelure encore légèrement graisseuse de Severus, qui n'avait pas eu l'occasion de prendre une douche avant de se retrouver plaqué sur un lit, et jouèrent lentement avec les longues mèches alors que ses jambes venaient se refermer autour des hanches de son compagnon, plaquant plus étroitement leurs bas-ventres l'un contre l'autre. Severus émit une sorte de grognement rauque à cette sensation, son corps se faisant plus lourd sur celui, plus menu, d'Harry.
Il n'aurait jamais pensé qu'ils se trouveraient de nouveau en cette position si rapidement mais qui était-il pour ne pas céder à un délicieux petit Veela ? Pour peu que cela l'empêche de culpabiliser bêtement, il était preneur… La simple présence d'Harry suffisait à augmenter considérablement sa libido, sevrée et inexistante durant de bien trop longues années, aussi ne risquait-il pas de refuser quoi que ce soit, tant que son chaton ne le lui signifiait pas clairement son désir de voir leur activité stopper. Et s'il en jugeait par le pied qui lui caressait gentiment l'arrière de la cuisse, la langue qui venait explorer son palais et l'érection brûlante qui glissait le long de la sienne, le jeune félin ronronnant qui ondulait sous lui ne souhaitait nullement faire abstinence.
Severus laissa descendre une main de long du flanc palpitant de son mari, chatouillant doucement la peau crémeuse, jusqu'à atteindre l'arrondi d'une fesse, qu'il contourna pour titiller l'intimité du garçon. Leurs précédents ébats l'avaient laissé encore presque préparé et Severus entreprit de délicatement stimuler la prostate du Veela. Si le babillement incohérent qui s'échappait de ses lèvres lorsque Severus le laissait respirer n'avait pas été suffisant pour lui faire comprendre que son chaton en voulait davantage, la cataracte de concupiscence qui déferla par le lien le lui eut appris bien vite.
Un peu sonné par l'intensité avec laquelle il ressentait les émotions d'Harry mais ravi d'être le responsable d'un tel effet, il rechercha la fiole de lubrifiant qu'il avait soigneusement rangée plus tôt, persuadé que l'occurrence ne se représenterait pas de sitôt, et s'enduisit vivement du liquide visqueux pour répondre à l'appel muet du Veela. Il plongea à nouveau en lui, happé derechef par le velours tendre et chaud de l'intimité de son mari, et s'y perdit.
**********
Le Terrier, dans la soirée.
Arthur retira sa tête de l'âtre, sa conversation avec un avocat de ses connaissances terminée. Il avait déjà eu à collaborer avec cet homme consciencieux et raisonnablement habile par le passé, sur une affaire complexe qui lui avait été soumise au Ministère, et celui-ci avait accepté de prendre en charge la défense de sa fille, bien qu'il ne lui ait guère laissé d'espoir quant au dénouement ainsi qu'Arthur s'y attendait de toute manière.
Molly pleurait calmement, assise dans le canapé derrière lui, mais il choisit de l'ignorer et allait sortir de la pièce lorsque la voix brisée de sa femme le rappela.
- Et c'est tout ? demanda-t-elle.
- Oui. Que veux-tu que je fasse ? Rien n'effacera ce crime, quand bien même j'aurais la richesse et l'influence de Lucius Malfoy ! cracha-t-il, toujours furieux des remarques insensibles de son épouse quelques jours plus tôt. Elle avait tenté par tous les moyens de les lui faire oublier, mais un Weasley n'oubliait ni ne pardonnait aisément.
- Arthur !! Je… je sais que tu m'en veux de ce que j'ai dis, je ne suis pas idiote, geignit-elle, mais j'ai toujours cru que tu… savais… que tu savais que je n'étais pas très heureuse au début de notre mariage… que tu comprenais… Je… Apparemment ce n'était pas le cas, je… je n'ai jamais eu l'intention de te faire souffrir… je… Il y a bien longtemps que cela m'est passé… sauf peut-être le fait que je n'ai pas encore digéré l'interdiction de pratiquer un métier… mais ça n'a plus d'importance…
Molly perdit un peu le fil lorsque son regard s'attarda sur son mari, fermé et revêche.
- Je… je… Je suis désolée…
- Je sais.
Le ton froid et plat d'Arthur eut bien du mal à ne pas vaciller devant les yeux implorants et perdus de sa femme. Quoi qu'elle ait pu dire ou faire, il n'en restait pas moins qu'elle était son épouse, et qu'il l'aimait. Aussi ne put-il s'empêcher d'aller la prendre dans ses bras lorsqu'elle éclata en sanglots.
- Je… je ne peux pas croire que Ginny ait fait une telle chose ! Ni qu'elle va être envoyée à Azkaban… C'est mon bébé…
Arthur resserra sa prise sur les épaules de Molly, la laissant poser sa tête sur sa poitrine pour y pleurer à son aise, et soupira. Il savait bien ce qu'elle ressentait…
**********
Cachots, le lendemain, 8h07.
Lucius remontait le couloir, encore un peu surpris de se trouver là de si bon matin. Dumbledore pouvait vraiment s'avérer redoutable lorsqu'il désirait vous voir accomplir quelque chose. Oh, bien sûr, ses arguments étaient parfaitement raisonnables. Il fallait en effet mettre les deux hommes au courant du fait que leur déposition serait attendue pour 10h dans le bureau du directeur, mais pourquoi diantre avait-il accepté ce rôle de messager ?
Il voulait bien admettre qu'en tant que Veela, il était certainement le mieux placé de toute l'école pour entrer dans la fosse et faire face à Harry Potter. Le jeune homme serait naturellement moins enclin à attaquer un membre de sa propre espèce, déjà lié qui plus est. Envoyer Draco eut pu s'avérer dangereux si Harry l'avait interprété comme une tentative de remise en cause de l'appartenance de son compagnon. La position de Lucius en tant qu'ami de Severus l'indiquait tout autant au vu des habitudes de réclusions qu'avait tendance à s'imposer le maître des potions. Ce dernier ne voyait guère d'un bon œil le premier quidam venu se faufiler dans ses appartements, et un bon sortilège bien placé était souvent le résultat d'une telle entreprise, ainsi que l'avaient découvert plusieurs élèves dissipés au cours de ses années d'enseignement.
Lucius faisait donc, bon gré mal gré, son chemin vers les quartiers de son vieil ami, espérant que le Veela serait de bonne humeur.
Soit.
S'il devait être entièrement honnête, il mourrait d'envie de savoir si tout se passait bien entre les deux tourtereaux, et quel meilleur moyen pour cela que de voir leur mine au saut du lit ? Pressant involontairement le pas, il arriva bientôt devant le portrait qui veillait jalousement sur l'intimité du directeur des Serpentards et frappa.
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Severus releva péniblement la tête lorsqu'un coup résonna dans la pièce. Son bras droit était complètement insensible, la circulation coupée par un mignon Veela ébouriffé et tout chiffonné qui dormait tranquillement sur son épaule, et il se trouvait un rien courbaturé. Il est vrai qu'il n'avait plus l'habitude de tant d'exercice…
Les coups retentirent de nouveau et, cette fois, son cerveau daigna les analyser et lui signifier qu'il s'agissait sûrement d'une personne frappant à sa porte. Grognant devant l'obligation de se lever et de délaisser son chaton, il dégagea avec difficulté son bras prisonnier du petit corps chaud et, sortant du lit, enfila une robe de chambre alors qu'Harry roulait entre les draps pour lui voler sa place, enfouissant le visage dans l'oreiller, à tel point que Severus se demanda vaguement comment il pouvait encore respirer.
Le vacarme reprit juste à l'instant où il atteignait la porte et ce ne fut pas sans un certain énervement qu'il ouvrit le battant, utilisant assurément plus de force qu'il n'eut été nécessaire.
- Lucius, lâcha-t-il platement. Que me vaut l'extrême honneur de ta visite à une heure si indue de la matinée ?
- Indue ? Allons donc, Severus, il est plus de huit heures et je te ferais remarquer que tu n'assures pas tes cours ! Ne prend pas cet air ahuri, Dumbledore a annulé tes heures de la matinée, sous prétexte que ton Veela avait besoin de toi, ce qui n'est pas faux d'ailleurs. Vas-tu me laisser entrer ou tiens-tu à ce qu'un Serpentard attardé ne te voie en robe de chambre de soie ?
Le maître des potions s'effaça immédiatement pour laisser passage à son ami, peu désireux de voir son goût en matière de vêtements d'intérieur faire les gorges chaudes de tout Poudlard avant même l'heure du déjeuner.
- Fais comme chez toi… ronchonna-t-il lorsque Lucius s'assit sur le sofa.
- Tu as bonne mine. La soirée semble s'être déroulée conformément à mes prévisions…
- Je te demande pardon ? demanda Severus en rejoignant l'aristocrate.
- Je me doutais bien que ton Veela ne t'avait pas entraîné avec cette vivacité pour jouer au cricket, Severus, répondit Lucius avec un petit geste négligent de la main.
- Je ne vois vraiment pas en quoi cela peut te concerner…
- En rien, je présume… La prochaine fois que telle occurrence se présente, je m'assurerai que Black trouve son chemin jusqu'ici.
- Black ? s'enquit suspicieusement Severus.
- Ma foi, il est Auror de son état, si je ne m'abuse. Dumbledore n'avait guère d'autre choix que de mettre leur bureau au courant de l'affaire et de faire arrêter Miss Weasley. Le hasard du calendrier a voulu que Black soit présent à ce moment et prenne les choses en main. J'ai dû fournir une déposition hier soir, la vôtre est attendue dans le bureau du directeur dans un peu moins de deux heures, de même que celle de Miss Granger que j'ai pu prévenir avant le dîner. A ce propos, votre absence à table a été très remarquée…
- Peu m'importe ! La fille a donc été arrêtée ?
- Plus ou moins… Il semblerait qu'elle souffre de catatonie, quoi que cela soit en réalité. La manie que possèdent certains médicomages de renier la responsabilité des individus devant leurs actes me stupéfait, je te l'avoue…
- Je ne suis pas des plus érudit en droit sorcier, mais il me semble qu'il n'existe aucune circonstance atténuante pour une attaque concernant de près ou de loin un Veela.
- En effet. Mais un individu qui n'est pas capable de comprendre le châtiment infligé ou incapable de le relier à son acte est considéré comme inapte à être détenu à Azkaban. Une faille du système à mon très humble avis, mais il me surprendrait beaucoup que Miss Wealsey en bénéficie. Bien que ton Union avec le Sauveur du monde sorcier n'ait guère été saluée par l'opinion publique, il n'en reste pas moins qu'Harry Potter est Harry Potter.
- On parle de moi ? bailla Harry, le cheveu désordonné et le pyjama hâtivement enfilé.
Sans faire plus cas de Lucius que d'une plante en pot, le jeune Veela vient s'installer sur les genoux de Severus en réprimant une grimace, nichant sa tête sous la mâchoire de son compagnon mais ne quittant cependant pas le blond des yeux, au besoin… Prudence était mère de sûreté et Harry ne risquait pas d'oublier l'adage. Lucius ne retint pas un petit sourire devant le comportement très nettement possessif du jeune homme. Il lui semblait que, bien que la tension soit apaisée, il faudrait à Harry quelque temps avant d'accepter de laisser Severus se hasarder hors de son champ de vision vigilant.
- De la déposition que vous allez tous deux devoir faire dans plus ou moins une heure et demie, serait plus exact…
- Déposition ? Mais pourquoi ? s'étonna le Gryffondor, semblant entièrement ignorer le raidissement de son compagnon qui appréciait peu d'être considéré comme un siège de choix en présence de Lucius.
- Parce que je ne t'ai pas laissé éventrer Miss Weasley dans le corridor, chaton. Il faut bien que le Ministère s'en charge à présent. Evidemment, cela implique une procédure redondante et fastidieuse, mais nous n'avons guère le choix. Il faut témoigner de ce qui s'est passé hier afin que le Magenmagot puisse prendre une décision quant à sa culpabilité et à son châtiment.
- Oh, je n'y pensais plus… déclara simplement Harry, visiblement fort peu intéressé par la question et prêt à camper sur les genoux du maître des potions pour une durée indéfinie.
- Vas donc prendre une douche, sans quoi nous serons en retard, le congédia Severus, plutôt pressé de mettre son ami à la porte. Je vais commander le petit-déjeuner et reconduire Lucius.
Il aimait beaucoup Lucius, mais il avait suffisamment à faire avec un seul Veela. Inutile de stresser de bon matin son chaton, qui n'avait apparemment pas encore laissé de côté sa crise de possessivité maladive, en permettant à Lucius de s'incruster. D'autant plus lorsque l'on déteste les démonstrations publiques d'affection. Il connaissait Lucius depuis bien trop longtemps pour s'imaginer que l'aristocrate se sentirait gêné d'être témoin d'une scène d'intimité et partirait. Non, non, il demeurerait à sa place, emmagasinant soigneusement les informations, soi-disant pour offrir un conseil approprié si besoin… La curiosité était bien l'un des traits marquant de la personnalité de Lucius, et nul n'était besoin de le nourrir, il en savait bien assez !
Harry se leva avec une certaine récalcitrance mais obéit néanmoins à son compagnon. Dès qu'il eut disparu dans la salle de bain, Severus poussa son ami vers la porte d'une main ferme sous les railleries de celui-ci.
- Aurais-tu une idée derrière la tête destinée à épicer quelque peu ce séjour dans la salle d'eau pour vouloir t'affranchir si promptement de ma merveilleuse présence ? insinua malicieusement l'aristocrate en rattrapant de justesse sa canne qu'il avait failli oublier dans la précipitation.
- Rappelle-moi, à quel degré es-tu concerné ? bougonna le maître des potions, empêchant ses lèvres traîtresses de former un sourire.
- A aucun degré, mon cher. Oh, je sais que tu es de mauvaise compagnie tant que tu n'as pas eu ton thé du matin… Espérons que ton 'chaton' soit à même de te distraire… lança Lucius alors que le tableau se refermait sur lui.
Il avait peut-être exagéré un peu, mais quel plaisir de taquiner un Severus ébouriffé, porteur de très élégants suçons et ayant très clairement passé la meilleure nuit de son existence ! Il n'avait pas souvenir d'avoir jamais vu le strict professeur arborer auparavant un air si totalement débauché… Il rit doucement et quitta les cachots pour retrouver le confort de ses appartements et sa compagne.
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Harry se savonnait pensivement, un peu mal à l'aise.
Non plus à cause de ses actions de la veille. Severus lui avait clairement montré qu'il n'en avait en rien été offusqué et, bien que le petit Veela conçoive encore une certaine honte devant la désinhibition dont il avait fait preuve, il l'avait remisé dans une arrière salle de son esprit avec sa première masturbation et le plaisir que lancer le Doloris sur Bellatrix lui avait fait ressentir, rassuré sur le fait que cela ne revêtait pas suffisamment d'importance pour qu'il s'y arrête.
Il ne s'inquiétait pas davantage pour Ginny. En ce qui le concernait, elle n'avait eu que ce qu'elle méritait pour avoir osé s'approcher de son compagnon et tenter de l'ensorceler.
Non, ce qui le turlupinait était la réaction des Weasley.
Et celle de Sirius également.
Il ne voulait pas que son parrain et père adoptif ne le perçoive comme dangereux ou criminel. Pas plus qu'il ne souhaitait que les Weasley ne lui tiennent rigueur de ses actions. Il tenait toujours énormément à cette famille, bien que son enthousiasme ait quelque peu diminué au vu des remarques blessantes que Molly lui avait lancé. Il savait qu'elle était sincère et qu'elle ne pensait qu'à son bien mais il n'avait pas supporté qu'elle attaque sa relation avec son compagnon. Cette dernière n'était pas toujours d'un beau rose bisounours mais elle s'améliorait et il se sentait si bien lorsqu'il pouvait se nicher gentiment dans les bras de Severus et se laisser chouchouter qu'il se refusait de seulement envisager de la perdre.
A vrai dire, il s'attendait à ce que Molly soit d'une humeur fort peu agréable la prochaine fois qu'il la verrait, en bonne mère poule qui se respecte, et ne s'en formalisait pas tellement, mais il craignait surtout qu'Arthur ne lui en veuille.
Secouant la tête lorsque son estomac gronda furieusement famine, il saisit le flacon de shampooing et en versa une généreuse noisette dans la paume de sa main avant de se frictionner vigoureusement le cuir chevelu.
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Severus s'appuya momentanément à la porte d'entrée de ses appartements, soulagé de voir Lucius et ses insinuations disparaître. Il lui savait gré de l'information qu'il lui avait apportée, mais il se serait volontiers passé du regard amusé que le blond avait porté sur sa gorge. Il caressa brièvement l'idée d'aller rejoindre son chaton sous la douche puis la rejeta. Ils ne seraient jamais prêts à temps s'il se laissait aller, et puis rien ne garantissait que le jeune homme serait d'une humeur identique à la sienne après la nuit qu'ils venaient de passer.
Il convoqua un elfe et commanda un thé bien corsé, ainsi qu'un petit-déjeuner français complet. Il prit le temps de déguster sa tasse de thé brûlante et de grignoter un croissant fondant avant de se diriger vers la salle de bain, croisant un diablotin aux cheveux encore plus désordonnés mouillés que secs qu'il attira contre lui pour un rapide baiser. Severus s'enferma ensuite dans la cabine de douche et se prélassa plusieurs minutes sous l'eau ruisselante qui détendait ses muscles mis à rude épreuve depuis la veille. Rester perché au-dessus de chaudrons toute la journée n'était pas vraiment idéal pour le dos et il devait avouer que la fougue insatiable d'Harry l'avait quelque peu surpris…
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Cours d'Arithmancie, 9h 45.
Hermione se glissa lestement hors de la salle, un peu contrariée de devoir s'éclipser avant la fin du cours mais ne pouvant faire autrement. Ainsi que Lucius l'en avait bel et bien informée la veille, elle avait reçu du directeur un mot l'excusant auprès du professeur Vector pour sa sortie intempestive et la convoquant dans son bureau.
La préfète était franchement dubitative. A quoi devait-elle s'en tenir exactement ? Elle venait de découvrir plus de facettes différentes chez les Malfoy qu'elle n'aurait jamais pu le rêver, et son meilleur ami avait pratiquement tué la petite sœur d'un Ron follement épris de Blaise Zabini au détour d'un couloir… De quoi en déboussoler plus d'un. Peut-être devrait-elle faire un petit séjour dans la chambre voisine de Lockart, pour une cure de repos, si elle voulait survivre jusqu'au mariage… Auraient-ils une chambre supplémentaire disponible pour le pauvre Neville qui risquait fort d'en avoir grand besoin après s'être vu confier Ron ce matin-là puisque Harry était indisponible et qu'Hermione ne suivait pas les mêmes cours que le rouquin ?
Avant qu'elle n'ait eu le temps de poser un pied sur la première marche de l'escalier, une voix douce et totalement inattendue la fit sursauter.
- Puis-je t'escorter ? Je porterais ton sac…
- Dr… Draco ? couina la jeune sorcière au bord de la crise d'apoplexie et à deux doigts de dévaler les escaliers la tête la première.
Elle n'avait pas entendu le Veela s'approcher, pas plus qu'elle ne l'avait vu, et il n'était à sa connaissance pas sensé l'approcher alors qu'ils se trouvaient seuls dans un couloir vide de monde. Et pourtant Draco Malfoy se trouvait là, presque négligemment accoudé à la balustrade, trois pas derrière elle, royal.
- J'ai pensé que tu ne serais pas contre un peu de compagnie… Je n'ai pas cours à cette heure-ci, ajouta-t-il pour éviter la protestation qu'il était persuadé d'entendre de l'étudiante la plus studieuse de l'école.
- Euh… fut la seule réponse que le cerveau surentraîné de la Gryffondor fut capable d'émettre.
Estimant visiblement qu'une absence de réplique cohérente équivalait à un assentiment, le Serpentard s'empara du sac que la jeune femme tenait lâchement par une courroie et le balança sur son épaule d'un mouvement dénotant une grande pratique, avant d'offrir galamment son bras. Hébétée, Hermione glissa sa main au creux du coude offert et suivit le Veela.
Pour la première fois, elle se tenait suffisamment proche du garçon pour percevoir parfaitement son odeur. Elle se fit brièvement la remarque que les produits dont le Veela devait user pour amoindrir l'attirance qu'il provoquait inconsciemment chez les gens ne fonctionnaient décidément pas très bien à si courte distance. Ses narines étaient envahies d'un parfum légèrement fleuri, souligné de notes boisées plus riches, qui lui donnait terriblement envie de nicher son nez dans le cou blanc à la peau veloutée et attirante. Elle savait, bien sûr, tout au fond d'elle-même, qu'une partie de sa réaction était guidée par les phéromones que Draco ne pouvait s'empêcher d'émettre, mais il n'en restait pas moins que la fragrance qui titillait son odorat était exquise et qu'elle était très tentée de la goûter.
Ces phéromones sont vraiment très, très dangereuses…
Faisant de son mieux pour ignorer la chaleur qui se répandait lentement dans ses reins et le bras finement musclé qui retenait le sien, Hermione se laissa guider dans les couloirs, l'esprit relativement confus.
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Draco, à ses côtés, respirait à pleins poumons l'odeur inimitable de sa compagne. Il avait de plus en plus de difficultés à ne pas s'approcher d'elle à mesure que les jours passaient, aussi avait-il sauté sur l'occasion qui s'était offerte à lui lorsque son père avait mentionné la veille la déposition que la préfète se verrait contrainte de faire devant les Aurors. Il ignorait alors à quelle heure la réunion aurait lieu, mais il n'était pas sans connaître l'emploi du temps d'Hermione, ainsi que les habitudes du Ministère. Descentes mises à part, un Auror n'était guère susceptible de venir vous importuner avant neuf ou dix heures et l'après-midi était généralement délaissée pour ce genre de tâches, sauf urgence, les gens ayant bien trop tendance à ne pas être disponible, le thé étant par définition un excellent prétexte. Puisqu'il n'avait pas cours entre neuf et onze heures – il avait choisi d'abandonner les Soins aux Créatures Magiques après sa BUSE, l'épisode de l'hippogriffe n'ayant jamais été réellement digéré – il avait simplement attendu que sa compagne sorte de sa salle de classe.
Maintenant, elle descendait à son bras, un petit air incertain sur le visage, et il devait se faire violence pour ne pas l'attirer dans la première alcôve venue alors que son intention première avait simplement été de passer quelque temps avec sa compagne sans chaperon. Il comprenait tout à coup parfaitement les raisons qui poussaient ses parents à toujours rester à portée de voix lorsqu'il était avec Hermione. La tentation se décuplait bien davantage quand il se trouvait si proche, bien plus proche que lors de leurs précédentes discussions durant lesquelles il avait été requis de sa part de se comporter en gentleman et de ne pas serrer sa future femme de trop près. Il était toujours resté à un ou plusieurs mètres d'elle, juste assez proche pour sentir son parfum, mais là, il la touchait, sentait le léger contact de sa main au creux de son bras, il entendait le son un peu haché de sa respiration.
Draco se domina sagement du mieux qu'il put mais craqua à quelques corridors de la gargouille gardienne du bureau directorial. Passant devant une porte qui ne semblait pas avoir été ouverte depuis des lustres, il obliqua et poussa le battant grinçant, tirant la Gryffondor stupéfaite derrière lui. Lâchant la jeune femme, il referma promptement l'huis vermoulu et s'avança vers Hermione comme un chat traquant une musaraigne, tout en souplesse, le regard prédateur. Un peu abrutie par les phéromones et surprise par la vivacité des actions inattendues de Draco, cette dernière reculait d'un pas pour chacun de ceux que le Veela faisait dans sa direction.
La pièce n'ayant pas pour propriété d'être extensible à l'infini, Hermione finit par se retrouver acculée contre le mur de pierre, un Veela blond à quelques centimètres seulement de son visage. Bien que de petite taille comparativement à son père, Draco dépassait tout de même la jeune femme, dont la stature avait toujours été plutôt courte, d'environ une tête, aussi s'inclina-t-il lentement vers elle, comme s'il craignait de l'effaroucher.
- D…Draco ? balbutia Hermione, complètement dépassée. Je… Tes parents…
- Ce qu'ils ignorent ne peut leur nuire… susurra le Serpentard, posant brièvement ses lèvres sur celles de la Gryffondor pétrifiée.
- Mais… parvint-elle pathétiquement à couiner avant que sa bouche ne soit picorée d'une myriade de petits baisers chastes jusqu'à ce que, séduite, elle s'ouvre pétale après pétale.
**********
Bureau d'Albus Dumbledore, 10h.
Le directeur de Poudlard servait tranquillement cinq tasses de thé pour ses invités, la sienne étant déjà prête, et considérait d'un œil pétillant le couple assis dans le sofa qu'il avait métamorphosé depuis l'une des chaises de son bureau. Harry Potter s'était installé si près de son compagnon qu'il en frisait l'indécence, collé au maître des potions au lieu de s'être assis à distance convenable.
Albus ne pouvait s'empêcher d'en sourire intérieurement. Il avait tellement craint que le Destin n'ait joué un vilain tour à ces deux hommes lorsque le nom de Severus était sorti du chaudron de potion de révélation. Mais il lui semblait qu'ils apprenaient tranquillement mais sûrement à s'apprivoiser, ce qui ne lassait pas de le réconforter au vu de la manière dont il avait précipité leur Union. Harry, ébouriffé et incapable de ne pas se tortiller, surveillait son compagnon comme une dragonne ses œufs et Severus ne pouvait dissimuler entièrement son appréciation de la situation, d'autant plus alors que sa gorge était ornée de très jolies marques roses dont la provenance ne pouvait prêter à confusion.
La cheminée explosa bientôt en flammes vertes, livrant passage à Sirius Black, très élégant dans ses robes pourpres qui faisaient ressortir son teint d'or pâle, puis à Tonks quelques secondes plus tard. L'arrivée de la jeune femme fut moins esthétique que celle, impeccable, de son cousin ne l'avait été car, maladroite comme elle seule savait l'être, elle trébucha et se prit les pieds dans le tapis avant de s'effondrer comme un sac de linge sale dans le fauteuil qui se trouvait tout près d'elle, tentant vainement de s'agripper à la manche de Sirius qui avait justement levé le bras pour remettre en place une mèche rebelle.
Elle bafouilla piteusement une excuse mais personne n'y prêta grande attention.
Sirius fixait le couple blotti dans le sofa, incertain de l'opportunité d'aller prendre son fils dans ses bras mais très désireux de s'assurer de lui-même qu'il n'avait rien.
Severus dardait sur l'Auror un regard de glace pour lui intimer l'ordre formel de ne relever ni la position d'Harry, ni les traces explicites que leurs deux cous portaient.
Harry évaluait son père. Il avait beau savoir que personne dans cette pièce ne menaçait son compagnon, il ne pouvait faire taire cette petite voix dans sa tête qui lui répétait d'être prudent avant de quitter le côté de Severus. Sirius et Severus avaient décrété une trêve, probablement pour son bien, et ne se tiraient plus dans les pattes sans discontinuer comme par le passé, quoi qu'ils ne s'apprécient guère davantage. Son père adoptif avait très clairement toujours eu la fibre flirteuse mais Harry savait pertinemment que Sirius avait à la maison un loup-garou des plus possessif et jaloux qui se ferait un plaisir de venir le chercher par la peau du dos si le besoin s'en faisait sentir, aussi le jeune Veela décida-t-il qu'il pouvait sans risque se décoller de son compagnon, Tonks comptant comme quantité négligeable étant donné la crainte quasi-superstitieuse que Severus lui inspirait. Quant à Dumbledore… l'idée à elle seule était risible.
Albus dégustait sa tasse de thé en regardant tout ce petit monde interagir, détendu et apparemment fort peu concerné.
Sirius accueillit son filleul et fils adoptif à bras ouverts, le serrant fortement contre lui avant de rapidement le palper, pratiquement de la tête aux pieds, pour vérifier qu'une broutille n'était pas passée inaperçue dans l'affolement de la veille. Absolument pas dérangé par les tortillements d'Harry qui tentait vaillamment de lui échapper, ni par le regard létal que lui lançait Severus, il ne le relâcha que lorsqu'il fut satisfait de l'état de santé du garçon, lequel s'empressa de revenir se lover autour de son compagnon.
- Serions-nous en avance ? s'enquit Sirius qui, d'un regard circulaire, constatait l'absence d'Hermione.
- Point du tout, mon cher ! s'exclama le directeur. Miss Granger a dû rencontrer des difficultés à se détourner de son cours d'arithmancie. Vous connaissez son assiduité…
- En effet. Peut-être pourrions-nous commencer tout de même ?
- Mais faites donc, très cher, faites donc.
Sirius s'installait près de Tonks qui sortait tout le matériel nécessaire à la procédure lorsque la porte s'ouvrit sur une Hermione échevelée, hors d'haleine, les yeux brillants et les joues rougies. Elle salua brièvement les personnes présentes, s'excusa platement de son retard et prit place à l'extrémité libre du sofa. Elle choisit d'ignorer le sourcil arqué du professeur Rogue, le petit sourire presque complice du professeur Dumbledore et le regard intrigué et soupçonneux de Sirius.
L'Auror allait commencer à parler lorsque la cheminée s'alluma de nouveau, pour Arthur Weasley cette fois. Le sorcier semblait exténué et partagé entre un chagrin compréhensible et une certaine colère.
- Excusez-moi si je suis un peu en retard. Je suis passé au Ministère pour déposer un congé et j'ai eu maille à partir avec Perkins qui estimait apparemment l'apparition de selles de byclicette mordeuses dans une chaîne de magasins plus importante que… Oh, Harry, Severus, je suis désolé !! s'exclama-t-il soudainement en voyant le petit Veela niché contre son compagnon. Je ne sais vraiment pas ce qui a pu passer par la tête de cette gamine ! Je ne l'ai pas élevée ainsi, c'est à n'y rien comprendre…
- Ce n'est pas grave, Mr Weasley, répondit Harry, soulagé de constater que le sorcier roux n'était pas fâché contre lui pour avoir pratiquement tué sa fille, tandis que Severus accueillait les regrets du père de famille d'un hochement de tête un peu sec. C'est moi qui m'excuse, vraiment… Je n'avais pas l'intention de…
Il s'interrompit, incapable de trouver une formulation appropriée. Persuadé qu'Arthur avait saisi sa pensée, il ajouta timidement :
- Et il s'agit d'une bicyclette, pas d'une byclicette.
- Il n'y a pas lieu de t'excuser, tu as réagi entièrement instinctivement à la menace… Oh, une bicyclette ? Et à quoi ça sert ? Je ne vois vraiment pas pourquoi les moldus mettent une selle de cheval miniature sur un engin si compliqué…
- Arthur, mon cher, asseyez-vous… l'interrompit Dumbledore pour éviter qu'il n'enfourche son dada, conjurant une nouvelle tasse de thé. Molly n'a pas pu venir ?
- Elle est effondrée et s'inquiète énormément pour sa fille, répondit-il en prenant un siège. Elle a pensé qu'il serait mieux pour tout le monde qu'elle reste à la maison… ce qui me parait être une bonne décision.
- Bon, puisque tout le monde est là… grommela Sirius en reposant sa tasse sur le bureau du directeur. Je pense que je devrais débuter par un bilan de la situation à l'heure actuelle. Ginny Weasley est pour le moment détenue sous haute surveillance dans le service de Ste Mangouste réservé à l'examen des criminels. D'après une rapide entrevue avec le médicomage de garde hier soir, il semblerait qu'elle souffre bel et bien de catatonie. Une visite avec un spécialiste a été arrangée pour cette après-midi afin de déterminer si une inculpation incluant la possibilité d'un séjour à Azkaban est envisageable sur un plan légal. Arthur, vous et Molly pourrez la voir à partir de demain matin, lorsque les évaluations seront terminées. Je vous tiendrais au courant si jamais nous sommes à même de la transférer au Ministère dès aujourd'hui.
Tonks prépara la plume magique pour retranscrire intégralement tout ce qui serait déclaré suite au signe que lui donna Sirius, son discours introductif achevé.
- Je vous rappelle qu'aucun de vous n'est suspecté de quoi que soit sinon je vous aurais convoqués séparément, précisa l'Auror. Harry, pourrais-tu me dire ce qui s'est passé hier ?
- Je me souviens pas de grand-chose en fait… hésita le Veela en se mordillant la lèvre. Je suis sorti de cours et j'ai aperçu Severus avec Lucius au bout du couloir. Je me suis dépêché pour les rattraper et j'ai vu Ginny qui courrait devant moi. Je sais pas pourquoi, vraiment, mais… j'ai senti que quelque chose… je ne sais pas… j'avais l'impression que quelque chose allait arriver si je ne l'arrêtais pas… Quand je l'ai vu lever sa baguette en position de bataille, j'ai craqué. Je lui ai sauté dessus au moment où elle murmurait un sort. Ensuite… les choses sont un peu floues… Je me rappelle vaguement qu'elle a critiqué Severus et que ça m'a énervé mais je ne sais pas ce qu'elle a dit. Je sais pas trop pourquoi je l'ai lâchée ou comment je suis arrivé dans les cachots… acheva-t-il en s'excusant presque.
- Ce n'est pas tellement surprenant, déclara Dumbledore. Il est commun pour un Veela en pleine crise de ne pas avoir de souvenirs très précis de ce qui se déroule durant cette période. C'est un effet purement physiologique qui serait dû aux intenses émotions qui déclenchent cet état d'après les chercheurs veelas qui se sont penchés sur la question.
- Est-ce que tu as entendu le sort qu'elle a prononcé, Harry ? demanda Sirius. Lucius Malfoy n'a pas pu nous renseigner à ce sujet et je doute que Severus le puisse au vu de la distance qui le séparait de Miss Weasley.
- Elle a murmuré quelque chose qui ressemblait à virtum sussito…
- Tu veux dire Virum succido ?? blanchit Sirius.
Surpris par la mine défaite et le ton contraint de son père adoptif, Harry jeta un coup d'œil autour de la pièce et constata que tous les autres, Hermione comprise, avaient curieusement pâli.
- Euh, oui je crois… Je suis le seul à ne pas connaître ? s'enquit-il d'une petite voix embarrassée.
- Je ne connais pas ce sort mais je comprends le latin, lui répondit Hermione sur un ton tremblotant.
- A moins que vous ne pratiquiez en cachette les Arts Sombres, il ne m'étonne guère que vous ne connaissiez point ce sort, Miss Granger, commença Severus d'une voix un peu pincée, seule marque d'affectation discernable dans son comportement, ses joues ayant repris les couleurs qu'elles avaient perdues. Il s'agit là d'un maléfice de magie noire qui n'est certes pas aisément à la portée d'un élève de sixième année, encore qu'il soit peut-être possible d'y avoir accès en fouillant la Réserve… Il faudra vérifier, Albus, et prendre des mesures… ainsi que découvrir qui lui a fourni une autorisation. Toujours est-il que lorsque ce sortilège est lancé sur un être vivant mâle, il provoque une impuissance alliée à une stérilité définitive. Sur une femelle, il n'entraîne qu'une poussée d'affreux furoncles bleuâtres puisqu'il n'a pas été conçu pour elles à l'origine.
- La conséquence d'une stérilité sur un couple veela n'est pas négligeable, enchaîna Sirius. Les Veelas sont bien connus pour vouloir une famille, pas forcément très étendue, mais au moins un enfant. S'ils ne peuvent l'obtenir, ils dépérissent ou leur instinct les pousse à aller chercher ailleurs le… matériel nécessaire, si je puis dire.
- J'aurais dû me douter qu'elle tenterait quelque chose, explosa soudainement Hermione. Elle était trop calme, trop détachée depuis sa confrontation avec Ron et la Beuglante qu'elle a reçue… Il était évident qu'elle manigançait un coup en douce ! Bien sûr, elle a clairement marqué son dédain devant le fait que son frère embrasse Blaise Zabini dans la Grande Salle, mais elle n'a pas réagi aussi violemment qu'elle l'aurait dû…
- Tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que ce soit, Hermione, intervint Arthur, le visage toujours exsangue sous ses rares cheveux roux vif. Je pensais connaître ma fille mais je ne l'aurais jamais cru capable d'aller s'enterrer sous des monceaux de livres occultes de magie noire afin de séparer Harry de Severus. C'est… inconcevable.
Sur ces mots, tous les yeux se portèrent vers le Gryffondor qui avait enfin compris la réaction de tous les autres et qui s'était collé encore davantage à son compagnon, en quête de réconfort. Malgré la présence de Sirius Black, Severus glissa un bras consolateur autour de la taille fine de son chaton, le serrant contre lui.
- Elle… elle… elle voulait que…
- Je pense qu'elle voulait que, dans l'impossibilité d'avoir des enfants avec Severus, tu te tournes vers elle quand le moment serait venu, termina gentiment Sirius pour lui.
- Mais… mais… je n'ai pas l'intention… de… d'avoir…
- Des enfants dès à présent ? Personne n'en doute, mon cher Harry, déclara Dumbledore en lui resservant une bonne tasse de thé, remède miracle pour les chocs nerveux. Mais les Veelas ont un instinct de reproduction assez poussé, ce qui laisse supposer que tu le souhaiteras d'ici quelques années, au plus tard, probablement plus tôt… Miss Weasley avait encore un an à Poudlard avant d'achever sa scolarité, une année durant laquelle tu aurais été présent, malgré le fait que tu sois diplômé, car Severus vit dans le château la plus grande partie de l'année. Elle tablait sûrement sur le besoin viscéral de fonder une famille que ressent tout Veela pour obtenir ce qu'elle voulait pendant sa dernière année, se montrant disponible et à l'écoute, je présume.
- La question lui sera posée si jamais elle récupère suffisamment, assura Tonks.
Harry semblait désormais physiquement malade et, tremblant, avait posé la tête sur l'épaule de Severus, entourant son compagnon de ses bras, comme si Voldemort en personne allait ressusciter pour le lui enlever.
- Je regrette presque de ne pas t'avoir laissé la déchiqueter à même le sol de pierre, gronda Severus en lui caressant doucement le dos.
- A ce propos, justement, reprit Sirius, si nous pouvions recueillir la suite de vos dépositions ?
- Je me dirigeais vers les appartements de Lucius pour prendre le thé en revoyant les préparations qu'il avait si aimablement réalisées durant mes heures d'enseignement, commença Severus assez froidement, peu satisfait d'avoir été ainsi rappelé à l'ordre. Nous discutions et, très honnêtement, je ne m'attendais pas à un tel acte en plein Poudlard. Un sortilège mauve est passé tout près de ma tête et a percuté le mur, causant une explosion. Je me suis retourné pour voir Miss Weasley se débattre sous la prise d'Harry chez lequel les caractéristiques veelas primitives avaient fait leur apparition. J'avoue n'avoir pas immédiatement réagi, tant la surprise était grande. Lucius m'a sorti de ma torpeur et je me suis approché pour tenter de le raisonner alors que Lucius dispersait les élèves qui avaient fait cercle autour des combattants. Cela n'a pas été très simple mais Harry a fini par lâcher Miss Weasley pour m'entraîner dans les cachots, dont il n'a pas bougé jusqu'à ce matin.
Très diplomatiquement, Sirius ne chercha pas à connaître les raisons de ce séjour prolongé dans les appartements du maître des potions, ignora le rougissement de sa collègue et se tourna légèrement vers Hermione d'un air interrogateur.
- Je n'ai pas vu grand-chose, vraiment… murmura la jeune préfète, quelque peu embarrassée de se souvenir de la façon dont Harry s'était comporté avec le professeur Rogue la veille, comportement bien trop proche de celui que Draco venait de montrer envers sa personne pas plus tard que le matin même. J'accompagnais Ron dans la Tour Gryffondor avant de me rendre à ma leçon de danse dans les appartements de Lord Malfoy lorsque j'ai entendu l'explosion. Je me suis précipitée vers la source du bruit et j'ai vu Harry qui s'acharnait sur Ginny. Je n'en croyais pas mes yeux et Ron n'arrêtait pas de baragouiner des absurdités… Je… Lord Malfoy m'a fait revenir à la réalité en me demandant de l'aider à disperser les élèves qui s'étaient agglutinés dans le couloir et puis… Harry s'est relevé, a embrassé le professeur Rogue et l'a traîné derrière lui, je pense vers les cachots, mais j'étais tellement sonnée… Lord Malfoy m'a dit d'aller prévenir le professeur Dumbledore de la situation tandis qu'il emmenait Ginny à l'infirmerie. Après avoir prévenu le directeur, j'ai enfermé Ron dans la Tour et je suis allée assister à ma leçon, que Lady Malfoy a annulée d'ailleurs.
Sirius nota la manière formelle dont la jeune femme s'exprimait, n'utilisant que le titre des Malfoy, mais n'en fit nullement la remarque.
- Enfermé dans la Tour ? intervint Tonks, malgré le fait qu'elle doive normalement s'assurer du fonctionnement sans faille de la plume.
- Pour sa propre sécurité, il a été décidé que Ronald Weasley ne pourrait sortir après les heures de cours, ni partager les repas des autres élèves, répondit Dumbledore. Puisqu'il s'est malencontreusement infatué du jeune Mr Zabini, qui bien que posé n'est pas inoffensif, nous avons dû prendre quelques mesures pour qu'ils se rencontrent le moins possible.
Sirius fit signe à Tonks de stopper l'enregistrement de l'interrogatoire durant les explications du directeur, le sujet n'étant du ressort du Ministère en aucun cas. La plume désactivée et Albus désormais muet, le nez plongé dans sa tasse à thé, l'animagus déclara qu'ils étaient en possession de tous les éléments dont ils avaient besoin mais qu'une convocation au procès restait envisageable, avant de demander gentiment à Hermione si Lucius avait dit vrai quant aux fiançailles de son fils, et si tout se passait bien.
- Euh… oui, c'est la vérité. Je n'aime pas trop la danse et certaines traditions sont vraiment dénuées de bon sens, mais j'apprends beaucoup et certains points ne manquent pas d'intérêt…
Partiellement remis du choc que lui avait causé la fonction du maléfice de Ginny et légèrement rougissant d'entendre dire ainsi à son père qu'il avait embrassé son compagnon, Harry ne put réprimer un petit sourire à la dernière remarque de son amie. Il savait, bien sûr, qu'Hermione parlait d'un intérêt purement académique mais l'air qu'elle arborait en entrant dans le bureau – en retard, qui plus est – lui indiquait également d'autres choses. Il connaissait cette apparence hagarde et échevelée. Il ne pensait pas que quiconque en dehors de lui ne l'ait perçu mais l'odeur de Draco sur elle était bien présente, forte et récente. Il ne doutait pas un instant que la très sérieuse étudiante n'ait eu l'opportunité d'un petit interlude privilégié avec le Prince des Serpentards, malgré l'attention vigilante dont Lucius et Narcissa entourait le futur couple.
- Harry, tu aurais pu me tenir au courant, protesta l'animagus en se tournant vers son filleul. J'ai eu l'air d'un parfait crétin devant Malfoy hier soir !
Un sourd et à peine audible 'comme de coutume' se fit entendre dans la pièce et tous savaient pertinemment d'où il provenait. Harry pinça discrètement le flanc de son compagnon pour l'obliger à se tenir tranquille tandis qu'il considérait son père adoptif d'un air désolé.
- Je n'y ai absolument pas pensé, s'excusa-t-il.
Sirius s'apaisa immédiatement, se rappelant qu'effectivement les dernières semaines n'avaient pas été sans heurts pour son fils adoptif et lança un bref regard contrit dans sa direction.
- Harry, je peux te parler en privé ?
- Euh… hésita le Veela, levant vers Severus de grands yeux emplis de doute. Il avait beau savoir qu'il était ridicule, il ne parvenait pas à se séparer de son compagnon alors que d'autres étaient en mesure de l'approcher.
Sentant que l'attaque de la veille était encore trop présente dans l'esprit du jeune homme, Dumbledore proposa à Hermione de retourner en cours – sans vous arrêtez en chemin, ma chère ! précisa-t-il, l'œil lumineux – et à Tonks de repartir au Ministère, ce que la métamorphomage accepta bien volontiers, le dossier nécessitant encore que l'on y travaille avant de présenter le cas devant le Magenmagot.
Une fois la pièce vidée, Harry accepta avec une certaine mauvaise volonté de se décoller de Severus. Il suivit Sirius dans l'escalier tournant et s'installa avec lui sur les marches.
- Comment vas-tu, Harry ? Je veux dire… avec Rogue…
- Ça va… Je crois… Je… Il est patient, il me rassure. Je… je crois que… que j'aime ça.
- Je ne l'ai jamais considéré comme un homme patient avec l'espèce humaine, mais je doute de bien le connaître, musa Sirius. Vous semblez vous être rapprochés… physiquement.
- Je…
- Harry, je ne sous-entends absolument rien par là, le rassura immédiatement l'animagus lorsqu'il vit son fils adoptif se tortiller, mal à l'aise. Je ne tiens pas à être informé des détails de votre relation, mais je veux que tu sois heureux. Si j'en crois les marques sur ton cou et la façon dont tu te tenais très proche de lui, je pense pouvoir dire que tu n'es pas indifférent à ses attentions. Et même si c'est Rogue, tant mieux. Je veux que tu sois épanoui.
- Je lui ai sauté dessus hier, murmura Harry en rougissant. J'aurais jamais cru… que… que je ferais quelque chose comme ça un jour…
- Il n'y a que deux questions importantes, mon ange : est-ce que tu as aimé et est-ce qu'il a aimé. Le reste, on s'en fiche.
Sirius entoura les frêles épaules d'Harry d'un bras et serra son fils contre lui, laissant ses mots faire leur chemin dans l'esprit du petit Veela. Ils restèrent ainsi quelques minutes avant que le jeune homme ne commence à remuer de nouveau, éprouvant l'irrépressible besoin de vérifier que tout allait bien pour son compagnon. Sirius ne s'en offusqua pas et remonta dans le bureau du directeur, enlaçant toujours le garçon.
A peine étaient-ils entrés que la cheminée s'éclaira de vert et que la voix inhabituellement stridente de Remus s'éleva dans la pièce, atteignant un volume difficilement supportable pour l'oreille humaine.
- SIRIUS ORION BLACK, RENTRE À LA MAISON IMMEDIATEMENT !! Oh bonjour Harry, comment vas-tu ? J'espère que cette histoire ne t'a pas trop perturbé… Severus, Albus, déclara la tête du loup-garou depuis l'âtre, comme saisi d'une arrière-pensée. SIRIUS !! Dans la cheminée ! MAINTENANT !!
- Mais Moony! Je travaille...
- Sirius, je ne te demande pas ton avis !! Tu rentres, et sans barguigner !
Remus disparut alors que son mari ouvrait la bouche pour protester, le laissant stupéfait et incompréhensif. Il était parfaitement inédit pour le calme lycanthrope de se mettre à hurler par cheminée interposée, surtout pour le faire rentrer à la maison dès pas même onze heures du matin un jour où il était de garde. D'autant plus lorsqu'il savait que Sirius devait revenir à Poudlard pour gérer l'affaire impliquant Harry…
Severus ricana tandis que l'animagus se résignait à obéir, ignorant totalement la raison de cet esclandre.
**********
Salle de cours inoccupée, quelque part près du bureau directorial.
Draco tentait de se calmer, le front appuyé contre la pierre froide et rugueuse du mur. Il n'aurait jamais pensé que cela soit si difficile.
Merlin merci, le ton autoritaire de Severus avait traversé le brouillard sensuel qui embrumait ses sens alors qu'il embrassait sa compagne, retenant son visage entre ses mains en coupe, caressant doucement ses pommettes du pouce.
Il s'était reculé une demi-seconde, surpris par le bruit de la voix de son parrain qui insistait véhémentement pour que quelqu'un ne s'asseye pas sur ses genoux devant Black. Draco n'était pas très sûr d'avoir bien compris de quoi il retournait, mais ce qu'il savait c'est qu'Hermione avait profité de ce bref instant d'inattention de sa part pour se faufiler d'entre ses bras et se sauver chez Dumbledore.
Son premier mouvement avait été de se lancer à sa poursuite, de la rattraper et de la garder avec lui pour toujours mais la voix de son père avait résonné à ses oreilles dans un retentissant 'Un Malfoy ne court pas !' et le jeune Veela avait perdu partie de sa verve. La simple pensée de la réaction de Lucius si jamais cet intermède lui revenait aux oreilles l'avait convaincu fort efficacement de suspendre son projet et de demeurer là où il se trouvait pour calmer ses ardeurs.
Voilà pourquoi il faisait face au mur de pierre brute, égratignant son front pâle sur les arêtes mal taillées, reprenant lentement sa respiration tandis que son organisme laissait son taux de testostérone redescendre à un niveau plus acceptable pour la vie en société.
Le petit blond soupira.
Si jamais mon père apprend ça, il va me réduire en miettes… Salazar ! Pourquoi n'existe-t-il pas une règle du genre : 'Un Malfoy n'écoute pas son instinct' ?? Elle serait utile celle-là !
Il lui faudrait tenter de garder ses distances désormais. Et pas que vis-à-vis d'Hermione, vis-à-vis de tous. L'accumulation de ses hormones adolescentes, des rêves nocturnes, de l'odeur de sa compagne et de son célibat forcé le rendait étrangement prompt à l'excitation comme à la crise de nerfs, son corps produisant un surplus de phéromones dans les deux cas. Il espérait de tout cœur que les rêves n'empireraient pas ou il ne tiendrait jamais jusqu'au mariage…
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Salle commune des Gryffondors.
Hermione se laissa tomber dans un fauteuil devant la cheminée, incapable de retourner en cours. Rester dans le bureau de Dumbledore avec le regard de tous les hommes présents sur elle, son esprit lui susurrant qu'ils savaient pertinemment ce qui venait de se produire… Elle en tremblait encore ! Elle avait espéré qu'aucun d'entre eux ne mettrait Draco Malfoy sur le tapis mais, bien évidemment, Sirius n'avait pu s'en empêcher et avait sauté à pieds joints dans le plat.
Elle ne s'était échappée que d'extrême justesse de l'étreinte du Veela lorsqu'il avait été surpris par un bruit de voix passant dans le couloir qui longeait la salle dans laquelle ils se trouvaient. Elle devait avouer que le professeur Rogue avait parlé au bon moment pour la sortir également de la torpeur languide qui s'était emparée d'elle lorsque Draco l'avait embrassée, cajolant son visage de ses doigts fins. Elle avait répondu à son baiser, inconsciemment, comme si une partie d'elle ne souhaitait pas lutter, bien que son cerveau toujours actif protesta qu'il était bien trop tôt pour se laisser aller à de semblables transports d'affection envers un jeune homme qu'elle ne connaissait pas vraiment et qu'elle n'appréciait encore que fort moyennement. Mais les Veelas n'étaient pas réputés pour leur attraction sans raison et Hermione n'avait pu résister.
Elle sentait encore l'envie d'aller rejoindre Draco, la chaleur dans ses reins, et ce malgré l'angoisse d'avoir appris quel sort avait été utilisée par celle qu'elle avait durant plusieurs années considéré comme une quasi petite sœur et les conséquences que cela aurait pu avoir, malgré la manière dont Dumbledore l'avait gentiment sermonnée, visiblement parfaitement au courant de ce qui s'était déroulé entre son fiancé et elle, malgré le sourire qui avait illuminé les grands yeux verts d'Harry, lui laissant entendre qu'il avait perçu, dans cette affaire, plus que les autres.
Merlin, elle ne serait plus jamais capable de regarder Lucius et Narcissa en face !!
L'irruption intempestive de Neville dans la salle commune, Ron en remorque, interrompit sa litanie mentale de lamentations.
- Hermione ! s'exclama le timide Gryffondor, hors d'haleine et pas précisément de bonne humeur. Fais quelque chose, je n'en peux plus ! Il y a plus de deux heures que je cours sans cesse derrière lui ! Il s'est enfui trois fois dans la Forêt Interdite pendant le cours de Soins des Créatures Magiques parce qu'il voulait cueillir un bouquet de fleurs sauvages pour Blaise et j'ai eu le plus grand mal à le rattraper. Il a réussi à me fausser compagnie en remontant jusqu'ici, sous prétexte que son cher 'Blaisichounet ne pouvait pas être ailleurs qu'à la bibliothèque tant il est intelligent', siffla-t-il aigrement.
- Je m'en occupe, Neville. Merci de l'avoir gardé ce matin, c'est très généreux de ta part.
- Je le referai pas, lança le garçon par-dessus son épaule alors qu'il grimpait les marches pour accéder à son dortoir, dans lequel il s'enferma promptement.
- Je crois qu'il est jaloux… comme Ginny, déclara platement Ron lorsque la porte se fut close sur le dos de Neville. A propos, elle s'est réconciliée avec Harry ? C'est pour ça qu'elle me regarde plus de travers ??
Devant l'expressivité digne d'une chouette empaillée qu'Hermione exhibait, il conclut philosophiquement que sa sœur ayant retrouvé son Harry, elle n'était plus intéressée par Blaise, ce qui l'arrangeait parfaitement !
Hermione soupira profondément, envahie par le désespoir.
Merlin me vienne en aide !! Entre un Veela, finalement pas méchant, mais hormonal, le mariage qui approche, un crétin amoureux, la danse ce soir en présence des Malfoy au grand complet et le tailleur après demain, je n'y arriverai jamais !!!!
**********
Bureau d'Albus Dumbledore.
Sirius venait juste de disparaître dans une envolée de flammes émeraude lorsque le vénérable sorcier installé derrière son bureau prit la parole en gobant un bonbon.
- Harry, penses-tu qu'il te serait supportable de laisser Severus enseigner cette après-midi ? Je n'ai pu m'empêcher de noter à quel point tu ressens le besoin de t'assurer qu'il ne peut rien lui arriver…
- Je… je ne sais pas… répondit le Veela en baissant la tête, un peu honteux de son comportement alors même que la main chaude et rassurante de son compagnon venait se poser entre ses omoplates en signe de réconfort.
- Vois-tu, Harry, je serais tout prêt à te laisser disposer de Severus comme tu l'entends, soupira le directeur avec clin d'œil pétillant, mais je n'ai personne de suffisamment qualifié pour le remplacer… Poppy a généreusement accepté d'affranchir les élèves de première et troisième années, que Severus devait avoir ce matin, sur les potions de guérison et autres baumes, mais cela ne remplace en rien la pratique et le savoir de Madame Pomfrey reste limité en dehors des potions de soin. Vous n'avez que deux heures cette après-midi, ce me semble, Severus ?
- En effet. Poufsouffle/Serdaigle de deuxième année. Un cours calme en règle générale.
- Je vais essayer ? demanda Harry d'une petite voix presque timide et manquant terriblement d'assurance.
- A toi de décider, lui répondit Severus, mais on ne reviendra pas en arrière. Il est absolument hors de question que tu débarques au beau milieu de mon cours pour te jeter sur moi afin d'obtenir un réconfort quelconque. Ma réputation a suffisamment pâti de l'affaire d'hier soir, il est inutile de la ternir davantage en laissant croire à tous ces idiots que je m'adoucis maintenant que je suis marié.
- Cela apporterait sans conteste de l'eau au moulin de certaines rumeurs vous concernant… s'amusa Albus.
- D'accord, je… j'irai en botanique cette après-midi… murmura le Veela, attirant les regards des deux hommes sur lui.
- Problème réglé, Albus, confirma Severus avec un signe de tête avant de quitter la pièce ronde, Harry sur ses talons.
**********
Appartements de Severus Rogue, 16h03.
Harry tournait en rond.
Il ne parvenait pas à faire quoi que ce soit d'autre.
Ses devoirs gisaient, oubliés au fond de son sac, la cheminée n'éclairait rien, dépourvue de flammes, les coussins avaient encore leur forme originelle, satisfaits de ne pas avoir été massacrés jusqu'à présent.
Severus était en retard.
Trois longues minutes s'étaient écoulées depuis la fin de son cours. Il aurait dû être rentré déjà !
Le petit Veela se tordait les mains d'impatience, et bien un peu de crainte que l'un des élèves ait jugé opportun de balancer un chaudron plein de Merlin sait quel liquide visqueux et corrosif sur son compagnon. Il ne l'avait pas vu depuis plus de deux heures, après tout, comment espérer qu'il conserve son sang-froid dans de telles conditions ??
Il avait décapité, déchiqueté, dépiauté, flagellé et martyrisé les plantes de la serre dans son absence totale de concentration, au grand dam de Madame Chourave qui avait constaté le désastre avec philosophie, à tel point qu'il avait fini par être renvoyé du cours avant la fin, la brave femme lui intimant de ne plus remettre les pieds dans ses serres tant qu'il n'aurait résolu le léger souci qui le tarabustait si visiblement. Alors il avait regagné les quartiers qu'il partageait avec son compagnon, laissant Ron sur les bras d'Hermione qui lui semblait de plus en plus épuisée, et il attendait que Severus daigne montrer le bout de son nez.
Tout ce qu'il voulait s'était s'assurer qu'il n'avait rien.
Et se blottir contre lui.
Et peut-être réclamer un petit bisou…
Il n'avait pas pu s'installer bien au chaud entre les bras de son compagnon depuis le matin.
Depuis que Severus l'avait envoyé dans la salle de bain.
Ensuite il avait refusé de le laisser s'asseoir sur ses genoux durant la convocation chez le directeur, le sermonnant dans un couloir désert, deux jolies marques roses sur ses pommettes pâles. Il ne l'avait pas éconduit lorsqu'il avait eu besoin de soutien quand il avait appris quelles étaient réellement les intentions de Ginny mais, sitôt retournés dans ces mêmes appartements qu'il arpentait sans relâche depuis plus de quinze minutes, Severus avait gagné son laboratoire pour travailler, s'enquérant malicieusement du désir d'Harry de voir son ami Ron rester collé à Blaise Zabini comme une bernacle à son rocher lorsque le Veela avait élevé une protestation. Harry l'avait rejoint dans le laboratoire, bien sûr, accomplissant quelques basses besognes pour rester près de son compagnon tandis que celui-ci réfléchissait et créait un antidote.
Trop tôt à son goût était venue l'heure de reprendre les cours et il n'avait eu qu'un rapide baiser qui avait à peine effleuré ses lèvres avant se voir poussé dehors pour rallier la serre.
Et voilà, il poireautait !
Parvenu à la porte de la salle de bain, il fit demi-tour et recommença le même trajet pour la énième fois lorsqu'il vit la porte s'ouvrir sans bruit.
Severus n'eut pas le temps de respirer avant d'être heurté par un Veela lancé à pleine vitesse qui s'attacha à lui comme si sa vie en dépendait, le faisant s'écrouler fort indignement au sol. Il allait protester avec la plus grande vigueur lorsque la petite tête brune se nicha sous sa mâchoire, un nez froid s'enfouissant dans son cou, et Severus trouva qu'il était incapable de reprocher quoi que ce soit à son chaton. Il referma les bras autour de lui et resta ainsi, dos au mur, un long moment.
