Coucou tout le monde!!

Comme promis dans les réponses aux reviews de mon dernier chapitre publié, voici la suite! Certes, c'est la toute fin du week-end mais la semaine a été pour le moins chaotique... J'ai tout d'abord passé deux jours avec de la fièvre et un bon rhume qui s'est vite dissipé pour laisser place à une crise de sciatique inopinée contractée en me baissant pour prendre mon chat qui bloquait l'accès d'une porte... Impossible de m'asseoir de toute la journée de vendredi!! Bref, j'ai pris un peu de retard du coup, moi qui pensais à l'origine pouvoir poster samedi au plus tard!

Sur ce, je vous laisse profiter du chapitre!


Bonne lecture!!


Chapitre 20

Poudlard, un couloir humide quelque part dans les cachots, 7h12.

Hermione tournait et retournait dans les corridors depuis un bon moment malgré l'heure matinale, cherchant désespérément une indication d'une sorte ou d'une autre qui pourrait lui montrer la localisation des appartements du professeur Rogue. A défaut, l'entrée des dortoirs des Serpentards lui suffirait maintenant qu'elle s'était irrémédiablement perdue dans ce dédale. Elle tenta de retrouver un escalier quelconque, qui remontait de préférence, et finit par en dénicher un, poussiéreux et artistiquement décoré de toiles d'araignées qui eussent fait déguerpir Ron en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Quidditch, quand bien même Blaise se serait tenu au beau milieu.

Peu enthousiaste mais sans grand choix, elle s'y engagea et constata qu'après les premières volées de marches, l'horizon s'éclaircissait et qu'elle ne risquait plus de se prendre les cheveux dans les fils soyeux et gluants de l'élégante architecture arachnide. Apparemment personne ne s'aventurait si profondément dans les cachots du château et les références aux oubliettes de l'endroit qu'elle avait aperçues dans L'histoire de Poudlard lui revinrent en mémoire, la faisant frémir. Il ne ferait pas bon s'y perdre le jour où elle devait accompagner les Malfoy chez un quelconque tailleur pour commander son trousseau et sa robe de mariée.

Raison pour laquelle elle se trouvait justement dans ce pétrin en premier lieu ! Narcissa lui avait encore recommandé la veille au soir d'être présente à 9h30 dans le hall avec sa demoiselle d'honneur, qui devait elle aussi se faire préparer une tenue adéquate pour l'événement. Demoiselle d'honneur qu'elle n'avait pas !!

Voilà pourquoi elle s'était mise, de fort bonne heure, en quête des quartiers de son professeur. Pour supplier Harry à genoux s'il le fallait pour peu qu'il accepte ce rôle, en tant que garçon d'honneur bien entendu. Inutile de malmener sa virilité de si bon matin, elle ne ferait que le braquer et le Gryffondor pouvait être plus têtu qu'un régiment de mules irlandaises au grand complet lorsqu'il était pris à rebrousse-poil. Si elle manœuvrait correctement et avait la chance de le cueillir avant qu'il n'ait commencé son petit-déjeuner, ses chances de le voir l'accompagner augmentaient exponentiellement.

A la condition sine qua none qu'elle sorte de ce labyrinthe de couloirs !

**********

Quelque part dans les cachots, 7h23.

Draco Malfoy se faufila hors de sa salle commune, en retard sur son horaire habituel. Il était toujours en avance par rapport à la plupart des Serpentards et aux élèves des autres Maisons, mais il n'avait que peu d'avance sur la horde sauvage qui n'allait pas tarder à s'engouffrer dans les couloirs en ce beau samedi matin pour prendre un bon petit-déjeuner. Quelle idée aussi avaient-ils, dans cette école, de servir le premier repas de la journée à une heure si matinale le week-end ? A croire que les bienfaits du repos et de la grasse matinée leur étaient inconnus !

Reniflant discrètement et brossant distraitement la manche de sa robe de sorcier, il s'avança dans le corridor en direction de la Grande Salle et heurta de plein fouet un corps chaud sur lequel il s'écroula, retenant avec peine un couinement indigne d'un Malfoy lorsque ses parties intimes se trouvèrent pressées avec plus de violence qu'il ne l'eut souhaité contre un genou qu'il définirait sans hésiter par le terme osseusement pointu. Il ferma les yeux quelques secondes, tentant de reprendre sa respiration et d'ignorer la douleur, et se releva péniblement sur les avant-bras dès qu'il lui fut possible de faire obéir ses muscles. Il découvrit alors une Hermione poussiéreuse, avec des toiles d'araignée dans les cheveux et un air hagard un peu bleuté sur le visage, son souffle ayant été coupé par sa chute alliée au poids du Veela sur sa poitrine.

- Hermione ? grinça-t-il entre ses mâchoires serrées.

L'entraînement rigoureux qu'il avait reçu depuis son plus jeune âge à ne jamais laisser transparaître une émotion traite était très utile en cet instant, même s'il ne pouvait empêcher totalement la douleur d'apparaître sur sa physionomie. Il se remit aussi dignement que possible sur ses pieds, tendant une main secourable à sa fiancée qui l'accepta sans réfléchir. Le seul avantage que son prédicament actuel lui procurait était d'avoir complètement annihilé tout désir de ses projets immédiats.

- D.. Draco ? croassa la Gryffondor dès qu'elle eut retrouvé son équilibre et suffisamment de souffle pour pouvoir articuler une parole.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-il sur un ton un rien contraint.

- Oh ! Euh… Je… toussota-t-elle, gênée aussi bien de l'excitation qui montait en elle malgré ses tentatives infructueuses de la juguler que de ce qui s'était passé entre eux la dernière fois qu'ils étaient demeurés seuls en compagnie l'un de l'autre sans personne à portée de voix. Je cherche les appartements du professeur Rogue… Il faut que je voie Harry. Tu… tu ne saurais pas où je dois aller par hasard ?

- Bien évidemment, je sais à quel endroit se trouvent les quartiers de mon parrain mais il est hors de question que tu te présentes ainsi devant lui, répondit Draco avec plus d'aplomb qu'il n'en avait eu jusqu'ici, retrouvant sa superbe maintenant que la douleur s'estompait assez pour que son cerveau puisse fonctionner de nouveau rationnellement.

- Pardon ?

Le ton de la jeune femme dénotait autant de surprise que de chagrin. Il était clair qu'elle ne s'était nullement attendue à cette remarque et que, quelque part, cela la choquait venant du garçon qu'elle devait épouser le week-end suivant. Même si Hermione avait quelques difficultés à trier ses sentiments ainsi qu'à comprendre le caractère de Draco, dissimulé derrière les complexes paravents de son éducation, elle avait récemment acquis un respect tout neuf pour le jeune Veela qui s'était révélé bien plus agréable et attentif à sa personne qu'elle ne l'aurait jamais imaginé, et ça…

- Viens, demanda le blondinet lorsqu'il vit la déception passer furtivement sur les traits de sa compagne. Tu as des toiles d'araignée dans les cheveux et tu es couverte de poussière. Mon parrain refusera de te laisser entrer comme ça et tu aurais de la chance qu'il ne te claque pas la porte au nez en prétextant une vicieuse tentative de contamination criminelle de ses potions.

Draco n'avait vraiment pas pensé à mal mais Hermione avait visiblement cru qu'il critiquait sa tenue. Il était peiné et quelque peu vexé qu'elle n'ait pas plus confiance en lui, bien qu'il soit parfaitement conscient de ne pas pouvoir exiger d'elle une foi pleine et entière. Il se demanda un instant si ce sentiment étrangement douloureux serait supportable une fois le lien achevé et frissonna. Il lui tendit la main et la tira derrière lui, retournant dans le dortoir des Serpentards. Par chance, la salle commune se trouvait être vide à l'exception de quelques élèves de première année qui détournèrent promptement le regard lorsque leur préfet-en-chef entra en traînant une Gryffondor échevelée dans son sillage.

Le Veela eut tôt fait de pousser sa compagne dans sa chambre, verrouillant la porte pour éviter les oreilles curieuses, les coups d'œil inquisiteurs et les interruptions bien-pensantes, et de lui indiquer la salle de bain.

- Ne touche pas aux fioles vertes sur le rebord du lavabo, précisa-t-il en conduisant Hermione devant le miroir pour qu'elle puisse constater l'ampleur des dégâts. Il s'agit des produits que je dois utiliser pour ne pas attirer toute l'école.

Il s'éclipsa discrètement, laissant la jeune femme vaquer à ses ablutions avec les joues rougies. Il était encore endolori mais mieux valait ne pas tenter le diable. Elle dégageait une fragrance si suave…

Non, ne pas y penser !!

Et ne plus respirer pour les 20 prochaines minutes… Ça ne doit pas être si terrible après tout, un Malfoy peut tout faire !

La facilité déconcertante avec laquelle il avait perdu le contrôle la veille était proprement stupéfiante, lui qui avait toujours estimé que son père se moquait de lui lorsqu'il lui expliquait que l'attraction qu'il éprouverait pour sa compagne quand le moment serait venu serait quasi débilitante. Désormais il comprenait, et cela ne lassait pas de l'angoisser. Il savait qu'il se devait de passer toute la journée avec Hermione pour choisir les tenues de mariage et craignait que même le fait d'être en public ne soit impuissant à le stopper si son corps réagissait subitement ainsi qu'il le faisait de plus en plus fréquemment en présence de sa promise. Il n'allait tout de même pas demander à Blaise de veiller à ce que les régions méridionales de son anatomie restent meurtries des heures durant ! Il tenait à sa future descendance, merci bien !

Hermione ne savait plus où se mettre depuis qu'elle avait réalisé l'image piteuse qu'elle reflétait. Elle avait tellement l'habitude que ne sorte des lèvres de Draco Malfoy que des paroles blessantes et des critiques bien senties qu'elle n'avait pas instant eu l'idée de lui laisser le bénéfice du doute, malgré les aspects plus plaisants de sa personnalité qu'elle avait pu commencer à découvrir cette dernière semaine. Elle avait conscience de ne pas pouvoir réformer six longues années de méfiance routinière en si peu de temps mais elle avait vu le regard argenté se voiler l'espace d'une seconde et savait que Draco en avait été affecté, si peu que cela soit. Elle n'aurait jamais perçu ce léger signe d'émotion chez le jeune Serpentard auparavant mais la proximité étudiée dans laquelle ils se trouvaient depuis peu lui avait enseignée à être attentive à ces détails.

Un battement de cils, un infime pli des lèvres, une inflexion à peine perceptible dans le ton de la voix étaient les indices que les Malfoy utilisaient pour marquer leur ressenti lorsqu'ils n'étaient pas strictement dans le cadre familial. Ils étaient délicats à distinguer et Hermione devait admettre qu'elle en ratait sûrement une proportion conséquente, notamment lorsqu'elle avait affaire à Lucius qui avait perfectionné cet art avec plus de subtilité et de maîtrise que son fils. La grande question qui la turlupinait désormais était de savoir si oui ou non elle se devait de s'excuser. Son premier mouvement était bien sûr de le faire, mais la manie qu'avaient les Malfoy de ne jamais recourir à un moyen si simple de régler les conflits ou les erreurs la faisait tiquer.

Qu'elle ne s'excuse pas et elle passerait pour être d'une grossièreté sans pareil.

Qu'elle s'excuse et elle passerait pour une faible créature incapable de se sortir d'une situation délicate le front haut.

Au final, quelle alternative s'offrait à elle ?

Elle soupira en dégageant péniblement la dernière toile emberlificotée dans ses boucles et emprunta la brosse à cheveux de Draco pour redonner un semblant d'ordre à la masse indisciplinée qui jouait les épouvantails sur sa tête.

- D… Draco ? Euh… Aurais-tu une brosse à vêtements ? s'enquit-elle en se tordant gentiment les mains dans l'embrasure de la porte alors que le blondinet était assis à son bureau en posture d'attente.

- Bien entendu, acquiesça-t-il poliment, constatant instantanément que sa compagne était mal à l'aise et hésitait sur la conduite à tenir.

Il lui apporta l'item requis et l'aida pour ôter la poussière de son dos, mais ne parla pas, incertain de la manière adéquate d'aborder le sujet. Lui déclarer de but en blanc qu'elle n'avait nul besoin de lui présenter des excuses entraînerait une longue et fastidieuse discussion qui ne serait pas des plus indiquées si peu de temps avant de partir faire les boutiques avec sa mère. Narcissa avait le chic pour vous mettre sur les rotules en un minimum de temps dès qu'elle partait sur son passe-temps favori et le genre de conversation qui s'avérait nécessaire appartenait malheureusement à l'espèce stressante et moralement épuisante. D'un autre côté, faire comme si de rien était pouvait être tout aussi dommageable et exacerber la défiance, atténuée par la dernière semaine certes, mais qui restait présente entre eux.

Sans qu'aucune décision n'ait été arrêtée d'une part comme de l'autre, ils sortirent du dortoir des Serpentards encore plus rapidement qu'ils n'y étaient entrés, Draco s'abaissant presque à sprinter lorsqu'il aperçut la silhouette de Goyle à l'autre bout de la salle commune. Il conduisit la Gryffondor jusqu'au tableau qui protégeait l'intimité du Maître des Potions et de son jeune mari puis la laissa après s'être assuré qu'elle retrouverait bien son chemin hors des cachots, se mordant violemment l'intérieur de la joue pour ne pas se pencher davantage vers elle afin de lui voler un baiser. Tandis qu'il s'éloignait, il se retourna brièvement pour voir Hermione la main levée pour frapper chez son parrain et se promit d'essayer d'avoir avec elle une discussion sérieuse, en tout bien tout honneur, avant leur mariage si possible.

**********

Appartements de Severus Rogue, 7h34.

Harry se redressa dans le lit en entendant des coups sourds résonner. Il tendit l'oreille, mal réveillé, alors que Severus, qui avait travaillé une partie de la nuit, raffermissait sa prise sur la taille mouvante, enfouissant davantage le nez dans son oreiller. Le jeune Veela finit par comprendre que quelqu'un frappait à la porte et qu'il ferait mieux d'aller ouvrir s'il ne voulait pas que Severus ne soit éveillé par l'infernal boucan. Il se dégagea non sans difficulté du bras possessif qui le retenait entre les draps et enfila une robe de chambre. Il allait lui dire de quel bois il se chauffait à cet inconvenant visiteur ! S'il ne pouvait plus profiter d'une grasse matinée douillette un samedi, le monde partait à vau-l'eau. Même Voldemort avait eu la courtoisie de ne pas le secouer ainsi le week-end !

Pour une fois que Severus n'était pas debout aux aurores… Et ben non, il faut qu'un crétin débarque sans tambour ni trompette !! Grrmmbbbblllll…

Il ouvrit vivement la porte et invectiva sèchement l'ombre floutée qui se découpait vaguement sur le mur du couloir :

- Quoi ?!

- Harry ? balbutia Hermione, stupéfaite.

Non seulement ne s'était-elle pas remise de ses émotions matinales mais si son ami lui ouvrait avec une robe de chambre de soie verte qui clairement ne lui appartenait pas et était suffisamment large à l'encolure pour qu'elle puisse profiter de la vision impromptue d'une série de suçons de taille plus que respectable, elle ne répondait plus de rien. Il avait l'air… débauché, et ce malgré sa mine encore chiffonnée de sommeil.

- Hermione ? demanda Harry en reconnaissant le timbre de son amie.

- Que se passe-t-il, chaton ? s'enquit une voix rauque et dont le ton impérieux perdait en grande partie sa crédibilité lorsque le dernier mot était articulé autour d'un bâillement.

- Excusez-moi de vous déranger, Professeur, s'empressa de déclarer la Gryffondor en s'efforçant de ne pas regarder l'homme émerger de sa chambre vêtu en tout et pour tout d'un bas de pyjama de satin noir qui ne laissait guère place à l'imagination, mais j'ai besoin de parler à Harry.

- Miss Granger ? J'ose espérer pour votre santé que le motif de cette intrusion est des plus grave… Harry, va donc passer quelque chose de plus convenable et rends-moi ma robe de chambre, veux-tu ? Miss Granger, installez-vous dans un fauteuil et n'en bougez pas.

Hermione allait protester mais le regard sombre que Severus posa sur elle lui signifia clairement qu'elle n'était tolérée de si bon matin que par déférence envers Harry et qu'elle ferait mieux de ne pas insister. Elle laissa donc les deux hommes disparaître dans ce qui devait être leur chambre et s'assit sur l'extrême bordure du canapé, prête à bondir à la moindre alerte. Le 'pop' caractéristique de l'arrivée d'un elfe de maison la fit sursauter et elle faillit faire plus ample connaissance avec le très joli tapis persan qui décorait le sol devant la cheminée.

- N'avez-vous donc pas saisi la simplicité absolue du concept de l'immobilité, Miss Granger ? critiqua Severus qui sortait à cet instant même de sa chambre, vêtu de pied en cap et suivi de près par un Harry un brin rougissant.

Le jeune homme était quelque peu mal à l'aise d'avoir ouvert la porte à son amie dans une tenue débraillée qui ne pouvait tromper sur les activités auxquelles il se livrait avec son mari. Non pas qu'il s'en sente réellement coupable ou honteux – oh, peut-être un peu mais tout était si neuf pour lui – mais il existait une marge d'importance entre le fait que ses amis sachent qu'il partageait le lit de Severus et le fait qu'il leur mette des preuves physiques sous le nez.

- Si, si, Professeur. Un elfe m'a surprise et…

Un sourcil arqué la fit taire.

- Je doute que vous ayez déjà déjeuné, Miss Granger, aussi ai-je requis un couvert supplémentaire, lâcha ensuite Severus sur un ton qui impliquait intrinsèquement qu'une question serait malvenue.

Décidée à ne pas braquer son professeur pour se voir jetée dehors sans avoir pu exposer son problème à Harry, Hermione effaça les quelques plis que son sursaut avait occasionnés sur le tissu de sa robe et rejoignit le couple à table. Le Veela se sentait visiblement rassuré sur l'appartenance de son compagnon, ne s'installant pas d'autorité sur ses genoux ainsi qu'il n'avait pu s'empêcher de le faire la veille. Il poussa néanmoins sa chaise en direction de celle de Severus, se plaçant plus près qu'il n'était absolument nécessaire mais tout en restant parfaitement correct.

Passer une bonne partie de la soirée blotti contre le torse de son mari avait apaisé ses émotions encore quelque peu vivaces, le laissant épuisé mais satisfait. Dès qu'il avait pu se libérer de l'étreinte poulpesque de son petit Veela, Severus l'avait envoyé au lit et était parti travailler dans son laboratoire afin de rattraper le retard qu'il avait accumulé pour la préparation du traitement du jeune Weasley. Lorsqu'il avait jugé indispensable de rejoindre son chaton tard dans la nuit, il avait eu la surprise de se voir immédiatement entouré de bras accueillants et assailli par des lèvres exigeantes et quémandeuses. Leur état de fatigue respectifs ne leur avaient pas permis d'explorer plus avant mais cela n'empêchait nullement le maître des potions d'être de plus en plus appréciatif envers la vie maritale, lui qui l'avait jadis toujours considérée comme un fardeau.

- Pourquoi voulais-tu me voir, Hermione ? demanda bientôt Harry, suffisamment valide pour aligner deux mots maintenant qu'il avait bu une tasse de thé bien fort.

- Et bien, c'est assez délicat… je… Je dois me rendre chez je ne sais quel tailleur ce matin avec les Malfoy pour faire faire d'une part mon… trousseau… et d'autre part, ma robe de mariée.

- Et ? insista le Veela entre deux bouchées de croissant, un léger coup de coude de Severus venant lui rappeler discrètement qu'il ne devait pas parler la bouche pleine sous prétexte qu'une amie était présente.

- Et… Narcissa m'a bien répété et re-répété que je devais venir avec mon témoin aujourd'hui pour que sa tenue puisse être sélectionnée. L'ennui c'est que je n'ai pas de témoin et que… enfin… je… je voulais te demander depuis plusieurs jours mais avec Ginny… et Ron… et mes cours supplémentaires… je n'ai vraiment pas pu trouver le temps…

- Euh… tu pourrais être plus claire, s'il te plait ? Il est tôt et je ne suis pas sûr d'avoir bien tout compris… marmonna Harry, espérant contre toute attente qu'un elfe zélé et débordé avait versé une bonne rasade de Whisky Pur Feu dans la théière. Cela expliquerait certainement pourquoi il croyait avoir entendu Hermione lui demander de venir subir une séance de shopping avec Draco Malfoy, n'est-ce pas ?

- Veux-tu être mon témoin et m'accompagner pour choisir ma robe de mariée ? lâcha finalement la Gryffondor après avoir pris une profonde inspiration.

- Tu veux que je te serve de… de… de demoiselle d'honneur ???!?!?! Tu peux pas prendre une fille, non ? s'écria Harry, vexé.

- Harry, l'avertit Severus, posant une main discrète sur sa cuisse. Miss Granger peut choisir absolument qui elle désire pour cette tâche. Contrairement à la tradition moldue dans laquelle le sexe de la personne choisie a une importance primordiale, il est indifférent chez les sorciers. Il demeure plutôt rare qu'une jeune femme préfère requérir cette faveur d'un garçon de sa connaissance mais ce n'est en rien inconvenant et ne fera pas de toi une 'demoiselle' pour autant.

- Mais…

- Si tu acceptes, tu seras son garçon d'honneur, voilà tout, le coupa Severus en resserrant légèrement les doigts sur les muscles déliés qu'il sentait frémir sous leur gangue de tissu.

Il ne cherchait nullement à convaincre son chaton de quoi que ce soit, seulement à lui présenter les possibilités qui s'offraient à lui sous leur vrai jour et non sous la version tronquée que le garçon était venu à croire sans le soutien de l'éducation adaptée. Il fallait vraiment qu'il s'occupe de lui inculquer les connaissances indispensables à une personne amenée à se heurter, qu'elle le veuille ou non, à la bonne société – aussi détestable soit-elle –dès qu'il en aurait le temps…

- Le fait que nous ayons tous les deux eu un témoin mâle est un concours de circonstances dicté par la rapidité avec laquelle les événements se sont succédés. Black aurait très bien pu épouser une femme après tout, termina-t-il en haussant nonchalamment les épaules.

- Harry, je… reprit doucement Hermione, fixant la table avec tant d'intensité que ce fut un miracle si cette dernière ne s'enflamma pas. Je présume qu'avant toute cette histoire j'aurais peut-être pu demander à Ginny, encore que… mais désormais… c'est hors de question… Il y a bien Luna, mais avec elle je serais sûre de me marier en toile de jute décorée d'épluchures de carottes alors… C'est trop important et il n'y a que deux personnes en qui j'ai suffisamment confiance pour tenir ce rôle. Toi ou Ron. Mais Ron…

- N'accepterait pas même s'il avait toute sa tête, je sais, soupira le Veela. Jure-moi que je ne serais pas obligé de porter un truc féminin !

- Bien sûr que non, Harry ! s'exclama la préfète en relevant la tête, ahurie qu'il ait pu croire une telle chose.

- Je présume que Malfoy sera là ?

- Euh… Lequel ?

- Ton futur mari, cette question !!

- Oui, il doit aussi prévoir sa robe et celle de son témoin.

- Pffffffff, j'en étais sûr…

Harry n'avait pas le moindre désir de se voir bloqué dans un magasin avec Draco Malfoy une éternité durant mais il ne pouvait pas faire faux bond à Hermione, même s'il risquait d'énerver le Veela non lié en se montrant involontairement proche de sa compagne. S'il avait compris une chose depuis son anniversaire, c'était que le bon sens ne régnait pas en maître dans l'esprit d'un Veela lorsque sa moitié était en question.

- Je ferais pour le mieux mais il se peut que l'ambiance soit assez tendue… Et puis, il faudra bien que je m'habitue à ne pas rester perpétuellement avec Severus, acheva-t-il dans un murmure.

- Oh, merci Harry !! se réjouit Hermione qui n'avait pas entendu la dernière partie.

Elle se leva de table et la contourna, venant serrer le Gryffondor dans ses bras, consciente que son professeur avait sûrement fait pencher la balance bien plus rapidement qu'elle n'aurait pu le faire, rien qu'en lui expliquant deux détails qui n'auraient jamais eus d'impact avec elle. Elle aurait probablement dû jouer sur la corde sensible ou miser sur le sentiment de culpabilité qui réapparaissait chez Harry dès qu'il vous refusait quelque chose pour le faire changer d'avis. Oh bon, d'accord, elle l'avait fait ! Mais rien qu'un peu, hein !! Néanmoins, elle était ravie qu'il vienne la soutenir dans cette épreuve, elle qui n'aimait les magasins que lorsqu'ils regorgeaient de livres.

Elle s'excusa ensuite promptement en prétextant devoir se préparer, ce qui lui attira un regard dépourvu d'émotion et accompagné d'un sourcil à demi haussé de la part de Severus. Il semblait penser qu'elle en aurait effectivement bien besoin mais Hermione oublia immédiatement cette idée. Elle portait son uniforme de Poudlard, comme elle l'aurait fait en n'importe quel autre occasion, et cela suffirait bien. Elle précisa à Harry qu'il devait la rejoindre dans le hall à 9h30 au plus tard et s'éclipsa vivement.

Severus se tourna alors vers son mari et le fixa pensivement avant de poser sa question.

- Tu es sûr de tenir toute la journée ? s'enquit-il sur un ton nettement dubitatif. Connaissant Narcissa, vous n'êtes pas sortis des boutiques avant la fermeture, si elle ne parvient pas à repousser leurs horaires, et il serait inconvenant que tu ne leur fausses compagnie pour une petite crise de possessivité comme celles d'hier.

- Je n'ai pas l'intention de m'imposer pour le déjeuner. Je rentrerais manger ici ?

Si sa dernière phrase se voulait affirmative, elle dénotait néanmoins une incertitude patente et la quasi-assurance de se voir rejeté, bien qu'Harry soit incapable de s'expliquer ce sentiment. Il leva timidement les yeux vers son compagnon, se mordillant la lèvre inférieure et priant pour ne pas y déceler d'ennui. Il se trouva face à deux orbes onyx amusés qui ne purent s'empêcher de jeter un bref coup d'œil vers la bouche tentante et abusée par de petites dents blanches.

- Assure-toi de prévenir Lucius et Narcissa de ce fait avant qu'ils ne t'installent au Cabécou. Tu pourras sûrement emprunter leur cheminée, déclara Severus lorsqu'il parvint à ravaler l'envie de sauter brutalement sur son Veela pour l'embrasser au milieu des viennoiseries.

- Au quoi ? Et puis pourquoi j'aurais besoin de leur cheminée ??

- Le Cabécou est l'un des meilleurs restaurants de Grande Bretagne et il a l'extrême avantage de se situer à deux pas du tailleur favori de Narcissa, à Edimbourg.

- Edimbourg ?!?!?! couina Harry.

- Ne me dis pas que tu pensais sincèrement que Narcissa irait acheter la robe de mariée de la fiancée de son fils à Pré-au-lard ou sur le Chemin de Traverse chez Madame Guipure ? Elle veut évidemment un styliste renommé qui lui créera une tenue unique. Les Malfoy ne font jamais rien à moitié, chaton. Elle a sûrement déjà fait faire des modèles inédits qu'elle a peut-être ou peut-être pas déjà présélectionnés…

Devant l'air plus qu'interdit d'Harry qui semblait soudainement se demander dans quoi il avait mis les pieds, Severus lui resservit une tasse de thé et reprit.

- Que croyais-tu qu'elle faisait depuis une semaine ? Les cours qu'elle dispense à Miss Granger ne suffisent certes point à occuper tout son temps et, bien qu'elle n'exerce aucune profession, elle n'est pas femme à se tourner mollement les pouces. Elle a un mariage à organiser. Merlin merci, elle n'a pas poussé le vice jusqu'à descendre dans l'une des maisons de haute couture de Paris, probablement uniquement par manque de temps…

- Mais… mais…

- N'essaie même pas de comparer l'Union de mon filleul avec la nôtre. Je déteste les fêtes et le temps nous manquait encore plus qu'à eux. Draco n'est en rien menacé. Quelle que soit sa position officielle vis-à-vis du Ministère, il est certain que Lucius a laissé planer un doute sur sa loyauté auprès des quelques Mangemorts encore en cavale, pour le cas où.

Harry but sa tasse cul sec avant de réaliser qu'il n'avait pas ajouté de sucre et que le thé noir bien fort avait la désagréable habitude d'être très astringent, surtout lorsqu'on avait coutume de le boire si sucré qu'il en devenait sirupeux. Severus pinça les lèvres pour ne pas rire de la mine déconfite de son Veela.

Maudite soit Hermione avec son idée saugrenue de venir quémander des faveurs pareilles au saut du lit !! Pourquoi avait-il accepté dès qu'elle lui avait assuré qu'elle n'avait pas d'autre espoir et qu'il serait aussi masculin qu'il se devait ? Parfois il en venait presque à regretter de ne pas avoir laissé le Choixpeau l'envoyer à Serpentard !

Soupirant pour la énième fois, Harry se leva et alla prendre une douche. La journée serait longue…

**********

Bureau des Aurors, Ministère de la Magie, 8h45.

Une cheminée s'alluma de vert et une voix dolente, certainement épuisée de réitérer les mêmes platitudes à longueur de journée, s'éleva.

- Bureau des Aurors, voulez-vous déposer une plainte ?

- Oh ? Euh, non. Je voudrais parler à l'Auror Black, je vous prie.

- Ne quittez pas, je vais le prévenir.

La voix était plus alerte cette fois, plus énervée aussi, appréciant visiblement peu de devoir traverser le service pour quérir Sirius Black. Non seulement son bureau n'était pas le plus proche, contrairement à celui de l'Auror Peterson qui était de garde ce jour, mais l'homme était extrêmement bizarre depuis qu'il était arrivé, avec une demi-heure d'avance – du jamais vu !

Le stagiaire qui répondait à la cheminée – oui, oui, la voix était bel et bien incarnée ! – serait même tenté de déclarer qu'il était excessivement étrange, voire lunatique. Pas que Sirius Black lui ait jamais semblé particulièrement sain d'esprit mais il devait avouer que l'air vague et ahuri qu'il arborait derrière son bureau ne lui disait rien qui vaille. Quelle idée avait-il eu de choisir cette carrière franchement ! Au bout de deux ans à l'académie des Aurors, tout ce qu'on lui permettait de faire en stage pratique dédié à l'apprentissage sur le terrain était de répondre à la cheminée et de courir chercher du café ou du thé selon l'humeur, éventuellement de dupliquer un ou deux dossiers et exceptionnellement d'envoyer un parchemin de service, mais jamais rien d'important, de crainte que la pauvre note ne se perde et ne volette indéfiniment dans un obscur recoin du bâtiment, victime d'un sort mal maîtrisé.

Il en avait marre !!

- Auror Black ?

- Mmmmm ??

- Un appel pour vous.

- Ah ? J'arrive…

Le stagiaire accepta la réponse qui lui fut donnée bien qu'elle ne s'accompagne visiblement pas de l'intention de bouger d'un millimètre et se retira. Il se pencha dans l'âtre de la cheminée concernée et fit la transmission avant de se détourner vers le guichet qui se trouvait pris d'assaut par une sorcière, plus de première ni de seconde jeunesse, furieuse, agitant un immense parapluie et prête à en découdre avec Lord Voldemort lui-même pour une sombre histoire de crevettes sauteuses avariées.

Quelques minutes plus tard, alors que les appels s'embouteillaient pour cause de cheminée et de stagiaire occupés, un sorcier roux émergea de celle devant laquelle il patientait depuis bien trop longtemps pour ses genoux qui fatiguaient avec l'âge, bientôt suivi par une replète sorcière à la chevelure tout aussi flamboyante. Ils se dirigèrent tous deux vers Sirius qu'ils apercevaient au loin, sans prêter attention aux pitoyables tentatives du stagiaires pour les arrêter tout en bataillant avec la sorcière indignée du crucial manque de sérieux des épiciers.

- Sirius ? s'enquit calmement Arthur malgré la moutarde qui lui montait tout doucement au nez.

Aucune réponse intelligible ne quitta les lèvres de l'animagus.

- Sirius !! répéta-t-il, criant presque cette fois.

Voyant que rien ne décidait l'homme perdu dans les limbes à revenir sur terre, Molly prit les choses en main.

- SIRIUS ORION BLACK !!!!!! éclata-t-elle exactement comme lorsqu'elle s'apprêtait à sermonner l'un de ses enfants, faisant sursauter le bureau des Aurors au grand complet.

- Quoi ??!?!?! s'écria ce dernier effaré, se redressant si brusquement sur sa chaise que ses fesses faillirent bien glisser de leur assise de bois dur pour atterrir 50 centimètres plus bas.

- Vous ne répondez plus aux appels que l'on vous passe maintenant, jeune homme ? demanda frileusement Molly. Il s'agissait de sa fille tout de même !!

- Quel appel ?... Oh oui ! On m'a vaguement parlé d'une cheminée tout à l'heure…

- Il y a plus de cinq minutes, Sirius. Je suis sûr que vous avez idée de la dureté du marbre dans le hall des communications de Sainte Mangouste, exposa Arthur.

- Euh… Pardon ?? demanda piteusement l'animagus en penchant la tête sur le côté comme un chiot qui ne comprend pas pourquoi son maître hurle devant la belle crotte qui vient d'être amoureusement déposée sur son tapis neuf. Mais asseyez-vous, reprit-il après une courte pause. Qu'est-ce qui vous amène au Ministère ?

- Notre fille, répondit Arthur en prenant place sur l'une des chaises proche du bureau de Sirius tandis que Molly s'emparait de la seconde. Nous sommes allés à Sainte Mangouste ce matin pour la voir et on nous a interdit l'accès. Apparemment, il nous faut une autorisation pour rendre visite à notre enfant…

- Oh Merlin, j'ai totalement oublié de m'en occuper hier ! Excusez-moi Arthur, je crains d'être quelque peu distrait… Bien sûr, il faut une autorisation écrite du Ministère pour que la famille ou toute personne n'appartenant pas au Bureau des Aurors ou au personnel hospitalier puisse entrer dans le service de psychomagie carcérale. Je vous prépare les papiers dès à présent, vous pourrez repartir avec et aller voir Ginny quand vous voudrez. Je dois cependant vous prévenir qu'il y a de grandes chances que nous puissions enfin la transférer dans l'une de nos cellules avant la fin de la journée, je n'attends plus que le rapport officiel d'évaluation des psychomages et la décharge qui l'accompagne.

Sirius se mit à fourrager dans une montagne de paperasserie qui, par on ne sait quel miracle, ne s'écroula pas lorsqu'il exhuma un formulaire qui avait sans conteste dû connaître de meilleurs jours. Il saisit sa plume et entreprit de le remplir vivement de son écriture allongée et anguleuse, demandant parfois une précision d'état civil, avant d'appliquer un sceau très officiel.

- Voilà. Y avait-il autre chose ? s'enquit-il poliment.

- Non, Sirius, merci. Je sais que vous nous tiendrez au courant de l'évolution des événements, déclara Arthur, prenant congé.

Molly se leva en même temps que son mari mais marqua un arrêt, le temps de demander à l'animagus si tout allait bien. Il lui semblait un peu pâlot et décidément perdu dans ses pensées. Oh bien sûr, Sirius avait toujours été un peu étrange, avec des accès subits d'énergie, de colère ou de mélancolie mais il ne lui avait jamais paru être de l'espèce des rêveurs. Sur l'assurance peu convaincante qu'il se portait comme un charme, elle accepta avec réticence de suivre Arthur pour retourner à Sainte Mangouste, intriguée.

Sirius, quant à lui, repartit dans le lieu onirique qu'il ne quittait plus depuis qu'il avait appris la nouvelle.

**********

Poudlard, Tour Gryffondor, devant le tableau de la Grosse Dame, 9h22.

Blaise hésitait.

Il n'avait pas le mot de passe et n'était pas certain de vouloir demeurer devant cette affreuse peinture plus longtemps qu'il n'était absolument nécessaire. Pour être honnête, il n'était pas sûr que ses tympans y survivent… Il reconnaissait sans la moindre réserve ne pas savoir chanter et ne s'essaierait certes pas à l'Air de la Reine de la Nuit. Si seulement tout le monde faisait preuve du même bon sens, il ne serait pas là, à se demander s'il était ou non convenable de plaquer ses paumes sur ses oreilles dans une piètre tentative de protection.

L'indécision le réduisait presque à danser d'un pied sur l'autre lorsque le portrait protesta qu'on ne la laissait jamais répéter tranquillement et s'ouvrit sur un Neville pour le moins contrarié qui télescopa Blaise dans son empressement à s'éloigner de sa salle commune.

- Mais quoi encore ?!?! C'est pas possible tout le monde s'est donné le mot ce matin ou quoi ?? vociféra le Gryffondor, pas à prendre avec des pincettes.

- Désolé mais ce n'est pas moi qui ne regardait pas où je mettais les pieds, rétorqua Blaise, un brin froissé.

- Ben tiens, supporte donc Ron dix minutes alors qu'il essaie tout, mais absolument tout ce qui est contenu dans les armoires du dortoir, que ce soit à lui ou non, pour – et je cite ! – 'se faire beau pour son Blaisichouchou' – fin de citation – le tout en bramant des chansons d'amour à la mode et viens me refaire la morale !!!

Son coup de gueule passé, Neville regarda enfin son interlocuteur et déglutit distinctement, rougissant.

- Blaisichouchou ? remarqua le Serpentard, un petit sourire amusé flottant sur ses lèvres. Comment envisager de se fâcher avec une créature aussi adorable ?

- Ça ne s'invente pas ! rougit le Gryffondor, vraiment mal à l'aise désormais.

Il était facile de parler sans gêne aucune lorsqu'on ignorait qui on serinait mais une fois que l'on avait compris venait un moment de solitude absolue et désespérée. Il tentait par tous les moyens de s'empêcher de se tortiller, de remuer les pieds, de trop rougir… En pure perte, bien entendu ! Sentant le mal-être grandissant de Neville, Blaise en arriva à la raison de sa présence.

- Si je suis venu jusqu'ici, c'était pour savoir si Draco ne serait pas entré chez vous, par hasard.

- Non, pourquoi ? demanda immédiatement un Gryffondor extrêmement surpris.

- Il devait m'attendre mais je ne le trouve nulle part et nous devons nous trouver dans le hall dans cinq minutes. Gr… euh… Hermione serait-elle là ? Peut-être qu'elle l'a vu…

- Non, elle est partie tôt ce matin et m'a refilé Ron à surveiller malgré toutes mes protestations, même si là… je jette l'éponge.

Neville n'était pas peu fier de ne pas bafouiller mais il devait admettre que le fait de voir le si calme Serpentard s'énerver l'y aidait grandement.

- J'espère qu'ils ne sont pas ensemble, ces deux-là ! Et qu'ils ne seront pas en retard… La journée promet d'être suffisamment particulière comme ça ! ronchonna Blaise sans s'éloigner pour autant. Il allait devoir courir pour ne pas arriver à une heure trop indue mais il préférait manquer à l'éthique des Sang Purs plutôt que de quitter si vite son mignon gryffon, pour une fois qu'une occasion se présentait de rester en sa compagnie.

- Particulière ? ne put retenir Neville, intrigué.

- La sélection des tenues pour le mariage avec les parents de Draco. Autant dire un calvaire qu'en tant que témoin je ne peux me permettre d'éluder, soupira-t-il en brossant une trace imaginaire sur sa manche.

Ne trouvant rien à dire qui n'incluait pas une sortie à Pré-au-lard, un rendez-vous dans une alcôve ou dans une salle vide ou une requête pour un baiser immédiat, Blaise se résigna à devoir laisser là Neville.

- Je présume qu'il va me falloir partir si je ne veux pas être en retard… Je… Je pense que je te dois des remerciements pour avoir surveillé Weasley et l'avoir empêché de me sauter dessus… alors…

Il ne savait pas trop comment tourner sa pensée pour ne pas effrayer le timide garçon qui lui faisait face et la rougeur qui revenait en force sur les joues pâles et nettement moins rebondies que par le passé ne lui simplifiait guère la tache, mais il avait là une occasion unique d'obtenir une rencontre privée avec son Gryffondor et ne comptait certes pas la laisser s'envoler sottement. La question qui se posait était de savoir si Neville rougissait uniquement parce qu'il était mal à l'aise ou bien parce qu'il avait saisi l'arrière-pensée qui tiraillait Blaise et le Serpentard trouvait soudainement qu'il n'était pas aisé d'en connaître la réponse. Il n'avait pourtant jadis jamais hésité une seconde avant de se lancer mais cette fois, les choses étaient différentes. Un rejet le ferait souffrir plutôt que hausser les épaules d'un geste fataliste et désintéressé.

- Je pourrais peut-être… t'aider pour les cours de Potions ? acheva-t-il piteusement.

Salazar en string paillette à plumes !!!!

Je ne pouvais pas être encore plus ridicule ?!?!?!?!?

Non mais j'ai l'air de quoi, moi ?? Des potions ! Il a horreur de ça !!!!!!!!!!!!

Fi !! Mais quel idiot !!

- Oh… euh… balbutia Neville, incertain. Je… et bien… pou…pourquoi pas ? J'en aurais besoin… Enfin si tu n'as pas peur que…

- Oh ? Magnifique ! Disons demain à 14h dans la salle vide deux portes après celle de potions ? Elle est équipée, c'est là que je vais quand je veux réviser la pratique…

Mais tais-toi, crétin !! Pas la peine d'épiloguer, tu radotes !

Il a dit oui, maintenant sauve-toi avant qu'il ne change d'avis devant le lourdaud pitoyable que tu es !

- D'a…d'accord, acquiesça un Neville un peu ébahi alors que Blaise lui décernait un petit rictus contrit qui pouvais passer pour un sourire – ou pas… – et se sauvait à toutes jambes marmottant quelque chose à propos des Malfoy.

Merlin tout puissant ! Il… Il m'a invité ?!?!?!?!?!?!?!?!

Moi ???

**********

Sainte Mangouste, bureau des admissions, 9h15.

- Suivant ! Quelle est la nature de votre mal ? déclara mollement la réceptionniste, pressée de se débarrasser de la file qui s'allongeait devant elle pour aller profiter de sa pause brioche.

- Nous venons rendre visite à Ginevra Weasley, répondit poliment Molly malgré sa nervosité croissante.

- Encore vous ! s'exclama l'employée mécontente. Je vous ai déjà signifié que vous ne pouviez vous rendre dans le service de psychomagie carcérale sans un laissez-passer du Ministère !

- Laissez-passer que voici.

Le parchemin claqua violemment sur le bois du guichet et le ton d'Arthur menaça ouvertement de devenir cassant s'il entendait une fois de plus une excuse quelconque l'empêchant d'aller voir sa fille. Il avait beau ne pas défendre ses actes, elle n'en restait pas moins son enfant et sa santé laissait apparemment à désirer en cet instant.

- Comment avez-vous pu avoir ça si vite ? s'enquit la secrétaire soupçonneuse. Il a l'air authentique…

- Il l'est !! Cessez donc de tourner autour du pot et indiquez-nous le numéro de chambre de notre fille !

- A cette heure ? Vous n'y pensez pas ! Les soins se déroulent en matinée et…

Ayant levé les yeux du parchemin pour les poser sur un Arthur fulminant littéralement devant la royale incompétence des services publics en cette charmante matinée, la femme se tut avec un petit couinement de souriceau apercevant un gros matou et déglutit péniblement, la gorge soudainement sèche.

- Chambre 13, quatrième étage, piaula-t-elle en rendant à ses propriétaires un parchemin tremblotant, désignant faiblement les ascenseurs de sa main libre.

- Merci bien !

Le couple Weasley atteignit sans encombre le lieu indiqué et fut conduit à la porte de leur fille par le psychomage de service qui leur avait subtilisé leur laissez-passer pour l'enfermer sagement dans le dossier de Ginny. L'homme les prévint qu'ils ne devaient s'attendre à aucune réaction particulière de la part de la jeune rousse et ce fut effectivement le cas. Bien que le lit soit pourvu d'attaches médicales utilisables lorsque la magie était déconseillée, elle ne les portait pas et n'était pas non plus soumise à un sort pour la maintenir entre les draps.

Il n'y avait par ailleurs aucune raison de le faire. Elle était assise, les genoux remontés contre la poitrine, ses bras les enserrant, à penduler lentement d'avant en arrière, le regard vague et fixe. Elle ne bougea pas, ne parla pas tandis que sa mère venait la serrer contre elle, déplorant les marques qui ornaient désormais son visage, lui posant mille et une questions qui restèrent obstinément sans réponse, Ginny ne semblant pas même l'entendre.

Arthur ne tenta pas de lui parler, sachant que cela ne serait qu'en pure perte. Il se contenta de passer un bras hésitant et mal à l'aise autour des épaules rigides de la jeune fille et de serrer avec plus ou moins de constance avant de les relâcher. Dès qu'ils quittèrent la chambre, sa femme s'effondra en pleurs contre son torse et il s'enquit auprès du psychomage de son avis sur l'état de leur enfant tandis qu'il tentait de maladroitement réconforter son épouse en lui tapotant le dos d'une main mal assurée, l'autre étant allée se placer au creux de ses reins.

L'opinion du médicomage n'était en rien complexe. Il estimait que Ginny Weasley souffrait bel et bien de catatonie, état sûrement provoqué par l'une des paroles ou l'un des actes qui s'étaient produits lors de sa confrontation avec le jeune Veela responsable de ses blessures, mais que son statut médical n'entachait nullement sa responsabilité puisque postérieur aux faits reprochés. Il leur annonça avoir préparé pour le tribunal une recommandation pour placer Ginny dans un couloir spécialisé d'Azkaban, moins fréquenté par les Détraqueurs que le reste de la prison, et dans lequel elle pourrait bénéficier des soins médicaux minimaux, tels que le fait de la nourrir de force par exemple, besoin essentiel qui ne serait pas pris en considération dans une cellule classique. Il s'excusa de ne pouvoir leur assurer que ses requêtes seraient suivies par le Magenmagot et expliqua qu'il n'avait, quoi qu'il en soit, aucun pouvoir quant à la durée de la peine qui serait décidée.

**********

Poudlard, appartements de Severus Rogue, 12h17.

Harry entra, claquant la porte derrière lui et bondit sur Severus qui sortait de son laboratoire pour s'enquérir du bruit. Un Veela attaché au cou, le maître des potions trouva miraculeusement son chemin jusqu'au canapé dans lequel il s'écroula – geste qu'il ne reconnaîtrait jamais, ne rêvez pas – coinçant l'objet du délit entre les coussins et son corps. Quelques gigotements plus tard, une petite bouche avide vint attaquer la sienne et il oublia un instant qu'il écrasait presque son mari sous son poids. Ce fait ne lui revint à l'esprit que lorsque Harry rompit leur échange pour siffler faiblement qu'il ne pouvait plus respirer.

Severus recula et s'installa convenablement sur le sofa, le Veela venant immédiatement se blottir contre lui, nichant sa tête sous l'angle de sa mâchoire. Ayant passé un bras autour de la taille menue qui se serrait sur son flanc, il s'enquit de la matinée de son compagnon qui soupira si violemment qu'aucune précision n'était nécessaire pour saisir son état de nerfs.

- Atroce, affreux, abominable, épouvantable, horrifiant…

- Je crois que j'ai compris, chaton, l'interrompit Severus qui n'avait pas à sa connaissance ouvert un thésaurus.

- Tu n'as pas idée, Sev !!!!! Mais pourquoi j'ai accepté ?!?! Tu verrais ma tenue pour le mariage, je vais ressembler à un gros bonbon ! Le pire c'est que je n'ai pas pu prendre celle que je préférais, et il faut le dire vite, simplement parce que 'vous comprenez, très cher, il faut que vous puissiez danser avec. Celle-ci est trop raide, elle sera inesthétique pour un tango…', déclara Harry, imitant à la perfection le ton légèrement traînant et guindé de Narcissa. Non mais où a-t-elle été chercher que je savais danser le tango, franchement ??

Severus n'écoutait plus que d'une oreille peu attentive le radotage hystérique de son Veela depuis qu'il avait entendu ce son si étrange franchir ses lèvres : Sev. Il avait osé lui donner un surnom !! L'un de ces ridicules et dégradants sobriquets ! C'était absolument innommable, inqualifiable, effronté, insolent… et adorable. Merlin mais depuis quand se changeait-il en masse informe de guimauve dès qu'un certain diablotin à la chevelure ébène était concerné ?!

- Tu m'écoutes ??? protesta le Gryffondor, joyeusement ignorant des états d'âme de son compagnon, la bouffé soudaine d'indignation qu'il avait ressentie ayant été judicieusement, mais de manière tout à fait erronée, attribuée à un sentiment fort de commisération envers les embûches qui avaient parsemées sa matinée.

- Pardon ?

- Bah voilà, tu ne m'écoutes pas !! On voit bien que ce n'est pas toi qui a du voir et entendre des choses que jamais, jamais tu n'aurais voulu connaître ! Comme le fait de discuter la quantité acceptable de dentelle des sous-vêtements futurs d'Hermione avec des personnes absolument pas concernées dans la pièce ! Encore le styliste, c'est son métier, et Malfoy, pourquoi pas… Après tout, c'est lui qui la verra dedans, il y trouve sûrement un intérêt. Mais ses parents, Zabini et moi…

- Un trousseau se choisit jusqu'à la couleur des chaussettes, répliqua Severus sans trop y penser. Evidemment chaque détail est discuté.

Peut-être qu'il ferait mieux de voir si cette appellation revenait avant de prendre la mouche ou de se ridiculiser en abordant le sujet… Il ne s'agissait certainement que d'un effet secondaire du stress tout masculin de se trouver dans la boutique d'un styliste à voir défiler des tenues froufroutantes de mariage… Nul individu sain d'esprit sur cette planète ne prendrait le temps de lui attribuer un petit nom rien qu'à lui, sauf pour se moquer…

- … mais tout de même tu avoueras que… Mais Sev, tu m'écoutes, oui ??

- Je n'ai pas rêvé, c'est la deuxième fois que tu m'appelles 'Sev'.

Ses paroles avaient jailli de ses lèvres sur un ton plus accusateur qu'il ne l'avait anticipé et Harry sembla tout à la fois étonné et désespéré.

- Oh, je… je n'avais pas fait attention… mais… ce n'est pas grave.

Le Veela baissa tristement le visage, considérant pensivement le sol et se dégageant de l'étreinte de son compagnon. Bien sûr, rien ne pouvait jamais durer, où avait-il eu la tête à se prendre au jeu ? Une main élancée se glissa son menton, le forçant à se redresser et deux profonds yeux noirs fixèrent les siens.

- Harry… Je… Je ne cautionne pas l'emploi de surnoms ou de diminutifs. Non, non, tu restes là, insista-t-il lorsque le garçon remua la tête pour se défaire de sa poigne.

Il devait impérativement empêcher la sensible créature qui partageait sa vie de se monter le bourrichon pour si peu. Harry avait décidément un don inné et inimitable pour sauter instantanément aux conclusions les plus erronées, même s'il pouvait comprendre que les mots qu'il venait de prononcer aient pu être interprétés comme un rejet.

- Le seul que l'on m'ait jamais donné était une courtoisie de Black et n'avait rien de charmant, bien au contraire. Je n'ai pas l'habitude… et je suis… je crois, méfiant de nature… mais…

Il soupira, ne quittant pas du regard l'étincelle qui oscillait entre blessure et espoir au milieu des émeraudes humides à quelques centimètres de lui. Il lâcha le menton volontaire du petit Veela pour encadrer son visage de ses mains et acheva sa pensée dans ce qui était plus un murmure qu'une grande déclaration.

- J'ai plus été surpris qu'autre chose que quelqu'un ait pris la peine de trouver un surnom aussi simple soit-il et je suis désolé si je me suis mal exprimé… Je ne voulais pas paraître si sec… c'est… gentil, vraiment…

- Vraiment ?? pépia Harry d'une voix un peu étranglée.

- Oui. Je… Je vais arrêter d'ergoter comme un vieillard sénile et pas un mot de cette conversation ne quittera cette pièce, quand bien même il s'agirait d'une question de vie ou de mort. Suis-je suffisamment clair ?

Harry ne se trompa pas à l'énoncer de cette sentence : Severus appréciait le diminutif dont il l'avait étourdiment affublé et se refusait à l'admettre. Infiniment soulagé, le Veela revint se blottir contre son compagnon, laissant le lien exprimer pour lui tout le contentement qu'il serait incapable de formuler de manière syntaxiquement cohérente. Severus en fut un peu drogué, le flot d'émotions semblant désormais insensible à ses barrières occlumentiques pourtant bien en place, et faillit s'emmêler inélégamment les pinceaux en appelant un elfe pour qu'il serve le déjeuner alors qu'Harry entreprenait de lui raconter de nouveau la matinée éprouvante qu'il venait de vivre.

**********

Edimbourg, La Frivolité des Anges, 14h13.

Hermione se tenait de nouveau dans la cabine d'essayage, une robe à ses côtés, soupirant. Elle enviait terriblement Harry qui avait pu se sauver pour rejoindre Poudlard durant le déjeuner. Bien sûr, elle savait qu'il ne tolérait pas encore avec aise de se voir séparé de son compagnon, même pour quelques heures, et elle concevait quelque part une certaine honte à le jalouser ainsi mais, pour elle, le restaurant atrocement guindé dans lequel ils s'étaient restaurés était un test grandeur nature de son aptitude à naviguer dans la bonne société.

Elle était la seule des convives à ne jamais avoir fréquenté un endroit de ce style et le stress absolu de se voir lâcher une fourchette ou de se tromper de petite cuiller ne lui avait laissé aucun moment de répit. Il lui semblait bien avoir surpris quelques froncements de sourcils discrets chez Narcissa mais elle ne pouvait avec certitude les attribuer à une faute de sa part et craignait d'autant un débriefing en rentrant au château. Désormais, elle se retrouvait avec l'estomac noué par un mélange d'angoisse et de faim – elle n'avait jamais eu l'appétit gargantuesque de Ron, mais tout de même, les assiettes eussent pues être plus remplies – à devoir essayer des robes de mariée qui ne lui ressemblaient pas pour deux Mornilles, couvertes de fanfreluches, ruchés, rubans et autres falbalas.

- Excusez-moi pour le retard, le professeur Dumbledore n'était pas dans son bureau et j'ai du l'attendre.

La voix d'Harry lui parvint, étouffée par l'épaisse tenture qui dissimulait l'entrée du salon privé dans lequel elle devait théoriquement se changer. Se sentant vaguement soulagée maintenant qu'une personne ayant aussi peu l'habitude qu'elle de cette ambiance soit présente, elle se résigna à enfiler l'horreur vert pâle qui siégeait à côté d'elle sur un fauteuil.

Harry s'était poliment excusé et avait reçu en retour un regard adouci de Narcissa, courroucé de Malfoy qui sortait de sa cabine d'essayage en robe bleue de coupe assez traditionnelle ainsi qu'il convenait pour un homme, inquisiteur de Blaise et de connivence de Lucius. Bien évidemment, il était inutile de tenter de jeter de la poudre aux yeux du Veela le plus âgé. Il n'était pas tombé de la dernière pluie, et n'avait pas, comme son épouse, un souci très prononcé et distrayant pour les préparatifs du mariage. Harry se sentit rosir et fut ravi de la distraction lorsque Narcissa partit dans un discours enflammé sur le fait que cette teinte particulière de bleu ne seyait pas le moins du monde à son fils, ternissant ses yeux, et qu'il serait hors de question qu'il se marie avec une telle horreur sur le dos.

Blaise profita du moment de flottement qui s'ensuivit pour aborder Harry et discrètement lui demander, à titre purement informatif, s'il savait ce que Neville aimait manger. Le Veela se tourna, le regard scrutateur, vers le métis et le considéra pendant un instant.

- Pourquoi te le dirais-je ? Neville est un ami, je n'ai pas l'intention de le jeter dans la fosse aux serpents.

- Je ne cherche pas à me moquer ou à l'humilier. Au cas où cela t'aurait échappé au cours des années, ce n'est pas mon genre. Draco est un ami mais cela ne signifie pas que je cautionne sa manière de se comporter envers la plupart des gens.

Malgré le ton ferme et l'aspect un peu raide de Blaise, Harry sentait qu'il lui cachait quelque chose. Nul ne pouvait côtoyer Severus Rogue des semaines durant sans apprendre à décoder les comportements classiques des Serpentards et à voir au-delà de certains de leurs masques. Il avait bien compris, avec du mal certes mais seul le résultat comptait, que plus un Serpentard se montrait hermétique, plus le sujet lui tenait à cœur. La question était de savoir pourquoi Neville, gentil garçon un peu pataud, intéressait Blaise Zabini, héritier fier et compassé. Ne quittant pas le métis des yeux, il crut soudainement saisir ce dont il s'agissait.

- C'est Neville, c'est ça ? La fameuse personne dont tu parlais dans le bureau de Dumbledore…

- … Euh… Oui, finit-il par admettre après avoir merveilleusement imité le strangulot hors de l'eau.

- Il suffisait de commencer par… MERLIN !!!!!!! Mais quelle horreur !!! s'exclama Harry, faisant sursauter tout le monde.

- Harry ? s'enquit gentiment Narcissa en penchant la tête. Vous seriez-vous cassé un ongle, très cher ?

- N…non, répondit-il, retourné par l'apparition mousseuse qui venait d'émerger d'une des cabines.

- Il n'était donc nullement utile de faire un esclandre, précisa la grande blonde. Hermione, ma chère ! Cette robe est purement somptueuse !

- Certainement pas !

Tous les regards se fixèrent sur le petit Veela brun qui osait prononcer une telle sentence à haute voix.

Narcissa le considéra d'un air stupéfait, l'œil agrandi.

Lucius le regardait curieusement alors que Draco semblait tout à coup n'avoir aucune connaissance d'une créature nommée Harry Potter.

Blaise hocha imperceptiblement la tête, secrètement en accord avec la phrase inopportune de son camarade.

Le modiste lui décernait un regard qu'il réservait sûrement pour la vermine et celui d'Hermione exprimait une gratitude sans borne.

- Ne me fixez pas comme ça ! Je n'y connais rien à la mode, et encore moins en tenues féminines, mais ça… ce n'est pas Hermione. On dirait une mousse à la menthe ! Sans les copeaux de chocolats…

- Effectivement, vous n'y connaissez rien, mon pauvre garçon ! Le ruché sera très demandé d'ici quelques mois tout au plus. C'est à l'avant-garde…

- Je comprends que vous vouliez que tout soit parfait et digne de la réputation des Malfoy, l'interrompit Harry lorsqu'il comprit que personne ne semblait saisir sa pensée, mais je présume qu'une robe peut être très belle, esthétique, à la mode et… plus simple ?

Les regards ne dévièrent pas d'un millimètre à l'exception de celui de Draco Malfoy qui se troubla et se reporta vers sa compagne. Adoptant inconsciemment le tic que sa mère avait involontairement transmis, il inclina la tête en réfléchissant, se concentrant sur l'embryon de lien qui le connectait à la jeune femme.

- Il n'a peut-être pas tort…

- Draco ! protesta immédiatement Narcissa.

- Honnêtement, tu trouves qu'elle a l'air à l'aise et épanouie ? Qu'elle ressemble un tant soit peu à celle que tu peux rencontrer tous les soirs ? Je n'ai pas envie que ma fiancée arrive devant l'autel avec autant d'enthousiasme que si elle marchait vers le peloton d'exécution…

- Et bien, non, je t'accorde qu'elle n'a pas vraiment l'air dans son élément mais… Un mariage…

- Narcissa, très chère, peut-être serait-il judicieux de demander à Hermione ce qu'elle en pense, ne crois-tu pas ? intervint calmement Lucius.

- Soit, soupira-t-elle, voyant déjà ses rêves de mariage en grande pompe en prendre un coup dans l'aile. Hermione, qu'en pensez-vous ?

- Je… je n'aime pas les ruchés, les volants, les gros nœuds et la couleur est… Je… je n'aime pas le vert en fait…

- En bref, cette robe ne vous plait pas, affirma Lucius en constatant que la jeune femme ne trouvait pas de qualificatif approprié. La suivante, je vous prie, exigea-t-il auprès du styliste, la plus simple que vous ayez dans la sélection. Nous partirons de là.

Purement mental mais partagé par tous les hommes présent à l'exception du commerçant, un même cri retentit : Merlin, vivement ce soir !!!!

**********

Poudlard, aux environs de 20h.

Harry s'écroula littéralement dans les bras surpris mais accueillants de Severus, épuisé. S'il avait réalisé qu'il déchaînerait les enfers en donnant sincèrement son avis sur l'accoutrement dont Hermione s'était trouvée attifée, il l'aurait laissée se débrouiller avec son saladier bouffant de mousse à la menthe. Au final, cela ne s'était pas si mal terminé, Narcissa prenant un plaisir évident à tenter de rajouter rubans, perles et dentelles sur chaque modèle, au grand dam d'Hermione qui cédait parfois sur un détail pour ne pas trop frustrer sa future belle-mère, mais quelle épreuve pour les nerfs !

Après plusieurs minutes passées lové autour de Severus qui ne pouvait plus bouger quand bien même il en aurait eu l'intention, Harry posa à brûle-pourpoint la question qui lui trottait dans la tête depuis le début de l'après-midi.

- Sev ?? Est-ce que Blaise Zabini est digne de confiance ? Sentimentalement parlant, je veux dire.

- Pourquoi ? Chercherais-tu un amant ? s'enquit son compagnon légèrement amusé. Severus savait bien qu'il n'y avait aucun risque pour que Harry envisage seulement un jour cette possibilité, raison pour laquelle il se permettait d'en rire. Il n'aurait jamais prononcé de telles paroles dans d'autres circonstances, il aurait bien trop craint d'implanter une idée malvenue dans la petite tête de son mari si celui-ci n'avait pas été un Veela.

- Quoi ?! Mais non !! s'exclama le Veela, se reculant pour pouvoir regarder Severus.

- Alors pourquoi cette question ?

- Pas pour moi, enfin !!! Quelle idée saugrenue ! Ne plaisante jamais à ce sujet !! insista Harry d'un air quelque peu peiné. C'est pour Neville, évidemment !

- Excuse-moi, chaton. Je ne m'attendais pas à une question de ce genre… Londubat ? Que vient-il faire dans cette histoire ?

- C'est Zabini qui a des vues sur Neville, je ne peux pas te fournir d'explications, moi… Visiblement, il a décidé d'agir et m'a demandé quelque chose tout à l'heure. J'ai été pour le moins distrait et je n'ai pas pu lui répondre entièrement… Je ne suis pas sûr de devoir l'aider. S'il le fait souffrir…

- Zabini est un garçon posé et peu porté sur les farces, qu'elles soient de potache ou cruelles… S'il manifeste un intérêt certain, il est probablement sincère. Il n'a pas pour habitude de jouer avec les gens, aussi curieux que soit ce trait chez un Serpentard, surtout lorsque l'on connaît sa mère.

- Alors je vais devoir lui envoyer un hibou, je présume, soupira Harry en revenant nicher son visage dans le cou tendre de son compagnon, rasséréné par la main qui se glissa dans ses cheveux.

**********

Au même moment, dans le dortoir des Serpentards.

Blaise jeta un sort sur les rideaux clos de son baldaquin pour les sceller et soupira profondément. Il avait agi sur un coup de tête, il avait saisi l'opportunité qui se présentait sans avoir eu le temps de réfléchir, et désormais, il se devait d'être à la hauteur. Il considéra d'un œil morne ses notes de potions et ses manuels des trois dernières années, qu'il conservait toujours par devers lui en cas de nécessité, et se mit à l'ouvrage.

Il avait gribouillé sur un rouleau de parchemin quelques grandes idées qui, à son sens, devraient aider Neville à rattraper un retard certain tout autant que lui permettre de ne pas détruire la salle de classe lors du prochain cours. S'estimant relativement satisfait de son travail malgré la hâte avec laquelle il avait rédigé ces quelques notes, il allait se laisser aller à somnoler à demi-assis contre son oreiller lorsqu'une créature braillarde non identifiée vint se battre sauvagement avec un pauvre rideau de velours vert charmé pour rester en place. Il annula promptement le sortilège avant que le tumulte n'attire toute la Maison Serpentard au pied de son lit et déplaça précautionneusement le pan de tissu. Un battement d'aile en plein visage plus tard, il était témoin du départ d'une chouette noire au caractère rogue qui n'avait pas pris la peine de lui remettre son message, préférant le lancer sans cérémonie sur ses genoux.

Pfffffffff… Mal élevé cet oiseau…

**********

Draco Malfoy reposait sur son lit dont les couvertures n'étaient pas défaites, fixant sans le voir le plafond de pierre de sa chambre. Il ne savait pas trop quoi penser de cette journée.

Il aimait les vêtements.

Il aimait le shopping.

En tout état de cause, il aurait dû goûter ce jour.

Mais non.

Le stress, presque indiscernable, de sa mère lui avait petit à petit mis les nerfs à fleur de peau. Le regard surpris qu'avait posé Hermione sur bien des choses, son mal-être apparent au restaurant, l'air piteux qu'elle avait arboré dans cette robe bouffante et surchargée de soie et de tulle vert pâle lorsque Narcissa l'avait approuvée… Cette situation était difficile pour elle et cela avait complètement perturbé le plaisir qu'il avait pensé prendre à cette sortie.

Il avait même réussi à tomber d'accord avec Potter, par Salazar !!

Les seules points satisfaisants dans cette épreuve étaient le parfait contrôle qu'il était parvenu à maintenir sur ses hormones, ce qui avait été grandement simplifié par l'angoisse palpable d'Hermione, laquelle lui avait donné envie d'aller la consoler mais pas de lui sauter dessus en public, et sa robe de marié.

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Au même moment, dans le dortoir des Gryffondors.

Neville ne dormait pas.

Fait rare et digne d'être consigné dans les annales, lui, le garçon qui ronflait comme un sonneur dès que sa tête touchait un oreiller, restait bêtement éveillé à regarder pensivement par la fenêtre du dortoir. Non pas qu'il profite de la vue pour admirer le paysage, la forme des nuages ou le vent jouant dans les feuilles de arbres, non, il ne voyait rien, trop concentré sur Blaise Zabini et leur étrange rencontre matinale.

Il n'était pas certain d'avoir réellement tout saisi et était régulièrement tenté de ne pas se montrer le lendemain après-midi, craignant un piège quelconque. Puis il se morigénait mentalement de laisser passer une chance comme celle-ci et le cycle reprenait de plus belle.

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Hermione profitait de la petite salle d'eau qui jouxtait sa chambre de préfète avec un soulagement non dissimulé. Elle aurait voulu pouvoir se délasser dans un bon bain bien chaud débordant de sels parfumés à la fleur de cerisier mais elle n'avait pas le courage de traverser la moitié du château pour atteindre la salle de bain des préfets, aussi se contentait-elle d'une douche. Elle aurait dû se douter que la journée serait particulièrement dure à supporter dès l'instant où elle s'était perdue dans les cachots.

Son entrevue non préméditée avec Draco ne s'était vraiment bien passée et son intrusion dans la vie privée de son professeur la laissait plutôt mal à son aise. Elle n'était pas sûre de pouvoir jamais regarder l'homme en face après l'avoir vu torse nu sur le seuil de sa chambre et Harry…

Harry présentait un problème à part entière.

Elle était persuadée, après l'avoir observé à La Frivolité des Anges, qu'il aurait payé très cher pour ne jamais avoir accepté ce rôle de témoin. Il lui avait semblé peu enthousiaste quant à la tenue sur laquelle Narcissa avait arrêté son choix, encore qu'Hermione la trouva plutôt mettable, et n'avait cessé d'échanger des regards peu amènes avec Draco toute la matinée. Soit, après l'incident de la première robe qu'elle avait essayée, les deux garçons s'étaient calmés mais elle percevait néanmoins une tension entre eux qu'elle savait ne pouvoir entièrement attribuer à leurs querelles passées. Peut-être était-ce là une particularité de Veela… Après tout, les livres lui avaient prouvés leurs limites dans ce domaine précis.

Harry l'avait soutenue face à Narcissa et elle en était ravie mais elle sentait qu'il n'était venu que par sens du devoir, plus que par envie de se trouver là. Quelque part, elle ne pouvait lui en vouloir. Non seulement s'y était-elle prise au tout dernier moment, mais les garçons et les robes ne faisaient pas bon ménage. Il était, du moins le pensait-elle, content qu'elle ait fait de lui son témoin – une fois la première frayeur dissipée – mais elle savait peut-être mieux que personne à quel point il détestait les mondanités.

Oui, elle avait l'impression de lui avoir fait un cadeau empoisonné.

Mais au moins avait-elle échappé à la robe verte !! Une horreur celle-là !

La négociation avait été rude mais elle s'en était plutôt bien sortie finalement. Elle avait fini par concéder à Narcissa des rubans aux épaules, des perles brodées un peu partout et un voile extravagant, brodé de fil d'argent et couvert de diamants mais, l'un dans l'autre, elle ne s'était pas mal défendue.

Et rien n'était vert !