Salut tout le monde !

Alors, concernant ce deuxième chapitre, il y a de la mise en place. Même si beaucoup connaissent les protagonistes, j'installe progressivement tout le monde pour les situer dans l'histoire - tous n'ayant pas le même rôle à jouer et comme ce n'est pas non-plus un huis clos...

Là-dessus, bonne continuation à tous ! À bientôt !

Genzô en avait été insupportable de suffisance.

Non seulement son équipe avait sorti l'Allemagne en demi-finale (beau pied de nez à son capitaine), mais en plus, elle avait remporté pour la seconde édition consécutive, et à l'immense surprise générale, la World Youth. Le trophée était donc retourné une fois de plus au pays du Soleil Levant, là où il était déjà exposé depuis deux ans - ramené fièrement par une équipe encore sous le coup de l'émotion.

Dès l'aéroport, le ton fut donné. L'accueil réservé aux nouveaux champions du monde par une petite partie seulement des très nombreux supporters qui avaient vibré au rythme de la compétition, et qui étaient présents à ce moment là, fut chaleureux, enthousiaste, exubérant.

L'exubérance...voilà bien un trait de caractère que n'avait pas le capitaine de l'équipe, mais qui ne l'empêcha pas pour autant de se plier de bon cœur à l'exercice de la conférence de presse. Accompagné de l'entraîneur de la sélection, Tatsuo Mikami, Takeshi se prêta ainsi au jeu des questions.

Alors que le jeune homme répondait avec plus ou moins d'aisance aux demandes qui se voulaient parfois sportives, parfois personnelles ou carrément hors-sujet, Mikami constata avec joie à quel point Takeshi avait évolué en l'espace du peu de temps qu'avait duré cette compétition, et ô combien il avait eu raison de lui confier ce poste stratégique de capitaine. Il connaissait le garçon depuis de nombreuses années, ce qui lui avait permis de mesurer ses progrès en matière de football pur mais également en matière de comportement. Quand il l'avait rencontré, certes Takeshi était déjà indéniablement doué pour ce sport, mais il vivait à l'époque trop dans l'ombre de celui avec qui il passait également tout son temps : son capitaine de cœur Kojiro Hyûga. Ce n'était pas malsain, c'était juste inhibant pour des capacités que le jeune homme avait en lui et qui ne pouvaient de ce fait, pas s'exprimer.

Et puis cela changea lorsque, la différence d'âge aidant, Takeshi s'était retrouvé « seul » au lycée alors que ses amis-coéquipiers prenaient, eux, la route du professionnalisme. Sa place en équipe nationale était indiscutable, mais Mikami envisagea très rapidement de lui confier également le rôle de chef d'équipe parce qu'il avait suffisamment d'expérience en matière de haut-niveau, suffisamment de capital sympathie auprès des autres joueurs - qui lui avaient accordé spontanément leur confiance - et surtout, il avait ce potentiel, cette force en lui que son entraîneur voulait faire jaillir en le mettant dans une position de meneur...meneur de jeu et meneur d'hommes !

Et ça avait été un pari gagnant. Dans un premier temps, Takeshi avait dû lutter contre lui-même, s'émanciper de toutes ses ombres avec qui il continuait à jouer malgré leur absence sur le terrain, et gagner ainsi formidablement en autonomie et en confiance en lui. Il était enfin parvenu à réaliser qu'il était lui, que personne n'attendait de sa part qu'il se comporte comme tel ou tel joueur et qu'il avait la capacité et les qualités suffisantes pour faire désormais sa route tout seul...et ce, pas uniquement en matière de football...

La conférence de presse terminée, l'équipe monta dans un bus qui les mena à Tokyo où les joueurs furent célébrés, un nouvelle fois, mais de manière plus officielle. Mais cette cérémonie n'était même pas encore terminée que le jeune homme pensait déjà au prochain défi qui l'attendait : remporter une nouvelle et dernière fois le titre national des lycées à la tête de son autre équipe, la Toho. Ensuite, l'année scolaire définitivement terminée, l'équipe du lycée laissée aux bons soins des autres joueurs, Takeshi envisageait de se consacrer pleinement à l'équipe professionnelle qu'il avait récemment rejoint et qui avait eu la complaisance d'accepter qu'il fasse passer en priorité, cette année, ses équipes de « jeunes »...

Les joueurs du Bayern débarquèrent à Narita quelques jours plus tard, un lundi matin. Au programme, ils devaient affronter en l'espace d'une quinzaine de jours, deux équipes de J-League : les Kashima Antlers et les Urawa Red Diamonds.

Afin de préparer au mieux ces rencontres, il était prévu que l'équipe allemande se rende au lycée Toho où elle disposerait deux fois par jour du terrain de football, et à volonté des équipements techniques. Les joueurs logèrent dans un hôtel de grand confort situé au plus près du lycée. C'est là également que Franck Schneider avait réservé une chambre supplémentaire pour son épouse et sa fille.

Les entraînements étant ouverts au public, Marie et sa mère se rendirent dès le lendemain au lycée tokyoïte pour voir comment l'équipe prenait ses marques après un vol si long et un décalage horaire aussi important.

Installées tout comme elle sur l'un des bancs situés aux abords du terrain de football, Marie remarqua la présence de deux filles, deux japonaises, l'une en uniforme et l'autre vêtue d'un simple tee-shirt et jean. Elles n'étaient pas les seules bien sûr – la visite de l'équipe considérée comme la plus forte d'Europe ne pouvait pas laisser indifférent et beaucoup de collégiens et lycéens étaient présents, avides de voir évoluer les joueurs – mais ces deux filles-là avaient la particularité d'avoir attiré immédiatement l'attention de Genzô, puisqu'il alla les saluer dès son arrivée. Pensant qu'il s'agissait certainement de connaissances du gardien japonais, la jeune allemande prit l'initiative d'aller les voir et de se présenter – car malgré l'amour qu'elle portait à sa mère, elle préférait nettement la compagnie de filles de son âge.

Il s'avéra en effet que toutes deux connaissaient bien Genzô. Elles se prénommaient Kumiko et Yukari. Kumiko était approximativement du même âge que Marie - elle était d'ailleurs toujours lycéenne -, quant à Yukari, qui était un peu plus âgée, elle était une toute nouvelle maîtresse de maternelles. Quoi qu'il en fut, les deux japonaises se montrèrent charmantes avec Marie, qu'elles invitèrent à s'asseoir à leurs côtés. Par chance, elles trouvèrent un terrain d'entente avec l'anglais pour pouvoir dialoguer.

- Vous êtes des amies d'enfance de Genzô ? interrogea Marie.

- Non. Nous ne connaissons Wakabayashi-kun que depuis quelques années, répondit Yukari. Nous l'avons rencontré grâce à notre activité de supportrices de l'équipe nationale et de Nankatsu, expliqua-t-elle.

- Nankatsu ?

Marie se demandait bien à quoi correspondait ce terme.

- C'est le nom de l'équipe dans laquelle Wakabayashi-kun jouait quand il était encore au Japon, précisa Kumiko.

- Et c'est aussi la grande rivale de l'équipe de Toho, où nous nous trouvons aujourd'hui, fit observer l'autre japonaise. Depuis plus de dix ans ces deux équipes se retrouvent immanquablement en finale des championnats. Que ce soit en primaire, au collège ou au lycée, y'a rien à faire, ce sont toujours les mêmes...

- Et qui gagne ? s'intéressa Marie.

- Boff...grimaça Kumiko, il faut avouer que depuis quelques années, c'est Toho qui mène la danse...

- Mais il faut préciser aussi qu'à l'époque où tous les « bons » joueurs étaient encore étudiants, c'est Nankatsu qui gagnait, tint à ajouter Yukari comme pour contrebalancer les récents piètres résultats de son équipe. Mais ça fait quelques temps que tous sont soit universitaires, soit passés professionnels...

- ...et le seul joueur rescapé de cette époque joue à Toho alors...

- Mais comme l'année prochaine, il ne sera plus là, se réjouit Yukari, ça équilibrera à nouveau les résultats !

- Oui. Donc autant te dire que nous sommes ici en territoire ennemi ! plaisanta Kumiko. Mais pour pouvoir assister à l'entraînement du Bayern, ça vaut bien la peine de ravaler un peu sa fierté...d'autant plus qu'il est assez exceptionnel que des « étrangers » puissent aller et venir comme ça au sein de l'établissement ! C'est te dire si l'évènement est de taille. N'est-ce pas Yukari-sensei ?

Mais l'autre japonaise préféra rebondir sur autre chose.

- Moui..., en tout cas l'endroit n'est pas si ennemi que ça, n'est-ce pas Kumi-chan...sous-entendit fortement son aînée.

Devant le regard interrogateur de Marie, Yukari feignit d'être discrète,

- Kumi fréquente un des anciens de Toho...et qui joue également en équipe nationale avec Wakabayashi-kun. Un attaquant...

- Yukari-sensei ! s'exclama Kumiko. Ne dis pas n'importe quoi voyons !

- Tu es pourtant toute rouge, fit observer Marie en rigolant - mais sans pour autant vouloir se moquer.

- Non..., tenta vainement de se justifier la jeune japonaise. C'est juste que Kasu-kun est quelqu'un de très gentil et...et...on aime bien discuter ensemble c'est tout.

- C'est tout vraiment ? dit Yukari très sceptique. Menteuse ! Comme si tu ne te languissais pas qu'il y ait la finale pour le retrouver ! Il t'a dit qu'il viendrait !

Kumiko vira au cramoisi – elle était démasquée.

- Quelle finale ? demanda alors Marie.

- La finale du championnat national des lycées, expliqua Kumiko ravie de pouvoir changer de sujet de conversation. Elle doit avoir lieu la semaine prochaine. Et devine entre qui et qui ? Toho et Nankatsu !

- Mais, fit Marie surprise et qui regarda autour d'elle comme si elle y cherchait quelque chose, elle ne s'entraîne pas cette équipe ?

- La Toho ? Bien sûr que oui ! s'exclama Kumiko en riant. Assez tôt le matin, et le soir il me semble.

- En tout cas, j'espère que la finale ne tombera pas en même temps que le match entre le Bayern et les Kashima, parce que j'aimerais beaucoup pouvoir assister à leurs deux rencontres, commenta Yukari. Au fait, lança-t-elle soudain à l'allemande, tu fais parti de l'équipe du Bayern, c'est ça ?

- Pas exactement. Pas officiellement plutôt, se reprit Marie un peu gênée. Mon père en est l'entraîneur...

- Ton père est...mais alors tu es aussi la sœur de Karl-Heinz-san ! s'écria Yukari excitée comme une puce. Quelle chance tu as ! Il est si beau !

- Yukari-sensei ! s'offusqua Kumiko. Tu devrais avoir honte ! Et Ishizaki-kun ?

- Kumi-chan...soupira son amie. Karl-Heinz-san c'est de l'ordre du fantasme, et Ishizaki-kun, du domaine du « on ne peut plus réel » !

Marie ne put se retenir de pouffer de rire devant la tête dépitée de Yukari et celle outrée de Kumiko. Apparemment, le Ishizaki en question devait être l'amoureux de Yukari.

- Mais, dis-nous Marie-san, tu dois rencontrer des tas et des tas de beaux garçons alors ? demanda Kumiko avec un regard pétillant.

- Oh... Pas tant que ça... non. En fait, je n'y prête pas trop attention, répondit évasivement Marie. Je suis dans le sillage du Bayern surtout pour pouvoir encourager mon frère.

Les deux japonaises la regardèrent avec des yeux ronds, incrédules, mais trop polies pour lui faire savoir le gâchis que c'était de ne pas en profiter...

- Marie !

La jeune allemande se retourna et aperçut sa mère qui lui faisait de grands gestes de la main, lui demandant de venir la retrouver.

- J'ai vraiment été ravie de faire votre connaissance, déclara sincèrement Marie en se levant. J'espère que l'on aura encore l'occasion de se voir !

- Nous aussi, assurèrent les japonaises. Ça devrait être le cas si tu reviens ici dès demain. Nous, on y sera !

Marie s'éloigna et retourna s'asseoir à côté de sa mère durant les dix minutes d'entraînement qu'il restait.

- Avec qui parlais-tu ? interrogea cette dernière.

- Des amies de Genzô. Elles sont très sympas.

Le groupe était en train de dîner au restaurant de l'hôtel lorsque Genzô, assis à côté de Karl et en face de sa sœur, engagea la conversation.

- J'ai vu que tu as parlé un bon moment avec Kumi-chan et Yukari-chan tout à l'heure.

- Hum, c'est vrai, confirma Marie. Elles m'ont expliquée d'où elles te connaissaient. Elles ont l'air très gentilles.

- Oui, elles le sont, affirma le japonais avant d'apporter un petit complément d'information sur les demoiselles. Deux vrais petits chefs en matière de managera !

- Ah ben tiens, j'y pense ! se rappela soudain Marie. Karl ! Si tu es intéressé, je crois que tu as une touche avec Yukari.

Son frère avala de travers en s'étouffant à moitié.

- Non mais ça va pas ! parvint à articuler le jeune homme tout en toussant. Tu crois pas que j'ai déjà suffisamment à faire en Allemagne ?

Mais devant le regard interdit de ses parents, il crut bon d'ajouter avec un grand sourire hypocrite,

- ... heu...avec toutes ces filles qui me traquent et que je dois éviter, bien entendu !

- Moi, je disais ça comme ça c'est tout, dit Marie en haussant les épaules. Au fait, quand doit avoir lieu votre premier match ?

- Après-demain, répondit son père qui regardait toujours son fils de travers.

- Tu ne connaîtrais pas le petit-ami de Kumiko par hasard ? demanda brusquement Marie à Genzô – bien que ce dernier n'ait jamais vraiment donné l'impression de particulièrement s'intéresser aux histoires de cœur

- Un petit-ami ? Qui ? demanda-t-il poliment les sourcils relevés.

- Ben...je ne me souviens pas justement, avoua Marie en posant son index sur la bouche. Mais apparemment, il joue avec toi en équipe nationale et il jouait aussi à la Toho...comme attaquant.

Genzô réfléchit un instant et fit le tri dans sa mémoire.

- Alors c'est soit Hyûga, soit Sorimachi, annonça-t-il. Connaissant Hyûga, ça m'étonnerait. Je pencherais donc plutôt pour Kasuki. Ça ne peut pas être Takeshi, puisqu'il joue milieu... Tiens, en parlant de lui, se rappela soudain le gardien, c'est contre son équipe que l'on joue après-demain. Mais ça m'étonnerait qu'il soit sur le terrain. Il a été longtemps absent pour la World Youth et je ne suis pas sûr qu'il soit encore titulaire...

- Attends, attends...l'interrompit Karl en agitant la main et en fronçant les sourcils. Il joue dans combien d'équipes ce mec ?

Genzô se replongea dans la réflexion.

- Si on compte les Urawa..., il y a également les deux équipes nationales...et l'équipe de son lycée...ça en fait quatre en tout.

- Quatre équipes ? s'étrangla Karl. Mais il carbure à quoi comme produits pour jouer dans quatre équipes ?

- Et il étudie toujours ? s'exclama Marie en lâchant le bout de pain qu'elle tenait dans sa main.

- Ben oui, répondit tranquillement Genzô. Il est toujours lycéen.

- Ils sont fous ces japonais ! commenta Karl avec un grand sourire...