Coucou tout le monde!
J'ai été très longue à préparer ce chapitre et ceux qui me connaissent comprendront immédiatement pourquoi. J'ai beau toujours marier tous les personnages, j'ai beaucoup, beaucoup de mal avec le mariage! Paradoxal, je sais...
Quand en plus je dois reprendre entièrement un bon tiers du chapitre qui ne tournait pas du tout comme je le voulais et que le rythme au bureau est resté bien soutenu pendant plusieurs mois, vous obtenez un chapitre affreusement en retard.
Bref, trêve de bavardages, je ne voudrais pas vous retarder encore davantage!
Bonne lecture!
Manoir Malfoy, chambre de Lucius et Narcissa Malfoy, dimanche matin.
Il était malheureux de le constater, mais Narcissa ne dormait plus depuis déjà longtemps. Le temps éclatant pour cette journée d'automne qui filtrait à travers le mince interstice séparant les deux pans des doubles rideaux occultants de velours prune ne parvenait pas à la mettre à l'aise.
Elle venait de marier son fils.
Elle avait beau savoir qu'il était inévitable que les enfants grandissent et deviennent indépendants, il n'était pas moins difficile pour elle de perdre la primauté de l'affection de son petit dragon. Il était évident qu'il lui conservait ainsi qu'à Lucius toute l'affection filiale convenable, Narcissa n'en doutait point, mais jusqu'ici Draco s'était toujours tourné vers eux au moindre souci qu'il jugeait suffisamment épineux pour ne pas le régler seul. Désormais, il y avait fort à parier qu'il se tournerait vers sa jeune épouse.
Narcissa n'avait rien contre Hermione Granger – Hermione Malfoy depuis quelques heures. Elle considérait sa belle-fille comme une créature sensée, assez intelligente et puissante pour espérer que la prochaine génération soit à la hauteur des critères de la famille Malfoy. Elle déplorait évidemment son manque d'éducation sorcière car même Narcissa ne pouvait accomplir de miracles et placer au niveau d'une aristocrate une fille du peuple en si peu de temps. Elle reconnaissait que la Gryffondor assimilait rapidement les nouveautés qui lui avaient été présentées pendant leurs cours et qu'elle s'était tenue plus ou moins convenablement durant la cérémonie et la réception mais elle avait relevé plusieurs impairs qu'il faudrait corriger.
Rien de gravissime heureusement.
Personne ne semblait avoir noté que la jeune femme avait amorcé un passage de la poivrière dans le mauvais sens, reprise au dernier moment par un Draco vigilant, ou qu'elle avait saisi sa cuiller à salade à la place de la cuiller à poisson dans un premier mouvement hasardeux. Quant à la manière dont elle avait installé sa serviette, rien n'était plus brouillon de l'avis de Narcissa.
Des petits écarts que les invités mettraient certainement sur le compte de l'émotion. Pour cette fois.
Après tout, que l'on soit ou non un Malfoy, un mariage dégageait une certaine intensité. Narcissa devait admettre qu'elle avait été très fière de l'allure de sa belle-fille. Bien sûr, elle aurait imaginé quelque chose de plus grandiose mais la simplicité étudiée, voire le minimalisme, pouvait également avoir son charme. Il fallait reconnaître que ce dernier style convenait mieux au genre de beauté d'Hermione que la complexité artistique que Narcissa chérissait.
La robe était certes un peu trop dépouillée à son goût mais Narcissa s'était félicitée de constater qu'elle tombait parfaitement et qu'elle dissimulait les petites imperfections de sa belle-fille sans cacher ses atouts. Sa taille menue était bien prise, le léger renflement de son ventre soigneusement compressé par une bande de tissu à l'intérieur de la robe afin qu'il ne ressorte pas et que la ceinture soit bien mise en valeur, les épaules dégagées allongeaient son cou souple qui, pour une fois, n'était pas masqué par des touffes de cheveux indisciplinés.
Les cheveux, parlons-en ! Le coiffeur avait frisé la crise psychotique mais il était parvenu à faire quelque chose de cette masse buissonneuse et sans grâce. Le rendu n'était peut-être pas aussi majestueux que Narcissa l'aurait espéré mais il n'avait aucune commune mesure avec l'état déplorable auquel il succédait. Le voile avait achevé de camoufler les petits frisottis rebelles. Avec un maquillage sans ostentation, Hermione Granger avait été une mariée passable.
Le bal avait été plus délicat à gérer pour la jeune femme, l'évidence crevait les yeux. Elle n'avait visiblement pas l'habitude de danser avec des escarpins pourvus de talons hauts de quinze centimètres et sa performance était restée plutôt piètre. Elle manquait de coordination et Narcissa plaignait sincèrement les orteils malmenés de son fils. Hermione avait cependant fait bonne figure, les phéromones que son mari émettait à gros bouillons ayant certainement aidé car si elle dansait à distance respectueuse du jeune Veela à l'ouverture du bal, elle avait achevé la soirée collée contre lui, la tête posée sur son épaule.
Oui, au final, Narcissa s'estimait relativement satisfaite.
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Lucius Malfoy aurait donné une jolie portion de son incommensurable fortune pour pouvoir se reposer davantage, mais rien à faire lorsque sa compagne était dans cet état de nerfs et remuait sans cesse à son côté. Narcissa avait toujours été trop mère poule au goût de Lucius et il sentait bien qu'il était difficile pour elle d'abandonner son fils adoré entre les mains d'une autre femme.
Etrangement, il était à peu près certain qu'elle ne se serait pas sentie si menacée si Draco s'était avéré un Veela dominé, mais Lucius n'était pas homme à comprendre les complexités des incertitudes et des rivalités féminines. En ce qui le concernait, sa relation avec son fils n'en sortirait guère modifiée, il en était persuadé.
Le mariage s'était bien passé et, quoique Draco ait quelque peu paniqué durant l'heure qui avait précédé le début de la cérémonie, il s'était montré parfaitement composé dès que la double porte menant à la grande salle de réception du Manoir s'était ouverte devant lui. Blaise Zabini avait été l'incarnation d'un témoin très digne et les deux Serpentards côte à côte brossaient une anti-thèse criante des Gryffondors émotifs qui les avaient rejoint devant l'autel. Hermione Granger était à elle seule un portrait de la nervosité absolue et Harry Potter à ses côtés ne cessait de tirer sur son col et de lancer des coups d'œil en direction de son mari, qui avait eu l'infortune de se trouver placé sur un siège tout proche de celui d'un chroniqueur mondain reconnu aussi bien pour ses critiques acides que pour ses conquêtes.
Lucius ne comprenait d'ailleurs pas ce qui était arrivé. Cet homme n'aurait jamais dû se trouver si près de l'autel mais si les journalistes étaient bien doués pour quelque chose, c'était pour se faufiler dans les recoins les plus divers afin de surgir comme des diables hors de leurs boîtes alors que personne ne les attend. Le siège demeuré vide aux côtés de Severus était celui qui revenait naturellement à Harry – et qui devait rester vide durant toute la cérémonie eut égard à sa qualité de témoin de la mariée – mais cet énergumène en avait visiblement profité. Heureusement pour lui, il n'avait pas tenté la moindre approche envers Severus où il n'aurait pas quitté le Manoir vivant. Lucius veillerait désormais à ce que cet homme ne soit plus convié à être le témoin des réunions organisées par la famille Malfoy. Sa carrière accuserait sûrement le coup mais qu'importait ?
Quelques incidents mineurs avaient eu lieu aux portes du parc mais la sécurité avait rondement mené le tout et rien n'avait transparu auprès des invités. Il fallait toujours compter avec les illuminés lors du mariage d'un Malfoy. La célébrité et la richesse avaient malheureusement leurs mauvais côtés. A l'intérieur de la salle, nul scandale n'avait éclaté malgré l'air terriblement renfrogné de plusieurs Serpentards de l'âge de Draco, la fille Parkinson et le fils Goyle en particulier tiraient une triste mine qui n'était pas de circonstance.
Le dernier fils Weasley ne brillait guère davantage avec son front plissé et le pli boudeur qui avait déformé sa bouche durant toute la soirée. Mais dans ce cas, Lucius pouvait comprendre. Evidemment la bienséance voulait que la famille Weasley – tout du moins la branche concernée – soit invitée puisque Arthur avait négocié le contrat en lieu et place des parents moldus d'Hermione Granger. Cette même bienséance exigeait que tous les membres invités acceptassent de venir, ce qui incluait le jeune Ronald en dépit de ses antécédents relationnels avec la mariée. La position du rouquin n'était pas évidente, et sa tenue peu orthodoxe pour une cérémonie aristocratique, mais Lucius supposait qu'il ne pouvait guère se laisser aller à critiquer alors que lui ne se serait, à la place du Gryffondor, pas même déplacé pour présenter ses hommages. Mieux valait manquer à la bienséance mais préserver sa fierté.
Le repas avait été mémorable par la qualité des plats et Lucius se promit de descendre dans les cuisines offrir un beau mouchoir en soie brodée tout neuf à son chef cuisinier, un vieil elfe qui servait la famille Malfoy depuis quatre générations. Oh non, ne vous imaginez pas qu'il comptait se débarrasser de la pauvre créature ! Les mouchoirs, tout comme les draps, les taies d'oreillers, les torchons ou les serviettes, n'étaient pas considérés comme des vêtements mais simplement comme du linge et Lucius connaissait bien la passion de cet elfe pour les mouchoirs pour lui avoir offert nombre de ceux ayant appartenu à sa mère dans son enfance. Il voulait juste le récompenser pour son strangulot farci accompagné de pétales de violette cristallisés, mets qui avait ravi ses papilles tandis qu'il discutait d'un point de droit médical moldu avec le père d'Hermione. Il était par ailleurs très agréable de converser avec cet homme une fois que ce dernier avait cessé de considérer sa dentition avec ce même œil acéré que celui de Severus surveillant un chaudron.
Severus n'avait pour une fois pas soulevé de protestations lorsque le bal avait débuté. Il s'était installé sur un sofa en périphérie de l'immense salle de bal désormais rarement utilisée, son Veela blotti contre lui et le couple n'avait pas remué un orteil de la soirée. Un guéridon à leurs pieds soutenait leurs verres qui se remplissaient automatiquement dès qu'ils avaient été vidés, aussi les tourtereaux n'avaient-ils nul besoin de se mêler au reste des convives. On les visita, bien évidemment, tant par devoir mondain que pour réellement s'assurer qu'ils ne manquaient de rien. Sirius Black et son mari avaient passé un long moment avec Harry, Severus ayant plutôt eu l'air de subir leur présence, avant d'être remplacés par Ronald Weasley qui cherchait sans doute un endroit pour bouder qui soit doublé d'une oreille attentive. Il avait fini par fuir à son tour, laissant de nouveau le couple seul, enfermé dans sa petite bulle imperméable. Severus et Harry n'avaient pas dansé mais Lucius n'en avait pas été surpris.
Lui-même avait grandement profité de la danse, heureux d'avoir une excuse pour serrer sa compagne de près en public. Narcissa avait été quelque peu distraite sans doute, très occupée à surveiller le moindre mouvement d'Hermione, mais cela n'avait en rien gâché le plaisir de Lucius. Il savait qu'il n'avait pas été le seul à grandement apprécier l'exercice si le regard qu'arborait Draco en se retirant était significatif. Le jeune marié avait bien légèrement grimacé à plusieurs reprises, témoignage intangible de l'habileté de sa jeune épouse, mais il avait paru plus que satisfait de pouvoir danser tout contre sa compagne en dépit de la torture podale que cela représentait. Le tout jeune couple s'était retiré dans sa chambre très tôt, dès qu'il avait socialement acceptable de le faire, avec un certain empressement sagement dissimulé mais perceptible pour un observateur attentif.
Le départ des mariés signifiait pour l'assistance la fin des festivités mais, malgré cela, il avait fallu plus de trois heures à Lucius et Narcissa pour mettre dehors tous les invités qui n'étaient pas conviés à demeurer sur place et encore une heure pour diriger fermement ceux qui dormaient au manoir vers leurs résidences provisoires. Après ce déploiement d'énergie, Lucius n'avait eu qu'une idée en tête : aller se coucher avant qu'un importun ne fasse demi-tour pour venir l'entretenir d'une éventuelle alliance entre leurs petits-enfants encore à naître. Il avait déjà dû ménager les sentiments grandiloquents du patriarche Bullstrode et supporter les allusions présomptueuses et peu engageantes de X quant à une future union avec sa lignée.
Non vraiment Lucius n'avait aspiré qu'à une seule chose la veille au soir, dormir. Et voilà qu'il ne pouvait en profiter parce que sa compagne avait des doutes !
Soit.
S'il ne pouvait dormir, au moins connaissait-il une méthode infaillible pour dissiper hésitations, doutes et turpitudes. Sans prévenir, il se retourna vivement, plaquant Narcissa sur le matelas dans un cri de surprise très féminin qui se mua bien vite en petit gloussement.
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Manoir Malfoy, chambre d'invités rose, pendant la même matinée.
Mr Granger appréciait décidemment le monde sorcier.
Ses hôtes étaient absolument charmants, la cérémonie (pour laquelle il n'avait pas dépensé un shilling, point d'une importance capitale !) avait été merveilleuse, la nourriture étrange mais excellente et que dire de la chambre d'amis qui leur avait été proposée ? Elle était plus grande que leur maison toute entière ! Et décorée avec un goût parfait qui plus est. Il n'imaginait pas même à combien pouvait se monter le prix des draps résolument décadents dans lesquels il avait passé la nuit.
Contre toute attente, il estimait que ce mariage un peu précipité n'était pas une si mauvaise chose finalement. Sa fille serait certainement à l'abri du besoin dans une telle famille. Il n'était pas sûr d'avoir tout compris en ce qui concernait les Veelas, la magie particulière qui s'y rapportait (il ne comprenait déjà pas l'existence des fantômes ou bien la raison pour laquelle les tableaux étaient animés, il ne fallait pas trop lui en demander après tout…) et les traditions que les sorciers avaient érigés en loi autour de cette idée quelque peu originale du mariage mais sa fille ne semblait pas s'y opposer et il n'aurait jamais tenté de la faire changer d'avis.
De l'opinion de Mr Granger, il n'existait pas au monde de créature plus entêtée que la jeune Hermione. Déjà tout bébé elle avait su imposer à tous ses choix et cette tendance n'avait pas perdu de sa virulence depuis qu'elle était entrée dans cette école, bien au contraire. Ses amis semblaient tous avoir opté pour la bonne vieille technique du paillasson, éculée certes mais qui avait fait ses preuves lorsqu'il fallait traiter avec sa fille.
Un point cependant laissait Mr Granger rêveur. Le jeune marié, ce Draco Malfoy, n'avait pas l'air d'être le genre d'homme à se faire gentiment mener par le bout du nez. Il ne doutait pas que le blondinet laisserait à sa femme une certaine marge de manœuvre et accepterait nombre de choses rien que pour lui faire plaisir mais quelque chose indiquait à Mr Granger que sa fille aurait à négocier et qu'elle ne partagerait pas sa vie avec un godelureau bien discipliné qui lui céderait sans cesse.
Un brin de défi ne ferait pas de mal à Hermione. Elle s'ennuierait si elle ne rencontrait jamais de résistance…
Oui en cela son gendre était bien choisi. Mieux sans nul doute que le petit ami précédent d'Hermione qui s'emportait fréquemment et faisait les quatre volontés de la jeune fille si ce qu'on lui avait rapporté était exact. Quoi qu'il en soit, tant de cheveux rouges laissaient Mr Granger perplexe et ahuri, des tâches devant les yeux. Son gendre représentait une amélioration très nette avec son profil racé, ses cheveux bien coiffés et d'un blond argenté reposant, ses yeux gris inhabituels et sa prestance. Car il possédait bien l'élégance et le port altier de son père. Evidemment Mr Granger n'était en rien un aristocrate mais il savait les reconnaître lorsqu'il les côtoyait et il leur vouait une certaine admiration.
Pas autant que sa femme, il fallait bien le dire. Heureusement qu'il n'était pas d'un naturel jaloux sinon la proximité de Lucius Malfoy eut tôt fait de creuser un fossé dans son couple car – et ne croyez pas qu'il se faisait des idées, il savait parfaitement de quoi il parlait – son épouse ne quittait pas le grand blond du regard lorsque celui-ci se trouvait à proximité. Il admettait volontiers que l'aristocrate soit bien plus séduisant que lui-même ne l'était et comprenait les yeux baladeurs. Tant qu'il ne s'agissait que des yeux il n'y avait pas grand mal et Mr Granger était bien certain que Lucius Malfoy n'avait nulle intention de fréquenter plus intimement Mrs Granger. L'homme était visiblement très épris de sa femme et Mrs Malfoy jetait périodiquement à tout individu mâle ou femelle dont l'œil s'attardait trop longuement à son goût sur son mari un regard farouche de chatte sauvage défendant son territoire.
Un couple équilibré.
Il n'avait plus qu'à espérer qu'il en serait de même pour sa fille.
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Mrs Granger flottait sur un petit nuage. Ou tout du moins interprétait-elle ainsi la sensation étrange, à la fois cotonneuse et surexcitée, qui agitait son estomac. Elle n'avait pas ressenti une telle émotion depuis sa propre nuit de noces. Bien évidemment les circonstances n'avaient rien eu de commun avec la situation dans laquelle se trouvait Hermione, elle fréquentait déjà son mari depuis plusieurs années avant de franchir le pas et aucune magie n'était intervenue.
Ah si le destin était venu lui taper sur l'épaule à l'époque pour lui souffler que Lucius Malfoy devait impérativement l'épouser pour assurer son avenir et sa survie, elle aurait certainement agi comme sa fille l'avait fait. Le jeune Draco était tellement plus séduisant et raffiné que le petit-ami précédent d'Hermione ne l'était ! Mrs Granger ne pouvait nier que les hommes de cette famille possédaient un charme ravageur et la proximité du patriarche ne manquait pas de l'émoustiller. Elle aimait son mari et n'avait pas l'intention de le tromper mais dès que Lucius Malfoy entrait dans une pièce, Mr Granger devenait parfaitement falot et dépourvu d'intérêt il fallait bien l'admettre. Elle avait eu le plus grand mal à demeurer concentrée sur son assiette durant le repas, trop tentée de dévisager jusqu'à plus soif le visage fin et régulier de son hôte.
La cuisine s'était avérée plutôt bonne bien qu'étrange mais une part de Mrs Granger avait regretté le raffinement sophistiqué des plats. La pièce montée à elle seule avait eu de quoi surprendre. Mrs Granger n'avait jamais rien vu de pareil. Point de choux artistiquement empilés avec leur glaçage et leur voile de sucre filé mais un gâteau immense qui épousait parfaitement la forme d'un livre ouvert relié de cuir sombre et doré. Le souci du détail avait été poussé à l'extrême, le volume montrant fièrement ses pages couvertes d'une écriture cunéiforme serrée et soulignée d'enluminures animées. Mrs Granger s'était vu attribué une lettrine autour de laquelle sifflotait un serpent corallien au délicieux goût de framboise sauvage. Les pages crémeuses avaient un arôme discret de vanille, relevé par une petite pointe de citron vert légèrement acidulé.
Curieuse, Mrs Granger avait observé sa fille alors que celle-ci grignotait du bout des dents un coin de son gâteau. La jeune femme avait brièvement froncé les sourcils avant d'entreprendre la séparation des pages de sa part. Son mari l'avait regardé faire, visiblement amusé, alors que Hermione découvrait que chaque page était couverte de la même écriture. Sous l'œil avisé et interrogateur de Narcissa qui jugeait apparemment que dépiauter son gâteau n'était pas un acte convenable pour une mariée, Hermione avait expliqué son geste de quelques mots maladroits et d'une rougeur que le reste de la salle avait certainement pris pour la réponse à une plaisanterie familiale.
La curiosité d'Hermione ne prenait jamais un jour de congé même durant la cérémonie de son propre mariage. Mais sa remarque avait poussé Mrs Granger à détailler plus avant ce gâteau si éloigné de la tradition qu'elle connaissait. Ainsi qu'elle l'avait déjà noté, les pages mêlaient vanille et citron, la reliure ressemblait fort à une nougatine sans en avoir la redoutable dureté et chaque enluminure avait une saveur qui lui était spécifique. Le texte ajoutait à l'ensemble un arrière-goût subtil que Mrs Granger avait été bien en peine d'identifier. Pour se montrer entièrement honnête, elle n'avait pas imaginé qu'il puisse provenir des lettres si sa fille n'avait pas cherché à tout comprendre comme elle le faisait toujours. Il était bon de savoir que, mariage dans une riche famille aristocratique ou non, la fille spontanée et ouverte d'esprit qu'elle avait élevée resterait fidèle à elle-même et ne s'arrêterait pas aux portes des conventions sociales complexes qui régissaient ce nouveau milieu auquel elle appartenait désormais.
Connaissant Hermione comme elle la connaissait, Mrs Granger était à peu près sûre que d'ici quelques années paraîtrait un ouvrage de vulgarisation des coutumes les plus obscures de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie dans lequel le moindre code serait décortiqué jusqu'à ses origines afin de reprendre tout son sens. Peut-être le lirait-elle pour s'assurer de ne pas commettre d'irréparables impairs à l'avenir… Elle s'était sentie parfois un peu déphasée avec tout ce qui se passait autour d'elle.
L'ami et le témoin d'Hermione, le jeune Harry, était resté collé à un homme deux fois plus âgé que lui durant toute la soirée sans que personne ne trouve cela inquiétant. Il n'avait pas approché le marié pour lui présenter ses respects ou ses félicitations et s'était toujours maintenu à une distance respectueuse d'Hermione, ne lui accordant pas même une accolade après la cérémonie. Elle qui avait toujours eu l'impression que le jeune Potter était un garçon comme il faut…
Molly Weasley avait conservé entre ses doigts crispés un mouchoir avec lequel elle s'était fréquemment tamponné les yeux mais l'expression de son visage n'était pas celle d'une femme heureuse pour les mariés. Plutôt celle d'une femme blessée, meurtrie par la vie, et qui voit son dernier espoir disparaître. Son mari, Arthur si Mrs Granger ne se trompait pas, n'avait guère eu l'air en meilleure forme et la mère d'Hermione s'était demandée pourquoi ils venaient à un mariage si une perte familiale ou tout autre problème personnel de grande ampleur les affectait.
L'ancien petit ami d'Hermione, Ronald, se trouvait là également. Il n'avait pas fait de scandale ainsi que Mrs Granger ne le craignait. Hermione lui avait dit qu'il était normal que le jeune homme se trouve présent mais la mine renfrognée de celui-ci avait fait douter la respectable moldue. Elle pouvait parfaitement comprendre qu'il ne soit pas aisé pour lui de venir assister au mariage de celle qu'il devait encore récemment considérer comme sienne mais quelque chose lui soufflait que ce n'était pas là l'essentiel des turpitudes du garçon. Il jetait de fréquents regards mi-ahuris mi-dégoûtés en direction du témoin de Draco Malfoy, un certain Blaise, et l'instinct de Mrs Granger s'était éveillé. Elle avait vu cette même expression incrédule et un peu perdue chez la fille d'une amie qu'elle soignait lorsque l'adolescente avait aperçu le décolleté de la secrétaire du cabinet. Le mariage d'Hermione n'était peut-être pas un mal pour ce garçon après tout…
Ceci dit, Mrs Granger ne pouvait que se féliciter que le jeune Ronald n'est pas été choisi, pour d'évidentes raisons, comme témoin de la mariée. Non seulement la tenue des témoins eut juré avec sa silhouette dégingandée mais pire encore la teinte de sa chevelure eut entièrement gâché l'effet gracieux de la robe d'Hermione. Et quelle perte cela eut été !
Car contrairement à Narcissa, Mrs Granger trouvait la robe de la mariée somptueuse. Des mètres de satin ivoirin à peine rosé, délicieusement froncé dans le dos pour amorcer une traine digne de la royauté, volantée et saupoudrée de diamants, et savamment arrangé de face pour avoir juste ce qu'il fallait de bouffant souple et lustré, la surface lisse entièrement vierge. L'étoffe remontait ensuite en un bustier brodé et parsemé de perles, si serré qu'il semblait peint à même la peau de la jeune femme – Mrs Granger se demandant encore où se trouvait la fermeture – mais qui curieusement ne paraissait pas l'empêcher de respirer convenablement. La ceinture de soie ouvragée de pierres et de métaux que Mrs Granger n'essaierait pas même d'identifier avait tout aussi bien à la fois séparé harmonieusement les étroites broderies veloutées du froufroutant jupon qu'elle les avait réconciliés. Quant au voile… Elle ne voulait pas connaître le prix de ce carré de voile de soie presque innocent de simplicité, maintenu par un peigne d'ivoire à la chevelure pour une fois disciplinée d'Hermione, et qui retombait sur son visage en une cascade scintillante de diamants.
Mrs Granger soupira.
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Manoir Malfoy, dans une chambre indéterminée, même matinée.
Ronald Weasley grogna.
Une personne sadique et mal intentionnée lui avait enfournée une vieille chaussette puante de transpiration au fond de la gorge et une horde de trolls des cavernes dansait une farandole au rythme soutenu dans son crâne.
Il avait du légèrement abuser des excellents alcools servis par les Malfoy.
Une fois n'était pas coutume, personne ne l'avait surveillé. Au vu des récents événements de toute nature, il avait estimé qu'un verre ne lui ferait pas de mal. La soirée n'avait pour lui rien de divertissant : sa petite amie se mariait, son meilleur ami auprès duquel il avait passé quelque temps était entièrement absorbé par son mari, et où qu'il posa le regard il rencontrait la silhouette élancée de Zabini lui rappelant son calvaire. Rien d'étonnant à ce qu'il ait fini par s'emparer d'une bouteille de vin d'elfe qu'il avait tranquillement bue dans une petite salle de bain attenante à la salle de bal. Très doux en bouche, cet alcool n'en était pas moins redoutable et, sans qu'il s'en soit rendu compte, il s'était trouvé plus éméché qu'il ne l'avait prévu.
Ce qui expliquait certainement pourquoi un dragon furieux jouait du tam-tam avec ses tympans ainsi que le fait que le reste de la soirée soit, au mieux, brumeux dans son esprit. Péniblement, le rouquin décolla ses paupières gauches et considéra faiblement les lieux d'un œil trouble. L'énergie lui manquant pour se frotter efficacement les yeux, il attendit passivement que le décor retrouve sa netteté puis fit un bond horrifié qui l'amena à glisser du lit en se cognant dans la table de nuit.
Il n'avait pas bu à ce point-là.
Impossible.
Il voulut parler, protester de sa bonne foi et jurer que rien ne s'était jamais passé mais tout ce qui émergea de sa gorge fut un couinement étranglé qui n'eut pas effrayé une souris. Assis sur le sol froid, les fesses endolories par sa chute, Ron assista impuissant à l'éveil de la personne qui occupait le lit. Un regard brun velouté se posa sur lui, le rendant soudainement trop conscient de sa nudité, et un air interrogateur se peignit lentement sur le visage un brin chiffonné qui le fixait depuis l'oreiller.
- …
- Bonjour. Tu dois avoir froid comme ça, reviens dans le lit.
- …
- Que se passe-t-il ? Tu te sens bien ?
Ronald Weasley demeurait parfaitement imperméable à la sollicitude de la voix qui s'adressait à lui. Son cerveau refusait d'intégrer l'information et il s'écria violemment :
- On n'a rien fait, c'est pas possible !
- Évidemment, nous n'avons 'rien fait'. Dans ton état, tu n'étais pas capable de beaucoup plus que quelques baisers et un peu de frottage. Et j'ai beau être un Serpentard, je ne me serais pas abaissé à entamer une relation en profitant d'un état de faiblesse temporaire.
- Relation ! s'exclama Ron, outré.
- Et bien oui, relation. Je ne verse pas dans le sentimentalisme mais je ne suis pas non plus du genre à m'envoyer en l'air pour un soir avec le premier venu.
- Mais… mais… mais…
- Cela te pose un problème ? J'avais pourtant l'impression que ta famille ne pratiquait guère le libertinage.
- Mais…
- Exception faite des jumeaux, bien entendu. Je me suis toujours demandé s'ils avaient versé dans l'inceste ces deux-là…
- Certainement pas ! s'emporta Ron, la remarque osée sur ses frères l'ayant sorti de sa transe sans pour autant mettre un terme à son déni. Et je ne suis intéressé que par les filles ! crut-il bon de préciser afin de ne pas encourager son interlocuteur dans son délire.
En cet instant, il ne se préoccupait pas d'avoir sous les yeux un Serpentard, un Sang Pur snobinard de l'espèce qui le regardait de haut et le dénigrait depuis sa naissance sous prétexte qu'il était né dans une famille honnêtement pauvre, un être malicieux et souvent mesquin qui profitait sans honte de chaque possibilité d'opportunité. Il avait toujours clamé haut et fort ne pas pouvoir supporter les membres de cette Maison pour ces raisons auxquelles il se raccrochait pour ne pas sombrer dans un océan insondable de doute mais qui désormais ne lui importaient plus guère.
Non, ce qui le chagrinait était qu'il avait passé la nuit nu comme un ver aux côté d'un jeune homme de son âge, dans un même lit.
Ce qui le chagrinait était qu'il ne pouvait pas s'empêcher de laisser ses yeux vagabonder sur le torse indéniablement masculin du Serpentard, à demi découvert depuis que ce dernier s'était redressé sur un coude.
Il n'avait aucune réaction physique honteuse à cette vue mais le simple fait qu'il puisse vouloir détailler ce corps à la peau caramel lui déplaisait souverainement.
- Ce n'est pas vraiment le ressenti que j'ai eu hier soir. Ce n'est pas moi qui me suis jeté à ton cou si je me rappelle bien. Je n'ai nullement protesté, bien au contraire, mais je n'ai rien initié. Tu n'aurais pas perdu une seconde pour me le jeter à la figure dans si cela avait été le cas.
- Je n'ai jamais…
Ron s'interrompit, laissant sa verte répartie mourir sur ses lèvres alors qu'il cherchait furieusement à se rappeler de ce qui s'était produit après qu'il eut été s'enfermer dans la salle d'eau pour boire en paix.
¤ Flashback ¤
La bouteille était vide.
Pensée déprimante et démoralisante s'il en était.
Il savait que de nombreuses bouteilles, toutes aussi délicieuses, l'attendaient dans la pièce contigüe mais bouger ne lui disait rien. En outre, risquer de croiser sa mère alors qu'il se sentait pour le mieux vacillant ne l'inspirait décidément pas. Molly n'avait pas son pareil pour flairer l'embrouille et le chagrin qu'elle éprouvait à l'internement de sa fille n'inhiberait en rien ses compétences de limier. Elle se matérialiserait certainement à trente centimètres de son coude s'il faisait simplement mine d'approcher du buffet. L'idéal serait que la bouteille à laquelle il rêvait vînt d'elle-même flotter devant la porte, qu'il puisse s'en saisir sans danger.
Mais qu'il le veuille ou non, il ne pouvait pas appeler à lui un flacon de l'autre côté de l'épais mur sans savoir où celui-ci pouvait se trouver. Il n'avait nul désir de voir Lucius Malfoy débarquer avec la facture d'un lustre écrasé au sol ou d'une boiserie rare complètement défoncée par une table en folie. Il n'avait ni les moyens financiers d'entrainer une perte pour la famille Malfoy ni le goût du ridicule qui l'accompagnerait.
Son cerveau mollement embrumé pesa longuement le pour et le contre mais il finit par se décider à se lever du fauteuil dans lequel il trônait depuis un bon moment – ne lui demandez pas ce qu'un fauteuil pouvait bien faire dans une salle d'eau, il n'en avait aucune idée. Quoique pour une fois, il s'abstiendrait de critiquer ce point. – et à ouvrir la porte. Il fut accueilli par la vue d'une belle bouteille de vin d'elfe pétillant, sûrement un excellent cru à en juger par la couche de poussière vénérable qui recouvrait le verre. Son enthousiasme ne fut nullement refroidi par la présence d'un Serpentard dans le prolongement du flacon de nectar qu'il convoitait et, sans se préoccuper des intentions de ce dernier, il l'attira maladroitement dans la pièce.
¤ Fin du Flashback ¤
Il se souvenait brièvement avoir ouvert la bouteille et cajolé le Serpentard afin qu'il boive avec lui, Ron n'aimant guère prendre une cuite sans compagnie, mais rien de plus.
Certes il avait insisté pour faire boire lui-même son invité à la bouteille alors qu'il était installé sur ses genoux mais vraiment qui prenait pour argent comptant les actes d'un Weasley sous influence ? Ron avait fait bien pire avec ses frères. Il ne voulait même pas repenser à cet été catastrophique durant lequel, saoul comme un gnome de brasserie, il s'était brûlé la fesse gauche au troisième degré. Et non ne lui demandez pas comment il avait fait, il n'en était pas fier !
Qui prendrait un acte désespéré de buveur solitaire pour plus qu'il n'était, hein ?
Merlin !
Il n'y avait pas à tergiverser un lustre durant. Quelque soit l'angle sous lequel il examinait péniblement la situation, il parvenait toujours à la même conclusion.
- Je… Je t'ai fait des avances.
Ron attrapa vivement l'oreiller à portée de sa main et enfouit le visage dans son moelleux, gémissant honteusement.
- Je crois que l'on peut effectivement qualifier d'avances le fait de s'asseoir sur mes cuisses et de se frotter à moi pendant plus d'une heure en alternant les longs regards avec les petits pouffements de rire dans mon cou.
Ron savait parfaitement qu'il devait se maitriser. Son manque de self-control avait bien failli lui coûter son amitié avec Harry et il tentait depuis de réfréner son emportement. De ce fait, il avait de plus ou moins bonne grâce cessé de faire la moindre remarque désobligeante sur Rogue, il avait rongé son frein pour ne pas exaspérer Hermione ou se mettre Malfoy à dos, mais là, s'en était trop.
Il n'arrivait déjà pas à admettre ses actes, il était hors de question qu'il tolère la moquerie.
- Va te faire foutre, connard ! hurla-t-il rageusement, se redressant d'un bond et balançant son oreiller dans la figure du Serpentard avec une telle violence que le pauvre accessoire éclata en répandant un nuage de plumes duveteuses dans la chambre.
Sans écouter les exhortations du jeune homme ahuri et hérissé de plumes au milieu du lit, Ron saisit une robe de sorcier qui trainait au sol et quitta les lieux en claquant la porte.
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Dire que le réveil avait été si doux !
Comment pouvait-on passer ainsi en l'espace de quelques secondes d'un état de molle relaxation typique des jours de grasse matinée à se faire exploser un oreiller sur la tête ?
Il ne comprenait pas quelle mouche avait piqué son petit lion. Il lui avait pourtant bien spécifié qu'il désirait une relation et non un coup d'un soir.
Vraiment il ne voyait pas où le bât blessait.
Ron était pourtant celui qui avait fait le premier pas, aussi curieux que cela puisse paraître. Il ignorait totalement où se trouvait son Gryffondor lorsqu'il était passé devant sa cachette. Le fait qu'il le cherchait justement n'avait été qu'une pure coïncidence. Il avait depuis le départ espéré pouvoir approcher le tempétueux Weasley durant le mariage. Bien entendu la cérémonie en tant que telle ne s'y prêtait guère et il lui avait fallu patienter jusqu'à ce que le repas soit terminé.
Comme animé d'un esprit de contradiction particulièrement retors, pratiquement à l'instant même où il s'était retrouvé seul, le rouquin avait disparu de la salle de bal. Une heure de patience et une infructueuse mise à sac des toilettes du manoir plus tard, il s'était fait une raison : il avait manqué sa chance. Bien entendu il ne renonçait pas, ce n'était pas dans sa nature, mais il attendrait qu'une nouvelle opportunité se présente.
Il n'avait pas pensé que la chance lui sourirait si promptement. A peine s'était-il décidé à vider une bonne bouteille de vin pétillant dans la solitude de sa chambre qu'une porte s'était ouverte sur un Ronald Weasley au regard un peu vague, aux joues rougies et à l'air un rien débraillé. Il n'avait pas eu le temps de réagir qu'il se voyait déjà attiré dans une salle d'eau confortable, Ron le cajolant gentiment pour qu'il ouvre la bouteille. Il s'était exécuté, évidemment, et n'avait pas tardé à se trouver assis dans le seul fauteuil de la pièce en compagnie d'un Gryffondor de plus en plus entreprenant à mesure que l'alcool rangeait ses inhibitions au placard.
Il n'avait pas protesté mais s'était abstenu de trop encourager le jeune homme, sachant son tempérament très volatile. Il ne voulait pas qu'un demi-souvenir vaseux vienne contrecarrer ses efforts. S'il comptait pouvoir un jour considérer le Gryffondor comme sien – et n'en doutez pas il y tenait fermement –, il lui fallait éviter tout acte ambigu que sa nature soupçonneuse serait susceptible d'interpréter de travers. Il s'agissait là malheureusement d'un domaine dans lequel Ronald Weasley était passé maître.
Soupirant au souvenir d'un corps dur et anguleux doucement pressé contre le sien, il secoua la tête pour en faire tomber les plumes et se laissa retomber dans le lit. Il agita nonchalamment sa baguette pour se débarrasser définitivement de ces exaspérants phanères et contempla patiemment le plafond orné de moulures.
Il ne lui restait plus qu'à attendre que le Gryffondor revienne. Ce qu'il ne manquerait pas de faire puisque, dans sa hâte aveugle, il s'était trompé de robe.
Théodore s'installa confortablement, fixant son regard brun sur la porte.
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Manoir Malfoy, chambre verte, même matinée
Harry Potter faisait le chat.
Etirant langoureusement ses membres et creusant les reins, il espérait de tout cœur que la nuit s'était aussi bien déroulée pour Hermione que pour lui.
Il avait fortement craint à son arrivée au Manoir Malfoy que la cérémonie ne se déroule pas convenablement car son instinct lui avait soufflé qu'il était plus prudent de ne pas approcher de trop près le Veela dominant ou sa compagne. Bien ennuyeux lorsque l'on s'avère être le témoin de cette dernière !
Severus avait gardé une main au creux de ses reins ou bien sagement posée entre ses omoplates pour calmer sa nervosité mais cela n'avait pas duré. Trop tôt au goût du jeune Veela, son mari avait dû prendre place dans l'assistance et Harry s'était présenté à l'autel, stressé par les regards braqué sur lui, gêné par le col trop rigide de sa robe de cérémonie et affreusement mal à l'aise de devoir apporter son soutien à Hermione sans pouvoir ne serait-ce que lui effleurer la main. Les yeux attentifs de Draco Malfoy avaient par ailleurs suivi scrupuleusement tous ses mouvements, ainsi que ceux de tous les autres invités tant qu'ils se trouvaient dans un rayon de dix mètres autour de la jeune femme.
Harry estimait qu'il ne pouvait nullement lui en vouloir vu la manière dont lui-même couvait Severus dès qu'ils étaient en public. Il avait beau savoir que la majorité des sorciers trouvait son mari antipathique et peu séduisant – qu'il ait pu un jour partager cette opinion le laissait parfaitement perplexe – il ne pouvait s'empêcher de surveiller leurs actes, prêt à réagir si jamais l'un d'entre eux marquait un quelconque intérêt.
Il avait donc respectueusement gardé ses distances vis-à-vis de sa meilleure amie, sachant par expérience personnelle ce que traversait Draco, et observé avec une curiosité non déguisée les autres invités présenter leurs vœux au couple. Cela lui avait attiré un petit coup de coude discret de la part de Severus qui avait jugé qu'il était peu élégant de 'fixer un aristocrate avec des yeux de loup-garou avide' selon ses propres termes.
Ne tenant aucun compte des humeurs de son compagnon, Harry s'était énormément diverti des réactions de Draco. Le Veela dominant avait accepté de bonne grâce les étreintes enjouées sous lesquelles les parents d'Hermione avaient pratiquement noyé leur fille, toléré les salutations de sa mère, mais s'était perceptiblement tendu lorsque Lucius avait gracié sa belle-fille d'un baiser sur chaque joue ainsi que le voulait normalement la coutume. Aucun autre homme de l'assistance n'avait pu s'approcher de la jeune mariée et les femmes avaient à peine été admises à proximité du couple. Personne ne songea même à s'en offusquer, si ce n'était Ron qui avait rougi violemment et pris une teinte puce fort peu seyante. Harry ignorait si cela était du à l'incapacité dans laquelle il se trouvait de toucher son amie ou bien si la présence de Blaise Zabini à la gauche de Draco lui était à ce point insupportable. A moins qu'il ne s'agisse là de sa réponse à un mariage qu'il ne souhaitait pas voir se concrétiser. Allez savoir avec Ron !
Lorsque le bal avait commencé, Harry s'était immédiatement réfugié dans un angle de la pièce, s'éloignant autant que possible de la piste. Il gardait un souvenir épouvantable de la danse qu'il avait du subir durant le Tournoi des Trois Sorciers et il n'était en rien décidé à retenter l'expérience, d'autant plus que Severus ne goûtait apparemment guère l'exercice. Ce dernier l'avait rapidement déniché dans son coin et l'avait convaincu de venir s'installer confortablement sur un sofa en marge de la piste car, avait-il déclaré, aussi ridicule que soit un bal les danseurs fournissent toujours une inépuisable source de critique et d'amusement. En effet, les remarques sarcastiques et parfois un brin acerbe de Severus sur les invités virevoltants avaient infiniment plu à Harry.
Ils étaient restés tranquillement blottis l'un contre l'autre toute la soirée. Il avait bien regretté que son verre ne se remplisse jamais que de jus d'oeillet alors que Severus semblait pouvoir profiter d'un alcool à l'odeur douçâtre et fruitée mais il n'avait pas laissé ce petit inconvénient ruiner l'ambiance sympathique. Sirius et Remus étaient venus s'asseoir quelque temps à leurs côtés, principalement pour éviter la horde d'invités très intéressés par la grossesse du lycanthrope et qui paraissait ne pas souhaiter se confronter à Severus. Lorsque la tension coutumière entre son compagnon et son père adoptif avait fait son apparition, Remus avait attiré son mari sur la piste de danse et la situation s'était apaisée d'elle-même.
Ron leur avait succédé fort brièvement, semblant chercher une oreille attentive qui compatirait à ses jérémiades mais Harry n'était pas d'humeur. Il aimait beaucoup Ron mais l'entendre se plaindre du mariage, dénigrer Draco Malfoy alors que celui-ci s'était comporté avec une réserve et une courtoisie exemplaire depuis qu'il se savait lié à Hermione ou geindre à qui mieux mieux que Blaise Zabini était le pire des monstres sans âme qui existait parce qu'il s'était fait harceler pendant ce qui avait dû lui paraître une éternité, était réellement au dessus de ses forces. Il n'avait pas eu le moins du monde envie que Ron ne gâche la sensation papillonnante qui habitait son estomac ou la chaleur qui se répandait lentement dans son bas-ventre tandis qu'il répondait spontanément à la débauche de phéromones que Draco disséminait sans retenue dans l'atmosphère à danser pratiquement collé-serré contre sa femme. Il s'était par ailleurs si étroitement lové contre Severus à mesure que la soirée s'allongeait qu'il avait également dû participer à l'entretien de la fièvre générale par une émission soutenue de molécules volatiles s'il en jugeait par les libertés que son compagnon avait fini par prendre malgré la cohue.
Il n'avait pas prêté attention au départ de Ron, trop concentré sur les doigts aériens de Severus qui dessinaient des arabesques sans but sur son bras. Il ne lui semblait pas avoir revu le rouquin plus tard dans la soirée mais, à partir d'un certain point, il avait dans son impatience renoncé à suivre les événements et les allers et venues. Il guettait uniquement le départ des mariés qui signalerait la fin officielle du bal et lui donnerait l'autorisation morale de courir dans la chambre du manoir qui leur avait été réservée par un Lucius soucieux de loger les amis proches de la famille, ainsi que les invités dont il ne pouvait guère se défaire sans une bonne raison comme les parents d'Hermione. Harry ne doutait pas un instant que la chambre dans laquelle le couple de moldus séjournait serait soigneusement astiquée, la literie aseptisée et les voilages aérés aussitôt qu'ils auraient tournés les talons. Non pas que l'aristocrate nourrisse une haine particulière à leur encontre, mais la présence de moldus dans une demeure strictement sorcière était toujours considérée comme un mauvais présage et on imputait fréquemment la naissance d'un enfant craqmol à une intrusion moldue à un moment inopportun.
Fadaises de l'avis du Veela mais que pouvait-il contre des siècles d'obéissance aux traditions ? Il ne pensait pas un seul instant que Lucius puisse croire une telle absurdité mais les habitudes sont notoirement retordes et il ne perdait après tout rien à s'y conformer. Harry avait piqué un fou rire nerveux lorsqu'Hermione lui avait parlé de ces vieilles superstitions, pas tant à cause de la situation complexe dans laquelle se trouvait son amie qui hésitait entre prendre la mouche et ne surtout rien dire à ses parents que parce que son esprit tortueux l'avait pourvu d'une image dérangeante de Lucius en petit tablier blanc à froufrous, les cheveux ramenés en queue de cheval et un plumeau duveteux à la main.
La pensée de plumes le fit frissonner et il se promit d'en parler à Severus. Ou tout du moins de s'arranger pour que son compagnon comprenne où il voulait en venir. Il n'était pas à l'aise pour discuter d'une chose pareille, les règles puritaines des Dursley encore bien ancrées dans son cerveau.
Sauter sur Severus dès que la porte s'était refermée sur eux la veille ne lui avait posé aucun souci. Il était définitivement plus à l'aise avec les actes qu'avec les paroles. Bien sûr, il en payait le prix à présent, ses muscles protestant contre l'usage qu'il en avait fait mais qu'importait !
- Tu n'as pas bientôt fini de remuer comme ça ? souffla une voix chaude dans son cou. Qu'est-ce qui t'excite de si bon matin ?
- Je me demandais juste si tout s'était bien passé pour Hermione cette nuit.
Le Veela tournait le dos à son mari mais cela ne l'empêcha nullement de savoir que celui-ci devait hausser un sourcil intrigué, surpris par sa réponse.
- Enfin pour… tu sais…
Il percevait nettement l'amusement grandissant du maître des potions et décida de se taire avant de s'enliser davantage dans une tentative d'explication. Il tourna le visage dans l'oreiller pour dissimuler son rougissement.
Peine perdue puisqu'une oreille d'un beau rose vif dépassait entre les mèches indisciplinées de sa chevelure. Un baiser aérien la fit rougir de quelques teintes supplémentaires et Severus enserra la taille du jeune homme de son bras libre.
- Ce n'est pas une raison valable pour te tortiller. A moins que tu aies une autre idée en tête…
Harry se vit soudainement plaqué contre le corps nu et immanquablement excité de son compagnon et toute réminiscence de la cérémonie disparut de son cerveau avec la faculté de formuler une pensée cohérente.
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Manoir Malfoy, hall d'entrée, le même matin.
- Non, vous ne pouvez pas entrer. Le Maître n'est pas disponible pour le moment.
Molly n'était pas habituellement du genre à s'imposer chez les gens à des heures si peu propices aux visites mais elle était inquiète et du diable si elle allait laisser un elfe de maison – très bien stylé, certes, mais un elfe tout de même – lui dicter sa conduite. Son fils cadet n'était pas rentré de la nuit et elle l'avait aperçut pour la dernière fois à la cérémonie.
Ergo, il devait toujours être au manoir.
Et elle allait le récupérer par la peau du dos si nécessaire mais il rentrerait de suite au Terrier ! Un elfe n'allait pas lui apprendre à élever ses enfants.
- Alors trouvez-moi Ronald Weasley. Il aurait dû rentrer il y a des heures.
- Je ne dérangerais pas les invités avant midi un lendemain de noces ! s'insurgea la frêle créature.
Un grommellement indistinct leur parvint et tous deux tournèrent la tête, sans toutefois perdre leur adversaire de vue, pour voir un rouquin échevelé et visiblement très énervé débarouler d'un corridor.
- Enfin le hall ! Tu parles d'un labyrinthe cette baraque !
- Ronald Bilius Weasley ! Puis-je savoir pourquoi tu n'es pas rentré de la nuit ? Et puis qu'est-ce que c'est que cette tenue ?
- Je me suis endormi, mentit partiellement Ron, passant bien des choses sous silence. Et je ne porte rien d'étrange. C'est une robe de sorcier, ni plus ni moins.
- Une robe de velours à la dernière mode masculine, bleu pâle avec incrustation de perles au col et aux manches ?
- Hein ?
Baissant les yeux sur l'étoffe qui couvrait son bras, Ron paniqua et son cœur manqua un battement. Ce n'était pas sa robe qu'il portait. Dans sa hâte de quitter la chambre dans laquelle il avait passé la nuit, il s'était emparé de la mauvaise tenue et rien ne pourrait jamais faire croire à sa mère qu'il portait autre chose que la robe de sorcier d'un autre homme.
Ainsi qu'elle l'avait remarqué, la coupe n'avait rien de féminin et la simple longueur du vêtement permettait d'éliminer sans hésitation l'immense majorité des femmes, ainsi qu'une bonne partie des hommes comme détenteurs potentiels, la robe étant à peine trop courte pour lui.
- Avec qui as-tu passé la nuit ? soupira Molly.
C'était avec un homme, elle en était persuadée.
Ron se serait immédiatement rendu compte de son erreur s'il avait par mégarde tenté d'enfiler la robe d'une sorcière. Il n'aurait jamais pu coincer sa grande carcasse dans un vêtement féminin. Ses épaules auraient fait exploser les coutures des manches et il aurait senti l'air froid de ce matin d'automne lui chatouiller les cuises.
Si voir Charlie avec Marcus Flint à son bras durant l'audience de Ginny lui avait fichu un coup, les déboires de Ron harcelant Blaise Zabini l'avaient ennuyée, certes, mais elle ne l'avait pas pris aussi mal. Les jumeaux étaient impliqués et elle ne mettrait pas hors de leurs champs de compétences d'avoir mis au point une potion qui déclenche des pulsions étranges chez une personne au demeurant parfaitement normale.
Mais Ron n'était plus sous l'emprise de cette potion désormais. Et il n'en avait pas moins passé la nuit dans le lit d'un homme.
Vraiment, Molly ne savait plus que penser. Il était évident qu'Harry trouvait son compte dans sa relation avec son compagnon. Le jeune Veela n'avait pas l'air malheureux, ni sous influence. Molly ne parvenait pas à faire taire la petite voix qui susurrait à son oreille que ce n'était pas normal mais elle n'avait pas l'inconscience de la croire aveuglément.
Elle avait failli détruire son mariage pour une querelle ridicule, sur un sujet qui n'avait plus d'importance depuis longtemps.
Elle avait failli perdre l'affection d'Harry et était à peu près sûre que le jeune homme ne lui avait pas encore pardonné.
Elle avait pour le moment perdu sa fille qui, forte des convictions maternelles, s'était follement lancée dans une entreprise aussi risquée que stupide et qui en payait désormais le prix.
L'entêtement n'était visiblement pas la meilleure politique. Elle ne comprenait pas, elle n'approuvait pas, mais elle était fatiguée de se battre. Les jumeaux la battaient de froid, Arthur avait des lueurs de condescendance dérangeante dans le regard à chaque fois qu'Harry revenait sur le tapis et Charlie ne s'était pas privé de lui faire la morale à sa manière brute de décoffrage.
- Il ne s'est rien passé ! s'exclama Ron, davantage par réflexe que par réel besoin de mentir. Il savait que sa mère savait et il ne pouvait rien y changer.
- Suffisamment pour que tu ôtes tes vêtements. Ne me mens pas, Ronald Weasley !
- Qu'est-ce que ça peut faire ? Je ne me rappelle même pas être allé dans cette chambre et je n'ai pas l'intention de fréquenter cette personne.
- Ron…
- Je vais aller récupérer mes vêtements et on s'en va.
- Mais…
Molly n'eut pas le temps de protester plus avant, son fils lui avait tourné le dos et s'avançait déjà en direction du grand escalier qui occupait l'autre extrémité du hall, à l'opposé de l'endroit par lequel il était arrivé. Regardant la longue silhouette dégingandée monter les marches de marbre, elle demanda à l'elfe s'il savait où son fils se rendait.
- Bien entendu.
Puisqu'aucune information supplémentaire ne faisait son apparition, Molly poursuivit son interrogatoire.
- Dans quelle chambre a-t-il dormi ?
- Je ne peux pas vous le dire. Les invités du Maître ont droit au respect de leur intimité.
- Je suis sa mère, j'ai le droit de savoir où mon fils passe la nuit.
- Mais vous n'avez aucun lien de parenté avec le sorcier à qui cette chambre a été attribuée et je sens que votre fils est majeur selon la loi sorcière.
Sur ces mots, l'elfe disparut dans un craquement, laissant Molly seule. Elle savait que si elle amorçait le moindre mouvement en direction de l'une des portes, de l'un des corridors ou de l'escalier l'horripilante créature reviendrait pour lui bloquer l'accès, aussi demeura-t-elle sur place, maudissant l'elfe et réfléchissant furieusement.
- Créature vicieuse et bornée ! Je n'ai jamais vu un elfe aussi stylé et aussi fat ! Aucune déférence… Tssssss… Typique des Malfoy !
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Manoir Malfoy, chambre bleue, même matinée.
Hermione était plus à l'aise qu'elle ne l'aurait cru possible. Le poids de Draco qui reposait à demi sur elle était bienvenu et agréable, lui procurant étrangement une impression de confort.
Elle n'avait pas pour habitude d'apprécier grandement de partager son lit. Certes il ne s'agissait pas réellement de son lit mais l'idée générale demeurait la même. Elle avait toujours eu des difficultés à dormir avec un garçon après qu'ils aient eu des relations sexuelles. Quel que soit l'angle sous lequel elle considérait les choses, elle en revenait toujours au même point : dormir avec quelqu'un était très intime.
Trop intime.
Partager le lit d'un ami en tout bien tout honneur pendant les vacances, pourquoi pas. Elle l'avait fait plusieurs fois et n'avait pas éprouvé de réserves. Mais rester allongée auprès d'un garçon avec lequel elle venait de se livrer à des actes pas toujours très élégants était souvent au dessus de ses forces.
Non pas qu'elle ait cumulé les aventures durant sa vie. Elle n'avait connu que deux partenaires avant Draco, un garçon rencontré durant des vacances en France, et Ron. Il fallait admettre qu'elle n'avait rien éprouvé de particulier pour le jeune français si ce n'est une vive sympathie, et que Ron était Ron. Il faudrait très certainement inventer une échelle de quotient émotionnel spécifique dédiée entièrement à l'étude des réactions viscérales de Ronald Weasley avant de comprendre comment il fonctionnait.
Le mariage d'Harry avec leur professeur de potions avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase mais il y avait déjà un bon moment que leur couple battait de l'aile avant cela. Ron ne semblait jamais être capable d'exprimer une émotion humaine normale et rien n'était plus usant. Hermione avait beau passer une grande partie de son temps plongée dans les livres, elle n'en appréciait pas moins que tout autre individu un moment de détente tranquille avec son petit-ami. Bien entendu, cela n'avait pas grand sens avec Ron. Le rouquin n'était jamais réceptif : soit il la harcelait alors qu'elle étudiait pour qu'ils aillent 'tirer un coup vite fait' comme il le disait si élégamment, soit il ne la regardait même pas alors qu'elle s'installait pratiquement sur ses genoux à moitié dévêtue. Et si le besoin de câlins se faisait sentir, mieux valait le ravaler parce que Ron ne comprenait pas l'intérêt que cela pouvait avoir et refusait en général obstinément de se prêter à ce qu'il qualifiait de 'truc de fille'.
Draco quant à lui…
Et bien Draco était autre chose. Hermione savait qu'elle n'était pas amoureuse de lui mais elle n'aurait pas pu être plus précise sur ses sentiments envers le jeune Veela. La manière qu'il avait de la couver littéralement du regard lorsqu'ils étaient en public, les petites attentions dont il faisait preuve, la patience qu'il avait professée la veille durant le bal alors qu'Hermione lui massacrait sans vergogne les orteils, tout cela contribuait parfois à faire naître en elle une sensation moelleuse qu'elle ne pouvait identifier.
Ce qu'elle savait était que Draco, une fois que l'on avait percé la carapace du Prince de Glace, était quelqu'un d'attachant. Hermione percevait désormais nettement en lui une sensibilité qu'elle n'aurait jamais imaginé trouver chez un Malfoy. Rien que la bague qu'il lui avait offerte était un geste si inattendu…
Quand bien même inattendu ne serait pas le terme exact au vu des circonstances – une bague était après tout un pré-requis indispensable pour un mariage – Hermione admettait librement avoir été stupéfaite lorsque l'anneau avait été glissé à son doigt. Un héritage familial, une pièce de joaillerie artistique et hors de prix, voilà ce à quoi la jeune femme s'était préparée.
Pas à cet anneau à la fois si simple et si admirablement choisi.
Une bande de platine poli, soigneusement enluminée d'une écriture cunéiforme qu'Hermione avait reconnu comme étant une ancienne forme d'elfique et parsemée de pierres bleues si pâles qu'elles absorbaient presque le gris du métal environnant. Elle ignorait de quelles pierres il s'agissait, reconnaissant honnêtement ses lacunes en gemmologie, mais elles lui rappelaient les côtes bretonnes un jour de pluie… et les yeux de Draco avant que son héritage ne se manifeste.
Machinalement, elle tourna la main pour regarder sa bague et étouffa une exclamation. Elle savait que la magie veela ferait prendre à l'anneau une forme particulière – symbolique de son partenaire ou du lien qui les unissait, à moins qu'il ne soit question que d'une affinité pour une forme spécifique, les textes n'étaient pas clairs à ce sujet – mais l'apparition à son doigt d'une créature qui parvenait à conserver une apparence pelucheuse malgré le métal dont elle était constituée ne l'en étonna pas moins. Fronçant les sourcils et plissant les paupières pour tirer le meilleur parti de la faible luminosité qui se frayait péniblement un chemin à travers les rideaux, elle considéra l'animal avec l'attention soutenue qu'elle portait à toute étude et identifia bientôt ce qui ressemblait à un furet albinos singulièrement élégant avec une tache noire au bout de la queue.
La queue de l'animal s'enroulait autour de son doigt alors que la petite tête venait se reposer juste sous l'articulation de la deuxième phalange, un œil bleu grisé semblant la considérer d'un air amusé. Le corps était long et racé, parsemé de minuscules éclats de diamants qui lui conféraient une blancheur délicate sans être agressive. La pluie de pierres se poursuivait jusqu'à l'extrémité de la queue, changeant sans transition sur les derniers millimètres pour des diamants noirs. Le détail était parfait, jusque dans les petites pattes griffues.
Hermione ôta la bague, se promettant de vérifier de quelle espèce il s'agissait exactement dès qu'elle en aurait l'occasion, et regarda à l'intérieur de l'anneau. Elle soupira, soulagée. Elle n'avait pas eu le temps d'étudier les caractères de près la veille car il y avait toujours une danse à exécuter, une personne à saluer ou une contingence quelconque qui survenait, et leur disparition avant qu'elle n'ait pu mettre la main sur ses dictionnaires de langues archaïques l'aurait chagriné. Cette inscription avait obligatoirement un sens car elle doutait fortement que Draco ait fait graver un joyeux non-sens par pur esthétisme. Bien sûr, le Veela était parfois très superficiel mais quelque chose lui soufflait que ce n'était pas le cas cette fois-ci.
Il était bien ennuyeux de ne pas pratiquer couramment les langues ancestrales… Le bras robuste de Draco qui lui entourait la taille l'empêchait de se lever pour se mettre en quête de la bibliothèque des Malfoy. Elle n'avait pas avec elle tous ses livres mais il devait bien se trouver un dictionnaire d'elfique dans ce manoir. La famille était réputée pour ses artefacts de magie noire et l'immensité de sa collection d'art, laquelle comportait une bibliothèque bien achalandée que la jeune Gryffondor comptait bien fréquenter aussi souvent qu'elle le pourrait, Hermione comptait bien trouver les ressources nécessaires au déchiffrage des runes. Dans un élan de curiosité, elle saisit la main placide qui reposait contre son ventre et la retourna afin d'en examiner les doigts.
Elle avait eu beaucoup de mal à se procurer une bague pour Draco. Non seulement ne savait-elle pas quoi acheter, mais elle ne connaissait aucun bijoutier. Merlin merci, tout achat était possible pour qui savait où trouver un hibou ! Si elle avait dû courir à Londres pour dénicher une boutique, elle se serait présentée devant l'autel les mains vides. Elle avait passé de longues heures pendant la nuit à parcourir des catalogues de vente sorcière par correspondance dans l'espoir qu'un modèle lui évoquerait le jeune Malfoy, quelle qu'en soit la raison.
Bien entendu, rien n'avait éveillé d'épiphanie dans son cerveau. Les modèles ophidiens représentaient une allusion trop évidente et dénuée de goût à la Maison Serpentard, ou bien aux accointances douteuses des Malfoy durant les deux dernières guerres sorcières, point sur lequel la jeune Gryffondor serait ravie de faire l'impasse. Quant aux émeraudes qui foisonnaient, toujours trop claires ou trop sombres, elle savait par avance qu'elles ne s'accorderaient pas au teint de porcelaine de Draco. Un casse-tête sans fin qu'elle ne pouvait espérer résoudre dans un livre comme elle en avait l'habitude.
Armée du peu qu'elle savait des goûts de Draco, elle avait fini par arrêter son choix sur un anneau d'or blanc, finement ciselé pour lequel elle avait expressément demandé la gravure de symboles alchimiques qu'elle avait sélectionnés autant pour leur élégance physique que pour leur signification profonde. Hermione avait compté sur le fait que son fiancé semblait avoir une préférence pour une certaine simplicité qui confinait parfois presque au minimalisme. Ses vêtements étaient toujours d'une coupe parfaite, aux lignes pures, sans aucune fioriture. Certainement, le jeune homme n'avait pas paru déçu lorsqu'elle avait passé l'anneau à son doigt mais comment savoir avec cette manie qu'ils avaient tous dans cette famille de dissimuler leurs sentiments…
Maintenant le simple anneau d'or avait pris une toute autre allure.
- Tu remues beaucoup trop si tôt le matin… susurra une voix rauque de sommeil dans son oreille.
La main qu'Hermione tenait se libéra sans effort et retourna se poser sur son ventre, l'attirant plus fermement contre le corps chaud et languide.
- Tu auras tout le temps d'examiner nos bagues plus tard.
- Mais je…
Un nez un peu froid vint se loger derrière son oreille tandis que des lèvres baladeuses s'égaraient dans son cou, entreprenant la formation d'un suçon.
- Je te promets d'emmener au moins trois dictionnaires, une encyclopédie et suffisamment de romans et ouvrages historiques divers pour remplir une malle, déclara-t-il une fois sa marque apposée.
- Mais comment…
- Hermione, je sais que tu ne seras pas satisfaite tant que tu n'auras pas étudié chaque millimètre de ces anneaux. Tout ce que je demande c'est l'opportunité de profiter tranquillement de la matinée avant que nous ne devions nous présenter au brunch.
- Je…
Sa jeune épouse n'étant apparemment pas décidée à achever une phrase, Draco mordilla sagement une épaule découverte avant de reprendre la parole :
- Si tu as quelque chose à dire, je t'en prie. L'urgence de concrétiser le Lien a disparu, je suis capable de soutenir une conversation sans perdre la tête désormais.
- On ne dirait pas, marmotta Hermione alors que la bouche du Serpentard partait se perdre sur sa nuque.
Draco recula vivement, les yeux écarquillés, rompant tout contact entre lui et sa compagne. Un coup dans l'estomac ne l'aurait pas autant refroidi. Oh, il savait qu'il ne pouvait attendre l'amour fou étant donné leur passé commun mais son instinct se rebellait devant l'analyse froide dont son cerveau était capable. Inconsciemment, il réagissait comme tout Veela face à ce qu'il percevait comme un rejet.
- Ne t'oblige pas à me supporter dans ce cas, siffla-t-il acidement dans le réflexe conditionné depuis longtemps d'attaquer lorsqu'il était blessé.
- Non, Draco ! Je ne…
Hermione soupira et tendit la main, la posant sur celle de Draco. Elle considéra comme une victoire le fait qu'il ne l'en délogea pas et l'apprécia à sa juste valeur. Elle n'avait pas un instant cru qu'il interpréterait ainsi ses paroles.
- Draco, je… Merlin je ne sais pas comment m'expliquer sans passer pour une idiote ou pire encore… Je ne sous-entends pas que… crois-moi je ne cherche pas à te rejeter ou quoi que ce soit d'autre. Je n'ai pas… Je suis juste un peu fatiguée et courbaturée et… je crois que je n'ai jamais eu autant de… relations… en si peu de temps. Je… je suis désolée, je ne pensais pas à mal…
- Aussi pénible que cela soit pour moi d'envisager une telle éventualité, je vais néanmoins m'y contraindre. Tu n'as jamais passé la nuit à t'envoyer en l'air avec Weasley ?
- Certainement pas !
- J'aurais cru que vous aviez une relation non platonique.
- Euh oui mais pas… Je ne veux pas parler de Ron ni de notre relation. Elle était loin d'être parfaite et nous ne semblions jamais sur la même longueur d'onde, il n'y a rien de plus à en dire.
Le regard argenté plus que dubitatif qui ne la lâchait pas fit rougir Hermione. Elle ne souhaitait vraiment pas évoquer cette période de sa vie qui ne concernait en rien Draco mais elle était consciente que certains de ses problèmes étaient liés à cette époque et que taire ses doutes à un Veela n'était pas la bonne solution. Elle avait vu comme Harry avait souffert de la froideur de Severus au début de leur mariage et ne voulait pas infliger cela à quiconque. Peut-être que tourner un peu autour du pot ne serait pas superflu… Draco n'avait pas besoin de connaître chaque détail.
- J'ai des difficultés à dormir avec quelqu'un, énonça-t-elle d'une voix plate. Ron n'a jamais passé la nuit dans ma chambre. Ca n'a pas eu l'air de le gêner.
- Est-ce une manière détournée de me demander si faire chambre à part est envisageable ?
Le visage de Draco paraissait sculpté dans le marbre, pâle et inexpressif. Ses yeux flamboyaient et Hermione savait qu'elle avançait en terrain miné. Un mot de travers et les conséquences seraient désastreuses pour eux deux.
- Non.
Sa voix manquait de fermeté, un trémolo incertain ayant trouvé moyen de se glisser dans une phrase de trois lettres, mais les relations humaines n'avaient jamais été son fort et elle faisait de gros efforts pour accepter Draco et le lui laisser savoir.
- C'est la première fois que je suis… peut-être pas à l'aise mais… du moins cette nuit n'était pas inconfortable.
Hermione soupira profondément.
- Je crois que j'ai besoin d'un peu de temps pour m'adapter. C'est une chose de savoir que l'on va se marier et s'en est une autre de se réveiller lié à quelqu'un pour toute une vie.
- Je n'ai rien fait pour te déplaire dans ce cas ?
L'impassibilité de Draco avait volé en éclat et il regardait la jeune femme assise dans le lit avec une expression de fragilité timide qui lui rappela immédiatement Harry lorsqu'il n'osait pas espérer que la réalité soit tangible.
Les Veelas, comprit-elle alors que Draco la repoussait doucement contre le matelas sans la lâcher des yeux, sont de terribles manipulateurs.
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Manoir Malfoy, chambre indéterminée, même matinée.
Ron hésitait depuis vingt minutes devant la porte.
Il n'osait pas entrer. Il était plus facile d'annoncer à sa mère ce qu'il allait faire que de le réaliser effectivement. Pousser cette porte et se retrouver de nouveau face à face avec Théodore Nott promettait d'être au dessus de ses forces.
D'autant plus lorsqu'il songeait qu'il allait devoir retirer cette robe de sorcier, sous laquelle il ne portait rien, pour enfiler la sienne. D'ailleurs, où étaient passés ses sous-vêtements ?
Il ne pouvait pourtant pas rester là toute la journée. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Poussé par son estomac, maître incontesté de l'existence de Ron, le Gryffondor s'arma de courage et tourna la poignée ouvragée pour entrer dans la fosse aux lions.
- Tu tombes à point pour le petit-déjeuner. Un croissant ? s'enquit poliment Théo en se versant une tasse de thé.
- Il n'y a pas un brunch de prévu ? répondit spontanément Ron, trop surpris pour se draper dans son orgueil froissé de mâle vivant sa première véritable expérience homosexuelle plus ou moins consentante et sans l'influence de potions.
- Si, bien sûr. Les Malfoy sont de trop bons hôtes pour laisser leurs invités repartir le ventre vide. Mais le brunch est programmé à 14 heures et il est encore tôt. Je ne tiendrais jamais jusque là.
Ron s'avança machinalement pour s'emparer d'une viennoiserie et s'assit sur le bord du lit.
- Prends une serviette, s'il te plait. J'apprécierais assez de ne pas voir une tâche de graisse sur ma robe.
Le regard bleu furieux qui se planta dans celui de Théo lui fit immédiatement amender sa déclaration.
- Je n'ai jamais vu de viennoiseries sans miettes et le velours est délicat à détacher. Sans compter que l'elfe chargé de la blanchisserie du Manoir de mon père n'est pas des plus aimable. Je ne tiens pas à devoir le cajoler des heures durant pour revoir cette robe dans son état immaculé de départ.
- Mrrmmffffff, grogna Ron autour d'une bouchée de pain aux rasins en prenant une serviette et en partant à la recherche de ses vêtements.
Scrutant les lieux avec davantage de concentration que lors de sa fuite matinale, Ron repéra un coin de tissu terre de Sienne qui reposait nonchalamment sur le dossier d'un fauteuil. Il courut presque repêcher sa robe de sorcier de derrière le siège, heureux de constater que le ménage n'était pas pris à la légère au Manoir Malfoy et que son vêtement n'était en rien abimé ou tâché par son séjour en un emplacement peu traditionnel.
Ayant finalement avalé sa gourmandise en deux bouchées sous le regard attentif et vaguement incrédule de Théo qui ne l'avait jamais vu manger ainsi d'aussi près, il s'agenouilla et regarda sous chaque meuble dans un vain espoir de retrouver son boxer. Un boxer qu'il ne souhaitait en outre pas que l'on vit.
Il n'avait absolument pas prévu de se réveiller dans le lit de Théodore Nott, sans quoi non seulement il ne serait jamais venu au mariage, mais il n'aurait certainement pas porté un boxer de coton aux couleurs de Canons de Chudley assez ancien pour posséder des trous d'aération agréables durant l'été.
Quitte à se montrer par courtoisie – et parce que sa mère avait insisté – à un mariage auquel il n'avait nulle envie de participer, il pouvait bien venir aussi à l'aise que possible, non ? Personne n'était sensé voir ses sous-vêtements.
Sauf que son boxer se baladait désormais quelque part à la vue de tous.
Il n'avait pas d'attente particulière vis-à-vis de Théodore Nott et se moquait comme de sa première chaussette qu'il puisse le juger sur un vieux caleçon confortable mais il avait sa fierté. Et son amour-propre n'appréciait guère de se trouver en défaut
- C'est ça que tu cherches ? s'enquit le Serpentard en désignant du doigt une tache colorée suspendue à une applique à demi dissimulée par un élégant paravent japonais.
Ron ne répondit pas mais bondit littéralement sur l'offensante pièce de tissu et s'enfuit dans la salle de bain contigüe à la chambre. Il découvrit à son plus grand désespoir que la porte ne fermait pas à clef et pria de tout son cœur pour que le jeune homme qui déjeunait à quelques mètres de lui soit un gentleman et n'entre pas. Il ne tenait pas à se retrouver pour la seconde fois nu sous ses yeux, sans le choc de la découverte pour atténuer l'intense conscience de sa nudité.
Nott n'entra pas.
Il attendait sagement, assis sur le lit, que Ron quitte la salle de bain.
Le Gryffondor s'arrêta abruptement sur le seuil, ouvrant de grands yeux devant le spectacle.
Car à n'en pas douter, Théodore Nott savait se mettre en scène.
Sa robe se trouvant encore entre les mains de sa proie, il ne portait qu'un boxer de soie noire chatoyante qui soulignait harmonieusement ses cuisses fuselées et révélait plus qu'il ne dissimulait l'importance de ses parties intimes. Un ventre plat, sans la moindre tablette de chocolat mais également sans graisse superflue, surplombait des hanches étroites et Ron suivit machinalement du regard une fine ligne de poils qui allait en s'évasant sur le torse du Serpentard, faisant ressortir ses mamelons d'un rose délicat dans un écrin de peau caramel.
Les yeux du Gryffondor se fixèrent l'espace d'un instant sur ceux, amusés et sérieux tout à la fois, de Nott et Ron rougit.
Sans demander son reste, il lâcha la robe de velours qu'il tenait encore et s'enfuit, quittant la pièce sans un regard en arrière.
- Prometteur… murmura Théo en se préparant une nouvelle tasse de thé.
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Poudlard, dans la soirée.
Harry déprimait devant un aride devoir d'astronomie qu'il avait jusqu'alors omis de composer. Il aurait joyeusement continué de l'oublier si Severus n'avait pas fait une incursion surprise dans ses affaires afin de s'assurer que son mari était à jour dans ses obligations et n'avait découvert le pot aux roses. Il n'avait pas sciemment décidé de mettre de côté cette matière, même si elle ne faisait en rien partie de ses favoris, mais un mariage et les préparatifs qui l'accompagnait avaient une légère tendance à entraîner la distraction.
Lui qui avait espéré passer une soirée tranquille avec un bon roman pelotonné contre Severus pendant que ce dernier se noyait dans sa pile de copies à corriger…
Après le déluge de phéromones auquel il avait été soumis durant la cérémonie de l'Union de Draco et Hermione et le brunch tendu en début d'après-midi, il avait besoin de se ressourcer et de décompresser un peu. Evidemment une dissertation sur les représentations symboliques dans les mondes magique et moldu de l'influence de Saturne possédait un certain aspect apaisant, pour ne pas dire soporifique, mais cela n'était pas ce que le jeune Veela recherchait.
Quelque part, il enviait Draco Malfoy.
Savoir que le blondinet allait passer une semaine dans la villa sicilienne des Malfoy avec sa compagne pour lui seul le rendait absurdement jaloux. Pas d'Hermione, pas davantage de Draco, non, il était jaloux de l'opportunité qu'ils avaient de demeurer quelque temps coupés de la société.
Soupirant, il tenta de remettre son cerveau sur les rails de l'astronomie mais celui-ci ne fut pas bien long à repartir battre la campagne.
Pour sa défense, il fallait préciser que le brunch des Malfoy ne s'était pas avéré aussi calme et protocolaire qu'il aurait du l'être. A ce qu'il avait compris, Narcissa aurait croisé Molly dans le hall et l'aurait, par pure courtoisie, retenue à déjeuner. Harry était sûr que jamais plus Narcissa n'éprouverait un semblable élan de générosité envers un Weasley.
Car inviter Molly avait signifié inviter Ron qui n'était pas bien loin. Harry n'était pas parvenu à découvrir où le rouquin avait pu passer la nuit car il ne faisait certes pas partie des convives auxquels le couple Malfoy avait offert l'hospitalité. Son ami était resté curieusement muet sur le sujet et avait soigneusement gardé les yeux baissés comme s'il craignait qu'Harry puisse y lire un indice quelconque. Le Gryffondor s'était contenté d'engouffrer des quantités gargantuesques de nourriture sans le raffinement auquel les Malfoy étaient accoutumés, le nez plongé dans son assiette, rougissant périodiquement sans que Harry n'en comprenne l'origine.
Entre la sensation de malaise qui émanait de Ron, la gêne très nette de Molly qui ne s'était visiblement pas attendue à déjeuner dans la grande salle à manger d'apparat des Malfoy et le sourire en coin malicieux et étrangement satisfait de Théodore Nott, l'ambiance était tendue. Les rougeurs régulières d'Hermione sous les petites attentions de Draco n'avaient pas aidé et la mine un rien renfrognée de Narcissa devant les manières de Ron avait été très éloquente, participant à la lourdeur de l'atmosphère.
Harry avait passé pratiquement tout le repas à essayer de comprendre le comportement des uns et des autres, sans grand succès.
Autant il n'avait eu aucune difficulté à saisir les motifs qui se cachaient derrière les humeurs d'Hermione, autant il ne voyait pas ce qui pouvait irriter Ron à ce point.
Il avait lui-même eu certaines réserves à affronter ses amis après sa confrontation avec Ginny. Pas tellement à cause de ce qu'il avait fait à la jeune Weasley – châtiment parfaitement mérité de son point de vue et entièrement assumé – mais parce qu'il savait pertinemment que tout Poudlard était au courant de ce qui s'était passé entre les draps de Severus cette nuit-là. Il n'y avait pas à réfléchir aux réactions viscérales des Veelas dans certaines circonstances. Il pouvait comprendre que la jeune femme ne soit que moyennement à son aise entourée de gens qui n'ignoraient rien de ces activités nocturnes, même s'ils n'en connaissaient pas le détail.
Ron en revanche s'était conduit bizarrement. Les sautes d'humeurs étaient fréquentes chez le rouquin et il ne fallait pas s'en formaliser mais cela n'aidait pas à en déterminer les causes bien au contraire. Harry avait pratiquement eu l'impression d'être revenu des années en arrière, durant cette période épouvantable du Tournoi des Trois Sorciers. Cependant son analogie pêchait et il s'en rendait compte. Depuis le début de l'après-midi il cherchait à comprendre et ne trouvait pas ce qui avait pu rendre son ami ainsi. Habituellement, Ron agissait avec cette impétuosité têtue et ronchonne lorsqu'il était jaloux mais Harry avait beau se creuser la cervelle, il ne décelait aucun motif de jalousie dans les récents événements.
Le comportement de Blaise ne pouvait guère être mis en faute car le jeune Serpentard avait passé le repas à discuter du droit sorcier des affaires en compagnie de son père, de Théodore Nott, de Nott Senior et de Lucius, sans qu'aucun d'entre eux n'ait jamais détourné son attention vers Ron. Rien qui puisse raviver de pénibles souvenirs pour le Gryffondor.
A moins que…
L'atmosphère calme des cachots devait y être pour quelque chose car l'illumination qui le fuyait depuis des heures lui apparut soudainement. Il s'emballait peut-être mais s'il prenait son raisonnement à l'envers alors le comportement de Ron, bien que toujours aussi incohérent, lui paraissait développer un sens…
Je n'arrive pas encore à réaliser que cette histoire est pratiquement terminée... Je vis avec depuis si longtemps que c'est étrange de me dire que bientôt je posterai la fin et que je n'y toucherai plus.
Et promis, j'essaierai de ne pas mettre autant de temps à l'écrire! ^_^
