Kumiko se redressa légèrement et regarda sur sa gauche. Analysant la situation à toute vitesse, elle fronça les sourcils puis se tourna vers Marie à qui elle demanda de la laisser faire. Elle interpella alors le jeune homme.
- Hé ! Take-kun !
Ayant entendu son prénom et reconnu la personne qui l'avait appelé, Takeshi ramassa son sac de sport et se dirigea vers le banc. Kumiko eut tout juste le temps de lancer un petit sourire triomphant vers Marie avant que le japonais n'arrive à leur hauteur.
- Salut ! lança-t-elle joyeusement.
- Bonjour Kumi-chan. Bonjour..., dit-il ensuite machinalement aux deux autres filles qui l'accompagnait, mais à qui il jeta néanmoins un coup d'œil
Il n'échappa alors à personne qu'il avait marqué un temps d'arrêt sur Marie, qu'il reconnut aussitôt. Kumiko bondit sur l'occasion :
- Take-kun, je te présente Marie, dit-elle avec entrain tout en montrant la jeune fille de la main. Elle accompagne l'équipe du Bayern.
Takeshi regarda l'allemande l'air interdit puis tourna brusquement la tête pour observer les joueurs sur le terrain. Hésitant, il émit alors la remarque,
- C'est pour ça que tu étais à la soirée hier...
- Ou...oui, bafouilla Marie qui avait subitement perdu l'usage de la parole.
Il y eut un petit moment de flottement jusqu'à ce que quelqu'un vienne à leur secours...
- Au fait, félicitations pour ton titre ! lança Yukari. C'est une très belle performance !
Takeshi en sursauta presque.
- Merci. Oui, c'est vrai...c'était quelque chose, avoua-t-il d'une petite voix, toujours un peu mal-à-l'aise face aux compliments.
- Et maintenant que tu as ce titre, poursuivit Kumiko de bonne humeur, tu pourrais peut-être envisager de laisser gagner Nankatsu la semaine prochaine, histoire que l'équipe remporte « enfin » quelque chose !
Takeshi ne répondit pas de suite mais éclata de rire. Marie buvait du petit lait. Il était là, à moins d'un mètre d'elle et en train de rigoler, détendu. Peut-être allait-il rester un petit moment en leur compagnie ? Peut-être allait-il s'asseoir avec elles ? À côté d'elle ?
- Je suis désolé pour Nankatsu, finit-il par dire faussement navré une fois son rire calmé, mais un match est un match. Quelque soit l'équipe rencontrée, quelque soit l'équipe dans laquelle je joue, j'essaie toujours de gagner ! Surtout quand il s'agit de mon dernier match dans une équipe et que l'adversaire, en plus, est Nankatsu, affirma-t-il avec un clin d'œil malicieux.
Marie le regarda la bouche entrouverte de stupéfaction : elle crut entendre parler son frère ! Décidément, encore un sacré mordu de foot ! Mais au moins, elle était dans son élément. Elle essaya de trouver quelque chose à dire pour pouvoir discuter directement avec lui, pour ne plus être simplement spectatrice...
- C'est pour ça que vous vous entraîniez tout à l'heure ?
C'est tout ce qu'elle avait trouvé. C'était maigre, c'était creux, mais au moins elle avait trouvé quelque chose à lui dire.
- Heu...Oui c'est ça, répondit Takeshi soudain embarrassé.
Autant il était décontracté quand il s'adressait à Kumiko, autant il semblait perdre de ses moyens quand il échangeait, même juste deux mots, avec Marie. Sans doute parce qu'il ne la connaissait pas et qu'il ne se sentait pas le droit de se montrer trop familier avec une inconnue. Ou alors peut-être parce qu'il n'y arrivait pas, tout simplement...
- Vous vous entraînerez tous les jours avant le Bayern maintenant ? demanda Kumiko l'air de rien.
- Le matin seulement, répondit Takeshi. Cet après-midi, c'était exceptionnel. Avec toutes les compétitions d'été qui approchent, on a dû modifier certaines heures d'entraînement pour pouvoir partager les locaux avec les autres disciplines.
- Dans ce cas, vous aurez trois spectatrices de plus dorénavant ! annonça joyeusement la japonaise. Mais ne compte pas sur moi pour encourager la Toho la semaine prochaine, le prévint-elle ensuite.
- Je m'en serais douté, dit Takeshi en étouffant un petit rire.
- Tu ne veux pas t'asseoir avec nous ? finit par demander Kumiko d'un ton dégagé. Ce n'est pas plus cher !
Instinctivement, Takeshi jeta un regard vers Marie et se passa la main derrière la nuque dans une attitude nerveuse.
- Heu...non...non...ça va aller, je te remercie, articula-t-il difficilement. De toute façon je dois...
- Take-kun !
Le garçon fut une nouvelle fois appelé par quelqu'un. Cette fois-ci, c'était par un camarade de classe. Semblant extrêmement soulagé de pouvoir se retirer sans avoir à trouver un prétexte plus ou moins douteux, le jeune homme les salua et fila presque au pas de course.
Il était un peu déboussolé. Pour être franc avec lui-même, cette fille ne le laissait pas tout à fait indifférent, enfin...en tout cas, c'est comme ça qu'il l'interpréta (n'étant pas un expert en sentiments amoureux). Mais après, dans quelle mesure ? Il l'avait rencontrée la veille et avait donc déjà eu l'occasion de noter qu'elle était plutôt jolie, mais il aurait mis son pied à couper qu'il n'en entendrait plus jamais parler. Et voilà qu'il la retrouvait dès le lendemain ! Dans son lycée ! Sur son terrain ! En compagnie d'une amie et accompagnant l'équipe qui le passionnait tant ! Takeshi n'était pas du genre fataliste ou à consulter les voyants, mais ce genre de coïncidences le laissait néanmoins dubitatif... Oh ! Après tout, il verrait bien, inutile de se tracasser. Il rejoignit alors son collègue.
- Qu'est-ce que tu foutais ? demanda celui-ci.
- Moi ? Oh rien, déclara Takeshi avec un air presque coupable. Je... j'étais venu voir le Bayern s'entraîner.
Son ami regarda vers le terrain comme pour vérifier ses dires.
- Bon aller viens, on s'en va...
- ...
Le footballeur jeta un dernier regard par-dessus son épaule : tout de même, c'était une agréable rencontre...
Kumiko le regarda s'éloigner et soupira, contrariée.
- Qu'est-ce que tu as encore ? demanda Yukari amusée.
- Ben...j'aurais aimé qu'il reste un peu plus ! lança la japonaise. C'était plutôt bien parti.
- Moi je trouve que sur la fin, avec le coup de lui demander de s'asseoir, il était un peu mal-à-l'aise, fit observer Yukari.
Kumiko ne répondit pas et la regarda de travers.
- Ne te mets pas dans cet état, lui dit alors Marie. Tu en as déjà fait beaucoup et je t'en remercie, dit-elle avec un grand sourire.
- Oh...c'est rien, affirma Kumiko qui se sentit soudain très fière d'elle - mais qui joua la modeste.
- Dès demain je viendrais assister à ses entraînements, déclara Marie d'un ton décidé.
Ses deux camarades se sourirent...
- Et puis on verra bien, lâcha l'allemande avec un brin de fatalisme déplaisant dans la voix.
- Hé ! s'exclama aussitôt Kumiko. Un peu d'entrain que diable ! Tu sais, confia-t-elle à l'allemande d'un ton très sérieux, je pense que tu as toutes tes chances avec lui. Tu es tellement différente.
- « différente » ? répéta Marie interloquée.
- Oui ! Et je ne parle pas du fait que tu sois blonde aux yeux bleus ! Ce qui est, tu le reconnaîtras, assez peu courant chez une japonaise quand même, dit-elle en aparté. Non. Toi, il ne te connait pas. Tu apportes un souffle de fraîcheur, de nouveauté (Yukari se plaqua alors une main en travers du visage et secoua la tête en ignorant si elle avait envie de rire ou de pleurer). Et en plus, annonça Kumiko un pointant son index vers le ciel de façon théâtrale, tu as deux énoooormes avantages que les autres n'ont pas !
- Lesquels ? demanda Marie de plus en plus perplexe.
- Primo : tu accompagnes une équipe qui attire beaucoup de monde, y compris lui. Secundo, tu as l'extrême chance de m'avoir à tes côtés !
- Ah oui ! Là forcément, présenté comme ça ! plaisanta Yukari avec un brin de sarcasme. C'est bon Marie, tu peux déjà préparer tes noces !
- Hum...idiote ! grogna Kumiko. Alors ? Qu'en dis-tu ? lança-t-elle à l'intention de Marie.
- Que j'ignore dans quelle mesure tout ça pourrait vraiment me servir, mais qu'en tout cas, j'ai retrouvé la pêche ! s'exclama l'allemande ragaillardie.
- Et alors, ça papote ?
Les trois filles levèrent brusquement la tête, figées sur place. Tellement occupées à bavarder, elles s'étaient totalement désintéressées de l'entraînement de l'équipe allemande, entraînement qui était désormais fini.
- Karl ! s'indigna sa sœur. Tu écoutes les conversations des filles maintenant ?
Elle lança un regard glacial à son frère, qui d'une mine réjouie passa dans la seconde à une expression outrée.
- Quoi ? s'exclama le garçon qui ne s'attendait pas à être reçu de la sorte - et qui en plus, venait vraiment à peine d'arriver et n'avait rien entendu. Mais non, je n'écoutais pas ! Mais comme vous n'avez pas arrêté de bavarder durant toute la séance, sous-entendit-il avec un petit sourire en coin, je venais juste voir si ma petite sœur adorée allait bien.
Marie le regarda de travers.
- Et bien « ta petite sœur adorée » va très bien ! rétorqua-t-elle sèchement.
Elle se leva alors dignement et envoya derrière son épaule, d'un geste gracieux de la main, la longue mèche de cheveux qui s'était désunie de sa cascade dorée. Elle remarqua que son frère l'observait les deux sourcils relevés, parfaitement incrédule. Marie annonça ensuite qu'elle allait retrouver sa mère.
- Au revoir Marie ! lui lança Kumiko - qui avait du mal à se retenir de rire. A demain !
- Non mais...qu'est-ce qui lui prend ? bafouilla Karl décontenancé.
- Va savoir...pouffèrent les deux filles.
Comprenant qu'il n'y aurait rien à tirer de ces deux-là, Karl préféra rejoindre son équipe.
- Qu'est-ce que tu as à regarder ta sœur comme ça ? s'étonna madame Schneider auprès de son fils, tandis que le groupe munichois attendait dans le petit salon de l'hôtel que les tables du restaurant soient prêtes pour y être servi.
- Hum..rien, marmonna Karl qui ne lâcha cependant pas Marie du regard.
C'était la première fois qu'elle se comportait de la sorte avec lui. Loin d'avoir pour habitude de lui faire des cachotteries, Marie s'était toujours confiée sans hésitation à son frère. Et là, au contraire, elle s'était montrée contrariée qu'il ait pu entendre quelque chose. Il y avait une mise à l'écart manifeste et cela ne lui plaisait pas du tout. Et comme il était vraisemblablement inutile de compter sur ses deux copines gloussantes pour apprendre quelque chose, il décida donc qu'il aurait un œil discret - mais constant - sur Marie à compter de cet instant...
Coucou !
Alors pour aujourd'hui : le contact est amorcé (oui, ils n'allaient pas non-plus se jeter dans les bras l'un de l'autre !) et ça y est ! Schneider's brother fait son entrée ! Pour le moment, il restera « soft »...le meilleur reste à venir (je suis en train de réfléchir à une petite...non, vous verrez bien !).
