Loin de se douter des petites manigances de son frère, Marie passa une agréable soirée à plaisanter avec enthousiasme avec des membres de l'équipe ou à raconter à sa mère diverses anecdotes sur la vie au Japon que lui avaient rapportée ses amies...La jeune fille était d'excellente humeur, inversement proportionnel à son frère qui se demandait vraiment ce qui pouvait la mettre dans un tel état. Sourcils froncés et bataillant avec son morceau de steak, il gardait une oreille ouverte en espérant saisir une information au vol.

Lorsque tout le monde alla se coucher et que Marie souhaita « bonne nuit » à son père et son frère, alors qu'ils se trouvaient tous dans le couloir des chambres, ce dernier en profita pour revenir diplomatiquement à la charge.

- Tu es sûre que tout va bien ? lui demanda-t-il, affichant un petit air inquiet.
- Bien sûr ! répondit Marie surprise. Pourquoi ?
- Ben...je ne sais pas, hésita-t-il. Tu as eu un drôle de comportement tout à l'heure au terrain...Et ce soir, je t'ai trouvé particulièrement excitée.

Marie manqua de s'exclamer : « Normal, je suis amoureuse ! ». Mais elle se ravisa aussitôt. Car non-seulement il aurait été suicidaire d'avouer cela à Karl qui aurait alors, elle en était certaine, tout fait pour la ré-expédier vite fait bien fait en Allemagne, mais surtout, elle n'aurait jamais envisagé dire une chose pareille si elle avait pu se confier en toute sérénité ! Amoureuse...Elle était amoureuse...

Un jour, elle avait assisté à une conversation entre deux de ses amies et l'une d'elles avait demandé à l'autre comment on faisait pour savoir quand on était amoureux. La réponse donnée l'avait surprise sur le coup. Son amie avait simplement répondu : « Tu le sauras...Crois-moi, c'est aussi simple que ça. Tu le sauras... ». Et aujourd'hui, Marie comprit pleinement ce que cela signifiait, parce qu'elle le savait...tout simplement.

La vitesse à laquelle tout ça s'était enchaîné dans son esprit avait certes été très rapide, mais son visage resté figé un court instant n'incita pas du tout Karl à la croire quand elle lui avait dit que tout allait bien.

- Marie ! Tu es sûre que ça va ? insista-t-il.

Elle ouvrit la bouche pour parler, mais se rendit compte qu'elle ne trouverait rien à dire qui ne puisse l'enfoncer davantage. Adoptant donc la bonne vieille méthode du « je-me-mets-en-colère-parce-que-tu-as-raison-et-que-je-ne-trouve-rien-à-dire-pour-ma-défense », Marie se renfrogna et regarda son frère de travers.

- Mais oui Karl ! s'emporta-t-elle, les poings faits sur les hanches. Si je te dis que ça va, c'est que ça va ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre ?
- Hum...rien, répondit Karl suspicieux. Tant mieux alors si ça va...Bonne nuit Marie.
- Tout va bien les enfants ? demanda soudain leur père qui venait de sortir la tête de sa chambre tel un hibou, en entendant le ton légèrement monter dans le couloir.

Marie commençait à être sérieusement agacée que tout le monde lui demande à tout bout de champs si elle allait bien - alors que justement elle ne s'était jamais sentie aussi heureuse. Quant à Karl, il était contrarié et frustré d'avoir eu cette impression de pouvoir saisir quelque chose de sa sœur, mais une chose qui lui avait finalement échappé au dernier moment. Papa Schneider fut donc bien accueilli par ses enfants qui lui jetèrent chacun un regard assassin avant de lui asséner un brutal : « OUI, CA VA ! ». L'homme ne chercha même pas à comprendre et rentra sa tête dans sa chambre, là où il était à présent convaincu qu'elle n'aurait jamais dû en sortir - tout en bénissant le jour où il avait décidé d'avoir des enfants...


Vendredi matin.

- Mais enfin, dis-moi pourquoi tu veux y aller si tôt ? L'entraînement ne commence que dans deux heures !

Madame Schneider ne comprenait pas l'insistance de sa fille à vouloir à tout prix se rendre, seule, au lycée Toho à une heure si matinale. Et comme Marie ne se montrait pas vraiment coopérative, face à son silence, sa mère commençait à s'énerver. Et c'est là que son père s'en mêla...

- Que se passe-t-il ? demanda-t-il en regardant alternativement sa femme et sa fille, toutes les deux visiblement contrariées.
- Il y a que mademoiselle ici présente, expliqua madame Schneider sur les nerfs, veut aller dès à présent au lycée Toho.
- Pourquoi faire ? demanda l'homme en fixant sa fille d'un air interrogateur. L'entraînement n'est pas pour de suite.
- Va essayer de savoir pourquoi toi ! répliqua la femme. Elle ne veut pas me le dire !

Franck Schneider lança un regard perçant à sa fille.

- Mais non papa, soupira Marie qui dut se résoudre à un tant soit peu expliquer les choses, c'est simplement que j'y ai rendez-vous avec mes amies...

Ce qui était plus que partiellement vrai. En outre, ses parents savaient de qui il s'agissait : deux amies de Genzô que le garçon avait présenté comme très gentilles (si avec ça, ça n'allait pas).

- Mais pourquoi si tôt ? insista sa mère.
- Parce qu'elles assistent aussi à l'entraînement de l'équipe du lycée, qui est juste avant le notre, expliqua Marie.

Après tout, elle n'était pas obligée d'avouer ses réelles motivations. Et en survolant le sujet, tout cela restait crédible et suffisamment raisonnable pour que ses parents acceptent peut-être.

- Ce sont les deux filles avec qui tu restes quand on est là-bas ? questionna son père qui voulait être sûr.
- C'est ça ! Ce sont des amies de Genzô, précisa Marie confiante.

Elle vit ses parents se consulter du regard.

- Ça ne me plaît pas trop que tu y ailles toute seule, indiqua son père.

Marie le vit alors se tordre le cou pour regarder derrière lui et sur les côtés en marmonnant plus pour lui même,

- Je vais demander à Karl de t'y accompagner s'il est disponible...
- Ah non ! s'exclama Marie.

Si c'était pour aller là-bas avec son frère en guise de chaperon, autant ne pas y aller ! Ses parents la regardèrent stupéfaits. Qu'est-ce qu'il lui prenait d'un coup ?

- Papa, dit Marie indignée, j'ai dix-sept ans tu sais ! Je connais le chemin, on est dans un quartier tranquille... Vous pourriez quand même me faire un peu confiance !
- Il ne s'agit pas d'un manque de confiance en toi, se défendit l'homme. C'est un manque de confiance dans les autres, nuance !
- Papa ! Quand même ! s'indigna encore plus Marie.

Mais Franck Schneider resta autant silencieux que campé sur sa décision.

- Tu as ton téléphone sur toi ? demanda alors sa mère, visiblement calmée, qui cherchait à présent un terrain d'entente.
- Oui bien sûr, se radoucit aussitôt la jeune fille.
- Bon...je pense qu'il n'y a pas non-plus beaucoup de risques à la laisser y aller seule, fit madame Schneider à l'intention de son mari.
- D'accord, concéda celui-ci non sans soupirer. Mais sois prudente, compris ?
- Promis papa ! Merci maman ! s'exclama Marie avec enthousiasme.

Là-dessus elle embrassa ses parents et partit dans la minute.


Elle marchait d'un pas rapide dans les rues, sentant son cœur battre un peu plus vite alors que sa respiration n'avait pas encore retrouvé son rythme normal. Elle était un peu émotionnée, et pas seulement pour les raisons qui l'avaient faite se préparer si tôt ce matin-là. Non. Elle ressentait une espèce de délivrance, d'excitation liée à un sentiment nouveau d'indépendance, d'émancipation qui lui apportait un profond sentiment de fierté et de bien-être...Elle venait de défendre son point de vue auprès de ses parents avec une certaine dose de conviction et d'acharnement (même si cela n'avait été que pour se rendre à pied dans un lycée voisin). Elle leur avait tenu tête... et c'était bien une première pour elle. Non pas qu'elle se fut auparavant déjà retenue de le faire. Non. C'est plutôt qu'une telle situation ne s'était encore jamais produite...affectivement et familialement.

- Mais qu'est-ce qu'elle a ? demanda Franck Schneider passablement abasourdi à sa femme, alors que sa fille venait de disparaître de son champs de vision.

Son épouse le regarda, lui sourit et répondit un peu nostalgique :

- Dix-sept ans...
- Et bien, ça promet !

Marie prit exactement le même itinéraire que les autres jours et arriva sans encombre au lycée Toho où bon nombre d'étudiants s'étaient habitués à la croiser. Mais alors qu'elle s'approchait du terrain où l'équipe du lycée avait déjà débuté son entraînement et où l'attendaient Kumiko et Yukari, la jeune allemande ressentit à nouveau cet état fébrile éprouvé lorsque Takeshi l'avait regardée pour la première fois. Mais aujourd'hui en prime, elle sentit nettement une boule jouer au yoyo de manière très désagréable dans son estomac, en donnant l'impression de remonter parfois jusque dans sa gorge...

- Bonjour, lancèrent les japonaises en la voyant arriver.
- Salut, répondit Marie qui se sentait de plus en plus stressée maintenant qu'elle était si proche du terrain. Désolée pour le retard...ajouta-t-elle légèrement essoufflée.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? L'entraînement a commencé depuis un bon quart d'heure.
- Il a fallu que je parlemente avec mes parents...soupira Marie.
- Pourquoi ? demanda Kumiko surprise.
- D'abord, c'était ma mère qui voulait absolument savoir pourquoi je venais ici si tôt, et ensuite, mon père qui ne voulait pas que j'y vienne seule, expliqua l'allemande avec un air abattu.
- Mais...tes parents ne te laissent jamais sortir seule ? dit Yukari incrédule. Tu as quand même dix-sept ans !
- Disons que jusqu'à présent, avoua Marie d'une petite voix un peu gênée, j'ai plus ou moins toujours fait les choses en compagnie de mes parents ou de mon frère...mais parce que les situations s'y prêtaient ! ajouta-t-elle précipitamment devant le regard effaré des japonaises. Ça a toujours été les études et le foot ou le foot et les études...et je reconnais que ça m'avait toujours parfaitement convenu, mais là...pas vraiment.
- Et bien, lui reprocha gentiment Yukari avec son avis pédagogue, il était temps que tu fasses un peu les choses pour toi même.

Marie ne dit rien mais se sentit rougir. Il y avait trop de vérités dans ce que venait de lui dire son aînée pour qu'elle ose la contredire. Elle se tourna ensuite vers le terrain. Les joueurs travaillaient à ce moment-là des passes. Suivant les consignes de leur entraîneur, ils enchaînèrent ensuite divers ateliers allant des dribbles aux tirs en passant par les feintes ou les récupérations. Vers la fin de la séance, ils travaillèrent des phases de jeu qu'ils essaieraient ensuite de reproduire en cours de match. Takeshi, en tant que milieu de terrain, organisait le jeu et faisait le lien entre la défense et l'attaque.

Marie n'avait décidément d'yeux que pour lui. En toute objectivité/subjectivité, elle trouvait qu'il jouait vraiment bien et ne se lassait pas de le regarder. Il y avait même quelque chose d'attirant à le voir ainsi courir, bouger, se donner comme ça...Elle tenta bien à plusieurs reprises de capter son regard, mais rien à faire : il n'y avait que le ballon qui semblait l'intéresser. Ça en était frustrant...


Marie était ainsi restée toute la séance à attendre, sans que rien ne se passe - mais en ressentant cependant le modeste bonheur de pouvoir le contempler, même si, en contrepartie, elle dut supporter les cris des crécelles qui étaient, à son goût, venues prendre place trop près du banc qu'elle occupait pour encourager leur chouchou.

Elles eurent beau, avec Kumiko, leurs jeter régulièrement des regards sévères et désapprobateurs sur leur comportement grotesque, rien ne semblait pouvoir perturber ces pom-pom-girls sans pom-pom. Et si par malheur Takeshi s'avisait de s'intéresser à l'une d'entre elles, Marie ne le supporterait pas ! Fort heureusement, le garçon ne semblait pas éprouver d'attirance particulière pour les exubérantes hystériques.


Un bon quart-d'heure avant la fin de la séance, l'équipe du Bayern arriva. Les joueurs étaient pour le moment regroupés à l'un des coins de corner et y patienteraient encore quelques minutes avant d'aller se changer aux vestiaires. L'ambiance enthousiaste monta alors d'un cran autour du terrain : les supporteurs étant à présent partagés entre l'attrait suscité par leur équipe et celui provoqué par ces joueurs de classe internationale. C'est justement durant ce court instant d'inactivité que Karl en profita pour fausser compagnie à son équipe et se diriger, pour le plus grand agacement de Marie, vers son banc...Son air pour le coup contrarié, interpella ses amies.

- Qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'inquiétèrent les deux japonaises.
- Vous allez voir ce qu'il m'arrive...marmonna l'allemande qui avait perdu son sourire. Je vais encore avoir droit à l'interrogatoire...
- L'interrogatoire ? demanda Kumiko qui ne comprenait pas.
- Oui. Karl, expliqua Marie lasse. Je ne peux pas faire un pas sans qu'il me demande si ça va et tout et tout...

Yukari et Kumiko se regardèrent en souriant silencieusement.

- Vous allez voir, les prévint Marie sombre et fataliste, il va me demander pourquoi je suis venue ici plus tôt ce matin...

Pour le moment, Karl s'approchait du banc l'air décontracté, souriant, et non sans avoir auparavant réussi l'exploit de faire taire les crécelles. Lorsque le beau blond était passé devant elles, elles en avaient carrément oublié de hurler après leur joueur préféré pour le dévisager avidement. L'allemand se présenta ainsi devant les trois filles à qui il décocha l'un de ses sourires les plus charmeurs.

- Bonjour, lança-t-il.
- Bonjour...répondirent les deux japonaises la bouche en cœur
- Bonjour Karl, dit Marie plus normalement – tout en étant cependant certaine que son frère n'allait pas en rester là.

Et en effet,

- Papa m'a dit que tu étais partie beaucoup plus tôt ce matin, glissa-t-il mine de rien. Vous vous étiez données rendez-vous toutes les trois ?
- Oui, répondit Marie qui s'efforçait de le prendre calmement. On s'est retrouvée ici pour pouvoir discuter tranquillement...
- Vous deviez avoir sacrément de choses à vous dire pour avoir besoin de vous retrouver si tôt, insinua Karl. Tu n'es même pas venue me dire « bonjour » avant de partir de l'hôtel...
- Je savais que j'allais te voir peu de temps après, dit Marie en haussant les épaules. Et puis, ajouta-t-elle avec un grand sourire crispé, je n'allais quand même pas venir te réveiller pour te dire que je venais ici alors que papa et maman étaient déjà au courant et qu'ils étaient d'accord...

Il était flagrant que son frère s'apprêtait à répondre quelque chose, mais la voix d'un de ses coéquipiers lui parvint juste à ce moment-là et le coupa dans son élan. Il était temps qu'il aille rejoindre son équipe.

- Vous voyez ? dit Marie exaspérée en prenant ses amies à témoin alors que son frère s'éloignait déjà. Qu'est-ce que je vous disais ?
- J'ai entendu ! s'exclama alors bien fort Karl sans se retourner, tandis qu'il passait à nouveau devant le petit groupe des groupies.

Marie leva les yeux au ciel et soupira bruyamment. Yukari et Kumiko pouffèrent.

- Un grand frère dans toute sa splendeur ! déclara Yukari après avoir retrouvé partiellement son calme.
- Ouais, ben ça commence à me taper sur les nerfs, grogna Marie.
- Mets-toi à sa place, poursuivit Yukari d'un ton résolument plus sérieux, d'après ce que tu nous as dit, tu as toujours tout fait avec ta famille...alors forcément, quand l'oiseau prend son envol, ça fait bizarre à tout le monde.

Marie re-soupira encore plus fort en faisant une moue incertaine.

- Mais ce n'est pas une raison pour renoncer à tes projets, ajouta Kumiko avec entrain, en lançant un clin d'œil encourageant à l'allemande.
- Tiens...fit soudain remarquer l'autre japonaise. Ils ont fini de s'entraîner.

Instantanément, Marie concentra son regard vers le terrain. Les joueurs s'étaient rassemblés près d'un banc de touche. Elle repéra de suite Takeshi qui discutait avec l'un de ses partenaires. Il lui tournait pour le moment le dos, mais il allait forcément se retourner à moment donné. Il n'allait pas quitter le terrain comme ça, en laissant à Marie la désastreuse impression qu'elle avait été inexistante pour lui ?

Et soudain, le miracle se produisit : en ramassant son sac, Takeshi se trouva face au banc d'où l'observait la jeune fille à présent dépourvue de la moindre énergie pour agir, trop impressionnée pour faire quoi que ce soit, mais d'où Kumiko eut la bonne idée de lui faire un signe de la main auquel le garçon répondit sobrement avant de suivre ses partenaires vers les vestiaires.

- Hé dis donc Tak ! l'apostropha l'un de ses camarades. T'as une touche ?
- Quoi ? s'exclama le garçon. T'es fou ou quoi ? C'est Sugimoto ! La copine de Kazuki !
- Hein ? Ah ! Je ne l'avais pas reconnue, dit l'autre. Mais les autres filles qui c'étaient ?
- Heu...l'autre japonaise c'est Nishimoto, la petite-amie d'Ishizaki...
- Et la blondinette ? dit le joueur en se retournant à nouveau. Tu la connais ? Elle a l'air plutôt mignonne...

Mais Takeshi ne répondit pas. Il ne se trouvait d'ailleurs même-plus aux côtés du curieux et marchait à présent en tête du groupe.
Ayant ressenti un irrépressible besoin de mettre le plus de distance possible entre lui et le terrain (pour ne pas dire avec le banc), le garçon avait soudainement accéléré sa vitesse de marche.

Chemin faisant, l'équipe de la Toho croisa celle du Bayern. Les joueurs se saluèrent brièvement, tandis que les uns prendraient d'abord une douche, se changeraient et rejoindraient ensuite leur coach dans le gymnase, et que les autres allaient prendre possession du terrain de foot récemment libéré. Libéré un peu trop attivement aux goûts de certaines d'ailleurs...


Restée assise sur son banc, le visage inexpressif, Marie encaissait le coup. Était-elle trop optimiste ? Elle aurait tant aimé que Takeshi vienne à nouveau bavarder joyeusement en leur compagnie. Non, en sa compagnie. Mais le fait est que plus de vingt minutes après que l'équipe du lycée ne soit partie, il n'y avait toujours pas trace du joueur. Peut-être était-elle trop spectatrice ? Comment pourrait-il comprendre qu'elle venait le voir lui si elle se contentait seulement de rester assise sur son banc en n'étant même pas capable de remuer le petit doigt quand il la regardait enfin ? Qu'est-ce qu'elle s'en voulait...Elle venait de se prendre un sacré coup au moral. Sa déconvenue n'avait d'égal que la quantité d'espoir et de joie qu'elle avait placé dans cette probable future rencontre.

Yukari et Kumiko percevaient bien le malaise, mais ne firent pas de commentaires sur le moment. Après tout, il était normal que Marie fut un peu déçue...mais il y aurait d'autres occasions où elle pourrait à nouveau voir Takeshi.

Tandis que l'allemande regardait peu attentivement l'entraînement du Bayern, pas très loin de là, la Toho se répartissait en plusieurs groupes aux différents appareils de musculation installés dans le gymnase du lycée. Takeshi s'était montré peu bavard depuis la fin de la séance sur le terrain. Et même plus que « peu bavard », le garçon donnait l'air d'être préoccupé. Expliquant qu'il ne s'agissait là que d'un petit coup de fatigue momentané – fort compréhensible aux vues de tout ce qu'il avait accompli ces dernières semaines – cela lui permit ainsi d'échapper à la quantité de questions que ce changement subit d'état aurait dû légitimement provoquer.

Lui seul savait que la fatigue n'y était rigoureusement pour rien. Ces derniers jours, il ne s'était pas senti dans son assiette. Il éprouvait une sorte d'excitation mêlée d'angoisse qui lui prenait la tête, qui l'obsédait. Il se languissait autant d'aller aux entraînements que ce qu'il les redoutait – bien que les entraînements en eux-même n'y étaient pour rien non-plus, et il le savait pertinemment puisque ce n'était pas une question de « sport »...Mais si aujourd'hui ses partenaires avaient, une fois de plus, un peu râlé de ne pouvoir rester à observer les munichois, Takeshi, lui, avait été pour moitié soulagé d'avoir le prétexte de l'entraînement pour ne pas avoir à retourner là-bas...mais pour moitié seulement...


L'entraînement du Bayern terminé, Marie suivit docilement, pour ne pas dire sans la moindre vivacité, le groupe après avoir souhaité un « bon appétit » à ses amies - qu'elle retrouverait un peu plus tard dans l'après-midi. Ce comportement contribua à un peu plus perturber son frère qui n'y comprenait plus rien. Voilà qu'après l'avoir gentiment recadré, puis lui avoir affirmé que tout allait pour le mieux (accessoirement en l'envoyant un peu balader), elle affichait à présent une mine de six pieds sous terre non sans avoir juste auparavant bavardé aimablement avec ses amies !

Ne craignant cependant pas de se faire éjecter une fois de plus par une adolescente qui changeait d'humeur comme lui de chaussettes, il alla se placer à ses côtés sans pour autant la harceler de questions. Marie ne pouvait quand même pas avoir changé à ce point et ne même plus supporter la simple présence de son grand frère quand même ?

D'abord méfiante, elle fut finalement soulagée, non-seulement qu'il ne lui pose pas de questions – certaine qu'elle n'aurait pas tenu le choc cette fois-ci – mais encore qu'il soit là, juste là, comme ils l'avaient toujours été l'un pour l'autre...

Elle se rapprocha alors de lui et dans un geste affectueux et demandeur, passa un bras autour de sa taille, alors que Karl, posa en retour un bras protecteur sur ses épaules...


Hello !

Oh la ! Vive les prises de tête...C'est pour ça que c'est intéressant d'aller farfouiller dans le cerveau d'une fille amoureuse ! Bien que l'air de rien, les garçons, c'est pas mieux ! Mais là par contre, faut vraiment cogiter...

Bon, voilà un nouveau chapitre qui j'espère, vous aura plus.
Bonne continuation à toutes et à tous et à bientôt !