Note : Salut à tous ! Hé bien, voici la suite de cette fic.
Je vous mets deux chapitres aujourd'hui ^^. Alors bonne lecture...
Malgré le réconfort manifeste que lui avait apportée la présence de son frère, Marie eut du mal à laisser éclater sa joie durant la suite de la journée. Elle s'était montrée assez morose durant le déjeuner, contrastant avec l'euphorie dont elle avait fait preuve la veille au soir ou le matin même, prétextant alors une fatigue passagère auprès de sa mère qui lui conseilla/ordonna d'aller se reposer. Mais après tout, cela avait plutôt été une bonne suggestion. Au moins, elle s'était retrouvée seule et n'avait plus eu à supporter les regards interrogateurs des personnes qui se préoccupaient d'elle. Elle n'était pas dans une situation où elle arrivait à relativiser les choses. Bien sûr elle savait que la famille, sa famille, était très importante dans son quotidien. Mais sa famille justement, elle l'avait ! C'était de l'acquis et même de l'indécollable. Et aussi fort que ses parents ou son frère pouvaient l'aimer, ils ne pouvaient rien faire pour elle. Tantôt impatiente de retourner au stade, tantôt envisageant sérieusement de rester à l'hôtel parce que ne voyant pas comment les choses pourraient s'arranger, Marie était indécise...Mais lorsqu'arriva l'heure de partir, dans un sursaut d'optimisme, elle finit par accompagner l'équipe pour cette dernière séance de la journée.
Et bien en se couchant ce soir-là, elle se dit très sérieusement qu'elle aurait mieux fait de rester à l'hôtel pour y dormir ! Non pas que l'épisode de l'après-midi fut calamiteux comme celui du matin. Au contraire il aurait pu, non, il aurait dû être à l'opposé et répondre aux attentes de la jeune fille. Malheureusement, si la vie faisait parfois bien les choses, elle pouvait tout aussi bien les compliquer.
Ainsi, malgré ce qu'il avait pu paraître, si Marie avait su ce qu'il en était vraiment, elle n'aurait sans doute pas aussi mal dormi cette nuit-là...
Elle était retournée au lycée comme d'habitude, là où elle avait retrouvé les japonaises comme d'habitude, là où les trois demoiselles avaient assisté à l'entraînement du Bayern...comme d'habitude. Au fur et à mesure que le temps défilait, Marie s'était mise à nouveau à espérer. Espérer d'abord parce qu'elle n'était pas si pessimiste que ça, ensuite parce qu'après tout, Takeshi avait sans doute eu autre chose à faire après sa séance du matin – l'empêchant ainsi de revenir ensuite au terrain même s'il l'avait souhaité – et espérer enfin, parce que le seul fait de savoir qu'elle allait bientôt le revoir lui donnait espoir.
Malheureusement, tandis que la séance du Bayern touchait à sa fin, la jeune fille ne put que remarquer, le cœur éprouvé, l'arrivée de l'équipe de la Toho aux abords du terrain, dans laquelle Takeshi ne se trouvait pas...Incapable de penser que cette absence imprévisible pouvait être liée à autre chose que sa présence à elle, Marie se mit à cogiter plus que de mesure avec un soupçon de paranoïa. L'évitait-il ? Que fallait-il en déduire ? Elle ne voulait même pas envisager un instant que...qu'elle ne lui plaisait pas ? Non...ça faisait trop mal...Ce n'était tout simplement pas possible qu'un garçon qui lui plaisait autant ne puisse pas la trouver tout aussi charmante, attirante...ça n'aurait pas été juste...
Et pourtant, si elle avait su...
Car pendant que Marie se torturait mentalement, avec la plus grande simplicité du monde, Takeshi était seulement en retard. En retard parce qu'après le déjeuner, il avait retrouvé des amis de cours en ville et qu'il s'était baladé ensuite avec eux. Et en ce début d'après-midi, alors qu'il flânait entre les rayons d'un disquaire, il avait rencontré une fille de sa classe qui l'avait invité à demi-mot au cinéma. Prétextant son entraînement pour justifier son refus, il avait alors dû subir pour la énième fois, les taquineries de ces copains qui ne comprenaient décidément pas son comportement, et qui lui reprochaient presque de ne pas profiter de la situation. Il avait alors eu la mauvaise idée de répondre spontanément qu'il n'était pas intéressé et qu'il y avait de toute façon une personne qui comptait davantage pour lui. Ce fut alors une véritable déferlante de questions toutes plus indiscrètes les une que les autres qui s'était abattue sur lui, et dont il n'avait pu se dégager qu'à force de réponses plus ou moins précises, et en indiquant de mauvaise humeur qu'à force de palabres, il allait être terriblement en retard à son entraînement.
Durant tout le trajet qu'il avait parcouru au pas de course pour limiter la casse - attirant sur lui les regards de quelques passants d'âge mur interloqués et qui ne comprendraient jamais ces jeunes toujours pressés (normal que l'espérance de vie baisse avec une vie aussi stressante) - il pesta contre lui-même et contre ses amis. Lui qui avait décidé d'agir...enfin, d'essayer au moins de provoquer quelque chose avec Marie - il verrait bien après – il fallait qu'il soit en retard juste à cet entraînement-là ! Lui qui ne l'avait pas été une seule fois de l'année. A croire que c'était fait exprès !
Aussi, vue l'heure à laquelle il arriva à son lycée, il avait directement rejoint son équipe aux vestiaires en songeant qu'il aurait néanmoins la possibilité de voir Marie après sa séance. Seulement voilà, quand son équipe arriva sur le terrain, il n'y avait plus trace de l'allemande sur le banc...
Quand le Bayern termina sa séance, la jeune fille avait préféré rentrer de suite, estimant qu'elle n'avait plus rien à faire là. Elle souhaita regagner au plus tôt l'hôtel où elle fit de son mieux pour faire bonne figure. Elle se dépêcha néanmoins de dîner et d'aller se coucher pour tirer un trait définitif sur cette maudite journée. Et en attendant de pouvoir s'endormir, elle put évacuer toute sa peine à grands coups de sanglots, heureuse que sa mère ne soit pas encore montée se coucher pour la forcer à avouer qu'un premier amour était la cause de son chagrin...
Samedi.
Si d'ordinaire l'équipe allemande ne s'entraînait jamais le week-end, ce week-end-là justement fut l'exception qui confirmait la règle...enfin, uniquement le samedi matin (fallait pas exagérer non-plus) !
Sans même se demander si elle était complètement masochiste ou au contraire, hormonalement normale, Marie retourna au lycée avec un bon temps d'avance. Fort heureusement pour elle, la nuit avait apaisé son visage et son esprit. Disons que sans avoir disparu, ses soucis de la veille lui semblaient désormais derrière elle. De toute façon, à l'idée de rester à tourner en rond à l'hôtel en sachant qu'il était déjà là-bas, ça la rendait malade !
Elle arriva même au lycée en s'étant épargnée une nouvelle séance de négociations avec ses parents (sa mère n'ayant pas vu l'utilité de l'empêcher d'y aller plus tôt) où seule Kumiko l'attendait.
- Où est Yukari ? questionna l'allemande après avoir salué son amie.
- Elle avait quelque chose à faire ce matin...ses classes à ranger je crois, répondit évasivement Kumiko. Elle nous rejoindra tout à l'heure.
La japonaise regarda sa collègue et l'évalua du regard.
- Ça va mieux ? se risqua-t-elle à demander.
- Ça avait l'air de si mal aller que ça hier ? plaisanta Marie.
Ce qui eut vite fait de rassurer la japonaise sur le moral de l'allemande.
Tout en suivant l'entraînement de l'équipe lycéenne, les deux filles discutèrent un peu et comparèrent, entre autre, les tendances musicales et vestimentaires de l'Allemagne et du Japon. Dans ces (bonnes) conditions, l'heure passa vite. L'entraîneur de la Toho venait de siffler la fin de la séance, lorsque Marie eut enfin des raisons d'espérer...
Alors que la plupart des joueurs récupéraient leur sac en bavardant les uns avec les autres, Takeshi, toujours aussi décidé (même encore plus que la veille), ramassa ses affaires en se tournant résolument vers la jeune allemande pour voir si, comme il l'espérait, elle s'intéressait à ce qu'il se passait de son côté du terrain. Et à sa grande joie, autant qu'à son immense soulagement, une nouvelle fois, leur regard se croisèrent. Tout deux en éprouvèrent aussitôt une étrange sensation de bien-être mêlée de...de...de quelque chose qui donnait tout à la fois l'envie de se précipiter vers l'autre autant que de partir en courant ! Préférant néanmoins laisser de côté la seconde option, ils maintinrent leur regard posé l'un sur l'autre durant quelques instants et s'échangèrent un timide sourire. Takeshi fut ensuite embarqué de force par ses partenaires vers les vestiaires, où il prendrait une nécessaire petite douche.
Yukari arriva en même temps que les munichois qui allèrent de suite se changer. Voyant la tête de Marie plutôt figue que raisin, elle interrogea Kumiko du regard. Son amie lui fit un grand sourire agrémenté du traditionnel pouce en l'air pour indiquer que ça c'était bien passé. Yukari s'assit à côté de Marie et lui posa une main sur l'épaule.
- Tu sais Marie-san, dit-elle tel un conseil, maintenant, il faudrait que vous puissiez vous rencontrer, discuter un peu...tous les deux, insinua-t-elle.
- Oui mais là...murmura Marie un peu perdue.
C'est vrai que mis à part autour d'un terrain, elle ne voyait pas où elle pourrait rencontrer le garçon, et question discrétion et tranquillité, entre tous les curieux et surtout son frère, c'était plutôt mal parti !
- Oh ! On trouvera bien va... déclara Kumiko confiante qui réfléchissait déjà à la question.
Et pendant que, sur le banc, les filles songeaient à un moyen quelconque de créer une rencontre, dans les vestiaires de la Toho, Takeshi réfléchissait tout autant à ce qu'il allait bien pouvoir dire à cette jeune fille lorsqu'il se retrouverait en sa présence...Il étouffa un petit rire en prenant un minimum de recul par rapport à la situation. Si on lui avait prédit il y a seulement quelques jours qu'il rencontrerait quelqu'un et qu'il se prendrait alors autant la tête pour quelque chose qui paraissait d'une telle facilité aux dires des autres, il ne l'aurait tout bonnement pas cru ! Qu'est-ce que c'était compliqué tout ça ! Ça ne pouvait pas suivre des règles toutes simples, comme au football non ? Non...Lui qui était capitaine de deux équipes - et pas des moindres. Lui qui avait mené l'équipe nationale sur la plus haute marche de l'échelle mondiale, il avait le sentiment de gérer ça comme un débutant de première, un vrai maladroit.
Alors que le jeune homme était en pleine réflexion, la porte des vestiaires s'ouvrit à la volée, faisant sursauter tout le monde.
- Salut les gars ! s'exclama un garçon, ancien joueur de l'équipe.
- Hé ! s'écria aussitôt Takeshi, ravi et arraché à ses questions. Qu'est-ce que tu fais ici ?
- Je suis venu voir un peu comment se débrouille l'équipe sans moi, plaisanta le garçon. Mais je crois que je me suis un peu loupé sur vos horaires...
- Ils changent sans arrêt en ce moment. Tu pourras toujours te consoler avec le Bayern, intervint un autre joueur. Ils s'entraînent actuellement.
- Je sais, fit observer le garçon qui se tourna ensuite vers Takeshi. Qu'est-ce que tu as prévu après ? On y va ? J'aimerai bien voir un peu ce que ça donne !
- Oui, moi aussi...ajouta Takeshi avec un grand sourire un peu crispé, et persuadé que tous deux ne parlaient pas de la même chose...
Et en parallèle de « voir les choses », il y avait actuellement sur le terrain quelqu'un qui aurait bien aimé « comprendre les choses ». Car c'est bien simple : depuis qu'ils étaient arrivés au Japon, Karl ne reconnaissait plus sa sœur ! A croire qu'elle avait été intoxiquée par quelque chose dans ses sushis ! La repérant sur son irremplaçable banc en grandes messes basses avec ses amies, totalement désintéressée de ce qu'il se passait sur le terrain, Karl prétexta d'aller récupérer un ballon immanquablement manqué pour se retrouver suffisamment proche du banc où il espérait saisir quelques mots de leur conversation. Par chance, des exclamations anonymes sur l'autre côté que celui où se trouvait l'allemand lui permirent de se placer un peu en retrait du banc sans que les filles n'y fassent attention.
- C'est le week-end, reprit alors Kumiko pour poursuivre leur discussion, on pourrait s'arranger pour se retrouver en ville. Je sais qu'il y va assez souvent avec ses copains et grâce à Kazu-kun, ça devrait pouvoir s'arranger, proposa-t-elle tout sourire.
Marie s'attendait à entendre Yukari se plaindre de la citation de « Kazu-kun », mais il n'en fut rien. La japonaise réfléchissait plutôt au pourcentage de chance qu'offrait une telle solution. Quant à Karl, il se demandait bien qui il fallait retrouver en ville. Intrigué, il essaya de se faire le plus discret possible et se mit en position de recherche de balle au cas où il se fasse surprendre, pour légitimiser sa présence en ces lieux.
- Au pire, ajouta Yukari en posant une main sur le bras de Marie, tu pourras toujours le voir pendant le match Kashima/Bayern. On va se débrouiller pour y aller tous ensemble...
- Oui, ça c'est facile, confirma Kumiko.
- Et on pourrait se débrouiller pour vous faire asseoir un à côté de l'autre histoire que la...discussion se fasse, dit-elle en se retenant de pouffer.
Oubliant qu'il n'était pas censé être là et davantage, qu'il était venu ramasser un ballon (qui se trouvait en plus, déjà dans ses mains), Karl se redressa l'air interdit. Il rêvait où elles parlaient d'un « il » ? D'un garçon ? D'un garçon par rapport à sa sœur ? À « sa » sœur ?
- Oui, mais après, on te prévient, déclara Kumiko en rigolant, vous vous débrouillez ! On va pas vous tenir la chandelle !
Karl manqua soudain de s'étouffer. Alors c'était ça...Un garçon. Il y avait une histoire de garçon derrière toutes ces sautes d'humeur, derrière son changement récent de comportement...Il n'y croyait pas...Mais il le savait ! Il le savait que ces filles n'étaient pas fréquentables ! Totalement abasourdi, il en laissa malencontreusement tomber son ballon par-terre. Ballon qui roula jusqu'aux pieds de Yukari, qui se retourna pour voir d'où arrivait l'objet et qui poussa un cri en découvrant Karl à moins de deux mètres derrière elle. Et à la tête qu'il faisait, il était totalement inutile de lui demander depuis combien de temps il se trouvait là et ce qu'il avait bien pu entendre...
Droit comme un piquet, les bras ballants le long du corps, le visage figé dans une expression de totale incrédulité, il fixait sa sœur comme s'il ne l'avait jamais vu...
Marie avait bondit du banc comme si elle avait été assise sur un ressort. Sur son visage à l'expression d'abord mortifiée, elle plaqua une main sur sa bouche. Presque honteuse d'avoir été ainsi surprise, elle n'osa pas croiser le regard de son frère. Mais réalisant petit à petit ce qu'il se passait et après tout, à quel point elle était dans son bon droit, son expression se transforma. De mortifiée, elle passa à mortifiante, alors qu'elle sentait la colère et une boule de chaleur l'envahir.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle à son frère un peu agressive.
- De qui parliez-vous ? se contenta-t-il de répondre impérieux.
- Je t'ai posé une question, dit Marie menaçante.
- Moi aussi, rétorqua Karl.
Yukari et Kumiko ne savaient plus où se mettre. Elles sentaient l'affrontement fratricide arriver.
- J'étais venu chercher un ballon, répondit Karl d'une voix lente et lourde en fixant sa sœur
- Comme par hasard, sous-entendit-elle ironique avec un petit rictus. Tu ne peux pas te mêler de tes affaires ?
- Hé ! Quand tu viens me pleurer sur l'épaule, il me semble que tu m'y mêles à tes affaires ! s'exclama Karl injustement traité.
- Et bien puisque c'est comme ça, s'emporta Marie, j'irai pleurer sur l'épaule de quelqu'un d'autre désormais !
- Ouais, ça, c'est bien ce que j'avais compris ! s'écria Karl hors de lui, qui ramassa son ballon et tourna le dos aux filles pour regagner le terrain.
Marie le regarda faire et s'assit sur le banc, des larmes de colère brouillant ses yeux.
Quelques minutes passèrent durant lesquelles les deux japonaises n'osèrent rien dire. Puis Marie reprit peu à peu contenance - même s'il restait encore quelques traces de son altercation avec son frère qui, de toute évidence, l'avait peinée...
- Bon, aller viens Marie-san ! s'exclama soudain avec énergie Kumiko qui se redressa dans le même temps. On va aller faire un tour et on reviendra pour la fin de l'entraînement, ça fera du bien à tout le monde.
N'ayant de toute façon pas l'intention de s'y opposer, Marie, suivie de Yukari, lui emboîta le pas et les trois filles s'éloignèrent du terrain...
Karl avait rejoint son équipe sans la moindre concentration. La seule chose qui l'obsédait c'était de savoir QUI ? De qui s'agissait-il ? Pourquoi Marie avait-elle tenu à partir si tôt ce matin encore ? Était-ce pour venir retrouver le type en question ou pour pouvoir raconter ses histoires de filles à ses nouvelles amies ? D'après ce qu'il avait entendu, il ne s'agissait pas d'un joueur de son équipe puisqu'elles avaient parlé de regarder le match Kashima/Bayern ensemble...Mais de qui pouvait-il s'agir ? Inutile de le lui demander...A Genzô peut-être ? Étant japonais et connaissant beaucoup de monde, il pourrait peut-être l'aider ?
Il se mit alors à observer les personnes se trouvant autour du terrain pour voir s'il n'y avait pas de « suspects », mais le garçon n'eut pas le temps de voir grand chose...
En un instant tout fut réglé. On entendit d'abord quelqu'un hurler « KARL ATTENTION ! » avant de retrouver dans la seconde qui suivit le capitaine munichois assis par-terre l'air hébété, le ballon qui venait de le heurter en pleine figure roulant par terre. Trop perdu dans ses pensées, il avait complètement oublié le jeu et n'avait pas suivi la passe qui lui avait été adressée.
- Qui a fait ça ? hurla-t-il une fois debout le visage écarlate. Genzô ! Mais c'est pas possible d'avoir un coup de pied de mule comme ça ! Tu peux pas faire attention où tu tires non ?
D'abord surpris de se faire engueuler, le japonais retrouva rapidement son mordant habituel.
- Comment ça « faire attention » ? cria-t-il aussi fort. J'ai relancé sur toi je te signale ! T'es pas au courant qu'on joue en passes au foot ?
- Ceci dit, bel amorti, ricana quelqu'un derrière l'allemand.
- Shunko ! Abruti ! Parce que tu crois que c'est le moment de plaisanter...bafouilla Karl de colère.
Shunko, qui comme les autres, ne comprit pas grand chose au violent mécontentement de son capitaine, eut du mal à garder son sérieux quand il vit apparaître petit à petit sur le front de Karl l'inscription partielle d'ADIDAS (à l'envers bien sûr). Connaissant le tempérament, pouvant se révéler sanguin, de son fils, Franck Schneider intervint en portant une gourde d'eau fraîche au joueur « blessé ».
Loin de toute cette violence, Kumiko entreprit de faire visiter le lycée à Marie, histoire de lui changer les idées. Mais les trois filles avaient à peine quitté leur banc depuis quelques minutes que Kumiko s'arrêta net et se mit à hurler avant de repartir au pas de course,
- Kazu-kun !
Tout sourire, le garçon arrivait en face d'elle alors qu'il se rendait au terrain de foot pour y suivre l'évolution du Bayern en compagnie de Takeshi. Takeshi qui marqua un instant d'hésitation avant de se décider à se comporter le plus normalement possible compte tenu des circonstances. De son côté, Yukari dut pousser adroitement et discrètement Marie pour lui rappeler d'avancer.
Trois filles et deux garçons. Cinq jeunes hasardeusement réunis. Cinq jeunes dont deux manifestement étaient très troublés de se retrouver à nouveau au contact l'un de l'autre...
- Où alliez-vous ? demanda Kumiko.
- Au terrain voir le Bayern. Et vous ? Qu'est-ce que vous faites ? demanda Kazuki qui avait passé un bras autour de la taille de sa petite-amie.
- On allait chercher à boire, répondit du tac au tac la japonaise. Mais je ne pense pas qu'on ait besoin d'être si nombreux pour porter trois gobelets !
Elle se tourna alors vers Takeshi et Marie et leur fit un magnifique sourire plein de dents.
- Nous, on va y aller, annonça-t-elle en enfilant à chacun de ses bras Kazuki et Yukari. Vous deux, dit-elle à leur intention, vous n'avez qu'à retourner nous attendre au terrain, on en a pour cinq minutes !
Horrifiés par ce qu'ils venaient d'entendre, Takeshi et Marie restèrent stupéfaits. Mais Kumiko prit bien soin de ne pas avoir à gérer leurs réactions en tournant immédiatement les talons – et du coup, ceux de ses compagnons forcés – et en s'éloignant avec rapidité le plus loin possible. Plantés comme deux statues au beau milieu de la cours, entourés d'étudiants qui s'activaient comme s'ils appartenaient à une autre dimension, le japonais et l'allemande restèrent quelques secondes qui semblèrent quelques minutes, avant qu'ils n'osent enfin se regarder.
- On devrait y aller, proposa maladroitement Takeshi en faisant un signe de tête en direction du terrain.
Marie se contenta de hocher la tête et de le suivre, les deux mains jointes, la tête légèrement inclinée, sentant son cœur battre à tout rompre, une chaleur intense se diffuser à nouveau en elle. De toute façon, elle n'aurait pas pu lui répondre tant elle était émue...Son sentiment de colère mêlé de tristesse s'était envolé. Ne restait plus que cette intense sensation qu'elle vivait sur le moment. Quant à Takeshi, il aurait été bien en peine de faire pour le moment la conversation. Car les quatre mots qu'il avait eu les plus grandes difficultés à extirper de sa gorge asséchée étaient tout ce que son cerveau vide avait trouvé à dire. Ils marchèrent silencieux jusqu'au banc qui finalement, ne serait pas resté inoccupé bien longtemps.
Sur le terrain, tout était rentré dans l'ordre et Karl se montrait désormais très attentif aux mouvements du ballon. Takeshi et Marie restèrent quelques instants silencieux, juste capables de s'échanger quelques sourires gênés, jusqu'à ce que le japonais prenne son courage à deux mains et engage la conversation...enfin...
- Tu...Tu suis l'équipe en permanence ? demanda-t-il timidement.
- Quand je n'ai pas cours, oui, admit Marie impressionnée, heureuse, excitée, effrayée...
- Tu es en quelle classe ? s'intéressa le japonais.
- Je passe en dernière année de lycée.
Un rapide calcul, elle avait donc un an de moins que lui.
- Et comment ça se fait que tu puisses...commença-t-il en regardant alternativement Marie et l'équipe.
- ...accompagner le groupe comme ça ? finit-elle en le regardant.
Le japonais acquiesça d'un mouvement de tête. Marie avoua alors que...
- Mon père en est l'entraîneur.
- Ça facilite les choses, plaisanta doucement Takeshi.
Il y eut un très léger blanc durant lequel le jeune homme se tordit nerveusement les doigts avant qu'il n'échange un bref regard avec Marie qui lui sourit en retour.
- Et toi ? dit ensuite l'allemande qui s'appliqua à rompre le silence. Il paraît que tu joues dans quatre équipes...
Takeshi la regarda d'abord incrédule, alors qu'elle était admirative, avant de réaliser que c'était vrai...d'une certaine manière.
- Oui, mais pas à temps plein...Je joue principalement ici. Les équipes nationales, c'est ponctuel. Et la J-League, cette année, c'était à mi-temps... Ça sera différent l'année prochaine : je ne jouerai plus dans deux de ces équipes. Ça me permettra alors d'être plus présent en J-League et en équipe des moins de vingt-trois ans.
Marie le trouva très humble...mais finalement, peut-être que question humilité, c'était plutôt Genzô le contre-exemple...
- Tu vas en faire ton métier ? demanda Marie de plus en plus à l'aise.
- Disons que c'est bien parti pour...reconnut simplement Takeshi qui se détendait un peu aussi.
- Quand aura lieu la finale du championnat inter-lycées ?
- Mardi prochain...Tu viendras la voir ? lui demanda le garçon en espérant que...
- Je crois que oui. Volontiers même...ajouta Marie, persuadée que ça lui ferait plaisir.
Si la première fois où ils avaient échangé quelques mots, les sujets de discussion étaient aussi rares que ce qu'ils semblaient embarrassés, cette fois-ci, ce ne fut pas le cas. Au fil du temps, la discussion se fit toute seule et ils n'eurent aucune difficulté à trouver de quoi parler. Même si de temps à autres, ils marquaient une pause dans leur dialogue, s'intéressant alors à ce qu'il se passait devant eux ou parce qu'interpellés par un bruit qui leur parvenait du terrain ou de la cours. Une chose était certaine : l'un comme l'autre apprécia à sa juste valeur ce premier moment qu'ils passèrent seuls, ensemble...
- Alors ça y est, c'est le week-end ? demanda Marie.
- Pas tout à fait, rectifia Takeshi. On s'entraîne aussi le week-end...
- Vous vous entraînerez aussi le week-end ? répéta Marie abasourdie.
- Oui, dit Takeshi tout naturellement.
- Vous vous entraînez même le dimanche ? insista la jeune fille stupéfaite.
Sa réaction fit sourire le japonais.
- Tous les jours de la semaine...Deux fois par jour. Mais tu le savais non ? Tu arrives toujours un peu plus tôt le matin...
Marie le regarda les yeux brillants, elle qui avait pensé que...
- Tu m'avais...heu...tu l'avais remarqué ? se reprit-elle très rapidement.
Takeshi hocha légèrement la tête et ajouta spontanément avec un sourire de circonstance,
- C'est que tu ne passes pas vraiment inaperçue...
Marie étouffa une exclamation de surprise mêlée de joie tandis que Takeshi eut l'impression qu'il venait de se montrer particulièrement grossier. Il se raidit sur place, le regard braqué droit devant lui, en train de chercher quelque chose pour justifier une telle déclaration. Qu'est-ce qu'il lui avait pris de dire une chose pareille ? de se lâcher comme ça ? Le fait de se sentir si bien avec elle tout simplement...En tout cas pour Marie, c'était trop tard, le « bien » était fait, et la jeune allemande eut du mal à cacher le bonheur intense que ces quelques mots lui procurèrent.
- Pardon ! s'empressa de s'excuser aussitôt le japonais. Ce n'est pas ce que je voulais dire ! C'est que...que...
Mais Marie, les joues colorées - presque autant que celles du jeune homme qui n'arrivait plus à aligner deux mots - lui fit un sourire qui le dispensa de toutes excuses... De bonne volonté, elle poursuivit de suite la conversation pour ne pas le laisser dans une situation qui l'embarrassait autant.
- Est-ce que tu viendras au match contre les Kashima ?
- Oui, sûrement, dit-il reconnaissant. C'est lundi c'est ça ?
Marie acquiesça d'un signe de tête...elle espérait vraiment qu'ils iraient ensemble...Ça serait certainement un beau match : Kashima Antlers, la meilleure équipe de l'archipel, contre le Bayern de Munich...
L'équipe du Bayern qui était justement en train de faire une petite pause. Et il n'était pas rare que durant ces courts temps de repos les joueurs en profitent pour demander des explications sur les exercices précédemment faits, ou sur autre chose d'ailleurs...
- Dis-moi Genzô, demanda Karl l'air dégagé à son gardien (à qui il n'en voulait plus de l'avoir temporairement défiguré). Le garçon assis en face avec Marie, tu le connais ?
Genzô se retourna vers l'endroit désigné et répondit dans la foulée.
- Oui, bien sûr. C'est Takeshi.
- Takeshi ? répéta le munichois en fronçant le nez.
- Oui, le p'tit jeune avec qui j'ai parlé le soir du match et qui joue avec les Urawa d'ailleurs, précisa Genzô.
Un mécanisme comme il n'en existe d'ordinaire que chez les filles se mit alors en marche dans le cerveau de Karl.
- Et dis moi, poursuivit l'allemand sur le même ton et déjà certain de la réponse. Il ne jouerait pas aussi ici ? A la Toho par hasard ?
- Ah si ! s'exclama Genzô. Il en est même le capitaine !
- Donc, il jouait juste avant nous tout à l'heure ? Ainsi que les autres matins...
- Heu...oui. Pourquoi ? demanda Genzô intrigué.
- Oh ! Simples vérifications, répondit Karl avec un grand sourire qui ne se voulait pas spécialement rassurant.
Karl venait de comprendre qu'il n'aurait finalement pas à chercher bien longtemps. Il était certain d'avoir tiré le gros lot !
