Note : ...et voici le second du jour ^^ ! Bonne continuation à tous ;) !


Samedi (fin de matinée).

De mémoire d'homme, jamais quelqu'un n'avait mis autant de temps pour ramener trois malheureuses canettes de jus de fruits ! Kumiko, escortée de Kazuki et Yukari, ne revint au terrain qu'à la fin de l'entraînement de l'équipe du Bayern, soit près de deux heures après que tous trois aient laissé Takeshi et Marie en tête à tête. Mais l'idée fut bonne, car elle leur permit de faire « enfin » connaissance et de parler seul à seul avec une facilité et une complicité de bon augure pour la suite des évènements.

Les cinq jeunes gens s'étaient retrouvés par la suite aux abords du terrain de football et discutaient des projets des uns et des autres pour le week-end à venir.

- Ne comptez pas sur moi demain, prévint Yukari. Les parents d'Ishizaki devant s'absenter toute la journée, c'est à nous que revient de s'occuper des bains...
- Les parents d'Ishizaki tiennent des bains publics, expliqua en aparté Kumiko à Marie qui paraissait perplexe devant la remarque de la japonaise.
- Je crois qu'il y a une séance dédicaces de X-Japan demain après-midi, mais je ne sais pas où...annonça ensuite Kazuki qui semblait néanmoins désireux de s'y rendre.

Désir que sembla partager Kumiko aux vues des grands yeux brillants d'excitation qu'elle afficha soudain. Marie ne savait, quant à elle, pas plus à quoi s'en tenir.

- X-Japan est un groupe de rock japonais très célèbre, lui indiqua Takeshi. Tu ne les connais pas ?
- Non, désolée...
- Et bien ça serait l'occasion pour toi de te mettre au parfum de la musique japonaise ! dit Kumiko avec entrain. Et puis, comme ça, Takeshi pourrait peut-être te servir de guide durant la journée...

Les deux concernés parurent terriblement embarrassés et n'osèrent se regarder. Takeshi parvint seulement à bredouiller un vague,

- Je ne sais pas trop...j'ai entraînement demain. Le matin et l'après-midi...
- Il est pas mignon à faire son timide, pouffa alors Kumiko un brin moqueuse.
- Aller Tak ! s'exclama Kazuki. Commence pas à jouer les rabat-joies ! De toute façon, t'as pas entraînement toute la journée ?
- Ouais c'est vrai, admit Takeshi qui se passa nerveusement la main derrière la nuque tout en jetant un rapide coup d'œil à Marie pour voir sa réaction.

La jeune fille le regarda au même moment, le teint particulièrement rosé avec un grand sourire.

- Parfait ! en conclut Kumiko. De toute façon, on n'aura qu'à régler tout ça cet après-midi. Marie, lança-t-elle soudain à l'allemande, tu veux bien qu'on s'échange nos numéros de portable ? Au cas où...

Les deux filles s'exécutèrent et tout ce petit monde partit chacun de son côté.


Du temps où ce programme se mettait en place, le Bayern avait terminé sa dernière et seule séance du week-end et les joueurs étaient partis se changer. Comme souvent, Karl et Genzô se retrouvaient à côté dans les vestiaires. Le japonais avait trouvé son ami particulièrement silencieux depuis la fin de la séance, mais Karl se décida enfin à parler.

- Et qu'est-ce que tu sais sur lui ? demanda-t-il comme s'il poursuivait une conversation commencée de longue date tout en finissant de se déshabiller.
- Sur qui ? répondit Genzô déboussolé qui stoppa ses propres mouvements.
- Le petit jeune dont on parlait tout à l'heure, s'impatienta Karl.
- Ah ! Takeshi ? Ma foi...j'avoue ne pas être celui qui le connais le mieux. Mais par rapport à ce que j'en vois en équipe nationale, ajouta le japonais devant la mine insatisfaite de son capitaine, c'est un brave garçon. Il est serviable, gentil, discret...
- Humpff...
- En tout cas, il est apprécié de beaucoup et assez populaire ici.

Il sembla alors au japonais distinguer dans un marmonnement à peine audible mais compréhensible, quelque chose qui se rapprochait de « p'tit con »...

- Mais enfin Karl, s'offusqua Genzô, tu ne le connais même pas !
- Tout ce que j'en sais, c'est qu'il s'intéresse à ma sœur ! Et c'est largement suffisant pour avoir une opinion sur lui ! décréta Karl qui commençait à se frotter énergiquement – voir même très énergiquement - du savon sur le torse.
- Qu'est-ce qui te dit que ce n'est pas elle qui s'intéresse à lui d'abord ? plaisanta le japonais qui changea cependant immédiatement d'humour devant le regard meurtrier que lui porta son ami. Écoute Karl, reprit Genzô plus sérieusement, premièrement, tu ne sais même pas ce qu'il en est vraiment. Ce n'est peut-être pas du tout ce que tu crois...
- Oh que si, c'est ce que je crois ! affirma Karl le regard flamboyant. Je les ai entendues toutes les trois en train de manigancer pour qu'ils puissent se retrouver tous les deux !
- Bon... admettons, poursuivit patiemment Genzô qui commençait maintenant à se rincer. Je te signale également que Marie est plus qu'en âge d'avoir un petit ami ! Et s'il y a effectivement quelque chose qui se trame avec Takeshi, comme tu en sembles si convaincu, crois-moi, avec tout les zigotos qu'on croise, elle aurait pu tomber sur pire !
- Comment ça tomber sur pire ? s'étrangla Karl. Non mais tu plaisantes ou quoi ? Un garçon, c'est un garçon. Et je sais quand même de quoi je parle puisque j'en suis un ! À cet âge-là, ils pensent tous à la même chose quand ils sont avec une fille, qu'ils soient d'ordinaire sérieux ou non !
- A ceci près que tout le monde n'est pas un coureur de première comme toi Karl...fit observer malicieusement Genzô.
- Non mais t'es l'ami de qui toi ? finit par lui demander Karl qui se sentait plus combattu que soutenu.
- Le tien andouille ! dit Genzô qui semblait presque s'amuser en attachant sa serviette autour de sa taille tandis que Karl l'imitait. Et en tant qu'ami j'ai deux choses à te dire. Un : continue comme ça à espionner ta sœur et à la faire tourner en bourrique et vous allez finir par vous disputer pour de bon...Si si, je peux te l'assurer et oui aussi, tu l'espionnais ce matin, insista le japonais devant le regard scandalisé que lui lança l'allemand. Et deux : un de ces quatre, fatalement, Marie quittera le domicile familial, aura un petit-ami qui deviendra son mari et aura très probablement des enfants. Et crois-moi, ils ne se feront pas grâce à une intervention du Saint Esprit ! Alors joue-là plutôt cool que chiant !

Sur ces bons mots, Karl se renfrogna et ne dit plus rien...


Durant le trajet jusqu'à l'hôtel tout comme durant le repas qui lui succéda, le frère et la sœur ne s'échangèrent aucun mot. Ils ne donnaient pas particulièrement l'air de se faire la tête, disons plutôt que Marie s'appliqua à rester auprès de sa mère et Karl avec ses amis, histoire de ne pas être tenté à se lancer sur une voie pouvant se révéler regrettable a posteriori.

Une nouvelle étape fut néanmoins franchie en cours d'après-midi, alors que la plupart des joueurs vaquaient à des occupations extra-footballistiques, lorsque monsieur et madame Schneider proposèrent à leur fille de profiter du restant de la journée pour partir visiter cette fascinante ville qu'était Tokyô.

- C'est que, commença Marie très ennuyée, j'aurais aimé retourner au stade cet après-midi...
- Encore ! s'exclama sa mère. Mais tu veux y camper ma parole !
- Non maman, soupira Marie. Je voudrais juste y rejoindre mes amis.
- Et passer un peu de temps avec tes parents ça ne t'intéresserait pas ? les interrompit son père en affichant un regard faussement larmoyant.
- Papa ! Franchement ! en rigola Marie. On se voit toute l'année...
- Oui, mais on a toujours visité ensemble les villes étrangères dans lesquelles on accompagnait ton père et ton frère en déplacement, se lamenta sa mère.

Marie mourut d'envie de lui répondre qu'elle avait peut-être passé l'âge d'aller visiter les églises de toutes les capitales du monde avec sa mère mais s'en abstint. Elle connaissait trop bien ses parents pour savoir que malgré l'absence de ton furieux ou menaçant de leur part, il serait très difficile de les faire changer d'avis : ils avaient décidé de partir faire un tournée touristique cet après-midi-là et elle ne voyait pas trop ce qui pourrait les faire revenir sur leur décision. Peut-être tenter un...

- Vous ne pourriez pas y aller sans moi non ?
- Marie enfin, dit sa mère en fronçant les sourcils, tu ne vas quand même pas mourir si tu ne vois pas tes amis cet après-midi !

Oh que si ! Car maintenant qu'elle parvenait à discuter avec Takeshi avec « autant de facilité », ne pas le voir durant toutes ces heures serait un vrai supplice. Mais comment le faire comprendre à des adultes qui vivaient ensemble depuis trop d'années pour se souvenir à quel point il était primordial d'être avec la personne adorée ?

- Hum...j'ai pas envie d'aller à Tokyô, bougonna la jeune fille. Ça ne m'attire pas du tout cette ville !
- Tu as tort, intervint Genzô toujours très nationaliste et qui arrivait avec Karl de la salle de jeu où il venait de mettre une magistrale dérouillée au baby-foot à son capitaine. Tokyô est une ville très intéressante où l'on trouve de tout pour tout le monde. C'est très vivant et très sympa !
- Merci Môssieur le guide touristique, siffla alors Marie en même temps qu'elle lui lança un regard noir.
- Mais de rien, répondit le japonais avec un grand sourire exaspérant.

Marie poussa un profond soupir et regarda sa mère.

- Bon, et bien si je n'ai pas le choix...va pour une virée sur Tokyô !

En voyant le japonais réjoui à côté de son frère, elle hésita à en prendre un pour frapper l'autre. Mais la sonnerie de son portable la coupa dans son élan et elle se concentra sur l'expéditeur de l'appel, à savoir, Kumiko. La ramenant à des pensées beaucoup plus agréables, elle se leva pour s'éloigner du petit groupe et prendre l'appel plus à son aise.

- Qu'est-ce que tu fais ? demanda sans préambule la japonaise.
- Je ne pourrais pas venir vous rejoindre au lycée cet après-midi, répondit Marie dépitée. Je suis de corvée de visite de Tokyô en famille...
- Oh...bon. C'est pas trop grave, la rassura Kumiko. Kazuki s'est renseigné, la séance de dédicaces est programmée pour 13h00 demain au Virgin de Shibuya. Tu pourras y venir ? Takeshi sera là...et ravi de pouvoir y être apparemment, sous-entendit la japonaise qui, installée sur son petit banc en compagnie de ses amis, avait déclaré ça avec un plaisir jubilatoire devant ledit Takeshi qui en devint cramoisi de gêne et essaya de lui arracher le portable des mains dans le vain espoir que Kumiko arrête là le massacre.
- Coupe pas, je vais demander ! lui dit aussitôt Marie, qui ne se doutait pas de la scène, et qui retourna prestement auprès de ses parents en plaquant son portable contre son épaule pour couvrir le son. Est-ce que je peux aller en ville demain ? demanda-t-elle décontractée.
- Pardon ? s'exclamèrent ses parents. Mais il y a une minute tu nous disais que tu ne voulais pas y aller !
- Maman ! S'il te plaît ! s'impatienta Marie qui n'était pas d'humeur à rentrer dans les détails. Alors, je peux ou pas ?
- Avec qui tu y vas ?
- Avec les même personnes avec qui je reste tout le temps au lycée, répondit machinalement et avec une lassitude non dissimulée la jeune allemande. Des amis de Genzô...

Le japonais se retrouva soudain sous les feux de la rampe sans avoir rien demandé et se sentit alourdi d'une certaine responsabilité – qu'il n'avait pas plus demandé d'ailleurs. Monsieur et madame Schneider se consultèrent silencieusement du regard.

- Laissez-la y aller, intervint tout à coup Karl en regardant sa sœur Elle est assez grande pour aller se balader en ville avec des jeunes de son âge.

Ses parents furent surpris de cette intervention, mais certainement pas autant que Marie qui ne s'attendait pas vraiment à une prise de parole de ce genre. Peut-être que son frère cherchait à se faire pardonner son attitude sans avoir besoin de formuler explicitement des excuses ? En tout cas, Marie en fut ravie...enfin...jusqu'à ce que le garçon ajoute toujours à l'intention de ses parents,

- Si ça peut vous rassurer, je l'accompagnerais.
- Dans ce cas d'accord ! déclara Franc Schneider effectivement rassuré et satisfait.

Marie resta quelques secondes à regarder son frère la bouche ouverte comme une boîte à lettres, les yeux ronds comme des billes : mais quelle peau de vache celui-là ! Il n'avait pas son pareil pour arriver à ses fins ! De son côté, ayant obtenu ce qu'il désirait, Karl se tourna vers sa sœur et l'informa silencieusement en tapotant sa propre épaule : « T'as quelqu'un au bout du fil », avant de lui décocher le grand sourire du vainqueur. Marie, trop stupéfaite pour parvenir à articuler le moindre mot, tourna les talons sans accorder un regard à quiconque et essaya de revenir à sa conversation avec Kumiko.

- J'en reviens pas, murmura-t-elle alors plus pour elle-même.
- Quoi ? s'exclama la japonaise. Ne me dis pas qu'ils ne te laissent pas venir ?
- Si, mais seulement avec mon frère, répondit Marie avec une voix d'outre-tombe, tu le crois toi ...?
- Et ben, on fera avec, envoya balader Kumiko.
- « On fera avec » répéta Marie. Mais t'es folle ? Tu ne connais pas Karl quand il s'y met ! Il a décidé de me laisser vieille fille on dirait !
- T'inquiète pas...on trouvera bien une solution au problème, déclara Kumiko décidément toujours motivée.
- Hum..j'aurai peut-être une idée d'ici-là. Je ne vais quand même pas devoir lui casser les deux jambes pour qu'il me laisse vivre quand même ?

Là-dessus les deux filles raccrochèrent. Marie retourna auprès de sa famille et Genzô, résignée à passer l'après-midi en compagnie d'un frère qu'elle avait de plus en plus envie d'étrangler, tandis que Kumiko faisait un bref mais exhaustif compte-rendu de la situation à Yukari - qu'entendirent également Takeshi, qui trainait un peu à rejoindre ses partenaires sur le terrain, et Kazuki qui assistait également à l'entraînement. A la fin, ce dernier émit un long sifflement dubitatif et ajouta,

- Dis donc Tak, va falloir la jouer serrée avec le frangin on dirait...

Takeshi soupira et haussa les épaules. Il en était convaincu mais pas heureux pour autant. Là-dessus, il abandonna ses amis, son entraînement commençant, mais quelque peu pensif sur le départ. Ah effectivement, il devait certainement y avoir plus simple comme situation...comme première situation en plus...

Les joueurs commencèrent un travail de passes entre eux - mais il avait déjà rembarré Hyûga à plusieurs reprises – et un ballon lui fut adressé. Il le réceptionna et le contrôla parfaitement - et honnêtement, s'il fallait le faire aussi avec Karl pour que les choses soient claires... Étant près des cages, il pivota et se retrouva face au gardien qui se tenait prêt à bloquer son tir - il le ferait ! - et décocha un boulet de canon qui alla se loger dans le petit filet au grand plaisir de ses coéquipiers qui constatèrent que leur capitaine avait retrouvé tout son mordant...