Note : Et un p'tit chapitre de plus. Bonne lecture ^^ !
Dès son entraînement terminé, Takeshi était rentré chez lui - bien que Kazuki l'ait supplié de rester avec eux pour le restant de l'après-midi. Mais le garçon avait envie de se retrouver un peu seul. Sa séance avait été assez éprouvante et l'imminence de la finale du championnat ajoutait encore un peu de pression au jeune homme qui en ressentait déjà suffisamment à l'idée de se retrouver en compagnie de Marie le lendemain après-midi – surtout après les réflexions bien placées de Kumiko ! Celle-la, avec ses initiatives en tout genre...
De son côté, la jeune allemande n'avait pas passé un si mauvais samedi après-midi que ça. Si dans un premier temps, en signe de mauvaise volonté, elle avait compté ne pas s'intéresser à la capitale nippone, force fut de constater que Tokyô était, comme Genzô l'avait annoncé, aussi dépaysante qu'attirante. Marie en oublia même momentanément sa rancœur envers son frère et profita du spectacle en même temps que des commentaires du gardien japonais qui s'avéra effectivement être, entre autre, un très bon guide. Car Genzô étant l'un des meilleurs amis de Karl, tous deux se voyaient souvent en dehors des terrains, et parfois en compagnie de Marie – ce qui avait permis à la jeune fille de tisser des liens d'amitié avec le garçon.
- Ça ne te dirait pas de nous accompagner demain ? lui avait-elle demandé l'air de rien durant leur visite.
- Dois-je y voir là une simple invitation polie ? avait répondu Genzô avec un petit sourire malicieux.
- Bien, avoua Marie en souriant à son tour, je me disais qu'il serait peut-être moins difficile à supporter si tu étais là...au cas où il soit pris d'une nouvelle crise de paternalisme aiguë, précisa-t-elle en regardant son frère qui s'intéressait pour le moment à la devanture d'une boutique.
- Ça va s'arranger, dit Genzô confiant. Et puis, il vaut quand même mieux ça, plutôt qu'il ne se moque royalement de qui tu fréquentes non ?
- Et tu ne crois pas qu'il pourrait trouver un juste milieu ? rétorqua Marie.
- Dès qu'il verra que tout se passe bien, il se calmera, promit le japonais.
Marie le regarda sceptique mais n'ajouta rien...
Ils s'étaient donnés rendez-vous à 12h45 devant le Virgin de Shibuya. Mais à l'évidence, ils n'avaient pas été les seuls à avoir eu cette idée. Une population dense gravitait déjà tout autour du magasin, qui avait été aménagé spécialement pour l'occasion, quand ils y arrivèrent. Ils remarquèrent alors une longue et solide corde rouge qui divisait l'entrée principale en deux. Sur la gauche, une file déjà assez conséquente s'étirait jusque sur le trottoir – passage obligatoire qui permettait de faire la queue pour obtenir une dédicace du groupe de rock– tandis que la circulation était nettement plus fluide sur la droite, par où l'on pouvait rentrer et sortir à loisir du magasin.
Malgré l'agitation qui régnait, Marie ne mit pas longtemps à repérer les trois personnes qui l'intéressaient et qui s'étaient placées un peu à l'écart sur la gauche. Takeshi, Kazuki et Kumiko étaient en pleine conversation lorsque les « munichois » les rejoignirent, les tirant ainsi de leurs bavardages.
- Bonjour ! On n'est pas trop en retard ? demanda Marie rayonnante en saluant le couple puis en s'attardant légèrement sur Takeshi.
Sur le coup, ça lui fit un peu bizarre de voir le jeune homme autrement vêtu qu'avec un survêtement ou sa panoplie de footballeur (comme elle l'avait toujours vu jusqu'à présent). Mais à l'évidence, une tenue de ville décontractée lui allait très bien aussi. Elle espéra alors que ses discrets efforts pour paraître joliment à son avantage, produiraient l'effet escompté chez le japonais...
- Je ne vous présente pas, poursuivit Marie en s'écartant légèrement pour faire place à son frère et Genzô, vous vous connaissez tous je crois...
Les deux garçons dirent « bonjour » à leur tour. Par rapport à Genzô, aucun doute : les trois japonais étaient ravis de pouvoir passer un peu de temps avec leur célèbre sempai. Mais en ce qui concernait Karl, Takeshi ne pouvait occulter le fait que sa présence n'était pas fortuite – bien au contraire – et encore moins motivée par la musique. Cependant, étant d'un tempérament conciliant et pacifique, Takeshi accepta de se prêter à ce petit jeu dès lors qu'il ne dépasserait pas certaines limites...
- Bon, vu le monde qu'il y a déjà, intervint Kazuki impatient en se frottant les mains, je pense qu'on devrait y aller tout de suite.
Le garçon fit alors un signe du menton en direction de la file d'attente qui s'était encore un peu plus allongée depuis que tous s'étaient retrouvés. Takeshi se tourna alors vers Marie.
- Tu as envie de faire la queue toi aussi, ou on en profite pour faire un tour dans le Virgin en les attendant ?
- Hum..plutôt un tour dans le magasin, décida Marie sous le regard vigilent de Karl et amusé de Genzô, qui devina qu'il aurait certainement à « divertir » son capitaine en cas de besoin...
Deux groupes se formèrent : Kazuki et Kumiko d'un côté, Takeshi, Marie, Karl-Heinz et Genzô de l'autre.
- Alors, à tout à l'heure et bon courage ! lança Takeshi à l'intention du couple qui prit place en bout de file, tandis qu'il pénétra dans le magasin en compagnie des trois autres.
Conforme à l'achalandage des autres Virgin éparpillés un peu partout sur Terre, celui de Shibuya possédait également de nombreuses zones destinées à la clientèle et qui restaient accessibles sur plusieurs niveaux. Des panneaux (heureusement traduits en anglais) positionnés aux endroits stratégiques indiquaient la direction des sections de jeux vidéos, livres et autres spectacles.
Bien évidemment, Marie ne s'était pas attendue à ce que son frère parte gentiment de son côté en la laissant se balader tranquillement avec Takeshi...et elle avait bien fait ! Comme ça au moins, elle ne fut pas déçue.
Ils commencèrent par aller faire un tour aux jeux vidéos – au sous-sol - où ils restèrent une bonne quinzaine de minutes, Takeshi souhaitant s'acheter le dernier jeu sorti sur PS3 en matière de football (ça ne s'invente pas...).
- Tu y joues souvent ? s'intéressa Marie qui cherchait à engager la conversation avec le jeune homme alors qu'ils attendaient côté à côte à la caisse pour régler l'achat.
- Ben...des fois le soir après l'entraînement... ou quand des copains viennent à la maison, répondit Takeshi en souriant.
Finalement, quelque soit le pays, les garçons semblaient tous avoir les mêmes distractions...
- Comme toi Karl, fit observer Marie en se retournant vers son frère, qui regardait distraitement les nouveautés présentées sur un socle proche de la caisse.
- Je n'y joue pas tant que ça, répondit le garçon en levant les yeux vers sa sœur, les sourcils légèrement froncés. J'ai d'autres occupations après mes entraînements...
- Ah pour ça, oui ! confirma Marie. Mais on ne dira pas lesquelles, insinua la jeune fille.
Takeshi et Genzô échangèrent un regard un peu gêné (sachant pertinemment tous les deux ce qu'il en était entre le frère et la sœur). Karl se renfrogna mais ne dit rien. Le plus jeune des deux japonais se racla bruyamment la gorge pour mettre fin à l'échange et passa rapidement à un autre sujet.
- Tu...Tu veux voir autre chose ici, se hasarda-t-il à demander à Marie.
- Non merci, répondit la jeune allemande avec douceur. Je ne joue pas beaucoup aux jeux vidéo. Je préfère la musique.
- Bien, dans ce cas, on est au bon endroit, dit-il avec entrain. Viens, on y va.
Là-dessus, et sans vraiment accorder d'intérêt à l'avis des deux autres, Takeshi et Marie prirent la direction d'un escalier qui les mènerait dans la plus vaste des salles, celle où tout ce qui avait trait à la musique était proposé. Cela leur permit également de constater que Kazuki et Kumiko avaient fait le plus dur et se trouvaient désormais à l'intérieur du magasin – ne leur restait plus qu'à traverser la salle sur toute sa longueur pour atteindre une pièce solidement gardée par le personnel de sécurité de la maison, où ils pourraient enfin se retrouver face à leurs idoles...Par curiosité, Marie se pencha en avant pour regarder ce qu'il en était dehors et constata avec effarement que deux fois plus de monde que tout à l'heure attendait dans la rue.
- Impressionnant le monde qu'il y a, murmura-t-elle avant de se tourner vers Takeshi, ils sont célèbres à ce point ?
- Très. Mais ils n'ont pas qu'une carrière au Japon, précisa le jeune homme, ils sont aussi connus à l'étranger...Tu n'en as jamais entendu parlé ?
Marie secoua la tête en faisant une petite grimace, confuse de se montrer si ignorante face à ce qui semblait être un véritable phénomène dans ce pays. Takeshi fut attendri par sa réaction et décida de remédier immédiatement à ses lacunes. Sans même avoir prémédité ce qu'il s'apprêtait à faire, il attrapa Marie délicatement par l'avant-bras et l'entraîna avec lui, d'un pas résolu et rapide, en direction d'un rayon bien précis. Tandis qu'ils se faufilaient agilement à travers la clientèle qui encombrait les passages – le garçon aussi à l'aise que s'il dribblait toute une série d'adversaires - la main de Takeshi glissa peu à peu vers celle de Marie, qu'elle finit par atteindre et serrer instinctivement avec douceur. Marie sut alors dès cet instant que d'avoir marché un peu plus vite n'expliquait en rien le fait que sa respiration se soit si brutalement accélérée, que son cœur se soit mis si violemment à lui cogner dans la poitrine. Non... marcher plus vite n'était pas la cause de tout cela...
Sur ces entrefaites, Karl et Genzô avaient émergé à leur tour de l'escalier et regardaient un peu ce qu'il se passait autour d'eux. Par chance, Genzô fut le premier à repérer Takeshi et Marie qui se dirigeaient vers une allée tandis que leur bras respectif semblaient étrangement liés entre eux – cela ne pouvant laisser supposer qu'une chose : ils se tenaient par la main ! Préférant ne pas voir ce qu'une telle image pouvait provoquer chez Karl, il décida dans la seconde, dans une espèce d'instinct de survie, de traîner son ami vers un rayon situé à l'opposé de celui où sa sœur se rendait (et faisait un peu ce qu'elle voulait), pour le forcer à s'intéresser à un groupe de musique traditionnelle dont lui-même ne savait pas grand-chose...
- Tu écoutes ça toi ? s'étonna Karl incrédule en tournant et retournant le cd d'un air sceptique, le nez froncé.
- Bien sûr ! s'indigna faussement Genzô. Qu'est-ce que tu croyais ? Que depuis mon arrivée en Allemagne je n'écoutais plus que « La flûte de Schubert » peut-être ? demanda-t-il sarcastique.
- Heu...non, non, dit Karl sur un ton d'excuse en espérant ne pas avoir vexé son ami par rapport à sa culture. Mais comme je n'avais encore jamais rien entendu de tel chez toi...désolé...
- C'est rien, le rassura le japonais un peu gêné par son mensonge - et qui se promit de signaler à Marie jusqu'où il était allé pour lui rendre service. Honnêtement, ce n'est pas non-plus mon style de musique préféré.
- Tu écoutes quoi en provenance de chez toi ? Au fait, tu connais le groupe qui est en dédicace aujourd'hui ?
Tout un enchaînement se mit alors en place à vitesse grand V dans le cerveau du blond : le groupe, les fans, la file d'attente, Kumiko et Kazuki, Takeshi et sa sœur..Sa sœur ! Le garçon tourna alors sur lui-même, visiblement en train de chercher quelque chose du regard. Sans résultat il consulta Genzô.
- Tu sais où est Marie ?
- Oui, répondit calmement Genzô sans détacher son regard de la pochette d'un album, dans le magasin.
- Ah ah...très drôle, commenta l'allemand ironique qui commença à s'écarter du rayon.
- Karl ! l'interpella Genzô qui le regardait à présent avec gravité. Tu veux bien te calmer un peu et la laisser souffler ? Et « me » laisser souffler par la même occasion ?
- Mais...
- Quoi « mais » ? s'impatienta le japonais qui n'en revenait pas que son ami soit bouché à ce point. Tes parents lui font confiance, non ?
- Oui, mais...
- Elle a dix-sept ans et la tête sur les épaules, non ?
- Oui, mais...
- J'ose espérer que si je te dis que les personnes qu'elle fréquente ici sont des connaissances et qu'il n'y a aucun risque, tu me crois, non ?
- Oui, oui...répondit une nouvelle fois Karl qui ne pouvait de toute façon pas dire autre chose vu le regard impérieux que lui avait lancé Genzô en demandant cela.
- Bien, conclut le japonais satisfait. Dans ce cas, tu restes ici et tu te tais ! ajouta-t-il avec autorité.
Karl d'abord surpris, se contenta ensuite d'esquisser un petit sourire indulgent et de remuer lentement la tête. A ses yeux, il était impossible de faire comprendre la situation à Genzô dans la mesure où celui-ci n'avait pas de petite sœur..
Arrivés à destination devant un rayon entièrement consacré à X-Japan, Takeshi se tourna vers Marie pour lui présenter le groupe de rock plus en détail. Cependant, s'il aurait pu s'attendre à voir sur le visage de la jeune fille une réaction de surprise face à tant d'albums, de disques deux titres et autres articles, il ne se serait jamais imaginé la trouver avec un telle expression. Son visage était empourpré, ses yeux pétillaient alors qu'elle le regardait avec une infinie tendresse. Devant l'air incrédule du garçon, Marie sourit et baissa les yeux vers leurs mains toujours jointent. Réalisant brusquement la situation, Takeshi n'osa plus bouger, figé sur place. Il ne regrettait pas ce qu'il se passait, mais il se retrouvait dans une situation inédite où il avait intérêt à vite et bien réagir au risque de faire une catastrophe par maladresse. Devenu aussi rouge que la personne à qui il tenait la main, il eut l'impression de manquer brusquement d'air et d'avoir le corps tout entier parcouru de fourmillements. Déglutissant avec difficulté, il regarda alors Marie avec un sourire aussi crispé que gêné et murmura un à peine audible « désolé... » alors qu'il désenlaçait doucement ses doigts de ceux de l'allemande.
Ils restèrent à se regarder dans le blanc des yeux durant un instant avant que Takeshi ne reprenne un minimum contenance et qu'il tente – avec peu de succès – de concentrer son attention et d'attirer celle de Marie sur les produits musicaux qui s'étalaient devant eux. Sur l'extrémité du rayon se trouvaient des casques qui permettaient d'écouter des morceaux de chansons choisis préalablement et qui arrivèrent à point nommé au secours du japonais...
- Ça te dit ? proposa Takeshi en désignant les casques de sa main.
Marie acquiesça d'un mouvement de tête. Bien inspiré, le japonais sélectionna alors un morceau plutôt slow que rock et posa délicatement le casque audio sur la tête de la jeune fille qui ne le quittait pas des yeux. Se sentant à nouveau rougir, il lui sourit et fit démarrer l'extrait qui dura une trentaine de secondes durant lesquelles à la douce mélodie teintée de mélancolie venaient se poser des paroles tantôt en japonais, tantôt en anglais, et qui parlaient de cet inépuisable thème qu'est l'amour...
- C'est...très beau, articula difficilement Marie une fois l'extrait achevé, après qu'elle se fut retirée elle-même le casque qu'elle tendait à présent à Takeshi qui paraissait enchanté.
- Ils jouent aussi des morceaux plus...toniques, commenta le jeune homme qui reposa l'appareil sur son socle.
- ...certainement ce que ma mère qualifierait de « musique de sauvages », plaisanta Marie.
Takeshi eut un petit rire complice qui s'estompa très légèrement tandis que son regard se portait au-dessus des épaules de Marie. Cette dernière se retourna alors et poussa un soupir en voyant arriver son frère. Son expression enjouée fit place à un air abattu. Takeshi fronça les sourcils et lui souleva le visage en glissant doucement sa main sous son menton.
- T'inquiète pas, lui murmura-t-il. Ça va aller...
Marie fit une moue peu convainquante.
- Qu'est-ce que vous faites ? demanda l'air de rien Karl.
- On écoute de la musique, répondit sa sœur qui s'efforça de rester aimable.
- Tiens, intervint Takeshi qui tendit d'autorité un casque à Karl qui se sentit obligé de le prendre et de le mettre à son tour sur la tête.
Le jeune japonais sélectionna alors un nouvel extrait du groupe de rock mais dans un tout autre registre et sur un volume peut-être plus fort que de besoin...Alors que l'allemand attendait que la musique débute, Genzô se tourna discrètement vers Marie,
- Désolé, mais je n'ai pas réussi à le retenir plus longtemps, murmura-t-il avec amusement.
Mais Marie, loin de lui en vouloir, lui fit un sourire de remerciement...
- WOoo ! s'écria soudain Karl qui s'arracha le casque des oreilles. Mais qu'est-ce que c'est que cette musique ! C'est ça que tu fais écouter à ma sœur ?
Toujours très calmement et avec un visage impassible, Takeshi récupéra le casque audio et le reposa sur son socle. Devant Marie et Genzô qui, d'abord étonnés par les cris de Karl, attendaient la suite avec un minimum d'appréhension, Takeshi fixa Karl du regard avant de lui répondre.
- Oui. Mais la concernant, j'avais choisi une balade nettement plus romantique, ajouta-t-il avec un petit sourire et une once de satisfaction.
Karl demeura un court instant stupéfait par une telle arrogance de la part d'un garçon qui se permettait déjà de poser sa main sur la joue de sa sœur, puis mesura Takeshi du regard, les yeux légèrement plissés, la respiration plus saccadée - faisant bomber davantage un torse nettement plus volumineux que celui du petit japonais. Mais ce dernier resta stoïque à défier Karl du regard. Aucun des deux n'auraient cédé. Takeshi était trop habitué au caractère, pouvant se révéler bien difficile de Hyûga, pour être impressionné maintenant par Karl (d'autant plus que sans vouloir jouer au « jeune coq », il ne voulait pas décevoir Marie qui semblait suffisamment découragée par le comportement de son frère). Quant à Karl, il avait deux fois plus de difficulté que quiconque à avaler la pilule : une fois en tant que capitaine à qui rien ne résistait d'ordinaire, et une fois en tant que grand frère.
- Ouf...ce fut laborieux, mais on y est arrivé !
À la surprise générale, car tous les avaient plus ou moins oubliés, Kazuki et Kumiko venaient de rejoindre le petit groupe qu'ils avaient facilement repéré – se trouvant juste à côté de la pièce où les musiciens rencontraient leurs fans – et c'est Kazuki qui avait fait sursauter tout le monde en prononçant ses paroles de victoire en brandissant un album, des tee-shirts et des photos dédicacés.
- Tu as l'intention d'ouvrir une boutique ? plaisanta Genzô, impressionné par la quantités de produits dérivés signés que tenait dans ses mains Kazuki.
- Ah moi, quand je me déplace, ce n'est jamais pour rien, affirma du même ton l'autre japonais.
L'ambiance, qui avait toujours paru cordiale, retomba cependant d'un cran et seul l'air légèrement contrarié de Karl aurait pu laisser penser à une personne attentive qu'une situation particulière venait d'être interrompue.
- Bien, annonça soudain Takeshi après avoir consulté sa montre. Ce n'est pas que je m'ennuie mais je dois y aller, j'ai entraînement...
Marie le regarda très déçue, la bouche entrouverte à la recherche des mots qui l'auraient persuadé de rester avec elle. Mais rien ne sortit et elle s'attendait donc à le voir partir d'un instant à l'autre, mettant trop vite un terme à leur après-midi ensemble.
- Nous, on a finit aussi, dit Kazuki en regardant sa petite amie. On va venir avec toi.
- Tu viens aussi ? proposa alors Takeshi à l'adresse de Marie avec un grand sourire.
Instantanément, la jeune fille acquiesça d'un mouvement de tête. Et tout aussi instantanément, Karl s'apprêta à répliquer quelque chose, mais Genzô (qui se montra décidément plus rapide que son ami aujourd'hui sur beaucoup de choses) l'agrippa vigoureusement par les épaules et s'exclama : « Et bien nous, on va rentrer maintenant ! Pas vrai Karl ? ». Au regard réjoui que lui lança Genzô, Karl opposa l'expression de quelqu'un qui était en train de s'étrangler avec un bout de pain trop gros et eut toutes les peines du monde à grincer : « Rentre à l'hôtel dès la séance terminée... » à sa sœur
Toute à sa joie, Marie regarda Takeshi le visage resplendissant tandis que le jeune homme l'engagea alors à le suivre. Les quatre jeunes saluèrent leurs aînés et quittèrent le disquaire dans la bonne humeur. Karl se tourna alors vers Genzô, le regard noir.
- Merci, siffla-t-il.
- Mais de rien, répondit Genzô avec un grand sourire agaçant. Et encore, tu t'en ais bien sorti, fit remarquer le japonais, j'ai failli t'écraser le pied...
- Sérieusement, dit Karl qui regardait maintenant en direction de la sortie, il a intérêt à se tenir à carreau sinon je m'occuperais personnellement de lui...
- Mais oui, mais oui...
