- Ah! Mais je le crois pas ! s'exclama Karl en rigolant. Heureusement que vous lui faites confiance hein ?
Alors qu'il traversait le hall d'entrée de l'hôtel accompagné de Genzô pour regagner leur chambre, le jeune homme avait surpris bien malgré lui une requête que son père venait de déposer auprès de son épouse, lui demandant de veiller à garder un petit œil discret sur leur fille tout du temps où elles seraient ensemble dans les tribunes pour assister à la rencontre – ce à quoi la femme avait répondu que quelque fut la situation, c'était ce qu'elle aurait fait.
- Quoi ? Quoi ? se défendit monsieur Schneider, empourpré, prit sur le fait comme un gosse la main dans le pot de confiture. C'est tout à fait normal voyons ! Humpff...ça se voit que tu n'as pas d'enfant et que tu es encore insouciant Karl, le réprimanda son père. Autrement, tu te soucierais davantage de ta sœur !
À cette annonce, Genzô manqua de s'étouffer – et le regard foudroyant que lui adressa Karl, qui avait correctement interprété sa réaction, n'arrangea pas les choses. Le japonais fut pris d'une crise de fou-rire qui l'étouffa pour de vrai. Madame Schneider se précipita aussitôt à son secours et lui donna quelques tapes dans le dos.
- M'man...soupira Karl, t'as vu la carcasse qu'il a ? Si tu veux que ça lui fasse de l'effet, faut y aller à coups de poing.
Sa mère le regarda, incrédule, songeant que son fils avait une drôle de conception des premiers secours.
- Laisse, c'est rien...c'est le stress du match, poursuivit Karl sur le ton de la conversation mais suffisamment fort pour couvrir les toussotements du gardien. Tu sais bien qu'il encaisse mal la pression.
Genzô stoppa net de tousser et se redressa - manquant de peu de faire tomber madame Schneider qui s'était penchée sur lui – et lança à son tour un regard meurtrier à son ami qui affichait un sourire goguenard, satisfait de sa petite vengeance. Ce dernier se détourna alors du japonais et décréta :
- Bon, c'est pas tout ça, nous, on monte un peu se reposer avant la partie de ce soir...
- Oui, reprit Franck Schneider avec une autorité incisive, « vous reposez » ! Pas vous abrutir devant vos consoles de jeu !
- C'est ça...c'est ça...lança Karl, non-concerné, tout en se dirigeant vers les cages d'ascenseur où il revint sur les manigances de ses parents. Tu te rends compte ? fit-il à Genzô d'un air faussement scandalisé, « surveille donc un peu ce qu'elle fait... ». J'te jure !
- Non mais dis, espèce d'hypocrite ! se moqua Genzô qui en avait déjà trop vu et trop entendu pour croire un seul instant que Karl n'était pas ravi d'avoir trouvé en son père un allié de taille. Dis que ça te dérange, histoire que je me marre un coup...
Karl ne répondit évidemment pas mais étouffa un petit rire dénonciateur.
- Où est Marie au fait ? demanda soudain Genzô, certain que son ami aurait la réponse.
- Ici, dans sa chambre, répondit Karl moitié satisfait – moitié agacé. Je suppose qu'elle va passer l'après-midi à réfléchir à la tenue qu'elle va porter ce soir, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel.
- Ah! Je me disais aussi..., plaisanta Genzô.
En effet, après la façon dont Takeshi avait été « récupéré » par son équipe le matin-même, Marie n'avait pas osé retourner le voir au lycée l'après-midi. D'abord, elle n'avait plus l'excuse comme quoi sa présence était liée à celle du Bayern, puisque les entraînements des munichois étaient terminés (bien qu'il ne devait plus y avoir grand monde dans les environs pour ne pas être au courant de l'idylle naissante entre l'allemande et « le petit technicien »). De plus, le fait que Takeshi lui ait souhaitée une « bonne journée » et lui ait donnée rendez-vous dans la soirée semblait indiquer qu'il ne pensait plus revoir Marie pour un bon moment.
Loin de s'en attrister, la jeune fille avait, comme son frère l'avait si justement prédit, profité de ce temps libre pour essayer deux-trois tenues – avant d'opter pour une décontractée – avant de s'allonger sur son lit pour s'y reposer et songer, tranquillement, à tout ce que cette soirée pourrait lui réserver...
En fin d'après-midi, Marie et sa mère quittèrent l'hôtel de leur côté tandis qu'un car passa chercher l'équipe du Bayern pour les mener au Kashima Stadium. Ce match avait beau ne pas être officiel, il attira la foule des grands jours. Lorsque les deux allemandes arrivèrent sur place, elles ne s'attendaient pas à tant de monde et Marie se réjouit intérieurement que Takeshi lui ait donnée un point de rendez-vous précis - car la seule « entrée » du stade n'aurait sans doute pas suffit à se retrouver facilement.
Une fois la « caisse centrale » repérée, toutes deux attendirent patiemment, attirant parfois le regard discret de passants qui ne croisaient pas tous les jours des personnes aussi blondes et aussi peu japonaises...
Cela devait faire une dizaine de minutes qu'elles étaient arrivées, lorsque Marie reconnut enfin une voix familière qui l'appela à travers le brouhaha des conversations l'environnant. Elle fit un demi-tour sur elle-même et finit par apercevoir Kumiko qui arrivait d'un pas énergique, tenant fermement par la main Kazuki. La jeune fille, vêtue de façon très... « japonaise coquette », s'arrêta devant les deux allemandes et salua aussitôt madame Schneider – imitée dans la seconde par Kazuki – avant de se tourner vers Marie.
- Je suis vraiment désolée pour aujourd'hui, s'excusa Kumiko avec une petite grimace. J'avais complètement oublié de te prévenir que...
- Ce n'est pas grave, l'interrompit Marie en levant une main indulgente, Takeshi m'a expliquée que tu étais très occupée en ce moment.
À ces mots, Marie remarqua le petit sourire qui s'était discrètement dessiné sur les lèvres de Kazuki. Ça lui fit penser à la réaction de Takeshi – tous deux devaient avoir ce même avis sur les supporteurs...ou plus précisément, sur Kumiko en chef des supporteurs.
- Ah ? Très bien alors..., souffla Kumiko soulagée avant de chercher quelque chose du regard. Mais au fait, il n'est pas là ?
- Il ne devrait pas tarder à arriver, dit Marie d'une petite voix. C'est lui qui m'a donnée rendez-vous ici...
Kumiko et Kazuki échangèrent un regard complice qui fit rougir Marie. Mais par soucis de discrétion – et surtout parce qu'au Japon comme ailleurs, les jeunes évitaient de parler de ce genre de choses devant les parents, Kumiko se garda de demander de plus amples informations sur les liens entre Takeshi et Marie. La japonaise dut se résoudre à patienter que leur ami arrive pour juger de visu s'il y avait eu une quelconque évolution dans leurs rapports.
Soudain, une voix fatiguée et contrariée se fit entendre, attirant l'attention des quatre personnes.
- Hé ! Vous auriez pu nous attendre ! On vous a perdu...
Yukari, accompagnée pour l'occasion d'un garçon que Marie n'avait encore jamais vu, arriva la mine boudeuse. Kumiko ne sembla réaliser l'absence de son amie qu'à cet instant. Pourtant à son reproche, Marie songea que les quatre avaient dû faire route ensemble.
- Désolée, Yukari-sensei, s'excusa immédiatement Kumiko en se frottant nerveusement la tête. Aussi, si Ishizaki-kun avançait un peu plus vite...c'est une vraie limace ! râla-t-elle.
Marie observa aussitôt le garçon en question. Il s'agissait donc du fameux Ishizaki dont les deux amies lui avaient un jour vaguement parlée. C'était le petit-ami de Yukari. L'allemande se rappela alors les propos que cette dernière avait tenu en matière de comparaison entre Ishizaki et Karl : un étant de l'ordre du réel et l'autre du domaine du fantasme...Et sans être moqueuse, quand on comparait effectivement les deux garçons, on ne pouvait en arriver qu'à cette conclusion. Grand, élancé, un charme fou et très charismatique, Karl n'avait rigoureusement rien à voir avec Ishizaki, qui était plus petit, un peu râblé et avec un charme et un charisme nettement moins flagrants...Cela ne l'empêchait pas d'avoir une bonne bouille de comique très avenante – bien que sur le coup, après la réflexion désobligeante de Kumiko, l'expression qu'afficha Ishizaki, pour une mystérieuse raison, le fit davantage ressembler à un singe...Marie songea alors qu'en matière de sentiments, rien n'était prévisible. Retenant le sourire qui menaçait de s'étaler sur ses lèvres, la jeune allemande se concentra davantage sur la réaction du garçon.
- Hé ! s'exclama-t-il vexé à l'attention de Kumiko. J'te signale que t'es plus mon manager ! Alors arrête un peu tes réflexions à deux balles s'il te plait !
- Ryô ! tempêta Yukari en lui mettant une claque sur la tête (geste qui surpris les deux allemandes et qui conforta Marie dans sa pensée qu'ils formaient un couple bien atypique). Tiens-toi convenablement s'il te plait. Il y a du monde !
Cherchant avec un regard un peu ahuri « le monde » dont sa petite-amie parlait, Ishizaki ouvrit de grands yeux ronds en « tombant » sur Marie et sa mère.
- Oups..., grommela-t-il gêné. Bonsoir !
- Bonsoir, répondit madame Schneider avec un sourire bienveillant.
- Salut, répondit Marie qui donnait l'air de bien s'amuser.
Ishizaki la regarda avec beaucoup d'intérêt – sans pour autant être grossier – et rougit un peu.
- Je suis ravi de faire ta connaissance, bredouilla-t-il ensuite. Avec ce que Yuki-chan et Kumi-chan m'ont dit de toi, je me languissais de te rencontrer.
Puis, se tournant vers Kazuki à qui il donna un petit coup de coude discret :
- Il a bon goût Takeshi, hein ? lui fit-il remarquer dans un murmure trop audible.
- Ishizaki...! gronda dangereusement Yukari.
Pensant qu'il était préférable d'épargner à leurs « invitées » une de ces innombrables scènes où Yukari et Ishisaki réglaient leurs comptes, Kumiko changea de sujet et revint sur Takeshi.
- Il était à l'entraînement cet après-midi ? demanda-t-elle à Marie comme si elle n'avait pas remarqué le pincement douloureux que Yukari venait d'infliger à Ishizaki.
- Heu...oui, toute la journée, répondit Marie qui eut un peu de mal à se concentrer sur la question. Il ne devrait plus tarder...
- Ça vaudrait mieux, fit observer Kazuki qui consulta sa montre, le match ne va plus tarder à commencer.
Madame Schneider tourna instinctivement la tête vers le stade en songeant que les joueurs devaient être arrivés depuis un moment déjà. Elle repensa alors à la consigne de son époux – qui la fit sourire. Il ne lui semblait pas y avoir un grand danger dans les nouvelles fréquentations de sa fille, fréquentations qu'elle trouva instinctivement sympathiques. À côté de cela, il était vrai qu'elle se languissait de faire la connaissance du mystérieux jeune homme qui se faisait attendre...
Les minutes passant, Marie, embarrassée à l'idée de faire manquer le coup d'envoi à ses amis, leur proposa de commencer à y aller – ayant des places numérotées, ils se seraient retrouvés quoi qu'il en serait. Mais dans un élan de camaraderie, tous refusèrent son offre et préférèrent attendre encore un peu.
- Il ne va plus tarder maintenant, s'impatienta Kazuki qui avait désormais les yeux greffés sur le cadran de sa montre.
- Tant il s'est blessé à l'entraînement, suggéra Ishizaki avec un léger espoir de très mauvais goût.
- Ishizaki ! crièrent-ils à l'unisson.
- Quoi ? s'écrasa le garçon. Oooh, juste une petite blessure de rien du tout, minimisa-t-il...Juste histoire qu'il ne puisse pas jouer demain quoi...Il est impossible à marquer sur un terrain, c'est un cauchemar ce type...se lamenta-t-il.
- C'est antisportif de dire des choses pareilles ! Tu devrais avoir honte ! s'emporta Kumiko. Si Nankatsu n'est pas capable de gagner face à la Tohô de Take-kun, tant pis pour eux, c'est qu'ils sont trop nuls ! Et pense à Marie la pauvre ! Si elle ne le voyait pas ce soir, comme elle serait triste...
Mais la japonaise s'arrêta brusquement, plaquant une main devant sa bouche et lança un regard inquiet vers la mère de son amie. Elle avait peur d'avoir trop parlé, mais la femme remua doucement la tête en souriant.
- Ne t'inquiète pas, soupira Marie avec une expression perplexe, mes parents sont plus ou moins au courant, alors...
- Ah...commenta simplement Kumiko.
- Maman, dit Marie en se tournant vers sa mère, vas-y toi, on te rejoint au plus tôt.
- Non non, ma chérie, insista madame Schneider avec un grand sourire crispé, je reste avec toi...enfin, avec vous...
- Le voilà ! s'écria soudain Ishizaki en pointant son index vers un garçon qui arrivait d'un pas pressé. Et bien, tu te fais attendre...
Ayant à nouveau troqué son survêtement pour une tenue plus urbaine, Takeshi arriva un peu essoufflé mais en pleine forme.
- Désolé, l'entraînement a duré plus longtemps que prévu...
Il reprit son souffle et fit un tour d'horizon des personnes présentes. Il salua d'un mouvement de tête ses amis, mais s'attarda plus longtemps et respectueusement auprès de madame Schneider. Cette dernière y fut sensible et trouva le garçon très poli en plus d'être mignon.
Il y eut ensuite un petit moment de flottement lorsque Takeshi regarda Marie. La présence de tout ce monde autour d'eux – sans parler de celle de la mère de son « amie » - n'était pas faite pour le mettre particulièrement à l'aise. Heureusement que Kazuki était à bout.
- Aller ! claironna-t-il. Maintenant que tout le monde est là, on y va !
En chef de file, il prit la direction des opérations et guida le petit groupe vers l'entrée correspondant à leurs numéros de place. Malgré le monde, ils atteignirent rapidement leurs sièges.
Madame Schneider tint à avoir sa fille auprès d'elle – au léger agacement de celle-ci. Mais Marie savait qu'une fois le match commencé, il y aurait trop de bruit autour d'eux pour ne pas légitimiser un rapprochement vers Takeshi pour pouvoir lui parler - et comme sa mère lui tournerait alors le dos...
Évidemment, Takeshi se plaça de l'autre côté de Marie, les quatre autres s'enfilant sur le rang comme le hasard l'avait décidé.
Une fois installés, Marie se pencha une dernière fois vers sa mère pour s'assurer que tout allait bien pour elle, puis une fois cette bonne action réalisée, ne se concentra que sur le match et...son autre voisin.
- Ton après-midi s'est bien passé, demanda-t-elle à Takeshi en se rapprochant peut-être davantage de lui que ce qu'il aurait été besoin.
- Heu...oui, ça va, répondit Takeshi, troublé par cette promiscuité qui lui colora subitement les joues.
Ils s'échangèrent un petit sourire timide, mais leurs yeux pétillants n'avouaient qu'une chose : toute la joie qu'ils avaient à être réunis.
- Hé Tak ! l'interpella soudain Kazuki, t'es prêt pour demain ? Encore une petite dérouillée en vue pour la Nankatsu ? plaisanta le japonais sous le regard « mitraillette » que lui lancèrent en cœur les trois de Nankatsu, à savoir : sa petite-amie, Yukari et Ishizaki.
- Ah! ah! rigola amèrement ce dernier, cette année, vous allez voir, prédit-il, on va vous mettre une pluie de buts.
- Ouais, c'est ça, rétorqua moqueur Kazuki, dans tes rêves ! On va vous la-mi-ner !
- Répète-un peu !
- Hé! Mais calmez-vous tous les deux ! s'interposa Yukari. Vous ne jouez même plus dans les équipes !
Mais les deux ex-adversaires, qui n'avaient rien perdu de leur ferveur pour leurs anciennes équipes, n'y prêtèrent même pas attention et continuèrent à se brancher sous le regard désespéré des deux japonaises. Marie, elle, ne put se retenir de pouffer – cette situation n'était pas inédite pour elle et lui rappelait agréablement les joutes verbales auxquelles se livraient son frère et Genzô quand ils se retrouvaient adversaires dans un tournoi international. Elle regarda Takeshi, qui affichait la même expression que Kumiko et Yukari puis qui se tourna vers elle,
- Y'en a pour toute la soirée, commenta-t-il en levant les yeux au ciel.
- Ils sont toujours comme ça ? s'intéressa la jeune fille avec un grand sourire.
- Dès qu'il s'agit d'un match Tohô-Nankatsu, malheureusement : oui...
Marie avait rapproché un peu son visage, n'entendant pas très bien ce que lui disait le jeune homme. Takeshi en avait donc fait de même et parlait au plus près de l'oreille de Marie – dont le parfum sucré qui lui allait à merveille manqua de lui faire perdre le fil de sa phrase.
- ...mais d'habitude, ils sont pires que ça, précisa-t-il. Aujourd'hui, je crois qu'ils se tiennent un peu...
Marie tourna soudain la tête pour le regarder, incrédule mais amusée par ce dernier commentaire, et se retrouva plus près du visage du japonais qu'elle ne l'avait encore jamais été. Tous deux restèrent figés un instant, puis, reprenant leur souffle, s'écartèrent l'un de l'autre avec un bref sursaut et fixèrent très intensément le terrain, sentant un feu brûlant les envahir – et se demandant après coup comment personne n'avait remarqué leur teinte cramoisie aussi suspecte que synchronisée...
Pour ça, leurs amies étaient trop impliquées dans la discussion animée entre les deux japonais, quant à madame Schneider, elle avait bien essayé de suivre dans un premier temps ce qu'il se passait à côté d'elle – sentant une certaine agitation entre deux des amis de sa fille - mais entre le manque de visuel, le bruit de la foule et le fait de ne rien y voir d'inquiétant en dehors de deux adolescents qui se taquinaient, elle préféra reporter son attention sur le terrain où les joueurs firent enfin leur apparition, salués par des acclamations exubérantes en provenance des gradins.
Cette clameur soudaine permit au moins de mettre un terme aux chamailleries de Kazuki et Ishizaki, tandis que Marie et Takeshi purent « respirer » un peu en ayant quelque chose qui attira sincèrement leur attention.
Les deux formations étaient à présent sur le terrain, chaque joueur à son poste. Comme d'habitude, les deux membres de la famille Schneider reportèrent d'abord toutes leurs pensées sur le numéro 11 de l'équipe allemande, alors que les quatre autres, même s'ils étaient impressionnés par ce potentiel monstrueux dévoilé par le Bayern, étaient partagés entre le fait de soutenir une équipe locale, plusieurs fois championne de J-League et qui faisait leur fierté, et de l'autre, une équipe mondialement reconnue et dans laquelle jouait « leur » gardien, considéré par tous les habitants de l'archipel, comme le dieu protecteur du football nippon.
Incapables de faire un choix, les japonais supportèrent finalement sportivement chaque action du jeu, quelle soit japonaise dans l'attaque ou allemande dans la défense. Et ils eurent de quoi faire, car malgré une domination allemande, les japonais résistèrent courageusement – le gardien des Kashima parvenant même, à plusieurs reprises, à sauver ses filets, arrêtant ou déviant de véritables boulets de canon, dont l'un expédié par Karl-Heinz...
C'était dans ces moments-là, où elle voyait son frère tenu un tant soit peu en échec, que Marie réalisait à quel point elle en était proche et l'aimait...malgré tout. Elle avait ce sentiment que sa frustration d'échouer à lui, se transformait inévitablement en peine chez elle...Non, elle ne pourrait jamais lui en vouloir de quoi que ce soit, même s'il pouvait devenir vraiment insupportable !
Mais en dépit du soutien qu'elle lui avait toujours prodigué, de l'attention qu'elle avait toujours accordé à ses matches et le fait qu'elle resterait à jamais le premier de ses supporteurs, pour la première fois de sa vie, ce soir-là, Marie n'eut d'yeux que pour un autre joueur. Et les seuls souvenirs qu'elle garda de cette rencontre furent des phases de jeu intenses inextricablement mêlées à ses sentiments grandissants pour la personne dont elle ne cessait de se rapprocher...
