- Bon...et bien nous, nous allons y aller..., annonça maladroitement Kumiko qui arborait néanmoins un grand sourire et qui lança un clin d'œil encourageant à Marie, alors que ses trois compagnons s'étaient déjà mis en route pour une destination qui demeurerait inconnue pour ceux qui restaient.
- À demain, lui lança Marie. On se reverra pour la finale...
Il n'en fallut pas plus à Ishizaki et Kazuki pour bondir sur l'occasion de poursuivre leur interminable discussion...
Cependant, alors que tout aurait dû être pour le mieux, Marie fut soudain interpellée - et un peu alarmée - par l'expression de Takeshi. En effet, le garçon ne semblait pas entièrement partager son enthousiasme à l'idée de passer la soirée tous ensemble...Bien sûr, il ne s'agirait pas là d'un dîner en tête-à-tête aux chandelles, mais dans la mesure où ils s'attendaient davantage à devoir se quitter bien trop tôt, la proposition que Franck Schneider venait de faire était une très bonne chose. Du coup, elle ne comprenait pas cette réaction.
Mais loin de s'inquiéter sur les conditions dans lesquelles pourrait se dérouler les heures à venir, Takeshi se tracassait pour tout autre chose. Il se demandait si, compte tenu de la situation, il faisait bien de retarder encore un peu l'heure de son retour chez lui. Non-pas qu'il était pressé de se coucher, mais s'il se décidait à suivre Marie, cela ne ferait alors pas moins de la troisième fois de la journée que le capitaine de la Tohô désobéirait consciemment aux ordres de son entraîneur - à savoir : concentration maximale sur les entraînements (et uniquement sur les entraînements), interdiction de sortir la veille d'un match d'une telle importance, et surtout, penser à se coucher tôt pour être au maximum de sa forme...
Lui qui avait toujours suivi le règlement à la lettre et qui était considéré par tous comme un modèle de droiture, il n'avait jamais été autant indiscipliné ! Et alors que son cœur et sa raison avaient toujours œuvré de conserve pour son unique passion, à ce moment-là, et pour la première fois, il les sentait en totale opposition. Car si son cœur lui conseillait fortement de ne songer qu'à la suite de cette soirée (avec toutes les belles promesses qu'elle laissait entrapercevoir), sa raison, elle, lui intimait de rentrer immédiatement chez lui et de prier le ciel pour que son entraîneur n'ait pas vent de son attitude révoltée qui lui coûterait alors certainement sa place de titulaire en début de rencontre !
Mais il ne pouvait se résoudre à écouter exclusivement l'une ou l'autre...
La main de Marie qui serra son bras pour attirer son attention le fit sortir de sa réflexion et lui fit prendre conscience, à la vue du regard inquiet que lui lança la jeune fille, où était sa priorité. Tant pis pour les éventuelles représailles...
Il soupira discrètement et s'adressa directement à monsieur Schneider.
- Je vous remercie beaucoup pour votre généreuse proposition monsieur, mais...
Il sentit alors la main de Marie se crisper davantage.
- ...si cela ne vous dérange pas, je ne resterai en votre compagnie qu'une partie de la soirée.
A ces mots, Karl et son père restèrent pantois. Takeshi n'osa pas regarder Marie tout de suite et préféra terminer,
- J'ai un match important demain et..., s'excusa-t-il gêné.
- Mais..., murmura soudain Marie, plongée dans la plus totale incompréhension.
Elle n'avait cependant pas réussi à aller plus loin dans sa protestation. Elle en avait eu le souffle coupé. Qu'est-ce que ça voulait dire ? Où était sa place alors dans cette histoire ? Combien de temps resteraient-ils encore ensemble dans ce cas ? Allait-il seulement la raccompagner jusqu'à son hôtel pour lui dire ensuite « au revoir », ou resterait-il davantage ? Elle était tellement troublée par cette déclaration qu'elle n'arrivait même plus à en articuler quoi que ce soit.
- Marie, lui dit tendrement Takeshi qui s'était à présent tourné vers elle et qui cherchait quelques mots pour la rassurer, je viens avec toi, mais je partirai avant que ne commence le repas, d'accord ?...Enfin, si ton père n'y voit pas d'inconvénients, ajouta-t-il plus fort à l'attention de l'homme.
Celui-ci acquiesça sans mot dire. Marie demeurait interdite. Quant à Karl, il était partagé sur le comportement du japonais. Certes, il trouvait sa décision fort louable – faisant preuve-là d'un sens du devoir peu conventionnel...qui n'était d'ailleurs pas sans lui rappeler le comportement de Genzô...un truc de japonais sans doute – mais en même temps, le fait de mettre sa petite sœur ainsi en concurrence avec du sport (aussi magnifique soit-il), le rebutait un peu. Bref, Karl se rendit compte que quoi qu'il puisse arriver, rien ne le contenterait jamais à propos de Marie !
Durant cet intermède, le reste de l'équipe du Bayern s'était changé et avait regagné le car. Madame Schneider s'était finalement décidée à prendre également place dans le véhicule où elle attendait patiemment que sa petite famille vienne l'y rejoindre.
Elle fut cependant étonnée de lire cette expression grave sur le visage de Marie lorsque celle-ci monta à son tour. Étant accompagnée de son ami, elle aurait parié que ce seul élément aurait suffit à rendre euphorique sa fille...Une rapide explication de la part de son époux mit rapidement fin à ses interrogations.
Takeshi et Marie s'étaient installés sur deux des premiers sièges libres à l'avant du car. Le fond étant réputé pour y attirer les « turbulents », Marie n'avait aucune envie d'y aller. De deux choses l'une, ou bien Takeshi s'y serait fait accaparer par son frère et ses amis et la conversation aurait inévitablement tourné autour du foot (et se serait très probablement poursuivie à l'hôtel, où la jeune fille n'aurait eu plus qu'à continuer de subir jusqu'à ce que Takeshi ne lui annonce qu'il devait s'en aller), soit, ils auraient eu droit à quelques réflexions qui, bien que certainement pas très méchantes, n'auraient en rien contribué à détendre une atmosphère un peu asséchée par la déclaration du capitaine japonais.
Malgré de n'avoir jamais pratiqué ce sport, le football avait toujours tenu une place prépondérante dans la vie de l'allemande - et elle ne s'en était jamais plaint. C'est vrai que son quotidien, ses week-end, ses vacances, et même ses voyages à l'étranger suivaient le rythme des matches et autres compétitions que faisait son frère ou dirigeait son père. Mais aujourd'hui, cet élément si familier et qui lui avait permis de vivre de grands moments l'étouffait littéralement. Elle en avait assez de ce football ! Oui, il lui avait encore permis de faire de belles rencontres – dont l'une plus merveilleuse encore que n'importe laquelle – mais à quoi bon tout cela, si ce satané sport lui arrachait avec aussi peu de délicatesse son bonheur ?
Le car roulait maintenant depuis plus de dix minutes, pourtant, au lieu d'avoir profité de ce laps de temps pour se lancer dans une conversation quelconque, les deux jeunes gens étaient demeurés sagement assis sur leur siège, étrangement silencieux. Pour le moment, Marie n'arrivait pas à profiter de cet instant. Elle n'arrivait pas à relativiser en pensant que c'était déjà bien, que Takeshi aurait pu être « encore plus » raisonnable et la quitter dès la fin de la rencontre (mais là, sans doute se serait-elle posée de sérieuses questions sur les intentions du jeune homme).
Quelques minutes passèrent encore avant que,
- Tu m'en veux ? se risqua finalement à demander Takeshi, alors qu'il observait la jeune fille depuis un petit moment d'un œil critique.
Non pas que Marie avait la mine boudeuse, mais à l'évidence, elle n'était pas transportée de joie – et réalistement, il ne pouvait pas lui en vouloir...Pourtant devant l'expression inquiète et attristée du jeune homme, Marie ressentit un pincement au cœur Elle parvint alors à afficher un petit sourire teinté de déception et avoua que,
- Non...Non, je ne t'en veux pas. J'aurais seulement préféré que...
- Je sais...acheva Takeshi, désolé.
Il lui attrapa la main et entrelaça avec douceur et légèreté ses doigts avec les siens. Marie ne put alors retenir un sourire de contentement qui rassura le garçon et posa ensuite naturellement sa tête sur l'épaule de Takeshi. Loin d'être surpris ou gêné d'un tel acte, il en fut flatté et reprit un peu confiance. Durant la suite du trajet, ils demeurèrent silencieux mais plus proches...
Il faisait nuit, la soirée était déjà bien entamée. Le car venait de franchir les lourdes grilles de l'hôtel qui demeuraient en permanence ouvertes et roulait à présent au pas, suivant l'allée qui traversait le parc de l'établissement et qui menait jusqu'à l'immense entrée brillamment éclairée.
Une fois arrivé, Franck Schneider engagea ses joueurs à aller dans un premier temps déposer leurs affaires dans leur chambre, avant de se rendre au restaurant pour y dîner. Un murmure approbateur se fit entendre et tout ce beau monde s'activa. Seules restèrent un peu à l'écart trois personnes qui assistèrent surtout à la scène : madame Schneider, sa fille et son ami.
Occupants les sièges avant du bus, Marie et Takeshi furent parmi les premiers à le quitter, pour se poster à ses côtés et attendre. Ils eurent ainsi tout le loisir de noter la quantité de petits sourires en coin que leurs adressèrent bon nombre de joueurs en les apercevant à leur descente et qui les mirent un peu mal-à-l'aise. Marie supposa à juste titre que face à l'interrogation de certains en voyant Takeshi monter dans le bus sur le parking du stade, son frère s'en était donné à cœur joie et avait, à force de détails, campé la situation. Dans un ultime espoir, elle s'imagina que Genzô, aussi proche de son capitaine que témoin des récents évènements, l'aurait empêché d'en dire trop...ou carrément, l'aurait empêché de dire n'importe quoi ! Le fait est que personne ne sembla surpris de la présence du joueur japonais aux côtés de la fille de l'entraîneur allemand.
- Bien, nous y allons aussi...?, leur proposa par la suite madame Schneider alors qu'ils ne restaient plus qu'eux trois devant l'entrée de l'hôtel.
Une fois dans le grand hall, ils se dirigèrent de suite vers le petit salon qui avait été aménagé pour l'occasion, et où était servi un apéritif Quelques joueurs et membres dirigeants de l'équipe s'y trouvaient déjà et y bavardaient, un verre à la main. Madame Schneider alla immédiatement rejoindre son époux et laissa ainsi les deux jeunes gens tranquille.
Se retrouvant soudainement seuls, comme largués au beau milieu d'un océan, Marie tenta de prendre, pour le moment, les choses en main.
- Tu...tu veux boire quelque chose ? proposa-t-elle à Takeshi - qu'elle cherchait à détendre alors qu'elle le sentait un peu crispé – mais certainement pas moins qu'elle.
- Heu...oui, pourquoi pas, répondit le japonais machinalement.
Ils s'avancèrent alors vers le buffet où ils furent rapidement rejoint par Genzô. La présence du gardien japonais rassura non-seulement Takeshi - Genzô étant son senpai – mais également Marie, qui avait toujours considéré le garçon comme un soutien plutôt qu'un obstacle.
- Alors prêt pour demain ? demanda directement le gardien à Takeshi sur le ton d'une conversation qu'ils poursuivraient tranquillement.
A la différence de Kazuki et Ishizaki, Genzô n'avait pas employé de ton moqueur ou sarcastique. Son seul but avait été d'engager une conversation qu'il savait à l'avance qu'elle durerait agréablement. Marie en fut pour moitié satisfaite : encore du football, certes, mais enfin un Takeshi souriant.
Les deux garçons ne purent bien évidemment pas s'empêcher de « plaisanter » un peu sur les pronostics du match à venir. Car même s'il n'y avait joué qu'une mince période – le temps d'un championnat durant son primaire (et encore, uniquement pour la finale), Nankatsu demeurait l'équipe de cœur de Genzô. Mais le japonais finit par se demander s'il avait eu là, en lançant le sujet sur la finale du championnat inter-lycées, une très bonne idée. Car de manière très concrète, la Tohô infligeait depuis plusieurs années de cuisantes défaites à la Nankatsu, et lorsque les amis du gardien nippon vinrent se joindre sympathiquement à cette conversation, personne n'omit ce détail et ne se gêna pour le rappeler en mode « répétition » à Genzô.
- Ouais, bon ça va ! bougonna le gardien - qui prit néanmoins soin de faire observer à l'assemblée que lors de « son époque à lui », ce fut la Nankatsu qui remporta le championnat.
Marie et Takeshi en échangèrent un regard amusé.
Malheureusement, malgré que l'ambiance fut excellente, arriva le moment redouté par la jeune allemande qui vit Takeshi consulter discrètement sa montre avant de se tourner vers elle, l'air désolé. Il n'eut pas besoin de s'expliquer, Marie avait compris et accepta, fataliste, la situation. Takeshi lui prit la main qu'il pressa légèrement puis s'adressa aux autres.
- Bien, ben...bonne soirée à tous !
Les autres garçons, pensant majoritairement que le jeune homme serait là pour le restant de la soirée, ne comprirent pas de suite son intervention.
- Tu ne restes pas dîner avec nous ? le questionna Genzô en fronçant les sourcils.
- Heu...non, répondit un peu déconfit Takeshi. J'ai mon match demain alors...
- ...alors tu dois te coucher tôt, termina Shunko avec une expression compatissante.
- Ouais, c'est ça, avoua Takeshi, un peu gêné. Donc, merci à tous pour l'accueil et à bientôt.
- Oui, à demain, lança Genzô le regard soudain brillant. On va venir voir ce que ça donne une finale de championnat de lycées ici.
- Bonne soirée, répondirent simplement les autres.
Les deux jeunes s'éloignèrent ensuite, Takeshi ressentant une pression supplémentaire sur ses épaules après la déclaration faite par Genzô...
- Dis-donc, lança ensuite Shunko à l'attention de son capitaine avec un air goguenard, elle est branchée « footballeurs » la petite sœur, hein ?
Comprenant l'allusion faite au fait que Marie et Takeshi s'en étaient allés main dans la main, en guise de réponse, Karl se contenta « simplement » de magistralement écraser le pied de son défenseur.
Avant de quitter la place, Takeshi tenait à saluer une dernière fois les parents de Marie et remercier à nouveau son père pour son invitation. Une fois cet acte accompli, tous deux se dirigèrent ensuite vers la sortie sous le regard un peu ému de madame Schneider mais sensiblement inquiet de son mari – mais étant malheureusement (ou heureusement) solidement arrimé à son épouse, l'homme dut se résoudre à laisser ainsi aller sa fille...
Arrivé à proximité du hall, la dernière crainte de Marie s'y envola. Elle qui avait envisagé le pire en s'imaginant son frère rappliquer à cet instant, elle constata, sourire aux lèvres, que le garçon semblait pour le moment trop occupé pour venir s'interposer. Il s'appliquait en effet à supporter tant bien que mal ses coéquipiers qui l'avaient choisi pour nouvelle cible de leurs taquineries en portant son attention sur le fait que son « beau-frère », double vainqueur de la World Youth, était de ce fait plus titré que lui...ce que le garçon apprécia grandement.
Mais malgré de se retrouver ainsi malmené, Karl n'avait rien perdu de ce qu'il se passait autour. Et lorsque sa sœur passa près de lui, ils s'échangèrent un dernier regard significatif, d'abord perçant pour lui et inquiet pour elle, mais dont ce trouble se transforma en gratitude, lorsque Marie comprit à l'expression confiante - bien que légèrement teintée de résignation - de son frère, que cette fois-ci il n'interviendrait pas...
Marie ignorait jusqu'où elle avait l'intention de raccompagner Takeshi. Mais tant que le jeune homme ne serait pas disposé à abandonner sa main, ce ne serait pas elle qui prendrait cette initiative. Elle le suivrait jusqu'où, lui, le souhaiterait...Et ce qu'il souhaitait ? Takeshi était désormais bien loin de désirer rentrer chez lui. Dedans, dans cette ambiance amicale, bon enfant, seul un dernier élan de sérieux l'avait poussé à s'en aller. Mais maintenant qu'il se trouvait dehors dans ce calme surprenant, tenant Marie par la main en toute quiétude, ce fut comme si son environnement et ses convictions s'étaient transformés en l'espace d'un instant sous ses yeux. Il n'y avait plus de combat entre son cœur et sa raison, car cette dernière avait définitivement renoncé et rendu les armes.
Toutes ses obligations avaient disparu. Il ne se sentait plus rattaché à ses engagements. Non-pas qu'ils parurent futiles à ses yeux...simplement étaient-ils trop éloignés de ce qui revêtait de l'importance pour lui désormais.
L'hôtel n'était pas particulièrement excentré de la ville, pourtant, une fois les portes vitrées de l'entrée franchies, on n'entendait que les bruits discrets et reposants des insectes nocturnes qui habitaient la végétation composant le parc, et qui s'élevaient dans cette douce nuit d'été. Sans doute était-ce dû à cette atmosphère paisible, propice à la rêverie et la romance, que Marie ressentit soudain un léger frisson. Elle réalisait...ils réalisaient, que pour la première fois, ils se retrouvaient enfin seuls, persuadés que rien ni personne ne viendraient les déranger.
Un peu déboussolé à l'idée de ce qu'il allait probablement se passer entre eux, Takeshi descendit une à une les marches du perron et entraîna doucement Marie à sa suite. Car le jeu de lumières provenant du vaste et luxueux hall d'entrée combiné à l'éclat des vitres avait beau offrir un miroitement magnifique, il mettait par la même occasion sur le devant de la scène deux personnes qui recherchaient avant tout l'intimité et la discrétion...
Main dans la main, la respiration plus forte, le cœur battant à tout rompre, ils s'avancèrent lentement dans la pénombre secrète du parc. Ils n'osèrent pas se parler, tout à la fois transportés mais un peu effrayés par cette quantité aussi soudaine que violente d'émotions qui explosaient en eux et qui les envahissaient. Et puis, ils étaient bien...simplement bien...et avaient fini par se laisser porter par la magie du moment...
Alors, arrivant aux abords d'un arbre centenaire qui avait d'ordinaire vocation à abriter du soleil ceux qui cherchaient un peu d'ombre et de fraîcheur durant la journée, leurs pas ralentirent, leur respiration devint plus forte encore...Tous leurs sens désormais en éveil, ils s'arrêtèrent et, lentement, se tournèrent l'un vers l'autre, sans encore oser se regarder...
Takeshi avait la gorge tellement sèche et serrée qu'il eut la certitude que le simple fait d'avoir dégluti s'était entendu jusqu'à l'autre bout du parc. Il ne s'était jamais retrouvé dans une telle situation. Il savait parfaitement à quoi s'en tenir, mais vivre et dépeindre une telle scène étaient deux choses tellement différentes – et bien qu'il en ait été toujours conscient, il n'aurait cependant jamais pu imaginer ce gouffre qui les séparait ! Pourtant, malgré ce trac intense qui l'habitait, il n'avait d'autre envie que de se rapprocher encore et pouvoir découvrir...avec elle...
Marie conservait une tête indéfectiblement baissée. Elle attendait...mais, elle n'attendait pas sous la menace de s'agacer. Non. Elle attendait avec ce mélange d'angoisse et de désir...Elle, contrairement à Takeshi, avait déjà connu les sentiments que l'on désignait comme de l'amour – en sachant pourtant au fond d'elle-même, qu'elle ne s'en était jamais qu'un peu approchée. Mais à l'instant où elle avait rencontré ce garçon, qu'elle avait croisé son regard, elle avait compris...Elle avait compris tout ce que ses amies avaient jusqu'alors vainement essayé de lui expliquer sur l'affection que l'on est capable d'éprouver pour des personnes autres que sa famille, sur les sentiments amoureux qui donnent des ailes...qui peuvent abattre aussi brusquement que ce qu'ils permettent de se relever et de vivre...
Puis, bercés par les grillons qui avaient repris leur sérénade interrompue par le bruit des pas froissant l'herbe, Takeshi se décida dans un sursaut de hardiesse, et se saisit délicatement de l'autre main de Marie. Elle se sentit rougir, mais cette chaleur resterait sienne, ne pouvant se partager dans l'obscurité. Elle releva alors fébrilement son visage et croisa le regard de Takeshi posé sur elle, intimidé, mais rayonnant de bonheur. Il n'y avait plus qu'eux et...l'azur de ses yeux plongés dans l'ébène des siens...deux regards qui imperceptiblement se rapprochaient...des lèvres qui sans en prendre conscience s'entrouvraient..l'éclat brillant d'un ciel étoilé qui dans leurs yeux se reflétait...la légèreté et la délicatesse d'un souffle ému que l'on pouvait respirer au rapprochement de ces deux êtres. Takeshi lâcha alors les mains de Marie pour venir poser les siennes avec douceur sur la taille fine de la jeune fille...Marie se rapprocha, chassant le peu d'espace libre qui subsistait encore entre eux. Leurs yeux se fermèrent alors lentement au rapprochement de leur visage, et, dans l'ivresse de cet instant, ils n'eurent plus qu'à se laisser aller dans le tourbillon de sentiments qui les emportait, tandis que leurs lèvres s'effleuraient enfin avec une infinie tendresse avant de fusionner avec passion...
