Combien de temps étaient-ils restés dans les bras l'un de l'autre, tendrement enlacés ? Aucun n'aurait pu le dire...Mais après un moment qui passa trop vite et qui leur sembla bien trop court pour se dire « au revoir », les deux amoureux se séparèrent. Les yeux pleins d'étoiles, Takeshi rentra chez lui, l'âme légère, imperméable aux tracasseries qui l'auraient assailli en temps normal. Il était bien. Il était heureux...Marie retourna à l'hôtel où aucun bruit ne lui parvint du petit salon. Et pour cause : il était vide. Depuis un petit moment déjà, le groupe du Bayern avait gagné le restaurant où tous étaient désormais attablés.
Lorsqu'il arriva chez lui, Takeshi ne trouva personne. Se doutant qu'il rentrerait probablement tard, ses parents étaient déjà couchés. Il n'aurait su dire si cela était une bonne ou une mauvaise chose pour lui. Car il ressentait à la fois une euphorie qui ne demandait qu'à s'exprimer aux yeux de tous, mais en même temps, une forme de pudeur qui l'incitait à garder tout ce qu'il venait de vivre pour lui, en lui, tel un secret. Il monta alors sans bruit dans sa chambre et s'y coucha rapidement. Allongé sur le dos, les bras croisés sous la nuque, il fixa le plafond de la pièce en songeant simplement, peu de temps avant de s'endormir, que la vie était belle...
La tête ailleurs et le regard rêveur, Marie avait pris place discrètement aux côtés des siens, mais sans vraiment les voir. Seules quelques personnes notèrent l'arrivée tardive de la jeune fille - beaucoup de joueurs discutant encore entre eux du match qu'ils venaient de disputer. Le match...Marie avait l'impression qu'il s'était écoulé des heures, des journées entières depuis qu'il avait eu lieu, tellement tout cela ne comptait pas et lui semblait loin, vague... Et l'expression de son visage parlait d'elle-même. Une seule question lui fut alors posée par sa mère qui souhaitait savoir à ce moment-là, de manière très pratique, ce qu'elle désirait manger...Un murmure de rien ayant tenu lieu de réponse, la femme n'insista pas et laissa sa fille tranquille.
Karl et son père échangèrent un regard éloquent, décryptant dans le comportement de Marie la simple confirmation, non-pas de ce qu'ils redoutaient (ayant commencé à se faire sérieusement une raison), mais davantage ce à quoi ils s'attendaient – même si ça avait été avec une légère réticence. Ce qui était fait était fait. Désormais, il leur faudrait simplement un peu de temps pour réaliser que l'affection des uns pour les autres ne changerait en rien malgré cela...
Marie monta se coucher sitôt le dîner « officiellement » terminé. Elle souhaita un léger « bonsoir » à ses parents et son frère, aussi léger que le petit sourire qui ne l'avait plus quittée de la soirée, aussi léger que la nuance d'inquiétude qui perça dans la voix de Karl quand il lui rendit son « bonsoir » - mais sans pouvoir pour autant se résoudre à lui demander si tout allait bien, tant la réponse était évidente.
Entourée d'un halo de bonheur qui la mettait hors d'atteinte de toutes ces sempiternelles inquiétudes, Marie ne souhaitait à présent qu'une chose : vite s'endormir pour se réveiller à l'aube d'une nouvelle journée où elle pourrait rejoindre son petit-ami...même s'il lui faudrait être à nouveau patiente. Car le programme d'une journée précédent un événement aussi important que ce qu'était la finale du championnat inter-lycées était bien trop chargé et serré pour permettre à Takeshi de se libérer de son équipe, ne fut-ce que quelques heures. Une fois encore, seule la soirée d'après-match pourrait leur offrir la possibilité de se retrouver et de profiter, à présent pleinement, du temps qui leur restait à passer ensemble...
Contrairement à leur fille, monsieur et madame Schneider s'attardèrent un peu et prirent un café au petit salon - qui avait retrouvé sa fonction habituelle. Ils y bavardèrent un peu de tout, et plus particulièrement de la façon dont risquait de réagir Marie après leur départ du Japon – soit dans deux jours...Mais même après en avoir tant parlé, après avoir envisagé toutes les possibilités qui s'offraient à eux, ils durent admettre, un peu frustrés, qu'ils n'en savaient rien. Ils verraient bien...De toute manière, aux vues du tempérament « réactif » dont avait fait preuve leur fille ces jours derniers, ils restaient persuadés qu'ils ne pourraient pas passer à côté.
Quant à Karl, il fut traîné de force par Genzô dans le sous-sol de l'hôtel, où se trouvait la salle de jeux, et où le japonais espérait qu'un tournoi de baby-foot improvisé par leurs collègues suffirait à sortir son ami de l'espèce de torpeur dans laquelle il semblait s'être plongé depuis le retour à table de sa sœur Le japonais fit preuve de bons sentiments et ne souhaitait pas laisser son ami dans cet état. Il était certain que cette réaction n'était que passagère et que dès le lendemain, la nuit ayant fait son œuvre, le capitaine munichois aurait retrouvé son mordant habituel. Néanmoins, aux yeux de Genzô, laisser Karl aller se coucher muré dans ce silence, n'était pas une chose à faire. Il pensait davantage qu'une bonne dérouillée au baby-foot était toute indiquée pour lui changer les esprits et accélérer l'amélioration de son moral...
- T'as pas honte hein ? Abattre un homme à terre !
- Oh ! Arrête un peu ! T'as toujours été nul à ce jeu ! Reconnais-le simplement et tu verras que tu le vivras certainement mieux à l'avenir. Peut-être même que le jour où tu accepteras d'admettre l'une de tes faiblesses, ça te permettra de progresser.
Genzô avait lancé cette vérité avec un grand sourire alors que Karl continuait de le regarder avec un œil mauvais.
Allongés sur un transat au bord de la piscine, les deux garçons profitaient de leur journée de détente pour lézarder, dès ce début de belle matinée, au soleil. Leurs deux derniers jours étant dépourvus d'entraînements et sans impératifs – hormis celui de ne pas créer d'ennuis – les joueurs du Bayern eurent quartier-libre. Beaucoup en profitèrent pour sortir de l'hôtel et aller faire du tourisme dans la banlieue tokyoïte, tandis que d'autres, comme Genzô (qui connaissait relativement bien le coin) et Karl (qui avait besoin de se remettre de sa nuit), avaient préféré rester sur place.
La fin de soirée telle qu'elle avait été envisagée initialement par Genzô pour distraire son ami avait tenu ses promesses...et peut-être même un peu trop. Le tournoi de baby-foot s'était prolongé jusque tard dans la nuit. Et comme très souvent dans ce genre de situation – c'est-à-dire lorsqu'il n'y a personne pour dire d'arrêter de faire n'importe quoi – les joueurs avaient jugé bon (et surtout trouvé très amusant) d'adapter un peu les règles pour rendre les parties plus intéressantes. Ainsi, à chaque nouveau but marqué, l'équipe perdante se voyait confier la délicate tâche de boire de petits verres d'alcool – évidemment le plus fort qu'ils avaient réussi à dénicher – et ce, dans une quantité croissante, proportionnelle au nombre de ballons encaissés. Et à ce petit jeu, certains s'en tirèrent plutôt bien, en n'ayant « qu'à » aller se coucher un peu joyeux, tandis que d'autres - comme Karl et Shunko par exemple (qui faisaient alors équipe) - terminèrent carrément sous la table du baby !
Genzô avait alors dû aider son ami à regagner leur chambre en priant le ciel pour que leur coach (et accessoirement le père dudit bourré) ne les surprenne pas.
La nuit qui s'en suivit fut alors assez pénible, et pour Karl, qui faisait des stages réguliers dans la salle de bains toutes les cinq à dix minutes, et pour Genzô, qui ne put trouver le sommeil pour cause de bruits suspects provenant d'un côté qui alternaient avec les grognements de Karl qui le traita de « sale traitre » et de « faux-frère » tant qu'il en eut la force. Ceci-dit, pas une seule fois l'allemand ne prononça le prénom de sa sœur Non, toutes ses pensées furent tournées vers ce japonais qui se disait être son ami et qui l'avait embarqué dans l'une des pires galères qu'il ait jamais connu...
Et il semblait bien que Karl n'en avait toujours pas terminé, près de neuf heures plus tard, avec Genzô, même après un léger petit-déjeuner et une bonne dose de paracétamol pour soigner sa migraine...
Mais las d'entendre Karl râler sans arrêt, Genzô s'en désintéressa totalement et plongea le nez dans son magazine.
- Hé ! Ne m'écoute pas en plus quand je te parle ! protesta Karl qui n'avait pas l'intention de laisser le japonais s'en tirer comme ça.
- Mais tu vas t'arrêter dis ?
- Bonjour vous deux !
Karl et Genzô interrompirent alors leur engueulade pour se tourner vers la personne qui venait de les apostropher. L'air incrédule, ils dévisagèrent Marie. Vêtue de son maillot de bain et tenant entre ses mains une grande serviette de plage, la jeune fille arborait un sourire resplendissant Sourire qui se transforma en pouffement devant le visage ahuri des deux garçons – qui résultait non-pas de cette interruption, mais du fait qu'après les évènements de la veille au soir (dont personne ne doutait de la nature), ils auraient tous les deux parié manger un ballon que l'allemande se serait trouvée, à une heure pareille, auprès de son petit-ami et non au bord d'une piscine.
- Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda Karl, interloqué.
Marie leva les yeux au ciel mais sourit néanmoins à son frère – elle était habituée depuis bien trop longtemps par le manque de tact dont il pouvait faire preuve sans même s'en rendre compte, pour se formaliser.
- Oui, j'ai bien dormi, je te remercie Karl, répondit-elle à côté pour marquer le coup, tout en longeant le transat de son frère pour venir étaler sa serviette sur la chaise longue voisine de la sienne. Par contre, toi, dit-elle en se rapprochant un peu de lui et en fronçant le nez, ton charmant regard vitreux laisse deviner que la soirée a été bonne et la nuit un peu courte...
Et le petit sourire en coin qui accompagna la remarque pleine de sous-entendus fit bondir Karl.
- Ouais, c'est ça ! Parlons-en de ma super soirée, grinça-t-il en fixant Genzô.
- Quoi ? demanda Marie surprise. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Demanda à l'autre samouraï à côté ! lança Karl acide en pointant son pouce vers Genzô. Il t'expliquera mieux que moi.
Mais Genzô n'expliqua rien du tout et se contenta de soupirer – la cause était perdue, Karl était trop têtu. Devant la scène (qui n'avait rien d'inhabituel non-plus), Marie commença à s'installer.
- Alors ? revint soudain Karl à la charge. Comment ça se fait que tu sois ici ? Je pensais que tu serais avec...tu vois de qui je veux parler ? ajouta-t-il avec un sourire malicieux.
Néanmoins, rien dans le ton de sa phrase ne laissait transparaitre une quelconque aigreur. Malgré le fiasco « alcoolique », Genzô avait donc eu raison : après une bonne nuit de sommeil (enfin, façon de parler), Karl envisageait désormais les choses plus sereinement.
- Et bien, dit Marie un peu gênée – ses joues soudainement un peu colorées – devant Karl et Genzô qui ne voulaient pas en rater une miette, Takeshi s'entraîne pour son match... et de ce qu'il m'a expliquée, je n'aurais sans doute pas pu entrer au lycée aujourd'hui. Il est fermé et exclusivement ouvert aux joueurs.
- Ba, fit observer Karl en bâillant, tu le verras un peu cet après-m'. De toute façon, il ne va pas s'entraîner toute la journée.
- Ben si justement, se lamenta légèrement Marie. Il a entraînement toute la journée...
- Hein ? s'exclama Karl médusé en regardant d'abord sa sœur puis Genzô. Ils sont fous ces jap' !
- Schneider, gronda Genzô. Continue comme ça et ça va mal aller...
Mais Karl ne releva pas. Un petit sourire en coin, il s'adressa à Marie.
- Et au fait, tu vas encourager quelle équipe ce soir ?
Bien qu'il n'était pas un supporteur extrémiste, Marie nota que Genzô avait marqué un intérêt particulier pour la question – et davantage encore pour la réponse à suivre. L'allemande éprouva alors un certain malaise. Elle n'était pas sans savoir où allaient les préférences du gardien, pourtant, aller encourager la Nankatsu alors qu'elle sortait avec le capitaine de la Tohô aurait pu paraître mal venu. Elle regarda son frère de travers. Entre sa tête et la question qu'il venait de lui poser, elle était convaincue qu'il avait fait exprès de la mettre dans cette situation. Décidément, il n'y avait vraiment rien à faire : Karl était irrécupérable ! Fort heureusement, malgré le fait d'être la plus jeune, Marie savait faire preuve parfois de davantage de maturité. Après un court instant de réflexion, elle annonça :
- Je ne pense pas en encourager une en particulier.
Karl et Genzô ne dirent rien et attendirent la suite.
- Ben oui, s'expliqua Marie. Je ne peux ni encourager la Tohô, sous peine d'attrister Genzô et mes amies...
Ce à quoi le japonais fut sensible.
- ...ni la Nankatsu, par rapport à Takeshi. J'encouragerai donc uniquement Takeshi, déclara-t-elle réjouie.
- Ça revient un peu à encourager la Tohô, fit remarquer Karl sceptique.
- Pas du tout, répondit sa sœur en remuant lentement la tête, j'applaudirai les belles actions qu'elle que soit l'équipe qui en sera à l'origine. Et puis, je peux tout à fait faire la part des choses... C'est un peu comme quand je supporte le Bayern, mais pas toi, le taquina-t-elle pour le plaisir.
- Quoi ? s'indigna Karl qui se redressa d'un jet avant de comprendre et de rire de bon cœur avec sa sœur et Genzô.
Ainsi, pendant que ces trois-là discutaient allègrement du match du jour, Takeshi lui, sur le terrain, menait à bien les consignes, à la grande satisfaction de son entraîneur.
Dès son arrivée le matin-même au lycée, le jeune capitaine comprit que soit, aucune fuite sur son escapade non-autorisée n'avait filtré, soit, son coach faisait preuve-là d'une tolérance exceptionnelle. Aucune remarque ne fut émise sur l'emploi du temps des uns et des autres de la veille au soir et Takeshi se garda bien de dire quoi que ce soit. Aux petites remarques lancées par ses amis, qui tentaient de percer le secret de savoir si le jeune homme avait ou non enfin concrétisé avec son « amie », il ne répondait que par un petit sourire immanquablement associé à une gêne qui ne laissa aucun doute à qui que ce soit sur la réponse...
Bref, tout se déroula comme les joueurs en avaient l'habitude, et il en fut de même durant leur séance de l'après-midi.
Les footballeurs restèrent dans l'enceinte du lycée pour la pose déjeuner. Takeshi avait renoncé à espérer voir Marie durant cette journée, mais il l'appela quand même quelques minutes à la fin de son repas, avant que ne reprennent les exercices. Les premières phrases échangées furent un peu hésitantes, mais pas bien longtemps. Quelques « tu me manques » et « on se verra ce soir » finirent par totalement rassurer les deux amoureux qui n'avaient plus de soucis à se faire sur le devenir actuel de leur relation. C'est donc ragaillardi que Takeshi reprit son entraînement, en se languissant d'être au soir...
Quasiment toute l'équipe du Bayern se rendit au stade où aurait lieu la finale. Mais dans un soucis de discrétion, Franck Schneider opta pour plusieurs taxis plutôt que pour un car.
Marie, Karl, Genzô et Shunko prirent place dans le même véhicule et le trajet se passa dans la bonne humeur, au rythme des piques lancées par Shunko et Karl sur la plus que certaine future piquette que la Nankatsu allait se prendre.
Le match eut lieu là où le Bayern avait remporté sa première victoire face aux Urawa. La foule était dense, très dense. A tel point qu'hormis Genzô, qui se souvenait de sa finale en championnat primaire, tous s'extasièrent qu'une « simple » finale de championnat inter-lycées puisse mobiliser autant de monde.
- C'est là que l'on voit à quel point la culture du football est différente au Japon. Ici, où ce sport est toujours en phase de développement, n'importe quelle compétition attise la curiosité et anime le cœur de la foule. Les gens considèrent que ce sont les jeunes joueurs qui sont l'avenir du football nippon. Ainsi, ils viennent les encourager à chaque occasion, comme nous le faisons aussi, mais pour des équipes professionnelles en Europe...
- Et bien, observa Shunko impressionné, un vrai guide notre Genzô !
- Aller, on y va...
Sans vraiment rester ensemble, mais sans non-plus partir chacun de son côté, le groupe se dirigea vers les entrées du stade.
Ils suivirent la foule, troquant leur rôle de joueurs pour celui de spectateurs et débarquèrent dans les tribunes d'où ils purent encore une fois remarquer à quel point il y avait du monde et ô combien l'ambiance était bonne. Ils commencèrent à s'avancer le long de la rangée qui leur était réservée lorsque Marie marqua un temps d'arrêt, cherchant du regard quelque chose dans les tribunes.
- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Genzô qui la suivait.
- Je cherche les supporteurs de la Nankatsu. J'aurais bien aimé pouvoir aller dire « bonjour » à Kumiko et Yukari...
- Ah ça, c'est pas compliqué, les supporteurs officiels occupent toujours les mêmes emplacements, expliqua Genzô qui pointa alors son index vers un endroit précis. Tu vois ? Là-bas, il s'agit de ceux de la Tohô et là-bas, ceux de la Nankatsu.
Le regard pétillant, Marie se tourna vers le japonais.
- Tu voudrais bien m'y conduire s'il te plaît ? demanda-t-elle avec son joli minois.
Genzô consulta sa montre.
- D'accord, on a le temps. Mais...uniquement jusqu'à ceux de la Nankatsu, prévint-il gentiment.
- Bien sûr, confirma Marie en rigolant.
- Alors viens, on y va de suite.
Ils firent donc demi-tour et partirent dans le sens opposé.
- Hé ! les interpella Karl qui était déjà assis Où allez-vous ?
- Voir mes amies, répondit Marie en faisant un signe de la main vers leur direction. On revient...
Bloqué par ses voisins de siège déjà installés plus par ceux qui terminaient de s'asseoir, Karl dut se résigner à attendre qu'ils reviennent.
Genzô et Marie se frayèrent un chemin à travers le monde qui repérait son numéro de siège, bavardait avec des connaissances ou cherchait du monde, et arrivèrent en quelques minutes devant un bataillon d'étudiants en uniforme de lycéen qui scandaient, drapeau à la main, bandeau sur la tête, des chansons et autres cris d'encouragement en faveur de leur équipe.
Marie ne fut pas étonnée le moins du monde de trouver Kumiko en chef d'orchestre. Pour le moment, elle tournait le dos au terrain afin de pouvoir parfaire l'organisation de ses troupes. L'allemande repéra ensuite Yukari, vêtue de la même manière que ses collègues et qui suivait docilement les instructions de Kumiko – pourtant plus jeune qu'elle. Très occupées, les deux japonaises ne remarquèrent pas de suite l'arrivée de Genzô et de Marie. Il n'en fut pas de même pour Ishizaki qui, assis quelques sièges sur la gauche de tout ce beau monde, repéra immédiatement l'autre japonais et l'allemande.
- Wakabayashi-kun ! Marie-san ! s'exclama-t-il. Ça fait plaisir de vous voir !
Suite à ces cris de joie (nécessaires pour se faire entendre dans tout ce ramdam), Kumiko et Yukari détournèrent leur attention vers les nouveaux venus.
- Waouh ! Wakabayashi-kun ! Ça c'est un supporter de poids ! s'enthousiasma Kumiko. Marie-chan ! Comment vas-tu ?
- Très bien merci. Et vous les filles ? Vous n'avez pas l'air de vous ennuyer...
- Comme tu vois, confirma Yukari avec un grand sourire.
- Hé ! Vous deux là-bas ! cria soudain Kumiko qui venait de repérer quelque chose qui la dérangeait et qui fit sursauter, du coup, tout le monde. Je vous ai dit cent fois de mettre le drapeau bleu devant le rouge ! Non mais qui c'est qui m'a foutue des manches pareils ! Ils ne comprennent jamais rien !
Yukari adressa un petit sourire d'excuse à Genzô et Marie qui regardaient Kumiko s'activer telle une furie devant eux, avec des yeux ronds.
- Elle est un peu sur les nerfs, crut bon d'ajouter Yukari. Avec ce que Kazuki et Ishizaki se sont engueulés hier soir, elle a une pression pas possible sur les épaules. Si la Nankatsu perd encore...
Et elle illustra ses propos en secouant sa main devant elle dans un geste de « ça risque de barder ».
Entre-temps, Kumiko avait remit ses drapeaux dans l'ordre et rejoint les trois en train de discuter. Sans ménagement pour Genzô, la japonaise attrapa alors doucement Marie par le bras et l'entraîna un peu à l'écart. Yukari les suivit tandis que Genzô ne se fatigua même pas à essayer de deviner de quoi les deux filles voulaient parler à l'allemande. Ishizaki profita de ce que le gardien se retrouvait seul pour venir bavarder avec lui un instant.
- Alors...? demanda Kumiko en fixant Marie de deux grands yeux avides et pétillants.
Marie ne put se retenir de rougir.
- Aller, dis-nous, la supplia à son tour Yukari. Parce qu'après ce que nous ont fait subir Ishizaki et Kazuki hier soir, il n'y a que l'espoir qu'entre toi et Take-kun, tout ce soit bien passé, qui nous a permis de tenir le coup...
Face à ce joli aveu, Marie leur fit un grand sourire et marmonna que tout s'était trèèèès bien passé. Les deux amies se regardèrent soulagées et chacune se saisit de l'une des mains de l'allemande.
- On est tellement heureuse pour toi Marie-chan ! s'exclama Kumiko. Take-kun est tellement gentil. Mais...j'espère que vous pourrez continuer à vous voir...après...s'inquiéta-t-elle.
Marie eut l'impression de se prendre un seau d'eau glacée sur la tête, et resta figée sur place.
- Non mais c'est pas vrai ! l'engueula Yukari. Kumi-chan ! Tu veux la faire pleurer ou quoi ?
- Oh! Pardon Marie-chan, s'excusa platement Kumiko en plaquant une main devant sa bouche. Je suis désolée...Je ne sais pas ce qu'il m'a pris...
- Ne t'inquiète pas Kumi-chan, la rassura Marie avec un petit sourire triste. De toute façon, c'est toi qui a raison. Avec Takeshi, nous savons pertinemment que ça risque de devenir un peu compliqué d'ici quelques temps... Alors pour le moment, et durant les derniers jours où je serai encore ici, on a décidé d'en faire abstraction pour profiter au maximum, déclara-t-elle avec plus d'entrain.
- Bien parlé ! l'encouragea Yukari qui regarda sa montre. Faut y aller maintenant, le coup d'envoi est pour bientôt.
- Tu restes avec nous ? proposa Kumiko encore un peu honteuse.
-Non, répondit Marie souriante, nous allons rejoindre le groupe...un peu plus haut, précisa-t-elle en faisant un signe de tête vers le haut des tribunes. Mais on se revoit après le match ?
- Bien sûr !
Un instant plus tard, elles avaient rejoint Genzô qui était désormais non-plus en compagnie d'Ishizaki, mais carrément entouré de tout le groupe de supporteurs – qui se retrouvait de ce fait, parfaitement désorganisé. Le gardien parvint à s'en dégager et rejoignit Marie, avec qui il s'éloigna rapidement. Tous deux se trouvaient pourtant plusieurs rangées plus loin – et qui plus est, plongés dans un vacarme typique d'avant-match – qu'ils parvenaient encore à entendre Kumiko hurler après son groupe pour le replacer au plus vite.
Durant leur ascension, Marie jeta un coup d'œil vers les supporteurs de la Tohô. Contrairement à ceux de la Nankatsu, ils paraissaient parfaitement organisés. Vêtus eux aussi de leur uniforme de lycéen et arborant également des bandeaux sur le front ainsi que d'immenses drapeaux sur lesquels étaient peints des encouragements à l'attention de leur équipe, leurs chants et leurs « chorégraphies » étaient mieux maîtrisés, semblant avoir été répétés maintes et maintes fois.
Enfin parvenus à leur destination, ils n'eurent plus qu'à s'excuser une dernière fois auprès de tous ceux qu'ils obligèrent à se contorsionner afin de pouvoir les laisser passer et s'assirent, satisfaits de leur petite excursion, de part et d'autre de Karl.
Marie fit un petit signe de la main à sa mère pour lui indiquer que tout allait bien, puis fronça les sourcils.
- Où est papa ? demanda-t-elle aussitôt à son frère.
- Il a repéré quelqu'un dans cette foule je crois, expliqua Karl nonchalant. Tiens ! Il est là !
- Où étais-tu papa ? répéta Marie.
Monsieur Schneider sembla sur le point de lui répondre, mais pour une obscure raison, il se ravisa et se contenta de mentionner une vague connaissance qu'il était allé saluer. Marie ne releva pas. Des bruits de trompettes retentissant un peu partout dans le stade attirèrent son attention. Si ça n'avait été le cas, peut-être aurait-elle surpris son père confier quelque chose à son épouse. Un « quelque chose » qui surprit d'abord la femme, qui observa ensuite attentivement sa fille, avant de reporter à nouveau toute son attention sur son mari qu'elle scruta du regard comme pour y lire une confirmation de ses dires. Et l'homme confirma effectivement d'un léger mouvement de tête. Madame Schneider ne put alors se retenir de commenter :
- Nous n'aurons donc peut-être pas tant que ça à nous en faire, alors ?
Son mari la fixa à son tour et acquiesça d'un nouveau mouvement de tête.
- Si tout se passe comme il me l'a dit, sous-entendit-il avec un petit soupir rassurant. Tu le connais, il parcourt le monde uniquement pour ça : trouver les plus jeunes pour les former ensuite en club ou récupérer ceux qui démontrent d'un potentiel certain pour les affirmer davantage...
- Mais alors..., commença madame Schneider d'une voix légèrement tremblante d'excitation, ça voudrait dire que...
- Le match lui donnera de nouvelles informations, la coupa délicatement son mari, mais c'est davantage durant les compétitions internationales qu'il l'a suivi et évalué. Je pense donc que son opinion est déjà faite...
L'heure avait sonné, le match allait débuter, les joueurs faisaient leur entrée sur le terrain.
- On va voir un peu ce qu'il vaut le « beau-frère », lança Karl à Genzô avec un grand intérêt.
- Ça devrait aller, supposa le japonais. Après une World Youth, je suppose que ce genre de match, c'est davantage du plaisir que de la torture pour lui, conclut-il en souriant.
Marie était dans ses petits souliers. Les yeux rivés sur le terrain, plus rien ne comptait en dehors du joueur qui arborait fièrement le numéro 10 sur son maillot et le brassard de capitaine de la Tohô à son bras.
Les deux capitaines se trouvaient dans le rond central, encadrés par les arbitres qui allaient procéder au toss. La Toho venait de remporter le tirage au sort et Takeshi avait choisi l'engagement (n'y ayant pas de vent ce soir-là, le côté du terrain n'avait que peu d'importance). Les joueurs, toujours regroupés autour de leur entraîneur respectif, attendaient que leur capitaine les rejoignent puis écoutèrent ensuite les dernières recommandations.
En plus d'être les dernières consignes d'avant-match, Takeshi savait qu'elles seraient également les dernières qu'il entendrait dans cette équipe, sous ce maillot de lycéen. Dans quelques jours seulement, il finaliserait son engagement avec les Urawa, et sa vie de footballeur professionnel débuterait vraiment...Il adressa alors une dernière pensée à Marie, qu'il savait quelque part dans le stade, mais dont la silhouette était perdue dans cette foule compacte, puis se concentra pleinement sur la partie qui allait incessamment sous peu débuter, et dont il serait la tour de contrôle pour son équipe...
Tous étaient en place, on n'attendait plus que le coup de sifflet de l'arbitre. Lorsqu'il retentit, ce fut une véritable déferlante d'encouragements, de cris, de chants qui s'abattit sur le terrain. Personne, parmi les « européens » n'aurait pu penser qu'une telle ambiance ait lieu dans un tel contexte. Ils avaient l'impression d'assister à un derby de premier niveau.
Le cœur battant à tout rompre, reproduisant une gestuelle et ressentant des émotions qu'elle n'avait jusqu'alors jamais éprouvé que pour son frère, Marie ne lâchait pas Takeshi du regard, l'observant dribbler, organiser aussi bien son milieu que son attaque, donner des consignes tout en jouant. Les mains jointes, elle guettait la moindre faute qu'on pourrait commettre sur lui pour le stopper dans sa progression...Elle qui, durant un court moment, en avait voulu à ce sport qui risquait de lui voler son amour, voilà qu'elle vibrait désormais au même rythme que cette foule, retenant son souffle ou acclamant les belles actions... pleinement dans le jeu.
- Ça tourne bien, commenta à haute voix Karl d'un ton satisfait, avec son œil d'expert. Ça joue bien. Mais...désolé Genzô, je ne vois vraiment pas comment Nankatsu pourrait gagner.
Malgré de s'être décrit comme « désolé », il ne faisait aucun doute à Genzô que Karl ne l'était pas. Simple esprit de taquinerie ou fierté toujours aussi bien placée chez son capitaine, toujours est-il que Karl semblait ravi de voir la Tohô dominer – surtout par l'entremise de son capitaine.
- Je ne vois pas trop comment moi non-plus, avoua un peu dépité le gardien japonais en se grattant la tête.
Et Genzô savait de quoi il parlait. D'un côté il y avait la dernière génération de la Nankatsu : des joueurs pas mauvais mais qui ne comptaient parmi eux aucune étoile montante. Et de l'autre, deux joueurs qui venaient de remporter ensemble la dernière édition de la Coupe du Monde des moins de 19 ans, qui avaient l'habitude de jouer ensemble face à n'importe quel style d'équipe et dont le niveau était tel qu'ils étaient sur le point de signer tous les deux dans deux des plus grands clubs de l'archipel... et qui, en l'occurrence, laminaient effectivement leurs adversaires du jour.
Alors qu'on en était arrivé à la fin de la première période et que la Tohô menait déjà par deux buts à rien, il y eut une petite vague de relâchement dans les gradins. Certains en profitèrent pour aller s'acheter à boire ou foncer à toute vitesse aux petits coins, tandis que d'autres restèrent sagement assis en attendant que la seconde mi-temps ne commence.
Franck Schneider profita de ce temps de repos pour s'absenter, mais en refusant obstinément de dire où il était encore aller à ses enfants. Seule son épouse ne sembla pas surprise de ces va-et-vient mystérieux dont elle semblait, au contraire, attendre un compte-rendu – qui bien entendu ne fut pas donné si près d'oreilles indiscrètes.
Alors passée à autre chose, Marie s'imaginait à présent l'ambiance qu'il devait y avoir dans les vestiaires de la Tohô, par comparaison à celle qui devait un peu plomber les rangs des supporteurs de la Nankatsu. C'est avec un pincement au cœur qu'elle s'imagina Kumiko et Yukari déployer toute l'énergie (du désespoir) qui restait en elles pour insuffler un minimum de force et de combativité aux joueurs de leur lycée...
Mais il n'y eut rien à faire : la deuxième mi-temps ne fut pas meilleure pour la Nankatsu que la première - pour ne pas dire qu'elle fut pire.
- Ah! Ah! Cinq à zéro ! Tu parles d'une branlée ! Oups...pardon 'man, s'excusa Karl avec une petite grimace en regardant sa mère, alors que les trois coups de sifflet venaient à peine de retentir, tandis qu'il asticotait déjà Genzô - qui l'avait évidemment senti venir.
L'étrange silence du capitaine allemand durant tout le match et surtout devant l'hécatombe de buts encaissés, ne pouvait signifier que deux choses. La première, Karl était particulièrement concentré sur le match et décortiquait le jeu de chacun (dont l'une des personnes en particulier...rentrer dans la famille Schneider en étant footballeur, imposait un minimum de savoir-faire dans la matière). La seconde, le blond avait pris sur lui de ne rien dire jusqu'à la fin, afin de pouvoir laisser éclater sa « joie » au moment opportun. Mais en fait, Genzô réalisa qu'il s'agissait d'un mélange des deux : le décorticage et le foutage de gueule !
Quant à Marie, elle était littéralement aux anges et ne calculait plus personne. Elle ne souhaitait désormais plus qu'une chose : descendre au plus vite dans les coulisses du stade pour y retrouver le garçon dont elle était à la fois si fière et si amoureuse.
- Hé Marie ! s'écria son père, mais attends-nous enfin !
La jeune fille était déjà au bord de l'allée, prête à sauter dans la marée humaine qui s'écoulait devant elle, tandis que ses parents, son frère et Genzô étaient toujours bloqués au milieu de la rangée. Elle dut alors faire un effort considérable pour les attendre mais entendit bien leur faire un peu presser le pas afin de rejoindre Takeshi rapidement.
Les connaissances des uns et des autres leur facilitèrent la tâche et ils purent gagner le couloir des vestiaires plus vite que prévu, en passant par des passages réservés. Là-bas, il y avait la foule des grands jours, mais qu'importe, Marie était décidée à se rapprocher coûte que coûte de son petit-ami - qui était pour le moment assailli de journalistes, collègues et autres, et qui portait fièrement dans ses mains le trophée de la victoire que lui avait remis en mains propres, avec force de félicitations, le directeur du tournoi. Trophée qui n'avait donc pas échappé à son équipe pour la sixième fois consécutive – un véritable records dans le genre.
Soudain le capitaine aperçut sa petite-amie. Il n'y eut alors plus de victoire, plus de trophée qui tiennent - Takeshi le donna d'ailleurs à l'aveuglette à l'un de ses partenaires qui se retrouva du coup sous les feux de la rampe, et se fraya un chemin pour rejoindre Marie.
Il était en nage, mais elle s'en moquait. Il y avait un monde fou autour d'eux, mais ça n'avait plus d'importance. Dans une ambiance de folie pareille, tout ce qui paraissait en temps normal déplacé ou excentrique était alors permis ou toléré. Ainsi, sous les yeux de tous, Marie se jeta littéralement au cou de son petit-ami et l'embrassa dans la foulée, sous le regard surpris ou gêné mais joyeux de certains, et résigné mais pas trop insatisfait d'autres...
Karl et son père se regardèrent et acceptèrent ce choix. Par la suite, tandis que le fils restait plus ou moins centré sur les agissements de sa sœur, le père lui, repéra dans tout ce monde une personne dont il s'approcha, la mine réjouie. Cette personne, un homme vêtu d'un costume, à la mine officielle, lui sourit en retour en lui serrant la main avant d'engager la conversation.
Marie et Takeshi étaient toujours très proches mais avaient cessé de s'embrasser pour s'échanger rapidement quelques mots avant que le footballeur n'aille rejoindre son équipe dans les vestiaires.
- Quand on sera prêt, on retourne au lycée, expliqua rapidement Takeshi qui était très excité par tout ce qui se passait autour de lui. Il doit y avoir une cérémonie pour notre victoire là-bas. Ensuite, on ira au club-house pour fêter tout ça. Est-ce que tu veux bien m'y accompagner ? demanda-t-il fébrilement à Marie en serrant ses mains dans les siennes.
Il était si enthousiaste. Il y avait une telle joie dans son regard...dans ces yeux pétillants qui attendaient impatiemment une réponse. Ils étaient si heureux d'être à nouveau ensemble. Marie ne réfléchit même pas, ne songea même pas à d'abord aller demander l'autorisation à ses parents tellement il lui semblait inconcevable qu'elle ne puisse rester avec Takeshi tout le temps qu'ils pourraient désormais passer ensemble.
- Bien sûr que je viens avec toi ! s'écria-t-elle folle de joie en lui sautant à nouveau au cou.
- Attends-moi ici alors, lui demanda le japonais qui commençait à s'éloigner d'elle. Je me dépêche...Je ne pars pas sans toi de toute façon.
Genzô, qui avait prit la place de Franck Schneider aux côtés de Karl, assista avec ce dernier à la mise en place de ce programme de fin de soirée totalement imprévu.
- Bon, dit l'allemand indécis, on fait quoi nous alors ?
- Nous ? On rentre à l'hôtel, déclara Genzô tout naturellement.
- Mais...et Marie ? demanda Karl, interdit.
- Marie, reprit lentement Genzô qui passa un bras autour des épaules de son ami, et bien...je suis persuadé que Takeshi saura la ramener à l'hôtel à une heure raisonnable.
Devant le sourire du géant japonais qui menaçait de virer au rictus féroce en cas de contestation, Karl soupira et ne dit rien. Il se retint même de faire la moindre réflexion lorsque Marie vint les rejoindre tous les deux. Le couloir se dégageant un peu, leur attention se porta alors naturellement sur le père de Karl et de Marie, qui se retrouva alors au beau milieu d'un espace vide, et qui était toujours en pleine conversation avec cet homme, qui leur tournait le dos, ainsi qu'avec une femme que Genzô reconnut immédiatement.
- Mais..., bredouilla-t-il, c'est Kaori Matsumoto !
- Qui ? demandèrent en chœur le frère et la sœur
- Elle a travaillé longtemps comme recruteuse à la Tohô, expliqua Genzô. C'est d'ailleurs elle qui est allée chercher Hyûga, Wakashimasu et Takeshi alors qu'ils jouaient encore à la Meiwa. Mais depuis quelques temps, elle s'occupe principalement de la carrière de Hyûga en Italie. Je me demande ce qu'elle fait là..., dit-il en fronçant les sourcils.
- Si elle a travaillé pour la Tohô, elle était peut-être de passage au Japon et est venue voir la finale. Maintenant, elle vient sans doute féliciter l'une de ses « recrues », proposa Karl.
- Ouais, pourquoi pas, reconnut Genzô. Mais dans ce cas, dis-moi un peu qu'est-ce que lui, vient faire ici, demanda Genzô en pointant son index vers l'homme mystérieux avec qui Franck Schneider et Kaori Matsumoto s'entretenaient depuis un petit moment et qui s'était enfin décidé à se tourner un peu, permettant ainsi au gardien japonais de le reconnaître.
Karl fronça à son tour les sourcils. A l'évidence, il connaissait également cet homme...mais pas Marie.
- Qui est-ce ? demanda aussitôt la jeune fille, perplexe devant le regard des deux garçons.
- C'est un recruteur il me semble, répondit Karl en premier.
Les deux footballeurs échangèrent alors un regard éloquent, mais ne dirent rien. Marie ne parvint pas à suivre le cheminement de leurs pensées.
Monsieur Schneider les rejoignit à ce moment. Les trois jeunes eurent alors le temps d'entrapercevoir l'homme qui pénétrait seul dans les vestiaires, puis rouvrir la porte quelques secondes plus tard pour permettre à madame Matsumoto de rentrer à son tour – sans doute était-il rentré en premier en reconnaissance, afin de s'assurer qu'aucune rencontre impudique n'aurait lieu si la femme japonaise le suivait. La porte se ferma derrière eux et plusieurs minutes passèrent.
L'agitation dans les couloirs s'était grandement calmée. Ne parvenaient des vestiaires que quelques rumeurs de conversations, mais rien de particulier. Les journalistes avaient interviewé tous ceux dont ils désiraient un commentaire de la rencontre, des photos avaient été prises dans toutes les positions possibles et inimaginables, ne restait plus maintenant qu'aux joueurs à refaire surface.
- Papa, qu'est-ce qu'il se passe ? demanda alors Karl. Ils sont là pour...
- ...pour le moment, je ne peux rien dire Karl. Rien n'est fait et ça ne nous regarde pas, le coupa aimablement son père – mais avec un sourire qui tint lieu de réponse.
Marie les regarda un peu contrariée de ne pas comprendre une chose qui semblait aussi flagrante, mais plutôt que d'exprimer sa frustration, elle songea à...
Se rappelant soudain de l'engagement qu'elle avait pris auprès de Takeshi sans même consulter ses parents, elle profita de la présence de son père – qui plus est, semblait de bonne humeur - pour le mettre au courant.
- Et tu ne crois pas qu'il aurait été plus logique que tu me demandes d'abord plutôt qu'après ? fit remarquer l'homme sur un vague ton de reproche.
- Je sais papa, répondit Marie confuse, mais tu sais, sur le coup...Oh s'il te plait papa, dis « oui ». S'il te plaît...
Il savait qu'il lui aurait brisée le cœur en lui disant « non ». Il se doutait bien de ce qu'il allait très certainement se passer, et dans les heures à venir, et dans les semaines à venir, mais Marie, elle, ne le savait pas encore. Tout ce qu'elle voulait, c'était être avec son petit-ami pour lequel Franck Schneider éprouvait finalement davantage de sympathie que d'inquiétudes. Alors, il lui dit simplement « d'accord » en lui demandant néanmoins de se montrer aussi responsable et prudente que ce qu'il en attendait d'elle...
C'est à ce moment que la porte des vestiaires de la Tohô s'ouvrit et que l'homme et la japonaise en sortirent, arborant un petit sourire satisfait. Kaori Matsumoto salua respectueusement l'entraîneur du Bayern ainsi que ses deux joueurs – dont Genzô qu'elle connaissait plus particulièrement – et eut cette étrange attention à l'intention de Marie, sur la joue de laquelle elle posa une main tout en lui annonçant avec un air rassurant : « Tu devrais être très heureuse ma chérie... ». Les deux adultes s'en allèrent ensuite, sans plus d'explications.
- Papa, mais qu'est-ce qu'il se passe enfin ? demanda Marie avec une impatience grandissante.
- Tu vas bientôt voir ma puce, répondit son père en souriant. Mais, ce n'est pas à moi de te le dire je suppose...
Franck Schneider porta alors son regard bienveillant sur la porte des vestiaires, d'où il savait que le jeune homme ne tarderait plus à réapparaître. Et en effet, Takeshi sortit dans les secondes qui suivirent. Il avait l'air abasourdi, son regard perdu dans ses pensées. C'était à se demander s'il réalisait ou se souvenait encore de l'endroit où il était et avec qui il était. Si Marie ne l'avait pas vu si euphorique juste avant qu'il ne rentre dans les vestiaires, elle aurait pensé que c'était sa victoire qui l'avait mis dans cet état. Mais ça ne pouvait pas être ça...
Ainsi, elle-même un peu déboussolée, elle vint à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent l'un en face de l'autre et Marie attendit que Takeshi lui explique...Son regard toujours voilé redevint clair et Marie sut qu'il la « voyait » enfin. Il était toujours un peu troublé, donnant l'impression de chercher ses mots, mais pourtant désireux de parler. Il fit alors un grand sourire à sa petite-amie- qui en fut profondément soulagée – baissa un court instant la tête et se saisit de ses deux mains qu'il plaqua contre son cœur Il releva ensuite son visage, qui avait retrouvé toute sa tendresse et qui affichait une discrète teinte rosée sur ses joues.
- Marie...nous deux...c'est sérieux ? lui demanda-t-il la voix émue et basse en la fixant à cet instant dans les yeux.
Marie devina alors que quelque chose d'important s'était produit. Elle ne savait pas quoi exactement, mais ce dont elle était certaine, c'est qu'à cet instant Takeshi ne lui posait pas une question anodine. Il recherchait une confirmation. Il avait besoin d'être rassuré. Et malgré que sa réponse revêtait la même importance, Marie n'eut pas besoin d'y réfléchir et lui dit spontanément d'une même voix secrète,
- Ça ne pourrait pas l'être davantage Takeshi...parce que...parce que je suis amoureuse de toi...
Marie vit alors les yeux de son petit-ami briller d'une étrange lumière. La joie, le soulagement, la fierté, tant d'émotions y furent concentrées.
- Dans ce cas, poursuivit Takeshi qui se maîtrisa tant bien que mal mais qui sentit son cœur s'emballer, ...on pourra rester ensemble...
Marie ouvrit de grands yeux et attendit fébrilement, sentant les larmes la gagner...
- Je vais venir jouer en Europe...
Commentaire de l'auteur : Et non ! Je suis désolée, je suis une indécrottable romantique et malgré le fait d'adorer les histoires angoissantes et d'horreur, je ne pouvais me résoudre à terminer celle-ci sur de déchirants adieux...non, non, non...J'aime pas les films qui se terminent bien (c'est vrai quoi, même si on rate la sauce, on sait d'avance que tous les films américains se terminent bien ! Même Titanic dans un sens, ils ont réussi à nous en faire un « Happy end » ! C'est pour dire ^^'...), mais j'aime pas que mes fics se terminent mal ! C'est comme ça...Quoique XD !
Bon, et bien j'espère que vous aurez pris autant de plaisir à lire cette petite histoire que moi j'en ai eu à l'écrire.
Un immense et énormissime Merci à tous ceux qui l'ont lue.
Bon j'arrête là, le chapitre a été bien assez long comme ça – et de toute façon je n'ai plus rien à vous dire ^^. Maintenant, passez une bonne journée, portez-vous bien et qui sait, p't-être à bientôt.
Merci encore, ewanna ^^.
