Chapitre 2 :Question d'opinion

Il leur fallut encore deux jours pour résoudre l'enquête. Deux jours pendant lesquels Tony avait feint d'aller bien, entre les questions trop insistantes de Ziva et de McGee sur son ancienne vie de pilote mixées aux visites incessantes de certains jeunes pilotes (Cobra avait été, bien entendu, incapable de tenir sa langue) qui voulaient absolument croiser la route du mythique Shogun, pilote chevronné et doué d'un exceptionnel talent pour voler mais également le plus jeune gradé au rang de lieutenant-colonel dans l'histoire de l'armée de l'air et ayant piloté à peu près tous les modèles d'avions et hélicoptère existants.

Tout cela avait fait remonter des flots de souvenirs chez Tony, notamment ceux de la terreur qu'il ressentait maintenant dès qu'il se retrouvait dans une cabine de pilotage. Mais, si Ziva et McGee avaient été dupes devant l'attitude nonchalante de Tony, Gibbs en revanche avait parfaitement ressenti le malaise éprouvé par son agent. Surtout la nuit quand celui ci se réveillait plusieurs fois en sursaut.

Ce fut au grand soulagement de Tony qu'ils finirent par découvrir que les deux victimes étaient homosexuelles et amants. Un des membres de l'équipage, connu pour son homophobie, l'avait découvert par hasard et avait tué les deux hommes pour 'éradiquer' les pédales dans l'armée, leur avait-il précisé avec hargne.

Une fois le meurtrier écroué et ses aveux dûment signés, il ne leur resta plus qu'à rassembler leurs affaires et à rentrer chez eux. Un hélicoptère vint rapidement les récupérer et ils retournèrent à Washington accompagnés de leur coupable.

Durant le vol de retour, Gibbs tenta de parler avec Tony, mais ce dernier se montra farouchement fermé à toute discussion, donc l'ex marine renonça provisoirement à insister, ne voulant pas créer une situation de conflit entre eux qui ne manquerait pas d'attirer l'attention de leurs collègues dans l'espace confiné de l'hélicoptère.

« Ces derniers sont déjà suffisamment intrigués et curieux, pas la peine d'ajouter de l'eau à leur moulin » décida-t-il.

Mais il ne comptait pas laisser Tony s'en tirer à si bon compte. Il était bien décidé à revenir sur ce que le jeune homme lui avait avoué dans le hangar à avions et à l'aider à exorciser ses peurs.

Quand ils arrivèrent à Washington, ils bouclèrent leur coupable dans une cellule et s'attelèrent immédiatement à la rédaction de leurs rapports, sachant que Gibbs ne les laisserait pas filer tant qu'ils ne les auraient pas finis. Gibbs avait demandé à Tony de l'attendre mais celui-ci fit la sourde oreille et se hâta de filer avec Ziva et McGee avant que son patron n'ait le temps de réagir.

« Sale tête de mule ! jura silencieusement ce dernier en voyant les portes de l'ascenseur se refermer sur ses trois agents. Si tu crois que je vais te laisser me filer entre les pattes, tu te fourres le doigt dans l'œil ! »

Il se leva à son tour et quitta les bâtiments du NCIS pour prendre la direction de l'appartement de son agent. Il fut franchement agacé, mais pas vraiment surpris, de ne pas y trouver Tony. Le jeune homme le connaissait trop bien pour ne pas savoir qu'il allait directement rappliquer chez lui pour avoir la conversation qu'il essayait désespérément d'éviter et il s'était bien gardé de rentrer.

Gibbs, qui avait pénétré à l'intérieur grâce au double des clés qu'il possédait, rongea son frein pendant deux bonnes heures puis, réalisant que Tony risquait de ne pas rentrer de la nuit, il se décida à retourner chez lui où il passa le reste de la nuit à travailler sur son bateau pour évacuer la colère qui grondait en lui.

Le lendemain

C'est avec une légère appréhension que Tony franchit les portes de l'ascenseur le matin suivant. Il redoutait la réaction de Gibbs qui, il en était absolument sûr, devait être furieux qu'il se soit « échappé » alors qu'il lui avait expressément demandé de l'attendre et surtout, qu'il ne soit pas rentré chez lui de la nuit. Heureusement, à son grand soulagement, celui-ci ne se trouvait pas à son bureau. Seul McGee était là, Ziva n'étant pas encore arrivée.

-Salut, le bleu !

-Bonjour, Tony.

Le jeune homme s'installa rapidement à son poste de travail et se mit aussitôt à vérifier ses mails.

Ziva ne tarda pas à apparaître à son tour et salua ses collègues de travail.

-Où est Gibbs ? demanda-t-elle en ne voyant pas son supérieur à son bureau

-Avec Vance les informa McGee.

A peine dix minutes plus tard, Gibbs réapparut dans le bullpen.

-DiNozzo avec moi ! aboya-t-il aussitôt en le voyant.

Tony soupira et se leva à contrecœur pour suivre Gibbs jusque dans l'ascenseur. La cabine eut à peine le temps de se mettre en mouvement que son mentor la stoppa d'un geste brusque de la main, avant de se tourner vers lui pour le fusiller du regard.

-Où étais-tu passé hier soir ? je t'avais pourtant demandé de m'attendre ! siffla-t-il d'un ton furieux. En plus, je suis passé chez toi et tu n'y étais pas, je t'ai attendu plus de deux heures !

-Je n'ai pas de compte à te rendre sur ce que je fais de mon temps libre ! Qu'est-ce que tu me voulais ? rétorqua Tony avec la même agressivité sachant que l'attaque était la meilleures des défenses, surtout avec Gibbs.

-Je voulais qu'on reparle de ce que tu m'as dit sur le porte-avion.

-Et bien moi, je n'avais pas envie d'en reparler ! Y a rien à dire, mis à part que, pour moi, le pilotage c'est fini, point barre ! Ce n'est pas grave après tout, j'adore mon boulot d'agent au NCIS. Si tu veux des excuses pour t'avoir menti à propos des réelles raisons qui font que j'ai renoncé à piloter, alors je m'excuse.

-Je ne veux pas de tes excuses Tony, je veux juste t'aider.

-Merci, mais je n'ai pas besoin d'aide à ce sujet ! Et d'ailleurs, la discussion est close !

Tony le défia du regard avant de tendre la main pour redémarrer l'ascenseur.

Mon œil, la discussion est close ! Fulmina silencieusement Gibbs. Tu ne vas pas t'en sortir comme ça Tony, tu vas devoir affronter ta phobie, crois-moi ! se jura-t-il solennellement tandis que l'ébauche d'un plan pour aider Tony à surmonter sa terreur du pilotage fleurissait déjà dans son esprit. Que ce dernier le veuille ou non, il allait tout mettre en œuvre pour que Tony puisse de nouveau un jour prendre place dans un cockpit sans aucune crainte et avec confiance.

Ça n'était qu'une question de temps…

La journée était longue et ennuyeuse, il n'avait pas d'affaire et chacun bosser sur un cas froid. Gibbs lui était de nouveau bloqué au MTAC.

-Tony ?

-Oui , McGee.

-Comment t'est venue l'envie de devenir pilote ?

-Pourquoi tu veux savoir ça McCurieux ? Tu veux ajouter ça au passé de l'agent Tommy ? répondit-il sarcastiquement

-Je ne m'inspire pas de vous pour mon livre.

-Mais bien sur, et la marmotte met le chocolat dans l'alu.

-Quelle marmotte ?

-Laisse tomber Ziva .

-Si Gibbs me cherche je suis parti me chercher un café

A peine Tony avait franchi les portes de l'ascenseur que Gibbs descendit les marches pour rejoindre son équipe.

-Vous n'avez rien d'autre à faire que de harceler Tony avec vos questions ? Car si vous manquez de travail, je peux vous faire ranger les archives.

-Désolé patron. Les deux agents se remirent vite au travail sans demander leur reste