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Chapitre 3 Révélation

3 novembre 2008

Il pleuvait à verse et ses vêtements étaient imbibés d'eau. Il frissonna en tirant sur le cadavre avec l'énergie du désespoir. Il n'avait pas les idées vraiment claires mais il était cependant sûr d'une chose : il devait rapidement se débarrasser de ce corps avant de se faire pincer avec. Tétanisé par la peur et l'épuisement, il souleva à grand peine le cadavre pour tenter de le faire basculer de l'autre côté du pont.

-Ne bougez plus ! Mettez vos mains bien en évidence ! claqua soudain une voix autoritaire au moment où il allait enfin parvenir à ses fins.

Sans opposer de résistance, le jeune garçon obéit et lâcha aussitôt le corps qui retomba lourdement sur le sol avec un bruit sourd. Il se retourna ensuite lentement avec ses deux mains en l'air.

Deux flics le tenaient en joue. Dès qu'ils se furent assurés qu'il n'était pas armé, l'un des deux rengaina son arme et s'approcha de lui pour lui menotter les poignets dans le dos.

Des larmes coulèrent immédiatement sur son visage, se mêlant à l'eau ruisselant sur sa peau.

-Laissez moi partir, par pitié

-Tu es en mauvaise position mon petit gars.

-Va falloir appeler le NCIS, ce type était militaire.

Quand ils arrivèrent sur place il pleuvait encore, Gibbs donna à chacun sa tâche, et se dirigea vers la voiture de police où se trouvait le meurtrier présumé du militaire.

Une heure plus tard siège du NCIS.

Le jeune agent regardait à travers le miroir sans tain le pauvre gosse désemparé qui attendait qu'on viennent l'interroger. Rien qu'en étudiant son apparence et sa posture, il savait que son histoire serait proche de la sienne : une enfance pourrie sans aucun amour de la part de ses parents et une adolescence encore pire où il était sûrement forcé à se prostituer sans d'autre choix que d'obéir sous peine de se faire tabasser à mort.

Soudain Tony se rendit compte de la présence de Gibbs dans la pièce. Il s'était tellement laissé submerger par ses mauvais souvenirs qu'il ne l'avait même pas entendu entrer. Sans se retourner, il prit la parole.

-Je veux l'interroger.

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, lui fit remarquer Gibbs. Je vais le faire.

-Comme tu m'as interrogé il y a quinze ans?

-Justement, tu es trop impliqué émotionnellement et tu ne sauras pas garder ton objectivité.

-A d'autres ! rétorqua vivement Tony. C'est juste que tu ne me fais pas confiance.

-C'est faux Tony, tu le sais très bien.

Ce dernier répondit par un ricanement et s'obstina à lui tourner le dos. Gibbs s'approcha de lui et lui posa une main sur l'épaule.

- Regarde-moi.

Le jeune homme s'exécuta de mauvaise grâce et se retourna pour lui faire face.

-Je te fais totalement confiance Tony, je veux juste te protéger.

-Je n'ai plus besoin d'être protégé Gibbs. Je comprends ce que ce gamin ressent, sa peur et tout ce qui va avec protesta Tony avec un regard défiant.

Gibbs le scruta un long moment avant de céder

-Ok je te laisse mener l'interrogatoire, mais si te laisses submerger par tes émotions, je reprends la main.

Tony se contenta de hocher légèrement la tête pour lui faire comprendre qu'il acceptait ses conditions et

les deux hommes entrèrent l'un derrière l'autre dans la salle d'interrogatoire. Sans dire un mot, Gibbs alla se placer dans l'angle de la pièce tandis que Tony s'installait face à lui de l'autre côté de la table. Il croisa les bras et observa attentivement le jeune garçon dont les mains tremblaient comme une feuille. Il se reconnut sans difficulté dans son regard effrayé : il avait arboré le même quinze ans auparavant, quand il s'était retrouvé à sa place avec Gibbs en face de lui pour l'interroger.

Le gamin commença à s'agiter avec nervosité sous son regard pénétrant et il se décida à prendre la parole

-Ce n'est pas moi qui ai tué ce gars, je vous le jure !

-Je n'en doute pas un instant répondit calmement Tony sans le quitter des yeux.

Le jeune garçon parut surpris par sa réponse et le regarda bouche-bée. Tony lui fit un sourire rassurant et lui tendit un gobelet chocolat chaud .

-Prends, c'est pour toi. Tu as faim?

Aussitôt, la surprise laissa place à la méfiance et son interlocuteur se mura de nouveau dans le silence.

-Ce n'est pas une question piège, promit Tony en le regardant droit dans les yeux pour lui prouver sa bonne foi. Veux-tu manger quelque chose ?

Après l'avoir longuement jaugé, le gamin finit par légèrement hocher la tête de façon affirmative. Tony lança un coup d'œil significatif à Gibbs qui se leva en soupirant et partit chercher de quoi restaurer leur « invité ».

-Comment t'appelles-tu ? Je pourrais bien t'appeler gamin, mais ça serait plus agréable si j'utilisais ton prénom, tu ne crois pas ?

-...

-Tu peux m'appeler par le mien si tu veux. Moi c'est Tony continua-t-il sans se formaliser du manque de réponse

-Lucas finit par murmurer le jeune homme au bout d'un moment.

-Parfait Lucas. Et si tu me disais qui a tué le caporal Rey, si ce n'est pas toi.

-Vous me croyez vraiment ?

-Bien sûr ! je n'ai pas l'habitude de mentir. Et puis, étant donné ta corpulence par rapport à celle du caporal, la conclusion est vite faite : c'est lui qui t'aurait écrasé…

-Je peux pas.

-Tu ne peux pas quoi?

-...

Gibbs revint à ce moment-là avec un croissant qu'il posa sur la table devant Lucas.

-Lucas, on est là pour t'aider, on veux arrêter celui qui a tué le caporal Rey, tu es notre seul témoin.

-...

-Je comprends que tu aies peur mais...

-Non vous ne pouvez pas comprendre, personne peut comprendre.

-Détrompe toi. Il y a quinze ans j'étais assis à ta place, face à un agent du NCIS, avec une accusation de meurtre sur les bras. Comme toi j'étais mort de trouille, comme toi je vendais mon corps pour quelques dollars, sans avoir vraiment le choix, une fois qu'on est à la rue on répond à la loi du plus fort, n'est ce pas. Qui t'a mis sur le trottoir ?

-...

-Lucas je suis sûr que ton mac est celui qui a tué le caporal, il t'a menacé de te faire la peau si tu l'ouvrais, je me trompe?

-...

-Vouloir balancer son corps dans l'eau fait de toi le complice de celui qu'il l'a tué.

-Je balançais le corps ou il me tuais à mon tour.

-Comment s'appelle t-il ? Quel lien avais-tu avec la victime ?

-C'était un de mes clients. Il devait du fric à mon mac,

-Comment s'appelle ton mac?

-Sven.

-Depuis quand tu te prostitues ?

-Six mois. Sven, nous surveille tous de très près. Il nous fait aussi dealer.

-C'est un bon début merci Lucas. Maintenant si tu me disais pourquoi ton client s'est fait buter?

Gibbs regarda son agent étonné qu'il l'avoue comme ça au gamin, sachant parfaitement que l'interrogatoire était enregistré et que derrière le miroir sans teint devaient se trouver ses collègues, McGee et Ziva.

-Tu crois qu'il bluffe? demanda McGee circonspect

-Non, il ne mentait pas.

-Tu penses vraiment que Tony s'est retrouvé à la rue et s'est prostitué ?

-Oui, je le pense

-Ben merde alors ! moi qui ai toujours pensé que DiNozzo avait eu une enfance de rêve.

-C'est ce qu'il a voulu laisser croire.

-Je dois dire que je me suis laissé bien avoir sur ce coup là !

-C'est pas une chose dont tu peux parler comme ça au cours d'un repas.

-C'est sûr. Tu crois qu'on doit lui dire qu'on a entendu ?

-Il doit s'en douter : si Gibbs est avec lui, forcément un de nous est là. Agis comme à la normale, si il veut nous en parler il le fera.

-On peut en savoir plus autrement. Le dossier de cette enquête doit obligatoirement se trouver aux archives.

-Ne pense même pas à ça, répliqua sèchement l'Israélienne.

Salle d'interrogatoire.

-Ce caporal était un de mes clients réguliers, il me prenait aussi de la drogue. Il devait pas mal de fric à Sven pour des doses impayées. Sven est venu avec moi aujourd'hui pour mon rendez vous avec le caporal Rey. Rey ne voulait pas payer. Il a dit que sa came était mauvaise ils se sont battus et Sven a eu le dessus. Il m'a dit de me débarrasser du corps sinon je finirais comme lui.

Tony lui fit un franc sourire et posa sa main sur son bras

-Merci Lucas. Je dois te demander autre chose.

-Oui?

-Te drogues-tu?

-Oh non je ne toucherai jamais à cette merde là !

-C'est très bien.

-Dites, vous n'allez pas me remettre dans la rue hein ? Sinon il va me tuer.

-Ne t'inquiète pas. Tu vas nous dire où on peut trouver ce Sven et on ira l'arrêter. Pendant ce temps toi tu resteras ici sous la protection d'un agent. Mais avant ça j'aimerais que tu me dises ton nom de famille, depuis combien de temps tu es à la rue, et ton âge, car je doute que tu sois majeur.

-J'ai seize ans, je suis à la rue depuis environ huit mois et je suis sous la coupe de Sven depuis six mois. Mon nom est Smith je vivais avec ma mère et mon beau père, mais il m'a foutu à la porte. Ce mec est un vrai tordu, et ma mère dit amen à tout ce qu'il fait ou dit.

-Tu n'as pas d'autre famille ?

-Non ma grand-mère paternelle est morte y a six ans. J'ai jamais connu ma famille maternelle et mon père est mort y a huit ans.

Gibbs était vraiment content que Tony ait réussi à gagner la confiance de l'enfant . Ils allaient pouvoir monter une opération et aller arrêter cette pourriture.

Quand ils sortirent de la salle d'interrogatoire Tony remarqua tout de suite le regard gêné de ses collègues.

-Je vous promets de vous parler de tout ça mais pas maintenant.

Les deux collègues acquiescèrent et suivirent Gibbs et Tony pour retourner à l'open space.