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Chapitre 7: Confidences 2èmepartie

Retour sous les décombres.

-Continue s'il te plait Tony, dit McGee en donnant une petite tape sur la tête de son compagnon d'infortune pour le maintenir éveillé. Il sentait celui-ci devenir de plus en plus faible à mesure que le temps s'écoulait avec une lenteur désespérante.

Tony frissonna en claquant des dents. Son corps lui faisait toujours un mal de chien, mais c'était le froid qui était pire que tout à supporter. Il sentait que ses membres commençaient à s'engourdir. Pour être tout à fait honnête avec lui-même, il ne les sentait déjà quasiment plus mais il ne voulait pas inquiéter McGee davantage qu'il ne l'était déjà. Alors, il s'efforça de rassembler ses dernières forces et reprit le cours de son récit, résistant vaillamment au désir de s'abandonner à l'inconscience qui lui tendait les bras.

-Ouais ok, alors…j'en étais où déjà ?ânonna-t-il d'une voix pâteuse en essayant de rassembler ses esprits.

Flash back

Lieu inconnu

Il avait rasé les murs afin de ne pas se faire remarquer pour retourner dans sa piaule. À peine la porte refermée derrière lui, il se précipita vers l'évier et, d'une main tremblante, il ouvrit le robinet d'eau. Il devait absolument enlever tout ce sang qu'il avait sur les mains. Il se mit à se frotter frénétiquement en essayant de réprimer sa panique.

Merde ! Un type était mort à cause de lui car celui-ci avait voulu lui venir en aide alors qu'il se faisait tabasser par son mac. Pour une fois que quelqu'un voulait l'aider, il avait fallu qu'il se fasse buter. Merde ! Merde ! Merde ! Il avait bien essayé d'endiguer l'hémorragie quand le Tsar s'était barré en le laissant derrière, mais il n'avait rien pu faire alors il avait appelé le 911 et s'était tiré en vitesse.

Des larmes de désespoir coulaient sur ses joues.

Il quitta sa chambre, et se dirigea jusqu'à la petite salle d'eau se trouvant au même étage que sa chambre. Il retira ses vêtements et se prit une douche. Il fallait absolument qu'il enlève toutes ces traces de sang. Après un bon quart d'heure sous l'eau à peine tiède, le tsar ne voulant ne pas dépense un kopeck pour ses « employés», il sortit, se sécha avec vigueur puis se rhabilla en vitesse.

Comment les choses allaient-elles se passer maintenant, avec ce cadavre et le Tsar qui lui en voulait à mort ? Il était dans une merde noire et il ne savait plus comment sortir : s'il parlait, le Tsar le buterait, s'il ne ramenait pas son quota quotidien de fric, il risquait également de se faire tabasser à mort. En fait, quelle que soit l'équation, le résultat était le même, il avait toutes les chances d'être retrouvé mort dans le caniveau. Et, même si sa vie était pourrie, il était sûr d'une chose… il ne voulait pas mourir. Malgré tout ce qui lui était arrivé durant sa courte vie, il voulait quand même garder l'espoir qu'il pourrait, un jour, connaître une existence meilleure.

Revenu dans sa chambre il prit une boîte qu'il avait cachée derrière une brique descellée et en sortit tout un attirail : briquet, petite cuillère, seringue et un sachet de poudre blanche. Il se prépara un fix qu'il s'injecta immédiatement. Des larmes coulèrent sur ses joues. Quand tout cela allait-il se terminer ? Aurait-il lui aussi droit à sa part de bonheur ?

La douleur et la peur s'en allèrent rapidement et un effet illusoire de bien- être l'envahit. Il resta à planer de longues minutes avant de sortir de l'immeuble qui donnait sur l'arrière-cour d'un club très privé appartenant au Tsar pour reprendre son travail là où il l'avait laissé quelques heures plus tôt, il n'avait pas le choix. La vie continuait son cours et s'il voulait survivre, il fallait qu'il ramène du pognon à son mac sous peine de terminer comme ce type qui avait voulu lui filer un coup de main.

Fin du flash back

Retour à l' extérieur de l'explosion.

Gibbs, qui s'était posté à l'entrée de la tente afin de pouvoir garder les yeux rivés sur les secouristes qui s'activaient inlassablement autour des gravats, continuait également sa narration sur les circonstances qui l'avaient amené à faire la connaissance de Tony.

Flash back

Lendemain matin .

Gibbs et Franks s'étaient mis à la recherche de ce Tony mais ils n'avaient pas beaucoup avancé. Ce gosse semblait complètement introuvable.

La nuit était tombée depuis un bon moment déjà et Gibbs et Franks, n'avaient encore trouvé aucune trace du jeune homme, bien qu'ils aient passé leur journée à arpenter tous les coins où, selon l'indic de Gibbs, le dénommé Tony avait pour habitude de traîner. Ils avaient pourtant montré le portrait-robot à plusieurs personnes qui leur avait confirmé que le jeune homme était un habitué des lieux, mais aucun d'eux ne l'avait vu de la journée, à croire que le gamin s'était volatilisé.

Il ne leur restait qu'une zone à explorer et ils auraient fait le tour.

-Bon le bleu, on se sépare et on se retrouve à la voiture dans une heure. Je prends le côté est du parc, je te laisse l'ouest. Le premier qui le repère prévient l'autre.

-Ok, boss.

Gibbs fit le tour de la zone de recherche, en vain. En dernier recours, il entra dans les WC publics. C'était le seul endroit où il n'avait pas encore regardé. Il retint une grimace devant la saleté et l'odeur répugnante qui régnaient en maître dans les lieux. Un grognement étouffé le prévint qu'il n'était pas seul. En effet, il aperçut dans le reflet du miroir maculé de taches placé au-dessus de la rangée de lavabos, un homme bedonnant d'une cinquantaine d'années. Ce dernier se trouvait dans un des chiottes dont la porte avait depuis longtemps disparu et il était en train se faire tailler une pipe et de se faire "masser" la prostate par les doigts visiblement très habiles – si l'on se fiait aux grognements de satisfaction qu'il émettait – d'un autre homme.

Ce dernier était jeune, brun, grand et dégingandé… « Tout à fait la description de ce fameux Tony » se dit aussitôt Gibbs.

Les deux hommes étaient tellement concentrés sur leur tâche qu'ils n'avaient pas fait attention à sa présence. Il décida d'attendre qu'ils en aient terminé avant de se faire connaître.

Il n'eut pas bien longtemps à patienter et, rapidement, il entendit des râles de plaisir s'échapper du vieux tandis qu'il se déversait dans la bouche de l'autre homme, tout en lui maintenant fermement la tête en place pour que celui-ci ne s'éloigne pas. Une fois son affaire finie, il lui jeta un billet sur le sol et sortit tout en remballant son attirail. Il passa devant Gibbs et, croyant sûrement que c'était un autre client qui attendait son tour, il lui murmura au passage.

-Tu vas en avoir pour ton argent mec. Il suce comme un dieu et ses doigts sont magiques ! Tout ce que ta bonne femme ne ferait pas pour toi, il te le fait…

-Si vous le dites, articula l'ex marine entre ses dents serrées, dégoûté par ce qu'il venait d'entendre.

Gibbs attendit que l'autre homme ait disparu pour s'approcher du jeune homme. Celui-ci s'était précipité, dès que son client l'avait lâché, au-dessus de la cuvette des toilettes et vomissait tout ce qu'il avait dans les tripes.

L'agent du NIS ne put s'empêcher de retenir un élan de pitié pour lui. Il semblait évident que ce jeune homme n'appréciait pas du tout ce qu'il faisait. Sans un mot, il alla jusqu'à l'évier et mouilla son mouchoir en tissu qu'il tendit ensuite au jeune homme toujours agenouillé. Ce dernier regarda avec méfiance l'inconnu, avant de se saisir du mouchoir mouillé tendu et de s'essuyer la bouche. Quand il eut fini, il se releva et lui fit face dans une posture pleine de défiance.

-Merci, dit-il du bout des lèvres tout en lui tendant le mouchoir.

-Gardez-le.

Le jeune alla à l'évier se laver les mains et se rincer la bouche. Il sentait le regard insistant de Gibbs sur lui mais décida de l'ignorer, même si cela le mettait légèrement mal à l'aise. Il allait finir de se nettoyer et se barrer d'ici vite fait.

-Vous êtes un type dur à trouver, Tony dit alors l'homme dans son dos.

Tony se raidit légèrement et se tourna pour lui faire face et le dévisager avec attention.

-On se connaît ?

-Non, mais j'ai entendu parler de vous.

-Oh, je vois...

« Encore un de ces vicelardsqui a quelques dollars à dépenser. C'est marrant, j'aurais pas cru que c'était son genre. Ce mec-là ne doit pourtant avoir qu'à claquer des doigts pour que n'importe qui baise avec lui gratos » pensa Tony en regardant le mec séduisant qui se tenait devant lui.

-Et qu'est-ce que je peux pour vous ? Une fellation, un rapport complet ?

-Rien de tout ça répondit tranquillement Gibbs.

Tony lui jeta un regard suspicieux et sentit un léger frisson de peur lui traverser le corps. Et si ce type était un malade homophobe qui s'amusait à planter des prostitués à coups de couteaux ? Il n'avait pas envie de crever sur le carrelage pourri de toilettes publiques. Il ne laissa pourtant rien paraître de ses pensées et se redressa de toute sa taille, dans le vain espoir de l'impressionner.

-Alors, qu'est-ce que vous me voulez ?

-Juste que vous répondiez à quelques questions, répondit Gibbs tout en lui montrant son insigne.

« Putain, merde ! Un flic ! »

-NIS, lut le jeune homme à haute voix

-Oui

-Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai des réponses à vous donner ? demanda t-il tout en sortant des toilettes, Gibbs sur ses talons.

L'agent dut reconnaître que le gamin ne manquait pas de sang froid, ni d'aplomb. S'il n'avait pas été aussi observateur, il n'aurait jamais remarqué le très bref et léger éclair de panique qui avait traversé le regard de Tony quand il lui avait montré sa plaque avant qu'il ne reprenne immédiatement son contrôle.

Cela lui apprit de suite deux choses. La première était que le gamin s'était effectivement trouvé sur les lieux du meurtre – restait juste à savoir si c'était seulement en qualité de témoin ou bien en qualité de meurtrier. La deuxième, c'est qu'il n'allait pas être facile de le faire parler.

-Il y a eu un quartier-maître tué à l'angle de la 12ème et de Maryland avenue. C'est bien un endroit où vous faites du tapin, non ?

-Ouais, si on vous l'a dit.

-On me l'a dit effectivement. Vous n'auriez rien remarqué de spécial là-bas, hier soir, vers les 21 h ?

-Non, désolé.

-Je ne vous crois pas.

-Libre à vous.

Tony continua à marcher dans le parc espérant réussir à se débarrasser de ce type.

-Bon, vous m'excusez mais je suis attendu ailleurs, dit-il en accélérant le pas.

-Je n'ai pas fini de vous poser des questions, dit fermement Gibbs en le saisissant par le bras avec une poigne de fer.

-Et moi, je n'ai aucune réponse pour vous ! Alors, lâchez-moi !

Le gamin commençait à devenir nerveux observa Gibbs. Il ne cessait de jeter des coups l'œil furtifs à droite et à gauche. Espérait-t-il s'enfuir ou avait-il peur de croiser quelqu'un qu'il ne fallait pas ? s'interrogea l'agent du NIS.

-Non, vous allez me suivre aux bureaux du NIS, afin que je puisse procéder à un interrogatoire.

-Vous avez un mandat ? demanda Tony avec plus de morgue qu'il n'en ressentait vraiment

-Non, mais je peux vous arrêter pour racolage.

Tony se mit à rire.

-Ouais, c'est pas dans vos cordes ! ricana-t-il. Vous devez seulement vous occuper des affaires concernant les marines et pour info, je ne suis pas un marine !

« Il n'est pas idiot ce gamin et il retombe vite sur ses pattes »

-Mais rien ne m'empêche de t'arrêter comme suspect, désigné par un témoin, lui fit observer Gibbs.

Tony sentit qu'il était temps qu'il mette les voiles.

-Bon, j'ai assez rigolé avec vous. Maintenant, foutez-moi la paix ! Je ne sais pas de quoi vous parlez et j'ai du travail qui m'attend.

Il se dégagea de l'emprise du flic d'un geste sec et s'éloigna d'un pas vif. Mais Gibbs ne l'entendit pas de cette oreille et le rattrapa rapidement. Il commençait à en avoir un peu assez de ce jeune morveux qui l'avait fait courir toute la journée.

-Les mains sur la tête, ordonna-t-il de sa meilleure voix de sergent-chef.

-Bon sang, mais vous êtes cons ou quoi chez les fédéraux ? riposta Tony sans obéir à l'ordre donné.

-Très bien ! Vous venez juste de me donner une raison de vous arrêter pour insulte à l'encontre d'un représentant de la loi, ditGibbs en sortant ses menottes.

Il attrapa les deux bras de Tony pour les lui mettre dans le dos et referma les menottes autour de ses poignets. Il procéda ensuite à une rapide fouille mais il ne trouva rien de suspect sur le jeune garçon, hormis de l'argent et quelques capotes.

NIS, salle d'interrogatoire :

Franks et Gibbs observaient Tony à travers le miroir sans tain. Ce dernier avait été emmené dans une salle d'interrogatoire lors de son arrivée dans les locaux du NISet cela faisait maintenant deux bonnes heures qu'il attendait, les mains toujours menottées dans le dos, que quelqu'un daigne bien venir le voir. Il se tenait le dos bien droit et avait le regard fixé devant lui. Rien ne laissait deviner son état d'esprit actuel.

-Il faut reconnaître qu'il a du cran ce gosse, remarqua Franks. Bon, je pense qu'il est temps d'aller le cuisiner un peu. Je te laisse commencer l'interrogatoire, le bleu ?

-Ok, boss, dit Gibbs en sortant de la salle d'observation

-Vous n'avez pas le droit de me retenir là ! protesta Tony dès que Gibbs pénétra dans la pièce en ouvrant brusquement la porte.

-J'ai tous les droits, répliqua Gibbs en venant s'asseoir face à lui de l'autre côté de la table. Tony, c'est votre véritable prénom ?

-Ouais, du con, c'est mon vrai prénom !

Gibbs ne releva pas l'insulte et se contenta de croiser les mains sur la table.

-Vous devez bien avoir aussi un nom de famille.

-Comme tout le monde, mais c'est pas vos oignons !

« Ne t'énerve pas, mon vieux, c'est tout ce qu'il attend »

-Bien. Et vous avez quel âge exactement, Tony ? Vous ne pensez pas que vous êtes un peu trop jeune pour vous prostituer ?

-J'ai 21 ans ! répliqua sèchement Tony. Et non, je ne suis pas trop jeune !

-Vous faites ça depuis longtemps ?

-Pourquoi ? Vous envisagez de vous reconvertir ? Jouer au flic ne vous plait plus ? Je suis sûr que vous feriez une excellente pute avec ce corps et ces yeux-là !

« Décidément, ce petit con fait tout pour me mettre en rogne ! »

-Merci, mais ça ira. J'aime mon métier. Bon, revenons à nos moutons, dit Gibbs en ouvrant le dossier placé devant lui pour en sortir un cliché de la victime et le placer sur la table, face à Tony. Cet homme, c'était un de vos clients ? Il n'a pas été content de vos services et a voulu récupérer son fric. Vous avez échangé quelques coups et finalement vous avez sorti une lame et vous l'avez tué, c'est ça ?

Gibbs remarqua le léger trouble qui traversa fugacement le visage de Tony quand il regarda la photo, mais ce dernier se reprit aussitôt.

-Non, ce n'est pas un de mes clients. Je n'ai jamais vu ce mec et je ne l'ai pas tué. Regardez par vous-même, ce type fait le double de moi ! Comment j'aurais pu le tuer ? répliqua Tony en détournant les yeux des photos. Vous êtes des rigolos dans la police de la marine !

A ce moment-là, il lui sembla voir un éclair de peur. Malgré sa façade bravache, Gibbs fut certain que le gamin était terrifié, trop terrifié pour parler. Il connaissait sûrement l'assassin et savait qu'il finirait comme ce marine s'il s'avisait d'ouvrir sa gueule.

-Alors qui l'a tué ? insista l'agent du NIS

-Comment voulez-vous que je le sache ? Je ne suis pas madame Irma !

-Vous n'êtes peut-être pas madame Irma, mais vous étiez sur les lieux du crime.

-Vous devriez me relâcher, je ne suis au courant de rien ! s'entêta le garçon en baissant obstinément les yeux.

-Plusieurs témoignages fiables vous situent à proximité du lieu du meurtre à l'heure où ce marine à été tué ! s'exclama Gibbs en frappant du poing sur la table.

-Peut-être, mais ça ne fait pas de moi le coupable !

À ce moment-là, la porte s'ouvrit de nouveau à la volée et Franks entra dans la pièce.

-Je vais prendre la relève, agent Gibbs, dit-il en jouant le rôle du méchant flic.

Franks vint se placer juste derrière Tony, posa ses mains sur ses épaules et se pencha pour parler contre son oreille d'un ton menaçant, adoptant aussitôt le tutoiement pour marquer sa supériorité.

-Tu sais ce que je pense ? Je pense que tu as été un mauvais coup et que tu ne l'as pas sucé comme il voulait, tu ne l'as pas fait jouir. Alors, il n'a pas voulu te payer, c'est ça ? Et toi, tu l'as saigné comme un gros porc…

Tony déglutit péniblement et quelques gouttes de sueur commencèrent à perler sur son front. Franks, voyant que la carapace commençait à se fissurer, retint un petit sourire et jeta un œil entendu à Gibbs.

-Agent Gibbs, rappelez-moi combien il risque pour les charges de racolage sur la voix publique, prostitution et meurtre déjà ?

-Voyons… si le jury est clément, il en prendra pour perpète, sinon… c'est la peine capitale, boss.

-Je n'ai rien fait ! s'exclama de nouveau Tony en jetant un regard désespéré et suppliant à Gibbs.

-Oh mais si, tu as fait ! On a retrouvé tes empreintes partout sur la victime, bluffa Franks.

-Vous mentez ! Tout ce que vous cherchez à faire, c'est de me faire coffrer pour un crime que je n'ai pas commis !

-Ou alors, reprit Franks d'une voix toujours aussi menaçante, peut-être que tu lui as refilé de la mauvaise came. Il a voulu te casser la gueule et tu t'es défendu. Tu l'as tué juste pour sauver ta peau, de la légitime défense en somme. Les bleus que tu as aux poignets et sur le visage prouvent bien que tu as reçu des coups…

-J'ai peut-être reçu des coups, mais rien ne prouve que ça vient de votre gars ! Je vous l'ai dit, je ne le connais pas et je ne l'ai jamais vu, répondit Tony en reprenant un peu du poil de la bête.

-Très bien. Alors, si tu veux nous prouver que tu nous dis la vérité, tu va nous laisser releverles empreintes des marques que tu as autour des poignets pour les comparer aux mains du quartier-maître...

Tony comprit qu'il venait de se faire avoir en beauté. Maintenant, il se retrouvait coincé. S'il refusait le prélèvement, c'était comme s'il mettait une pancarte avec le mot « coupable » clignotant en grosses lettres au-dessus de sa tête.Il n'avait pas d'autre choix que d'accepter et prier pour que les résultats reviennent négatifs.

-Si ça vous amuse, maugréa-t-il à contrecœur entre ses dents.

-Gibbs, effectue les prélèvements et descends le tout au labo.

-Ok, boss.

Gibbs fit ce que son supérieur lui avait demandé avant de quitter la salle d'interrogatoire. Il revint dix minutes plus tard avec un sandwich et une bouteille d'eau qu'il posa sur la table devant Tony, que Franks avait laissé tout seul dans la pièce.

-Vous avez faim ? demanda-t-il tout en passant derrière le jeune homme pour libérer une de ses mains.

Il rattacha ensuite la seconde menotte à l'anneau prévu à cet effet et encastré dans la table.

Tony détourna son regard de l'agent Gibbs et se pinça l'arête du nez en inspirant fort avant de faire non d'un signe de tête.

-Quand est-ce que je vais pouvoir sortir d'ici ? J'ai pas que ça à faire ! tenta-t-il de nouveau.

-Ça, ce n'est pas à moi d'en décider, mais il va falloir au moins attendre les résultats du labo.

-Et ils vont en avoir pour longtemps ?

-Je vous dirai ça quand ils auront fini… à moins que vous ne vous décidiez à vous mettre à table.

-Je vais avoir besoin d'un avocat ?

-Vous pensez en avoir besoin ?

-J'ai rien fait !

Tony soupira et se mit à réfléchir à toute allure. Il fallait absolument qu'il sorte d'ici, et vite ! Ses mains commençaient à trembler sans qu'il ne puisse plus les maîtriser. Le manque de coke commençait à se faire ressentir et il n'allait pas tarder à faire une crise. Il sentait déjà les battements de son cœur s'accélérer et des gouttes de sueur se former sur son front.

Tous ces signes précurseurs d'une crise de manque n'échappèrent pas à Gibbs non plus. Il retourna s'asseoir face à Tony et l'observa en silence.

Tony finit par en arriver à la conclusion que, s'il admettait avoir vu la victime et avoir tenté de la sauver en occultant complètement la partie contenant le Tsar, ils le laisseraient peut-être repartir.

-Bon, écoutez, ok c'est vrai, j'ai bien vu votre gars. Il était là, dans le recoin, et il pissait déjà le sang quand je suis arrivé. J'ai essayé de comprimer l'hémorragie, mais j'ai rien pu faire. Alors, j'ai appelé les secours et je me suis barré en vitesse, c'est tout. J'ai rien vu d'autre ! dit-il en regardant Gibbs droit dans les yeux.

Celui-ci resta silencieux et observa le jeune homme. Son instinct lui disait que ce dernier lui disait la vérité, du moins en partie. Le côté où il prétendait avoir essayé de stopper l'hémorragie avant d'appeler le 911 était vrai. Par contre, et il en était certain, quand Tony prétendait n'avoir rien vu, il mentait. Il savait parfaitement qui avait poignardé le quartier-maître mais il paraissait tellement terrifié par l'idée de ce que ce type lui ferait certainement s'il venait à apprendre qu'il l'avait dénoncé, qu'il serait sûrement impossible de le faire parler.

Ça se lisait dans ses yeux.

-T'es en manque ? demanda-t-il finalement, même s'il connaissait parfaitement la réponse à sa question, rien qu'en regardant Tony trembler, s'agiter et ruisseler de sueur.

-...

-Tu prends quoi, coke, crack, héroïne ? Les trois ?

-...

-Bien comme tu veux. Tâche juste de ne pas claquer pendant ta garde à vue.

-Pourquoi ? Vous avez déjà dépassé votre quota mensuel de suspects morts en garde à vue ? ricana Tony, mais son ton geignard, dû à son état de manque, enleva le côté caustique de la réplique.

Sans ajouter un mot, Gibbs sortit de la pièce et appela le légiste. Il voulait savoir si le gamin pourrait tenir le coup encore quelques heures, où s'il fallait lui faire faire une injection de méthadone pour calmer sa crise.

Quand Gibbs retourna dans la pièce, il trouva Tony plié en deux sur sa chaise. Il se tenait le ventre de sa main libre et avait les traits de son visage crispés. Il semblait vraiment souffrir le martyr.

Gibbs vint s'agenouiller près de lui et lui posa une main sur l'épaule.

-À quand remonte ta dernière prise ? lui demanda-t-il gentiment

-...

-J'ai fait appeler un médecin, tu vas pouvoir rapidement avoir un substitut.

Effectivement, un quart d'heure plus tard, Ducky arriva avec une dose de méthadone et l'injecta à Tony, dont l'état de manque se faisait encore plus ressentir. Le légiste regarda avec pitié l'état du bras du jeune homme. Tony passa une bonne demi-heure avec des douleurs et des sueurs froides avant que le substitut ne fasse enfin effet et que le jeune garçon retrouve enfin son calme.

Franks n'apprécia pas du tout l'initiative de son jeune subordonné. En effet, il comptait jouer sur l'état de manque de Tony pour l'obliger à cracher le morceau en lui faisant miroiter sa libération et par ce fait, la possibilité de se soulager. Il lui passa donc un savon d'anthologie, furieux de voir son témoignage lui échapper. Effectivement, rien dans les indices et dans les retours de prélèvements ne pouvait laisser supposer que le jeune homme avait pris une quelconque part dans le meurtre du marine, hormis les déclarations de témoins quant à sa présence à proximité des lieux. Ils durent donc se résoudre à le relâcher sans avoir de réponses à leurs questions.

Au moment où Tony s'apprêtait à repartir, Gibbs le rappela.

-Tenez, prenez ça, dit-il en lui tendant une de ses cartes. Si vous avez besoin de moi, vous pouvez m'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, je serai là.

Tony dévisagea l'agent avec méfiance, cherchant vraisemblablement où se trouvait le piège.

-J'ai pas besoin de votre foutue carte de merde ! gronda-t-il tout en jetant la carte sur la table.

Gibbs la ramassa et posa sa main sur le bras du jeune garçon qui s'apprêtait à ouvrir la porte de la salle d'interrogatoire.

-Prenez-là, insista-t-il doucement, tout en glissant la carte de visite dans la poche de sa veste avec un billet de 50 dollars. Mets-toi un vrai repas dans le ventre.

Tony sortit sans ajouter un mot et sans un regard derrière lui.