Merci beaucoup pour vos com's. Je suis contente que cette fic vous plaise, car j'ai bien du mal à la finir, j'arrive à un chapitre important et c'est pas évidant.

Chapitre 8: à tort ou à raison

Suite du flash back précédent:

Gibbs était enfin rentré chez lui après une dure journée et il buvait un bourbon pour décompresser un peu. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Tony. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose chez le jeune garçon l'avait touché. Peut-être était-ce cette fragilité qu'il cachait sous ses airs bravaches mais qui transparaissait parfois brièvement dans son regard. Peut-être était-ce cette intuition qu'il avait, que la vie ne lui avait pas fait de cadeau…

La sonnerie de son téléphone le tira de ses réflexions. Il fronça les sourcils, qui pouvait bien l'appeler à une heure pareille ? Un coup d'œil sur le numéro entrant ne lui apporta pas la réponse, c'était un numéro qui lui était totalement inconnu.

« Peut-être Tony ? » pensa-t-il en décrochant.

-Gibbs, j'écoute !

-Agent Gibbs, du NIS ?

L'intonation à l'autre bout du fil était celle d'un homme mature, définitivement pas celle du gamin qu'il avait eu en face de lui toute la journée en salle d'interrogatoire.

-Oui, et vous êtes ?

-Bonsoir. Docteur Coulbri de l'hôpital général à l'appareil. Nous venons d'admettre un jeune homme qui a été retrouvé laissé pour mort dans la rue. Il n'avait aucun papier d'identité sur lui. La seule chose que nous ayons trouvée est votre carte de visite. Vous nous seriez d'une grande aide si vous pouviez passer pour identifier le patient.

À ces mots, Gibbs sentit une chape de plomb lui tomber sur l'estomac.

« Tony ! »

En effet, de qui d'autre aurait-il pu s'agir ?

-Bien sûr docteur, j'arrive de suite, dit-il avant de raccrocher.

« Putain ! Je le savais que tu étais mort de peur, que tu connaissais l'assassin du quartier-maître ! Je n'aurais jamais dû te laisser retourner dans la rue ! Maintenant tu risques de mourir ! »

Quand il arriva en vue de l'hôpital, il gara sa voiture dans le premier emplacement venu et se dirigea vers l'entrée à petite foulée. Une fois à la réception, il présenta son insigne à l'infirmière de garde et l'informa que le Dr Coulbri venait de l'appeler. Celle-ci lui demanda de patienter quelques minutes et, effectivement, peu de temps après une autre infirmière vint le chercher pour l'accompagner aux services de soins intensifs.

Le médecin le fit entrer dans la chambre où avait été installé l'inconnu. Malgré les nombreuses contusions recouvrant la quasi-totalité de son visage, le bandage autour de sa tête et le tube enfoncé dans sa gorge pour lui permettre de respirer, il reconnut immédiatement le jeune Tony.

-Il s'appelle Tony, mais je ne connais pas son nom de famille, informa-t-il le médecin. Il prétend avoir 21 ans et il a été entendu en qualité de témoin dans une affaire de meurtre, aujourd'hui même. C'est malheureusement tout ce que je peux vous apprendre sur lui, conclut Gibbs avant d'ajouter Quelle est la gravité de ses blessures ?

Le médecin ne put retenir une légère grimace en lui énumérant la liste des blessures dont souffrait Tony.

-Il souffre d'un sérieux traumatisme crânien, a trois côtes fêlées et une de cassée. Un de ses reins a été fortement atteint et, à l'heure actuelle, on ne sait pas encore s'il va le perdre ou pas. Il a une double fracture ouverte à la jambe gauche et son épaule droite est également fracturée. Quant à son foie, il a été atteint d'un coup par arme blanche. Son état général est jugé critique pour le moment, acheva le médecin.

Gibbs resta silencieux et digéra les nouvelles qu'il venait d'apprendre quand le médecin reprit la parole.

-Sur les examens et les radios que nous avons effectués, nous avons relevé des traces de fractures nettement antérieures à celles dont il souffre actuellement, dit-il tout en lui indiquant du doigt des points sur les radios. Elles datent d'environ entre 1 an et 5 ou 6 ans pour les plus anciennes.

Il lui jeta un coup d'œil significatif pour lui faire comprendre le fond de sa pensée.

-Vous pensez qu'il a souffert de maltraitance ?

Le médecin hocha affirmativement la tête.

-Je ne pense pas, j'en suis sûr…Vous dire à quand remontent les premiers coups je ne le peux pas, mais les coups les plus violents oui. Oh, et encore une chose son développement osseux indique qu'il n'a pas terminé sa croissance. Je peux donc vous affirmer de façon catégorique qu'il a moins de 21 ans. Je lui donnerais 17-18 ans au maximum, pas plus. On a également retrouvé d'importantes traces de cocaïne dans son système… Je dirai que sa dernière injection remonte à peine à deux heures. Et, vu l'état de ses sinus, il sniffe souvent.

Gibbs ferma les yeux et secoua la tête.

-Je sais. Il a fait une crise de manque aujourd'hui pendant qu'on l'interrogeait et on a dû lui faire une injection de méthadone pour le calmer. Quand pensez-vous savoir s'il va s'en tirer ?

-C'est difficile à dire. Pour le moment, il est plongé dans un coma léger mais il réagit aux stimuli extérieurs, donc c'est plutôt encourageant. On en saura un peu plus une fois qu'il aura passé la nuit…

« S'il la passe » flotta entre eux tandis qu'ils se faisaient simultanément la même réflexion.

Sur ce, le médecin le salua et prit congé. Une fois seul dans la chambre, Gibbs s'installa sur une chaise aux côtés du jeune garçon.

-Désolé, gamin, murmura-t-il en contemplant le corps recouvert de bleus, de bandages.

Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui et releva la tête. C'était Franks. Il l'avait appelé pour le prévenir avant de partir pour l'hôpital.

-Il va s'en sortir ? demanda ce dernier en désignant Tony d'un signe de tête.

-Pas sûr, répondit Gibbs avant d'exploser. Faut vraiment qu'on retrouve le type qui l'a mis dans cet état. Putain ! Le médecin vient de me dire qu'il n'avait pas plus de 17 ou 18 ans ! Tu te rends compte, ce n'est qu'un gosse ! Je n'aurais jamais dû le laisser filer sans lui fournir une protection. Je sentais qu'il avait la trouille. Je me doutais que le type qui a tué le quartier-maître allait s'en prendre à lui.

-Le bleu, tu te laisses trop déborder par tes sentiments, le coupa Franks d'un ton catégorique. Ce gamin, c'est de la mauvaise graine ! Ce qui lui est arrivé aujourd'hui, ça lui serait de toute façon arrivé un jour où l'autre. S'il ne meurt pas pour avoir été tabassé au coin d'une rue, ça sera d'une overdose ou du sida.

Gibbs secoua négativement la tête.

-Celui-là, il est différent des autres. Je suis sûr qu'avec un peu d'aide, il pourrait s'en sortir.

Franks se contenta de répondre avec un reniflement de dédain et décida de ne pas insister. Son agent se rendrait compte bien assez vite de son erreur de jugement, dès que ce morveux serait réveillé pour être exact. Il décida donc de se concentrer sur le boulot et de laisser ce sujet de côté.

-Il va falloir retourner sur les lieux où il a été retrouvé et essayer de trouver des informations sur son agresseur. Il y a de fortes chances pour que ce soit le même type qui a tué notre quartier-maître. Allez, viens le bleu, allons-y. De toute façon, tu ne lui seras d'aucune utilité en restant le cul planté sur cette chaise.

Gibbs retint la remarque acerbe qui lui montait aux lèvres. Son patron avait raison, il serait plus utile à Tony en essayant de mettre la main sur son agresseur pour s'assurer qu'il soit hors d'état de nuire qu'en restant assis ici à ne rien faire.

Il se leva donc pour le suivre hors de la pièce tout en se promettant de revenir prendre des nouvelles du jeune garçon.

La première soirée et la journée qui suivirent l'agression de Tony ne donnèrent rien. Gibbs avait cependant réussi, au prix de beaucoup d'argumentations, à convaincre Franks de mener l'enquête conjointement avec les services spéciaux d'aides aux victimes.

Il continuait à être persuadé que Tony n'était qu'une victime dans toute cette histoire alors que Franks pensait l'exact opposé. Pour lui, Tony n'était qu'une petite racaille pourrie jusqu'à l'os et prêt à tuer père et mère pour avoir sa dose de coke, mais devant l'obstination de son subordonné, il avait fini par céder.

Après une journée éreintante de recherches et d'interrogatoires qui avaient tous fini dans une impasse, Gibbs retourna à l'hôpital pour prendre des nouvelles du garçon. Il avait eu le médecin au téléphone dans le courant de la journée et celui-ci l'avait informé que Tony avait eu plusieurs brefs moments de réveil très confus.

Quand il poussa la porte de la chambre, il fut fortement choqué de découvrir que le jeune homme avait été attaché au lit à l'aide de contraintes. Il se contorsionnait sur son lit, tremblant et gémissant, et semblait être en proie à une intense douleur.

Furieux, il ressortit aussitôt de la pièce et se précipita vers le bureau des infirmières.

-Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Qu'est-ce que vous lui avez fait ? ! beugla t-il à l'encontre de la première infirmière qu'il croisa.

Celle-ci croisa les bras et lui fit face, pas du tout impressionnée par son éclat de voix. Depuis vingt ans qu'elle faisait ce métier, elle était habituée à devoir faire face aux proches des patients pas toujours aimables. Elle attendit patiemment que l'homme comprenne qu'il n'aurait pas de réponse de sa part tant qu'il ne se serait pas calmé un peu avant de lui expliquer la raison pour laquelle Tony était attaché sur son lit.

-Il est en état de manque, et la méthadone met environune bonne demi-heure avant d'agir. Ça peut vous paraître barbare de le voir attaché sur son lit en train de se tordre de douleur, mais c'est simplement pour éviter qu'il ne se blesse. Malheureusement le manque de personnel ne nous permet pas de rester à ses côtés pendant les crises, donc il doit vivre ça seul.

-Est-ce que vous pourriez me donner de quoi le rafraîchir, s'il vous plait ? reprit Gibbs d'une voix plus calme. Je pense que ça le soulagera un peu.

-Je vous apporte ça de suite, monsieur sourit-elle.

Gibbs retourna dans la chambre et s'avança jusqu'au lit pour prendre la main du jeune homme.

-Tu n'es plus seul, chuchota-t-il pour le rassurer

Dix minutes plus tard, l'infirmière lui apporta une bassine d'eau fraîche et une petite éponge.

-Merci.

Il s'empara de l'éponge et la passa sur les bras et sur le visage en sueur de Tony pour tenter de le rafraîchir, tout en lui parlant d'une voix apaisante. Au bout d'un moment, les spasmes finirent par se calmer un peu, donnant un instant de répit au jeune garçon.

Entre deux l'infirmière passa vérifier l'électrocardiogramme et la respiration du patient et fut satisfaite de voir qu'il s'était calmé.

Le Lendemain :

Leur enquête se révéla compliquée. Personne ne semblait avoir rien vu ou entendu et dès qu'ils posaient des questions sur le « protecteur » de Tony, cela empirait. Ce type avait l'air d'être craint comme la peste et tout le monde semblait terrifié.

Ils finirent cependant par tomber sur une vieille clocharde d'un âge indéterminable qui semblait s'être prise d'affection pour Tony et était désolée de ce qui lui était arrivé. Elle leur parla d'un homme grand, blond et costaud qui se faisait appeler le Tsar et qui était connu comme le loup blanc dans le quartier.

-Vous comprenez, leur confia-t-elle, je suis vieille maintenant, ma vie est presque finie. Alors, je n'ai pas peur de parler. Si jamais il me tombe dessus, ça sera plus une délivrance qu'une calamité pour moi. Ce n'est plus de mon âge de fouiller les poubelles pour trouver de quoi me nourrir et de dormir sur les bancs. J'aimerais bien rejoindre mon Bernie, là où il repose en paix. Mais tous ces jeunes qu'il exploite en les mettant dans la rue ou en leur vendant sa saloperie, ils ont leur avenir devant eux... Et puis, ce petit Tony est tellement charmant avec moi… il a toujours un mot gentil et il me donne toujours un petit quelque chose à manger quand il me voit. Si c'est pas malheureux ce qui lui est arrivé…

Gibbs ne put empêcher de sentir son cœur se serrer devant ce témoignage et il pria de toutes ses forces pour que cette vieille clocharde n'ait pas à payer de sa vie ce qu'elle venait de leur confier. Il ne pouvait malheureusement rien faire pour elle. Il lui avait bien suggéré de lui fournir une protection mais elle lui avait répondu que sa vie était ici et que c'était là qu'elle voulait la terminer. Il prit donc la résolution de tout faire pour mettre la main sur ce « Tsar ». C'était le seul moyen de la sauver, et de sauver Tony par la même occasion.

Avec cette précieuse information en main, ils retournèrent au QG du NIS et entamèrent des recherches sur le Tsar. Ils ne tardèrent pas à découvrir à quel drôle d'oiseau ils avaient à faire. Ce type était soupçonné de proxénétisme, de trafic de drogue, de meurtre, de racket, de chantage… la liste était plutôt longue, mais personne n'était jamais parvenu à rassembler des preuves suffisantes pour l'inculper. Il était pire qu'une savonnette et se glissait sans arrêt entre les mailles du filet… Sa vitrine officielle était un club privé, bien sous tous rapports et au-dessus de tout soupçon, dont il était le propriétaire.

Cependant, au bout de trois jours d'investigations intensives où ils continuèrent à creuser et firent appel à tous leurs indics et à toutes leurs connaissances, ils parvinrent finalement à en avoir suffisamment pour pouvoir obtenir un mandat de perquisition pour son club.