Chapitre 9 identité.

Flash back : suite flash back précédent

Club du Tsar :

À leur arrivée, ils furent accueillis par le propriétaire des lieux qui lut le mandat qui lui était présenté en ricanant.

-Je vous en prie, messieurs, faites. Mais vous ne trouverez rien ici. Je suis un citoyen parfaitement honnête.

Gibbs ressentit aussitôt une profonde répulsion en regardant ce type. Il était grand, bien bâti et, avec son costume luxueux taillé sur mesure, il puait l'argent sale à dix kilomètres à la ronde. Et cet air imbu de lui-même, se croyant au-dessus des lois, lui donna envie de lui casser la gueule.

Il se contint à grand peine et n'en fut que plus déterminé à retourner cet endroit de fond en comble. Il descellerait les briques de ce trou à rats une par une s'il le fallait, pour trouver des preuves. Ce connard ne savait pas à qui il avait à faire, foi de Gibbs !

Son obstination finit par payer. Après plusieurs heures de fouilles minutieuses sous le regard goguenard du Tsar, il finit par trouver un coffre extrêmement bien camouflé derrière un pan de mur. S'il n'avait pas été aussi motivé, cela lui aurait sûrement échappé mais son désir de sauver la vieille clocharde qui les avait renseignés – mais surtout sa volonté de sortir Tony des griffes de ce salopard – avait aiguisé son sens de l'observation déjà très développé.

Il ne put retenir un léger sourire de triomphe en voyant le Tsar pâlir légèrement quand il découvrit le coffre de taille conséquente. Il lui ordonna de composer son code secret, mais ce dernier refusa d'obtempérer. Il attendit donc l'arrivée d'un spécialiste qui parvint à ouvrir la porte en moins de deux.

Comme il fallait s'y attendre, le contenu du coffre se composait de liasses de billets, de bijoux de valeur, de quelques sachets de drogues, d'un monceau de paperasses ayant certainement trait aux différents trafics de leur individu ainsi que d'un poignard soigneusement enveloppé dans un tissu. Des documents sur chacun des ses employés, les lieux où ils tapinaient, des carnets de rendez-vous où se trouvaient des noms de personnes plus ou moins influentes, et le ou la prostitué demandé par la dite personne.

Rien que la drogue était suffisante pour mettre le Tsar en état d'arrestation et Gibbs se fit un plaisir de lui lire ses droits pendant qu'un policier se chargeait de le menotter avant de l'emmener. Les experts scientifiques entreprirent ensuite d'empaqueter et de marquer tous les objets contenus dans le coffre pour les ramener au QG du NIS.

Pendant ce temps, une seconde fouille s'amorçait. Au vu des découvertes, le juge délivra un second mandat leur permettant de fouiller les bâtiments annexes du club. C'est ainsi qu'ils purent fouiller le bâtiment où le Tsar faisait dormir ses « employés ». Chaque numéro de chambre était répertorié avec le prénom de la personne qui l'occupait. Gibbs voulu s'occuper personnellement de la chambre appartenant à Tony.

Il entra dans une petite pièce sombre et étouffante. Gibbs était persuadé qu'en hiver cette chambre devait être un vrai frigo. Les murs étaient tâchés, ça et là, de moisissures. La chambre était tout aussi miteuse que le reste de l'immeuble, où il avait croisé un rat courant dans le couloir.

La chambre était très spartiate : une table où était posé un petit réchaud à gaz. Une étagère avec quelques boîtes de conserves, une assiette avec une timbale et des couverts, quelques livres en plus ou moins bon état, une chaise branlante, un lit en métal où reposaient un fin matelas de très mauvaise qualité et une couverture. Il trouva aussi un cahier avec de très beaux dessins, dont notamment celui d'une femme et d'autre beaucoup plus sombres, où une âme tourmentée avait laissé son empreinte. Des cahiers écrits, à ce qu'il pouvait en juger, en Italien ou en Espagnol. Il empaqueta tout, se faisant la réflexion de la morbidité des lieux. C'est au moment où il s'apprêtait à quitter la chambre qu'il remarqua qu'une brique dans le mur ressortait. Il la tira pour trouver une boite métallique où se trouvait tout le nécessaire pour un shoot. Il mit la boite dans un sachet de preuves et quitta ces lieux repoussants.

Gibbs était dans la pièce où étaient consignées les preuves, occupé à inventorier les différents documents qui avaient été saisis dans le coffre du Tsar.

Soudain, il tomba sur le dossier que tenait le Tsar sur Tony : une sorte de fiche d'identité avec sa date de mise en circulation sur le trottoir, les lieux où il devait tapiner et combien il lui rapportait chaque semaine. Il découvrit avec horreur que le gamin vivait cet enfer depuis dix huit mois. Une enveloppe était glissée dans une des pochettes transparentes du classeur. Il sentit son cœur bondir dans sa poitrine et l'ouvrit avec fébrilité avant d'en verser le contenu sur la table. Elle ne contenait pas grand-chose : deux passeports : un américain, l'autre italien, le jeune garçon avait donc une double nationalité, une carte d'identité… et une vieille photo jaunie par le temps représentant une jeune femme tenant un petit bébé dans ses bras. La jeune femme ressemblait étrangement au dessin sur le cahier trouvé quelques heures plus tôt dans la chambre de Tony. En vérifiant la pièce d'identité, il découvrit que Tony avait à peine 15 ans et demi, que son nom de famille était Doërti-DiNozzo et qu'il était originaire de New-York.

« 15 ans et demi? Ce qui signifiait qu'il avait à peine quatorze ans quand tout ça avait commencé. Comment ce salopard a-t-il pu le jeter sur le trottoir et le droguer? Ce n'est qu'un enfant…il n'a même pas le double de l'âge de Kelly ! Et ses parents, ils sont où ses parents ? Comment ont-ils pu laisser ça se produire ? Encore que, d'après ce que m'a dit le médecin, il ne devait pas être mieux loti chez lui, sinon il ne serait pas enfui pour venir ici. Pauvre gosse ! »

Gibbs fut vraiment révolté par ce qu'il venait tout juste de découvrir et fut plus décidé que jamais à essayer d'aider Tony.

En continuant à parcourir les affaires, ils découvrirent que les trois quarts des prostitués étaient mineurs et à majorité masculine. Le Tsar louait ces gamins à des gens bien fortunés pour une nuit, un week-end, ou bien plus.

Retour McGee/Tony

-T'endors pas Tony, continue à me parler. Qu'est-ce qui s'est passé après ton réveil?

Tony rouvrit péniblement les yeux et regarda McGee d'un regard trouble;

Flash back:

Chambre d'hôpital

Gibbs pénétra dans la chambre et Tony, en découvrant l'identité de son visiteur, détourna la tête. Il allait beaucoup mieux et ses crises de manque étaient maintenant moins violentes et plus espacées.

-Je crois que ceci t'appartient, Anthony Dominic Doërti-DiNozzo, dit l'ex-marine en posant l'enveloppe contenant les papiers d'identité du mineur sur la tablette près du lit.

Tony ne réagit même pas en l'entendant prononcer son nom en intégralité et ne jeta même pas un coup d'œil sur l'enveloppe.

-Et j'ai pensé que tu aimerais aussi récupérer ceci.

Il lui tendit alors la photo de la jeune femme et du bébé. Tony prit le cliché et le contempla. Son regard, d'abord bouleversé, devint tout à coup furieux.

-Vous n'aviez pas droit ! cria-t-il à Gibbs en le fusillant du regard.

Celui-ci resta parfaitement calme et demanda.

-C'est ta mère ?

Tony ferma les yeux pour retenir les larmes qui menaçaient de couler s'il n'y prenait pas garde.

-Foutez-moi la paix, dégagez d'ici.

-Non, je n'irai nulle part. Ma place est ici, auprès de toi. Tu as besoin d'aide, Anthony.

-Je n'ai pas besoin d'aide, je n'ai besoin de personne ! Et arrêtez de m'appeler Anthony, mon nom est Tony !

-Ce n'est pas vrai, tu as besoin d'aide. Un gamin de quinze ans et demi ne devrait pas être dans la rue à se prostituer pour tenter de survivre, ni se droguer pour échapper à sa misérable existence. Tu crois que la femme sur cette photo voulait ça pour son fils ?

-Lâchez-moi ! Foutez-moi la paix ! Je ne veux plus entendre parler de vous ! Vous ne connaissez rien de ma vie, de ma mère ou de ce qu'elle aurait voulu pour moi.

Quelques larmes finirent par se frayer un chemin entre ses paupières pour rouler le long de ses joues.

-Tu sais que, comme tu es mineur, je vais devoir appeler tes parents, n'est-ce pas ? l'informa Gibbs.

Tony se contenta de hausser les épaules d'un air désabusé.

-Pfff, vous pouvez l'appeler. De toute façon, il n'en a rien à foutre de moi.

-De qui parles-tu, Tony ? De ton père ?

-...

Gibbs ne se découragea pas devant son mutisme et continua à le questionner

-Et où se trouve ta mère ?

-...

-Tony, je t'ai posé une question. Où est ta mère ? insista Gibbs

Cette fois-ci, le jeune garçon finit par lui répondre en le regardant avec un désespoir qui lui glaça le sang

-Là où je devrais être actuellement…à six pieds sous terre, garda-t-il pour lui

-Tony, je ne suis pas ton ennemi, dit finalement Gibbs sans oser poser une main sur son épaule. Je suis ici pour t'aider.

-Ouais, je vois ça ! Vous m'avez déjà aidé à me retrouver dans ce lit d'hosto. Je vous avais demandé de me laisser tranquille mais vous ne m'avez pas écouté. Si vous l'aviez fait, je ne serais pas là !

-Et tu penses que c'est une vie de devoir faire le trottoir à longueur de journée et de se shooter ? Tu crois que je n'ai pas compris à quel point ça te dégoûtait de devoir coucher avec tous ces vieux porcs ? Est-ce que tu te fais vomir à chaque fois qu'il y en a un qui t'éjacule dans la bouche ? Ou est-ce que l'autre jour était une exception ? s'énerva Gibbs en retenant l'envie qu'il avait de le secouer pour lui faire rentrer du plomb dans la cervelle.

-C'est peut-être pas une vie, mais c'est la mienne. Et personne n'y changera rien répondit Tony d'un ton cynique tout en rentrant la tête dans les épaules, les larmes au bord des yeux. Tout à coup, il n'y avait plus rien du jeune effronté qui avait réponse à tout. Il ne restait plus qu'un môme perdu et abandonné. Sa détresse toucha Gibbs de plein fouet et il se calma aussitôt.

« Comment peut-on être aussi cynique et désabusé à seulement 15 ans ? Normalement, c'est l'âge de l'insouciance. Toi, tu as déjà vécu le pire. Comment te convaincre que la vie n'est pas que ça, qu'il n'y a pas que des pourris, mais aussi des gens bien, que tu peux aspirer à un avenir meilleur ?... »

-Tu sais, tu n'as plus rien à craindre, le rassura-t-il. Ton mac est derrière les barreaux. On a retrouvé la dague qui a servi à tuer le marine et qu'il a également utilisée pour te poignarder. Maintenant, j'ai juste besoin de ta déposition. Il faudrait que tu nous dises comment tu t'es retrouvé à devoir faire le trottoir et aussi, ce qu'il s'est exactement passé le soir du meurtre du quartier-maître et le soir de ton agression.

-Y a rien à dire.

Tony détourna le regard, semblant soudain très intéressé par ce qui se passait à l'extérieur.

-Tony, je me doute que ce n'est pas facile pour toi, mais on a besoin de savoir.

-Ce n'est pas à vous de vous occuper de ça. Je ne suis pas un marine, ni le fils d'un marine.

-Je sais, je suis juste là pour recueillir ta déposition. Si ce n'est pas moi, ce sera un inspecteur de la section de l'unité spéciale pour les victimes. Il faut que tu comprennes que plus il y aura de témoignages l'incriminant, plus il écopera d'une lourde peine. Et tu es le seul témoin du meurtre, tu es le seul qui puisse l'envoyer derrière les barreaux pour longtemps.

-Je pensais que vous aviez retrouvé l'arme, ça suffit non, pour le faire accuser du meurtre ! À quoi ça sert que je témoigne ? !

Cette simple remarque confirma à Gibbs ce dont il était déjà intimement persuadé, à savoir que Tony avait bel et bien assisté au meurtre du quartier-maître.

-On a retrouvé la dague, effectivement et, malgré qu'elle ait été soigneusement lavée, on a même réussi à y retrouver des traces de ton sang et de celui de notre victime. Malheureusement, il n'y a aucune empreinte sur le manche et Andreï Narishkin prétend qu'elle ne lui appartient pas et qu'il la gardait juste pour rendre service à un ami, qu'il ignorait complètement qu'elle avait servi à commettre un meurtre et une tentative de meurtre. Il a un soi-disant alibi et tu es notre seule chance de le faire tomber pour meurtre.

- Andreï Narishkin ? répéta Tony en fronçant les sourcils

-C'est le vrai nom du Tsar, l'informa Gibbs

-Franchement, vous croyez vraiment que les jurés vont me croire ? Je ne suis qu'un gamin qui se prostitue, se drogue, et revend même de la came. C'est plutôt moi qu'ils vont envoyer derrière les barreaux, pas le Tsar. Je le connais, il va les embobiner et leur dire que c'est moi qui aie planté ce mec… et ils vont le croire, parce qu'il a plein de relations haut placées.

-Tu n'es pas un criminel, Tony mais une victime. Je serai là pour te soutenir et le procès se tiendra à huit clos parce que tu es mineur. Alors réponds-moi, comment as-tu connu le Tsar ?

Tony secoua négativement la tête avec un air buté. Il ne pouvait pas, ou plutôt il ne voulait pas parler de ça, surtout pas devant des inconnus. Ça ne regardait personne de savoir qu'il avait pleuré et supplié le Tsar en vain pour ne pas devoir se prostituer et qu'il s'était fait violer pour être dépucelé, qu'il était malade à chaque fois qu'il devait offrir son corps à un inconnu, qu'il avait été drogué à son insu jusqu'à ce qu'il devienne accro et accepte de faire n'importe quoi pour avoir ses doses quotidiennes. Il avait tellement honte et se sentait tellement sale qu'il ne voulait pas se rappeler de tout ça devant des gens qui le jugeraient, le prendraient en pitié ou seraient dégoûtés par lui et par sa faiblesse. Non, il ne pouvait pas….

A ce moment-là, un médecin entra dans la chambre pour prodiguer les soins qu'exigeaient les blessures de Tony et ce dernier retint à peine un soupir de soulagement.

Gibbs dut se résoudre à sortir, enfin il n'eut pas vraiment le choix car le médecin lui demanda fermement de quitter la pièce pendant qu'il s'occupait de son patient..

-Je repasserai ce soir, informa-t-il Tony en lui jetant un regard pénétrant qui disait « Je n'en ai pas fini avec toi »

Tony haussa les épaules et détourna les yeux.

-Si vous n'avez rien d'autre à faire…

Retour extérieur:

-Je n'aurais jamais pensé que Tony ait vécu un enfer pareil ! Qu'est-ce que tu as fait après avoir quitté l'hôpital, tu as eu le père de Tony ?

Flash back

De retour dans les locaux du NIS, avec l'adresse sur le passeport et la carte d'identité, il lui fut aisé de trouver le numéro de téléphone des parents de Tony.

-Résidence Doërti, Rosita à votre service.

« Résidence Doërti ? Ça ne plaisante pas ! »

-Bonjour Madame. Je souhaiterais parler à Mr ou à Mme Doërti C'est au sujet de leur fils, Anthony.

-Je suis désolée, monsieur, mais Monsieur Doërti est actuellement à son bureau et Madame Doërti est morte depuis cinq ans. Comment va Anthony ? Il ne se plait plus en Italie ?

« Cinq ans ? Justement la date à laquelle correspondent les traces les plus anciennes de maltraitance, selon le médecin. Ton père a donc commencé à te taper dessus après la mort de ta mère ? Pauvre gosse, tu as perdu ta mère et ton père s'est mis à te cogner. Pas étonnant que tu aies fugué. Et puis c'est quoi cette histoire d'Italie ? »

-Je ne peux pas parler de ça avec vous, Madame, je suis désolé. Pourriez-vous me donner un numéro de téléphone où je pourrais joindre rapidement Mr Doërti, s'il vous plait ? C'est urgent.

Une fois qu'il eut noté le numéro que la gouvernante lui dictait, Gibbs la remercia avant de raccrocher. Il reprit de suite le combiné et composa le numéro du bureau de Mr Doërti, le père d'Anthony.

Il tomba sur une secrétaire l'accueillant avec un « Entreprise Doërti, Sandra à votre service »

« Décidément, ce Mr Doërti est un homme qui ne manque pas de moyens… »

Au bout de cinq minutes, il parvint enfin à joindre l'homme à qui il voulait parler. Ce dernier prit la ligne et lui répondit d'une voix hautaine.

-Il parait que vous désirez me parler et que c'est urgent ? Faites vite, je n'ai pas que ça à faire !

« Aussi charmant que son fils… au moins, je sais de qui il tient son agréable caractère ! »

-Mr Doërti, Je suis l'agent Gibbs du NIS, à Washington. Je vous appelle car nous venons de retrouver votre fils Anthony. Il est à l'hôpital et grièvement blessé.

-Je vous stoppe tout de suite, agent Gibbs, je n'ai pas de fils. Ma femme a effectivement eu un bâtard en ayant une aventure extra conjugale, mais ce qui peut bien arriver à cette petite vermine n'est absolument pas mon problème et ne m'intéresse pas. Je l'ai déshérité et définitivement rayé de ma vie.

Sur ces mots, et sans même le saluer, Mr Doërti lui raccrocha au nez. Gibbs contempla le combiné avec stupéfaction.

« Non mais quel salopard ! Je viens de lui annoncer que son fils est gravement blessé et il n'en a rien à foutre ? Des types comme ça ne devraient pas avoir le droit de se reproduire ! Il ne sait pas la chance qu'il a que son enfant soit toujours en vie. »

Tout à coup, il comprit mieux le comportement de Tony. Avec un père pareil, pas étonnant que ce gamin soit aussi paumé et désespéré. Surtout qu'il n'avait franchement pas eu de chance. Il avait fui un fumier pour tomber sur un autre fumier encore pire que le premier, qui l'avait exploité sans états d'âme.

« Pas étonnant qu'il considère tous les hommes adultes comme des salopards et qu'il ne fasse plus confiance à personne. Mais je vais te prouver que tous les hommes ne sont pas comme ça, qu'ils y en a qui peuvent offrir amour, protection et réconfort. Oui, je te ferai changer d'opinion… »

Fort de sa résolution, il appela aussitôt le bureau du juge pour enfants pour connaître les démarches à effectuer afin de pouvoir être nommé tuteur légal.

Quand il revint le soir, Tony était réveillé et regardait la télé.

-Encore vous, commenta-t-il quand Gibbs entra dans la chambre avant de retourner son attention vers l'écran.

-Je t'avais dit que je reviendrais, remarqua tranquillement l'agent du NIS.

Il laissa le silence s'écouler un peu avant d'ajouter d'un ton neutre.

-J'ai eu ton père au téléphone.

-Ce n'est pas mon père ! Je ne suis qu'un bâtard, il a bien dû vous le dire ! rétorqua vivement Tony.

-Effectivement, il m'a dit ne pas être ton père, agréa Gibbs. Tu le crois ?

Tony acquiesça de la tête avant de continuer d'une voix étranglée.

-J'avais huit ans quand ma mère m'a annoncé qu'il n'était pas mon véritable père.

Il ricana.

-Elle m'a dit que mon père était un marin de l'armée américaine… mais elle ne m'a jamais dit son nom. Je suppose que c'est pour ça qu'elle m'a toujours affublé d'un costume marin...jusqu'à ce qu'elle meure.

-Tu ne sais pas sur quel navire il a servi ? Tu sais, on pourrait tenter de le retrouver si on en savait un peu plus sur lui.

-Non. Elle ne m'a rien dit de plus. À vrai dire, la seule fois où elle m'en a parlé, elle était complètement ivre et le lendemain, elle ne se souvenait même plus de cet aveu qu'elle m'avait fait. De toute façon, je ne souhaite pas connaître le salaud qui est à l'origine de ma conception.

Sur ce, le gamin se mura de nouveau dans le silence et fit mine d'être absorbé par ce qui se passait à la télé. Mais Gibbs pouvait apercevoir les éclairs de chagrin qui hantaient son regard, malgré tous ses efforts pour paraître indifférent.

Voir ce gamin dans une telle détresse affective tordit les tripes de l'ex marine. Cela renforça encore son désir de lui venir en aide. Il allait user de toutes ses connaissances pour obtenir la garde de ce gosse et lui offrir la vie qu'il aurait dû avoir, s'il avait vu le jour dans un foyer normal et aimant.

Le gamin finit par s'endormir en regardant la télé et Gibbs se leva silencieusement pour aller l'éteindre avant de revenir prendre place sur le fauteuil installé à coté du lit. Il tenta en vain de trouver une position confortable et finit lui-même par s'assoupir.

Après environ deux heures de sommeil, il se réveilla en sursaut au son des hurlements de douleur poussés par Tony, visiblement en proie à une nouvelle crise de manque particulièrement violente.

-Chut... ça va passer, chuchota-t-il en passant une main rassurante dans ses cheveux trempés de sueur

-Je…je brûle…j…j'ai mal, il…il…me faut…une…dose, gémit Tony en s'agitant de plus en plus dans son lit

-Tiens le coup fiston ! Je suis là, tu n'es pas seul.

Gibbs se leva et se dirigea rapidement dans la minuscule salle de bains attenante afin de mouiller un gant de toilette. Puis, il revint près de Tony et lui passa le linge frais sur le visage pour essayer de le soulager un peu.

Le jeune homme devenait de plus en plus incapable de se contrôler et se mit à le supplier,

-Donnez-moi ma dose ! Je vous en prie, j'en ai besoin ! J'ai mal…

L'ex-marine fut bouleversé par sa détresse et sa douleur évidente, mais il fallait que Tony surmonte cette épreuve. C'était la seule façon pour qu'il s'en sorte et parvienne à se défaire de son addiction.

-Je ne peux pas faire ça, tu le sais. Il faut que tu te désintoxiques, lui dit-il tout en continuant à éponger son front. Et il faut aussi que tu essaies de te calmer, sinon les infirmières vont être alertées par le bruit et elles vont encore te ligoter sur le lit…

La peur à l'idée d'être de nouveau attaché avec des contraintes sembla traverser le brouillard qui enveloppait l'esprit de Tony car il se calma légèrement.

Il laissa de nouveau échapper un gémissement de douleur et se mit en boule. Tout son corps le faisait horriblement souffrir et il pleurnicha un bon moment avant de commencer à se calmer.

Gibbs ne le quitta pas d'une semelle pendant tout le temps que dura sa crise, ne cessant pas de lui murmurer des paroles encourageantes tout en lui essuyant la sueur qui continuait à couler à flots sur son front et ses tempes.

Une infirmière passa entretemps pour s'assurer de l'état de son patient et elle vit aussitôt que ce dernier était en pleine crise de manque mais, avant qu'elle ait le temps de dire quelque chose, Gibbs l'expédia hors de la chambre en lui disant qu'il gérait la situation et qu'il l'appellerait en cas de besoin.

Petit à petit, le corps de Tony se détendit et ses gémissements cessèrent. Épuisé par sa crise, il finit par s'endormir sans se rendre compte qu'il s'était fait pipi dessus.

Gibbs s'assura qu'il dormait bien avant de se lever pour appeler l'infirmière. Quand elle arriva dans la chambre, il l'informa du léger 'accident' survenu à Tony et elle s'occupa – avec son aide - de changer les draps du lit, d'enfiler un pyjama propre au gamin et de lui faire une rapide toilette.

Le sommeil de Tony était si profond qu'il ne réagit même pas pendant qu'ils s'acquittaient de ces tâches.

Fin flash back