Chapitre 13 Rapport de force.

Retour sous les décombres:

-Je parie que Ducky aurait aimé que tu deviennes légiste pour pouvoir te prendre comme assistant observa songeusement McGee.

-Je ne sais pas, on n'en a jamais parlé.

Soudain, les structures du bâtiment ayant été fortement fragilisées lors de l'explosion, le sol trembla à nouveau. Instinctivement McGee protégea la tête de Tony avec son corps jusqu'à ce que tout arrête de bouger. Quelques pierres étaient tombées, réduisant ainsi leur espace vital.

Tony toussa, gêné par la poussière.

-Ça va ?

-Ouais merci, et toi ?

-Oui, ça va.

-Ça fait combien temps qu'on est coincés là-dessous ?

-Plus de deux heures, je pense. Je ne saurais pas dire exactement ma montre est foutue, tout comme la tienne et c'est difficile de se rendre compte du temps écoulé quand on est enfermé dans sous terre.

Tony tenta de bouger un peu mais n'y parvint pas. La fatigue se lisait de plus en plus sur son visage sale. Ses yeux commencèrent à se fermer tout seul.

-Hé, Tony raconte-moi la suite ! Qu'est-ce qui s'est passé après que vous ayez quitté la morgue ? L'apostropha aussitôt McGee pour l'obliger à continuer.

-On est rentrés à la maison, marmonna Tony en rouvrant péniblement les yeux. Il se sentait exténué et mourrait d'envie de fermer les paupières, mais il savait qu'il fallait qu'il résiste car, aussi tentant que pouvait lui paraître le sommeil, il n'ignorait pas qu'il risquait de ne pas se réveiller.

Flash back.

Le trajet jusqu'au domicile de Gibbs se fit en silence. Tony avait enfoncé les écouteurs de son walkman sur ses oreilles et écoutait Metallica à plein volume en regardant obstinément le paysage qui défilait à travers la vitre.

Quand ils arrivèrent enfin à la maison, Tony se hâta de descendre de la voiture et monta immédiatement à l'étage pour se prendre une douche et se changer pendant que Gibbs se mettait à préparer le repas.

-Où comptes-tu aller là ? demanda Gibbs qui venait d'entendre son protégé descendre les escaliers et avait passé la tête par la porte de la cuisine… pour découvrir que ce dernier était habillé comme s'il se préparait à sortir.

-Je sors, je vais aller voir des potes, répliqua Tony en le défiant du regard.

-Oh non ! Tu vas rester là, mon grand,riposta Gibbs en venant se placer devant lui. Tu es consigné à la maison jusqu'à nouvel ordre.

-Ouais, c'est ça, ricana Tony en le contournant pour atteindre la porte.

Il tourna la poignée et allait franchir le seuil quand Gibbs l'attrapa par le bras, le ramena fermement à l'intérieur et referma le battant d'un geste brusque.

-Qu'est-ce que tu ne comprends pas dans le fait que tu sois consigné ? demanda-t-il d'une voix dangereusement calme.

Tony commença à se débattre pour essayer de lui faire lâcher prise et se mit à fulminer.

-Putain, il fait chier !

-Je te demande pardon ? Tu peux répéter ça, s'il te plait ?

Tony le défia du regard et répéta.

-J'ai dit : putain, tu fais…

-J'ai très bien compris, mon petit gars, le coupa Gibbs en retenant de plus en plus difficilement sa fureur. Maintenant, tu montes dans ta chambre et tu n'en ressors plus tant que je ne t'en aurai pas donné l'autorisation.

-Non ! répondit calmement Tony avec beaucoup d'aplomb, en le regardant droit dans les yeux sans même tressaillir.

Gibbs prit une profonde inspiration pour se retenir d'exploser. Il savait bien que Tony n'attendait que ça et il ne lui donnerait pas ce plaisir.

-Très bien, mon garçon, maintenant tu vas bien m'écouter, dit Gibbs d'une voix ferme et avec un regard déterminé. Des têtes brûlées comme toi, j'en ai eu à la pelle sous mes ordres quand j'étais chez les marines et je les ai toujours matées. Alors je vais te laisser une dernière chance : sois tu montes dans ta chambre de ton plein gré et par tes propres moyens, soit c'est moi qui t'y monte. Mais dans un cas comme dans l'autre, je peux t'assurer que tu y iras… et que tu y resteras !

Tony lui fit un petit sourire insolent et ricana.

-Tu crois vraiment que tes menaces m'impressionnent ? Ben, tu te fourres le doigt dans l'œil ! J'irai où je veux, t'es pas mon père !

-Je ne suis peut-être pas ton père, mais je suis légalement responsable de toi et tu feras ce que je t'ai dit répliqua Gibbs

-Dans tes rêves ! De toute façon, je t'ai jamais rien demandé.

Ils se firent face un moment en tremblant tous les deux de fureur, puis Tony poussa Gibbs du milieu pour pouvoir sortir, mais celui-ci le stoppa en le bloquant à la taille. Hors de lui, le jeune homme lui fila un bon coup de coude dans les côtes qui le fit siffler de douleur.

-Tu vas te calmer, oui ? ! Rugit Gibbs en reprenant son souffle.

-Non ! Lâche-moi du con, hurla Tony en continuant à se débattre comme un beau diable.

-Très bien, tu l'auras voulu ! Mais tu ne pourras pas dire que je ne t'avais pas prévenu ! l'avertit Gibbs.

Et, avant que Tony n'ait le temps de comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva complètement immobilisé, incapable de bouger un petit doigt. Pourtant, Gibbs s'était juste contenté de prendre son poignet entre deux doigts et d'y appliquer seulement une légère pression, mais c'était comme s'il était soudain ficelé de la tête au pied.

Gibbs souleva alors Tony du sol avec aisance et le fit basculer sur son dos. Il entreprit ensuite de monter à l'étage sans prêter attention aux insultes que Tony faisait maintenant pleuvoir sur lui. Quand il arriva devant la porte de sa chambre, il la poussa du pied et pénétra à l'intérieur. Alors, seulement, il reposa son fardeau à terre. À peine Tony eut-il les pieds de nouveau sur le sol, qu'il le poussa violemment et se mit à le marteler de coups de poings furieux.

Gibbs para les coups sans effort et lui retint fermement les poignets d'une seule main de fer.

-Tu crois que je n'ai pas compris ce que tu cherches à faire en me provoquant sans arrêt ? Mais mets-toi bien dans la tête que je ne suis pas ton père, ni Andreï Narishkin. Je ne te cognerai pas dessus, peu importe ce que tu feras !

Puis, il lui tourna le dos et ressortit de la chambre en se retenant de ne pas claquer la porte derrière lui.

-J'en ai mare de toi, je t'ai rien demandé! cria le gamin derrière la porte, lançant un livre d'école contre celle-ci.

L'ex-marine eu besoin de toute sa maitrise pour ne pas retourner dans la chambre et secouer le gamin. Il respira un bon coup et retourna à la cuisine pour y remplir une assiette de ratatouille qu'il plaça sur un plateau avec une bouteille d'eau et un yaourt. Puis, il se saisit du tout et le monta à Tony. Il pénétra dans sa chambre sans prendre la peine de frapper. De toute façon, cela n'aurait servi à rien, vu que le volume de la télé était à son maximum.

Sans un mot, il alla déposer le plateau sur la commode avant de se diriger vers la télé. Il l'éteignit, la débrancha et la souleva d'une main.

-Tu es privé de ça aussi, ainsi que de ta chaîne hi-fi, de ton baladeur et de ta Game Boy, l'informa froidement Gibbs tout en récupérant tous les éléments qu'il venait d'énumérer.

Tony le fusilla du regard en le regardant faire mais ne prononça pas un mot de protestation, faisant mine de n'en avoir rien à foutre. Quand il eut terminé de tout ramasser, Gibbs s'immobilisa près de la porte et se retourna pour regarder Tony.

-Quand je remonterai tout à l'heure pour récupérer ton plateau, dit-il toujours aussi froidement, ta chambre aura intérêt à être rangée, si tu ne veux pas que je rallonge ta punition. Bon appétit !

Gibbs repartit sans ajouter un mot de plus. Il ferma la porte derrière lui et descendit travailler un moment sur son bateau, histoire de se calmer un peu. Il ne prit même pas la peine de dîner, son appétit s'était complètement volatilisé avec cette nouvelle confrontation.

Il travailla un long moment sur le bateau avant finalement de se décider à remonter. Ses interrogations et ses doutes le submergeaient et il se demanda s'il ne ferait pas mieux de renoncer. Peut-être que Tony était vraiment un cas désespéré, comme ne cessait de lui répéter Franks, peut-être qu'il valait mieux qu'il rappelle le juge des tutelles pour lui dire de nommer un autre tuteur qui s'occuperait du jeune garçon jusqu'à sa majorité… mais est-ce que Tony supporterait d'être abandonné une nouvelle fois ? Comment pourrait-il jamais apprendre à faire de nouveau confiance aux autres si Gibbs, lui aussi, le laissait tomber ? Non, il secoua la tête, il ne pouvait pas faire ça.

Gibbs remonta lentement les escaliers et se dirigea directement vers la chambre de Tony. Il ouvrit silencieusement la porte et découvrit que ce dernier s'était endormi tout habillé. Gibbs s'approcha doucement du lit pour ne pas le réveiller et remit tendrement en place une mèche qui lui tombait sur le front.

« Il a encore pleuré » constata-t-il en voyant les joues de Tony encore légèrement humides.

-Si seulement tu voulais un peu te confier à moi, je pourrais t'aider à surmonter ta peine, lui murmura t-il à l'oreille tout en prenant le risque, dans un geste d'amour paternel, de déposer un baiser sur son front.

Tony bougea légèrement dans son sommeil et marmonna quelque chose d'incompréhensible, mais ne se réveilla pas.

Gibbs regarda ensuite autour de lui et soupira en constatant que Tony n'avait pas rangé sa chambre, comme il lui avait demandé de le faire et qu'il n'avait même pas touché à son plateau qui trônait, toujours intact, sur la commode où il l'avait lui-même posé.

Il le reprit pour aller le rapporter dans la cuisine, puis monta dans sa chambre. Après une douche rapide, il alla se coucher pour essayer de grappiller quelques heures de sommeil.

Le lendemain, Tony se leva sur les coups de huit heures avec un mal de crâne carabiné. Il avait pleuré une bonne partie de la nuit sans savoir vraiment pourquoi.

Il se sentait complètement déboussolé et ne comprenait pas l'attitude de Gibbs envers lui. Pourquoi est-ce qu'il n'agissait pas comme son père ou comme le Tsar, qui le tabassaient sans état d'âme et n'en avaient rien à foutre de lui ? Pourquoi, malgré tout ce qu'il faisait exprès de faire pour le rendre dingue, il ne lui criait jamais vraiment dessus, comme s'il voulait vraiment essayer de l'aider ? Qu'attendait-il réellement de lui ? Il savait bien que les gens n'étaient pas gentils avec lui juste comme ça, sans raison apparente. Au final, ils attendaient toujours quelque chose en retour, alors qu'est-ce qu'attendait Gibbs exactement ? Il n'en avait fichtrement aucune idée. Il avait d'abord pensé qu'il attendait une compensation physique, mais quand il lui avait fait des avances, il s'était vertement fait remballer. Repenser à ce qu'il s'était passé le premier soir dans la chambre de Gibbs le fit rougir de honte.

Et il y avait aussi ces cauchemars qui revenaient sans cesse le hanter nuit après nuit, quand il parvenait enfin à s'endormir. Il revivait en boucle la première fois où le Tsar avait abusé de lui. Il s'entendait le supplier en pleurant de ne pas lui faire ça, et il entendait le rire moqueur du Tsar tandis qu'il le pénétrait brutalement. Il sentait la douleur intolérable, comme si un poignard lui déchirait les entrailles pendant que l'homme faisait des va-et-vient qui ne cessaient que lorsqu'il avait atteint son plaisir et qu'il se retirait, le laissant roulé en boule sur le matelas en train de sangloter. Il entendait encore la voix du Tsar lui disant que le problème de sa virginité était dorénavant réglé… et il se souvenait aussi de la douleur quand il avait voulu bouger de nouveau, du sang qui avait maculé ses caleçons pendant des jours après cet épisode… et de tout le reste. Il se réveillait invariablement en pleurs et en sueur et restait ensuite étendu des heures dans son lit à essayer d'apaiser sa respiration haletante et les battements désordonnés de son cœur, tout en luttant de toutes ses forces pour ne pas se rendormir.

Il poussa un profond soupir avant d'aller prendre des vêtements dans l'armoire et de partir se doucher. Quand il fut lavé et habillé, il hésita un instant sur ce qu'il devait faire. Gibbs lui avait dit qu'il était consigné dans sa chambre jusqu'à nouvel ordre… mais il ne l'avait plus vu depuis la veille. La disparition du plateau repas de la commode lui indiqua que ce dernier était revenu dans sa chambre à un moment ou à un autre, mais à l'instant même, il n'était pas là. Finalement, il se dit qu'il verrait bien l'accueil que son tuteur lui réserverait et descendit au rez-de-chaussée pour se diriger vers la cuisine. Il n'avait rien mangé depuis le déjeuner de la veille qu'il avait partagé avec Ducky – et après l'autopsie, il n'avait pas eu un grand appétit – et commençait à avoir vraiment très faim.

Gibbs était déjà là et buvait une tasse de café en lisant le journal. Quand il le vit entrer, il releva la tête et le salua avec un sourire que Tony lui rendit avec hésitation.

-Le petit-déjeuner est prêt, l'informa-t-il en désignant la table dressée du menton. Tu ferais mieux de t'asseoir et de manger avant que ce ne soit froid. Après, on ira tous les deux au parc pour faireun peu de sport, ça nous fera pas de mal et tu as besoin de faire de l'exercice pour te muscler un peu.

Tony accepta la trêve qui lui était implicitement proposée, prit place en face de Gibbs et s'attaqua à son assiette avec appétit.

Après le petit-déj, et une fois en tenues de sport les deux hommes quittèrent la maison pour le parc. Gibbs voulait un peu tester l'endurance physique du gamin, il lui indiqua donc que, pour commencer ils allaient courir sur le parcours prévu à cet effet. Le môme l'avait bien surpris : il avait couru à un rythme soutenu et sur toute la distance sans problème. De retour à la voiture, Gibbs sortit un ballon de basket qu'il envoya fort sur Tony qui n'eut aucun mal à réceptionner.

-C'est bien beau de savoir jouer seul, mais voyons voir ce que tu vaux contre un adversaire, le défia Gibbs avec force.

-Et si je ne veux pas jouer ? demanda t-il en lui renvoyant avec force la balle.

-On rentre et tu m'aides sur le bateau. Et là tu n'auras pas le choix.

-Tu parles d'un choix, maugréa t-il en se dirigeant vers le terrain de basket, suivi de Gibbs avec un sourire victorieux sur le visage.

La partit fut plus que musclée. Tony ne se pas gêna pas pour rentrer violemment à plusieurs reprises dans son tuteur. Celui-ci était persuadé d'avoir des bleus au torse et aux bras à la fin de la partie.

Le gamin impressionna Gibbs par sa rapidité et ses gestes de précision. Il gagna haut la main, même avec un autre homme, une connaissance de Gibbs croisée au cours de la partie qui du coup était venu proposer son aide au plus âgé.

C'est en sueur qu'ils regagnèrent le véhicule.

-Tu as un excellent jeu. Tu devrais faire les sélections pour intégrer l'équipe de basket du lycée. Il me semble que les sélections sont actuellement en cours. Avoir un joueur comme toi dans l'équipe serait un atout.

-Suis franchement pas intéressé.

-Tu en es vraiment sûr ? Je vois que tu aimes ça pourtant.

-J'en suis sûr ! Coupa net Tony d'une voix ne laissant pas place à la discussion.

Fin flash back