Merci beaucoup pour vos com's, qui me touche vraiment , bon dimanche

Chapitre 14:A force de patience

Retour extérieur

-Il m'en a vraiment fait voir de toutes les couleurs.

-Je n'arrive pas à croire que tu aies été aussi patient avec lui, avoua Abby

-Je n'avais pas le choix, c'était le seul moyen de gagner sa confiance. Mais honnêtement, ça en valait la peine…

Flash back;

8 Novembre 1993

Gibbs fut prévenu de bon matin que Tony ne s'était pas présenté à ses cours de la matinée et il fulmina de rage. Bon sang ! Ce petit con allait finir par le rendre cinglé avec toutes les conneries qu'il n'arrêtait pas d'accumuler. Il ne savait plus comment faire pour que cette tête de mule comprenne enfin qu'il ne voulait que son bien et n'attendait rien en échange, à part sa confiance.

Depuis la rentrée scolaire, il s'était déjà fait virer d'un établissement à cause de son attitude insolente envers le corps enseignant, et avait séché huit fois les cours dans son lycée actuel. S'il continuait à ce rythme là, plus aucun lycée de la ville ne voudrait de lui.

Et pourtant, malgré tous ses problèmes de discipline, Tony parvenait quand même à obtenir d'assez bons résultats et ses professeurs, quand ils mettaient de côté son insolence, reconnaissaient eux-mêmes qu'il était plutôt un bon élève et un excellent sportif.

Gibbs soupira et se prit la tête dans les mains dans un moment de découragement. Bon sang, ce soir il aurait franchement préféré avoir autre chose à faire que de le sermonner encore. Aujourd'hui, c'était l'anniversaire de Tony et il fêtait ses 16 ans. Gibbs avait prévu une petite soirée paisible. Il avait commandé un petit gâteau pour que le jeune homme souffle ses bougies et lui avait fabriqué un cadeau. Et maintenant, il y avait de fortes chances que ses plans tombent à l'eau. La soirée allait encore se terminer en confrontation et en punition…

Il ne regrettait pas tout ce qu'il avait fait pour ce gamin depuis le jour où il était devenu son tuteur légal, mais jamais il n'aurait pensé que ce serait aussi dur. Du moins, pas aussi longtemps. Il avait espéré que Tony finirait par lui faire confiance au bout de deux ou trois mois, mais il avait eu tout faux. Tony lui donnait vraiment du fil à retordre et ne semblait pas décidé à rendre les armes.

Leur relation, en cinq mois, avait évolué très lentement, alternant quelques rares périodes de trêve relative avec des conflits permanents d'autorité. Cependant, Gibbs devait admettre qu'une communication s'instaurait tout doucement entre eux. Tony devenait un petit peu moins agressif envers lui, mais n'acceptait toujours aucune marque d'affection de sa part, qu'elle soit physique ou verbale.

Il était même allé jusqu'à se trouver un petit boulot d'étudiant pour pouvoir s'acheter ce dont il avait envie, afin de dépendre le moins possible de son tuteur.

Maison de Gibbs

Gibbs rentra chez lui en fin de journée et ne fut pas surpris de trouver la maison déserte. Aucune trace de Tony nulle part…

Il se mit néanmoins à préparer le repas qu'il avait prévu, dans l'espoir que le jeune homme ne tarderait pas trop à arriver. Quelques heures plus tard, il rongeait son frein, installé dans un fauteuil du salon, quand il entendit enfin la porte d'entrée s'ouvrir et Tony apparut devant lui. Il bondit sur ses pieds et se dirigea furieusement vers lui.

-C'est à cette heure-ci que tu rentres ? Aboya-t-il sous son nez.

Loin d'être impressionné par son éclat de voix, Tony retira tranquillement sa veste et l'accrocha sur le porte-manteau avant de lui répondre d'un ton nonchalant

-Ouais, désolé. Je suis allé étudier avec des amis à la bibliothèque, on a un exposé à rendre la semaine prochaine. J'ai pas vu l'heure passait.

Gibbs ne douta pas un instant qu'il lui disait la stricte vérité. Tony avait beaucoup de défauts, mais le mensonge n'en faisait pas partie. Quand le jeune garçon ne voulait pas que son tuteur sache ce qu'il avait fait, il ne lui disait rien, mais il ne lui mentait pas en inventant des histoires. De savoir que Tony avait passé la journée à la bibliothèque et non pas à faire des conneries le calma légèrement et il reprit d'une voix plus posée,

-Tu sais que ton lycée m'a…

-Oui, je sais, le coupa aussitôt Tony. Mais ces cours sont barbants et inutiles ! Franchement, à quoi ça va me servir de savoir changer une couche et de tenir un budget familial ? De toute façon, je ne fonderai jamais une famille ! En plus, la gonzesse qu'ils m'ont refilée pour tenir le rôle de mon épouse est une vraie cruche. Je t'assure qu'une autruche passe pour un génie à côté d'elle.

Gibbs retint à grand peine un sourire devant la dernière remarque.

-Déjà, il ne faut jamais dire jamais et ensuite, je te rappelle que ces cours sont obligatoires, peu importe ton opinion.

-Mais ils sont franchement cons et inutiles ! Insista Tony avec un air buté sur le visage.

-Mais obligatoires ! répliqua Gibbs. Donc à l'avenir, tu me feras le plaisir d'y assister. C'est bien compris ?

Tony bougonna entre ses dents qu'il avait parfaitement compris tout en se penchant pour retirer ses baskets.

Gibbs étouffa un soupir et décida de repasser sur un terrain moins glissant, dans l'espoir que la fin de soirée ne soit pas complètement gâchée.

-Le repas doit être froid maintenant, remarqua-t-il

-C'est pas grave, j'ai déjà mangé, lui fit savoir Tony

-Prenons au moins le dessert ensemble alors.

-Je n'ai plus faim, merci.

-Allez, pour me faire plaisir.

-Je n'ai pas à te faire plaisir, répondit-il agressivement

Sur ces mots, Tony lui tourna le dos et monta à sa chambre d'un pas rapide.

Découragé, Gibbs se laissa aller le dos contre le mur et se passa les mains sur le visage.

« Décidément, je ferais mieux de tout laisser tomber, ça ne sert à rien. » pensa-t-il en retenant les larmes qui lui brûlaient les yeux.

Soudain, l'absence de Shannon et de sa petite princesse lui sembla encore plus intolérable que d'habitude.

Au bout d'une dizaine de minutes, il reprit le contrôle de ses émotions et se dirigea d'un pas lent vers la cuisine. Il se servit une assiette qu'il mangea seul et sans enthousiasme, mais il fallait bien qu'il se nourrisse s'il ne voulait pas tomber d'inanition. Après avoir fait la vaisselle et rangé un peu la cuisine, il attrapa le cadeau qu'il avait fait pour Tony et monta à la chambre de ce dernier.

Arrivé devant la porte, il frappa un coup bref et entra sans attendre de réponse. Le jeune garçon était recroquevillé sur son lit, le visage maussade, en train de regarder la télé et il ne lui prêta même pas attention.

-Tiens, j'ai ça pour toi. Joyeux anniversaire, Tony, dit Gibbs en posant son cadeau sur le bureau du garçon. Il attendit une réaction de celui-ci, mais Tony garda les yeux rivés sur la télé et l'ignora royalement. Le cœur serré Gibbs ressortit de la pièce pour se diriger vers sa propre chambre.

Ce qu'il ne vit pas, c'est que dès que la porte se fut refermée, Tony éclata en longs sanglots silencieux. Psychologiquement, la journée avait été particulièrement difficile pour lui, car ce jour-là était non seulement le jour de son anniversaire, mais cela faisait aussi pile huit ans qu'il avait perdu sa mère.

Toute la journée, il avait pensé à tout ce qui lui était arrivé ces dernières années, et surtout à ce qui lui était arrivé pendant les dix-huit mois de sa fugue, avant qu'il n'arrive chez Gibbs. Il s'était rappelé la peur et la faim des premiers jours, après qu'il se soit fait agresser et dévaliser. Puis sa rencontre avec le Tsar et le bref sentiment de soulagement qui avait suivi, quand il avait cru être tiré d'affaire, juste avant que son calvaire n'empire. Il avait revécu le viol qui avait changé à jamais le cours de sa vie, les longues heures passées à arpenter la rue pour le compte du Tsar et les crises qui l'agitaient quand le manque de drogue se faisait sentir…

Il avait vaillamment lutté contre les larmes qui avaient menacé de le submerger depuis le matin quand il s'était levé. Il s'était plongé avec toute son énergie dans la préparation de son exposé pour éviter d'y penser et là, le fait que Gibbs n'ait pas oublié que c'était son anniversaire, le lui ait souhaité et soit même allé jusqu'à lui acheter un cadeau… avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Son père n'en avait jamais fait autant pour lui. En fait, aprèsla mort de sa mère, il n'avait plus rien fêté du tout : ni son anniversaire, ni Noël, ni aucune autre fête.

Il pleura longtemps et en silence sur tout ce qu'il avait perdu, sur tout ce qu'il n'avait jamais eu. Il pleura pour la culpabilité qu'il ressentait soudain pour son comportement infect envers la seule personne qui se montrait sincèrement gentille avec lui depuis bien longtemps, depuis la mort de sa mère pour être exact.

Il n'en pouvait plus d'avoir cette douleur qui lui tordait le ventre. Il fouilla dans sa poche pour en sortir un petit sachet contenant de la poudre blanche. Il serait si facile de ne plus penser à cette existence pourrie qu'était la sienne, le bonheur de l'oubli dans quelques lignes, quelques minutes de bonheurs à ne plus penser, ressentir...