Merci beaucoup pour vos com's Chapitre 15: A bout de force

Retour sous les décombres.

-Et cette dose, qu'est-ce que tu en as fait? interrogea McGee.

-Je ne l'ai jamais prise, je suis allé la jeter dans les W-C. Au moment où je me préparais à prendre ma drogue je me suis souvenu de la douleur du sevrage et je n'ai pas pu. Je suis allé discrètement dans la salle de bains et je l'ai jetée. Gibbs ne l'a jamais su, ou il ne me l'a jamais fait savoir.

-Et après ça, ça été mieux entre vous ?

-Oh non, ça a été pire. Je n'avais pas replongé mais c'est pas pour autant que j'allais bien. Je n'arrivais pas me laisser aimer par lui, c'est con, mais je lui en voulais d'être différent, attentionné, prêt à m'écouter si j'en avais besoin. Et au lycée c'était pas évident : tu sais quand tu n'es le fils de personne, que du vis chez un tuteur et que celui-ci est flic, c'est pas simple et bien sûr dès qu'il y avait un truc qui allait mal en classe, c'était forcement la faute de l'enfant mis sous tutelle.

Flash back:

18 Novembre 1993

Gibbs revenait tout juste d'une scène de crime et était occupé à recouper tous les témoignages qu'il avait recueillis quand le téléphone de son bureau sonna. Persuadé qu'il s'agissait de Ducky ou du labo qui l'appelait pour lui faire un premier compte-rendu des indices, il décrocha et salua de son habituel et bref

-Gibbs !

-M. Gibbs, ici le bureau du proviseur du….

« Oh non, pas maintenant ! Bordel ce n'est franchement pas le moment ! » Jura silencieusement Gibbs sans plus prêter attention au monologue de son interlocuteur.

-Battu... définitivement expulsé de notre établissement.

Ces derniers mots le ramenèrent brutalement à ce qui se disait à l'autre bout du fil.

-Pardon ?

-Je vous disais que Mr Doërti-DiNozzo est définitivement expulsé de notre établissement, répéta patiemment le proviseur. Pourriez-vous venir le chercher le plus rapidement possible, s'il vous plait ?

-Je suis un peu débordé pour le moment mais je vais essayer de m'arranger pour venir, répondit Gibbs avant de le saluer et de raccrocher.

-Qu'est-ce que ce petit connard a encore fait ? Gronda Franks

-Il s'est fait virer… répondit Gibbs d'un ton morne

-Encore ? Ça fait combien ? La quatrième fois ?

-Non, la troisième rectifia machinalement Gibbs en se levant

-Bordel ! Ça n'est franchement pas le moment que tu perdes ton temps avec ce voyou. Je te rappelle qu'on a une affaire à résoudre. Si ça continue comme ça, c'est moi qui vais finir par te virer pour de bon, le bleu !

Gibbs réprima un mouvement de colère et enfila sa veste avec des gestes brusques.

-Je n'en ai pas pour longtemps, boss. Je le récupère et je reviens bosser de suite, lui dit-il avant de se diriger vers les ascenseurs d'un pas brusque.

Moins de vingt minutes plus tard, après avoir dépassé toutes les limitations de vitesse et brûlé plusieurs feux rouges, il déboula en trombe dans le bureau de proviseur où Tony l'attendait avec toutes ses affaires à ses pieds. Il salua brièvement l'ex-proviseur de Tony avant de s'emparer d'un des sacs posé par terre et de froidement signaler au jeune homme de se bouger les fesses.

Le trajet de retour jusqu'aux bureaux de NIS se fit à la même allure mortelle et Tony s'accrocha désespérément à la poignée de sécurité, faisant même quelques prières pour implorer le seigneur de le laisser sortir de la voiture en vie.

Quand Gibbs se gara de nouveau dans son emplacement de parking, il arrêta le moteur et, pour la première fois depuis qu'il avait récupéré Tony, il le regarda droit dans les yeux et lui dit d'une voix glaciale.

-Je n'ai pas le temps de m'occuper de ton cas pour le moment parce que j'ai une enquête à résoudre. Tu vas rester dans le bureau de Ducky en attendant que j'aie terminé de bosser et tu as intérêt à te tenir à carreaux ! Mais ne crois pas être sorti d'affaire ! On en reparlera ce soir, c'est bien compris ?

Tony détourna le regard et hocha la tête.

-Tu me regardes dans les yeux et tu me réponds en parlant !

-Oui, Monsieur, j'ai compris, répondit Tony en relevant la tête.

Gibbs sortit de la voiture et claqua la portière avant de la contourner pour venir du côté passager. Quand Tony fut sorti, il l'empoigna fermement par le bras et le traîna presque jusqu'au bureau de Ducky. Quand ils déboulèrent dans la morgue, Ducky releva la tête du corps qu'il était en train d'autopsier et, d'un seul coup d'œil, mesura l'étendue de la fureur de Gibbs.

-Ducky, est-ce que tu peux garder un œil sur lui ? J'ai du boulot.

Sans même attendre une réponse, il ressortit comme une furie, sous le regard d'un Ducky interloqué. Il se tourna vers Anthony qui se tenait droit comme un i avec les mâchoires serrées.

-Anthony, mon cher enfant, qu'est-ce que tu as encore fait ? Soupira-t-il

-Moi, j'ai rien fait ! J'ai juste pris la défense d'un élève qui était en train de se faire racketter par un autre mec et du coup, ça s'est fini en bagarre. Mais comme ce type est un petit cul-serré de bourge, quand on s'est retrouvés devant le proviseur, il l'a cru, lui, et pas moi. Du coup, c'est moi qui aie tout pris et je me suis fait virer du bahut, définitivement, répondit Tony avec colère.

C'est à ce moment-là que Ducky aperçut le bleu qui ornait la pommette gauche de Tony.

-Ça te fait mal ? demanda-t-il en le prenant par le menton pour tourner son visage vers lui et l'examiner de plus près.

Tony se dégagea et recula d'un pas.

-T'inquiète pas, c'est rien du tout. Je me suis déjà fait tabasser plus durement que ça, et pas qu'une fois.

« Malheureusement, je m'en doute bien » pensa silencieusement le légiste.

Ducky alla néanmoins chercher une poche de glace qu'il plaça délicatement sur la joue de Tony, lui arrachant au passage une petite grimace de douleur.

-Tu as expliqué ce qui s'est exactement passé à Jethro ?

-Non, pour quoi faire ? De toute façon, il est comme les autres, il ne m'aurait pas cru.

-Tu te trompes, Anthony, l'admonesta sévèrement Ducky. Jethro n'est pas comme ça. Il est toujours prêt à écouter des explications et c'est un homme juste.

Tony se contenta de hausser les épaules pour bien faire comprendre qu'il doutait de la véracité des paroles du légiste.

-Tiens, tu ferais bien de t'appliquer un peu de ceci sur la joue, le bleu sera moins conséquent.

-Merci, répondit le gamin en s'emparant du tube de crème à l'arnica que lui tendait le légiste

Quand la fin de journée arriva, Gibbs descendit récupérer Tony à la morgue et ils rentrèrent chez lui dans un silence de plomb.

Mais, sitôt la porte d'entrée refermée sur eux, toute la colère que Gibbs avait contenue toute la journée, et qui n'avait fait que s'amplifier, explosa

-Putain de bordel, je commence à en avoir marre, Tony. Encore un renvoi ! Qu'est-ce que tu cherches exactement en te comportant comme ça ? Hein, dis-moi ! Tu veux que le juge pour enfant t'envoie dans un centre de redressement ? C'est ça que tu cherches ? Ou peut-être que tu veux que je perde mon boulot ? Parce que je te signale que mon boss lui aussi commence à en avoir plein le cul que je quitte le bureau à tout bout de champ parce que je suis convoqué sans arrêt dans le bureau du proviseur !

Tony resta dans son coin, la tête baissée et les bras croisés, dans une posture de défi buté.

Gibbs vit soudain rouge et l'attrapa pour le secouer comme un prunier

-TU VAS ME RÉPONDRE QUAND JE TE PARLE ! QU'EST-CE QUE TU CHERCHES ?

-Lâche-moi ! se mit à protester Tony en commençant à se débattre. Fiche-moi la paix. Je t'ai jamais rien demandé. Je t'ai déjà dit que je me débrouillais parfaitement bien sans toi.

-Oui tu trouves vraiment que faire la pute et se piquer, c'est bien se débrouiller ? Y a des jours où je me demande si j'aurais pas mieux fait de te laisser pourrir sur ce trottoir ! Finalement, c'est peut-être tout ce que tu mérites ! hurla Gibbs excédé avant d'immédiatement regretter ses paroles, prononcée sous le coup de la fureur, quand il vit le visage de Tony se décomposer. Excuse-moi Tony, je n'aurais jamais dû te dire ça.

-.Ouais… peut-être que tu aurais dû, au moins ma vie pourrie serait finie, répondit Tony d'une voix pleine d'amertume.

-Ne dis pas des choses pareilles. Écoute, je ne pensais pas ce que j'ai dit. J'étais furieux et les mots ont dépassé ma pensée, s'excusa de nouveau Gibbs.

-Ça c'est ce que tu dis pour tenter de te racheter, répondit Tony amèrement les larmes aux bard des yeux.

-Non, Tony je suis sincère.

-Je te crois pas, dit-il tout en se détournant, ne voulant pas que son tuteur vois son trouble.

-Pourtant il va falloir, je tiens à toi Tony...

-Pas moi, je te déteste.

À cet instant, le téléphone sonna. C'était Franks qui l'appelait pour le prévenir que la police locale venait de repérer deux de leurs suspects et qu'il fallait qu'il rapplique de suite.

-Tony, je dois y aller pour le moment, mais il faut encore qu'on discute, ok ?

Tony ne lui répondit pas et lui tourna le dos, mais Gibbs n'avait vraiment pas le temps de parlementer pour le moment. Il reprit ses clés de voiture et fila en vitesse, laissant le jeune homme défait derrière lui.

Tony, les larmes aux yeux, était tout seul à la maison en train de fourrer quelques affaires dans son sac à dos, prêt à quitter cette maison pour toujours, quand le téléphone sonna. Il hésita un moment à répondre mais, devant la sonnerie insistante, il finit par se décider à aller décrocher et après il quitterait ces lieux, décida-t-il.

-Allo ! répondit-il d'une voix brusque.

Il y eut une légère hésitation à l'autre bout du fil avant que son interlocuteur ne se mette enfin à parler.

-Tony ?

-Oui, c'est moi. Qui êtes-vous ? demanda-t-il quand il ne reconnut pas la voix.

-Euh… c'est Harry, l'assistant de Ducky. Il m'a demandé de vous prévenir que l'agent Gibbs a été transporté au Memory Hospital. Il a été ble...

À ces mots, le cœur de Tony fit un bond dans sa poitrine et il ne le laissa même pas finir sa phrase. Il raccrocha brutalement et quitta précipitamment la maison.

Un quart d'heure plus tard, il déboula dans le hall d'entrée du Memory Hospital, se dirigea vers l'aile des urgences et s'avança jusqu'au comptoir d'accueil.

-Bonjour, je cherche L'agent Gibbs, il a été blessé dit-il à l'infirmière de garde.

- Vous dites Gibbs, c'est bien ça ? dit-elle en se tournant vers l'écran de son ordinateur.

-Oui

- Une petite seconde, je recherche son dossier. Elle cliqueta un instant sur ses touches avant de relever la tête vers lui avec un air de compassion. Je suis désolée, monsieur, mais le patient est malheureusement décédé. Il n'a pas survécu à...

Tony resta complètement assommé par la nouvelle et regarda l'infirmière d'un air horrifié.

« Décédé ? Non ce n'est pas possible, Gibbs ne peut pas être mort ! En plus, la dernière chose que je lui ai dite est que je le détestais ! Je ne pourrai plus jamais lui dire que ce n'est pas vrai maintenant ! Non ! Comment as-tu pu me faire ça ! Comment as-tu pu m'abandonner toi aussi ? Tu m'as dit que je pouvais te faire confiance mais tu m'as menti ! »

Tony retrouva soudain l'usage de ses jambes. Il tourna les talons et s'enfuit de l'hôpital en courant sans pouvoir retenir un sanglot. Il était tellement bouleversé qu'il ne vit même pas Ducky et Gibbs qui venaient tout juste d'apparaître dans le hall de réception.

Ces deux derniers le regardèrent passer en courant d'un air abasourdi et l'appelèrent en vain. Mais le jeune garçon, noyé dans sa douleur ne les entendit même pas et, le temps qu'ils réagissent, Tony avait déjà disparu dans la rue.

Gibbs et Ducky se dirigèrent alors vers l'infirmière pour lui demander ce qu'il venait de se passer. Quand celle-ci leur expliqua qu'elle venait d'annoncer à Tony que Gibbs était décédé, ce dernier explosa de fureur sur la pauvre femme, la traitant de tous les noms. Ducky se montra moins vulgaire mais tout aussi furieux. Il fallut que d'autres membres du corps médical interviennent pour calmer un peu les choses. Ils présentèrent leurs plus sincères excuses aux deux hommes pour cette erreur impardonnable mais il était trop tard, le mal était fait.

-Où a-t-il bien pu aller ? demanda Gibbs quand ils furent sortis de l'hôpital.

-Commençons par aller vérifier chez toi, répondit Ducky d'un ton inquiet. Il y sera peut-être retourné.

Ils se dirigèrent vers la Morgane de Ducky et ce dernier se glissa dans le siège conducteur et démarra. Gibbs trépignait d'impatience à ses cotés, trouvant qu'il ne roulait pas assez vite. Il aurait bien pris sa place derrière le volant mais, avec son bras gauche en écharpe, il lui aurait été impossible de passer les vitesses.

Dès qu'ils se garèrent devant son allée, après ce qui lui sembla des heures de route, Gibbs n'attendit même pas que Ducky ait complètement immobilisé la voiture pour se précipiter vers sa maison. Il entra en trombe et parcourut toutes les pièces au pas de course en appelant Tony à tue-tête. Mais le jeune garçon ne se trouvait nulle part, la maison était déserte.

Il rejoignit Ducky dans l'entrée avec les épaules affaissées.

-Il n'est nulle part…

-Voyons, essayons de réfléchir avec logique, dit Ducky. Il n'a personne à Washington à part toi. Il ne sera sûrement pas allé trouver refuge chez un de ses amis de lycée, pas en étant bouleversé comme il l'était. Alors que lui reste-t-il ?

-La rue, répondit aussitôt Gibbs. Il connaît les quartiers où il se prostituait comme sa poche.

-Oui, c'est une bonne possibilité, acquiesça Ducky. Ça fait une bonne base pour démarrer les recherches. Mais à deux, et compte tenu que tu ne peux pas conduire donc on va devoir rester ensemble, on va en avoir pour des jours à faire le tour…

-Tu as raison, dit Gibbs. Il attrapa le téléphone et composa rapidement un numéro. Allo, boss ? J'ai besoin de toi…

Il exposa rapidement les raisons de son appel à Franks et ce dernier, malgré son aversion pour Tony, accepta aussitôt de lui donner un coup de main pour le retrouver. Il lui promit également de mettre le maximum d'agents libres sur le coup pour augmenter toutes leurs chances. Ils convinrent rapidement des zones de recherches de chacun. Gibbs décida de prendre le quartier où Tony avait eu son petit studio minable. Son instinct lui soufflait que c'était là que le gamin avait dû aller chercher refuge.

Avant de quitter la maison, il alla rapidement prendre une photo de Tony afin de pouvoir la montrer aux passants.