Merci beaucoup pour vos com's.

Chapitre 17, laissez tomber les barrières

Gibbs descendit dans son sous-sol et se mit à travailler sur son bateau avec son bras valide. Cela faisait une petite heure qu'il était occupé à poncer quand il entendit les marches de l'escalier grincer. Il s'interrompit dans sa tâche et leva la tête. Il découvrit Tony qui s'était immobilisé sur les premières marches et n'osait visiblement pas s'aventurer plus loin.

-Viens, l'invita-t-il avec un sourire chaleureux.

Tony hésita à peine un instant avant de finalement rejoindre Gibbs en bas. Il n'était encore jamais descendu au sous-sol depuis son arrivé dans cette maison. Cela représentait un peu pour lui un territoire interdit. Il s'assit tranquillement sur la dernière marche et observa son tuteur travailler sur le squelette de bois avec de longs gestes amples et réguliers.

Il resta un long moment à le regarder travailler en silence, appréciant ce moment de complicité partagée.

-Tu veux m'aider ? lui demanda soudain Gibbs, le faisant presque sursauter.

Tony rougit et hocha vivement la tête de droite à gauche.

-Je ne saurais pas faire, je n'ai jamais travaillé le bois.

-C'est très facile, tu vas voir. Viens-là, je vais te montrer.

Tony se laissa finalement convaincre et s'approcha timidement de l'imposante carcasse de bois.Gibbs lui mit le bloc à poncer entre les mains et vint se placer derrière lui. Il l'enveloppa de son bras musclé et recouvrit sa main avec la sienne pour lui montrer avec patience les gestes à effectuer. Tony ne put s'empêcher de se raidir au contact de Gibbs.

-Détends-toi, et suis mon mouvement.

Ils travaillèrent ainsi de concert pendant une heure. C'était la première fois de sa vie que Tony partageait autre chose avec un homme que des coups ou des relations sexuelles et il trouva ça absolument fantastique. Il aurait voulu que ça ne s'arrête jamais. Mais, mine de rien, c'était une activité fatigante et ses bras commençaient à le brûler. Gibbs sentit que Tony commençait à montrer des signes de fatigue et il reposa le bloc à poncer sur son établi..

-On va arrêter là pour ce soir. Tu as bien travaillé, le félicita-t-il.

Tony rougit de plaisir sous le compliment et lui fit un petit sourire timide.

-Je pense que tu es bon pour une autre douche, continua Gibbs en regardant la fine poussière blanche qui recouvrait le visage et les cheveux de Tony. Un lait chaud avec du miel, ça te dit avant de dormir ?

-Ouais, je veux bien.

-Ok, alors je vais te préparer ça pendant que tu laves, dit-il tout en époussetant la sciure de bois dont il était également recouvert.

-Qui sait demanda Tony en voyant la photo d'une jeune femme rousse et d'une gamine qui ne devait pas avoir plus de huit ans.

-Ma première femme et ma fille, Kelly. Elles ont étaient tués.

Tony ne put rien dire, il ne savait pas grand chose de son tuteur, il n'avait pas voulu prendre le temps de savoir qui était vraiment cet homme, il s'en trouva honteux.

-Je te parlerai d'elles une autre fois, on as eu notre compte d émotion pour aujourd'hui.

Tony accepta en silence donnant un regard compatissant à l'ex marine.

Ils remontèrent ensemble les escaliers et Gibbs s'arrêta à la cuisine au rez-de-chaussée pendant que Tony continuait jusqu'à l'étage.

Tony prit une douche très rapide et se glissa dans son lit. Après tous les événements de la journée, il se sentait complètement épuisé et il n'aspirait plus qu'à une chose : dormir. Gibbs ne tarda pas à arriver avec la tasse de lait au miel promise et il trouva son jeune protégé déjà à moitié somnolent.

Gibbs lui posa la tasse sur sa table de chevet, lui souhaita une bonne nuit et le laissa seul, refermant la porte derrière lui.

Lui aussi avait besoin d'une bonne douche et d'une nuit de sommeil. Tony n'était pas le seul à avoir été secoué par ce qu'il s'était passé ce jour-là.

Des cris de supplications le tirèrent de son sommeil et il regarda autour de lui, désorienté. Il mit un petit peu de temps avant de réaliser que ces cris venaient de la chambre de Tony.

Croyant aussitôt que le jeune homme était agressé, Gibbs bondit de son lit et se précipita dans le couloir avec son arme à la main. Il fit irruption dans la chambre de Tony et fut soulagé de constater que ce dernier était seulement en proie à un cauchemar. Il posa son arme sur la table de chevet et s'assit sur le rebord du matelas. Tony se débattait avec un « démon » imaginaire et il tenta de le rassurer en lui passant une main dans les cheveux et en lui murmurant des paroles de réconfort.

Cela n'eut malheureusement pas l'effet escompté et Tony continua à s'agiter et à gémir. De grosses larmes coulaient maintenant sur ses joues et il avait l'air effrayé. Gibbs se dit qu'il n'avait plus d'autre choix que de le réveiller. Il posa une main sur son épaule et le secoua gentiment

-Tony, réveille-toi.

Tony réagit aussitôt à ce contact en mettant ses bras devant son corps, comme pour se protéger contre des coups imaginaires.

-Non, arrêtez, j'veux pas...je vous en supplie, laissez-moi !

Sa détresse et sa souffrance évidentes tordirent les boyaux de Gibbs.

« Qu'est-ce que tu as bien pu subir pour faire des cauchemars d'une telle violence ? Que t'est-il arrivé, Tony ? »

-Tony.

Gibbs le secoua un peu plus fort cette fois-ci et le jeune homme finit par se réveiller en sursaut. Il tremblait de tous ses membres et semblait complètement désorienté. Il regarda frénétiquement autour de lui, comme s'il cherchait quelqu'un ou quelque chose.

-Ça va ? demanda Gibbs avec inquiétude en pressant légèrement son épaule pour le réconforter.

-Le Tsar… le Tsar… il était là et... balbutia Tony avec terreur sans cesser de fouiller la chambre du regard.

-Je t'assure, il n'était pas là, Tony. Tu étais seul dans ta chambre, il est en prison il ne te fera plus jamais de mal, dit Gibbs d'une voix apaisante malgré la fureur qu'il sentait monter en lui.

À l'instant même, en voyant l'état de panique de Tony, il aurait tout donné pour avoir le Tsar en face de lui. Il lui aurait fait regretter tout le mal qu'il avait fait à son garçon.

-SI ! cria Tony d'une voix aiguë. Il était là, sur moi, Il... il… il...

Incapable de prononcer le mot, Tony éclata en sanglots et enfouit sa tête entre ses mains. Soudain, Gibbs comprit et il eut l'impression qu'une chape de glace lui enserrait le cœur. Il regarda Tony avec horreur avant de lui demander d'une voix étranglée par l'émotion.

-Tony, est-ce… est-ce qu'il t'a violé ? articula-t-il avec difficulté.

Le visage toujours enfoui entre ses mains, Tony hocha légèrement la tête.

-Oh, mon Dieu…

Retenant avec difficulté les larmes qui lui brûlaient les paupières, Gibbs le serra fort dans ses bras pour le réconforter. Il se mit à le bercer, comme s'il était un jeune enfant et, peu à peu, les sanglots de Tony s'espacèrent. Finalement, il reprit la parole et entreprit, d'une voix monocorde, de lui raconter ce qui lui était arrivé après qu'il ait fui la maison de son père.

-Ça faisait peu de temps que j'étais à la rue et sans argent. J'étais mort de peur et de faim, quand je l'ai rencontré. Il s'est montré très gentil avec moi et m'a proposé son aide… et moi, comme un idiot, je l'ai bêtement cru. Les premiers jours, tout s'est bien passé. Il m'a donné à manger, un endroit où dormir, et j'ai commencé à penser que j'étais sorti d'affaire… mais… mais rapidement, il… il m'a dit que je devais le rembourser pour tout ce qu'il avait fait pour moi et qu'à mon tour, je devais faire quelque chose pour lui. Il voulait que je… me prostitue. J'ai… j'ai refusé, je ne voulais pas. Je n'avais… je n'avais jamais couché avec personne… surtout pas avec un garçon A… alors, il m'a jeté sur mon lit et il m'a…, les mots moururent dans sa gorge

Le corps de Tony recommença à être parcouru de tremblements violents et sa respiration devint haletante.

-Quand… quand il s'est retiré, il m'a dit que… que le problème de ma virginité était réglé et que… que si je ne faisais pas ce qu'il me demandait… il recommencerait… mais qu'il… qu'il serait encore plus violent.

Les sanglots recommencèrent de plus belle et cette fois-ci, Gibbs ne put retenir plus longtemps ses propres larmes qui se mirent à couler librement sur ses joues. Maintenant qu'il savait tout ça, il comprenait mieux l'attitude agressive de Tony et son extrême méfiance. C'était d'ailleurs même un miracle que ce dernier n'ait pas essayé, avant aujourd'hui, d'en finir en mettant fin à ses jours, pensa-t-il.

-J'avais si mal. Je saignais et je n'arrivais plus à bouger… je ne voulais pas qu'il recommence. Alors… j'ai fait ce qu'il voulait mais j'ai détesté chaque minute. Ensuite, il m'a drogué à mon insu, pour me tenir sous sa coupe, mais au moins après, quand je prenais une dose de drogue, ça m'aidait à oublier ce que je faisais… ça me donnait du courage quand je devais tailler une pipe à ces gros dégueulasses qui m'éjaculaient dans la bouche… ou que je devais me laisser pénétrer par ces obsédés.

Tony se tut de nouveau et pleura pendant un long moment contre le torse de Gibbs qui lui caressait le dos en de larges cercles apaisants pour le consoler.

-Merde. J'ai jamais voulu tout ça. La prostitution, la drogue… pourquoi est-ce que j'ai eu cette vie merdique, hein? Qu'est-ce j'ai fait pour mériter ça? se révolta soudain Tony.

-Je suis vraiment désolé pour tout ce qui t'est arrivé, murmura Gibbs contre son oreille, mais maintenant c'est fini. Tu es en sécurité ici avec moi. Je ne laisserai plus jamais personne te faire du mal, je te le promets, lui jura-t-il avec ferveur.

Oui, si quelqu'un essayait encore de s'en prendre à Tony, il aurait à faire à lui. Il le défendrait de sa vie s'il le fallait, et sans aucune hésitation !

Tony se sentit beaucoup mieux d'avoir enfin de vidé son sac et d'avoir confié son lourd fardeau à Gibbs. Il lui sembla qu'un poids énorme venait d'être retiré de ses épaules et il fut apaisé. Soudain épuisé par toutes ces émotions, il finit par succomber de nouveau au sommeil, toujours serré dans l'étreinte rassurante de l'ex-marine qui continua à le bercer.

N'osant pas le relâcher de peur qu'il se réveille ou fasse un nouveau cauchemar, Gibbs se cala le plus confortablement possible contre la tête de lit. Il regarda Tony dormir pendant un long moment, le cœur débordant d'amour paternel. Puis, il jeta un coup d'œil autour de lui et soupira. La chambre était vraiment en bazar et cela perturbait franchement son amour de l'ordre. Demain, il prendrait le temps de la ranger avec Tony, décida-t-il.

Ce dernier poussa justement un soupir et se retourna pour enfouir la tête dans son oreiller, libérant du coup les bras de Gibbs qui en profita pour se glisser hors du lit. Il commença silencieusement à ramasser les vêtements éparpillés sur le sol. Ce que Tony venait de lui confier l'avait bouleversé et il savait qu'il ne retrouverait pas facilement le sommeil, alors autant s'occuper.

En attrapant un t-shirt qui dépassait de dessous le lit, il vit que le cadeau qu'il lui avait fait pour son anniversaire se trouvait planqué là, dans son emballage toujours intact.

«Pourquoi ne l'as-tu pas ouvert, Tony?»

Une fois tous les vêtements ramassés, il sortit de la chambre et descendit à la buanderie pour faire partir une machine. Il remonta ensuite dans la chambre de Tony pour vérifier qu'il dormait toujours paisiblement. Ce dernier n'avait pas bougé et sa respiration était lente et régulière, signe que son sommeil était profond. Gibbs laissa néanmoins la porte de sa chambre ouverte et la lumière du couloir allumée, au cas où. Il retourna sans sa propre chambre, dont il laissa également la porte entrebâillée, et s'efforça de se rendormir.

Demain allait être une longue journée, entre ranger le bazar de Tony et surtout, retourner au lycée pour mettre les points sur les i avec le proviseur. En effet, Ducky lui avait rapporté ce que Tony lui avait confié à la morgue, à propos des réelles raisons de cette bagarre et il avait bien l'intention de prendre la défense de son garçon, maintenant qu'il connaissait toute la vérité. Pour finir, il allait falloir se mettre en quête d'un nouveau lycée.

« Ce qui est loin d'être gagné mais tant pis, dans le pire des cas, si aucun lycée ne l'accepte, il reste toujours la solution des cours par correspondance. Tony est un gamin intelligent et je suis sûr qu'il n'aura aucun problème pour suivre » pensa-t-il avant de finalement se laisser emporter par le sommeil.

Le lendemain matin, Gibbs réveilla Tony assez tôt puis il descendit préparer un rapide petit-déjeuner qu'ils avalèrent en vitesse avant de s'attaquer à la chambre du jeune homme.

Ce fut bien la première fois que Tony ne contesta pas systématiquement une de ses décisions et il trouva cela franchement agréable. Ils travaillèrent côte à côte et entreprirent de remettre un peu d'ordre dans la pagaille créée par Tony.

Tony se mit à quatre pattes pour faire le tri de tout ce qu'il avait empilé sous son lit et, ce faisant, il récupéra le paquet que Gibbs lui avait offert pour son anniversaire. Le tenant fermement entre ses mains, il se laissa tomber sur le rebord de son matelas et le contempla avec une expression étrange sur le visage.

Ne l'entendant plus s'activer, Gibbs, qui était occupé à trier l'armoire, se retourna pour voir ce qu'il faisait. Il ne manqua pas de remarquer son air triste et songeur.

-Tu ne l'as pas encore ouvert, fit-il remarquer doucement en prenant bien soin de ne pas prendre un ton accusateur

-Non, répondit Tony avec un sourire mélancolique en caressant distraitement le ruban du bout des doigts. C'est le premier cadeau que je reçois depuis la mort de ma mère… Je n'ai pas osé regarder ce qu'il y a dedans.

-Ton père ne t'a jamais offert de cadeau ? demanda Gibbs outré

-Non. Il a toujours estimé que c'était inutile… que je ne valais pas le coup qu'on me fasse des cadeaux.

-Je ne suis pas d'accord avec lui. Il est pour toi, ouvre-le.

Doucement, presque avec révérence, Tony entreprit d'ouvrir le gros paquet. Quand il eut relevé le bord du carton, il découvrit une magnifique batte de base-ball rutilante, un gant et une balle.

-Houa !

Il prit la balle dans sa main et la regarda avec des étincelles dans les yeux en voyant qu'elle était signée. Quand il reconnut le nom des joueurs, il leva un regard ému vers Gibbs.

-En plus, elle est dédicacée par tous les joueurs des NY yankees ! Comment as-tu…

-J'ai un bon ami qui connaît bien leur entraîneur et qui m'a fait une petite faveur, lui répondit Gibbs en souriant.

Tony replaça la balle dans le carton et s'empara de la batte. Il fit courir ses doigts sur le bois poli.

-Elle est magnifique… murmura-t-il en l'examinant sous toutes ses coutures.

C'est alors qu'il s'aperçut qu'il y avait une inscription. Il se pencha pour la déchiffrer et les larmes lui montèrent aux yeux quand il réalisa ce qui était écrit et ce que cela impliquait.

-Elle est gravée à mon nom… c'est toi qui l'as faite.

-Oui, admit Gibbs.

Tony se jeta au cou de son tuteur et le serra dans ses bras.

-Merci, chuchota-t-il avec émotion. On ne m'a jamais un cadeau aussi fabuleux.

« Non, jamais personne n'a consacré autant de temps juste pour moi, pour me faire plaisir. »

-Je suis content que ça te plaise, dit Gibbs en lui rendant son étreinte.

Ils continuèrent le rangement de la chambre. Tony avait mis de la musique en fond sonore.

-Je peux regarder ? demanda l'ex-marine en prenant le cahier à dessin de Tony.

Tony sembla hésiter avant de finalement acquiescer

-Tu dessines très bien;

-C'est ma mère.

-Je l'ai reconnue.

Gibbs passa sur des dessins beaucoup plus sombres, ceux qu'il avait vus quelques mois plus tôt lors de la fouille de la pièce qui servait de chambre à Tony. Il n'osa faire aucune réflexion, mais son trouble n'échappa pas à Tony.

-Ceux là c'est quand j'étais sous les ordres du Tsar. La plupart ont été faits quand j'étais sous l'influence de la drogue.

Gibbs continua à feuilleter et tomba sur un dessin de Ducky en plein travail dans la salle d'autopsie.

-Ducky t'a laissé le dessiner?

-Il ne le sait pas. J'ai fait ça de mémoire.

-Chapeau.

Il tomba même sur un dessin de lui au bureau en train de bosser. Tony se contenta de hausser les épaules sous le regard intense de son tuteur.

Dans la journée Gibbs appela le lycée et rapporta toute l'histoire que Tony lui avait racontée. Après bien des vérifications, la directrice consentit à adresser ses excuses et à reprendre Tony au lycée, mais celui-ci refusa catégoriquement de remettre les pieds là-bas. Gibbs comprit la position de Tony et chercha alors un nouveau lycée.

Malgré tous ses efforts, il ne parvint pas à trouver un lycée qui veuille bien accepter Tony. Tous les proviseurs avec qui il eut des entretiens lui firent la même réponse en lisant son dossier scolaire.

«Mr Doërti-DiNozzo est sans aucun doute un bon élève, ses résultats le prouvent, mais il est trop instable et manque de discipline. Nous ne pouvons malheureusement par nous permettre d'avoir un tel élément perturbateur dans notre établissement. »

Gibbs avait beau leur assurer que Tony avait changé et qu'il ne causerait plus aucun souci, ils se montèrent intraitables.

À son plus grand dam, Franks avait même émis, en présence du concerné, que Tony ferait mieux d'aller dans une école militaire où il serait plus cadré, et où la racaille comme lui ne tenait pas longtemps et se pliait vite aux règles.

Gibbs, absolument furieux, avait pris la défense de Tony et avait remis son boss en place, lui signifiant vertement qu'il ne tolérerait plus qu'il parle de Tony sur ce ton et que s'il n'était pas content, il pouvait le virer, il n'en avait rien à foutre.

Tony avait été bouleversé que son tuteur soit prêt à mettre sa carrière en jeu pour lui et était intervenu pour ramener le calme entre les deux hommes, allant même jusqu'à supplier Franks de ne rien en faire.

Ce dernier, qui malgré son caractère irascible était un homme juste, avait réalisé qu'il avait été trop loin dans ses paroles et s'en était excusé auprès de Gibbs. Le calme était finalement revenu et par un accord tacite, Franks et Tony avaient même établi une trêve.

Gibbs était en train de travailler sur son bateau quand Tony descendit les escaliers menant au sous-sol. Il s'immobilisa sur la dernière marche et regarda son tuteur un petit moment avant de commencer d'une voix hésitante

-Jethro, je…

-Oui ?

-Je pense que Franks a raison. Je devrais m'inscrire dans cette école militaire de Long Island.

-On ne va pas en venir là Tony, on va bien finir par trouver un lycée privé qui acceptera de te prendre. On a rendez-vous lundi à St Andrew, je suis sûr que ça va marcher.

Tony soupira.

-C'est un lycée qui coûte horriblement cher, fit-il remarquer. Tu ne peux pas te le permettre. En plus, je ne veux pas que tu te mettes sur la paille à cause des conneries que j'ai pu faire. Et puis, si je pars à Long Island, tu seras un peu plus tranquille pendant la semaine avec le boulot, si tu n'as pas à t'occuper de moi. Comme ça, ça ne posera plus de problème. Surtout, je crois que m'éloigner un peu de Washington ne me fera pas de mal. Et ce n'est pas comme si je partais vraiment, je rentrerai certains week-ends et aux vacances scolaires…

Gibbs le considéra silencieusement pendant un long moment.

-Tu as l'air d'avoir pris ta décision, n'est-ce pas ? constata-t-il finalement.

-Je crois.

-Tu n'as pas peur de retourner à Long Island ?

« À seulement quelques kilomètres de chez ton père » continua-t-il mentalement mais Tony avait parfaitement compris la question non formulée.

-Non.

Il secoua énergiquement la tête.

-Il n'a plus aucun droit sur moi et puis, ajouta-t-il avec un sourire confiant, je sais que si j'ai un souci, je peux t'appeler.

« Et tu viendras à mon secours. »

Gibbs lui rendit son sourire.

« Oui, tu peux m'appeler à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit et je serai là. »

-Alors, si c'est vraiment ce que tu veux, je te soutiendrai dans ton choix, dit-il simplement. Je connais un peu un des instructeurs principaux. Il me doit une faveur, je lui passerai un petit coup de fil.

Tony lui fit un sourire chaleureux. Il n'était toujours pas habitué à ce que quelqu'un tienne vraiment à lui et soit prêt à tout faire pour le rendre heureux. Il se dit que sa chance avait enfin tourné le jour où il avait croisé le chemin de Gibbs. Ce dernier était le père dont il avait toujours rêvé, sans jamais penser avoir la chance de le trouver un jour.

Le lundi suivant, Gibbs et Tony se rendirent à l'école militaire de Long Island où ils avaient rendez-vous avec le Colonel Paterson, la connaissance de Gibbs.

Après une heure d'entrevue, Tony fut accepté à l'école. Son inscription serait effective la semaine suivante et il pourrait commencer de suite à suivre les cours. Avant qu'ils ne prennent congé, le colonel leur fit faire la visite détaillée des lieux. L'ensemble était d'une austérité toute militaire mais plut à Tony, qui ne douta pas une seconde qu'il allait s'adapter à ce nouvel environnement.

Gibbs, pour sa part, appréhendait un peu de laisser partir Tony. Il s'était habitué à sa présence chez lui et il craignait de se retrouver de nouveau seul. Surtout maintenant, alors qu'ils avaient franchi une nouvelle étape dans leur relation.

Il avait réussi à convaincre Franks de lui donner une semaine de vacances. Il voulait profiter au maximum de la présence de Tony avant son départ, d'autant plus que les élèves n'avaient pas tous leurs week-ends de libres. En l'occurrence, ils ne se reverraient pas avant Noël

Fin flash back