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Chapitre 19 : Les risques du métier

Il regarda anxieusement les machines maintenant son fils en vie. Il fallait que Tony vive ! Il savait parfaitement qu'il ne se remettrait pas de sa perte. Si Tony mourrait, il irait le rejoindre. Tony avait été la personne qui lui avait permis de survivre à la mort de son épouse Shannon et de sa fille Kelly et, comme il l'avait déjà dit, il ne supporterait pas de perdre un autre enfant.

Tony était pâle, même très pâle, il n'avait jamais vu son fils dans un état aussi pitoyable, même quand …..

-Je suis à tes côtés mon fils, tout va bien se passer.

Flash back :

15 Mars 2003

Gibbs était penché sur un dossier, tout comme l'étaient ses subordonnés, Vivian et Stan, et il ne prêta pas attention aux personnes qui venaient de sortir de l'ascenseur.

-Agent Gibbs ?

Gibbs leva le regard sur deux hommes en uniformes militaire l'état-major, reconnut-il tout de suite, les sens en alerte. Ça, c'est pas bon, et leur mine est bien sinistre, c'est Tony !

-Oui, répondit-il cependant d'une voix parfaitement calme qui ne laissait pas deviner que son cœur battait la chamade.

-Y aurait-il un endroit où on pourrait parler tranquillement, s'il vous plait ? demanda poliment le plus gradé des deux.

-Oui, bien sûr. Il avait de plus en plus de mal à maîtriser son trouble.

Les trois hommes se dirigèrent vers la salle de repos qui était vide à cette heure-ci.

-Il s'agit de Tony ? demanda aussitôt Gibbs dès qu'ils furent seuls. Un terrible pressentiment lui tordait le ventre et il appréhendait de connaitre le motif de leur visite.

-Oui, Monsieur. Il s'agit effectivement du Lieutenant-colonel DiNozzo. Son avion a été descendu il y a une semaine, l'informa le militaire d'une voix sombre et pleine de compassion.

-Est-ce qu'il est…

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge et il fut incapable de prononcer le mot qu'il redoutait tant. Tout à coup, il se retrouva projeté plus de dix ans en arrière au moment où un autre officier était venu lui annoncer que sa femme et sa fille avaient été assassinées pour avoir été les témoins d'un meurtre. Il eut l'impression de revivre de nouveau le pire cauchemar de son existence et ses oreilles se mirent à bourdonner.

« Non, Tony ! Pas toi aussi ! »

-Il est vivant, il a été conduit à l'hôpital militaire de Bethesda

Gibbs était tellement occupé à combattre les démons de son passé qu'il fallut un petit moment pour que cette dernière phrase traverse la brume entourant son cerveau.

« Vivant ? »

-Pardon ? murmura-t-il d'une voix tremblante.

-Je disais que le lieutenant-colonel DiNozzo a survécu et qu'il a été transporté à l'hôpital militaire de Bethesda répéta patiemment l'homme.

« Merci, mon dieu ! » remercia silencieusement Gibbs.

-Mais il est plongé dans un profond coma et son état est toujours jugé critique, ajouta l'officier, ne voulant pas lui donner trop de faux espoirs quand aux chances de Tony de s'en sortir.

« Mais il est vivant ! » se répéta Gibbs ne voulant par perdre totalement espoir.

-Si vous le désirez, nous avons une voiture pour vous accompagner sur place dès que vous serez prêt à partir.

Gibbs hocha la tête. Bien sûr qu'il était prêt à partir. Pour être exact, rien ne pourrait l'empêcher d'aller rejoindre son fils pour le soutenir et l'aider à se battre.

-Je vous suis, messieurs.

Il alla rapidement informer ses agents qu'il serait absent jusqu'à nouvel ordre pour motif personnel, puis partit avertir le directeur Morrow de la situation. Celui-ci lui ordonna de rester auprès de son fils le temps qu'il faudrait.

Hôpital militaire de Bethesda, service des soins intensifs

La route se fit rapidement et Gibbs fut bientôt arrivé à l'hôpital militaire.

Il pénétra dans la chambre de Tony accompagné du médecin qui s'occupait de lui. Gibbs ne put retenir un léger tressaillement quand il vit le corps du jeune homme qui disparaissait presque sous les tuyaux et les bandages. C'est à peine s'il parvint à le reconnaître.

Sa réaction n'échappa pas à l'œil du médecin qui entreprit aussitôt de le rassurer et de lui expliquer en détail l'état de son patient.

-Les machines reliées au lieutenant-colonel DiNozzo peuvent paraître impressionnantes mais elles lui sont nécessaires. Il a été opéré tout de suite après le crash sur le porte-avion où il était assigné . Depuis le début il est sous respirateur car il ne parvient pas à respirer par lui-même, à cause d'un poumon perforé. Il a une fracture du bassin, ses deux jambes sont fracturées. Il a été opéré il y a une semaine pour réduire ses fractures et, avec une bonne physiothérapie, il devrait n'avoir aucune séquelle. Il a aussi des brûlures au second degré sur les bras et une partie du torse, elles ne devraient laisser que de légères traces avec le temps. Son rein droit était en mauvais état, on n'a eu d'autre choix que de le lui retirer. Mais ne vous inquiétez pas, son rein gauche fonctionne parfaitement .

Gibbs s'approcha de Tony et lui effleura légèrement la tête, en prenant bien soin de ne pas déranger tout l'appareillage qui le maintenait en vie.

-Je suis là, fiston, ça va aller lui murmura-t-il d'une voix enrouée par l'émotion. Je suis là maintenant, tu n'as plus qu'à t'accrocher. Tu vas t'en sortir, tu m'entends ?

Deux heures plus tard, quand les infirmières entrèrent dans la chambre de Tony pour venir lui prodiguer ses soins, elles demandèrent à Gibbs de bien vouloir quitter la pièce. Il sortit d'un pas lourd et se dirigea vers la salle d'attente pour patienter avant de pouvoir retourner auprès de son fils.

Il se prit un café au distributeur automatique et retint une grimace quand il porta le gobelet à ses lèvres. Puis, il se laissa tomber sur l'un des fauteuils et contempla le liquide brun d'un regard vide.

-Agent Gibbs ?

Gibbs releva la tête à l'annonce de son nom et son regard se posa sur un homme au visage sévère et autoritaire.

« Un général de l'armée de l'air » en déduit-il quand il vit ses galons.

Aussitôt, il se leva pour le saluer.

-Je suis le général Smith, se présenta l'homme en lui tendant la main.

-Général, dit Gibbs en serrant la main offerte d'une poigne franche.

-Comment va le lieutenant-colonel DiNozzo ? S'enquit le gradé

-Il tient le coup pour le moment, répondit Gibbs d'un ton réservé.

Sa voix fléchit légèrement mais il se ressaisit immédiatement et son instinct d'enquêteur reprit le dessus.

-Que s'est-il exactement passé ? On m'a juste informé que l'avion de mon fils s'était fait descendre il y a une semaine. Pourquoi n'en ai-je pas été averti avant ? demanda-t-il en regardant le général droit dans les yeux pour bien lui faire comprendre qu'il attendait une réponse et qu'il ne le laisserait pas repartir sans l'avoir reçue.

Le haut gradé dévisagea d'un air glacial l'agent du NCIS qui se tenait devant lui en le défiant du regard. L'homme soutint son regard sans baisser les yeux, s'attirant aussitôt son respect car rares étaient les hommes capables de lui tenir tête. Cela valut à Gibbs une réponse franche et directe des faits.

-Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus, il s'agissait d'une mission secret-défense

-Je suis un ancien marine et un agent du NCIS, je me fous que ce soit un secret-défense ! Je veux savoir pourquoi l'avion de mon fils s'est fait descendre il y a une semaine et pourquoi on ne m'en a averti que maintenant.

-Je ne peux pas répondre à toutes vos questions. En tant qu'ancien marine vous savez ce que signifie le secret-défense. Pour vous informer de l'état du lieutenant-colonel, on devait attendre d'être sûrs qu'il s'en sorte et qu'il puisse être rapatrié. Son copilote n'a pas eu autant de chance que votre fils, il n'a pas survécu.

À cette triste nouvelle, Gibbs soupira. Il savait que le capitaine Jimmy McDermott était le meilleur ami de Tony depuis son entrée à l'école militaire. Même si Tony avait gravi les échelons de la hiérarchie beaucoup plus vite que lui, les deux jeunes hommes étaient restés très proches. Gibbs l'avait rencontré à de nombreuses reprises et il l'appréciait beaucoup.

Cinq jours plus tard

L'état de Tony avait évolué et les médecins l'avait assuré qu'il était sorti d'affaire. Gibbs ne quittait quasiment pas le chevet de son fils, excepté durant les périodes de soins où il en profitait pour aller prendre une douche et se changer.

Il était fidèle au poste lorsque des gémissements en provenance du lit le tirèrent de la lecture de son journal. Il se leva vivement et vint se pencher au-dessus de Tony qui commençait à remuer faiblement.

-Hé, fiston, tout va bien, tu es à l'hôpital le rassura-t-il. Allez, vas-y, ouvre les yeux.

Lentement, les paupières de Tony se mirent à papillonner tandis qu'il luttait pour ouvrir les yeux, encouragé par Gibbs. Il parvint finalement à ses fins et plongea un regard hagard dans celui de son père adoptif. Il essaya de rassembler ses souvenirs, mais tout semblait flotter confusément autour de lui et, quand il tenta de parler, il s'aperçut qu'il n'y arrivait pas, comme si quelque chose l'en empêchait. Un éclair de panique dut percer dans son regard car Gibbs le rassura aussitôt.

-Tu ne peux pas parler à cause du tube qui est enfoncé dans ta gorge, pour t'aider à respirer. Tu comprends ?

Tony hocha légèrement la tête et ses yeux se refermèrent, pour se rouvrir quelques secondes plus tard. Durant ce temps, Gibbs enfonça le bouton de la sonnette pour appeler un membre du corps médical.

-Je viens d'appeler une infirmière pour prévenir que tu es réveillé. On va te retirer ça et tu te sentiras plus à l'aise pour respirer.

Une infirmière ne tarda pas à se présenter dans la chambre et, quand elle vit que son patient avait enfin repris connaissance, elle se hâta d'aller chercher un médecin. Ce dernier arriva rapidement et entreprit de retirer le tube inséré dans la gorge de Tony. Le jeune homme toussa un petit moment mais reprit vite sa respiration.

-Tu veux un peu d'eau ? proposa Gibbs tout en lui offrant un verre d'eau bien fraîche.

-Oui, coassa t-il

-Bois doucement.

Gibbs lui glissa la paille entre les lèvres et Tony parvint à aspirer quelques gorgées. L'eau glacée coulant dans sa gorge irritée par le tube qui était resté en place plus d'une semaine fut merveilleusement apaisante.

-Merci, dit Tony avec gratitude d'une voix encore éraillée.

Le docteur s'approcha alors de lui et se mit à l'ausculter avec minutie.

-Comment vous sentez-vous, Lieutenant-colonel? lui demanda-t-il tout en lui prenant sa tension.

Tony haussa les épaules sans se donner la peine de lui répondre, tout en regardant autour de lui à la recherche de son père. Ce dernier était allé se placer dans un coin de la chambre afin de ne pas déranger le médecin dans son examen. Quand leurs regards se croisèrent, il lui adressa un sourire rassurant.

Après plusieurs minutes, le docteur parut satisfait de l'état général de son patient. Il inscrivit les résultats de son examen et ses remarques sur la fiche de Tony avant de quitter la chambre, laissant les deux hommes de nouveau seuls.

Tony se sentait complètement épuisé et il ferma les yeux un instant. Puis, il fronça les sourcils et essaya de se souvenir de la raison qui l'avait amené dans cet hôpital.

-Que s'est-il passé ? demanda-t-il finalement quand son esprit refusa obstinément de lui fournir la réponse qu'il recherchait.

-Ton avion s'est fait descendre, tu te souviens ? lui dit Gibbs en étudiant attentivement ses traits, prêt à rappeler une infirmière au premier signe d'une crise de panique de la part de son fils adoptif.

Tony ferma les yeux et fouilla dans les tréfonds de sa mémoire.

«Descendre? »

-Non, répondit-il enfin après plusieurs secondes de silence. Comment va Cool Breeze ? S'enquit-il ensuite en sachant parfaitement qu'il devait se trouver avec lui à ce moment-là.

Quand la réponse tarda à arriver, il leva les yeux vers Gibbs et, devant son air grave, il pâlit brutalement.

-Je suis désolé, Tony, il n'a pas survécu, se décida finalement à lui annoncer l'ex-marine.

-Non ! non, pas lui s'exclama Tony avec angoisse quand il entendit son père prononcer les mots de ce qu'il avait déjà instinctivement deviné en voyant sa mine sinistre.

Il avait tellement espéré s'être trompé.

« C'est pas possible ! Cool Breeze ne peut pas être mort !Pourquoi ? C'est trop injuste ! »

Assommé par la nouvelle, Tony se sentait complètement hébété. Il essaya de se remémorer ce qu'il s'était passé mais rien ne lui revenait

-Comment cela s'est-il produit ? murmura-t-il quand il réalisa qu'il était inutile de forcer ses souvenirs plus longtemps.

Ces derniers reviendraient probablement d'eux-mêmes quand il aurait assimilé le choc de la nouvelle mais pour l'instant, ce n'était pas la peine d'insister.

-Tu ne te souviens de rien ? demanda Gibbs d'une voix inquiète

Tony secoua négativement la tête.

-Non.

-Alors je n'en sais pas plus que toi. On n'a rien voulu me dire sous le couvert du secret-défense.

Les semaines qui avaient suivi avaient été dures, la rééducation très pénible et douloureuse. Mais le jeune homme, avec toute sa volonté et l'aide de son père, s'en était sorti sans séquelles.

Ne pouvant reprendre les vols et ne se voyant pas devenir instructeur, comme l'armée de l'air le lui avait proposé, Tony avait accepté la proposition de son père de devenir un agent du NCIS.

Fin flash back