Depuis toujours, Erik était un être solitaire. Elevé dans la haine et la violence, il avait passé sa vie à tenter de survivre. Schmidt avait fait de lui une arme, un homme dépourvu de sentiment.

Du moins, c'était ce qu'il croyait jusqu'à ce qu'il croise la route de Charles Xavier. Cette rencontre avait réveillé en lui des émotions qu'il ne pensait plus jamais ressentir. Et pourtant, alors qu'il embrassait le jeune homme passionnément depuis de longues minutes, le collant contre lui avec force, il se demandait comment il avait fait pour tenir tout ce temps sans cette chaleur, cette passion qu'il ressentait à ce moment précis.

Il était certain d'une chose, alors qu'il se détachait légèrement du télépathe pour poser ses lèvres dans son cou, la présence de Charles lui était devenue indispensable.

Il poussa un gémissement indigné lorsque son ami le repoussa légèrement alors qu'il tentait de s'imprégner de l'odeur si douce que dégageait le jeune professeur.

Une moue boudeuse se dessina sur son visage lorsqu'il releva le regard vers Charles, ce dernier affichant d'ailleurs, un sourire tendrement moqueur. Erik observa avec bonheur le visage détendu de Charles : Ses traits n'étaient plus marqués par la souffrance et la colère, ses yeux brillaient toujours autant, mais là, ils pétillaient de malice et de tendresse. Erik ne doutait pas un seul instant que la plénitude que lui même ressentait avait beaucoup joué dans l'humeur de son ami.

Il sentit des frissons parcourir son échine, et son cœur peu habitué à ressentir toutes ses émotions, s'emballa fortement lorsque le télépathe posa ses lèvres sur sa joue avant de se reculer et de lui tendre la main, un sourire coquin sur le visage.

Ebahi par le soudain changement de caractère du télépathe -et après c'était lui le psychopathe- il n'hésita pas une seule seconde, avant de s'emparer de cette main terriblement tentatrice et d'entrelacer ses doigts avec ceux de son ami.

Son ami entreprit alors de lui faire traverser toute la maison afin de rejoindre sa chambre, Erik ne pouvant s'empêcher de le suivre docilement, fasciné par ce jeune homme incroyable.

Une fois entré à l'intérieur de la chambre, Erik ne put s'empêcher d'étudier chaque recoin de l'antre de son ami.

Il fut interrompu dans sa formidable occupation par un claquement de langue impatient. Amusé, Erik se retourna pour faire face à un télépathe qui n'était apparemment pas content de se faire voler la vedette : Les bras croisés en signe de mécontentement, une moue indignée sur le visage.

Erik sentit un immense sourire fleurir sur son visage, un sourire vrai et sincère, un de ceux qu'il n'arborait jamais. La mine hallucinée de son ami en voyant cette expression sur son visage le fit éclater de rire.

Il n'eut cependant pas le temps de rire très longtemps : les yeux de son ami s'assombrir brutalement, et avant qu'il ne puisse dire ou faire quelque chose Charles s'était emparé de ses lèvres violement, se collant contre lui, une main déjà passée sous son pull.

Erik mit quelques secondes à réagir, abasourdi par la soudaine passion de son ami. Il se sentit frissonner lorsque la main de Charles caressa doucement sa peau, sa respiration devenant erratique, il tenta de reprendre le contrôle du baiser.

Mais peine perdue : Charles était en pleine frénésie, il mordillait, caressait ses lèvres, entrelaçait tendrement sa langue avec la sienne. Etrangement, lui qui d'habitude était effrayé par la perte de contrôle et n'aimait pas être dominé, adorait ce côté dominateur chez Charles.

Il faisait confiance au télépathe, il savait très bien qu'il ne le blesserait pas et que bientôt les rôles s'échangeraient.

Il sortit de ses pensées au moment où Charles se détacha de ses lèvres pour glisser vers son cou. Le télépathe embrassait, mordillait doucement sa peau, et Erik se doutait que c'était une façon pour Charles d'effacer le passage de Raven, à ce souvenir une pointe de culpabilité traversa son cœur qui se répercuta sur le moral changeant du télépathe. Charles le repoussa doucement, une lueur inquiète dans les yeux qu'Erik fit disparaître d'une tendre caresse dans ses cheveux.

Il reprit finalement le contrôle lorsqu'il vit que Charles avait perdu en assurance. Doucement, il débarrassa son ami de ses vêtements encombrants avant de l'admirer dans toute sa splendeur, sous le regard gêné du télépathe qui s'empressa de lui faire subir le même sort.

Il enlaça Charles d'une manière possessive, presque violente, une main posée dans le creux de ses reins, l'autre sur la nuque, tout son corps s'enflamma lorsque leurs peaux entrèrent en contact.

Il reprit ses lèvres, les caressant avec douceur avant de les faire basculer tous les deux sur le lit.

Allongé sur lui, Erik découvrit lentement le corps de son ami, se délectant de sa peau, de son odeur, de ses gémissements de plaisir. Il le prépara tendrement, pour ne pas le blesser : Il ignorait si c'était une première fois.

Il préféra ne pas y penser, sentant déjà la jalousie s'emparer de tout son être.

Lorsqu'ils ne firent plus qu'un, Erik sentit son cœur se gonfler d'amour et d'espoir, l'impression étrange que son monde tournait enfin à l'endroit après des années d'errance, et il lut dans les yeux brillants de larmes du télépathe qu'il ressentait la même chose.

Ils 'endormirent dans les bras l'un de l'autre, les jambes étroitement entremêlées.

Erik s'éveilla peu de temps après, il caressa du bout de ses doigts la joue de Charles endormi, étroitement pressé contre lui.

Il avait aimé chaque seconde, chaque minute des instants vécus dans les bras du jeune professeur : La voix douce et implorante de Charles, ses cris, ses gémissements et enfin, l'expression de son regard. Plus tendre, plus serein à son encontre.

L'orage avait cédé à la place au bleuté d'un ciel d'été dans lequel Erik aurait aimé y plonger et s'y perdre, le reste de la nuit tout du moins. A défaut de toute une vie…

Jamais il n'avait ressentit pareille plénitude en faisant l'amour, l'impression de ne faire qu'un, d'avoir enfin trouvé celui avec qui on pouvait tout partager.

Il savait que ce bonheur était illusoire et éphémère, qu'il ne leur restait plus beaucoup de temps à passer ensemble.

Après tout le mal qu'il lui avait infligé en couchant avec sa sœur, en lui balançant des horreurs, Charles avait choisi de lui pardonner, de l'aimer…Erik l'avait vu dans ses yeux et dans ses traits qui avaient revêtu une confiance inébranlable.

Erik était troublé par ce cadeau, ce don de « soi » si touchant que lui offrait son jeune et beau télépathe. Il s'en estimait irrévocablement indigne, il aurait préféré qu'il offrit ce présent à Moira.

Non, en réalité non, il ne préférait pas cela. Il était égoïste Il le savait mais il ne pouvait supporter que quelqu'un d'autre ne fût avec Charles.

Rien que le fait d'imaginer les sales pattes d'un autre être humain sur lui le mettait dans une rage folle et lui retournait l'estomac.

Et pourtant, il ne voulait pas emporter Charles dans les ténèbres de sa vie, dans sa haine et sa violence insatiable. Il ne se le pardonnerait jamais.

Charles était profondément bon et personne n'était digne de lui.

Erik était totalement déchiré, prit entre deux feux : Celui de la haine et celui de l'amour. Si la haine faisait des ravages, cela n'était rien à côté de l'amour.

Erik fut sortit de ses sombres pensées par l'intervention de Charles.

« -Je suis si beau que cela pour que tu ne puisses t'endormir ? murmura Charles, amusé, qui s'était réveillé et redressé sur son oreiller. Ou tu te sens prêt pour un nouveau round ? » Termina-t-il en lui lançant un regard incendiaire.

Décidément, Charles était plein de surprises et bien trop attachant et sexy pour son propre bien.

Erik esquissa un demi sourire taquin et coquin avant de rallonger Charles sur le lit et de fondre sur ses lèvres.

Avec une douceur inaccoutumée de sa part, mais seulement réservée pour son professeur, il chercha à faire frémir son amant et à marquer, de l'empreinte de ses lèvres, de ses dents et de ses doigts, le fait que ce dernier lui appartenait corps et âme.

Il ne pouvait pas s'en empêcher : Quitter Charles était au dessus de ses forces et si le marquer comme sien pouvait éloigner toute concurrence alors il le ferait sans aucun remord.

Et puis de toute façon, personne ne pourrait jamais l'aimer autant que lui, cela était impossible.

C'était un amour violent, unique. Toute son affection était centrée sur lui, il n'aimait personne d'autre.

Il n'avait donc pas besoin de partager. Qui pouvait se targuer de n'aimer qu'une seule et unique personne ?

Erik était conscient que ses pensées étaient un peu extrêmes .Après tout, cela n'était pas sa faute, c'était celle de Charles… Quelle idée d'être si mignon, si intelligent, si craquant.

Pfff, il était faible…Terriblement et à la merci du télépathe…

« -Tu es possessif ! » Haleta Charles, en s'agrippant aux épaules de son amant.

Possessif, moi ? Pas du tout.

Il observa, fasciné, Charles se mordre la lèvre inférieure et basculer la tête en arrière submergé par le plaisir qu'il lui procurait. Voyant que le télépathe allait fermer les yeux, il ramena son visage vers lui avec douceur.

« -Non, regarde-moi ! Je veux que tu restes avec moi ! » Chuchota-t-il avec tendresse et fermeté.

Charles obéit à son grand plaisir, il ouvrit ses yeux d'un bleu turquoise voilés par le plaisir.

Ce regard trouble et perdu, ce visage qui prit une moue de pure extase, ce corps brûlant et trempé de sueur contre le sien lui fit perdre pied violemment, le plaisir les submergea en même temps.

A bout de force, les bras tremblants et chamboulés par cet orgasme dévastateur, il retomba contre le corps de son amant.

Erik déposa un baiser sur le front du télépathe avant de se lover contre son corps alangui.

Cette fois, Erik se réveilla au petit matin, les premiers rayons de soleil filtrant à travers les rideaux. Il était d'humeur joyeuse, ce matin et le corps collé contre lui n'y était pas étranger.

Il observa Charles pendant quelques minutes, caressant doucement ses cheveux avant de l'embrasser chastement. Il se leva et enfila un peignoir, avant de quitter silencieusement la chambre pour aller préparer un petit déjeuner de roi.

Il se rendit dans la cuisine, soulagé de ne croiser personne.

Alors qu'il sortait un plateau et commençait à le garnir : café, brioche, pain au chocolat, jus d'orange… Il sentit la peur et la peine l'envahir Il en était certain : Ce moment n'était qu'un intermède, une parenthèse enchantée. Il allait le perdre et son instinct lui disait que ce serait très prochainement.

Lorsqu'il fut satisfait de son plateau, il se dirigea à pas lents dans la chambre de Charles, le cœur un peu lourd, de sombres pensées agitant son esprit.

Il s'arrêta sur le pas de la porte, surpris de voir Charles réveillé et en pleines crises de larmes au milieu de son lit. Cette image lui broya le cœur Voir Charles dans cet état lui était insupportable. Il secoua la tête, se remettant les idées en place, avant de s'annoncer.

« -Je te laisse un moment seul et j'ai encore droit aux chutes du Niagara ! Lança Erik exaspéré, depuis le seuil de la chambre. Ne me dis pas que tu es encore jaloux de Raven après notre nuit ? »

Erik se maudit lorsqu'il vit son amant tenter de sourire bravement, effrayé par le ton de sa voix.

Surtout que cette pointe d'exaspération n'était pas destinée au télépathe. Au contraire, il était conscient que l'immense tristesse de Charles, bien qu' étant sûrement dû au fait de se retrouver seul à son réveil, était en grande partie à cause de lui et de ses tristes pensées de ce matin.

Erik s'installa sur le bord du lit et posa le plateau sur la table de chevet, avant de serrer Charles contre lui et de le rassurer.

« -Je suis parti te préparer notre petit-déjeuner de couple. Le premier, d'accord ? Même Raven n'as pas eu cela de moi, Charles. » Chuchota-t-il tendrement.

Evidemment qu'il n'avait jamais fait cela ! Il était juste différent avec Charles, beaucoup plus attentionné, beaucoup plus…Heureux.

Il ne le perdrait pas… Non et pourtant insidieuse, cette crainte, cette peur, ce désespoir ne quittaient pas son esprit, il sentait que c'était déjà fini… Il le ressentait dans toutes les fibres de son corps.

Erik revint brutalement à la réalité lorsque Charles se jeta à son cou, le suppliant. Eh mince, ses pensées s'étaient encore répercutées sur Charles… Ou pas… Leurs esprits étaient si intimement mêlés, que les pensées, les peurs de l'un devenaient celles de l'autre. Enfin, manque de peau pour Charles, il cumulait les deux…

« -Dis-moi que tu me ne quitteras pas ! Dis-le, parce que, moi, je t'ai… »

Erik ne comprit pas pourquoi Charles s'arrêta brutalement, le visage figé, les yeux écarquillés braqués sur la porte.

Erik sentit la crainte se faufiler dans son corps, lui glacer le sang…Il se retourna lentement vers la porte et vit ce qui avait perturbé Charles…

Là, sur le seuil de la porte, se tenait Raven.

La jeune femme les dévisageait, les yeux écarquillés, incrédule.

Le cœur d'Erik manqua un battement, alors que sa pire crainte prenait vie sous ses yeux… Il le sentait, Charles allait le quitter…

Et inévitablement son monde allait s'écrouler.