Note de la traductrice : Merci à Ana pour sa review sur le précédent chapitre :)
Attention, ce chapitre vaut son rating !
Kirk entra dans le bureau de McCoy à 9h00 précises comme il en avait reçu l'ordre et expliqua brièvement sa rencontre avec Finnegan, et ses conséquences.
« Je veux dire, il disait la vérité, Bones, c'est pour ça que ses remarques me touchent toujours. Je suppose que cette fois je leur ai tourné le dos et je me suis enfui. »
« Jusqu'à Tantris ? » demanda sèchement McCoy.
« Plutôt stupide, hein ? »
« Eh bien, vous avez choisi le bon moment pour craquer ; mais on dirait que vous avez eu le temps d'y penser et de résoudre le problème. »
Kirk acquiesça.
« Y a-t-il autre chose dont je devrais être mis au courant ? »
« Eh bien, je me suis excusé auprès de Spock donc je suppose que ça va. Il y a encore quelques points sensibles mais ça s'améliorera avec le temps. »
« Bien, si vous avez à l'avenir besoin d'un bon conseil d'un ami, vous savez où se trouve ma tanière. »
« Vous voulez dire votre temple. »
« Peu importe. Maintenant, filez. Et souvenez-vous de ça : il y a plus de 400 personnes qui comptent sur vous, serait-ce vraiment une si mauvaise idée de vous permettre à vous-même de compter sur l'un d'entre-eux de temps en temps ? »
« Je suppose que non, » répondit Kirk. « Merci, Bones. »
00000
Ce soir-là, Spock sonna à la porte de l'humain, se posta devant le bureau de Kirk et, sans beaucoup d'aplomb, commença à parler.
« J'ai réfléchi à ce que vous avez dit hier. Il a dû être difficile pour vous d'en révéler autant. »
« Eh bien, » dit Kirk avec un petit sourire, « vous dire la vérité était moitié moins effrayant que de savoir que vous ne la connaissiez pas. » Il savait que ça paraissait assez ridicule mais Spock ne semblait pas s'en soucier.
« Je pense qu'il y a d'autres choses dont nous devons discuter. » Cela paraissait trop formel, même pour Spock. « L'Incident, en est une. »
« Vous voulez dire, le baiser ? »
« Je comprends que vous avez tendance à agir sur base de vos impulsions, et laisser vos pulsions intérieurs prendre les reines de vos actes. Je voulais savoir si vous aviez des informations supplémentaires concernant le sens de vos… actions. »
C'était difficile pour Spock, tout autant que ça l'avait été pour Kirk. Mais, fidèle à lui-même, le vulcain redressa les épaules, croisa les bras derrières son dos et continua.
« Est-ce que votre baiser avait un lien avec votre dilemme concernant ce que vous avez défini comme un simple devoir d'officier, ainsi que les responsabilités inhérentes au commandement, et la joie vaguement exprimée dont vous avez tenté d'instituer comme en étant la cause ? »
« Hein ? »
« Pensez-vous qu'il y a une connexion entre votre baiser et votre confusion entre ce que vous considérez comme mon devoir et la vérité dévoilée par Finnegan ? »
« Quoi ? »
Spock soupira et essaya encore une fois. « M'avez-vous embrassé parce que vous étiez confus d'être heureux que je sois resté même s'il n'y avait aucune raison valable pour que je le fasse ? »
« Je pense. »
Spock attendit qu'il en dise davantage.
« Eh bien, c'était comme je l'ai dit… » commença-t-il, et puis il réalisa que Spock avait besoin, méritait même, la vérité.
« Je pense, » dit-il lentement, « que la vérité est… eh bien, quand j'étais assis là, et que nous jouions aux échecs, vous étiez là… juste là avec moi comme vous l'étiez toujours, et soudainement ce que Finnegan avait dit semblait avoir un peu moins d'importance, et ce que je ressentais pour vous en avait un peu plus. Et je me suis souvenu que je l'avais compris depuis longtemps… »
« Qu'aviez-vous compris ? »
« J'avais compris à quel point... vous comptiez pour moi. »
Spock semblait totalement perplexe.
« Vous souvenez-vous de ce moment où vous êtes devenu aveugle et puis que vous avez retrouvé la vue… eh bien, j'étais si heureux, tellement heureux. »
Spock acquiesça lentement.
« Non, » continua Kirk, parce que dans son esprit il était impératif que Spock comprenne. A n'importe quel prix. « Non, je veux dire que c'est à ce moment-là que j'ai su ce qui pourrait me manquer, et en comprenant cela, j'ai découvert tout ce que vous signifiez à mes yeux. »
Le vulcain l'étudia attentivement et, à cet instant, son regard lui semblait assez lourd.
« Intéressant, » répondit-il, « et qu'est-ce qui vous aurait manqué au juste ? »
« Je savais que la manière dont vous me regardez me manquerait. »
La façon dont vous me regardez maintenant, avec vos yeux d'un noir liquide.
Le vulcain referma ses mains derrière son dos et sembla sur le point de faire un pas en avant.
« Quand vous nous avez dit que vous étiez aveugle, » dit-il, avec une pointe de désespoir, « j'ai pensé que j'aurais pu tuer Bones s'il ne pouvait pas tout arranger. »
« Mes yeux ne valent pas la vie d'un homme, » répondit Spock.
« Oh, si, » dit Kirk, « si, ils le valent. »
Spock cligna des yeux.
Quelque chose avait surgi en Kirk comme la montée d'une marée solaire. « Je savais que de vous savoir perdu dans la cécité me pousserait à vouloir détruire, mutiler et pleurer. Une personne qui est aveugle ne peut pas faire un million de choses, Spock, être Premier Officier sur un vaisseau militaire est l'une d'entre-elles. Ils vous auraient emmené loin de moi et je vous aurais perdu pour toujours. Et vous n'auriez jamais su à quel point je vous aime. »
« Je-je n'en étais pas conscient, » dit Spock.
Il y eut un énorme silence ; il emplit totalement la pièce. Kirk força son regard à rencontrer celui de Spock, ce regard qui voyait le monde entier avec la même intensité, qui voyait tout du disque de données à la brillante nova.
Venait-il juste de le dire, avait-il dit ces mots ? Oui, il n'y avait pas d'intérêt à le nier, il l'avait fait. Pas qu'il voulait les retirer, en fait. Il avait ressenti ça. Mais le dire à Spock était une autre histoire ; le dire à Spock était toujours une autre histoire.
Kirk se força à hausser les épaules. « Bref, tout est là. » Il sourit, s'autorisant à détourner le regard. « Et vous embrasser, eh bien, ça semblait exprimer de la meilleure façon ce que je voulais dire. »
« J'ai noté, » répondit sèchement le vulcain, « que vous avez une personnalité très liée au sens du toucher. »
Kirk s'assit sur sa chaise, cherchant du réconfort dans les objets l'entourant.
« Nous avons toujours été ami, Spock, » dit-il. « De bons amis. J'espère juste, eh bien j'espérais que vous pourriez me pardonner, pas seulement pour ce qui s'est passé sur Tantris, mais pour vous embarrasser en ce moment et vous mettre sous les projecteurs. »
Davantage de silence.
Il leva les yeux. Spock se tenait toujours là, plus stoïque que jamais, les mains derrière le dos, lui semblant seulement attendre d'être certain que Kirk n'avait rien de plus à dire.
« Spock… » murmura Kirk pour lui-même, bougeant seulement les lèvres, avec aucune force pour appuyer le mot.
« J'ai à l'esprit, » dit la statue, « un incident qui aurait pu, si j'avais été vous, être décrit d'une façon similaire. »
Bien sûr, il en retient le mauvais côté, pensa Kirk.
« Cela concerne l'incident s'étant produit avec la planète Alpha 177, lorsque que j'ai pour la première fois commencé à remarquer en vous d'autres habilités que celles d'un capitaine. »
Les sourcils de Kirk se levèrent brusquement.
« Vous souvenez-vous du problème que nous avons eu avec le téléporteur ? »
C'était typique de Spock, Kirk le savait, de minimiser et désigner l'enfer absolu à travers duquel ils étaient passé à cause du téléporteur comme un simple problème. Mais c'était la façon de faire de Spock. Oui, il se souvenait de l'incident ; sa vie avait été en danger mais, encore une fois, cela s'était produit des douzaines de fois depuis ce moment-là.
« Qu'y a-t-il à ce propos ? »
« Quand vous avez été rematérialisé comme deux entités distinctes, j'ai commencé à découvrir beaucoup de choses à votre sujet. »
Avec surprise, Kirk réalisa que Spock lui offrait sa propre version de sa découverte de quand j'ai compris que vous comptiez vraiment pour moi.
« Bien sûr, j'étais fasciné par le fait que votre soi-disant mauvaise moitié était la part de vous où se trouvait votre capacité à commander, et que votre soi-disant bonne moitié possédait, comme les humains pourraient le dire, un cœur aussi tendre. Mais pour survivre, ces deux parties de vous-même avaient à fusionner à nouveau et ne faire plus qu'une, ce qui en faisait un être pas si éloigné de moi. Vous êtes devenu plus familier, et j'ai commencé à être… fasciné. »
Kirk sourit. Il n'avait jamais été l'objet de la fascination de Spock auparavant.
« J'ai depuis lors découvert que certaines parties de vous sont plus vulcaines que je ne pourrai jamais espérer l'être. Et en même temps, vous ne permettez jamais à cette part de vous-même de prendre le contrôle. Vous semblez capable de maintenir un équilibre en vous-même. Je respecte cela, je l'admire. Et quand je suis avec vous, je suis davantage en mesure d'équilibrer la dichotomie qui existe en moi. Vous me donnez un équilibre, et je suis plus moi-même lorsque je suis avec vous. »
« Etes-vous en train de dire ce que je pense que vous dîtes ? »
Il observa Spock qui ne répondait pas. Il y avait sur son visage, dans ses yeux, un éclat contrastant avec l'obscurité, un flamboiement qui éclairait Spock de l'intérieur. Et Kirk savait qu'il n'avait pas besoin de savoir ce que le précédent baiser de Spock signifiait, ou si le vulcain l'aimait. La réponse était là, dans ces yeux, depuis toujours.
Kirk réalisa dans un instant de parfaite clairvoyance que Spock lui montrait son amour dans chaque chose qu'il faisait, chaque mouvement, chaque mot. Déguisé en loyauté, ça avait été là, depuis toujours. Il fit un pas en avant, souhaitant parvenir à rester sur ses jambes, joignant ses mains fermement.
« Puis-je ? »
Le visage de Spock reprit instantanément la forme d'un masque vulcain, celui qu'il avait l'habitude de porter si souvent mais qui était récemment, jusqu'à ce moment, devenu presque obsolète. Il semblait cacher une sorte d'émotion profonde et inexplicable, bouillonnante, pensa Kirk, comme aurait pu l'être un tsunami.
D'un autre côté, tout cela montrait à Kirk que ce dont ils parlaient avait de l'importance, que ces baisers avaient affecté le vulcain. Et d'une autre façon encore, que si Spock avait accepté ces baisers une fois ça ne voulait pas forcément dire qu'il le ferait encore, particulièrement avec toutes ces choses à présent révélées.
Pourquoi dois-je toujours demander pour ce que je veux ?
Peut-être que pour Spock, une connexion physique n'était pas importante. Peut-être qu'il était simplement satisfait de la proximité qu'ils partageaient, cette proximité qu'il n'y avait qu'entre eux. Parfois, sur le pont, ils n'interagissaient pas pendant des heures.
Pourquoi est-il toujours question de ce que tu veux, Kirk ?
Parfois, ce qu'il voulait était si clair dans son esprit qu'il avait du mal à l'expliquer aux autres. Sam, par exemple, avait compris pourquoi son jeune frère voulait aller dans les étoiles. Mais pourquoi, avait-il demandé, pourquoi la Fédération, et un vaisseau ? Ca n'a fait aucun bien à papa. Le cadet d'alors seize ans entrant à peine à l'Académie n'avait eu qu'une réponse inintelligible ; des années au sein de la Fédération lui avaient appris à donner une réponse bien pensée et bien perçue qui ressemblait à peu de chose près à pour aller bravement là où aucun homme n'est allé, etc. Ou quelque chose comme ça.
Mais l'expliquer réellement, oh, c'était une histoire totalement différente. La réponse concernant son besoin d'aventure restait enfermée pour toujours dans une partie muette de son âme, vaguement liée à la traction du désir de découvrir l'inconnu ou d'explorer l'invisible.
Un besoin inarticulé, vague, gardé sous silence… la même chose qui le poussait à désirer Spock à présent, à lui faire l'amour.
Et il savait, il espérait qu'il savait, qu'il ne voulait pas faire l'amour à Spock simplement parce qu'il ne l'avait jamais fait avant. Faire l'amour à quelqu'un pour la première fois était toujours excitant mais lorsqu'il s'agissait d'un partenaire connu c'était plus satisfaisant.
L'anticipation à l'idée de connaître Spock intimement lui faisait presque perdre pied mais il se contint lui-même. Poser ses mains sur sa forme mince, angulaire, et l'amener à la satisfaction sexuelle, ou avoir le corps de Spock bougeant contre lui de manière lente et prudente, permettre à Spock de le connaître sexuellement aussi bien qu'il se connaissait lui-même, le désir de faire cette connexion s'ancrait dans son âme.
Et pourtant, il attendait, se forçant à attendre, jusqu'à ce que le droit lui en soit donné. Et il savait, plus que tout ce qu'il voulait que Spock comprenne, qu'il voulait connaître cette part de lui-même dont il ne pouvait pas parler.
Le vulcain observait l'humain qui le regardait avec des yeux de la couleur de la mousse couvrant les pierres qui reposent au fond des rivières aux courants rapides. L'observait alors qu'il se tenait, par courtoisie, absolument immobile.
Spock ne voulait pas admettre qu'il était choqué par la requête mais ne pas l'admettre aurait été un mensonge. Il ne savait pas lequel des deux était le pire.
Et une fois encore se manifestait l'inclinaison de Kirk à privilégier le sens du toucher, son inclinaison à exprimer toute émotion par des actions, et à croire qu'aucune action n'était à un niveau plus élevé que celles qui étaient liées à l'intimité sexuelle. Cela, à ce point, était sa théorie concernant le Capitaine Kirk.
Kirk demandait un baiser, il le demandait, Spock se répéta, demandait au lieu de prendre. Avec une expression tout aussi sérieuse que le méritait une décision de commandement.
Il y en avait eu sept en tout, et après le troisième, Spock avait décidé que son corps avait réagi d'une telle manière que cela méritait une étude approfondie. Alors il avait permis que cela continue, s'était-il dit à lui-même, offrant à Kirk, pensait-il, ce qui était le challenge ultime : un partenaire sexuelle insatisfait. Les années lui avaient enseigné cela ; il avait été satisfait de voir que son hypothèse était correcte.
Mais après le septième baiser, cela avait été comme si un ancien sceau s'était brisé, il avait ressenti les échos des vagues du Pon Farr, chaud et imparable comme la migration des dunes de sable. Il avait fallu tout ce qu'il y avait de vulcain en lui pour repousser Kirk ; le souvenir n'en était pas plaisant. Il stagnait comme une pile de chair mutilée au bord de son esprit, avec presque autant de vivacité que l'échec de l'ans-whan et le rejet cérémonial de son père. La seule chose plus claire dans son esprit que le halètement étouffé de Kirk était le goût des lèvres humaines sur les siennes. Une saveur quelque peu extraterrestre, de sel terreux, la chaleur de l'air marin caressant sa joue.
Avant que cela ne l'ait submergé, avant qu'il ne se laisse recouvrir les formes de Kirk avec les siennes, Spock avait crispé chaque muscle vulcain qu'il possédait. Même à présent, ils étaient encore douloureux.
La trahison de Kirk le jour qu'il avait suivi avait rendu les choses encore pire. Quelque chose de semblable à un vieil acide avait commencé à se répandre dans son estomac, une lassitude familière qui lui avait donné envie de fermer les yeux pour toujours.
Mais…
Kirk s'était excusé, avait expliqué. Il n'y avait ajouté aucune condition, si ce n'était faire en sorte que Spock comprenne. Et, à sa propre surprise, Spock avait compris. Il savait bien ce que les railleries d'autres personnes pouvaient amener à faire. Alors, il avait pardonné à Kirk. Il lui avait tout pardonné.
Mais pourtant…
Il n'avait pas à dire oui. Il n'avait même pas à répondre. Il pouvait simplement rester silencieux jusqu'à ce qu'il parte et ils reprendraient leur amitié là où ils l'avaient laissé.
Mais cependant, Kirk avait demandé, et il était un homme qui ne le faisait habituellement pas. Ce qui stupéfiait Spock, et oui, il était stupéfié, même s'il ne l'admettrait jamais à haute voix si cela devait arriver aux oreilles du bon docteur, c'était que Kirk était prêt à prendre le risque d'être rejeté. Il semblait à Spock que Kirk sautait d'une falaise sans savoir si oui ou non Spock le rattraperait. Soit c'était cela ou bien il croyait aveuglément au fait que Spock serait là (et Spock était conscient qu'il avait tendance à être plutôt prévisible), ou il ne s'en souciait pas. Ou bien il s'en souciait, selon le point de vue qu'on en avait, il s'en souciait tellement qu'il préférait plutôt prendre le risque et peut-être avoir Spock que de ne pas essayer et ne jamais l'avoir.
Rien de tout cela n'avait de sens.
Kirk attendait toujours, secoué par l'impatience, et calmant cela avec une immobilité forcée. Mais ses yeux étaient emplis d'une acceptation que Spock avait rarement vue. Le message qui s'y trouvait était clair comme la langue de la Fédération, plus clair que sa propre langue maternelle ; de l'amour, à jamais. Quoi qu'il advienne.
Et si Kirk pouvait prendre ce risque, qui était-il pour ne pas le suivre ?
« C'est, » dit Spock avec prudence, afin que ça ne soit pas mal interprété, « autorisé. »
Un froncement de sourcil naquit sur le visage de Kirk. « Spock, c'est dit comme si vous ne le voulez pas. »
« Au contraire, je le veux. »
« Mais on dirait que vous êtes d'accord uniquement parce que vous savez que c'est ce que je veux. »
« Qu'est-ce qui vous fait penser, » répondit Spock, réalisant que sa voix était limite coupante, « que tout ce que je fais est pour vous ? »
Kirk ne s'approcha pas mais il sembla que l'essence même de sa force comblait l'espace entre eux alors que son corps ne bougeait pas du tout. Ses mains se levèrent. « Oh, mais c'est ainsi, Spock, et ne discutez pas, parce que vous savez que c'est vrai. Faîtes cela, » il fit un vague mouvement de la main comme s'il essayait de définir ce qu'il voulait dire dans l'air, « Faîtes cela parce que vous le voulez, parce que nous le voulons, mais pas parce que vous pensez que c'est ce que je veux. »
Spock songea à ça. Il était vrai que si quelque chose était profitable à Kirk, concernait son bien-être, même son plaisir, sans mentionner l'Enterprise ou son équipage (presque la même chose pour Kirk), il était plus enclin à s'occuper du problème ou de la solution lui-même.
Et à présent, Kirk était là, lui disant que même pour cette matière, ce plaisir humain, le but de Spock était de tendre à satisfaire les besoins de Kirk plutôt que les siens.
Spock se demanda ce que dirait Kirk s'il informait son bon Capitaine qu'il n'avait aucune idée de ce qu'étaient ses besoins sexuels sans parler de la manière dont ils pouvaient être satisfait. La durée adéquate de son sommeil, en quelle quantité et qu'est-ce qu'il devait manger, les limites de son besoin d'intimité, la température de sa chambre ; il connaissait ces besoins jusqu'à la moelle de ses os et pouvait les réciter dans son sommeil. Mais ça… une si vaste inconnue, il ne savait même pas où commencer.
« Vous voyagez dans des eaux inexplorées, » dit-il doucement, ne pensant pas que Kirk pourrait l'entendre.
Mais Kirk l'entendit et releva brusquement la tête, ses yeux scrutant attentivement ceux de Spock.
Et à cet instant précis, pour la première fois, Spock sut instinctivement quelque chose sans le support de données empiriques : que Kirk comprenait. C'était un tel acte de fois pour lui qu'il sentit presque ses neurones se connecter avec surprise. Kirk savait non seulement ce qu'il voulait dire mais il ressentait la même chose, il avait lui aussi de grandes difficultés pour communiquer, et même comprendre, ses propres besoins.
Pourtant, Spock ne savait toujours pas par où commencer.
Comme s'il voyait l'hésitation de Spock, Kirk avança vers lui. « Puis-je vous montrer ? » questionna-t-il, demandant cette fois s'il pouvait donner au lieu de prendre.
Et Spock réalisa qu'il préférait suivre. Dans cette déclaration si souvent répétée, il avait avoué l'une des plus essentielles vérités : il ne voulait pas être le capitaine d'un vaisseau. Etre le second offrait une liberté et un champ d'action plus important pour faire des choses bien plus intéressantes. Comme des recherches, collecter des données, travailler sur des théories mineures, ou recalibrer l'ordinateur du vaisseau à ses propres normes.
Bones avait souvent raillé ce comportement, ne comprenant pas son sens profond et essentiel. Mais Spock avait considéré qu'il serait bien trop long de l'expliquer correctement et Bones, fidèle à lui-même, pourrait continuer à penser, à insister sur le fait qu'il savait qu'il y avait un quelconque sens plus profond à ses actions.
Et suivre Kirk, comme il le faisait maintenant en se dirigeant vers le lit, être guidé par une main, était une aventure. L'humain avait un goût pour toutes choses, et un esprit vif exubérant qui compensait son manque de modération dans sa manière de rejoindre les principes de l'IDIC. S'engager avec Kirk de quelque façon que ce soit était comme foncer tête baissée au sein de la distraction ou du plaisir qui était à disposition. Spock récoltait plus de données, expérimentait plus de nouvelles choses en, comme McCoy aurait pu le dire, restant simplement dans le sillage de Kirk qu'en suivant son propre chemin. Et ce n'était pas qu'il ne pouvait pas faire ses propres découvertes seul, en effet, parfois il préférait faire ses recherches à sa façon. Mais accompagner Kirk le menait vers des concepts ou des conclusions que son esprit logique et linéaire aurait mis beaucoup plus longtemps à atteindre.
Mais alors qu'il s'allongeait le ventre sur le lit comme Kirk le lui indiquait, il savait aussi qu'il voulait découvrir comment son corps réagirait lorsque Kirk le toucherait.
Kirk aida Spock à retirer sa tunique bleue et puis le poussa lentement sur lit. Il ôta ses bottes et se mit à califourchon sur le dos de son premier officier, se permettant d'attendre un instant. Pas pour s'arrêter ou se poser des questions mais pour poser sa joue sur la parcelle de peau nue juste au-dessus du maillot de corps de Spock. La chaleur qui irradiait de lui enveloppa Kirk comme une étreinte chaude.
Il fit courir ses mains de haut en bas. Le corps de Spock était dur, ponctué de renfoncements ingénieux et merveilleux aux places les plus inattendues. Tandis qu'il étendit ses jambes, chevauchant celles du vulcain, il laissa ses mains parcourir la chair chaude de ses bras et ses épaules. Sentit la ligne marquée de ses muscles le long de sa nuque et le pli lisse derrière chaque oreille inclinée.
« Vous êtes si doux à cet endroit, » dit Kirk, chuchotant presque.
« En effet, » répondit la voix basse.
« Vous allez bien ? » demanda Kirk, ses mains s'arrêtant, levant légèrement la tête pour regarder le côté du visage de Spock. Il ne voulait pas que Spock se contente de lui faire plaisir dans cette situation.
« Je ne suis pas habitué à être celui qui reçoit ce genre d'attentions, Capitaine, » vint à nouveau la voix étouffée.
Kirk déplaça son corps et quitta lentement le dos de Spock, répartissant mieux son poids, une jambe restant dans l'espace entre celles de Spock. Et durant toute cette manœuvre, plantant de légers baisers le long du bras de Spock.
Il en posa un sur les lèvres entrouvertes de Spock. « Est-ce que ça va ? » Il pourrait s'arrêter à l'instant même s'il le fallait, se jura-t-il à lui-même. Immédiatement si Spock n'aimait pas.
« Ce n'est pas, » dit la voix, et le coeur de Kirk se gela durant un instant avant qu'il ne réalise que Spock continuait sa phrase, « ce n'est pas totalement différent du Pon Farr… »
Kirk leva les sourcils en signe de question, sachant qu'il n'était pas utile qu'il parle, laissant ses mains courir le long des courbes du dos de Spock.
« … sauf que je suis capable de voir et de parler assez clairement. » Il y eut une autre pause tandis que les doigts de Kirk remontaient jusqu'aux cheveux de Spock, jouant avec les mèches noires qui partaient dans tous les sens. « Le rythme de mes pensées, cependant, semble être un peu confus. »
« Eh bien, » dit Kirk, réinstallant sa tête sur l'oreiller proche de celui de Spock, « c'est l'effet qu'a une bonne érection. »
Sa propre érection se rappelait plutôt durement à lui à présent, envoyant des petites ondes de choc du haut au bas de son dos.
« Désolé, Spock, je ne voulais pas être si crû. »
« N'est-ce pas considéré comme normal ? »
Kirk s'approcha pour profiter d'un autre baiser, soupirant alors qu'il absorbait l'air de Spock dans ses poumons.
« Ca dépend, » répondit-il, soupirant encore. « Certains préfèrent des choses plus romantiques. Que préférez-vous ? »
Spock sembla y réfléchir avec autant de concentration qu'il en aurait mis pour une question concernant l'état du vaisseau, ou s'ils étaient face à une entité qui redéfinissait la vie telle qu'ils la connaissaient. Kirk sentit son sourire s'élargir.
« Ce qui, » dit finalement Spock, « est normal pour vous. »
« Vous le faîtes encore, » grogna Kirk, prenant la lèvre inférieur de Spock entre ses dents.
Le vulcain y répondit, répondit au lieu de réagir, en glissant la main, jusque là sous l'oreiller, autour du cou de Kirk. Il participa au baiser avec un mordillement, et dit, dans un souffle, « Alors, je préfèrerais un mélange varié selon l'humeur et les circonstances. »
Le sourire de Kirk devint un gémissement s'élevant de sa gorge, et il se pencha pour pousser Spock sur son dos contre les oreillers.
« Est-ce que je… pouvez-vous enlever ça ? » Il tira sur les plis noirs du vêtement de Spock.
Spock s'exécuta, le prenant pas le bas et le faisant passer par-dessus sa tête. Kirk fit courir ses mains sur la nuée de boucles noires, se gorgeant de la chaleur de la chair vulcaine par le bout de ses doigts. Il glissa ses mains le long du torse de Spock, avec l'adoration que méritait une statue de marbre, se sentant comme si les gardiens du musée allaient se montrer d'une seconde à l'autre et lui ordonner de baisser les mains et de s'écarter de l'œuvre d'art. Car, d'une certaine manière, il avait l'impression qu'il ne devrait pas lui être permis d'y toucher, qu'il devrait seulement admirer de loin la cage thoracique sombre et la courbe des muscles sur chacun des avant-bras. Il caressa de chaque main l'intérieur des bras de Spock et redescendit en suivant les courbes extérieures de sa poitrine. Observa la bouche de Spock s'ouvrir sur un soupir silencieux, semblant presque involontaire, et remonta à nouveau ses mains.
« Vous aimez ça ? » dit-il contre le torse de Spock tandis qu'il l'embrassait.
Il sentit Spock acquiescer au-dessus de lui. « Oui, mais comment- »
« Votre corps me dit tout ce que j'ai besoin de savoir, » répondit Kirk, levant les yeux. Et le vulcain acquiesça en réponse, avec un faible et agréable changement dans son expression.
« Mais comment le corps vous dit-il ces choses ? » demanda Spock, se reposant sur ses coudes.
Kirk se redressa sur ses genoux et ôta sa tunique et son vêtement de corps puis s'exposa à la vue du vulcain.
« Le corps humain dans son entièreté, » commença-t-il sur un ton professoral, « est un organe tactile. »
Il vit Spock retenir un sourire et continua. « Quand vous le touchez, il réagit. Mais, » et il leva un doigt en guise d'avertissement, « la réaction physique est seulement moitié moins importante à la réaction psychique pour un même stimulus. Est-ce que vous comprenez ? »
« Par exemple ? »
Kirk prit la main de Spock et la tourna afin d'en exposer l'intérieur du poignet. Il le toucha avec un doigt. « Voilà le premier toucher, » dit-il. « A présent, je vais vous toucher au même endroit, avec la même intensité, mais d'une façon différente. Et je veux que vous écoutiez votre corps. »
Il posa prudemment ses lèvres sur le tendon visible et le toucha doucement avec le bout de sa langue. Le bras de Spock tressaillit.
« Votre corps me dit que vous avez aimé ça, » continua Kirk, levant la tête. « Si votre main s'était écartée ou que votre corps s'était éloigné, j'aurais su que ça ne vous plaisait pas. Cependant, vous vous êtes aussi penché vers moi, presque comme si vous vouliez que je continue. »
Spock pencha la tête de côté en signe de compréhension. « Cela semble plutôt évident et je regrette de ne pas l'avoir noté précédemment. »
« Voudriez-vous essayer, Mr. Spock ? »
« Oui. »
« Alors touchez-moi. N'importe où. »
Spock observa l'humain à moitié nu devant lui. Kirk avait demandé à Spock de le toucher, apparemment conscient du besoin caché de Spock de faire exactement cela.
Et si Kirk voulait que Spock soit égoïste lorsqu'il s'agissait de ses propres besoins et désirs, alors que pouvait faire Spock si ce n'était l'obliger ?
Spock avait voulu cela, depuis toujours lui semblait-il, mais l'idée même était assez nouvelle, seulement à moitié formée lorsque Kirk l'avait embrassé pour la première fois. Et à présent, alors qu'il tendait la main, il s'étonnait de n'avoir jamais eu cette idée auparavant. Est-ce que sa main tremblait tandis qu'il posait les trois premiers doigts de sa main le long de la courbe des muscles de la poitrine de Kirk ? Non, elle ne tremblait pas, mais l'autre main tremblait, vibrant en un poing rigide derrière son dos.
Il éloigna ses doigts, les laissant tendus devant lui, et les regarda juste une fois de plus alors qu'il revenait à Kirk.
« Froid et chaud, » dit-il d'un ton bas, « Je n'étais pas conscient que la passion avait une température. »
Kirk prit la main de Spock et, avec la sienne, la fit suivre la courbe de sa poitrine, sans un mot. La tête de l'humain se pencha en arrière, exposant sa gorge, et Kirk sentit la pression dans ses poumons alors qu'il laissait échapper un soupir.
« Est-ce convenable ? » demanda le vulcain.
Kirk redressa la tête, les yeux mi-clos, les lèvres pleines, un rougissement fiévreux s'étalant sur ses joues.
« Faîtes tout ce qui vous plaira, Spock, » dit Kirk, une petit sourire très satisfait recourbant ses lèvres.
Cela, pour un seul toucher. Enchanteur.
La pulsion n'était pas quelque chose d'étranger pour Spock, pas dans son sens normal. Mais les pulsions avait dû être chassées et emprisonnées comme une proie, attrapées à mi-vol et piétinées sans pitié jusqu'à ce qu'elles demeurent immobiles et sans le moindre souffle de vie. Normalement, seule la logique comptait, et là où c'était le cas, la pulsion était un paria.
Mais ici dans cette chambre, où Kirk lui avait demandé 'puis-je' et où il avait donné sa permission, les pulsions pouvaient avoir libre cours, limitées seulement pas cette pièce et son désir caché.
Dans l'instant entre cette pensée et son souffle suivant, il pressa Kirk contre les oreillers, et le recouvrit de son corps, ses coudes et ses bras entourant les épaules de Kirk, ses mains glissés dans les cheveux clairs, son torse et ses jambes sur ceux de Kirk et leur visage seulement séparé de quelques centimètres. Le visage de Kirk était à moitié plongé dans les ténèbres, recouvert par l'ombre du corps de Spock, piégé, incapable de bouger, et durant tout ce temps ses yeux brillaient, donnant à Spock le courage de franchir la distance de ses bras et d'embrasser Kirk fermement sur la bouche.
Kirk s'ouvrit à lui, bougea pour venir à sa rencontre, avec la force dont Spock avait souvent rêvé, observant Kirk embrassant d'autres à de nombreuses reprises. A présent, c'était à son tour de se presser contre lui, de se joindre à lui et de le goûter : sel, le tendre satin, et la saveur de l'or.
Spock s'écarta pour reprendre son souffle, et revint vers lui, plongeant à nouveau dans le souffle de Kirk, dans les mers océaniques et la terre humaine, l'odeur de Kirk qu'il connaissait et goûtait pour la première fois. L'humidité inhalée, le parfum goûté, tout cela se joignant dans un orifice qu'il n'avait jusque-là jugé utile que pour manger et parler.
Il écarta sa bouche et, sentant que Kirk avait du mal à respirer, laissa sa bouche migrer vers l'os dur de la mâchoire de Kirk, la chair tendre et élastique en-dessous d'une oreille et la colonne solide qui était sa gorge pliant sous sa langue.
C'était un plaisir nouveau de profiter d'un goût au lieu de simplement l'avaler pour se nourrir.
Il s'arrêta un instant pour savourer le battement rapide et double du cœur de Kirk. Le goût du sel s'intensifiait tandis qu'il parcourait de sa langue la pente en dessous de la courbe élégante de l'os ; le sel était chaud au centre de sa nuque.
Kirk avait maintenant plus de difficultés à respirer, ses mains remontant pour se refermer sur la taille de Spock puis poussant tandis qu'il se relevait légèrement. Spock se décala, entoura les épaules de Kirk de son bras pour l'approcher de lui, l'autre bras se déplaçant de sa propre volonté sur la chair chaude, en douceur là où elle était douce, plus fermement là où elle l'était également, et frôlant la dureté entre les jambes de Kirk dans son mouvement. Kirk s'appuya soudainement contre lui, surpris, un demi-souffle d'anticipation se bloquant dans sa gorge, les yeux brillants, mi-clos.
Observez le corps, avait dit Kirk. Voyez ce qu'il fait.
Le scientifique traduisait : quand vous faîtes cela, il bouge ainsi.
Il frôla à nouveau le sexe de Kirk ; l'humain se tendit contre lui, un soupir court et audible échappant de ses lèvres. Sa main défit le bouton du pantalon de Kirk, et partit en quête de cette chaleur de son propre gré. Kirk tendit sa main libre vers le même endroit comme pour l'encourager à y rester ; un rapide ajustement plaça le bras de Spock plié en dessous de lui en contact avec cette main. Il l'attrapa et la maintint contre le corps de Kirk, serrée, presque derrière son dos. Appuyant la poitrine de Kirk contre la sienne. Piégeant l'humain.
Il y eut un bref grognement de surprise de la part de Kirk, étouffé tout aussi rapidement par la faim avec laquelle il dévora la bouche de Spock. Il remonta sa main, sentit le souffle irrégulier contre le sien haché, et la redescendit, prenant le rythme, la poitrine de Kirk montant et redescendant contre la sienne, les hanches de Kirk pressant et s'écartant, et la petite surface de chair entre les vêtements guidant sa main, sentant le cœur de Kirk, la chaleur du sexe s'élevant et l'englobant. L'occlusion était impossible, la séparation impossible, et durant cette union ses yeux ne quittaient jamais le visage de Kirk.
Kirk appuya sa tête contre les oreillers, le bras de Spock l'obligeant à redresser la tête. Gorge tendue, bouche ouverte légèrement, un halètement semblant presque douloureux.
Spock s'arrêta un instant. La tête de Kirk se relevant vivement vers lui, un feu vert brûlant dans ses yeux, les joues rougies sous la peau dorée, les lèvres pressée comme s'il ne voulait pas se laisser supplier Spock de continuer.
Combien de fois Spock avait-il vu Kirk s'en aller avec une femme à son bras, ne se permettant jamais d'imaginer ce qui se produisait après cela. Imaginer sans données était quelque chose que Spock ne faisait pas ; rien ne l'avait préparé au murmure de Kirk.
« Spock, s'il vous plaît… »
Mouvement. Main et dureté, le souffle rapide de Kirk contre sa nuque, le corps de l'humain se soudant au sien. C'était ce qui guidait l'humain, tout ne se réduisant plus qu'à une seule chose, l'objectif ultime, et la connexion physique qui transcendait presque la fusion mentale. L'ondulation se transformant en un martèlement, et avec un dernier bref halètement, le fluide brûlant de Kirk recouvrit sa main, glissant en jets entre ses doigts.
Le soupir de Kirk tandis qu'il s'effondrait contre Spock fut presque un sanglot mais il n'aurait pas su dire si cela était dû à la profonde libération ou au regret que le plaisir ait déjà été atteint. Peut-être était-ce un peu des deux.
J'ai causé cela.
L'humidité se refroidissant contre sa main, Kirk se logea dans la courbe du corps de Spock, fredonnant presque contre sa nuque alors que son corps vibrait du contrecoup, tout cela sans pourtant ne rien gagner, ne rien apprendre, ne rien créer. Ils étaient là pour le plaisir et le plaisir uniquement.
Peut-être qu'il existe des bénéfices dont je ne suis pas conscient, pensa-t-il, penchant la tête pour caresser le front humide de Kirk avec ses lèvres.
Il n'avait jamais vu Kirk comme il était à présent, le corps détendu contre le sien, pris dans une sorte de somnolence, la fatigue mêlée à la satisfaction s'affichant dans la petite courbe de son sourire étant la seule chose sur laquelle se focaliser. Peut-être qu'un jour sur une plage l'aurait autant détendu en lui causant bien moins de fatigue. Mais huit heures sur le sable et au soleil n'auraient certainement pas réduit l'humain à cet état d'oubli total.
Je suis, pensa Spock, responsable. Il se sentait, avec une certaine sérénité, assez satisfait de lui-même.
Après un dernier frisson, Kirk put finalement ouvrir les yeux, respirer d'une manière qui semblait enfin égale, même si les vagues de chaleur qui émanaient de Spock continuait à le réchauffer.
« Spock, » dit-il en s'adressant au visage calme, « où avez-vous appris à faire ça ? »
Le vulcain ne le regarda pas en face, et Kirk espéra ardemment qu'il n'avait pas embarrassé Spock. Il semblait si calme, réfléchissant…
« De la même manière que vous saviez ce que voulait mon corps, » dit prudemment Spock, « mon corps savait ce que mon esprit voulait. »
« Mais comment ? » A sa connaissance, le vulcain n'avait aucune expérience du genre.
« Ma main a agi comme vous le désiriez. »
Kirk se figea. Regardant fixement le minuscule muscle tendu au coin des yeux de Spock. Non, pas d'embarras. A la place, du plaisir. De la fierté.
Était-il possible de s'approcher davantage sans devenir un seul et unique corps ? Non, ce n'était pas possible mais Kirk essaya malgré tout, se blottissant à nouveau contre le cou de Spock, sentant le long bras glisser derrière lui et le tirant vers lui.
« Laissez-moi vous montrer, » murmura Kirk. « Laissez-moi… »
Spock secoua la tête, fermant brièvement les yeux. « Ce n'est pas nécessaire. Votre plaisir est le mien. »
« Non, » soupira Kirk dans une oreille pointue, « vous avez besoin d'en ressentir également. Votre plaisir propre et pour personne d'autre. »
« Ce n'est pas nécessaire, » dit-il à nouveau. « Le Pon Farr… »
Kirk écarta son bras de sa prise légère et le tendit vers le visage de Spock. C'était le plus léger des contacts mais il fut suffisant pour pousser son compagnon à le regarder. Un petit éclat de tristesse se dévoilait sur le visage de Spock, diminuant l'intensité du feu souterrain qui brûlait en lui.
« Le Pon Farr, en dehors de son rôle de gestion du taux de la population, » dit Kirk, « est une ridicule accumulation d'émotions et de besoin sexuel réprimé. »
« Il remplit son objectif. »
« Ecoutez, » dit Kirk, « oh, je n'arrive pas à croire que nous avons cette conversation maintenant. Le Pon Farr n'a pas d'objectif si ce n'est suivre une tradition. »
« C'est la manière de faire vulcaine. »
« Je ne rejette pas le concept du Pon Farr, Spock, » dit-il, embrassant le vulcain sur le menton, « je dis juste que ce n'est pas le moment de s'y conformer. »
Spock resta allongé, ne répondant pas.
« Si vous voulez vivre cette expérience, savoir ce qu'est le sexe, vous avez besoin d'aller jusqu'au bout. Comment pourriez-vous décider si vous voulez à nouveau faire cela ou non si vous n'allez pas jusqu'au bout de vos observations ? »
Spock cligna des yeux. « Quelles observations ? »
« Celle de votre corps. Votre corps ressentant du plaisir. »
Il y eut un silence. Kirk changea de tactique. « Si l'eau s'accumule derrière un barrage, n'est-il pas normal de laisser s'échapper un peu d'eau de temps en temps pour empêcher que cela n'atteigne des proportions dangereuses ? »
« Ca pourrait sembler logique cependant je ne suis pas un barrage. »
« Oui, je sais, pas plus que vous n'êtes un poisson. » Kirk fit une pause pour sourire. « Eh bien, alors ? »
« Que va-t-il se passer ensuite ? »
« Vous allez me laisser vous donner ce dont vous avez besoin. »
« Et qu'en- qu'en est-il si je ne le sais pas ? »
« Je vous observerai, » promit Kirk, « et puis je le saurai. »
Il observa le visage du vulcain tandis que la logique pure et le désir absolu déferlaient en lui. Spock sursauta presque lorsque Kirk entoura sa mâchoire de sa main.
« Allez, Spock, » murmura Kirk contre ses lèvres entrouvertes, « laissez-moi donner pour une fois. »
Les côtes de Spock bougèrent sous sa peau, et Kirk fit courir ses doigts le long de ses côtes, les embrassant légèrement, et les caressant doucement. C'était comme jouer avec le feu. Il descendit jusqu'à sa taille, incroyablement mince, dure comme le fer, un fer chaud. Il défit le pantalon noir de Spock et se faufila à l'intérieur, écartant le sous-vêtement règlementaire, pour atteindre le durcissement qui s'y trouvait. Gardant au creux de ses mains la chair entre les cuisses de Spock, il amena le sexe de Spock vers sa bouche ouverte. Il sentit tressaillir le corps de Spock, et s'arrêta, leva à peine les yeux pour regarder son premier officier.
Les bras de Spock étaient largement écartés, les mains resserrées en poings contre les draps, la tête sombre relevée au-dessus de l'oreiller blanc. Et dans ses yeux, la douleur de la résistance, la douleur de l'acceptation. Sur le point de supplier pour la délivrance ; une fois encore la désirant sans savoir comment obtenir cette délivrance.
Le cœur de Kirk battait dans sa gorge. « Puis-je ? »
Sa voix monta en un son faible et rauque, une chose inhabituelle. « C'est- » commença-t-il.
Kirk le coupa en abaissant sa bouche sur cette dureté, empêchant sa bouche de s'humidifier pour en absorber le premier goût acidulé. Goût qui se transforma en une agréable douceur tandis qu'il se déplaçait sur la longueur du vulcain. Une main caressant doucement sa base, l'autre toujours entre les jambes tendues, frôlant les poils drus.
Mouvement. Mouvement et dureté. Humidité. A nouveau. Immersion. Engloutissement. C'était presque comme se noyer. A tel point qu'il ne put d'abord pas sentir les doigts d'acier sur son avant-bras. Pas jusqu'à ce que ses os soient douloureux à cause de la pression de la poigne du vulcain.
Il s'arrêta. Relâchant Spock, les yeux mi-clos, couverts par une brume sanglante, sentant seulement le martèlement entre ses mains.
« Je ne peux pas le contrôler. » C'était une imploration, et l'âme de Kirk en fût douloureuse.
« Nous sommes là uniquement pour vous servir, » dit-il, à la manière vulcaine.
Et puis Spock lui donna la permission, enfonçant sa tête et ses épaules dans les oreillers et arquant ses hanches vers la bouche de Kirk. La bouche de l'humain accepta la dureté vulcaine, le battement contre le fond de sa gorge. La pression infatigable des hanches et des jambes de Spock, sa main toujours sur le bras de Spock, l'enserrant jusqu'à ce qu'il commence à s'engourdir.
Laissez-vous aller, pensa Kirk, oh, laissez-vous aller.
Laissez-vous aller…
Laissez-vous aller…
Le cri de Spock, un gémissement si faible qu'il en fût presque inaudible, le liquide poussé au fond de sa gorge, étranger, salé et chaud. Le goût du désert, l'odeur forte du vent vulcain. Presque amer.
Avaler. Avaler encore. C'était presque trop. Les genoux de Kirk se ramollirent et il laissa sa tête reposer sur l'estomac de Spock, les yeux fermés. Et il était ébahi. Spock et lui étaient arrivés à atteindre une apogée sexuelle comme il n'en avait jamais connu. Jamais ainsi, jamais d'une telle façon, en arrivant à un tel état juste avec ses lèvres et la main de Spock.
Je ne pourrai jamais abandonner ça.
Egoïste.
Deux semaines plutôt à peine, il s'enfuyait à cause qu'il sentait qu'il était trop proche, trop dépendant de son premier officier. A présent, il savait qu'il pourrait donner n'importe quoi pour avoir Spock à ses côtés pour toujours.
Tu es si facile à satisfaire, Kirk, se dit-il. Un bon orgasme et tu deviens accroc.
Mais le sexe n'était-il pas l'achèvement de tout ce qu'ils avaient eu à affronter ? Le fait que Spock soit son gardien, son compagnon, son ami, et maintenant son amant ? A présent, le cercle était complet. Il avait tout. Il ne pourrait jamais le laisser partir. Peu importe ce que ça lui en coûterait ; peu importe ce que Spock voulait.
Spock sentait la chaleur rayonner en lui. Il se sentait comme les Plaines Rouges de Vulcain, une terre en friche vaste et sablonneuse dont la beauté ne pouvait être perçue qu'avec la clairvoyance qui vous habitait au moment de la mort.
Il tendit la main et attrapa la première chose fraîche qu'il trouva, pour apaiser cette chaleur, pour refroidir le feu dans son cœur.
Il trouva Kirk.
Il rapprocha l'humain de lui et ce fût comme couvrir ses hanches d'une couverture aqueuse, poser un drap d'air frais et doré sur sa poitrine. Des jambes glacées, fraîches et lisses comme une vague de soulagement sur son désert.
Une main s'attacha à l'arrière de la nuque de Kirk et il y sentit de l'humidité. Leurs efforts avaient fait surgir ce sel terrien de ses veines et pourtant il se rapprocha davantage de lui, absorbant les vagues de flammes qui émanaient du vulcain, comme s'il les chérissait. Deux bras encerclés maintenant les épaules souples, et ne il bougea plus. Son capitaine vivait dans l'instant et Spock songea que c'était l'un des points sur lesquels il avait plus d'avance que lui, cette habilité à vivre le moment présent. Kirk vivant dans le présent, toujours, ne ruminant pas sur les regrets, ne s'attardant jamais sur les possibilités du futur. Chaque évènement, chaque heure de chaque jour était saisi avec deux mains puissantes et relâché uniquement lorsqu'il en avait extrait chaque once d'expérience. Comme il le faisait à présent, fixant Spock, sa respiration plus rapide passant entre ses lèvres sèches.
Il y avait un éclat de sueur sur sa peau, et Spock retraça le contour de la courbe d'une de ses épaules, se déplaçant le long de la gorge empourprée et laissa ses doigts reposer sur sa pommette.
C'était comme remonter à la surface après avoir sondé des eaux profondes, chaque palier franchi révélant un peu plus de la lumière présente en surface. Et lorsqu'il s'en libéra, luttant pour replonger dans la réalité, Kirk dans ses bras, de l'or solide, il prit une profonde inspiration.
« Si j'étais un animal, lequel serais-je pour vous ? » demanda-t-il avant que son cerveau ne sache ce qu'il faisait.
Kirk bougea la tête contre son torse comme s'il levait le regard mais Spock, à cet instant précis, ne pouvait pas croiser ces yeux. Il se sentait très nu et cela avait peu à voir avec l'absence de ses vêtements.
« Un cheval, » dit promptement son capitaine. « Du moins, pour le moment. »
Un cheval ? pensa Spock, peu disposé à en demander davantage.
« Un cheval du désert, » continua Kirk obligeamment, « fier mais prêt à s'emballer. »
Spock baissa rapidement la tête pour s'assurer de la note taquine présente dans le ton de la voix de Kirk. Là, elle se trouvait derrière cet éclat lumineux dans ses yeux mais il était également parfaitement sérieux. Et il avait parfaitement raison. Le corps de Spock était crispé comme une bobine de fil résistant trop serré. Un adage humain lui revint en mémoire lui rappelant qu'il n'était pas étonnant que les humains remarquent si souvent les émotions, leur propre corps en irradiant constamment. Et c'était le cas du sien à présent. Il força sa poitrine à se relaxer.
Kirk repoussa les cheveux tombant devant ses yeux, tira les draps jusqu'à leur taille et se réinstalla confortablement.
« A d'autres moments, » continua-t-il comme si son premier officier lui avait en effet demandé des éclaircissements supplémentaires, « vous êtes un léopard noir, comme vous l'étiez sur Talos IV… »
« Lequel, » dit Spock, « préférez-vous – »
« Non, NON ! » Kirk déplaça sa main pour entourer la nuque de Spock. Sa voix craquant presque de stupéfaction. « C'est VOUS que je préfère, le cheval, le léopard, tout. L'ensemble. Tout ce que vous êtes. Il y a des parties de vous pour lesquels je peux montrer ma fierté à travers tout l'univers, et puis il y en a d'autres que personne ne verra jamais à part moi. Ne demandez jamais ce que je veux que vous soyez. » Et là sa voix prit un ton sévère. « Vous, en entier, tout ce que vous êtes, Spock, et je vous aime. »
Durant un instant, Spock cessa de respirer. C'était désorientant, toutes ces manifestations physiques de ces émotions dont il ne connaissait auparavant que le nom.
Le langage du corps.
Il attira Kirk à lui pour l'embrasser, simplement pour cela, mais ses bras se resserrèrent presque trop fort sur l'humain, jusqu'à ce que Kirk halète dans ses oreilles. Il se pouvait qu'il n'ait le courage de faire cela qu'une seule fois mais il savait que Kirk ne pourrait jamais oublier, même s'il ne le répétait jamais.
« Je vous suivrai éternellement, Jim Kirk, » dit-il. « J'ai toujours été et serai toujours vôtre. »
00000
Kirk se redressa dans son siège, les jambes croisées au niveau des chevilles, une main sur son estomac, son autre coude restant sur le bras rembourré. Bon sang, il était fatigué. Tout ce qu'il avait voulu faire lorsqu'il s'était réveillé avait été de dormir encore un peu plus.
Il entendit les portes de l'ascenseur s'ouvrir et se fermer derrière lui, et hocha la tête pour lui-même. Bones fût à ses côté en trois enjambées rapides. Il sentit son ami se pencher vers lui mais garda le regard concentré sur l'écran empli d'étoiles.
« Avez-vous arrangé les choses tous les deux ? » demanda McCoy.
Ca n'avait pas été dit très fort mais il savait que Spock avait entendu ; il savait aussi que le vulcain entendrait la réponse de Kirk. Il leva les yeux vers la silhouette vêtue de bleu et vit que les fines oreilles effilées étaient dressées pour percevoir la réponse.
« Oui, » répondit-il doucement. « Oui, nous avons arrangé les choses. »
Spock tourna la tête pour l'observer, son visage impassible, sa bouche une fine ligne droite. Mais pour aller à l'opposé de tout cela, il y avait le « sourire de ses yeux », une expression secrète véhiculée par ces yeux bruns brillants, ce message spécial qui ne s'adressait qu'à Kirk.
Kirk permit à un sourire, qui lui donnait l'impression de pouvoir englober tout son corps et de le faire léviter jusqu'au plafond, de se dessiner sur ses lèvres. Spock baissa les yeux en hochant la tête et se retourna vers son poste de travail.
« Oui, » dit-il à nouveau. « oui, nous avons arrangé les choses. »
FIN
Note finale de la traductrice : Voilà enfin la dernière partie de cette fic, j'espère que vous avez apprécié cette traduction :)
J'ai entamé deux autres traductions ST mais j'ignore vraiment quand elles seront achevées (y a-t-il au moins toujours des amateurs pour ces nouvelles trad' ?) alors, en attendant, si vous vous sentez l'âme à écrire quelques nouvelles fics Star Trek, n'hésitez pas à vous y mettre pour remplir la catégorie et offrir quelques nouveautés aux lecteurs affamés, dont moi-même bien sûr :p
A bientôt je l'espère sur une fic ;)
