Chapitre 3 : Aux confins de la mémoire
Bonne Lecture
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Hijikata ne reconnaissait en aucun cas les lieux dans lesquels il courrait sans vraiment trop savoir où il allait. Il devait fuir, c'était le plus important, car ces gens voulaient sa peau. Quelle idée de lui dire qu'on ne lui voulait aucun mal avant de l'attaquer avec une arme en bois ! Le brun n'y croyait pas une seule seconde. Tous ces gens étaient des démons, et surtout le jeune avec les yeux verts semblait le plus machiavélique de tous.
Le vice-capitaine continuait de courir à travers les couloirs du quartier général puis, à bout de souffle, il s'arrêta quelques instants pour récupérer. Personne derrière lui, il semblerait qu'il ait réussi à les semer. Soupirant de soulagement, Hijikata leva les yeux et tomba sur un tableau sur lequel était transcrit ce qui ressemblait à des règles. Interloqué, il les lut :
« Il est interdit de s'écarter de la voie du guerrier. Il est interdit de quitter le Shinsengumi. Il est interdit de collecter de l'argent en dehors du cadre du Shinsengumi. Il est interdit de se mêler de litiges ne concernant pas le Shinsengumi. Il est interdit de se battre pour son propre compte. Quiconque entravera ces règles devra se faire SEPUKKU ! »
Hijikata eut un mouvement de recul tellement ces phrases qu'il venait de lire le choquaient au plus point. Qui donc avait pu écrire des règles aussi strictes et aussi inhumaines ! Cela ne pouvait être qu'un démon en personne, un être de la pire ignominie qui soi ¹ :
« - Je ferai bien de m'enfuir de cet endroit, sinon je sens que ma tête ne va pas rester bien longtemps sur mes épaules. Il n'y a qu'à voir celui qui a voulu m'attaquer avec un sabre en bois. M'aider ? Ce n'est là que ruse. Et puis, si on s'en fit à ces règles et ce j'ai fait, je risque fort le…
- SEPPUKKU »
Okita arrivait à toute allure sur Hijikata en brandissant son katana, l'air bien déterminé à lui trancher la tête. Le brun s'apprêtait de nouveau à prendre ses jambes à son cou mais le jeune homme aux yeux verts fut stoppé dans son élan par celui qui se faisait appeler Kondo et qui semblait avoir un grade supérieur aux autres. La preuve, malgré son air simplet, tous lui obéissaient et même ce jeune démon qui à présent rengainait son katana non sans arborer une moue de déception.
Les deux hommes s'approchèrent d'Hijikata, ce dernier fit un mouvement de recul, mais l'aîné s'empressa de le rassurer encore une fois :
« - N'aie pas peur Toshi. Ah, je suis désolé de t'avoir attaqué. Je pensais vraiment que tes réflexes allaient revenir.
- C'est du favoritisme, bouda Okita. Pourquoi il échapperait à la sentence ?
- Laissez-moi partir, je ne suis pas à mon aise ici, supplia presque Hijikata.
- Mais Toshi, tu es des nôtres.
- Je ne me souviens de rien. Quand bien même j'aurai occupé une fonction ici, je ne vous serai plus utile. Je vous avoue, cet endroit m'effraie, laissez-moi m'en aller.
- HAHAHA, vous êtes effrayé Hijikata-san ? Se moqua sans vergogne Okita. Qui l'eut cru ! Ce genre de réplique venant de vous est à noter dans les archives du Shinsengumi.
- Sôji ! Gronda Kondo. Au lieu de rigoler, aide-moi à trouver une solution. Nous ne pouvons définitivement pas nous passer de Toshi au sein du Shinsengumi.
- Vous dîtes ça parce que vous n'avez pas envie de vous récolter toute sa paperasse laissée, surtout maintenant que Sannan-san qui était le deuxième vice-capitaine se fait passer pour mort.
- Se fait passer pour mort ! S'interloqua Hijikata. Ca veut donc dire que vous gardez des gens enfermés ici. Mais quel est donc cet endroit ? Au vu de ces règles et de ce que j'entends, cela ne peut être que l'antre du diable ! »
Kondo et Okita levèrent alors la tête vers les dites règles, puis la baissèrent de nouveau vers Hijikata. Un dilemme s'offrait alors à eux : devaient-ils oui ou non avouer que ce règlement avait été rédigé de sa propre main et qu'en temps normal, il se faisait presque une joie de l'appliquer au pied de la lettre. Le capitaine prit son disciple légèrement à part et lui chuchota qu'il valait mieux préserver Hijikata de la vérité car ce dernier semblait pour l'heure bien trop perturbé par tout ce qui l'entourait :
« - Mais ce n'est pas drôle Kondo-san, maugréa Okita. Pourquoi le ménager ainsi ? Il a beau avoir perdu la mémoire, ça reste un homme, même s'il se comporte comme une vraie femmelette. Même Chizuru-chan semble plus téméraire à côté de lui.
- Sôji, c'est une insulte à Toshi !
- N'empêche que c'est vrai.
- Oui… capitula Kondo qui trouvait aussi que le comportement d'Hijikata était des plus laborieux, mais les circonstances font qu'il est excusable.
- C'est étrange, dit le brun. Quand je lis ces règles, autant je les trouve strictes et inhumaines, autant elles m'inspirent quelque chose. Vous dîtes que j'ai une place ici, alors peut-être que j'ai aidé à la mise en place de ce règlement. »
Hijikata semblait avoir un fragment de mémoire qui se remettait doucement en place. Et cela ne pouvait être due à la lecture d'une chose qu'il avait lui-même rédigée. Kondo n'en savait rien mais il vit cela comme une ouverture et eut grand espoir :
« - Sôji tu as vu, il semble réagir à ces règles qu'il a écrites, chuchota Kondo à son disciple. C'est un début, non ?
- Vous avez raison Kondo-san. Il faut continuer sur cette lancée. »
Et sur ce, Okita sortit de dans son kimono un livret qu'il ouvrit et qu'il tendit à Hijikata :
« - Sôji, qu'est-ce que c'est que ce livre ? Demande Kondo d'un air suspicieux.
- Si votre théorie est juste Kondo-san, ceci devrait l'aider à se souvenir davantage. Allez-y, lisez Hijikata-san.
- Hum, qu'est-ce que c'est ? Des Haïkus ? Se demanda le brun.
- Sôji, ne me dit pas que c'est…
- Hum, "même si un prunier ne produit qu'une seule fleur, c'est toujours un prunier en fleur ", lit Hijikata. "Je ne peux me remémorer que cinq des sept herbes du printemps " ².
- Alors, qu'en dîtes-vous Hijikata-san ?
- Mais ça n'a aucun sens ! Enfin, je suis sûr qu'ils ont un sens profond. Mais comment dire, j'espère que cette personne ne vit pas de ces haïkus, car d'un œil externe, je dirai presque qu'ils sont mauvais.
- … Sôji, Je peux savoir pourquoi est-ce que c'est toi qui possède ce livre ? Demanda Kondo complètement désemparé face à son élève qui se comportait vraiment comme un adolescent rebel.
- Oh, c'est juste que j'avais envie de me marrer.
- Tu es incorrigible !
- Kondo-san, Sôji, Hijikata-san. »
Saito, Heisuke, Shinpachi et Sanosuke qui venaient de les appeler arrivèrent sur les lieux, rassurés que leur vice-capitaine n'ait pas encore péri sous la lame du capitaine de la première division. Le temps que Kondo leur raconte toujours avec un air blasé ce qu'il s'était passé pendant leur absence, Hijikata et Okita semblaient à présent faire ami-ami et rigolaient ensemble des haïkus qui en fait avaient été écrits par le vice-capitaine en personne, mais ce dernier ne s'en souvenant nullement :
« - Se moquer ainsi des écrits du vice-capitaine ! Sôji n'a aucun respect pour le travail d'autrui, pesta Saito.
- J'avoue que moi non plus je n'y comprends rien à ces Haïkus, avoua Kondo. Et les lire n'a pas l'air d'aider Toshi à lui rendre la mémoire.
- A ce sujet Kondo-san, j'ai pensé que nous pourrions demander à Sannan-san ce qu'il pense d'Hijikata-san, proposa Sanosuke.
- Hum, il est vrai que Sannan-kun a une grande connaissance du domaine paranormal, même si j'ai une petite appréhension à l'idée d'aller le voir. Lui qui n'était d'accord jamais avec Toshi de son " vivant", je sens que comme Sôji, il va chercher à profiter de la situation.
- Ne pourrait-il pas confectionner une potion qui efface une partie de la mémoire ? Demanda Heisuke qui gardait encore son air blasé depuis qu'il avait vu Chizuru et Hijikata s'embrasser.
- Heisuke, le but est de RENDRE la mémoire, pas l'effacer encore plus.
- Ce n'est pas pour Hijikata-san, mais pour Chizuru. Pour qu'elle oublie le baiser involontaire.
- Heisuke, ce n'est pas le moment de te lamenter de tes histoires de cœur. Le plus important est de guérir Toshi au plus vite. Bon sang, je me demande vraiment à qui appartenait le sang responsable de tout cela.
- Hum, aucun de nous n'a la moindre égratignure, constata alors Sanosuke.
- Ce serait donc une blessure chez les oni ? Se demanda Shinpachi.
- Comment le savoir, l'analyse ADN ne sera pas inventée avant une bonne centaine d'année ³, fit remarquer Okita.
- Qui que soit le propriétaire de ce sang, je le ferai payer pour le mal fait au vice-capitaine, dit alors Saito déterminé.
- Ah, enfin quelqu'un de motivé pour aider Toshi. Allez, allons voir Sannan-kun. Toshi, tu viens ?
- Ce n'est pas un esprit que l'on va voir hein ? Non parce ce que vous parlez de personne morte mais qui est vivante, ça ne me rassure pas trop tout ça.
- Mais non rassure-toi, Sannan-kun est tout ce qu'il y a de plus vivant.
- Y a juste à espérer qu'il ne nous fasse pas une petite crise. Quoique, juste pour voir la tête d'Hijikata-san face à un rasetsu, j'aimerai bien que ça arrive, rigola encore Okita.
- Sôji ! S'exaspéra Kondo. »
Et donc la petite bande de nouveau au complet excepté Chizuru s'en allèrent joyeusement à la cachette qu'occupait Keisuke Yamanani. Enfin, tous durent tirer Hijikata qui n'était pas du tout rassuré par toutes ces histoires de crise et de mort-vivant. Mais dans quel enfer était-il ? Personne ne lui avait encore dit ce qu'était exactement cet endroit.
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Et pendant ce temps-là, dans une demeure du clan Satsuma, Chikage Kazama arborait un air tout aussi ahuri que celui d'Hijikata. Dans sa main, il tenait un espèce de torchon que venait de lui donner un fonctionnaire du clan, ne sachant que faire avec ce morceau de tissu. D'ailleurs qu'était-ce exactement ? Le blond n'en avait pas la moindre idée. Si c'était soigner sa petite plaie à la main, Amagiri s'était déjà chargé de faire le nécessaire :
« - Qu'est-ce que je suis censé faire avec ça ? demanda Kazama au fonctionnaire en prenant l'allure de l'homme qui ne comprend rien à la vie.
- Allons, ça me parait évident. Toutes ces traces de sang sur le plancher, ça vient bien de vous ?
- Merci de me rappeler que j'ai été blessé, c'est déjà bien assez humiliant pour moi.
- Haha, se moqua Shiranui, surtout quand on pense comment tu t'es débrouillé pour te blesser. Franchement, se tailler la main en rengainant son katana. Bouh la honte !
- Ferme-là Shiranui !
- Mais quand même, tu n'es pas un débutant, alors comment tu t'es débrouillé pour te couper de la sorte ? Ce n'est pas la première fois que tu rengainais ton arme.
- C'est parce qu'il avait une envie pressante, et c'est d'ailleurs pour cela qu'il a décidé de laisser tomber le combat, expliqua Amagiri.
- Amagiri !
- Ah j'ai compris, il a confondu vitesse et précipitation, et en voulant rengainer rapidement son sabre, il a placé sa main trop de là où passe la lame. C'est la honte !
- Bon c'est fini vous deux, gronda Kazama qui cette fois était vraiment de mauvaise humeur.
- Il n'empêche que vous avez sali toute la demeure avec votre sang. Alors vous allez me nettoyer tout ça, ordonna le fonctionnaire du clan Satsuma.
- Moi ? Passer la serpillière ! S'indigna Kazama.
- Il est vrai que Kazama est un fils de bonne famille. Pensez-vous que ça doit être la première fois qu'il tient une serpillière dans ses mains, pensa Amagiri.
- Mais je ne sais pas comment on fait.
- Tu n'as jamais vu les femmes de ménage de chez toi le faire ? Tu sais, elles avancent accroupie en frottant au sol.
- Je ne m'abaisserai pas de la sorte.
- Kazama, un homme se doit de réparer ses fautes. Allez, Shiranui et moi on va t'aider. Comme ça, ça ira plus vite, décréta le sérieux Amagiri.
- Hein ! S'interloqua le tireur. »
Pour tout dire, aucun des trois oni n'entraient dans la catégorie des fées des logis. Le temps qu'ils frottent tout le sang de Kazama, certains flaques avaient largement le temps de coaguler, rendant le nettoyage encore plus difficile :
« - Je hais ces humains !
- Mais là c'est de ta faute, fit remarquer Amagiri.
- La ferme !
- Si ta famille apprenait ça. Leur unique héritier se blesse pour cause de maladresse et s'en réduit à s'accroupir pour nettoyer le sol d'une demeure d'humains.
- La ferme je vous dit, hurla Kazama en balançant sa serpillière sur ses confrères.
- Ah, c'est sale !
- C'est de mon sang que tu parles là !
- Il n'empêche que c'est sale.
- Mon sang est pur et puissant. Tu devrais être honoré de le toucher.
- Il aussi rouge et visqueux que le mien, et le nettoyer me donne mal au dos.
- Ca suffit tous les deux, gronda Amagiri, on n'avance pas. »
Et pendant bien des heures, les querelles se poursuivirent au détriment du ménage qui lui n'avançait pas ! Jamais le clan Satsuma n'avait été aussi animé.
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¹ Ces règles ont en fait été rédigée par Hijikata lui-même
² Vous l'aurez deviné, Okita donne à Hijikata le recueil de Haïkus écrits par Hijikata, et dont tout le monde semble toujours se moquer
³ Remarque complètement déplacée, j'en suis consciente, mais j'avais juste envie de la mettre.
Note de l'auteur : Merci d'avoir lu
Je suis moins satisfaite de ce chapitre que je trouve moins fun, mais disons que c'était des passages que je voulais écrire. Ne vous fiez pas aux paroles parfois déplacées, cette fic est à prendre à la légère.
