Chapitre 4 : Expériences douteuse

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Autant Hijikata avait perdu sa mémoire, autant son corps était resté robuste tant et si bien qu'ils durent se mettre à trois pour le tirer vers la cachette de Sannan. Ou bien était-ce l'énergie du désespoir, car malgré toutes les paroles de réconfort de Kondo et Saito, le brun appréhendait toujours l'endroit où ils l'emmenaient :

« Lâchez-moi, lâchez-moi je vous dit, je ne veux pas y aller. »

Au final, ils réussirent quand même à l'emmener à destination, mais quelle ne fut pas leur surprise de constater, quand ils ouvrirent la porte, que Chizuru se trouvait déjà en compagnie de l'ex vice-capitaine. Cette dernière était encore tellement embarrassée suite au baiser forcé qu'elle avait eu avec Hijikata qu'elle n'avait trouvé nulle part autre où se cacher. De plus, le coté bienveillant de Sannan faisait qu'elle avait facilement su se confier à l'homme d'âge mûr.

En voyant la douce Chizuru, Heisuke sentit son cœur battre à la chamade et l'envie de prendre sa revanche sur Hijikata s'empara de lui :

« Oh Chizuru, chantonna Heisuke et sautillant vers la jeune fille prêt à l'enlacer tendrement.

- Ah, ne me regardez pas ! »

Chizuru, encore peu remise de ses émotions, mit ses deux mains sur son visage et s'enfuit à nouveau au loin. Heisuke qui était sur son petit nuage ne se rendit pas compte que sa dulcinée avait déjà mis les voiles et il termina son élan en s'étendant sur le sol. Cette petite scène provoqua le fou rire de ses deux amis Shinpachi et Sanosuke tandis que le pauvre Heisuke alla de nouveau chouiner dans son coin, une petite larme à l'œil de douleur à cause de sa chute et de déception à cause de Chizuru.

Sannan accueillit le nouveau groupe d'arrivant avec le sourire. Chizuru l'ayant déjà informé de l'état d'Hijikata, l'envie d'éclater de rire face à l'air ahuri de l'impitoyable vice-capitaine menaçait de rompre à tout moment. Les autres firent asseoir le brun en face de lui, et ce dernier fut rassuré que cette personne avait tout l'air d'être humaine et pas méchante si on s'en fiait à son sourire :

« Bonjour Hijikata-kun. Tu ne te souviens sans doute pas de moi. Je m'appelle Keisuke Yamanami, mais tout le monde ici m'appelle Sannan. Tu ne dois jamais prononcer mon nom à l'extérieur ni indiquer cet endroit à personne. J'y fais des recherches secrètes et quelque peu dangereuses aussi.

- Quel genre de recherches ? demanda Hijikata.

- Je suis en train de peaufiner un médicament qui va révolutionner le monde des guerres. Mais il présente encore bien des défauts.

- Ah, au vu de l'odeur et des plumes qui sont éparpillées ici et là, j'ai pensé que vous effectuiez des recherches sur les volailles.

- Tu as gardé ta perspicacité Hijikata-kun, dit Sannan toujours avec son ton habituellement calme. Il y a quelques jours, je me suis effectivement servi du coq du quartier général pour une expérience. Vous m'en voyez navré de l'avoir sacrifié sans vous en avoir demandé la permission, Kondo-san.

- Euh, il n'y a pas de mal.

- Mais, pensa alors Saito. Si le coq a été sacrifié, qui continue de faire cocorico le matin ?

- Le résultat de cette fameuse expérience, répondit le plus naturellement du monde Sannan. »

Soudain, une porte s'ouvrit et un homme aux cheveux blanc et aux yeux rouges déboula dans la pièce, fixant chacune des personnes présentes de ses pupilles perçantes. Terrifiant, il fit faire un mouvement de recul à tous hormis Sannan qui garda son calme légendaire. Hijikata, lui, était allé se cacher derrière Kondo tellement cette personne l'effrayait. Tremblant de tous ses membres, il osa enfin demander :

« Mais qui cette personne ? Elle n'a pas l'air dans son état normal.

- Cocorico, dit alors le rasetsu.

- … J'ai cru entendre "cocorico", dit Sanosuke en se nettoyant les oreilles avec un doigt comme s'il avait mal entendu.

- C'était bien "cocorico" qu'a dit ce rasetsu, renchérit alors Heisuke.

- Sannan-kun, intervint le capitaine, mais qu'est-ce que c'est que ça ?

- Oh, ne vous faites pas, dit Sannan en donnant un coup de pied au rasetsu pour le pousser en arrière et refermer la porte, c'est juste encore une de mes expériences ratées. J'ai pensé qu'en mélangeant du sang de coq à l'ochimizu déjà constitué, cela atténuerait les effets secondaires.

- Mais pourquoi un coq ? Demanda Saito curieux.

- J'étais à court d'idée, le coq était là, je me suis dit qui ne tente rien n'a rien.

- Sannan-san, je suis jaloux, pourquoi vous ne m'avez pas appelé pour tuer ce coq. Ca doit faire trois semaines que j'ai tué personne, je suis en manque, gémit Okita. »

A l'entente de tous ces mots, Hijikata se recula et alla coller son dos au mur. Il commençait sérieusement à douter de sa sécurité en ces lieux. En même temps, il n'avait nulle part autre où aller, et cette demeure on ne peut étrange était censée être son domicile selon les dires de ces personnes. Etait-ce là un asile de fou, ou bien un laboratoire dans lequel il aurait été utilisé comme expérience :

« Vous faites des expériences sur les humains, s'indigna alors Hijikata, vous tuez des gens, quel est donc cet endroit ? »

Tous captèrent leur attention sur l'homme effrayé qui tremblait comme une feuille et qui donnait l'impression qu'il était sur le point de s'évader de cet endroit. C'est alors que l'homme à lunettes se leva et vint se poster devant Hijikata, lui souriant pour le rassurer et l'inciter à se détendre, puis il lui dit en posant une de ses mains ses épaules :

« Hijikata-kun, tu as tout deviné. Cet endroit est un laboratoire secret où se déroulent des expériences illégales. Mais ces expériences sont aussi nécessaires pour l'avenir de notre monde. Les médicaments que je synthétise ne fonctionnent que sur les humains, et pour le progrès, il est indispensable de faire des sacrifices. Tu comprends ce que je veux dire ?

- Sannan-san, vous allez encore plus effrayer le vice-capitaine, dit Saito.

- Sannan-kun, que cherches-tu à faire au juste ? Demanda Kondo perplexe d'un tel discours.

- Hijikata-kun, continua Sannan en arborant toujours son sourire et son allure bienveillante, tu es un élément nécessaire à ce progrès.

- Moi ? Alors mon rôle dans cet endroit serait…

- Tout à fait, tu es un de mes cobayes.

- Sannan-kun ! Réagit tout de suite Kondo scandalisé, qu'es-tu en train de raconter à Toshi !

- Mais vous savez Kondo-san, ce n'est pas une mauvaise option pour Hijikata-san de finir en cobaye humain pour Sannan-san. Comme il a tout oublié, autant qu'il se rende utile autrement, suggéra Okita tout fier de lui.

- Sôji !

- Okita-kun a raison. Que voulez-vous faire de lui ?

- C'est vrai qu'il ne sait plus manier le sabre, renchérit Sanosuke.

- En plus il a volé le premier baiser de ma Chizuru, continuait de maugréer Heisuke.

- Je ne vois pas le rapport avec Yukimura, dit Saito plus stoïque que jamais.

- Mais aussi Kondo-san, je commence sérieusement à manquer de candidats. C'est la pénurie des cobayes. Hijikata-kun tombe à bon point.

- Il n'en ait pas question, cria presque Kondo complètement décontenancé par le comportement de chacun mais plus particulièrement par celui du sage Yamanami.

- Ai-je été un échec moi aussi ? »

Cette fois, c'était Hijikata qui avait parlé alors qu'il était toujours adossé à son mur. Son visage semblait plus serein maintenant qu'il savait plus ou moins l'endroit dans lequel il se trouvait et ce qu'il faisait avant de perdre la mémoire, même si ce que venait de lui raconter Sannan n'était que des mensonges, mais ça lui ne le savait pas.

Content de son effet, Sannan sourit mais cette fois-ci plus sournoisement et alla fouiller parmi toutes ses fioles et autres matériels servant à ses expériences. Du fond de ce débarras il sortit un tube bouché contenant un liquide bleu à bulles bien suspect qui fit froncer les sourcils à Kondo d'étonnement :

« Sannan-san, qu'est-ce que c'est que ceci ?

- Un produit que j'ai synthétisé une fois. Mon objectif était de remettre en place les neurones des rasetsu et faire en sorte qu'ils retrouvent ne serait-ce que leur conscience et le contrôle de leur corps.

- Et ça a marché ?

- Je n'ai malheureusement pas pu l'expérimenter. Faire avaler cette potion aux rasetsu déjà existants relève du miracle.

- Et pourquoi ne pas l'avoir testée sur vous Sannan-san ? Demanda Shinpachi.

- Vous rigolez, et si ce produit tourne mal ! Il faut impérativement que je reste en vie pour poursuivre mes expériences.

- Ne me dis pas que tu as l'intention de donner cette potion à Toshi ?

- Hijikata-kun est le candidat idéal pour ce remède. Si ses neurones se remettent en place, peut-être retrouvera-il la mémoire. Franchement, il ne pouvait pas mieux tomber.

- J'appelle pas ça bien tomber, dit Saito.

- Bien ou pas j'en sais rien, mais c'est sûr qu'il est tombé Hijikata-san. C'était bien drôle d'ailleurs, se moqua Okita qui était en train de se remémorer la scène de la chute d'Hijikata sur sa tête.

- Sôji ! Ca commence à bien faire ton comportement, réprimanda une fois de plus Kondo à son impudent disciple.

- Allez Hijikata-kun, cul sec, incita Sannan en approchant la fiole des lèvres du vice-capitaine.

- Mais je ne suis sûr que… »

Hijikata n'eut guerre le temps de terminer sa phrase que Sannan lui colla de force la fiole à ses lèvres, l'obligeant à boire le liquide qu'elle contenait. Le brun n'eut d'autre choix que d'avaler non sans faire la grimace, et Sannan alla même jusqu'à mettre sa main devant sa bouche pour l'empêcher de recracher ou vomir la potion, espérant que cette dernière n'allait pas ressortir par le nez ou les yeux. De nouveau Kondo agita ses bras dans tous le sens, ne sachant que faire et Saito s'approcha délicatement de son vice-capitaine. Ce dernier paraissait encore plus ahuri qu'à l'accoutumée :

« Ca a marché ? Se demanda Sanosuke.

- Toshi, tu es de retour parmi nous ?

- …, Hijikata restait muet

- Vice-capitaine, comment vous sentez-vous ? Demanda Saito très soucieux du mutisme de son supérieur.

- Ben, je ne me sens pas tellement différent, finit enfin par dire Hijikata avec une voix étrange comme s'il venait d'inspirer de l'hélium. »

Il n'en fallut pas plus à Okita pour éclater de rire, et cela se surenchérissait à chaque fois d'Hijikata ouvrait la bouche pour ne prononcer ne serait-ce qu'une syllabe. A ses rires finirent par s'ajouter ceux du trio comique et de Sannan qui eux aussi n'en pouvaient plus d'entendre leur grincheux de vice-capitaine avec une voix déformée. Saito, en parfait homme froid et séreux, était resté coi et droit comme un piquet tandis que Kondo ne pouvait se retenir de sourire. Même s'il souhaitait sincèrement que son ami retrouve la mémoire, il reconnaissait qu'il ne l'avait jamais fait rire de la sorte, et encore plus quand Hijikata avait ce regard ahuri en disant des « Ben quoi ? ». C'était plutôt une bonne chose finalement cette amnésie.

Petit à petit, la voix d'Hijikata redevint normale, et chacun reprenait son souffle éprouvé par cette crise de rire, hormis bien entendu Saito qui n'avait pas affiché ne serait-ce qu'un sourire dans le but de ne pas embarrasser davantage son vice-capitaine. Ce dernier finit par demander :

« Vous avez bien dit que j'étais un cobaye ?

- Mais non Toshi, s'empressa de corriger Kondo, n'écoute pas ce lunetteux louche.

- C'est méchant Kondo-san, objectiva Sannan, j'essayais juste de donner une raison de vivre à ce pauvre amnésique.

- C'est vrai, Sannan-san lui donne sa dernière occasion de servir à quelque chose, poursuivit Okita.

- Sôji, je ne supporte plus tes remarques cyniques envers le vice-capitaine, dit Saito à son frère d'arme avec un air menaçant.

- Moi j'ai bien envie qu'il finisse en brochette sur mon katana, fulmina Heisuke toujours aussi rancunier.

- Mais je voudrais savoir ce que j'étais réellement avant, insista Hijikata.

- Vous étiez mon rival, s'écria instinctivement Heisuke,

- Vous étiez mon supérieur que je respectais tant, dit Saito.

- Vous étiez mon esclave.

- Sôji ! »

Et tandis que ça débattait dans tous les sens pour savoir quelle raison de vivre donner à ce pauvre amnésique, ce dernier prit son courage à deux mains et se leva devant cette assemblée qui certes lui faisait peur mais qui était son dernier espoir. Chacun se tut en voyant leur vice-capitaine prendre un peu le dessus sur sa personnalité faiblarde et craintive et tous s'attendirent donc à une phrase pleine de détermination mais :

« Où sont les toilettes ?

-…, Chacun resta muet.

- C'est que je ne m'en souviens plus… Pardon. »

Okita s'effondra une nouvelle fois de rire et ce malgré les réprimandes de Kondo qui lui disait d'arrêter. Saito rougit suite à la demande d'Hijikata mais accepta quand même de l'accompagner aux latrines tandis que Sanosuke pensa qu'une petite visite à travers le quartier général pourrait l'aider à se souvenir. Cette proposition fut approuvée de tous bien qu'ils étaient peu convaincus de l'efficacité de cette petite visite guidée.