Chapitre 5 : Révérence excessive
\******/
Les allées, les chambres, les bureaux et salles de réunion, la cuisine où Chizuru qui y faisait du thé s'échappa une fois de plus, la cour, sans oublier les latrines par lesquelles ils étaient passés en premier parce qu'Hijikata avait une envie pressante, aucun des endroits visités du quartier général ne rappelait quelque chose au pauvre amnésique. Pourtant, il avait séjourné en ces lieux et tenu le haut rang de vice-capitaine de la milice. A présent rétrogradé, il venait de passer au stade de "Pauvre amnésique qui ne sert à rien, mais qu'est-ce qu'on va bien pourvoir en faire de celui-là". Toujours escorté des plus hauts gradés de la milice et par le capitaine lui-même, le groupe de guerriers arriva près du dojo où actuellement s'entraînaient librement les recrues.
Bien que la plupart portaient des protections relatives au kendo, le fracas provoqué par les coups de shinai ¹, les cris des hommes et les bruits de chute firent faire un mouvement de recul à Hijikata avant même qu'il ne rentre dans le dojo :
« Mais c'est qu'ils m'ont l'air particulièrement sauvage dans ce dojo, dit Hijikata peu enclin à vouloir y entrer.
- En même temps, dans un dojo, la logique veut que l'on combatte, pas que l'on joue aux cartes ou fasse une répétition de danse, se moqua pour la énième fois de la journée Okita.
- Sôji, ça suffit je ne veux plus t'entendre, gronda Kondo. Allez Toshi, n'aie pas peur, ces hommes ne sont pas des amateurs, ils savent se contrôler et se sécuriser pour les entraînements. »
A ce moment là, une recrue qui se rendait au dojo bouscula malencontreusement Hijikata. Le temps que le brun se rende compte de l'altercation, la dite recrue s'était inclinée devant lui tout en déversant un flot d'excuses avec une voix qui masquait très mal sa peur :
« Je suis désolé, je suis désolé vice-capitaine Hijikata. Je ne vous avais pas vu, pardonnez-moi de vous avoir bousculé vice-capitaine. J'accepterai ma punition, ma sentence ne dépend que de vous. Ordonnez vice-capitaine.
- Euh… hésita grandement Hijikata qui ne comprenait pas l'attitude de cet homme.
- Hijikata-san, ne soyez pas trop dur avec lui, plaida Okita pour se moquer une fois de plus de son supérieur.
- C'est au vice-capitaine de juger de comment cet homme doit être jugé pour cet affront, répliqua alors Saito.
- Mais je ne sais pas…
- De toute façon, coupa Heisuke, celui qui a commis le pire affront ici, c'est Hijikata-san lui-même. Je ne lui pardonnerai jamais.
- Je ne te savais pas si rancunier Heisuke, constata Sanosuke.
- C'est une réaction typiquement gamine, poursuivit Shinpachi.
- Shinpat-san, tu es de quel coté ? demanda le capitaine du huitième escadron à son aîné.
- Vice-capitaine Hijikata, reprit la recrue, je promets de faire plus attention à l'avenir, épargnez-moi je vous en prie.
- C'est bon, c'est bon, intervint enfin Kondo. Ca ira, tu es pardonné. Allez, va t'entraîner.
- Merci, merci infiniment capitaine Kondo, je vais travailler dur. »
Et sur ce, la recrue s'introduisit à toute vitesse dans le dojo comme s'il avait peur que ses supérieurs ne changent d'avis quant à sa sentence. Après quelques secondes de mutisme d'Hijikata rythmé par les chamailleries du trio comique, le brun finit par dire en pointant son doigt sur la place où s'était agenouillé l'homme :
« Est-ce une impression, mais j'ai comme eu le sentiment que cet homme avait peur de moi. »
De nouveau, le silence s'installa, personne n'osant avouer qu'Hijikata était réputé comme étant un véritable démon et que toutes les recrues le craignaient à lui bien plus que leurs ennemis sur les champs de bataille. Cette fois, Sôji fit l'effort de se retenir de rire, mais ses pouffements étaient on ne peut plus indiscret. Kondo et Saito le fusillèrent du regard tandis que le trio comique ne savait plus où se mettre. Ils étaient tous les sept plantés là devant la porte du dojo, comme des cons, ne sachant que faire. Kondo se gratta la tête et finit par dire avec un faux sourire démuni de toute honnêteté :
« Tu te fais des idées Toshi. Ici, c'est comme cela que l'on se salue.
- … Vous avez de bien étranges coutumes, fit remarquer Hijikata en fronçant les sourcils. »
Kondo émit un ricanement nerveux avant de finalement ouvrir la porte du dojo et de faire un geste à son ami pour l'inciter à entrer le premier. L'entraînement se poursuivait dans le vacarme, le bruit des shinai qui s'entrechoquent et les râles d'efforts et de douleur des hommes en armure de kendo firent faire un mouvement de recul à Hijikata. Que de violence dans ces lieux, il ne s'y sentait pas du tout à l'aise et avait une fois de plus envie de fuir loin mais c'était sans compter sur ces gens qui le suivaient depuis le début et qui lui bloquèrent la sortie du dojo. Même, il fut poussé sans ménagement dedans et c'est complètement courbé qu'il s'engouffra dans la pièce. Un homme qui se trouvait à coté de l'entrée reconnut immédiatement le kimono violet et les longs cheveux bruns. Comme les autres, il craignait Hijikata, aussi s'empressa-il de crier à l'égard de ses frères d'arme :
« Le vice-capitaine Hijikata est là. »
Des bruits de pas précipités se firent entendre, et le temps que le brun relève la tête, les combats avaient cessé, tous les hommes étaient bien alignés devant lui, droit comme des piquets, pas un bras qui dépassait
« Bonjour vice-capitaine Hijikata » dirent en chœur les recrues en saluant leur supérieur.
Gêné de tant d'attention son égard, Hijikata ne répondit à ce salut que par un petit bonjour « Bonjour ». Il put cependant remarquer quelques hommes trituraient leur hakama en proie à une stress non dissimulable. Ce constat accentua encore plus son incompréhension, de plus en plus persuadé que ces hommes lui vouaient plus une peur qu'un réel respect :
« Mais que suis-je donc ici ? » se demanda tout bas l'homme aux yeux violets.
Tous restèrent courbés devant lui tandis que Kondo et les autres entrèrent à leur tour dans le dojo. Le capitaine comprit immédiatement l'ambiance. Tout en tirant Hijikata à l'extérieur de la pièce, il consigna aux autres recrues dans le but de détendre un peu l'atmosphère :
« Merci à vous pour cet accueil, reprenez votre entraînement maintenant.
- Merci capitaine Kondo, nous allons travailler dur pour devenir de grand samourai.
- Samourai, répéta alors Hijikata en sortant de la pièce. Oui, je veux devenir un samourai. »
Les regards des hauts gradés se posèrent sur l'amnésique, ce dernier semblant plongé dans une profonde réflexion. Ses yeux étaient comme perdus dans le vide et il ne cessait de répéter ces même mots : « Samourai samourai, je veux devenir un samurai ». Kondo s'illumina d'un nouvel espoir et c'est plein d'optimisme qu'il annonça tout haut :
« Il réagit, il réagit au mot samourai. C'est merveilleux Toshi, ta mémoire est en train de revenir.
- Kondo-san, ne vous emballez donc pas de cette façon. Vous serez très triste si ces espoirs étaient infondés, et moi je ne veux pas vous voir tristes, surtout pas à cause d'Hijikata-san, dit alors Okita.
- Sôji, j'ai comme l'impression que tu ne tiens absolument pas à ce qu'Hijikata-san retrouve la mémoire, fit remarquer Sanosuke.
- Disons plutôt que c'est tellement plus drôle de le voir comme ça.
- Oui, mais on a assez rigolé. Il lui reste encore des souvenirs très lointains que je suis sûr qu'on peut les faire revenir à la surface. Toshi veut être un samourai depuis sa plus tendre enfance, ce qui veut dire qu'on a peut-être une chance de l'aider avec des souvenirs anciens.
- Que proposez-vous capitaine ? demanda Saito.
- Toshi, nous allons t'emmener faire un petit tour chez toi, dit le capitaine en posant une de ses mains sur l'épaule de son second.
- Mais je croyais que c'était ici chez moi. Alors c'était vrai en fait que vous me gardiez prisonnier. C'est vrai, vous allez me ramener chez moi…. Mais c'est où chez moi ?
- Kondo-san, vous n'avez quand même pas l'intention de l'emmener jusqu'à Edo ?
- Pour lui faire retrouver la mémoire, tous les moyens sont bons. Peut importe le temps que ça nous prendra, il faut user de toutes les solutions qui nous viennent à l'esprit. En plus à Edo réside Matsumoto-sensei qui peut-être pourra l'examiner en tant que médecin.
- Kondo-san, vous êtes décidemment un grand homme, s'émerveilla Okita. Laissez-moi vous accompagner jusqu'à Edo.
- Je ne serai pas tranquille si tu l'accompagnes Sôji, persifla de nouveau Saito à l'égard de son frère d'arme. Je donnerai ma main à couper que si tu fais cela, c'est pour encore te moquer ouvertement du vice-capitaine.
- Mais non voyons Hajime-kun, quelle mauvaise image tu peux avoir de moi ! Malgré l'impression que je donne, je suis très inquiet pour Hijikata-san. Et puis cette petite escale à Edo serait pour moi l'occasion d'aller saluer ma sœur et ses enfants ². N'est-ce pas Kondo-san ?
- Euh… Oui. Bon, c'est décidé, Sôji et moi allons partir au plus vite pour Edo.
- Avec vous deux ? trembla Hijikata. Euh, est-ce que le petit en kimono noir pourrait nous accompagner aussi ? »
Parmi ce groupe d'hommes qui l'escortait depuis qu'il s'était réveillait, celui qui se faisait appeler Saito semblait à ses yeux le plus calme et celui qui lui inspirait le plus confiance. Cela ne le rassurait pas vraiment de partir seul en compagnie de ces deux-là qui l'avaient déjà attaqué avec une arme. D'autant plus qu'il ne savait absolument pas où est-ce qu'il se rendait et combien de temps allait durer le chemin. Comme pour amplifier ses dires, Hijikata alla se cacher derrière le capitaine de la troisième division, ce dernier eut comme un mouvement de recul. C'est qu'il n'avait pas vraiment l'habitude que son cher vice-capitaine se comporte de la sorte et le cela ternissait au plus au point l'image qu'il avait de lui. Ce n'est pas pour autant qu'il le respectait moins, mais il ne supportait plus de le voir dans cet état. Cela faisait souffrir son esprit de guerrier et sa fidélité à son maître :
« Aide-moi, suppliait presque Hijikata accroché à Saito.
- Je suis désolé vice-capitaine, répondit stoïquement l'homme aux yeux bleus en enlevant la main d'Hijikata de sur son épaule, mais si vous, Sôji et le capitaine partez, il faut bien que quelqu'un reste ici pour veiller sur le quartier général.
- Mais… Eux là, ils peuvent bien le faire, insista le brun en désignant le trio comique du menton.
- Non merci, répliqua immédiatement Shinpachi.
- Diriger, c'est bien trop chiant, renchérit Sanosuke.
- Moi de toute façon personne ne m'écouterait. Tout le monde se moque de moi à cause de ma taille.
- Voilà qui règle le problème, je suis le plus apte à diriger ici quand le capitaine et le vice-capitaine ne sont pas là.
- Mais… Ne me laisse pas, chouina encore Hijikata en s'accrochant davantage à Saito.
- Je n'arrive pas à croire que c'est "ça" qui a donné le premier baiser à ma Chizuru, railla Heisuke.
- "Ca" comme tu dis Heisuke, c'est notre démoniaque vice-capitaine.
- Vous voyez bien que je suis inoffensif. Ne me faites pas de mal.
- Vice-capitaine, vous voir ainsi fait souffrir mon cœur, dit Saito avec un ton dramatique et en enserrant son kimono au niveau de la poitrine.
- C'est drôle, à vous voir comme ça, on dirait presque des comédiens d'une pièce tragique, rigola encore Okita. »
Saito rougit davantage tout en s'écartant une fois de plus d'Hijikata qui décidément ne le lâchait plus, et cela sous les rires d'Okita. Kondo alla prendre le bras de son ami pour le dégager du capitaine de la troisième et décréter alors que lui et Sôji l'emmenaient à Edo. Par la suite, il entraîna avec lui Hijikata qui cherchait toujours à se débattre et à trouver la protection auprès de Saito.
Ce dernier, tandis qu'il voyait son cher vice-capitaine tendre les bras vers lui avec des yeux suppliant semblant dire « Aide-moi, je t'en prie », il garda son attitude froide tout en pensant que pendant la convalescence de son supérieur, c'est lui qui se chargerait de faire régner l'ordre au Shinsengumi. Pour preuve, à peine ses supérieurs hors de sa vue, il se retourna sévèrement vers le trio comique qui ne cessait de se chamailler :
« Vous trois, bougez-vous, il faudra faire honneur au vice-capitaine quand il reviendra guéri de son amnésie.
- Hein ! Enoncèrent en cœur les trois hommes.
- Il est hors que question que nous profitions de l'absence du capitaine et du vice-capitaine pour se laisser aller. Nos devons honorer le Shinsengumi auquel le vice-capitaine tient tant.
- Il est hors de question que je fasse quoi que ce soit pour ce voleur de premier baiser, manifesta alors Heisuke.
- Ne discutez pas, c'est moi qui suis en charge du Shinsengumi maintenant. Shinpachi, va entraîner les recrues. Sano, à la cuisine, Heisuke, à la lessive. Où est Yukimura, qu'elle se charge du ménage. Moi je vais faire ne sorte d'avancer les taches administratives laissées en suspens par le vice-capitaine.
- Shinpachi, ça fait longtemps qu'on ne s'est pas fait une bonne tournée de sake, chantonna le lancier en passant son bras autour des épaules de son ami.
- Ah Sano, tu es vraiment génial. Quelle bonne idée que voilà !
- Hé, vous m'écoutez ! gronda Saito.
- Je vais profiter de l'absence d'Hijikata-san pour séduire Chizuru, pensa tout haut Heisuke qui partait déjà à la rechercher de la jeune fille.
- Où allez-vous ? Revenez ici. Oy. Mais ce n'est pas vrai, personne ne m'écoute. »
Alors que Kondo, Hijikata et Okita avaient déjà passé les portes du quartier général en partance pour Edo, Saito, lui, courrait dans tous les sens à la recherche des recrues et autres capitaines qui décidemment ne l'écoutaient pas. Même, une grande fête était en train de s'organiser à l'initiative de Shinpachi et Sanosuke sans que le capitaine de la troisième division ne puisse rien pour empêcher, cela. Juste après le hanami ³, le quartier général du Shinsengumi allait encore être animé.
\********/
¹ Sabre en bambou utilisé au Kendo
² Sôji Okita a perdu ses parents jeune et c'est principalement sa sœur aînée Mitsu Okita qui l'éleva, du moins jusqu'à qu'il se rende au dojo Shiekan à l'âge de neuf ans, sa sœur l'y ayant envoyé faute d'argent pour s'occuper de lui.
³ Coutume traditionnelle japonaise qui se déroule fin mars/début avril et qui consiste en l'admiration des cerisiers en fleurs.
Note de l'auteur : Merci d'avoir lu
Je suis peu satisfaite de ce chapitre, d'ailleurs j'ai un peu traîné en l'écrivant. J'espère cependant qu'il vous a plu, on approche déjà presque de la fin.
