"Le souvenir du bonheur n'est plus du bonheur ; le souvenir de la douleur est de la douleur encore."
George Gordon, Lord Bryon.
Sarah d'Émeraude : Hop, hop, hop ! Stop la guimauve, tu vas me contaminer ! Je ne compte pas forcément donner ce que les lecteurs attendent, et ce que tu dis en fait partit. Je veux que ce soit le plus réaliste possible =). Comme tu veux, voilà la suite !
clara44 : Merci. J'espère que tu seras fan de tous les autres chapitres, aussi.
Enjoy !
Chapitre 3 : Souvenir sous la pluie.
Elle l'installa à l'arrière de la voiture, la fillette regardait tout ce qu'il se passait mais ne disait rien. Quelques voisins réveillés par le bruit était venu voir ce qu'il se passait. Une vieille femme interpella le lieutenant Beckett derrière la ligne jaune.
Intriguée, Beckett s'approcha de la femme, le visage encore fermé.
- Oui ?
- C'est la petite Mayer ?
- C'est ça, acquiesça Kate.
- Mon dieu, que lui est-il arrivé ? Elle va bien ? s'inquiéta soudainement la vieille dame.
- Physiquement ça à l'air d'aller, elle a faillit être enlevée, soupira Beckett.
- Quelle horreur ! Et ses parents, ils n'étaient pas là ?
- Je ne peux rien vous dire de plus madame, je suis désolée.
Elle lui sourit doucement.
- Je comprends, ne vous inquiétez pas, je peux peut être vous aider, chuchota-t-elle en regardant de tous les côtés.
- Je vous écoute, dit Beckett en se rapprochant.
- J'ai remarqué un homme qui trainait près de la maison, une fois il a suivit la petite dans la rue, murmura-t-elle.
Elle fit une légère pause, reprenant son souffle.
- Un jour, il lui a même donné une sucette ! souffla-t-elle scandalisée.
- Une sucette ? répéta Kate légèrement amusée.
- Oui ! Et cet homme je l'ai repéré car il n'est pas du coin, dit-elle en hochant la tête sans arrêt.
Beckett fit une légère pause, un sourire au coin des lèvres.
- Et il ressemblait à quoi ? demanda-t-elle alors.
- Il était grand, non, de taille moyenne ou peu être était-il petit ? se questionna-t-elle. Bref, dit-elle en chassant l'air de sa main. Il avait les cheveux bruns, une drôle de tête, habillé comme les adolescents de nos jours, vous savez le pantalon juste en dessous des fesses…, elle soupira. Les yeux noirs, la peau claire…
« Un peu comme tout le monde, soupira Beckett pour elle-même. »
- Et je crois que c'est tout, sourit la vieille dame, fière d'elle.
Beckett eut un moment d'absence pendant lequel elle ne savait pas si la vieille dame se fichait d'elle ou si elle délirait. Elle lui fit un sourire magnifiquement faux, comprit entre la lassitude et l'envie de passer à autre chose, rapidement.
- Merci Madame…, commença Beckett.
- Scott, sourit-elle.
- … Scott.
Kate s'éloigna finalement et s'approcha de sa voiture, s'assurant que la petite allait toujours bien. Elle sourit, attendrie en la voyant lutter contre le sommeil. Emma dû sentir son regard car elle releva les yeux et fit un léger sourire à la jeune femme, serrant un peu plus les couvertures autour de ses épaules.
Elle ouvrit la portière, laissant le froid rentrée, la faisant frissonner.
- Ça va ? demanda Beckett.
Emma hocha légèrement la tête et Kate lui fit un petit sourire. Elle ne parlait plus depuis qu'elle l'avait retrouvée et elle s'en inquiétait fortement.
- Je vais voir dans ta maison, je reviens dans pas longtemps, d'accord ?
Une nouvelle fois la fillette hocha la tête. Beckett se recula lorsqu'elle sentit une petite main froide la retenir par le bras.
Elle leva les yeux vers Emma, elle semblait chercher ses mots. Elle la vit froncer les sourcils, agacée puis finit par laisser tomber sa main, baissant la tête. Beckett passa ses doigts sous son menton, lui relevant le visage et lui sourit doucement.
- Plus tard, tu verras.
Puis elle ferma la portière, se dirigeant vers la maison où Castle l'attendait.
oOoOoOoOo
Beckett s'approcha de l'écrivain et le vit avec deux gobelets de café. Elle haussa les sourcils, surprise.
- Ils servent des cafés à cette heure ? demanda-t-elle.
- Non, les gobelets sont vides, c'était juste pour le geste que je les ai amené, ironisa-t-il.
Elle lui lança un magnifique regard noir, prit son café et rentra dans la maison, fermant la porte juste derrière elle. Un son de douleur retentit à l'extérieur et un sourire carnassier se peignit sur son visage. Elle rouvrit la porte, Castle se tenait le nez, le visage levé vers le ciel et gémissait de douleur.
- Oups, s'amusa-t-elle d'une mine innocente.
Il grogna et elle s'effaça pour le laisser passer, un sourire moqueur sur les lèvres. Elle bu une gorgée de son breuvage préféré puis se dirigea vers les escaliers, menant à l'étage où Lanie était déjà. Castle était à ses côtés et buvait son café en silence.
oOoOoOoOo
- Salut Lanie, qu'est-ce qu'on a ?
- Salut, la première victime, tout juste quarante ans, une importante blessure à la tête, elle a surement dû tomber et se cogner ici, dit-elle en montrant le coin d'un meuble. Ou quelqu'un a pu la pousser. Quoiqu'il en soit, elle est morte quelques instants après le choc.
- L'heure de la mort ? demanda Beckett avec une légère grimace en voyant la blessure.
- Je ne suis pas vraiment sûre mais je dirais ce soir, surement peut avant que la petite ne t'appelle.
- D'accord, et l'autre victime ?
- Suis-moi.
Lanie se leva et se dirigea vers une chambre. Beckett balaya la pièce du regard, surprise de ce qu'elle contenait. Un matelas se trouvait dans un coin de la chambre, une armoire en bois clair, simple qui devait contenir des vêtements se trouvait contre un mur, au milieu. Et enfin un grand placard en bois clair –lui aussi- se trouvait éloigné de l'armoire. Un pyjama trainait sur le lit défait, de petite taille. Il était parfaitement bien plié et soigneusement posé sur l'oreiller.
Kate rangea cette information dans un coin de sa tête et s'approcha du corps qui se trouvait au milieu de la pièce, Lanie s'accroupit à ses côtés.
- La seconde victime quarante-cinq ans environ, trois balles de petit calibre dans le thorax. Le tueur l'a laissé se vider de son sang…
- C'était voulu, commença une voix derrière le lieutenant.
- Pourquoi dîtes-vous ça, Castle ? demanda-t-elle en se retournant vers lui.
- Et bien, le tueur n'a pas prit la peine de lui fermer les yeux, je suis sûr qu'il l'a regardé mourir. Il lui a tiré trois balles, ce n'était pas un accident. Il n'a même pas cherché à arrêter l'hémorragie.
Le silence se fit, Beckett savait qu'il n'avait pas terminé.
- Et le tueur était venu chercher Emma.
Elle haussa un sourcil, intrigué. Puis, après réflexion, elle dû se résoudre à penser que Castle avait raison.
- Vous avez raison, sourit-elle en coin.
Il lui fit un grand sourire, ravi qu'elle l'accepte puis décida de jouer son « je-sais-tout ».
- Regardez, lui dit-il en s'approchant de l'armoire, un morceau de vêtement dépasse et je parie que c'est un vrai foutoir à l'intérieur.
Il l'ouvrit et afficha un air victorieux.
- Peut être n'était-il pas méticuleux, protesta Kate en haussant les épaules.
- Soit mais regardez, le lit est complètement défait et de travers, dit-il en montrant le matelas du doigt.
-Mmmh, fit-elle peu convaincue.
- Il a essayé de remettre tout en place avant de partir.
Il s'approcha du lit, le dos légèrement courbé et regarda le pyjama avec attention. Il était proprement plié et posé sur l'oreiller comme s'il avait une certaine valeur.
- Mmmh, fit-il.
- Quoi ? demanda Beckett dans un sourire.
- Le pyjama.
- C'est celui d'Emma, j'avais remarqué, se moqua-t-elle.
- Pas seulement, il est soigneusement plié comme s'il avait une quelconque valeur, comme si le tueur avait tout dévasté mais n'avait pas touché au vêtement, ayant trop de respect ou trop d'amour pour…
- Emma, termina Kate.
Il hocha la tête, satisfait et sourit. Elle bu une gorgée de son café et le posa sur un petit meuble qui trainait dans la pièce.
Elle mit ses gants et ouvrit l'armoire. Esposito rentra à cet instant.
- Les deux victimes sont les parents adoptifs de la petite Emma Mayer, Mike et Mélanie Miller.
- Miller ? Pourquoi le nom de famille d'Emma est Mayer dans ce cas ?
- Apparemment elle a voulu garder son nom.
Elle hocha la tête et attendit qu'il continue.
- Sa mère est morte il y a environ deux ans, overdose. Son père est en ce moment en prison pour alcoolisme au volant, c'est comme ça qu'on lui a retiré la garde d'Emma.
Un voile de tristesse passa dans les yeux de Beckett. Personne ne devrait perdre ses parents, encore moins aussi jeune.
Castle eu un éclair de lucidité car il se manifesta soudainement, l'écrivain qu'il était refit surface.
- Il buvait pour oublier sa peine, il était rongé par le chagrin et sombrait peu à peu dans la folie. Lorsqu'il voyait une jeune femme brune de dos, il la prenait pour sa défunte épouse et le sourire lui revenait. L'alcool lui faisait oublier qui il était, il se reconstruisait un monde en sa présence…
Le silence se fit, Beckett lui lança un regard blasé tandis qu'Esposito et Lanie le regardaient, un léger sourire moqueur aux lèvres.
- Hum, pardon, continue.
- Elle a été dans une autre famille avant celle-ci mais elle a un fort caractère, ses anciens parents adoptifs ne voulaient plus d'elle, elle était trop têtue et butée.
Castle lança un regard significatif à Beckett en souriant comme un idiot.
- C'est votre mini-vous, s'amusa-t-il.
Elle lui lança un regarda exaspéré et se mordit la joue pour ne pas laisser son sourire la trahir. Elle remercia Esposito, lui disant de rentrer chez lui se reposer, ils reprendront le travail demain matin.
Elle continua sa recherche dans la chambre de la fillette lorsqu'un détail la frappa.
- Il n'y a aucun jouet, soupira-t-elle.
- Oui, j'ai remarqué mais…, dit-il en se penchant pour ramasser quelque chose dans le placard où s'était caché Emma, j'ai trouvé ça.
Beckett abandonna l'armoire pour s'approcher de l'écrivain qui, entre temps, c'était relevé.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
- Un morceau de papier…
Il le déplia et se retrouva face à une écriture maladroite et enfantine.
- C'est l'écriture d'Emma.
- Quelle horreur, chuchota l'écrivain.
- Quoi ?
- Lisez, soupira-t-il.
Fronçant les sourcils, elle se plongea dans la lecture. Sa main sur le bras de Castle se crispa et son cœur se serra. Un voile passa dans ses yeux verts.
- Ce sont…
- Les droits de l'enfant, articula-t-il difficilement.
Le silence se fit, cette découverte les avait abattus. Ils n'entendirent même pas Lanie ranger ses affaires et s'en aller, les saluant doucement.
- Pauvre gamine, soupirèrent-ils en même temps.
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux et se sourirent tristement. Quelle vie avait vécu la petite Emma Mayer pour avoir l'envie de connaître ses droits ?
oOoOoOoOo
Beckett jeta un regard dans son rétroviseur intérieur, un léger sourire apparu alors sur son visage fatigué. Castle regardait distraitement la pluie frapper sa fenêtre, silencieux, plongé dans ses pensées.
- Ça va Emma ?
Une petite bouille fatiguée se releva doucement et lui sourit.
- Tu es fatiguée ?
Emma hocha la tête et reporta son attention sur la fenêtre, adoptant le même comportement que l'écrivain.
- Et vous Castle ? s'amusa-t-elle.
- … Hein ? Non, je réfléchis, sourit-il en tournant la tête vers elle.
- A quoi ?
- Plein de choses, surtout j'essaye de m'imaginer l'enfer qu'elle a pu vivre.
Ils gardèrent quelques instants le silence, les yeux vissés sur la route mouillée. Beckett tourna la tête vers Castle et sourit en le voyant aussi plongé dans la contemplation des gouttelettes de pluie sur la vitre. Distraitement, elle le vit glisser son doigt, tentant d'en attraper une, elle sourit un peu plus en le voyant faire.
- La pluie vous inspire ? demanda-t-elle alors.
Il tourna la tête vers elle et lui sourit doucement. Elle regarda dans son rétroviseur, Emma s'était finalement endormie.
- J'aime regarder la pluie, c'est incroyable comme elle peut rendre des choses magnifiques tellement… tristes mais je dois avouer qu'elle m'aide à écrire dans choses plus monotones, plus tristes justement, dit-il en reportant son attention sur cette dernière. Et vous ? demanda-t-il le visage près de la vitre, formant de la buée.
- La pluie me rend nostalgique, elle me rappelle de sombres et mauvais souvenirs bien que j'en ai de joyeux sous la pluie.
Il tourna le visage vers elle, un frisson le parcourra alors.
- Racontez-moi, murmura-t-il.
Elle ferma quelques secondes les yeux et inspira profondément, demandant silencieusement à la douleur de s'estomper.
- J'avais seize ans, mon père et moi attendions ma mère au restaurant, il pleuvait. Il m'avait faite rire sur le chemin en sautant dans les flaques pour éclabousser innocemment les passants.
Elle sourit à ce souvenir, Castle la regarda attentivement, il connaissait ce jour là.
- On a attendu longtemps ma mère, elle n'est jamais venue. J'étais bien trop naïve pour penser qu'il lui était arrivé quelque chose mais je me souviens de cette lueur d'inquiétude dans les yeux de mon père. En revenant à la maison, il pleuvait toujours mais il ne sautait plus dans les flaques.
Elle fit une légère pause, les traits de son visage se crispèrent. Son cœur tambourinait douloureusement dans sa poitrine. Elle ne savait même pas pourquoi elle se confiait à Castle, peut être qu'elle savait qu'il ne la jugerait pas, qu'il la laisserait parler, qu'il sera silencieux et ne dira pas qu'il compatissait.
Elle tourna légèrement la tête vers lui, il fixait le tableau de bord. Il dû sentir son regard car il releva le visage et la regarda, les yeux de sa partenaire étaient gorgés de larmes. Il lui sourit doucement, calmant légèrement la douleur pour qu'elle puisse continuer.
- On est passé par cetteruelle, il le fallait pour rentrer chez nous. On était trempé, j'avais froid mais lorsque j'ai aperçu cette banderole jaune, je n'ai plus rien ressentit.
Une unique larme roula sur sa joue et elle la chassa nerveusement.
- J'étais comme… vide.
Il la regarda attentivement, il la vit avaler difficilement, il n'aurait jamais dû lui demander une chose pareille mais il ne pouvait s'en empêcher, il voulait tout connaître d'elle.
Le silence se fit, ils avaient trop parlé, ils s'étaient trop confiés.
Lentement, il approcha sa main et toucha du bout des doigts celle de la jeune femme qui se trouvait sur le levier de vitesse. Elle sourit doucement, regardant la route et elle sentit ses doigts s'enlever.
Son cœur se gonfla pour repartir normalement, toute douleur envolée.
Dehors, la pluie continuait de marteler les fenêtres. Désormais, lorsqu'il pleuvra de nouveau, ses souvenirs la conduiront vers un autre chemin.
Un chemin sans épines dans lesquelles sont cœur se prenait souvent et où elle sentait la douleur l'envahir jusqu'au bout de ses doigts.
