"L'innocence est la meilleure défense de l'enfant."

Lao She.

Merci à Sarah d'Émeraude et Solealuna pour vos commentaires. Vous me faites grandement sourire et ça fait toujours plaisir de vous voir au rendez-vous =).


Chapitre 7 : Question innocente.

La serrure se fit entendre dès lors où ils sortirent de la maison de Rose Scott. Le cœur du lieutenant Beckett était lourd, c'est toujours incroyable le nombre de choses douloureuses que les gens peuvent cacher. Leur passé, le futur, leur regret, leurs actes…

Mine de rien, elle fit un léger sourire à Castle qui se trouvait à ses côtés, se rassurant de sa présence. Son téléphone dans les mains, elle fit glisser son doigt sur l'écran tactile, sans but. Juste pour combler le silence avec un geste totalement inutile.

Les petits pas d'Emma se faisaient entendre près d'elle. La fillette s'était imperceptiblement tendu à leur arrivé près de son ancienne maison. De douloureux souvenirs devaient revenir à la surface, pensa-t-elle. Une part d'elle s'en voulait de l'avoir amené mais Emma était sous sa responsabilité.

- Que vous a dit Esposito ? demanda Castle.

- Il m'a dit de rentrer au poste, ils ont trouvé une piste.

Elle tourna la tête vers l'écrivain et le vit hocher la tête, elle sourit légèrement. Distraitement, elle regarda le ciel, il était gris. Lorsqu'elle fit cette constatation, des gouttelettes tombèrent sur son visage, elle fronça le nez et les laissa glisser.

Soudainement, la fillette se mit à courir et un peu plus loin, elle s'accroupit. S'approchant, Beckett et Castle la regardèrent faire et sourirent en la voyant fixer un gros escargot qui se trouvait sur le trottoir. L'humidité avait dû le faire sortir. La fillette l'attrapa par la carapace et le posa dans l'herbe. Elle se releva, fière d'elle et esquissa un sourire en le voyant mordre dans une feuille.

Emma se tourna vers l'écrivain et sa muse et fut surprise de les voir la fixer. Elle leur fit un grand sourire et tendit une petite paume à Beckett qui la prit délicatement. Elle s'installa entre les deux partenaires, Castle sentit une petite main froide se glisser mine de rien dans la sienne. Il la serra et sourit, attendrit, devant le geste parfaitement innocent de la fillette.

- Un, commença Emma en jetant un regard malicieux aux deux adultes.

- Deux, comprit Beckett.

- Trois, fit Castle.

Et tout les deux, ils la soulevèrent jusqu'au ciel. Emma éclata de rire et retomba sur ses pieds. Soudainement, le brouillard les entoura, leur donnant une drôle d'impression mais ils purent apercevoir les contour de la voiture de Beckett un peu plus loin. La fillette s'arrêta, les incitants à faire de même et un sourire malicieux étendit ses lèvres. Inconsciemment, la bouche des deux adultes fit de même.

- Le premier arrivé à la voiture a gagné, annonça la fillette en lâchant leur main.

Elle se mit à courir et Beckett et Castle firent de même, souriants. Ils laissèrent la fillette gagner et elle en fut ravie. Beckett ouvrit la voiture et ils s'y engouffrèrent tous à l'intérieur, un vestige de sourire aux lèvres.

oOoOoOoOo

- Alors Esposito, qu'est-ce qu'on a ? demanda Beckett en apercevant son collègue en sortant de l'ascenseur, suivit de près par Castle et Emma.

- Ah, justement je t'attendais, dit-il en s'approchant du tableau blanc. Alors, on est allé voir l'instit' de la petite comme tu nous avais demandé et en effet, elle se souvient d'un jeune homme pendant une récréation. Il avait donné à Emma une sucette mais avant qu'elle ne puisse la mettre à la bouche, Mlle Parker lui a prit le bonbon des mains et l'a jeté.

Beckett hocha la tête, montra son intérêt et insistant Esposito à continué.

- Mais ce n'est pas tout, sourit-il.

- Je t'écoute.

- Un homme est venu chercher Emma à la sortie de l'école un jour mais, ne l'ayant jamais vu, Mlle Parker lui a demandé son nom et son prénom puis a demandé à Emma si elle le connaissait. La fillette lui a dit que non mais avant que l'instit' lui demande de s'en aller, il était déjà partit.

- Elle se souvient de son visage ?

- Très vaguement, elle me l'a décrit comme un homme banal, à qui on ne fait pas attention et qu'on oublie vite.

- Il y a un « mais » derrière tout ça, je me trompe ? intervint Castle.

Esposito lui sourit puis reporta son attention sur Beckett qui attendait impatiemment la suite, tournant les pages du dossier qu'il tenait dans les mains bien que ce dernier ne lui donne plus d'information qu'il ne savait déjà.

- Mais, reprit-il non sans un sourire, elle se souvient parfaitement de la couleur de ses yeux.

- Eeeet ? firent Beckett et Castle.

- Il a un œil bleu et l'autre est vert.

Ils restèrent quelques secondes interdits, passant d'un indice totalement inutile à plus intéressant. Ce n'est pas tous les jours que l'on croise un homme avec des yeux de différentes couleurs à New York après tout.

- Emma ? demanda soudainement Beckett en se tournant vers la fillette qui se releva à l'entente de son prénom. Te souviens-tu d'un homme avec des yeux de différentes couleurs ? Bleu et vert.

La fillette réfléchit quelques instants, Beckett était de tout cœur avec elle, tout le monde semblait l'être. Un sourire rayonnant illumina les traits de la jeune détective lorsqu'Emma hocha la tête.

- Je me souviens de lui, mais pas beaucoup. Lorsque j'essaye de m'en rappeler, je vois pleins d'images.

- Des flashs ? demanda Beckett.

- Oui, je crois. Je le vois avec mon papa mais son visage est tout flou.

Beckett, Castle et Esposito sursautèrent lorsque la fillette parla de son père. La jeune femme s'accroupit devant Emma et lui sourit doucement.

- Ma puce, qui était cet homme pour ton père ? Son ami ?

Un regard vert désolé se posa sur elle et Beckett lui fit un léger sourire rassurant.

- Je sais plus mais je sais qu'il me faisait peur et qu'il était souvent avec mon papa.

- Pourquoi il te faisait peur ?

- Ses yeux, pas lui. Ca faisait bizarre quand il me regardait, on aurait dit qu'il allait me manger, souffla la fillette.

Castle ne pu s'empêcher d'acquiescer un rictus d'inquiétude, cet homme dont parlait Emma l'intriguait, surtout le comportement qu'il avait avec la fillette, la façon dont elle le décrivait…

- Esposito, appelle-moi la prison où est détenu le père d'Emma et demande un entretient avec lui au plus tôt, essaye de l'avoir dans la journée si tu peux, je vais me chercher un café.

- C'est comme si c'était fait, Beckett.

oOoOoOoOo

Le léger bruit des crayons de couleur frottant contre le papier la plongea dans ses souvenirs, elle se revoyait à l'âge de quinze/quatorze ans, dessiner tout ce qu'elle voyait, s'inspirant de ce qui se trouvait dehors, derrière sa fenêtre. Elle s'était arrêtée un temps mais un peu plus vieille, après le décès de sa mère, elle s'y était remise mais elle trouvait que chaque trait, chaque sourire, chaque étoile dans les yeux ressemblaient à ceux de sa maternelle et une boule lui serrait la gorge, l'air devenait irrespirable. Elle avait arrêté de dessiner, sa passion lui était comme passée, il lui semblait qu'elle n'avait jamais existé. Il faudrait qu'elle réessaye un jour, juste pour voir. Peut être que la douleur serait moins forte désormais…

Castle la sortit de ses pensées en entrant dans la salle de repos, elle tourna la tête et lui sourit doucement. Il se prépara un café en silence, tout en l'observant du coin de l'œil, elle avait les yeux perdus sur la fillette qui dessinait, elle semblait totalement ailleurs comme lorsque les souvenirs remontaient trop rapidement à la surface. Il s'était toujours demandé ce que ça pouvait faire de perdre un être aussi cher si jeune, il aimerait en connaître la douleur pour mieux la comprendre et, peut être, essayer d'apaiser celle de la jeune femme.

La tasse qu'il tenait dans les mains devint brûlante, ce qui la ramena sur Terre. Il souffla sur ses doigts douloureux sous le regard amusé de sa jeune amie. Une fois sa tasse refroidit, il la prit dans une main et s'approcha de la fillette qui dessinait.

- Qu'est-ce que tu dessines ? demanda-t-il en se penchant au-dessus de son épaule.

- 'Pas le droit de voir, marmonna-t-elle en pliant la feuille de façon à ce qu'il ne voit rien.

Elle fit une légère moue qui le fit sourire et il se recula en signe de rédemption. La petite se repencha sur son dessin, regardant Castle du coin de l'œil. Voyant qu'il discutait avec Beckett, elle se remit à dessiner, laissant un petit bout de langue dépasser au coin de sa bouche.

- Elle vous ressemble beaucoup, murmura-t-il.

Beckett lui sourit, elle le connaissait assez bien pour savoir qu'il n'avait pas finis.

- Le même caractère, les même cheveux, les mêmes yeux, bien qu'un peu plus clairs, et enfin, un passé douloureux.

Cette dernière ressemblance la fit se raidir.

- Non, Castle. Son passé est plus douloureux que le mien.

Jamais il n'aurait cru qu'une douleur pouvait être plus forte que celle qui animait Beckett depuis plus de dix ans. Sous le regard interrogateur de l'écrivain, elle soupira avant de détourner le regard, le posant sur la fillette.

- Elle a vu sa mère se droguer alors qu'elle n'était qu'une fillette d'environ cinq ans, elle a vu son père sombrer dans l'alcool, lentement, sans qu'elle ne puisse rien n'y faire. Elle l'a vu partir en prison, elle a été mise entre les mains de nombreuses familles, pensant qu'enfin, elle aurait un peu de répit…

Elle fit une légère pause pour croiser son regard. Elle dégageait un calme impressionnant qui ne correspondait pas à ses paroles. Elle respirait la souffrance de cette petite fille devant elle.

- On l'a battait chaque jours, chaque minutes peut être même chaque secondes. Elle ne pouvait faire confiance à personne et on le lui rendait bien. Elle ne pouvait s'appuyer sur personne, peut être sur cette vieille femme à moitié folle et encore. Souvenez-vous des bleus sur son corps.

Elle fixa un point invisible derrière lui, c'était sa façon à elle pour ne pas lâcher prise, de ne pas craquer. Il aimerait l'arrêter et lui dire qu'il n'avait pas voulu l'offenser mais la machine était lancée…

- Ne dites plus que notre passé se ressemble, Castle. Elle a vécu beaucoup plus de choses traumatisantes que moi. Ma blessure a été faite il y a plus de dix ans et j'en souffre encore. Elle, ses blessures, se sont faites chaque jour, sans qu'aucune ne puisse cicatriser et elle n'a que huit ans.

Elle posa son regard sur la fillette qui s'était arrêtée de dessiner. Beckett se raidit immédiatement. Tout montrait qu'Emma l'avait entendu parler. Le crayon en suspend au dessus de sa feuille, ses yeux fixes voilés de douleur et son petit corps entier complètement tendu. Beckett se pinça les lèvres.

Elle aurait aimé prendre Emma dans ses bras, la bercer et lui dire qu'elle était désolée mais avant qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit, tout signe d'ébranlement chez la fillette avait disparu et le crayon qu'elle tenait dans les mains, griffaient le papier.

Beckett en resta sans voix. Elle dût bien reconnaître que Castle avait raison. Cette enfant lui ressemblait beaucoup, quoi qu'elle dise.

Ainsi se fit-elle pardonner de son débordement auprès de l'écrivain en prenant la tasse de ce dernier des mains avec pour seul objectif : lui servir un autre café et peut être lui avouer qu'elle était désolé grâce à un quelconque sous-entendus.

oOoOoOoOo

- Espo, tu as pu avoir un rendez-vous ? demanda Beckett en sortant de la salle de repos suivit de près par Castle.

- Oui mais pas pour aujourd'hui, demain au plus tôt.

Beckett fit une moue boudeuse et s'assit à son bureau.

- C'est mieux que rien, se persuada-t-elle. A quelle heure demain ?

- Vers huit heures.

Elle hocha la tête et le remercia à mi-voix. Elle entendit Castle s'asseoir à ses côtés et elle releva la tête dans sa direction, lui faisant un léger sourire.

- Vous allez faire quoi en attendant demain matin ? demanda-t-il.

- Je ne sais pas, avoua-t-elle, il n'y a pas grand-chose à faire. Pour ne pas dire rien.

Un ange passa, ils étaient tout deux plongés dans leurs pensées. Beckett parcourra le dossier du père d'Emma des yeux, songeuses.

- Je me demande s'il a envie de la revoir, s'il l'aime toujours, fit-elle soudainement.

- Qui donc ?

- Le père d'Emma.

Il sourit, attendrit, devant les réflexions adorables de la jeune femme. Mais elle semblait véritablement anxieuse à ce sujet.

- Il a perdu la femme de sa vie, il a sombré dans l'alcool mais a tout de même réussit à chérir sa fille du mieux que son état le pouvait.

Elle releva les yeux vers lui, soudainement intéressée. Remarquant qu'il avait toute son attention, il sourit discrètement.

- Alors, rassurez-vous, il l'aime, pense à elle et est impatient de revoir un jour sa petite fille. N'importe quel père le serait.

Elle le regarda fixement dans les yeux quelques instants, pesant le pour et le contre puis finit par lui sourire, rassurée. Au bout d'un instant, Castle ouvrit la bouche.

- Ca vous dirait un McDo' ?

- Pardon ? demanda-t-elle, elle n'était pas sûre d'avoir bien entendu…

- Un McDonald's, ça vous dirait ? Avec la petite, préféra-t-il précisé.

- Oh, euh, je ne sais pas Castle. Je passe un coup de fil et je vous dis ça, sourit-elle.

Il la regarda se lever, son téléphone en main avant de répliquer en bon gamin qu'il était.

- Besoin de l'accord de papa ? demanda-t-il.

Elle se tourna vers lui, le téléphone collé à son oreille, plissa les yeux tout en lui lançant un sourire ironique.

- Oui, Josh ? fit-elle en insistant bien sur le nom de son petit ami.

Le sourire de Castle se figea sur ses lèvres et il la regarda tourner les talons. Il prit un stylo dans son pot à crayon et s'amusa à dessiner sur tous les bords de feuille qu'il trouvait. N'ayant plus d'inspiration, il fit un banal petit cœur, suivit de plein de petits motifs autour, le mettant en valeur. Il soupira et ayant l'intention d'effacer toute trace de sa nouvelle œuvre, il approcha la mine du stylo de la feuille.

Il entendit alors les talons de Beckett claqués sur le parquet. Une sueur froide lui parcourra l'échine et dans un élan remplit de stupidité, il recouvrit le petit cœur avec les autres feuilles. Il posa sa tête dans sa main, l'air innocent. Ce qui rendit Beckett méfiante lorsqu'elle se retrouva près de lui. Elle regarda son bureau puis Castle. Elle avait l'impression qu'il n'osait pas la regarder. La brunette fronça les sourcils puis finit par hausser les épaules en s'asseyant sur sa chaise de bureau.

- Alors ? demanda Castle.

- Josh a une opération très importante de prévu, il ne rentrera pas pour manger. Donc…

Mais avant qu'elle n'ait fini, la tornade Castle s'était levée de sa chaise en direction de la salle de repos où dessinait encore la fillette. Elle le vit discuter quelques instants avec Emma puis la vit ranger son dessin précieusement dans la poche de son pantalon.

Beckett se leva, attrapant sa veste et celle de la fillette au passage, et se rapprocha des deux complices qui sortaient de la salle de repos. Beckett tendis le manteau à Emma, qui l'enfila rapidement. La brunette passa une main dans le col de la fillette pour en sortir ses longs cheveux bruns ondulés.

Spontanément, Emma vint prendre la main de Beckett ainsi que celle de Castle, ils s'élancèrent tout les trois vers l'ascenseur avant que la voix d'Esposito ne retentisse.

- Vous allez où ?

- Au McDo' ! se contentèrent-ils de répondre sans se retourner.

Esposito les regarda partir, les bras croisés et un sourire sur le visage. Tous les trois, ils s'étaient bien trouvés, songea-t-il.

oOoOoOoOo

Des cris et encore des cris. Des gamins qui couraient partout en hurlant et leurs parents qui essayaient de les attraper, leur blouson en avant. Beckett se rapprocha discrètement de Castle, apeurée par ces petits énergumènes. Emma, tant qu'à elle, semblait complètement surexcitée à l'idée d'aller dans les jeux. Les yeux pétillants, elle regardait avec envie les petits démons courir partout.

Castle semblait totalement à l'aise dans ce genre d'environnement, ce qui rassura un minimum Beckett. Elle aimait beaucoup les enfants… De loin. Non, il ne faut pas non plus exagérer mais elle devait bien avouer que ce genre de gamin terrible lui posait problème. Ce même genre de gamin qui tirait les couettes des petites filles. Oui, ça sentait le vécu.

Ils commandèrent rapidement, Beckett prit le même plat que Castle, c'est-à dire un truc énorme ! Ce qui surprit beaucoup ce dernier. Emma choisit un menu enfant, accompagné d'un petit jouet. Elle avait le choix entre celui pour les garçons et celui pour les filles. Sans surprise, elle prit celui des garçons avec pour justification : « le rose, c'est pour les filles ». Beckett avait tout de suite sentit le regard qui en disait long de l'écrivain sur elle suite à la dernière phrase de la fillette.

Ils se cherchèrent une table parmi les tornades d'enfants, accompagnés de leurs ballons de couleur différentes. Ballons qu'Emma ne tarda pas à repérer à l'entrée du fast-food. Beckett et Castle le remarquèrent et se sourirent d'un air entendu. La jeune femme prit la fillette par la main, l'emmenant se laver les mains. Lorsque la petite ne regarda pas, Beckett se pencha vers Castle et lui murmura quelque chose. Bien qu'il ne la voie pas vraiment, il pouvait sentir de la joie dans sa voix.

Lorsque la fillette revint à la table, les mains encore toutes mouillées, elle se retrouva face à un ballon violet. Un énorme sourire trancha ses lèvres et elle remercia Castle d'un regard brillant de joie. Beckett s'installa aux côtés de l'écrivain tandis qu'Emma se mettait en face d'eux, son ballon précieusement posé à côté d'elle. Castle s'amusait à la voir jeter quelque coup d'œil à son nouveau jouet gonflable, se rassurant de voir qu'il ne s'était pas envoler.

Après avoir fini son repas, elle demanda si elle pouvait aller jouer et tout deux acceptèrent d'un même mouvement de tête. Mais au bout de quelques instants, la fillette revint, en sueur, pour demander à Beckett si elle voulait bien lui attacher les cheveux, prétextant avoir trop chaud. La jeune femme chercha sur ses poignets de chouchous, qu'elle trouva et fit deux couettes à la fillette qui repartit aussitôt au pas de course. Beckett la regarda jouer dans les jeux avec un sourire tendre, presque rêveur.

- Vous allez avoir du mal à la voir partir, entendit-elle derrière elle.

Elle se tourna vers Castle et son sourire s'effaça légèrement.

- Probablement mais vous aussi.

- C'est vrai.

Elle haussa les sourcils, surprise qu'il avoue aussi facilement sans jouer le caïd.

- Elle me fait penser à vous, ce serait normal que je sois attristé, fit-il alors.

La brunette leva les yeux au ciel, voilà pourquoi il avait avoué si facilement.

- Non sans rire, le fait qu'elle vous ressemble la rend deux fois plus attachante pour moi.

Elle faillit lever les yeux au ciel une seconde fois mais elle croisa le regard sincère de Castle et elle sut qu'il disait la vérité, bien que maladroitement. Beckett lui sourit alors timidement, le remerciant à sa façon et il en fut ravit, à sa façon. Trouvant la situation embarrassante, elle détourna le regard et porta sa paille à sa bouche, aspirant le contenu de son gobelet. Sauf qu'il n'y avait plus rien dans son verre en plastique. Ce qui fit doucement sourire Castle.

Alors qu'il regardait ailleurs, elle lui piqua une frite, puis une autre avant que, d'un geste, rapide, l'écrivain ne lui attrape le poignet, la prenant en flagrant délit. Son air triomphant la fit tout de même sourire mais elle n'était pas fière.

- Je vous avais dis de prendre de grandes frites au lieu des petites, lui rappela-t-il en lui lâchant le poignet.

Il sourit en l'entendant marmonner. Elle fit la surprise en montrant quelque chose du doigt, bien sûr, Castle tomba dans le panneau et Beckett en profita pour prendre d'autres frites.

- Hé !

Elle pouffa en ayant la bouche pleine. L'image d'Emma faisant la même quelques minutes plus tôt s'imposa dans l'esprit de l'écrivain. Son sourire devint énorme.

Quand on parle du loup… On voit les couettes.

Une petite tête brune, aux joues rouges vermillon, vint se rafraichir d'une gorgée de Coca. Les couettes de travers, elle était encore plus adorable. Castle regard discrètement l'heure à sa montre et prévint la fillette qu'il était temps de partir. Elle acquiesça et déclara qu'elle disait au revoir à ses amies. Castle la regarda faire, surprit.

- Quoi ? demanda Beckett.

- Et bien, quand Alexis avait son âge, j'étais obligé d'aller la chercher dans les jeux pour qu'on puisse partir.

Beckett pouffa de rire en imaginant l'écrivain dans ce genre de situation.

La fillette revint quelques instants plus tard, finit son sodas et ramena son plateau jusqu'à la poubelle.

oOoOoOoOo

- Tu veux faire un truc marrant ? demanda Castle à la fillette.

Elle hocha la tête avec un grand sourire. Il lui demanda son ballon et elle le lui donna, sous les yeux interrogateurs de Beckett. Il enleva le nœud du ballon, une fois fait, il le porta à sa bouche et inspira l'air qu'il y avait à l'intérieur. Il l'avala et avec un grand sourire parla avec une drôle de voix. La fillette éclata de rire et Beckett, bien que surprise, sourit de toutes ses dents.

- A moi, à moi ! fit Emma.

- Alors, prend l'extrémité dans ta bouche, voilà. Après, tu inspires l'air qu'il y a à l'intérieur puis l'avale la. Maintenant parle.

- Bonjour, fit-elle la voix complètement déformée.

Ils éclatèrent de rire tout les trois. La fillette tendit le ballon à Beckett. Elle n'osait pas trop le faire mais si ça faisait rire la petite, pourquoi pas. Elle fit exactement pareil et elle parla avec une voix extrêmement aigue. Ils furent tous surpris un instant puis le rire l'emporta rapidement.

Beckett sentit les doigts de Castle se glisser dans sa main, elle se tendit mais avant qu'elle ne dise ou fasse quoi que ce soit, l'écrivain s'élançait déjà vers la voiture, les clés en main, annonçant un fier « C'est moi qui conduit ». Beckett secoua la tête d'amusement bien qu'un peu déçu.

La fillette ne disait plus rien, elle regarda attentivement le lieutenant.

- Quoi ? demanda Beckett en sentant le regard d'Emma sur elle.

Elle regarda Castle faire de grand signe près de la voiture, tel un gamin arrivé le premier. Elle sourit malgré tout. La fillette qui n'avait pas répondu, se rapprocha de Beckett, le regard brillant dans la nuit. Elle attrapa sa main, une lueur de détermination au fond des yeux.

- Tu l'aimes ? lui demanda-t-elle au bout d'un moment.