"Où serait le mérite, si les héros n'avaient jamais peur?"

Alphonse Daudet.

Merci à kalhan03, Solealuna et Sarah d'Émeraude pour vos commentaires ! J'en ai bien besoin =).


Chapitre 9 : Vieille connaissance.

La méritait-il ? Peut être. Mais avait-il le droit d'être l'obstacle qui l'empêchait de devenir heureuse ? Certainement pas… Il n'y pouvait rien, il tenait la place de celui que l'on plaint. Comment avait-il pu prévoir que le cœur qu'il souhaitait conquérir était déjà prit ? Avant même qu'il ne croise son chemin…

C'était ce petit bout de papier qui le lui avait dit. Bien caché sous l'oreiller de son amour, en faisant le lit, il avait dépassé et attiré son attention. Cette lettre qu'elle devait lire tous les soirs pour se faire un peu plus de mal, supposa-t-il. Cette lettre qu'avait fait prendre conscience que son cœur n'avait pas sa place dans le sien, comme il le croyait ou plutôt comme il l'espérait.

Jamais il n'aurait dû apercevoir ce bout de papier, pour le propre bien de la jeune femme et un peu du sien. Ainsi était-il le seul à avoir fermé les yeux sur ce duo improbable qu'ils formaient. Désormais il savait qu'on ne pouvait se damner même les yeux fermés.

Peut-être pouvait-il essayer d'oublier cette foutue lettre. Oublier le fait qu'elle ne lui avait jamais parlé du meurtre de son mentor, apprit grâce à ce bout de papier. Un type bien ou plus intelligent que moi, pensa-t-il.

Le cœur en miette, il cacha la lettre comme il l'avait trouvé, la laissant dépassé un peu trop. Les yeux fixes, il caressait l'oreiller comme il aurait caressé sa joue. Il arrêta son geste doux pour en essuyer les larmes invisibles, pourtant, de longs sillons brûlants coulaient sur ses joues. Il se leva soudainement, ailleurs puis passa sa main sur les draps, effaçant les plis.

Quittant l'appartement, une phrase s'imposa dans son esprit et il pût y lire toute l'ironie de son sort, « If only ».

oOoOoOoOo

- Tiens, j'ai fait ça pour toi hier.

- Oh, un dessin ! s'exclama Castle.

Il fut surprit par le coup de crayon qu'avait la fillette, pour son âge elle dessinait extrêmement bien. Il y voyait distinctement deux personnes, elles se tenaient l'une en face de l'autre, les yeux dans les yeux et souriaient discrètement, amoureux. Ces deux personnages avaient les traits de ceux des mangas, bien qu'un peu moins bien fait. L'un était une fille, les cheveux longs, bouclés et brun, une silhouette fine et des jambes interminables.

Beckett.

L'autre était un homme, grand lui-aussi, les cheveux courts avec cette fameuse mèche qui tombait légèrement sur son front. Il semblait sourire plus que la jeune femme. Paumes contre paumes et face à face, ses doigts dépassaient les siens de quelque millimètres. Dans un costume élégant, il était légèrement plus grand qu'elle.

Moi.

Castle releva les yeux vers la fillette, surprit par ce qu'il découvrait. Emma lui sourit grandement, visiblement, le message était passé. Il regarda le dessin une nouvelle fois jusqu'à ce que ses lèvres s'étirent elles-aussi.

Elle et moi.

Mais un petit personnage au deuxième plan attira son attention. Rick ouvrit grand les yeux et… Non ! Il explosa de rire.

- Je présume que tu as rencontré Josh !

- Ouais, fit-elle en faisant la moue.

L'écrivain s'arrêta de rire et observa plus attentivement la fillette.

- Quoi ? Il ne te plaît pas ?

- Il est… Trop parfait.

- Un homme fait pour Beckett, conclut-il, ce n'est pas pour rien que son cœur l'a choisit lui.

Au lieu de moi.

- Non ! s'exclama Emma, sa raison a choisit Josh.

- Et son cœur ?

- Il… Il hésite, bégaya-t-elle. Je crois.

Castle n'insista pas. Mais la flamme inépuisable qu'était son espoir se raviva. Beckett fit son entrée à ce moment là dans la salle de repos, son manteau déjà sur le dos et toutes ses affaires en mains. Elle était prête à partir pour la prison.

oOoOoOoOo

- Lieutenant Beckett, j'aimerai voir Kyle Mayer, s'annonça-t-elle.

Le policier se chargea de les accompagner jusqu'au point de « rendez-vous ». Kyle Mayer attendait, les mains jointes devant lui, anxieux. Il se leva soudainement pour crier contre l'homme qui les avait accompagné, demandant ce qu'il faisait ici. Lorsqu'il croisa le regard de Beckett, des flashs le frappèrent de plein fouet. Kate, resta plantée sur le pas de la porte.

- Vous, firent-ils.

La jeune détective ferma que temporairement les paupières, un autre passé la rattrapait, doucement pour bientôt la ronger.

- Kyle Mayer, hein ? fit-elle, impassible. Vous avez changé de nom ? Il fait… gentil.

- N'est-ce pas ? Mais comme vous le voyez, on ne change pas une équipe qui gagne.

- En effet, vous êtes de nouveau derrière les barreaux.

- Votre perspicacité ne vous a pas quitté lieutenant Beckett, ironisa le détenu.

Castle était totalement largué, il ne comprenait plus rien.

- Et Sorenson, comment va-t-il ? Vous êtes toujours… ? Nan ! s'amusa « Kyle » en posant son menton dans sa main.

Beckett semblait imploser, pour contenir sa colère, elle tira brusquement sa chaise et s'assit dessus tout en « douceur ». Les nuages commencèrent à se disperser, Castle comprenait la colère de sa partenaire et prit place à ses côtés. Kyle sembla s'attarder sur lui.

- Et lui, qui c'est ? demanda se dernier à Beckett. Un nouveau boyfriend ?

Il posa ses mains liées par des chaînes sur la table, un sourire fier aux lèvres. Il connaissait bien Beckett, ils étaient en quelque sorte lié par le passé, lui y était le coupable, le démon, le mal elle, elle était celle qui avait voulu tout arranger pour finalement devenir petit à petit la victime. Elle était le flic, il était le meurtrier qu'elle avait pourchassé et mit en prison.

Malgré le fait qu'il soit un véritable enfoiré, il sentait le malaise qui habitait le lieutenant Beckett. Il lui sourit doucement et tenta de lui attraper les mains qu'elle retira rapidement.

- Vous savez, je n'ai jamais voulu lui faire une chose pareille, lieutenant Beckett. Il était si jeune…

- La ferme Broderick ou plutôt devrai-je dire Mayer ? Tu va me dire tout ce que tu sais sur une certaine Emma Mayer.

Son sourire s'agrandit et il fit mine de réfléchir. Castle sembla

- Je ne la connais pas, qui c'est ? Elle est mignonne ?

- Un peu qu'elle est mignonne, difficile de ne pas l'être à neuf ans.

- Mais, c'est une gamine ! Beckett, qu'est-ce qu'une fillette vient faire dans ton enquête ?

Castle tilta sur le tutoiement que venait d'employer Broderick à l'égard de Beckett. Ce qui le surprit le plus, ce fut le manque de réaction de sa coéquipière comme si cela était normal. Qu'est-ce qui pouvait bien lier ces deux personnes ? Quelle pièce du puzzle que constituait le passé de Kate lui manquait-il ? Peut être celle-ci, peut être la plus sombre, la plus douloureuse, la plus inoubliable, la plus difficile à vivre, la plus traumatisante… Mais la connaissait-il vraiment ou le supposait-il ?

Beckett semblait une véritable inconnue simplement croisée dans la rue pour l'écrivain. Des centaines de questions le troublaient. Des réponses qu'il ne voulait peut être pas entendre le tourmentaient.

- Arrête de jouer avec moi, trancha Beckett, dis-moi si tu connais un Mayer !

- Aïe, arrête de crier, veux-tu ? s'écria-t-il en se tenant une oreille. Je… Ca concerne surtout le père de la petite, Kyle Mayer donc…

- Tu lui as pris son nom ? s'offusqua la jeune femme.

- Emprunté. Et laisse-moi finir.

Il expliqua tout au lieutenant qu'il connaissait depuis maintenant cinq ans. Il lui dit tout, ou presque. On avait commandité le meurtre de Kyle Mayer, c'était Broderick l'assassin. Il s'était approprier le nom pour qu'on ne puisse pas remonter jusqu'à lui, sachant que son « boss » ne le couvrait plus, il fallait qu'il se démerde lui avait-il dit. Il s'était occupé de la fille de Kyle qui n'avait seulement sept ans. Mais elle comprenait très bien ce qui se passait après n'avoir eu aucune réponse à « Il est où mon papa ? ».

- Il l'aimait sa gosse, précisa-t-il d'un léger sourire mélancolique. Je m'en suis voulu de l'avoir tuer après l'avoir découverte dans sa voiture, son doudou dans les bras. Elle était si innocente, si fragile. Elle me faisait penser à un oiseau blessé qui n'osait plus sortir de son nid. Je lui ai dit que tout se passerait bien, qu'il ne pouvait rien lui arriver. Je suppose que je lui ai menti.

Il fit une légère pause pour regarder le vigile qui lui rappelait où il était et ce qu'il avait commis. Il sourit tristement. Il voulu dire à Beckett qu'il n'avait jamais souhaité infliger de la peine à une si petite fille, jamais accepté le fait qu'il lui avait retiré son père mais il la connaissait assez pour savoir qu'elle ne le blâmerait pas. C'était de sa faute si Emma avait été ballotée de famille en famille, si elle n'avait jamais pu revoir le sourire tendre de son père. Il était à peu près sûr qu'elle ne se souvenait plus de la couleur de ses yeux, de sa peau, de son visage peut être.

La première fois qu'il aperçut quelqu'un le suivre, il crut au hasard et n'y pensa plus. Puis ça devint de plus en plus fréquent, beaucoup plus visible. Il eut peur et partit. Laissant la fillette dans une famille d'accueil, lui disant que tout irait bien et qu'il revenait la chercher. Elle n'avait pas versé une larme mais la lueur de gaité qu'animait ses si jolis yeux avait disparue, laissant place au doute. Il lui avait mimé un baiser envolé et elle l'avait attrapé au vol sans grande conviction. Il lut alors dans ses yeux qu'elle avait comprit. Et lui venait de se rendre compte que le seul être humain sur terre qui l'aimait aurait le détester. Il ne pouvait s'attribuer son admiration, il ne la méritait pas, en aucun cas.

Il était alors partit se dénoncer au lieutenant qui s'occupait de l'affaire et désormais il se trouvait ici pour encore un certain nombre d'années.

Rien ne pouvait effacer le regard triste qu'elle avait posé sur lui avant qu'il ne détourne les yeux, peut être pour toujours. « Babo » avait-il deviné sur ses lèvres, tel un murmure, une supplique. C'était le surnom qu'elle avait choisit pour lui, il ne connaissait pas la signification mais la connotation lui plaisait. Son père lui disait « N'oublie pas ta veste », lui disait « N'oublie pas d'être heureuse ».

Il lui avait dit qu'il partait pour la protéger, elle lui avait répondu qu'elle préférait mourir que de le voir s'en aller, avec toute l'innocence dont elle était capable. La culpabilité l'avait envahit et il fut a deux doigts de tout lui raconter, de briser le rêve qu'elle vivait depuis que son père était mort. De lever les petits mouchoirs qui couvraient toute cette sombre affaire. Amèrement, il rappela à Beckett qu'il avait enlevé et tué un jeune garçon d'environ huit ans.

- Tu avais les cheveux courts à l'époque, murmura-t-il à la jeune femme.

Soudainement, les yeux qui voulaient en savoir toujours plus s'agrandirent. Il venait tout juste de faire le lien. Il regarda Beckett qui faisait de son mieux pour oublier ce que Roderick venait de dire. Cinq ans de cela, Beckett et Sorenson s'était lié pour une affaire d'enlèvement, elle avait dit à l'écrivain qu'il avait retrouvé le tueur mais l'enfant…

- Je voulais pas, Beckett, je…

- On m'a envoyé son cœur Rode ! Celui d'un gamin de huit ans ! explosa-t-elle.

- C'était soit ça, soit ma mort ! cria-t-il à son tour.

- Vraiment ? Tu n'aurais jamais fait un choix aussi stupide, je te connais !

- D'où me connais-tu, Kate ? De deux heures en salle d'interrogatoire ? Plus les quelques jours où tu es venu me voir en prison pour avoir plus d'information ?

- Ca ne tenait pas la route cette histoire !

- Tu l'as provoqué, Beckett, il a voulu te faire peur mais tu t'en foutais comme de ta première tétine ! Il t'a prévenu mais tu n'as rien voulu entendre alors tu as ce que tu voulais.

- J'ai reçu son cœur dans un colis, Rode, comment voulais-tu que j'arrête de chercher ? Je voulais juste mettre en prison cet enfoiré. Je…

- Je te comprends, j'aimerai l'arrêter mais je n'ai jamais vu son visage Beckett, il faut que tu oublie, lui dit-il doucement en posant une main sur la sienne. Ou c'est toi qui y passeras.

Castle se tendit à se contact, pensant que c'était les dernières minutes que vivaient Roderick. Mais rien ne se passa, Beckett refoulait toutes les émotions qui s'emparaient d'elle. Après tout, cela faisait plus de cinq ans qu'elle vivait avec la vision du cœur de ce petit garçon dans les mains. Il n'avait jamais retrouvé son cœur, d'une certaine manière, elle « préférait ». Elle avait pensé que les parents ne supporteraient pas une telle vision de leur fils. Et elle non plus…

- Je l'arrêterai, se buta-t-elle. Je lui ferai payer, je te le jure Rode, il va le regretter.

Il soupira, vidé mais se contenta d'hocher lentement la tête, ne surtout pas la contrarier lorsqu'elle est dans cet état, c'est ce qu'il avait apprit.

- Je saurai que c'est lui dès la première seconde où je le verrai, continua-t-elle, le regard absent. Et seulement après, je lui tirai une balle dans la tête, je…

Castle posa une main sur son épaule, l'arrêtant dans sa lancée. Elle lâcha toute l'air que contenaient ses poumons et ferma doucement les yeux pour les ouvrir brusquement puis se lever. Elle appela le vigile qui vint lui ouvrir. Castle alla faire de même lorsque Roderick le rattrapa par le chemise, le plaquant presque sur la table. Il lui murmurant quelque chose que Beckett ne put entendre. Du coin de l'œil, elle les regarda faire, silencieuse.

La jeune femme ouvrit la porte pour sortir lorsqu'un murmure la retint. Elle ne se retourna même pas.

- Je pourrai la voir ? Hein, dis-moi que tu vas me l'amener ? supplia-t-il. Je lui dirai toute la vérité et…

- Et quoi ? Ce sera à moi de recoller les morceaux ? A moi de lu dire que tout ira bien, qu'elle n'aura plus rien à craindre ?

Il baissa la tête, honteux mais Becket n'avait pas terminé.

- Je te l'amènerai, promit-elle, elle a le droit de connaître la vérité mais je t'en supplie, ne fait pas disparaître cette lueur de malice qu'elle a mit tant de mal à retrouver dans ses yeux.

- Je t'en prie, dis-lui de ne pas oublier d'être heureuse.

Elle laissa l'homme de marbre pleurer en silence et s'élança dans le grand couloir de la prison pour, l'espérait-elle, ne plus revenir avant longtemps. Dans les propos de la jeune femme, il venait de comprendre que la fillette avait oublié.

oOoOoOoOo

Beckett était rentrée chez elle, elle avait demandé congé auprès de son supérieur. Elle lui avait tout dit d'une voix qui n'autorisait aucun refus de sa part, une voix qui suppliait de la laisser partir. L'envie de pleurer ne c'était pas faite ressentir une seule fois pourtant les images affluèrent devant ses yeux lorsqu'ils étaient clos.

Josh l'avait prévenu sur son répondeur qu'il était partit en Afrique et qu'il l'embrassait très fort. Peut être en avait-elle besoin seulement maintenant de ses baisers, peut être voulait-elle une nouvelle fois oublier dans ses bras mais il n'était pas là.

Un vide immense se fit dans son cœur et elle décida de le combler en se préparant à manger.

Faire quelque chose. N'importe quoi mais quelque chose.

Elle se mit à couper des pommes de terre se demandant ce qu'elle pourrait manger avec. Le regard absent, elle ne vit pas le couteau déraper et entailler profondément son doigt. Elle poussa un léger cri et regarda le sang couler sans faire quoi que ce soit pour l'arrêter. Alors elle se dit qu'elle avait une excuse pour pleurer, elle le fit sans aucune honte, regardant toujours le sang s'éparpiller sur le plan de travail de sa cuisine.

Elle lança le couteau de toutes ses forces, envahit par une haine incontrôlable. Elle prit un torchon pour s'essuyer le doigt en sang et poussa un léger cri lorsque le tissu toucha la plaie. Elle fila dans la salle de bain pour se nettoyer. Son regard passa rapidement sur le miroir mais le reflet qu'il lui renvoya lui fit peur. Elle était extrêmement cernée, les cheveux en bataille, les yeux au bord des larmes. Elle ne s'accepta pas et donna un coup de poing dans le miroir qui explosa sous la force pourtant désespérée. Elle hurla de rage, les morceaux de verre profondément enfoncés dans sa main ne lui firent aucune douleur. Elle ne sentait plus rien, à part peut être l'horrible souffrance qui l'habitait, venant de faire voler son cœur en éclat.

Emma n'était pas là, elle devait probablement dormir profondément en ce moment même. Chez Castle. Il était l'épaule sur laquelle elle pouvait se reposer, voir pleurer. Il avait un cœur pour deux. Il était toujours là pour l'aider, toujours là pour lui remonter le moral, toujours là pour la rassurer.

Toujours là pour recoller les morceaux, mais, cette fois, y arrivera-t-il ?

oOoOoOoOo

Castle caressa d'un geste tendre les cheveux d'Emma qui dormait à poing fermé. Il se leva et sortit de la chambre, laissant la fillette. Sur le pas de la porte, il soupira longuement et ferma les yeux. Dur journée que Beckett n'avait pu terminer. Il s'inquiétait, peut être un peu trop mais il avait un mauvais pressentiment.

Au rez-de-chaussée, il attrapa son téléphone pour envoyer un message à Beckett, lui demandant si tout allait bien, si elle avait besoin de lui indirectement. Elle lui répondait toujours, même au beau milieu de la nuit. Mais au bout d'une heure, il n'eut aucune réponse, son cœur commença à se serrer imperceptiblement.

Deux heures plus tard, toujours rien. La peur lui retournait l'estomac. Il se leva du canapé, tremblant et attrapa une veste légère. Il griffonna un mot à l'égard de sa mère et de sa fille s'il devait revenir seulement le lendemain. Une fois dehors, il héla un taxi qui l'emmena chez sa partenaire qui avait plus que jamais besoin de lui.

oOoOoOoOo

Castle frappa à sa porte mais au bout de quelques minutes, personne ne vint. Les sourcils froncés, il ouvrit doucement la porte qui, étrangement, n'émit aucune résistance. L'appartement était plongé dans le noir. A tâtons, il chercha l'interrupteur qu'il enclencha.

Il resta figé sur place. Son cœur sauta dans sa poitrine pour s'échapper par ses lèvres. Beckett n'était pas dans la pièce mais tout était sans dessus dessous. Des coussins arrachés, des plumes virevoltaient encore. Du verre, partout. Et des gouttelettes de sang.

Il posa toutes ses affaires dans l'entrée et monta le plus rapidement à l'étage. Des cris, des pleurs, des poings frappant désespérément les murs. Il ne pouvait entendre tout ça. Ces bruits s'échappaient timidement de la chambre de la jeune femme. Il ouvrit la porte rapidement, complètement anéantit mais le regard qu'il croisa, complètement vide, lui fit froid dans le dos, faisant exploser son cœur en millier de morceau qui partirent se mélanger aux bouts de verre et au sang.

Beckett avait les yeux noirs, son maquillage avait coulé, montrant la couleur de la souffrance qui l'habitait et animait ses membres. Elle semblait si frêle qu'il tenta un pas en avant. Elle serra les poings et il vit sa main en sang.

- Kate, murmura-t-il.

Elle sursauta, se rappelant de son nom, se rappelant que c'était elle dans le reflet de la glace mais plus cette jeune adulte après la mort de sa mère. Haineuse, elle sauta sur Castle et le plaqua à terre. Surprit, il grogna lorsque sa tête frappa lourdement sur la moquette. Il réussit à se protéger des coups que lui portaient Beckett au visage. Elle n'y mettait aucune conviction tel un acte désespéré qu'il le suppliait d'arrêter.

Elle pleurait, elle ne faisait que ça. Elle avait peur, en tremblant presque. Au dessus de l'écrivain, elle continuait de le frapper avec toute la détresse du monde. Elle ne parlait pas, ses yeux vitreux le faisaient pour elle.

Castle réussit à faire pivoter Beckett sous lui, elle se laissa faire, lasse de se battre. Il bloqua ses mains en les maintenant fermement contre la moquette. La poitrine de la jeune femme se soulevait dans un rythme effréné. Elle hurla toute sa haine. Le cœur en miette, Castle lui caressa les cheveux doucement, lui murmurant que tout irait bien, qu'il était là. Il était toujours là même lorsqu'il était à des milliers de kilomètres l'un de l'autre. C'était de lui dont elle avait besoin, pas d'un homme qui partait pendant quinze jours, la laissant seule pour combattre ses démons.

Elle pleura encore et encore, tentant de se cacher le visage de ses mains emprisonnées. Elle voulait que tout s'arrête, elle ne voulait plus souffrir. Sur la moquette, les larmes se mélangèrent au sang. Elle réussit à se libérer une main et caressa doucement le visage de Castle, lui murmurant qu'elle était désolée, qu'il n'aurait jamais dû la voir dans cet état.

L'écrivain se releva et elle eut peur, tentant de l'appeler, ses lèvres se mirent à trembler puis ses pleurs redoublèrent. Elle sentit alors un bras passer derrière sa tête, l'autre sous ses jambes nues. Castle la souleva facilement et voulu la poser sur son lit. Le matelas n'était plus à sa place initial mais au sol se demandant probablement se qu'il lui arrivait.

Il sortit alors de la chambre et descendit pour s'installer sur le canapé. La vision de son appartement dans un tel état la fit trembler et elle pleura un peu plus. Comment faisait-elle pour avoir encore de l'eau dans son organisme avec toutes les larmes qui avaient coulé ? Elle ferma les yeux, pensant qu'elles s'arrêteraient de brûler ses joues.

Elle gigota dans ses bras, voulant descendre. Ses pieds touchèrent le sol doucement, de peur qu'elle ne tombe. Croyant qu'elle voulait être seule, Castle se recula légèrement mais Beckett se retourna lentement vers lui. La vision de son visage encore marqué par tant de souffrance lui faisait mal. Elle pleurait encore, il était à peu près sûr qu'elle ne s'en rendait même plus compte.

Elle fit un pas en avant, les morceaux de verre s'enfonçaient un peu plus dans ses pieds nus mais elle n'était plus à une douleur près. Tremblante, elle passa ses bras autour de sa nuque et enfouit sa tête dans son coup pour étouffer un gros sanglot. Elle sentit ses bras entourer son corps frêle et ferma les yeux de toutes ses forces.

- Je vais tout vous expliquer, Castle, murmura-t-elle d'une voix faible.

Il acquiesça silencieusement.

- Laissez-moi d'abord soigner votre main, elle fait peur à voir.

Elle pensa que toute entière, elle faisait peur à voir.

- Vous m'expliquerez pendant que je vous soignerai, murmura-t-il.

- Hum, hum, fit-elle en sentant les larmes remonter pour un rien.

Il la souleva jusqu'au canapé et l'installa confortablement. Il alla chercher tout se dont il avait besoin pour la soigner et s'installa à ses côtés.

- C'était il y a cinq ans, commença-t-elle.


Respirez, Beckett ne va pas se jeter sur vous =D

Vous ne me détestez pas trop ? x)