"Le mensonge n'est bon à rien, puisqu'il ne trompe qu'une fois."
Napoléon Bonaparte.
Chapitre 11 : Les yeux fermés.
Lorsqu'elle releva la tête pour croiser son regard, une petite voix dans sa tête lui murmura de ne pas le faire, alors, elle n'en fit rien. Sa main blessée la lançait au même rythme que ses battements de cœur. Castle avait retiré un à un les morceaux de verre profondément enfouit dans sa chair, lui tirant quelques grimaces de douleur pendant son récit.
Dites quelque chose Castle, le supplia-t-elle.
Mais il n'en fit rien, ses yeux étaient posés sur le bandage qu'il finissait, il semblait même ne pas s'être rendu compte du silence qui avait envahit la pièce. Elle le voyait s'acharner sur le bandage qu'il n'arrivait pas à faire tenir, perçant un soupir d'exaspération de sa part.
Il était secoué, elle le savait.
Arrête sa main. Lui disait une voix tandis qu'une autre, celle de la peur, lui murmurait le contraire.
Sentant les doigts de l'écrivain devenir moites et trembler légèrement, le cœur l'emporta sur la raison. Pour une fois, murmura cette voix.
- Castle, fit-elle d'une voix incroyablement douce.
Il s'arrêta alors et leva les yeux vers la jeune femme qui le toisait d'un regard adoucit. Elle ne put rien y lire puisqu'il n'y avait rien.
- Je n'aurai jamais dû vous demandez de me raconter, Beckett, lui dit-il alors.
- Pourquoi ? En parler m'a fait du bien.
Mais mal à moi, pensa-t-il un instant. Puis il se traita d'égoïste. La parole avait été le seul moyen à Beckett de se libérer du démon qu'il connaissait à peine. Pour elle, pour ne plus qu'elle pleure, pour ne plus qu'elle souffre, il devait tout supporter.
Pour elle.
Même le regard en coin malheureux qu'elle lui adressait.
- Je suis désolée Beckett mais votre histoire est…
Il laissa sa phrase en suspend. Pour un écrivain, il perdait rapidement ses mots… Lorsqu'il sentit l'emprise de sa main autour de son poignet se faire plus douce, il lâcha l'air trop longtemps contenu dans ses poumons.
Soudainement, le manque de sommeil se fit ressentir et ses paupières devinrent anormalement lourdes. Il jeta un rapide coup d'œil à l'appartement de Beckett qui ne ressemblait plus à grand-chose. Il avait envie de l'aider à tout ranger, à panser ses blessures de rester même peut être cette nuit mais il ne pouvait pas et le savoir lui faisait mal.
Ce n'était pas son rôle. C'était celui de Josh.
Mais il s'avait que ce rôle, il le tenait, et ce, depuis maintenant trois ans, Josh ou non.
- Je vais vous laisser, Beckett. Vous devez vous reposer.
Il se leva et elle fit de même, tentant par un quelconque moyen de le retenir un peu près d'elle.
- Je ne veux pas rester seule, Castle, pas cette nuit.
Pas sans vous, faillit-elle continuer.
- Appelez Josh, je suis sûr qu'il comprendra et viendra vous tenir compagnie.
Une lame s'enfonçant dans ses entrailles auraient probablement été moins douloureux. Elle voulait hurler que c'était de lui dont elle avait besoin cette nuit et non de Josh. Elle sentit la colère percer petit à petit sa carapace déjà fragile. Beckett leva des yeux brillant vers Castle.
- Il ne comprendra pas, Castle, tout simplement parce que je ne lui ai jamais dis, commença-t-elle, les mains crispées sur ses cuisses.
Un coup de massue pour Castle et une légère larme pour Beckett.
- Que… Quoi ? bégaya-t-il. Pourquoi ? Il est votre petit-ami, Kate.
Tiens, Kate est revenue…
- Je ne saurais pas vous dire pourquoi Castle, car moi-même je ne sais pas, marmonna-t-elle.
Il ouvrit la bouche mais elle le coupa immédiatement :
- Ne cherchez pas à comprendre, Castle, s'il vous plaît.
Il ne fit rien mais la regardait avec les sourcils froncés. Lorsqu'elle osa un regard vers lui pour se concentrer sur un point invisible ensuite, il sut. Elle ne lui avait pas tout raconté et c'était là le secret qu'elle tentait de cacher.
- Kate, commença-t-il en faisant un pas vers elle.
Elle se braqua, il savait, il avait deviné. Comme toujours, finalement. Alors elle tenta le tout pour le tout, s'il devait savoir, il l'apprendrait de sa bouche.
- J'ai voulu mettre fin à mes jours, Castle, fit-elle d'une si petite voix.
Il reçu comme une gifle mais n'arrêta en rien son chemin jusqu'à ce désespoir immense qui survivait miraculeusement sous ses yeux.
- Mais avant d'avoir pu faire quoique ce soit, Will m'a vu et m'a hurlé de ne pas faire cette connerie.
Elle se tenait un bras, sa main à la hauteur de son coude et regardait sur le côté, mettant son jolie visage de profil. Laissant Castle entrevoir sa douleur que d'un seul œil.
- Je…, sa voix s'étrangla dans sa gorge sous l'émotion ravivée par ces souvenirs. Je l'ai menacé avec mon arme, le doigt sur la détente. Il m'a parlé. Longtemps. Puis il m'a ordonné de fermer les yeux… Et j'ai vu.
Il déglutit avant de prononcer d'une voix mal contrôlée :
- Qu'avez-vous vu ?
- L'espoir.
Elle tourna la tête vers lui et plongea enfin ses yeux dans les siens.
- Cette source inépuisable. Je croyais l'avoir perdu mais non. Elle m'a murmuré de ne rien faire et je l'ai cru.
Elle se revoyait encore, assise maladroitement sur les genoux, ses cheveux pendouillant devant ses yeux, sa main lasse emprisonnant son arme sur ses cuisses et le goût acide des larmes coulant sur ses joues.
Alors, elle donna la même scène à Castle. Il la vit flancher mais n'eut pas le temps d'amorcer un pas qu'elle s'écroulait au sol, dans la même posture qu'il y a cinq ans.
Il se précipita à ses côtés et la prit des ses bras se foutant des morceaux de verre ici et là. Il voulait simplement qu'elle arrête de pleurer, de souffrir.
Il serait fort…
Pour elle.
- Hanna avait finalement raison, murmura-t-elle au creux de ses bras, les yeux clos.
Elle laissa sa tête frotter le menton rugueux de Castle avant de continuer :
- On y voit plus clair les yeux fermés…
oOoOoOoOo
- Je peux vous poser une question ? demanda Castle qui voyait Beckett se diriger lentement vers sa chambre.
- En dehors de celle là, vous voulez dire ? s'amusa-t-elle.
Il prit cette réponse pour un oui et continua :
- Pourquoi semblez-vous si proche de James Roderick ?
Il la vit réfléchir à la réponse qu'elle allait lui donner puis se tourna pour lui faire face.
- J'ai toujours su qu'il n'y était pour rien, que c'était qu'un simple chantage de la pars de son « patron » - comme il l'aime bien l'appeler - mais je n'ai jamais pu le prouver, lui-même me le cache.
Castle se plongea un instant dans ses pensées, croyant Beckett plus que les preuves.
- La manière dont il a de raconter son départ auprès d'Emma ne ressemble pas au comportement d'un tueur d'enfant.
- C'est justement ce que je pensais, acquiesça Castle.
- Je venais tous les jours le voir pour en savoir plus puis je me suis surprise à commencer à l'apprécier, lui aussi. Nos longs moments de silence se transformaient en vestige de sourire et ne semblaient plus si pesant.
Castle sourit. Elle ne lui dit pas qu'elle savait que Roderick était amoureux d'elle, les yeux qui pétillent ne trompent personne. Au fil du temps, James regardait plus ses lèvres que son sourire en lui-même.
Le silence se fit, les deux partenaires plongés dans leur pensée puis Beckett lui fit un timide sourire.
- Je vais me coucher, prévenez-moi s'il y a le moindre problème.
Il hocha la tête et lui rendit son sourire, bien qu'un peu plus sûr de lui. Alors qu'elle s'éloignait, il plaça deux oreillers dans son dos et fixa le plafond, ses mains jointes sur son ventre. Il faisait tourner ses pouces, cherchant le sommeil qui ne venait pas.
Il chanta quelques chansons puis se rabattit à compter les moutons. Frustré, il se leva et parcourra l'appartement. Il ne sut dire comment il se retrouva près d'une porte entrouverte, devinant qu'il s'agissait de la chambre de sa muse. Il l'ouvrit un peu plus, souhaitant savoir à quoi elle ressemblait lorsqu'elle dormait. Si elle était plus belle ou plus enfantine.
La lumière de la lune courra sur son visage paisible, la rendant encore plus belle, puis se mit à danser, la rendant enfantine. Il sourit puis parcourra son visage des yeux, souhaitant imprimer cette scène dans son esprit.
Lorsque la jeune femme se releva dans son lit, les yeux grands ouverts, il se figea, pensant ne pas être vu. Elle rit légèrement en voyant sa main ouverte mais crispée près de la poignée et ses yeux figés, il n'osait plus faire un geste.
- On va dire que vous ne m'avez pas vu, d'accord ? fit Castle.
Elle leva les yeux au plafond, réprimant un sourire.
- Je ne dormais pas, voulut-elle préciser.
- Pourtant…
- Je faisais semblant, coupa-t-elle, je ne pensais pas que vous resteriez si longtemps à me regarder.
Il détourna les yeux et fit une légère grimace qui la fit sourire.
- C'est mignon, murmura-t-elle alors.
Le regard toujours ailleurs, un sourire rassuré titilla ses lèvres.
- Vraiment ? demanda-t-il.
- Vraiment, acquiesça-t-elle.
Il laissa enfin son sourire parcourir ses lèvres.
- Bonne nuit Beckett, fit-il en faisant un geste pour fermer la porte.
- Castle ! le rappela-t-elle, hésitante.
Il rouvrit la porte, passant sa tête dans l'embrasure.
- Je n'arrive pas à dormir… Vous pourriez… Rester ?
Elle regardait autour d'elle, évitant l'objet de sa honte. Ce fut à son tour de la trouver mignonne. Il s'approcha du côté qu'elle n'occupait pas puis, se coucha à ses côtés. Le froissement des draps était le seul bruit qui brisait le silence de la pièce.
- Bonne nuit Kate, fit-il en fermant les yeux.
- Bonne nuit Castle, répondit-elle en faisant de même.
Il l'entendit bouger et lorsqu'il sentit son soupir de bien être lever sa mèche, il sut qu'elle lui faisait face. Les paupières closes, il voyait les courbes de son corps allongé sur le côté se dessiner sous ses yeux et c'est ainsi qu'il s'endormit, un sourire au coin des lèvres.
Il eût aussi une dernière pensé pour Hanna, ayant enfin la preuve qu'elle avait raison…
oOoOoOoOo
- Kate ! hurla Emma avant de se précipiter dans ses bras.
Beckett se baissa et attrapa la fillette au vol.
- Tu vas bien ? Hier tu ne semblais pas au mieux de ta forme.
- Tout va bien, Emma, c'est passé maintenant. Un petit coup de mou, ce n'est rien, la rassura-t-elle en jetant un regard plein de remerciement à Castle.
Il se contenta de lui sourire, heureux d'avoir pu l'aider, d'avoir sécher ses larmes et d'avoir pu être l'épaule sur laquelle elle pouvait pleurer.
Elle prit la petite main fraîche d'Emma dans la sienne et ils partirent ainsi au commissariat, souhaitant interroger la fillette.
Beckett priait de tout son cœur qu'Emma leur donne des informations, ainsi, elle n'aurait pas rouvert ses propres blessures pour le plaisir de souffrir…
oOoOoOoOo
- Il m'a dit que je ne devais rien dire, se buta Emma.
- Il le faut Emma, tu dois nous dire ce que tu sais ! s'impatienta Beckett en haussant la voix.
La fillette se braqua immédiatement et joua avec ses doigts, se renfermant sur elle-même. La jeune femme poussa un profond soupire avant de se passer une main tremblante sur le visage.
- Très bien, trancha Beckett avec le visage fermé, on va t'emmener le voir pour qu'il te donne son autorisation.
- Non, hurla la fillette, des larmes pleins les yeux, il ne faut pas… Il ne veut pas !
- Pourquoi ?
- Il m'a dit que c'était pour mon bien, pour me protéger, que je devais tenir cette promesse coûte que coûte que je ne devais jamais essayer de le retrouver.
- Pourquoi ça, Emma ? se radoucit Beckett.
- Si je parle, on va le tuer.
La fillette éclata en sanglot et se couvrit le visage avec ses mains, honteuse de craquer maintenant alors qu'elle avait tenu son rôle à merveille jusqu'à maintenant. Beckett la prit doucement dans ses bras, la berçant.
- Tout va bien se passer, Emma.
La fillette se retira de l'étreinte du lieutenant brusquement puis hurla :
- Non, tout ne vas pas bien se passer ! Il avait tout organisé ! Des parents violents, des bleus fait par mon « père adoptif » pour rendre plus vrai. Il savait que j'étais en danger, il me l'a dit, il m'a prévenu de son plan pour me protéger et j'ai accepté.
Beckett tombait des nus.
- Alors, tout ça a été manigancé ? Tes « parents » violents, les coups qu'ils te « portaient ».
- Tout, sauf leur mort. Mike, mon faux père adoptif, commençait à prendre du plaisir aux coups qu'il me donnait, il n'arrivait plus à respecter ses limites. Je n'avais plus de nouvelle de James déjà et je savais qu'il ne fallait pas que je le prévienne.
Beckett perçu un éclair de douleur dans les yeux de la fillette. Son incroyable maturité la surprenait qu'à moitié. Un instant, elle aurait cru entendre Alexis parler.
- C'est Mike qui a tué sa femme, en la poussant contre le mur et c'est le boss qui a tué Mike, celui qui a essayé de m'enlever.
- Le boss ? questionna Beckett, les sourcils froncés.
- C'est comme ça qu'il l'appelait. Ou « tu-sais-qui ». Ca faisait beaucoup rire James quand on l'appelait comme ça. Alors, il c'est amusé à le surnommer Voldemort.
Il n'eut aucun sourire dans la pièce. Le rire, encore moins. Beckett avait espérer un instant voir les lèvres d'Emma se soulever doucement mais rien. Elle n'était plus la fillette heureuse de vivre, regardant les escargots traversant les trottoirs, qui lui avait dit cette phrase si jolie et pleine de sens, l'ayant fait réfléchir sur sa relation avec Josh.
- Je veux savoir une chose, Emma.
La fillette la fixa d'un regard sombre, toute ouïe.
- Est-ce que tout était prévu ? Est-ce que tu as joué tout le temps ton rôle ?
Emma hocha lentement la tête, brisant le cœur de la jeune femme en face d'elle.
N'ai confiance en personne et surtout ne t'attache pas, lui avait souvent répété James avant de partir, peut être pour toujours.
- Oui, lieutenant Beckett, j'ai joué la comédie, tout le temps.
Cette dernière se leva, murmurant un « bien » à peine audible et sortit de la salle, son cahier de note en main, le cœur en miette.
Emma ne la suivit pas du regard, la douleur était trop forte. Elle avait faillit tout lâcher lorsqu'elle avait aperçu cette lueur de déception dans le regard de Kate, qu'elle devait maintenant appeler lieutenant Beckett. Elle savait que c'était trop tard.
Ce qu'elle ne savait pas, c'était que Castle l'avait observé derrière la vitre, voyant clairement la petite mentir.
Ce qu'elle ne savait pas, c'était que Castle ferait tout pour qu'elle et Beckett revoient cette leur d'espoir lorsqu'elles fermeront les yeux.
