Et hop ! V'là le new chapitre =D
Merci à Iliana (ze t'aime !), Sarah d'Émeraude, kalhan03 eeeeeeeet Solealuna !
Ce chapitre, je le dédicace à celle qui a commenté touuuuus mes chapitres depuis le début alors que tu les avais déjà lu et commenté sur le fow ! Merci ma grande-soeur d'amuuuur ! =)
Chapitre 13 : Et si ? (première partie).
Bien sûr je te ferai mal.
Bien sûr tu me feras mal.
SAINT-EXUPERY, Lettre à Natalie Paley.
- Pourquoi le lieutenant Beckett ne m'a pas prise chez elle ? demanda Emma.
- Ne joue pas la comédie avec moi Emma, ça ne marche pas, gronda Castle en fixant la jeune fille dans le rétroviseur.
Elle garda le silence quelques instants, regardant par la fenêtre devenue trouble par la pluie.
- Tu lui as fais du mal, elle donnerait tout, même sa propre vie, pour que tu puisses seulement sourire.
Tout ça, elle le savait déjà mais la fillette souffrait d'autant plus en infligeant ces blessures à la femme qu'elle considérait comme… Elle ne le savait même pas. Elle fixa Rick dans le petit miroir intérieur.
- Je sais, murmura-t-elle enfin. Et je ne l'ai jamais voulu mais…
- Je comprends, la coupa-t-il dans un léger sourire. Tu lui feras néanmoins tes excuses.
La fillette hocha la tête, légèrement rassurée et reporta son attention sur la fenêtre où les gouttelettes se battaient pour résister en vent qui les entraînait. Elle sentit une bouffée d'air chaud venant de ses poumons lui brûler la gorge. Alors seulement, elle eut envie de hurler. De sortir de la voiture en marche et de courir à en perdre haleine sous la pluie. Pour se sentir… en vie.
- Rick, arrête la voiture s'il te plaît.
- Quoi ? s'étonna-t-il.
- Arrête juste la voiture, répéta-t-elle en se détachant.
Il fit ce qu'elle lui demanda et ne fut assez rapide pour la retenir. La fillette ouvrit sa portière et comme rêvé un peu plus tôt, elle couru si vite que le vent faisait virevolter ses cheveux détachés. Opposée à ce dernier, sa capuche claquait de temps à autre contre l'arrière de son crâne.
- Emma ! hurla-t-il.
Mais elle ne l'écoutait pas ou plus. Tout ce qui lui importait c'était sentir le vent la soulever au fur et à mesure qu'elle avançait et s'enfonçait dans Central Park. Il lui courait après, hurlant son prénom, demandant désespérément aux passants d'arrêter la fillette qui lui échappait.
Comme si son esprit l'abandonnait lui-aussi, il se souvint qu'Emma était surentraînée et sa spécialité était de se fondre dans la masse pour se faire oublier. Il la voyait sauter au-dessus des bancs, marchant sur leurs dossiers comme le ferait une gymnaste sur une poutre. Courant ainsi, il la voyait renaître.
Castle s'arrêta au milieu d'une allée, les mains sur les cuisses pour reprendre son souffle, le visage crispé. Le vent froid lui brûlait la gorge et le nez. Il se releva et regarda autour, tournant sur lui-même dans l'ultime espoir d'apercevoir la fillette, assise sur un banc, souriante, les jambes battants de l'air. Mais il ne vit de tout ce qu'il souhaitait. Dans un effort surhumain, il hurla avec tant de détresse le prénom de la fillette, faisant retourner les passants qui le prirent pour un fou.
Il fouilla le parc de fond en comble, y passant plusieurs heures jusqu'à la nuit tombée. Il dû se rendre à l'évidence : il l'avait perdu, elle lui avait échappé. Et il n'avait réussit à la retenir.
Retournant à sa voiture, le cœur déchiré, il traina des pieds, la tête rentrée dans son écharpe, les mains plongées dans les poches de son manteau. Il soupira, libérant un petit nuage qui virevolta dans les airs avant de se dissiper.
Un peu comme Emma.
Arrivé à sa voiture, il entraperçut le sac de la fillette et cela lui fit mal. Il frappa le toit de son véhicule, dépassé par les évènements, faisant retentir l'alarme qui brisa le silence de la nuit. Ne faisant en aucun cas attention aux regards que quelques personnes lui lançaient, il se laissa glisser contre sa portière mouillée.
Sans se douter qu'au même moment, Beckett faisait la même chose.
Il bascula la tête en arrière et regarda le ciel sans étoile. Les nuages qui pleuraient les cachaient. Il ferma les yeux et soupira, ne voyant pas le même petit nuage s'échapper de ses lèvres.
Ne voyant pas Emma revenir.
Il l'entendit mais ne fit rien, épuisé. Ses petits pas éclaboussaient les alentours lorsqu'elle marchait dans les flaques, la tête basse, les mains dans les poches, sa capuche relevée sur la tête. Calmement, à peine essoufflée par sa course folle, elle s'installa à ses côtés, étendit ses jambes sur les graviers puis entoura d'un bras l'un des siens alors qu'il baissait la tête sans jamais ouvrir les yeux.
Comme hésitante sur la marche à suivre, le comportement à adopter, elle posa sa tête encapuchonnée sur son épaule. Ils restèrent ainsi longtemps avant que la fillette n'ouvre la bouche, murmurant d'une voix à peine audible qui reflétait toute la vérité et l'innocence que ses mots pouvaient contenir :
- Pardonne-moi.
Il ouvrit les yeux lorsqu'elle ferma les siens puis sourit.
oOoOoOoOo
Deux coups francs à sa porte retentirent, le faisant se détourner de sa contemplation du visage endormi du petit ange à ses côtés. Il prit délicatement le visage de la fillette qui se trouvait jusque là sur son épaule et le posa délicatement sur le canapé. Castle l'entendit grogner et elle enroula une mèche de cheveu autour de son doigt. La laissant ainsi, il se leva et se dirigea vers la porte d'entrée.
L'écrivain se retrouva devant l'homme qui l'empêchait de faire le premier pas.
- Josh ? s'étonna-t-il.
- Je suis désolé, Castle, il est tard.
- Pas de problème, fit-il en fronçant les sourcils.
- Je ne serai pas long, promit le jeune médecin.
Castle hocha la tête, l'autorisant à continuer, s'appuyant sur un pied.
- Voilà, je m'en vais en Afrique pendant un temps encore indéterminé et…
Il ne savait pas comment s'y prendre, pas comment lui expliquer les choses. Il décida d'être franc.
- Je m'y prends mal, s'excusa-t-il gêné.
Castle qui perdait patience, ne laissa rien paraître. Il changea de pied ce qui eut le dont d'alarmer Josh.
- Nous avons rompus, Kate et moi, lâcha-t-il enfin.
L'écrivain resta abasourdi par la nouvelle, Josh en profita pour continuer.
- Vous savez autant que moi qu'elle va mal ces derniers temps, même si je ne sais pas vraiment pourquoi…
Castle se contenta d'hocher discrètement la tête.
- Je voulais simplement vous demander de ne pas la laisser seule ce soir.
Soudainement, toute son empathie pour cet homme s'envola et il sentit une bouffée de bonheur l'envahir. Josh fouilla dans son sac et en sortit une petite main en peluche qu'il tendit à l'écrivain dans un sourire timide.
- Elle est de Kate, préféra-t-il préciser. Elle voulait l'offrir à Emma mais ne l'a pas fait et n'avait pas l'intention de le faire, je ne sais pas pourquoi.
Castle, lui, savait parfaitement pourquoi mais il ne pouvait rien lui dire. Il se contenta de le remercier en prenant la peluche. Un silence gêné se fit. Josh préféra le briser avant qu'il ne devienne pesant.
- Prenez soin d'elle, Castle, supplia-t-il comme un au revoir.
- Comptez sur moi, Emma va bien la traiter, répondit-il avec humour.
Le jeune médecin hocha la tête dans un sourire un peu abîmé et s'éloigna dans le couloir. Le message était passé. En laissant la peluche entre les mains de Castle, il avait abandonné son cœur qui renfermait tout son amour pour la jeune femme qu'il avait laissé seule.
oOoOoOoOo
- Emma, fit-il en la secouant.
Lorsqu'elle ouvrit les yeux et se releva, son doigt toujours autour de sa mèche, il l'embrassa sur le front.
- C'est le moment de faire tes excuses.
Elle fronça les sourcils mais décida de le suivre. Alors qu'elle se frottait les yeux, Castle lui fit enfiler les manches de son manteau. Il lui tendit une petite peluche qu'elle toisa quelques instants avant de comprendre de qui elle venait. Emma la prit et frotta son petit nez contre le tissu doux.
- Allez viens, fit-il en tendant les mains pour soulever la fillette.
Elle posa sa joue dans le creux de son épaule, tournant la tête vers la fenêtre où les lumières de Big Apple dansaient à l'extérieur. Elle eut un mauvais pressentiment avant de fermer les yeux.
La vérité éclaterait bientôt, elle le sut lorsque les larmes acides la piquèrent sous ses paupières closes. Et la jeune femme qu'elle tentait à tout prit de protéger souffrira comme jamais…
Entrée dans une sorte de demi-sommeil, la fillette sentit qu'on l'installait dans un siège, à l'avant de la voiture. Elle ne put s'empêcher de sourire en imaginant Beckett le sermonner. Ensuite ce fut le noir total…
oOoOoOoOo
A moitié endormie sur son canapé, elle tentait de regarder un feuilleton qui passait à la télévision. Un film policier où elle avait trouvé le meurtrier depuis belle lurette. Trois coups significatifs à sa porte la fit se « réveiller ». La brunette se frotta ses yeux fatigués et se dirigea vers l'entrée de son appartement.
Sur le pas de la porte se trouvait Castle et… Emma qui était profondément endormie dans ses bras. Elle ne ressentait plus cette colère face à Castle et c'était tant mieux...
- Salut, murmura-t-elle avec un sourire.
- Salut.
- Entrez, je vais préparer la chambre de la petite, proposa-t-elle en s'effaçant derrière la porte pour le laisser passer.
Il entra et comme à chaque fois, il inspecta les lieux. Dans l'appartement régnait un sentiment de solitude, une impression d'abandon. Et il savait que Beckett en avait une peur bleue mais ça ne l'immunisait pas. Castle soupira et serra un peu plus la fillette contre lui y puisant le courage nécessaire pour affronter Beckett et un probable rejet de sa part.
Il décida d'aller retrouver la jeune femme mais lorsqu'il marcha sur un bout de verre, il sentit son cœur défaillir. Soudain, se fut une illusion qui se brisa, comme un nuage qui se dissipe, laissant le soleil apparaître. Josh était l'obstacle dans leur relation, le moyen à Beckett de se cacher et de mentir. Mais maintenant qu'il était partit, qui pourrait les « séparer » ? Qui des deux fera le premier pas ?
Il pensa un instant qu'il en avait assez fait et que ce premier pas revenait à Beckett mais l'écrivain la connaissait suffisamment pour savoir qu'elle mettrait du temps. Et du temps, il n'en avait plus. Depuis maintenant trois ans qu'ils se connaissaient, ils ne se tutoyaient toujours pas en privé et il était le seul à l'appeler par son prénom. Il en avait assez. S'il fallait la provoquer, il le ferait.
Mais si elle souffre, que feras-tu ?
Castle soupira et monta les escaliers, veillant à ce que la tête d'Emma ne bouge pas. Il vit de la lumière s'échapper d'une porte et s'y dirigea, une main sur les cheveux de la fillette. Lorsqu'une pensée le fit s'arrêter soudainement. Il n'avait pas à obliger Beckett à faire un choix, elle souffrait beaucoup trop depuis le début de cette enquête pour qu'il l'embête avec ses sentiments… Mais il pourrait l'aider à tout surmonter, il se sentait capable de faire battre un cœur pour deux, de murmurer des « je t'aime » pour ne pas qu'elle les entende… De boire ses pleurs et de souffler sur les nuages noirs qui obscurcissaient ses yeux.
Rentrant dans la chambre à coucher, il fit légèrement sursauter Beckett lorsqu'il posa une main sur son épaule. Elle se tourna et lui offrit un sourire abîmé qu'il se permit d'accepter. Lorsqu'il allongea Emma dans son lit, il sut que la brunette avait remarqué la peluche que la fillette tenait serrée contre son cœur.
Dans un silence total, ils descendirent au rez-de-chaussée, se demandant qui des deux entameraient la conversation, évitant soigneusement la chute libre. Elle lui proposa une bière d'une petite voix et la lui servit. Il remarqua qu'elle n'avait rien prit pour elle.
Assis sur le canapé, l'écrivain brisa soudainement ce silence insupportable :
- Et si demain était votre dernier jour, qu'est-ce que vous feriez ?
Elle éclata de rire.
- Sérieusement Castle ? C'est la seule façon que vous avez trouvé pour entamer la conversation ? se moqua-t-elle.
- Ca a le mérite de marcher, non ?
Elle ne répondit rien, se contentant de sourire.
- Alors ? insista-t-il.
La brunette leva les yeux au plafond, il ne la lâcherait pas.
- Je ne sais pas, faire tout ce que j'ai toujours rêvé de faire, fit-elle en haussant les épaules.
- Et qu'est-ce que vous rêvez de faire ?
Elle lui lança un regard blasé mais il était sérieux, il voulait savoir.
- J'ai toujours eu envie de goûter…
- De goûter à quoi ?
A vos lèvres, Castle. Elles ont l'air si douces, si… Stop ! pensa-t-il en fixant celles de la jeune femme qui regardait ailleurs, gênée.
- Aux pommes d'amour.
Il eut un long silence où elle crut qu'il essayait de ne pas se moquer d'elle. Rougissante, elle osa un regard dans sa direction et sa réaction la surprit.
- Vous n'avez jamais goûté ? s'étonna-t-il.
Elle secoua la tête et fit un sourire timide qu'il trouva adorable.
- Eh bien je serrai le premier à vous en faire goûter !
Elle rit. Cela lui semblait une éternité qu'elle n'avait pas rit, ce son lui avait manqué, il l'avait cru disparu. Il savait que le rire était le premier pas vers la libération. Elle commence par rire. Elle rit donc elle se libère. Elle se libère donc elle peut combattre à nouveau. Et le cycle recommençait, inépuisable jusqu'à se qu'il grignote discrètement notre vie.
Et pour Beckett, il commençait à ronger sa vie sans qu'elle ne s'en rende compte…
- Qui a offert cette peluche à Emma ? demanda-t-elle sans se départir de son sourire.
Ce dernier semblait se craqueler lorsqu'elle s'entendit parler. Elle le fit s'agrandir pour le faire devenir faux.
- C'est vous, Kate.
Elle fronça les sourcils, feignant l'incompréhension. Il eut un sourire désabusé.
- Je ne comprends pas.
- Ne faites pas l'ignorante, je sais que vous vouliez lui offrir.
- Ca, je l'ai comprit mais ce qui m'intrigue c'est comment vous l'avez eu ?
Comment se faire piéger par son propre piège… Ou comment la muse faisait perdre ses mots à l'écrivain.
- Josh, capitula-t-il.
- Josh ? répéta-t-elle en haussant les sourcils et ouvrant légèrement la bouche.
Elle se leva, passablement énervée et complètement à bout.
- Il est venu me l'apporter.
- Pourquoi ?
- Eh bien, il m'a dit que vous ne le ferez pas et…
- Non, Castle, pourquoi ? coupa-t-elle d'une voix qui se voulut tremblante.
Il soupira, il avait pourtant comprit depuis le début le véritable sens de sa question mais comme à son habitude, il ne voulait pas qu'elle fuit, qu'elle fasse trois pas en avant pour le bousculer et s'éloigner derrière son dos. Il ne voulait pas entendre ses talons claquer en rythme avec ses battements de cœur brisés.
- Il veut que je prenne soin de vous, Kate.
Elle se pinça les lèvres et se passa une main sur le visage.
- Vous le faites déjà, Rick, souffla-t-elle, si bas qu'il crut avoir rêvé.
Il papillonna un instant des yeux, voulant savoir s'il était en plein rêve. Il se leva pour se planter devant elle.
- Pourquoi est-il venu vous voir ? se demanda-t-elle à elle-même en fixant ses pieds.
- Ca ne vous arrive jamais de vous dire « et si ? ».
Elle releva la tête, lui offrant un froncement de sourcil.
- Et si vous oubliez ?
Elle lui tourna le dos, peut être un moyen d'oublier sa présence. Un moyen de croire encore qu'elle ne dépendait pas de lui, qu'elle était maître de ses émotions lorsqu'il la frôlait et que sa rupture avec Josh était un peu à cause de lui, elle devait bien l'avouer.
Il se posta près d'elle, son torse frôlant son dos. Il lui mit les mains sur les yeux et elle se laissa faire. Trop fatiguée pour se battre.
- Et si vous arrêtiez de m'en vouloir ? murmura-t-il contre son oreille.
Un long frisson la parcouru lorsqu'elle sentit son souffle dans son cou. Elle se surprit à vouloir fermer un peu plus les yeux, à espérer que le toucher de ses mains se fasse plus présente, plus appuyée. A imaginer ses lèvres sur sa gorge. Il n'en fit rien, se contentant de faire tomber ses mains comme le masque de la jeune femme. Il les aligna le long de son corps tandis qu'elle gardait les paupières closes. S'approchant un peu plus pour que le contact torse/dos se fasse plus présent, il frotta son nez contre son épaule dénudée par la manche qui tombait.
- Et si j'embrassais votre épaule ?
Il joignit la parole au geste. Il vit la chair de poule apparaître sur le morceau de peau à découvert et sourit de contentement. Il se recula légèrement, de façon à pouvoir l'embrasser derrière l'oreille, il la sentit retenir son souffle. Et pour le bien du cœur de Beckett, il s'éloigna et monta se coucher, s'invitant totalement chez la jeune femme. Il prit soin de choisir la chambre d'ami.
Quand à la jeune femme, elle relâcha son souffle qui désormais l'étouffait. Elle se sentit fragile, à découvert lorsqu'il la chouchoutait de cette manière et elle eut peur en comprenant qu'elle aimait ça. Elle sentit ses paupières s'alourdir et se passa ses mains sur son visage avant de les poser sur ses joues brûlantes. La brunette ferma les yeux et inspira profondément. Alors qu'elle expira, un sourire immense fendit ses lèvres et elle rouvrit les paupières. Comme si le simple fait d'expirer tirait sur un fil qui la faisait sourire.
Elle se rendit alors compte que c'était le cas mais sa respiration n'était pas le marionnettiste : c'était son cœur qui semblait vouloir sortir de sa poitrine.
oOoOoOoOo
Lorsque Beckett ouvrit les yeux, elle sut que quelque chose allait changer sa vie. Elle avait un sentiment d'inquiétude mélangé à de la gaité. Inexplicable.
Elle descendit au rez-de-chaussée, guidée par son odorat et son ventre qui criait famine.
- Castle ! fit-elle surprise en le trouvant dans la cuisine.
Elle avait encore la sensation de ses lèvres contre sa peau et le doux frisson qui l'avait parcouru. Castle se tourna alors vers elle, tout sourire et ustensiles en main puis se yeux pétillèrent remarquant les cheveux décoiffés de la jeune femme.
- Qu'est-ce que vous faites de bon ?
- Un test ! s'exclama-t-il fièrement.
- Dois-je m'inquiéter ? s'amusa-t-elle.
Il lui fit un sourire ironique auquel elle répondit par un léger éclat de rire. Enfin elle remarqua son café prêt près de son assiette. Elle le remercia d'un petit sourire et en but une gorgée.
- Je vais réveiller Emma, annonça-t-elle.
Au fur et à mesure de son ascension jusqu'au mont Espoir, elle sentait son cœur fondre pour terminer en une pitoyable flaque de peur. La dernière marche franchit, elle se dirigea d'une allure déterminée qui contrastait bien avec ce qu'il se passait à l'intérieur.
Lorsqu'elle entra dans la chambre de la fillette, elle fut enveloppée par l'odeur de la fraise et de la légère transpiration. Elle s'approcha lentement du lit où était endormie Emma. Cela lui déchirait le cœur de devoir la réveiller… Elle semblait si bien dormir. Beckett glissa un doigt gelé sur la joue chaude de la fillette, ce qui eut l'effet de lui faire froncer le nez. Elle grogna puis se tourna, resserrant son étreinte autour de la main en peluche.
La brunette puisa dans ce simple geste le courage nécessaire pour la réveiller et pour peut être la serrer dans ses bras. Elle dégagea le front d'Emma de sa frange et lui fit un baiser aussi léger que les battements d'ailes d'un papillon. La fillette cligna des yeux puis porta son attention sur la perturbatrice douce. Elle lui sourit, encore ensommeillée et à sa plus grande joie, la jeune femme le lui rendit.
- Je suis tellement désolée, murmura-t-elle alors.
Emue, Beckett lui passa à nouveau un doigt sur la joue, des étoiles plein les yeux. Chaude comme un petit pain, elle osa enfin se blottir dans les bras de la jeune femme, y retrouvant la sérénité et un second souffle. Elle sentit une main froide se presser dans son dos tandis qu'une autre était à l'arrière de son crâne. Posant sa tête sur sa poitrine, elle entendit ses battements de cœur effrénés et sourit en remarquant que le sien était dans le même état. Peut être était-ce ça un cœur heureux.
- Je ne veux plus te mentir, ça fait trop mal, chuchota Emma au creux de ses bras.
Beckett se recula légèrement pour embrasser le front de la fillette puis reprit sa place initiale. Dans ce baiser était soufflée la question muette.
- Je connais Tom.
La jeune femme se tendit et les étoiles dans ses yeux disparurent sous une fine pluie qui la brûla. C'était impossible. La fillette parlait forcément d'un autre Tom. Les papillons qui volaient jusqu'à maintenant dans son ventre se posèrent au sol, sonnés par cette rafale de vent.
- Nous sommes liés.
La brunette ferma les yeux très forts et se retrouva parcouru de légers tremblements. Elle se dégagea de la fillette et dû ignorer la douleur que ça lui procura. La fillette parlait bien de ce Tom là. Elle l'avait deviné depuis le début mais comme Emma, elle voulait conserver une partie de son innocence ou du moins voir si elle était toujours présente. Au plus profond d'elle.
La fillette s'approcha de l'oreille de Beckett et lui murmura quelque chose, détachant chaque mot.
Son cœur fit un bond dans sa poitrine, tentant de s'échapper par ses lèvres entrouvertes.
C'est impossible…
oOoOoOoOo
Le froid, toujours ce froid qui rampe et ronge. Il frissonna, toujours attaché. Il se demanda si ses tremblements étaient dus à la basse température ou à l'eau croupie qu'il avait bu.
Bien réveillé mais tout de même un peu groggy, il remarqua qu'il était attaché à un tuyau. Il pourrait réussir à entamer les liens en les frottant contre les barres métalliques. A cette idée d'être enfin libre, il sourit.
Se tortillant pour faire glisser ses cordes, lui brûlant un peu plus la peau, il serra les dents se répétant que ça en valait la peine. Il atteignit enfin les ronds en fer qui entouraient le tuyau et tenta de se détacher, en faisant de lent va-et-vient. L'odeur de corde brûlée lui chatouilla les narines.
Il éternua fort. Et se traita d'imbécile.
La porte d'où il était retenu captif s'ouvrit difficilement. Un homme, cagoule en main, s'approcha de lui et lui sourit doucement. Il fit alors glisser une assiette jusqu'à l'adolescent. Ce dernier en regarda le contenu et ne put s'empêcher d'éviter à son estomac de grogner.
L'homme à la cagoule tendit une main vers lui et il pu voir ses médicaments. Un soupir de soulagement l'envahit.
- Tu les prendras en mangeant, je sais que tu en as besoin pour ton cœur, lui dit-il en les déposant par terre, on les a trouvés dans ton sac.
L'adolescent hocha la tête et lui jeta un regard noir. Il bougea de façon à cacher ses liens qui commençaient à se détacher.
- Moi c'est Alex.
Et moi c'est « j'en ai vraiment rien à foutre », voulut-il répondre.
Il ne fit rien, ne bougea pas d'un cil et lui lança un regard qui voulait tout dire.
- Mange, fit Alex avant de sortir.
Le claquement de la porte résonna dans la petite pièce, son de la solitude. Il se pencha et commença à manger du mieux qu'il le pouvait. Attrapant ses cachets entre ses dents, il réussit à les mettre dans sa bouche et les avala sous une grimace.
Toujours aussi dégueulasse.
Ne pouvant pas tourner son assiette, il tira sur ses liens pour tenter de se rapprocher de ce qu'il ne pouvait atteindre. Lorsque soudainement, il se retrouva la tête près de son assiette. Il regarda ses mains désormais libre et dû étouffer le cri de victoire qui s'empara de sa gorge.
Il enleva les cordes et finit son assiette correctement. Il réalisa qu'il pouvait se lever et marcher. Il le fit, les jambes tremblantes et s'approcha de la porte qui était finalement entrouverte. Il vit trois hommes, regardant la télévision, des armes appuyées contre les pieds des chaises.
Il se recula, son cerveau fonctionnant à toute allure. Du vent changea l'air de la pièce.
Du vent, murmura-t-il.
Il se retourna vers la petite fenêtre et se hissa jusqu'à pouvoir l'ouvrir. Elle n'émit aucune résistance tellement elle était vieille. Il passa sa tête à l'extérieur puis son buste jusqu'à devoir pousser sur ses bras pour sortir son bassin.
Il se mit à courir dans la forêt, aussi vite qu'il le put, sachant qu'Alex et ses copains de mettraient pas beaucoup de temps à remarquer qu'il s'échappait.
Mais il ne put empêcher un sourire de fendre ses lèvres.
oOoOoOoOo
Dévalant les escaliers quatre-à-quatre et attrapant sa veste au passage, Beckett secoua Castle d'une voix forte.
- Rick, on n'a pas le temps pour votre test, on y va.
Elle piocha trois pommes dans sa corbeille à fruits, en donna une à Emma et lança la deuxième à Castle qui eut du mal à l'attraper. Elle mit son manteau, la pomme dans la bouche et prit ses clés.
Alors qu'elle ouvrait la porte pour laisser la fillette s'engouffrer dans le couloir, Castle l'arrêta d'une main sur la sienne.
- Que se passe-t-il ?
Elle retira la pomme de sa bouche et le fixa droit dans les yeux, lui montrant qu'elle aurait besoin de lui plus que jamais.
- Tom Evans est vivant.
