Chronique I : Résurrection (4/4)
Japon, Quartier Général d'Ermengardis – 10 janvier 2004, 23h00 (January 10, 2 :00 PM GMT+9 :00)
James s'approcha de la carte qui était fixée au mur, examinant un à un les portraits des victimes qui étaient épinglés à l'endroit où elles étaient tombées.
« Des treize hommes que l'Ordre était supposé protéger, seuls quatre sont encore en vie », récapitula-t-il à voix haute. Il se retourna sur sa compagne, qui observait la même carte à quelques pas derrière lui. « Tu es certaine que c'est Ishara qui perpètre ces meurtres ?
– Sur et certaine. Elle m'en a parlé plusieurs fois lorsque nous sommes restées dans le château de mon père, en Cornouailles. » Ishara soupira, laissant les souvenirs de l'année 1478 remonter à la surface. « Elle affirmait qu'elle pouvait déplacer une âme d'un corps à un autre par un sortilège que lui avait enseigné son père, un grand prêtre de Babylone. »
James sembla se replonger dans l'observation de la carte avant d'effleurer celle-ci. Ces doigts glissèrent de Paris à Barcelone avant de s'arrêter à Naples.
« Ceci expliquerait son rôle dans le processus de résurrection. Par contre, je n'arrive pas à comprendre comment ils se déplacent aussi vite. Ils étaient à Paris le 9 janvier à 23 heures. Une heure trente plus tard, ils s'attaquaient à Delavega et faisait revenir Shura. Un peu plus tard, c'était le tour du chevalier du Cancer de revenir à la vie. Et encore plus fort : il ne leur a fallu que deux heures pour se retrouver sur la côte est des États-Unis…
– Téléportation… C'est la seule explication que je vois pour expliquer leurs déplacements si rapides », répondit Eleny. « Mais je suis quasi-certaine qu'Ishara ne possède pas ce pouvoir. C'est certainement Apollon qui le lui a accordé. »
La main de James se crispa sur la carte.
« L'enfoiré ! Il faut à tout prix que nous arrêtions ces meurtres et ces retours à la vie ! lâcha-t-il. Avons-nous des nouvelles de nos envoyés toujours en mission ?
– Je n'arrive pas à joindre Sorrento ; il doit certainement être à la recherche des frères Grégoriades. Je n'ai aucune nouvelle de nos envoyés en Thaïlande, sinon qu'ils étaient en route pour Ayutthaya, où séjourne Murray. Quant à João del Tauro, nos agents sont sur le vol Tokyo – Guam. » Eleny s'interrompit, hésitant à exposer le font de sa pensée. « Il y a une possibilité – assez importante – que nous n'arrivions pas à temps.
– Eleny, nous ne pouvons pas baisser les bras aussi facilement », rétorqua James alors qu'il posa sa main sur sa frêle épaule. « Nous ne pouvons pas laisser Apollon gagner aussi facilement, lui laissant l'impression qu'il peut tuer des innocents en toute impunité, jouer avec les âmes de défunts chevaliers et humilier notre Ordre sans que nous réagissions ! »
Eleny acquiesça d'un léger hochement de tête et suivit du regard James alors qu'il retournait à l'observation de la carte. Elle ne savait trop comment l'expliquer, mais le sentiment qu'il était trop tard pour empêcher Ishara d'accomplir sa funeste mission. Où plutôt que l'Ordre ne devait plus s'y opposer.
Archipel des Mariannes, Île de Guam – 11 janvier 2004, 0 h 15 (January 10, GMT 02:15 PM+10 :00)
La digue flottante vint se ranger doucement le long de la plage du lagon de Pristine. Le D-Jay annonça d'abord en anglais puis en japonais que la soirée était terminée, et remercia les convives de leur participation. Le ponton s'abaissa et les participants de cette joyeuse fête regagnèrent la terre ferme. Certains repartirent vers leurs hôtels, d'autres prirent le chemin des bars pour continuer à se divertir. João Del Tauro hésitait un peu ; il sentait qu'il avait déjà trop bu et était un peu réticent à suivre ses deux camarades de régiment, Brad et Tom, dans leur tournée des bars. Ces deux là épongeaient pas mal de bières. Plus que lui, et c'était peu dire. Il déclina finalement leur invitation, leur assurant qu'il allait faire un tour sur la plage et qu'il les rejoindrait peut-être plus tard.
João, tout comme ses deux amis, était un G.I. de l'armée américaine, venu passer des vacances dans les îles paradisiaques de l'archipel des Mariannes du Pacifique, qui faisaient également partie du territoire américain. Ils logeaient à bon prix dans l'un des meilleurs hôtels de l'île Majuro.
Il était né à São Paulo, au Brésil, d'une famille assez pauvre. Celle-ci avait émigré à Miami, dans l'état de Floride, lorsqu'il avait cinq ans. Son père et sa mère avaient travaillé dur pour envoyer les quatre enfants à l'école, mais ils étaient parvenus à leur assurer une éducation très correcte. Adolescent, João se révéla plus intéressé par les exercices physiques que par les études en elles-mêmes. Il tint bon jusqu'au diplôme du lycée, puis convoquant ses parents à une conversation sérieuse le soir de son dix-septième anniversaire, leur annonça qu'il comptait rentrer dans l'armée américaine. Ni son père ni sa mère ne s'y opposèrent. Les résultats de João n'avaient jamais été mirobolants. Et il suffisait de le voir, lui et ses deux mètres dix tout en muscles, pour comprendre que l'action lui conviendrait mieux que l'université.
C'est ainsi que João avait rejoint l'U.S. Navy à dix-sept ans, et en avait fait son métier depuis près de dix ans.
João était désormais seul sur la plage, éclairée par un faible éclair de lune. Un poisson volant sauta hors de l'eau et retomba dans les flots noirs dans un bruit de clapotis. Il se serrait bien baigner, mais n'en ferait rien. Car malgré les filets anti-requins tendus aux larges, les grands prédateurs rodaient non loin des côtes, à l'affût d'une proie à déchiqueter de leurs dents acérées. Mais après tout, rien ne l'empêchait de se tremper au moins les pieds dans les vaguelettes qui échouaient sur la plage.
Décidé, João ôta ses espadrilles, roula le bas de son pantalon jusqu'à ses mollets et entra dans les flots. L'eau était tiède, à peine plus rafraîchissante que l'atmosphère, mais la sensation de caresse sur ses pieds et ses chevilles était agréable.
« Amalric ! »
João se retourna, surpris. Une femme, entièrement vêtue de noir, le regardait, l'air inquiet. Elle tenait serrée contre elle une amphore en or.
« Amalric ! Le destin nous permettra-t-il enfin d'être réunis », cria-t-elle d'une voix plaintive dans sa direction.
« Encore une qui a trop bu ! » maugréa João. Sans s'attarder davantage sur la visiteuse, il s'absorba de nouveau dans la contemplation du léger ressac sur la plage.
Il sursauta lorsqu'il s'aperçut que, debout dans les flots, se tenait un homme à la carrure aussi impressionnante que lui. Un rayon de lune éclaira son visage. João cligna des yeux, incrédule: les prunelles de l'inconnu brillèrent d'une lueur menaçante lorsque leurs regards se croisèrent.
João recula instinctivement lorsqu'il vit l'homme marcher dans sa direction. L'éclat de la lune aidant, il vit qu'il portait une cuirasse noire, ressemblant fortement à celles que portaient les soldats romains il y a des millénaires. João se sentit définitivement en danger, mais, inexplicablement, il ne s'enfuit pas. L'homme s'arrêta à deux pas de lui, le clouant sur place de son regard perçant.
« Sauras-tu me résister au moins une minute ? » lui demanda-t-il.
João ne put réprimer un frisson lorsque ces paroles au parfum de menace lui parvinrent. Il se mit instinctivement en garde. Poings levés. Corps tendu.
Il évita de justesse un coup de poing, puis un deuxième. Les coups avaient été portés rapidement, sans que l'homme ait eu l'air de faire le moindre mouvement. Comme par réflexe, João renvoya un crochet, visant la poitrine de son mystérieux assaillant. Celui-ci le stoppa d'une main, et le gratifia d'un sourire satisfait. Sans se démonter, João fit pleuvoir les horions. Son adversaire ne céda pas un pouce de terrain et finalement lâcha un grand rire moqueur, laissant apparaître ce qui cloua sur place le GI de terreur: des canines, pointues comme celle d'un carnassier. L'inquiétude de João s'accentua lorsqu'il remarqua le changement opéré sur le visage de l'homme. Celui-ci était devenu difforme ; ses traits s'étaient creusés, son front était plus proéminent, comme si les os du crâne avaient poussé en avant.
La peur le saisissant, João recula.
« Félicitations, en tout cas tu n'as pas eu peur et tu as essayé... Maintenant, passons aux choses sérieuses », ricana l'individu en noir. Il fit un pas de plus, pour se retrouver à moins d'un mètre du GI.
« Mon vieux, c'est le moment de fuir, et sans demander ton reste ! » se dit João. Pourtant, son corps refusa de bouger, et il resta là, le souffle haletant.
L'homme leva le poing. João porta ses deux bras devant lui, pour se protéger du coup qu'il devinait d'une force terrifiante. Il eut l'impression que ses membres volaient en éclat. Il se sentit partir en arrière, alors qu'une douleur atroce se répandait dans tout son corps. Il heurta le sable avec violence, puis perdit connaissance.
O
« C'est fini… » annonça Ishara en se relevant.
Glaucus observa Ishara alors qu'il s'approchait de la victime. Elle avait soudainement retrouvé le port majestueux qu'elle avait lorsqu'il la vit pour la première fois, il y a bien des siècles de cela, dans une rue noire de Lugdunum. La nuit où il crut la sauver de brigands, et ou, pour le « remercier » elle fit de lui ce qu'il est désormais. Cette nuit où cette princesse babylonienne accorda à cet obscur centurion romain l'immortalité et une force terrifiante. Et la grâce de devenir son plus fidèle et dévoué serviteur...
Glaucus se pencha sur le corps et regarda les traits crispés de l'homme, toujours évanoui. Il ressentait un peu moins de mépris pour celui-là que pour les précédents, qu'il avait abattus sans aucun effort. Le soldat n'avait pas hésité à le frapper, ni n'avait geint lorsqu'il avait été abattu. Il avait ainsi constitué une proie d'un rare intérêt. Glaucus était las des victoires faciles.
O
Aldébaran souleva la tête, le visage grimaçant de douleur. Sa vue était trouble, mais il arrivait à distinguer un rivage, la clarté de la lune. Il entendait le ressac de l'eau.
Il laissa sa tête retomber sur le sable, épuisé. Il était revenu parmi les vivants, dans un corps de chair et de sang. Par quel miracle ? Il n'en savait rien. Combien de temps, allait-il survivre à ses blessures ? Il l'ignorait également.
Thaïlande, Ayutthaya – 10 janvier 2004, 23 h (January 10, GMT 4:00 PM+7:00)
Calden Murray ajusta la hauteur de son pied de caméra et y installa son coûteux appareil digital. A quelques centaines de mètres de lui, les ruines d'un temple aux toits coniques et pointues resplendissaient sous un savant éclairage au mélange de blanc, de safran et d'ocre. Calden s'appliqua à faire les meilleurs ajustements possibles, afin de rendre justice à la sublime mise en lumière de ces ruines, lorsqu'une jeune fille s'approcha de lui et l'invita dans un anglais hésitant à se faire photographier devant l'édifice. Calden lui sourit, et lui fit signe de la main que, non, il n'était pas intéressé. Sans s'offusquer, la jeune fille repartit et aborda un couple de touristes.
Il se concentra sur ses réglages, puis tout fut prêt. Il retint sa respiration au moment de presser sur le bouton de l'appareil. Un léger déclic se fit entendre. Il se releva et réajusta sa casquette sur ses cheveux blonds. Sa tension était à son comble : maintenant, il fallait vérifier si la prise de vue était bonne. Il replongea dans ses réglages et afficha la photo : même en zoomant au maximum, elle paraissait nette.
Nouveau soupir, de contentement cette fois-ci.
Calden resta un moment à contempler ce magnifique temple, sa main caressant son appareil. Soudain, ses pensées le ramenèrent à la tête de Bouddha en pierre, enfouie dans les racines d'un arbre, qu'il avait vu cet après-midi. Il aurait bien aimé en prendre un cliché, mais un groupe de touristes japonais avait complètement fait barrage à toute prise de vue. Tout n'était que partie remise... Calden attrapa son pied et son appareil photo, et se dirigea d'un pas décidé vers les ruines où se trouvait la tête en question.
Calden était de sa vraie profession avocat. Spécialisé dans les contrats commerciaux. Originaire de Wimbledon, dans la banlieue de Londres, Calden avait souvent vécu en Asie et au Moyen-Orient, avec sa famille – deux sœurs et un frère. Son père, diplomate s'était retrouvé plusieurs fois en poste en Turquie, en Inde, au Japon, en Thaïlande, en Chine et à Taiwan. Tout jeune, Calden s'était pris de passion pour la photographie, et adorait immortaliser les paysages de l'Asie, un continent qu'il affectionnait particulièrement, peut-être plus que la brumeuse Angleterre.
Il s'était pourtant plu à Londres, et y était retourné à l'âge de dix-huit ans pour faire ses études de droit. Il était rentré dans le monde du travail à vingt-trois ans, et avait passé les quatre années suivantes le nez penché sur des contrats. Cela ne l'avait pas empêché de trouver une petite amie – en l'occurrence, sa collègue de bureau - qui devait d'ailleurs le rejoindre en Thaïlande le lendemain. Mais il avait dû tirer un trait sur les voyages, ce qui était pour lui comme une privation de liberté. Au bout de quatre ans, il avait finalement craqué, et avait donné son congé à son cabinet d'avocats, décidant par la même occasion de prendre une année sabbatique. C'est ainsi qu'à vingt-sept ans, il se retrouvait en Thaïlande, à jouer au photographe devant les temples d'Ayutthaya.
Calden retourna sans peine à l'endroit où se trouvait la tête du bouddha. Celle-ci était emprisonnée dans les racines d'un arbre, qui recouvraient le haut du crâne et une partie de la joue droite. Une fleur violette égayait ce portrait teinté de gris. Peut-être avait-elle été apportée là par un touriste, ému par ce visage aux traits calmes, lentement englouti par l'univers végétal, ou par un habitant d'Ayutthaya, venu rendre hommage à une divinité décapitée, dont la tête aurait été abandonnée là par un voleur pressé de quitter les lieux de son larcin. Calden regarda plus attentivement autour de lui; toutes les statues de Bouddha étaient étêtées. Leurs têtes, évaluées à des prix astronomiques sur les marchés de l'art, avaient été servies à de riches collectionneurs américains et surtout japonais, dans les années 70 et 80, et reposaient désormais sur les belles étagères de somptueuses demeures, à des milliers de kilomètres de leurs corps.
Calden planta le pied de son appareil devant la palissade en bois qui protégeait la tête. Il aurait bien pris une photo le plus près possible, mais il devait faire de la pose. Impossible de se passer du pied...
Nouveaux ajustements photographiques...
Un craquement se fit entendre derrière lui. Calden se retourna, sentant vaguement une présence. Mais il ne vit personne. Certain que c'était son imagination qui travaillait, il reporta toute son attention sur la tête de Bouddha. L'écran digital se mit à grésiller, puis s'éteignit. Calden se releva, surpris et un peu mécontent. Il se pencha sur son appareil photo et pressa le bouton arrêt/marche. Comme par magie, l'écran se ralluma. Sur celui-ci, la tête du Bouddha avait fait place à celle d'une jeune femme brune, qui lui souriait. Calden sentit presque ses cheveux se dresser sur son crâne. Il n'osa pas lever les yeux, de peur de voir cet horrible spectacle en réalité. Pourtant, son regard se posa sur ce visage souriant, émergeant de terre entre les racines de l'arbre.
Calden hurla d'effroi et recula, se heurtant à ce qu'il prit pour un mur. Il se retourna et poussa un cri de douleur, puis fut rejeté en arrière contre l'arbre. Il retomba, assommé, au pied du tronc, ses grands yeux ouverts contemplant la paisible expression de Bouddha.
O
Ishara apparut, tournoyant autour des troncs d'arbres, serrant sa précieuse amphore contre elle. Elle ressemblait à une enfant jouant et gambadant dans un jardin. Elle s'approcha du corps en riant.
« Plus près de mon aimé, je vais enfin être... » Elle s'agenouilla près du jeune Anglais et lui souleva délicatement la tête. Elle contempla les yeux bleus grands ouverts et caressa le visage avec émotion, puis joua avec les cheveux blonds. « Tant de sérénité et de sagesse sur ce visage », s'extasia-t-elle.
O
Lorsque Shaka revint à lui, ses yeux se posèrent d'abord sur le visage d'un Bouddha. Cette apparition lui fit oublier un temps la douleur. Un temps seulement, jusqu'à ce qu'il prenne conscience qu'il avait de nouveau une enveloppe charnelle. Un corps brisé et déchiré par la souffrance.
Égypte, Vallée de Louxor – 10 janvier 2004, 20h00 (January 10, GMT 6:00 PM +2 :00)
« Aigis ! » Salmakis Gregoriades balaya la tombe du regard, à la recherche de son frère. « Tu es là ?
– Oui ! Qu'est-ce qu'il y a ? »
Aigis était pourtant toujours invisible. Salmakis se rapprocha de la tranchée creusée en plein milieu du tumulus funéraire, et découvrit son frère, une loupe à la main, en train d'observer consciencieusement des inscriptions en hiéroglyphes.
« Aigis ! Je remonte ! Je vais consulter la météo de demain et donner des nouvelles au reste de l'équipe. Tu veux que je te ramène quelque chose ?
– Un kebab et un café, s'il te plait !
– Un kebab en plein désert, ça ne va pas être très facile à trouver !
– Un sandwich alors…Ce qu'il y a dans notre réserve ! »
Salmakis sourit. Son frère lui avait répondu sans se retourner, complètement absorbé par son travail. Vraiment d'eux deux, il était le plus mordu d'archéologie !
« Très bien, je reviens dans une demi-heure avec la commande de monsieur. »
O
Aigis gratta du bout des doigts le sable qui s'était infiltré dans les reliefs de la paroi qu'il était en train d'examiner. Ses yeux parcouraient les hiéroglyphes, et il essayait tant bien que mal d'en déchiffrer le sens. Il était certain que cette tombe appartenait au roi Montouhotep, quatrième roi de la XIe Dynastie, qui avait régné sur l'Égypte depuis Thèbes il y a presque cinq mille ans. Salmakis prétendait que c'était la crypte d'un des rois de la XIème ou de la IXème Dynastie, mais il se trompait. D'ailleurs, Aigis avait bien l'intention de montrer à son frère qui des deux connaissait le mieux l'antiquité égyptienne…
Une grande complicité unissait ces deux frères archéologues. Depuis leur plus tendre enfance, en Crête, ils passaient énormément de temps dans les ruines des temples à rechercher sur les colonnes à moitié détruites les traces de l'Histoire. Fils d'un professeur universitaire, ils n'eurent aucun problème à persuader leurs parents que leur voie était l'archéologie, et se lancèrent tous les deux dans des études approfondies à l'université de Columbia, aux États-Unis. Salmakis ressortit le premier diplômé, à vingt-cinq ans, et fut tout heureux lorsque son frère le rejoignit, trois ans plus tard, dans ses recherches en Égypte. Cela faisait cinq ans qu'ils fouillaient le sol de la ville de Thèbes, et avaient participé à l'exhumation de plusieurs tombes des pharaons des IXe et XIème Dynasties. Les jeunes Grégoriades en étaient particulièrement fiers, étant donné qu'il s'agissait de rois extrêmement mal connus de l'histoire de l'Égypte ancienne. Du point de vue du caractère, les deux frères se ressemblaient, ce qui ajoutait à la confusion que créait leur apparence physique. Car bien qu'ayant trois ans d'écart, ils auraient pu passer pour des jumeaux.
Salmakis souleva la toile qui servait de porte à la tente qu'il partageait avec Aigis, et s'installa à son bureau où son ordinateur occupait toute la place. Il commença par chercher un réseau satellite lui permettant de se connecter à Internet.
« Salmakis Gregoriades ? »
Le Grecque ne put s'empêcher de sursauter lorsqu'il entendit son nom. Levant la tête, il remarqua qu'un homme se trouvait devant lui. Vêtu d'une veste légère et d'un pantalon en toile, il devait avoir le même âge que lui.
« Qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entrez ici ? » demanda-t-il, alarmé. Il s'aperçut alors que la main droite de l'inconnu était crispée sur une flûte d'un rare éclat doré.
« Où est votre frère ?
– Quoi ? Mais qu'est-ce que vous nous voulez ?
– Vous et votre frère êtes en danger de mort. Conduisez-moi à lui immédiatement ! »
Salmakis dévisagea son étrange visiteur avec effroi, se sentant partagé entre deux sentiments : celui de s'enfuir en courant, et l'autre, de mettre cet intrus dehors. Le visage du jeune homme exprimait pourtant une telle inquiétude qu'il se laissa gagner par la peur.
« Il est dans la tombe. »
O
Aigis continuait de gratter la paroi lorsqu'il entendit un bruit sec provenant de la salle. Il n'y prêta pas attention, pensant que son frère Salmakis était revenu. Pourtant, il lui sembla qu'il avait été bien rapide, car à peine vingt minutes avaient dû s'écouler depuis que Salmakis était reparti à la surface.
Crac ! Un deuxième craquement lui parvint, aussi sec que le premier. Comme si quelqu'un avait brisé un morceau de bois en marchant dessus.
« Salmakis ! C'est toi ? Qu'est-ce que tu fabriques ? »
Crac ! De nouveau le même bruit.
« Enfin, qui est là ? » cria Aigis en se retournant, abandonnant à contrecœur son travail d'observation.
Il eut un frisson dans le dos. L'escabeau en bois permettant de remonter à la surface de la tranchée avait disparu. Quelqu'un avait dû l'enlever.
« Salmakis ! Ramène l'escabeau ! Ce n'est pas drôle ! » s'indigna Aigis, songeant que c'était une plaisanterie de son frère.
Pour toute réponse, un rire guttural s'éleva au-dessus de lui. Aigis leva la tête et sursauta : un homme d'une taille imposante, entièrement revêtu d'une sorte de cuirasse noire semblable à celle que les centurions de l'antiquité romaine portaient, se tenait au bord du fossé. À côté de lui, une jeune femme aux traits orientaux, et à la peau étrangement pâle lui jeta un regard enfiévré. Elle était également vêtue de noir, et sa longue chevelure de jais retombait gracieusement sur ses épaules et le long de son corps.
« Qui êtes-vous ? Ceci est un site de recherche, vous n'avez pas le droit d'être là ! » cria Aigis, se sentant vaguement en danger.
Le géant eut un sourire mauvais.
« Nous voulons... Ton corps, rien de plus », ricana-t-il.
Il sauta dans la tranchée, juste devant l'archéologue.
Aigis recula de peur contre le mur. Les yeux exorbités, le cœur battant, il fixa l'homme en noir, attendant sans pouvoir se défendre ce qui allait lui arriver. Le centurion le saisit par l'épaule et le plaqua contre la paroi de roches sableuses. Aigis tenta de bouger, mais il était complètement sous son contrôle. Pourtant, il était lui-même grand et assez costaud, et ne parvenait pas à s'expliquer comment cet homme pouvait le maintenir paralysé ainsi d'une seule main. Puis le géant leva son poing. Aigis comprit que ce coup allait être terrible. La terreur le prit et il se mit à se débattre, mais en vain.
« Salmakis! A l'aide ! »
La violence du coup fit taire son appel au secours.
O
Salmakis et Sorrento étaient en train de descendre les escaliers sous terrains menant à la tombe lorsqu'ils entendirent le cadet des Gregoriades hurler : le cri ressemblait à un appel au secours. À un râle. À un adieu.
Il leur fallut moins d'une minute pour parvenir à la salle funéraire.
« Restez à l'écart et bouchez-vous les oreilles ! » ordonna Sorrento en poussant Salmakis contre le mur.
Il bondit sur le géant en cuirasse qui lui barrait le passage, protégeant sa complice agenouillée près d'Aigis, prête à compléter le rite de résurrection. Comme il s'y attendait, le géant le ceintura, emprisonnant ses reins et ses bras dans un étau qui se resserra immédiatement.
« Un moucheron comme toi n'aurait jamais du ne serait-ce que s'approcher de moi ! » le vampire se moqua, ricanant en dévoilant ses canines.
Pour toute réponse, Sorrento le fixa droit dans les yeux si intensément que le sourire narquois du géant s'effaça de son visage.
O
Les jambes de Salmakis se dérobèrent sous lui et il s'affaissa contre le mur lorsqu'il vit l'apparence du jeune homme changer en un battement de cil. Le centurion romain lâcha sa proie lorsqu'il s'aperçut qu'il tenait dans ses bras un animal mythique tout droit sorti de l'Iliade : une sirène. La créature, plus menaçante que charmante, porta la flûte à ses lèvres, libérant un chant mélodieux qui lui vrilla le cerveau. Il perdit immédiatement connaissance.
O
Le centurion était à genoux, couvrant ses oreilles avec ses mains. Sa bouche était déformée par la douleur, les traits de son visage devenant aussi mouvants que les dunes du désert. Sorrento jeta un regard de côté, et s'aperçut que Salmakis était évanoui près du mur de l'entrée de la tombe. Ses doigts se crispèrent sur sa flute : il ne pouvait pas porter le coup de grâce au vampire sans tuer celui qu'il était venu sauver. Il fallait qu'il trouve un autre moyen de mettre le soldat romain hors d'état de nuire.
Une douleur dans le cou le détourna de ses considérations stratégiques. Il comprit qu'il avait négligé de prendre garde à la femme, alors qu'une main se saisissait de sa flute, l'autre enserrant sa taille. Les crocs s'enfoncèrent dans sa chair, tandis que la sève vitale de son être s'enfuyait. Conscient du sort qui l'attendait s'il ne réagissait pas, il envoya un coup de coude dans la poitrine de son assaillante et se retourna, prêt à frapper. De douces notes de musique s'échappèrent de sa flûte, le prenant à son propre piège. Sorrento tomba à genoux, paralysé.
La torture dura un temps qui parut une éternité à l'ancien Général des Mers, alors que sa conscience le quittait peu à peu. Finalement, alors qu'il pensait devenir fou, une main glaciale l'obligea à relever la tête.
« Sais-tu, beau jeune homme, que je connais moi-même les sortilèges basés sur la musique ? » demanda la femme vampire en s'agenouillant devant lui. « J'étais connu sous le nom d'Ishara la musicienne avant qu'on ne m'enferme dans un cercueil pour des siècles et des siècles. »
Dans un dernier élan de bravoure, Sorrento décida de la défier.
« Je ne vous laisserai pas faire… Je vous réduirai en poussière ! »
Ses paroles n'eurent d'autre effet que de tirer un délicieux rire à Ishara.
« Que voilà de méchantes paroles », minauda-t-elle, saisissant son visage de ses mains délicates. Elle approcha ses lèvres et murmura dans le creux de son oreille : « je vais me faire un plaisir de te faire taire. »
Sorrento eut un haut-le-cœur lorsqu'une langue froide traça la ligne de sa mâchoire, tandis que la froideur du corps de la démone l'enveloppait. Ishara se saisit de ses lèvres tremblantes et abattit toute résistance. Il sentit un baiser de glace envahir tout son être tandis que des dents pointues égratigner ses lèvres. Sorrento occulta ce moment d'humiliation, priant pour que le coup de grâce ne tarde pas trop.
« Quel dommage que je ne puisse te consacrer plus de temps », fit Ishara en cessant ce sanglant baiser.
Sorrento tressaillit de douleur alors qu'elle planta de nouveau ses crocs dans son cou.
O
Kanon rampa jusqu'à son frère, dont la tête dodelinait à droite et à gauche à mesure qu'il reprenait connaissance. Il savait pertinemment que dans ce corps inconnu, se trouvait Saga. Il avait senti l'âme de son jumeau intégrer cette enveloppe charnelle peu après que la sienne ait été enfermée dans ce corps-ci.
Kanon parvint enfin à rejoindre son frère, et dans un ultime effort, souleva le buste pour examiner l'état de ses blessures : le visage de Saga était couvert d'ecchymoses, mais il respirait. Les avant-bras de Canon cédèrent, et sa tête retomba sur l'épaule de son aîné. La peur commença à l'envahir : s'ils étaient trop faibles de sortir de cet endroit par leurs propres moyens, comment allaient-ils pouvoir survivre ?
Il allongea son bras contre la poitrine de Saga et se serra contre lui. Pourquoi étaient-ils revenus parmi les vivants ? Il l'ignorait. Combien de temps resteraient-ils en vie ? Pas longtemps, certainement. Alors, autant profiter de ce court répit, de ces brèves retrouvailles avec un frère qui avait été son ennemi durant de trop longues années. Kanon se mit à prier pour que cet instant ne s'achevât pas trop vite.
Grèce, Sanctuaire Terrestre – 10 janvier 2004, 22h00 (January 10, GMT 8:00 PM + 2 :00)
Temple d'Élision
« Ô Perséphone, permettez-moi d'insister sur cette question », fit Apollon d'une voix ferme. « Ishara et Glaucus sont-ils vraiment sous votre contrôle ? »
Apollon s'était retiré il y a quelques heures du temple d'Élision, puis avait de nouveau demandé une audience à Perséphone. La résurrection des deux "Grands Anciens" l'inquiétait au plus au point et il voulait vérifier que Perséphone ne prenait pas la situation à la légère.
« Ô Apollon, mon neveu, quelle est la raison d'une si vive inquiétude ?
– Les deux "Grands Anciens" sont dangereux. Il faut les éloigner au plus vite !
– Apollon, je vous le répète. Ishara est totalement sous mon emprise et nous ne risquons rien. »
La voix de Perséphone trahissait une certaine impatience.
« Par quel moyen tenez-vous ce monstre en votre pouvoir ? Puis-je en être informé ? » insista Apollon.
Le silence se fit. Puis Perséphone se leva de son trône, et écarta le rideau, se révélant à la vue de son neveu. Celui-ci ne put s'empêcher d'admirer la beauté de celle qui était sa tante par alliance, et qui s'était réincarnée à peu près la même année que lui. La femme qui se tenait en face de lui avait donc le même âge : trente-deux années terrestres.
Perséphone rejeta sa grande tresse châtain dans son dos et descendit précautionneusement les marches du piédestal. Elle s'arrêta devant Apollon, et lui fit face, le visage vide de toute émotion.
« Vous allez savoir dans quelques minutes par quel moyen je contrôle Ishara », répondit-elle d'une voix mystérieuse.
Apollon la regarda avec incrédulité. Puis il sentit un changement dans l'atmosphère de la salle d'apparat. Le vent sembla se lever entre les pierres noires du palais.
Une colonne d'air se dressa bientôt à deux pas d'eux. Ses rotations se firent de plus en plus rapides, jusqu'à ce que deux silhouettes humaines apparaissent à sa base ; l'une, de haute et puissante stature, et une autre, plus petite et frêle. Le tourbillon se désintégra aussi brusquement qu'elle s'était formée, révélant l'identité des deux visiteurs.
Apollon recula d'un pas : Ishara et Glaucus se tenaient devant lui et le regardaient de leurs yeux millénaires.
« Ils sont capables de se téléporter ? » demanda-t-il à voix basse à Perséphone.
« C'est un pouvoir que je leur ai accordé, uniquement pour cette mission », répondit la Déesse, sans que son regard ne quittât les deux vampires. « D'ailleurs, je viens de le leur retirer », l'informa-t-elle avant de s'approcher de ses deux visiteurs. « Soyez les bienvenus, Ishara et Glaucus! »
Ishara fit un pas en avant et tendit l'amphore à Perséphone.
« Nous avons accompli la mission. Les treize chevaliers d'Or sont tous revenus à la vie. Maintenant, tenez votre promesse et rendez-moi Amalric ! »
Apollon jeta un regard furtif au centurion : Glaucus ne bougeait pas. Mais il regardait la scène intensément, se tenant de toute évidence prêt à bondir sur les deux divinités au moindre geste d'hostilité.
« Chère Ishara, je tiens toujours mes promesses », répondit Perséphone en reprenant l'amphore que lui tendait la femme vampire.
Puis elle se retourna vers ses gardes et leur fit un geste de la main. Ceux-ci quittèrent la pièce avec empressement.
Apollon fixait avec une certaine méfiance les deux créatures. Il songeait qu'il aurait pu commander à la terre de s'ouvrir sous leurs pieds et de les engloutir, ou au soleil de les brûler jusqu'à les réduire en cendres. Mais il savait que c'était inutile : les premiers vampires, les «Grands Anciens», comme on les appelait, étaient quasiment invulnérables. Seule la plus noire des magies pouvait avoir raison d'eux. Or cette magie s'était perdue il y a des siècles, après la victoire d'Ermengardis et du Sanctuaire contre l'armée de Marius, sur l'île de Telemny.
Les quatre gardes revinrent, portant un objet lourd posé sur un bouclier en fer, recouvert d'un drap. « Une statue ?» s'interrogea Apollon.
Ishara s'approcha de l'objet, les mains jointes, un immense espoir semblant danser sur son visage et dans ses yeux. Perséphone fit un geste pour que le drap soit retiré. Celui-ci retomba à terre, dévoilant la statue d'un jeune homme, vêtu à la façon des barbares germains du bas Moyen-âge. Ishara s'agenouilla devant la statue.
« Oh, Amalric, je te retrouve enfin ! »
Et elle éclata en sanglots.
Apollon s'approcha de Perséphone, et lui demanda à voix basse :
« Qui est-ce?
– Amalric, le neuvième lieutenant de Marius. Celui qui fut transformé en statue de pierre par Adalbert, le sorcier et bras droit d'Ermengard, la fondatrice et premier chef de guerre de l'Ordre... Il est surtout l'objet d'adoration d'Ishara et le point faible par lequel je la tiens. »
Ils regardèrent Ishara, qui baisait les pieds de la statue, tout en pleurant. Celle-ci se retourna vers eux, offrant à leur vue son visage trempé de larmes.
« Est-ce que je peux rester avec lui, maintenant ? » demanda-t-elle, inquiète. « Plus personne ne nous séparera, n'est-ce pas ?
– Oui, vous pouvez rester ici tant que vous voudrez, chère Ishara », répondit Perséphone d'une voix suave.
Apollon eut une moue désapprobatrice.
« Perséphone ! Vous rendez-vous compte du danger ? Ishara est complètement folle ! »
O
Glaucus ne bougeait pas, aussi immobile que la statue d'Amalric. La dernière remarque d'Apollon ne le lui avait pas échappé. Serrant les poings, il se jura qu'il ferait ravaler cette injure à cette arrogante divinité.
Japon, Quartier Général d'Ermengardis – 11 janvier 2004, 7 h 00 (January 10, 10 :00 PM GMT+9 :00)
« Ses blessures sont-elles graves ? » Eleny murmura-t-elle dans le combiné. Elle laissa échapper un soupire de soulagement lorsque l'Égyptien lui répéta ce que les médecins venaient de lui expliquer. « Tant mieux. Qu'en est-il des deux hommes ?... Très bien, je vois. Assurez-vous de leur sécurité à l'hôpital : nous vous transmettrons nos ordres dans quelques heures. »
Eleny raccrocha le téléphone et se mordit les lèvres. Elle adressa un regard navré à son compagnon, adossé contre la carte.
« Sorrento n'est pas arrivé à temps, n'est-ce pas ? » demanda James, la mâchoire crispée sous l'effet d'une colère qu'il avait de plus en plus de mal à contenir.
« Si, il est arrivé à temps, mais les deux Grands Anciens ont réussi à le battre. Il est blessé ; j'ai demandé à ce qu'il soit conduit avec les jumeaux dans un hôpital gardé. » Eleny s'interrompit, voyant les muscles jouer sous les joues de James : il était au bord d'exploser de rage. « Nous devons décider de la marche à suivre.
– C'est tout décidé : je vais demander une audience à Apollon et il va devoir s'expliquer ! » gronda James alors qu'il s'approchait du bureau. Il tendit la main pour décrocher le téléphone, mais Eleny la lui saisit.
« Non, James.
– Qu'est-ce qu'il te prend ? » Le Grand Maître regarda celle qui partageait sa vie depuis des siècles. « De nous deux, tu as toujours été la plus belliqueuse envers le Grand Sanctuaire. Et aujourd'hui, où il nous attaque de façon honteuse, tu ne réagis pas !
– Tu avais raison la dernière fois : je n'aurais pas dû provoquer Apollon. » Eleny baissa la tête, l'air triste. « Il a voulu se venger de l'humiliation que je lui ai faite à notre dernière entrevue, de façon indirecte. »
James lui prit délicatement le menton et la força à le regarder dans les yeux.
« Ne me dis pas que tu proposes de capituler devant cette infamie.
– Si, justement. Apollon nous tend un piège : nos protestations n'auront d'autre effet que de nous discréditer auprès du Grand Sanctuaire, et de son maître, Zeus », répliqua-t-elle sans siller. « Nous allons envoyer un message de remerciement à Apollon, et en rester là… pour l'instant.
– Que fais-tu des chevaliers qui sont revenus à la vie ? Ce sont les victimes de cette odieuse mascarade », répondit James d'une voix altérée.
« C'est indéniable… Nous allons nous occuper d'eux, les ramener ici et faire en sorte que ce retour à la vie soit doux pour eux… et lorsque le moment viendra, que nous aurons rassemblé suffisamment d'informations pour abattre Apollon, ils seront la preuve de l'infamie de son fils que nous présenterons à Zeus. » Eleny caressa la main de James et lui sourit. « Apollon a gagné une bataille, mais il n'a pas encore remporté la guerre qu'il vient de déclarer à l'Ordre d'Ermengardis. »
A suivre dans la Chronique II : Retrouvailles (1/2)
